Léogan Jézékaël

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• Civils: 9

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Saison:Béamas Mois:Tiria
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 Léogan Jézékaël

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:: Le Misanthrope ::

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:: Le Misanthrope ::
Léogan Jézékaël
MessageSujet: Léogan Jézékaël   Mer 22 Jan - 1:28



Léogan Jézékaël
« Nous vivons des temps redoutables, des mesures redoutables s'imposent. »




IDENTITÉ : Léogan Jézékaël
SURNOM : « Haha, très drôle. Le premier qui s'y essaie, j'lui colle un pain dans sa trogne. Des amateurs ? »
Ses proches les plus intimes sont plus ou moins autorisés à l’appeler « Léo », mais il n’admet d’apostrophe fantaisiste de la part de personne – en tout cas, c’est une chose qui l’agace profondément – ni de tutoiement inopiné. Pour les autres, « Monsieur », ça va bien, parce qu’après tout : « on n’a pas élevé les dolilors ensemble. » Cependant il ne supporte pas non plus les excès de formalité et s'agace très vite de l'apostrophe systématique de « mon général ! », certainement parce qu'au fond, il ne cautionne pas lui-même sa prise de pouvoir.
ÂGE : Environ 300 ans | SEXE : Homme.
PEUPLE : Sindarin.
CASTE : Civil.
MÉTIER : Général de l'armée cimmérienne.






DON : Sens développés.
SPÉCIALITÉS :
Tacticien (capacité naturelle à développer des tactiques de guerre ou politique).
Maîtres d'armes (capacité à utiliser n'importe quelles armes à disposition).
Combattant d'exception (aptitude et techniques de combat à mains nues).
Résistance de fer (capacité à résister à la douleur, dépassement de soi).
POUVOIRS :
Maîtrise et/ou génération de la foudre, et par extension, de l'électricité.
Contrôle de la nature et empathie (plantes et animaux).
Visions.
Colonisation cérébrale.




Aegidia, épée bâtarde (à une main et demie).


Héritage de la famille Jézékaël, c'est une vieille lame sindarin, dont on prend soin de génération en génération, afin de la transmettre à qui saurait le mieux en user. Les Jézékaël ont toujours replacé à la base de la lame une pierre de sphène adaptée à la magie de son utilisateur. Aegidia, entre les mains de Léogan, étincelle d'un halo électrique, ce qui fait toujours sa petite impression une fois dégainée (sans compter les dommages potentiellement causés).

Erys, épée courte.Moins encombrante, pratique pour les coupe-gorges.



Léogan n'est pas attaché aux possessions matérielles. En tant que Colonel et maître d'armes, il possède bien « sa petite quincaillerie », comme il dit, dans laquelle il pioche à l'occasion d'une expédition ou d'un entraînement (et qui comprend des armes très hétéroclites).
Sa possession la plus chère est peut-être son médaillon rond en bronze, d'une facture qu'on pourrait dédaigneusement qualifier de grossière, où sont pourtant finement gravées les symboles des neuf dieux d'Isthéria.




On dit souvent de Léogan qu'il a plus de traits caractéristiques des Terrans que des Sindarins - et c'est ce que défend très dédaigneusement le peuple de Canopée pour le distinguer d'eux, d'une façon trop expresse pour être tout à fait dénuée de mauvaise foi : « il n'a rien à voir avec nous, en témoignent son visage et son corps qui sont ceux d'un être éphémère ».

Sa silhouette n'est pas svelte, élancée et gracieuse, comme celle de ses congénères sindarins. A leur égard, il est d'une taille un peu ramassée, quoi qu'il puisse passer pour grand parmi les Terrans du haut de ses un mètre quatre-vingt. Il n'est pas un colosse pour autant. Sa constitution est solide et nerveuse : il a le corps d'un homme du labeur et des chemins ; ses mains sont d'une douceur calleuse, sa poitrine d'une musculature bien formée, ses bras et ses jambes d'une vigueur sèche, agile et endurante, quoique le chemin robuste de ses épaules soit fait d'une ossature plus déliée. Son corps est félin, souple et puissant, et son allure nonchalante et désinvolte, on croirait souvent voir un grand chat qui rase les murs.
Son visage n'a pas la finesse extraordinaire qui offre aux Sindarins une beauté épurée et féminine, mais une forme moins aristocratique, une forme spontanée, brute, née de la nature sauvage plus que des ciseaux d'un artisan divin. Sa mâchoire est un peu rude, ses pommettes un peu osseuses, ses traits anguleux et secs, facilement portés aux expressions de sarcasme et de moquerie. Ses sourcils, peut-être, peuvent prétendre à une certaine finesse. Longs, bien dessinés, ils sont d'une flexibilité à toute épreuve, et passés maîtres en sarcacrobaties désarticulées et antagoniques. Difficile de donner un âge à cette figure, qui a un peu du loup ou du chien errant dans les caps difficiles, et un peu du fauve dans les bons jours. Les siècles ont laissé leur empreinte sur elle, mais pas leurs marques : elle paraît usée, fatiguée et arrogante sans souffrir pourtant de la moindre ride, plongée dans un halo atemporel. On le situerait sans doute aux alentours de la trentaine, nettement au-dessus quand sa mauvaise humeur prend le dessus, agréablement en dessous quand on le surprend à rire librement.
S'ils n'étaient pas figés dans une mine de renfrognement perpétuel, on pourrait trouver une élégance sobre à ses traits, et qui l'aura surpris dans la méditation ou la gaieté aura su y percevoir la pureté de la sérénité et de la nostalgie. Il a un front de penseur, contemplatif, tourné vers la terre et le ciel. Pour le reste, sa peau est chaude et d'un grain cuivré, et sa voix basse, sombre, grondante mais chaleureuse, comme si elles avaient emmagasiné la force du soleil tropical tout au long de son siècle de pérégrination à Argyrei et sur l'île des échoués. Léogan est définitivement un homme du sud, ombrageux, entre la sécheresse et l'indolence, et il apparaît même très exotique à Cimméria, pour qui saura observer sa figure charbonneuse et dorée avec intérêt.

Ses yeux sont noirs comme l'onyx, parfois incandescents, pleins d'une curiosité vive et nerveuse, souvent extraordinairement durs, vertigineux et désabusés, soulignés de cernes de fatigue et piqués des stigmates de l'irritation. Il est difficile de fuir son regard (ce qu'il n'apprécierait pas de toute façon), car il agit avec un magnétisme sombre qui met plus mal à l'aise encore quand on le sent se fixer sur soi avec une intensité qu'on refuserait de soutenir. Ce magnétisme électrique est le centre de son image politique et martiale, et le foyer du peu de charisme qu'il sait dégager. Il n'en joue pas et ne s'en sert que rarement à des motifs autoritaires, sauf s'il est excédé au point de vouloir éviter une discussion, une opposition ou le moindre embarras.

Sa toison est sombre, épaisse, sauvage, souvent en bataille dans son cou, elle sent la terre des chemins devenue poussière, le sable, les épices chaudes, le thé ou la sève et l’air humide des forêts par temps de pluie, son cheveu est un peu rêche et ondulé. Léogan ne tient pas de la nature presque imberbe des Sindarins, d’ailleurs il n’est jamais rasé de très près, et tient à conserver une moustache légère et un bouc soigné, de sa lèvre inférieure au bout de son menton – ce qui laisse présager cependant qu’il s’occupe davantage de son apparence qu’il ne veut le faire croire.
En vérité, Léogan est un fervent adepte des ablutions et il est même particulièrement à cheval sur l’hygiène corporelle. Il a d’ailleurs la réputation de réquisitionner  fréquemment la salle de bains, où il stagne dans l’eau chaude pendant des heures. Il n’est pas quelqu’un d’apprêté et de sophistiqué, mais il est aussi très loin d’être un rustre nauséabond. Il s'autorise parfois de vieilles fantaisies en traçant sur ses mains nerveuses et ses bras des tatouages éphémères au henné, des arabesques noires, symboles cabalistiques ou religieux, qui rougissent avec les semaines avant de s'effacer.
Cette recherche de simplicité se lit également dans ses choix vestimentaires. Il est très rare de le voir en armure d’apparat, voire en armure en plaques tout court (après tout, Cimméria n’est pas en guerre). Toujours armé, il porte souvent des vêtements amples, sombres, noirs, indigos ou carmins, des protections en peau, et un grand manteau de cuir noir, qui rappellent les tuniques portées par les nomades d'Argyrei.

Il a enfin pris l’habitude de s’entraîner en solitaire dans une salle d’armes, et de piquer une crise de nerfs chaque fois qu’il est interrompu par des importuns curieux d’étudier sa technique. Il a de fait développé un style de combat particulier, qui est le fruit de la rencontre de son esprit de soldat et de traqueur sindarin avec la tribu des Ascans, un style à la fois aérien, mystérieux, intelligent et sauvage, qui s’exerce dans la méditation et la pureté, dans la maîtrise de soi, de son corps, de son souffle et de la terre. Hors des entraînements, Léogan est chirurgical, méthodique, précis, froid, économique. Ses exercices rigoureux imprègnent son combat d'une certaine élégance, mais il tue pour tuer, et pour ça, pas besoin de fioriture. Dans le détail, ambidextre par la force des choses, mais naturellement gaucher, il déstabilise souvent ses adversaires, et allie à une habileté calculée une très grande souplesse et une force de frappe qui ne se développe qu'aux moments qui le nécessitent, sauf dans ses instants de rage aveugle, où il éprouve même un certain plaisir à faire dans le sale.
Homme d'armes depuis toujours, doublé d'un maraudeur ingénieux, Léogan dispose d'un panel hétéroclite de talents physiques, de la nage et de la navigation à l'équitation, en passant par le combat au corps auquel il excelle, la culture, le travail du bois et même par les danses d'Argyrei ; il ne s'est pas rendu maître dans la plupart de ces arts, mais la vie sur les routes et à El Bahari lui a enseigné à se débrouiller comme il le sentait, ce qui est du reste assez étonnant à observer.



Dans sa jeunesse, Léogan reçut de sa famille un conseil qu’il n’a jamais cessé de retourner dans sa tête depuis lors : « A chaque fois qu’il te prendra l’envie d’émettre des critiques sur quelqu’un, souviens-toi que tout un chacun ici-bas n’a pas joui des mêmes avantages que toi. »
Léogan a, par conséquent, toujours eu tendance à réserver ses jugements sur les hommes, habitude qui a fait de lui le confident de beaucoup d’originaux, ainsi que la proie des enquiquineurs et des réprouvés en quête de compréhension. Un esprit anormal est prompt à découvrir cette qualité et à s'y attacher, quand elle se montre chez quelqu'un de normal ; de fait, il a toute sa vie été accusé de politicailler à tort et à travers pour la simple et bonne raison qu’il était le confident des chagrins secrets des marginaux et des inconnus. La plupart du temps, il ne recherche pas ces confessions – souvent, il feint de dormir, d’être occupé, ou bien il affiche une insouciance maussade quand il s’aperçoit qu’une révélation intime pointe à l’horizon.

Toutes ces belles paroles ne l’empêchent pas d’être excessivement caractériel cependant, et ses colères sont de vrais moments d’anthologie qu’on ne voudrait rater sous aucun prétexte, si on n’avait pas peur d’en devenir la cible. Il adopte alors un langage singulièrement ordurier pour un homme de noble naissance, ce qui témoigne de son éloignement des raffineries hypocrites et de son retranchement misanthrope dans la spontanéité rustique.
Léogan est un sarcastique, un sauvage, un dissimulateur, un solitaire insociable. Il a la réputation de ne rire jamais, ou très rarement, sauf peut-être quand il est ivre, voire moqueur ou désespéré. A ses heures d’euphorie, on peut le surprendre dans des parties de franche rigolade, d’amusement enfantin et libérateur, mais autant dire que ce n’est pas du tout son quotidien.

Il a tendance à s’effacer des conflits ou à se tirer de situations embarrassantes en mentant de façon assez grossière, et en usant de son autorité pour qu’on ne lui cherche pas davantage de noises. Il n’est pas foncièrement honnête, et il ne s’en cache pas ; l’important est qu’on comprenne qu’il veut se tenir éloigné de ce genre d’affaires, et qu’on ne cherche pas en savoir davantage à son sujet.
D’aucuns diront que son caractère a subi l’épreuve du temps parmi les hommes, qu’il s’est usé dans leurs vices, qu’il s’est trop frotté à leur stupidité et qu’il s’est fatigué de leur arrogance. Léogan est intelligent, lucide, perspicace, il a assez eu l’expérience de la fourberie des hommes pour ne plus en être dupe – il a d’ailleurs un grand talent d’anticipation pour ce genre de choses, en particulier quand il sent que ça va lui retomber sur le nez. En substance, même si on pourrait ne voir en lui rien d’autre qu’une marionnette de plus pour Elerinna, il est loin d’incarner un pauvre pion manipulable.

Ce qui est tout à fait particulier à sa nature, cependant, c’est cette façon inattendue de mêler le désenchantement à l’optimisme. Il avoue lui-même qu’il a facilement tendance à tomber dans la mélancolie et la dépression, mais précisément parce qu’il entretient un espoir infini pour l’avenir des hommes, et c’est ce qui explique sa faculté extraordinaire à toujours réserver son jugement. Il n’est pas infatigable, mais peut-être un peu bonne poire : il offre toujours une chance à ses congénères, les écoute avec tolérance, fait l’effort de les comprendre, même si c’est pour les rabrouer sèchement dans la minute qui suit – parce que sa patience s’épuise facilement quand les choses traînent en longueur. Il est capable des insultes les plus offensantes dans ses moments d’irritation, mais aussi de mettre en avant les valeurs et les qualités de ses hommes ainsi que de ses amis, et même de les magnifier, ce qui est parfois, il faut l’avouer, une très lourde tâche. Peut-être qu’il attend trop de ses congénères, peut-être qu’il n’est au fond qu’un idéaliste, mais en tout cas, il passe chaque instant de sa vie à espérer avec virulence, et puis, systématiquement, à retomber dans les affres tristes de la déception.
Léogan ne condamne jamais. Il défend toujours, et généralement ce que les autres se répugnent à défendre. Sa tempérance et son discernement en font un personnage très apprécié dans l’armée, et on lui pardonne finalement très bien ses sautes d’humeur, qui se compensent par son naturel indulgent et attentionné. C’est un meneur d’hommes qui tente de rester juste, et il est difficile de blâmer ses décisions, qui sont le fruit d’une réflexion à la fois pragmatique, lucide et respectueuse – quoi que tout soit toujours enrobé de cynisme.

Toutefois, malgré ses qualités de meneur d’hommes, de fin politique et d’écoute des autres, Léogan observe un défaut de taille, qui le mène à sa perte et au désespoir : il ne sait pas dire non. Il râle, il fulmine, il insulte, il est « un peu sec », mais il finit toujours par revenir sur ses pas pour comprendre et accepter ce qu’on attend de lui. Il admettra sévèrement que ce problème est le résultat d’une faiblesse de tempérament, d’une sensibilité trop exacerbée ou d’un caractère honteusement servile (après tout, il a toujours été un soldat), et il tente péniblement d’y remédier, mais il s’avère que la tâche est difficile, et particulièrement quand il confronté à ses amis intimes. Suivre les ordres des politiciens, c’est parfois se faire violence, et c’est même parfois impossible à défendre (notamment quand on est sous le commandement d’Elerinna, qui n’a que faire des bons sentiments). Léogan s’efforce par conséquent d’être aussi visionnaire qu'elle, afin de voir au-delà du Bien et du Mal l’idéal qu’ils cherchent à atteindre, quoi qu'aucune valeur n'ait à ses yeux plus de poids qu'une autre. Mais s’il peine à donner de l’autorité à son jugement, il n’en reste pas moins qu’il ne garde pas sa langue dans sa poche et qu’il sait (mieux que personne, sûrement) manifester son mécontentement. Elerinna n’est d’ailleurs pas sourde à ses remarques : Léogan est convaincant, rationnel, voire singulièrement moderne et novateur, et enfin il est pour elle un ami d’une rare confiance.

Il est vrai que Léogan peut paraître très terre-à-terre au premier abord, mais personne ne parviendra à le cerner tout à fait sans chercher à toucher à son être profond, qui est intensément spirituel. Derrière ses faux-semblants d'indécrottable bourrique, il ne cherche pas simplement et comme il le prétend « la paix, nom de nom, c’est si difficile à comprendre, ça, foutez moi la paix ! Décarrez d’ici, bande de clampins ! Taillez vous vite fait ! ». Ce serait trop facile.
En vérité, ce qu’on oublie trop souvent et qui est pourtant l’évidence même, c’est que Léogan est d’abord un vagabond. Il a quitté Canopée en ayant parfaitement conscience de devenir un paria parmi les siens, et n’a depuis cessé de voyager, d’occuper diverses fonctions un peu partout dans le monde, et de les quitter quand bon lui semblait, pour des motifs toujours obscurs, de fréquenter les prisons, de frôler les potences de près, de faire n'importe quoi – déranger des gens importants et contrarier le monde entier. Il semble toujours occupé à courir après quelque chose, par tous les moyens possibles, et ce serait se tromper lourdement de croire qu’après trois cents ans d’existence, il ne soit à la recherche que d’une place dans le monde, ou que d’un bienfait matériel. Ses fonctions dans la cité d’Hellas ne sont que temporaires – « les responsabilités, ça va, ça vient, moi je suis ici parce que je le veux bien, mettez-vous bien ça dans le crâne : convoquez moi si vous voulez, prenez vos grands airs si ça vous chante, mais si demain ça ne m’intéresse plus, je claque la porte, c’est moi qui vous l’dis ». Parfois, il se sent infiniment pressé, retenu en arrière par les autres, il réalise qu’il ne va que d’échec en échec, et c’est dans ces moments-là qu’il lâche l’affaire et qu’il va voir ailleurs. Il n’a jamais nié sa liberté. Si les recherches avides et matérielles de ses compagnons freinent trop considérablement sa propre quête, il leur échappe. Léogan est toujours sur la route, c’est illusion de croire qu’on le retient un jour quelque part : il a l’âme mystérieuse d’une créature centenaire.
Il passera pour détester les poètes, les représentations théâtrales, les subtilités artistiques, l’apparat statuaire ou les festivités en l’honneur des divinités, tout ce cortège « d’artifices bons pour épater la galerie », et on le surprendra un jour à lire un recueil de poésie d’une autre contrée, à jouer de la musique, à prier discrètement un dieu ou un autre selon les circonstances, ou à méditer, immobile et contemplatif au milieu de la nature.

La plupart des gens qui le fréquentent vaguement diront de lui que c'est un type bien, ceux qui l'ont rencontré plus personnellement que c'est un vrai connard, et enfin ceux qui le connaissent de près que c'est un homme dangereux. Quand on le laisse à peu près tranquille ou qu'on le rencontre à peine – hors milieu professionnel, Léogan se révèle d'un tempérament léger, joueur jusqu'à la gaminerie, très insouciant, et plein d'un humour souvent grinçant, il faut l'avouer. Il ne se prend jamais au sérieux, parle de ses désastreuses aventures avec dérision, imite les uns et les autres dans une gouaille truculente, et ne cherche souvent qu'à s'amuser, se mettre en danger et faire la fête. Mais il faut apprendre de lui cet art de la désertion, cette absence systématique de scrupule, ce manque de foi, de valeur, de morale quelconque et cet égoïsme, en plus de son irascibilité, de sa violence, du peu de cas qu'il fait de la vie et de l'indifférence avec laquelle il envisage beaucoup d'atrocités. La dureté du temps qui passe a laissé en Léogan un cynisme noir, le goût amer de l'absurdité et une empathie de moins en moins apitoyable pour le genre humain. La seule morale qu'il observe est sa réserve de jugement naturelle. Il sait laisser une chance à chacun, pour parfois s'attacher avec beaucoup de passion, s'attarder sur des personnes particulières, mais souvent, son espoir optimiste bascule dans la noirceur, il se moque et disparaît.
Le temps passe, les gens changent, et lui ne change pas. Il reste toujours le même Sindarin taciturne, inconstant et ombrageux. A trois cent-ans, près des Terrans, il en paraît trente – dans les bons jours, oui, mais tout de même. Un siècle passe, et il n'a pas l'air d'avoir tant vieilli. Il vit parmi des êtres éphémères, il s'attache secrètement à certains et quand il sent que le moment était venu, il se force à partir. Il passe, lui aussi, à sa manière, et la mort peut le saisir n'importe quand.

C'est sa façon de vivre, de vivre libre, et c'est ce qui le rend dangereux. Tout est fugitif, presque inexistant – pas beaucoup de place pour les valeurs, la révolte ou le combat. Il n'y a pourtant pas motif à s'indigner. Disparaître, c'est normal.
Enfin... C'était ce qu'il croyait.
Ce vide tout au fond de lui le rend fondamentalement contradictoire – s'il ne croit en rien, que recherche-t-il avec tant d'acharnement ?




PRÉNOM : Horos.
RACE : Faucon pèlerin.
GENRE : Mâle.
DESCRIPTION : Horos est le messager habituel de Léogan depuis quatre ans. C'est un faucon étonnamment grand et robuste (cinquante-cinq centimètres pour une envergure de cent vingt-cinq). Il ne craint donc ni les voyages, ni la famine, ni les intempéries, c'est un messager fiable et intelligent. Son plumage est couleur bois, et sa gorge d'un beau beige tacheté. Il porte sa pierre de sphène au milieu de sa gorge, cachée sous ses plumes. Il est resté plutôt sauvage, et même assez dangereux, vu son envergure, mais il répond et vole à tire d'ailes aux appels de Léogan.













PRÉNOM : Ode.
GENRE : Femelle.
DESCRIPTION : Ode est une jument mustang dans la force de l'âge, au pelage, à la queue et à la crinière pies. Elle est assez petite, trapue et vigoureuse, mais son galop est rapide et élégant. Léogan l'a achetée il y a de cela six ans à un marchand qui n'en voulait plus : la bête avait fort mauvais caractère et avait éborgné un de ses garçons d'écurie. A force de patience (il faut croire qu'à défaut d'avoir un talent avec les hommes, Léogan est doué avec les bêtes), il est parvenu à s'en faire une monture fidèle, quoique têtue et terriblement capricieuse. On déconseille souvent de s'en approcher.





La vie de Léogan n’a rien d’une litanie de souffrances par le feu et le fer – il n’a pas connu les massacres de la guerre de Taulmaril, on ne l’a pas abandonné tout enfant sur le bord de la route, sa famille n’a pas été décimée par une horde d’assassins sanguinaires. On se moquera peut-être de son caractère faible quand il semble qu’aucune cruauté ne l’ait blessé et détruit, mais en ses heures de félicité sur Isthéria, la violence des hommes peut prendre des formes rampantes et pernicieuses, qui ont le pouvoir tragique d’affecter un homme sans le mutiler férocement. Léogan est un peu à l’image de ses falaises fortes et escarpées que les vagues et le vent ont mordues avec une férocité ordinaire, pendant des siècles et des siècles, qui s’effritent peu à peu, se délitent, se fissurent et finissent par se fracturer. Il ne souffre pas d’une grande plaie qu’on aurait ouverte dans sa mémoire, mais d’un mal généralisé, parfois d’une vivacité insupportable, la plupart du temps dormant et vague, et par là-même plus tenace et plus tenaillant qu’une simple marque au fer rouge qui brûlerait encore ses souvenirs.

Léogan naquit à Canopée dans une famille sindarine noble et respectée, propriétaire de richesses pécuniaires et de biens fonciers avantageux. La demeure Jézékaël où il grandit était immense, belle et silencieuse, comme une cathédrale naturelle bâtie au cœur pur de la roche, habillée de végétation et lavée sous les eaux claires et sonnantes des cascades. Il serait inexact et fâcheux de dire qu’il y fut heureux ou malheureux, car il n’y connut ni de joie intense, ni de chagrin insupportable. De ce lieu et de cette époque, il a aujourd’hui le souvenir d’un demi-siècle d’existence irréelle, lente et insipide, d’une longue stagnation dans l’ennui et la vacuité, d’un temps dilaté et qui ne passait pas. Il n’était pas de ces enfants turbulents et capricieux qui se seraient sentis oppressés dans une pareille atmosphère, et qui auraient tout bonnement explosé : passif, serviable, indifférent, il s'était simplement laissé flotter dans l’inertie, sans protestation d’aucune sorte.


La famille Jézékaël, l'une des plus grandes et des plus respectables lignées de Canopée, avait beaucoup souffert de la guerre de Taulmaril. Eren et Earl Jézékaël, les grands-parents du garçon, avaient perdu leurs deux fils aînés, Falathar et Ercan, en prêtant leurs forces pour faire face aux envahisseurs de Cebrenia. La tradition et le panache militaire de la famille s'éteignirent avec eux et ne furent plus qu'un souvenir pendant deux-cents ans. Earl, le patriarche, mourut d'une maladie héréditaire qui le rongeait depuis des siècles et qu'il avait transmise à son fils cadet, Maellan.

Très sévèrement touché par ce mal depuis sa prime jeunesse, Maellan n'avait jamais été destiné à prendre les rênes de la situation familiale. Il souffrait de chorée dès son enfance, d'épilepsie et de difficultés respiratoires, ainsi que d'autres troubles moteurs qui se traduisaient par un très mauvais équilibre et des difficultés à la marche. Quand Falathar et Ercan montaient à cheval et s'entraînaient bruyamment au combat, Maellan restait alité de longs jours et n'avait souvent que le choix de se faire déplacer en fauteuil roulant. La mort de ses deux frères aînés et de son père le força cependant à prendre les devants, épaulé par sa mère très austère, Eren, et son épouse, Idril Trell.
Les Trell constituaient une lignée mineure de la noblesse canopéenne et Maellan, infortuné de naissance et par conséquent loin de l'idée d'avantager sa famille par une union politique, avait fait un mariage d'amour avec Idril, une très belle sindarine blonde au sens pragmatique aigu, hardie et volontaire. Les deux époux, catapultés aux commandes d'une famille dévastée par la guerre et chargée d'un lourd fardeau politique, rassemblèrent leurs maigres ressources pour faire garder la tête hors de l'eau à leurs domaines, à leur patrimoine et à leur place dans la haute-noblesse. La déchéance des Jézékaël, toutefois, fut lente et pénible et eux qu'on avait connus pour les exploits militaires de leurs hommes et les prouesses politiques de leurs femmes sombrèrent dans le silence méticuleux de la survie.

Idril accoucha de deux premiers enfants, qui eurent en partage la constitution élégante et la santé vigoureuse des Trell – Daeron, l'aîné, que les cheveux blond cendré apparentaient immédiatement à la lignée maternelle et les yeux noirs aux Jézékaël, et Fa'ëlle qui en tout point était une Trell, avec son regard pers et sa crinière blonde.

Léogan était le troisième de la fratrie. Il était né avec tous les signes de parenté de la lignée paternelle. Inquiets pour sa santé dans son enfance, Maellan et Idril le firent longtemps surveiller par des médecins qui ne découvrirent chez lui heureusement rien qui présageait le mal héréditaire des Jézékaël. Il grandit dans l’ombre d’une grande sœur et d’un grand frère brillants, aux caractères forts et envahissants. Leurs parents fondaient tous leurs espoirs de renaissance familiale sur leur fils aîné, Daeron, favorisé par son intelligence politique aiguisée, d’un tempérament combatif et ambitieux, et qui briguait une place de conseiller auprès du roi. Il avait quitté le foyer des Jézékaël avant la naissance de Léogan pour rayonner de lui-même en plein centre ville, dans une demeure lumineuse, pleine de chants, de musique et de fête. Il passait parfois chez ses parents, dans des vêtements de la couleur du jour, avec un rire rutilant, parlait fort, des affaires, de la politique, de lui-même, et s’en allait dans un bruit de tempête. Daeron ne s’intéressait pas à Léogan qui était effacé et taciturne, et Léogan n’aimait pas Daeron, qu’il trouvait narcissique et vain sous ses soieries apprêtées. Toutefois, il était difficile de se faire valoir aux yeux de ses parents, que son frère aveuglait par sa réussite, son charisme, son esprit et le grand spectacle de son existence. Il était toujours question de Daeron, qui était toujours meilleur, qu’il fallait imiter, qu’il fallait combattre et chercher à éclipser – mais c’était un rêve bien illusoire. On disait de Léogan qu’il était paresseux, flâneur, renfermé et sans volonté ; la vérité, c’était qu’il avait eu la présence d’esprit de ne pas chercher à lutter contre son frère sur un terrain dont il s’était fait le maître incontesté, ce qui occasionnait beaucoup de disputes avec sa mère, une femme froide, formaliste et autoritaire, qui ne supportait pas l'ombrage de son fils, malgré l’affection qu’elle lui portait, et qui le secouait régulièrement dans l'espoir d'en arracher un râle d'amour propre.

« Vous allez me fiche la paix avec Daeron ! Il aurait fait ci, il n’aurait jamais accepté ça, quand on lui marche sur les pieds, il sait vous remettre à votre place ! Moi quand on me fait du tort et que je le reproche, eh ben, on me dit pardon, et puis je réponds ‘c’est pas grave’ ! Je reste sur mes plates-bandes et puis c’est tout !
‒ Mon fils, vous vous ferez rouler dans la farine toute votre vie. C’est pourtant simple, si vous voulez réussir, il faut avoir de l’ambition, et ce qui m’exaspère, c’est que vous avez devant votre nez l’exemple parfait de votre frère pour vous en convaincre, et que vous êtes incapable de vous en rendre compte ! »


Fa’ëlle, en revanche, ne refusa pas le combat. Tandis que, petit garçon, Léogan passait son temps à râler dans le dos de son frère, à faire des commentaires sarcastiques et à gronder dans sa barbe, sa sœur attaquait Daeron de front, avec une violence pleine de ressentiment. Piquée dans son orgueil et influencée par les invectives de leurs parents, elle suivit les pas de son frère aîné et lorsque Léogan eut quinze ans, elle quitta à son tour la maison familiale en se destinant à une vie d’artiste et d'intrigante à la Cour.

S’il regretta le départ de Fa’ëlle, qu’il aimait tendrement pour son tempérament fier, franc et fougueux et pour ses sourires qui inspiraient du courage, son départ fut pour Léogan une charnière inévitable de son enfance. Solitaire dans une demeure hantée par le spectre de la maladie, qui tressautait à cadence martiale sous les ordres de sa mère, il sentit enfin qu'il ne pouvait plus y vivre sans étouffer. Ce fut l'époque de ses premières fugues.
Farouche et désinvolte, il disparaissait de longues journées dans la nature, loin de la règle sévère que sa mère abattait sur ses doigts, de ses précepteurs qui l'ennuyaient et de son père, à qui il ne parlait pas beaucoup, mais qui le regardait avec une affection lointaine que son esprit d'enfant insouciant ne comprenait pas. Il partait courir sur les chemins et se perdre dans la forêt dense, passait des nuits près des braseros de bohémiens de passage et ne retrouvait pas son lit avant minuit, assommé par ses violentes cavalcades.
Peu de choses dans l'enseignement érudit éveillaient sa curiosité. Il n'écoutait personne. Idril, très opiniâtre, engagea d'innombrables professeurs qui ne parvinrent jamais à le garder en place. Ils avaient à peine le temps de percevoir l'intelligence du garçon sous sa sauvagerie butée et sa mauvaise volonté qu'ils refaisaient leurs bagages et quittaient le domaine Jézékaël, fatigués du tempérament du môme, de ses plaisanteries cruelles et de ses éternelles absences.
Il n'y eut guère que la musique qui l'intéressa parmi tout l'éventail éducatif qui lui était offert – et ce goût ne lui avait été inspiré que de ses fréquentations fêtardes avec les bohémiens qui s'installaient souvent illégalement sur les terres des Jézékaël. Malgré des qualités indéniables – très tôt, il avait été capable de reproduire des mélodies sur des instruments à cordes les yeux bandés avec une exactitude absolue – il apprit laborieusement le solfège, qu'il avait d'abord assimilé intuitivement, et refusa pendant longtemps de toucher au piano, instrument qu'il jugeait prétentieux et atrocement fastidieux.
Il composa rapidement et entretint pour cette raison des liens réguliers avec sa sœur aînée, qu'il accompagnait parfois en ville pour des excursions artistiques. Quand ils sortaient, Fa'ëlle posait un doigt sur ses lèvres pour faire signe de se taire, et ils écoutaient, les yeux grands ouverts. Le vent les frappait, et elle s'écriait alors : « Tu entends, Léo, comment se détache l’aria par rapport à la basse ? » Un hiver, ils rentraient au cœur d'une nuit sans lune, et il s'était arrêté dans le coin d'en sentier pour descendre ses chausses et pisser en faisant un trou dans la glace et les flocons. Le bruit de l’urine chaude crevant la neige se mêlait à celui des cristaux qui fondaient à mesure. Alors il avait remonté son pantalon et ricané pour se moquer de sa sœur : « Ça, c'était une descente chromatique. T'as bien entendu le détaché des ornements ? »

Finalement, il trouva un peu de calme et de réflexion auprès de son jeune frère Ilyan, un nouveau-né d’à peine dix ans que Maellan et Idril avaient enfanté avec optimisme, après le succès de la santé de leurs trois aînés. Plus tard, Maellan reconnut qu'ils s'étaient peut-être laissés porter un peu trop par l'enthousiasme. Ilyan avait en effet hérité de cette maladie mystérieuse que les Jézékaël se traînaient depuis des générations et si elle germa doucement et lui interdit seulement les efforts physiques trop conséquents par prévention, il en présentait déjà un certain nombre de symptômes.
Ilyan était un enfant sage, doux et studieux. Auprès de lui, Léogan apprit à aimer le contact des livres, quoi qu’il était toujours très difficile à satisfaire en matière de lecture, et Ilyan connut auprès de Léogan le goût de l'escapade, de la fête et de l'aventure. Ils échappaient régulièrement à la vigilance de leurs parents, à la demeure-cathédrale où ils grandissaient et à la noble cité de Canopée pour s’aventurer au-dehors, dès l’aube et jusqu’à la nuit noire. Ils revenaient comme deux voleurs, les poches pleines de lucioles et de poussière de chemin, et se glissaient à nouveau en ville avec la complicité d’un garde qui les avait pris en affection.



Dernière édition par Léogan Jézékaël le Sam 13 Juin - 21:00, édité 69 fois
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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Re: Léogan Jézékaël   Mer 29 Jan - 17:41



Ce furent la présence d'Ilyan et l'attention qu'il devait porter à sa santé qui rendirent Léogan moins égoïste, plus responsable et qui révélèrent son endurance et sa ténacité au travail. Pendant deux décennies, entre leurs lectures choisies, les fêtes interdites dans les camps de gitans et leurs excursions clandestines dans la forêt de Sphène, sur la rivière Oxia jusqu'à Taulmaril ou au-delà des montagnes sur les plages du sud, Léogan allait à la rencontre des gens du domaine de ses parents et aidait à la plupart des tâches manuelles qui étaient à la portée d'un jeune garçon de constitution solide, toujours suivi par son petit frère qui le regardait faire avec curiosité. Il grimpait sur les toits, réparait les charpentes avec les artisans, participait aux corvées de bois à la saison morte et aux grands travaux en Enkilil et en Béamas. Les manouvriers du domaine étaient des Terrans, des Yorkas et des Zélos de passage qui bénéficiaient d'un permis de séjour limité et de rétributions alléchantes de la part des Sindarins. La plupart du temps, ils ignoraient qui étaient les deux garçons. Léo parlait très mal, Ilyan et lui étaient toujours mal fagotés – quand on ne découvrait pas leurs oreilles pointues, on les prenait souvent pour des gamins du village et on profitait de leurs services sans rechigner, en échange de pacotilles et de trésors de gosses. Léogan traîna longtemps, en particulier, dans les pattes d'un luthier qui avait d'abord tenté de le chasser avant que le gamin ne le force à supporter sa présence en se présentant comme le fils Jézékaël : « Toutes mes cachettes au manoir sont compromises, j'ai besoin d'un pied-à-terre. ». Le Yorka (car c'en était un) finit par s'accommoder de ses visites régulières pendant quelques années et lui apprit les ficelles du métier avant de quitter Canopée pour retourner vivre à Elusia où sa femme et ses enfants attendaient son retour prospère.

Ilyan, quant à lui, canalisait Léo. Léo n'écoutait que lui, au grand désespoir des adultes qui s'étaient résignés à passer par son cadet pour lui faire entendre raison. Il suffisait d'un mot à Ilyan pour le faire, quand d’autres pouvaient se casser les dents pendant des heures à lui arracher une phrase ou un assentiment. Ilyan lui donnait des repères, des défis et des objectifs dans le labyrinthe de son enfance désordonnée, et ce fut bien davantage grâce à lui qu'il sut grandir que par la compétitivité constante que lui imposaient les succès de son frère aîné. Ilyan l'aida à devenir maître de lui. Il le réconcilia pendant de longues matinées d'entraînement isolé avec l'art de la magie, alors qu'il n'avait jusque là pas cherché à apprivoiser la foudre qu'il générait spontanément, par crainte de causer des destructions irréparables, et qu'il déclenchait de dangereux orages, dangereux surtout pour lui, quand il entrait dans une colère noire. Entre les méditations et les dépenses physiques, les crises de rage s'espacèrent, ses sautes d'humeur se firent moins violentes, il commença à devenir fréquentable.

Quand il fut jeune adolescent, à l'approche de ses trente ans, il fallut néanmoins « trouver à ce garçon une voie », disait Idril, « ce que Daeron avait fait de lui-même à cet âge-là ». Ces discours ne remportèrent chez Léogan que des roulements d'yeux exaspérés et pendant quelques temps, il les évita comme la peste en s'appliquant à être continuellement absent du domaine.
Ce ne fut qu'une ruse de son père, qui le coinça un jour qu'il était de passage sur un petit balcon haut-perché de leur demeure, en prétextant un malaise, qui le força enfin à la discussion. Parmi ses trois garçons, Léogan était tout désigné pour relever l'héritage militaire de la famille et pour devenir ce qu'Ercan et Falathar étaient à l'armée sindarine. Daeron était, lui, appelé à une destinée politique et Ilyan, qui était de toute façon malade, n'avait pas non plus le tempérament d'un militaire.
« Moi non plus j'ai pas l'esprit d'un soldat. J'ai pas envie de m'enfermer à Canopée pour faire mes classes. » avait maugréé Léo. Maellan l'avait regardé avec bienveillance. C'était vrai, mais malgré sa nature indisciplinée et solitaire, ses maîtres d'armes lui avaient souvent trouvé du talent et il était d'une constitution solide. L'armée, c'était peut-être une façon de poursuivre sa vie d'aventure... et de se trouver enfin une place dans les ambitions familiales et la communauté canopéenne. C'était un pari, il fallait l'avouer, plutôt séduisant.
« Si j'entre en formation d'officier... Et que ça m'plaît pas. Je pourrais toujours revenir en arrière hein ? »
Son père avait ri tranquillement et passé une main dans ses cheveux. « Tu es un bon garçon. Tu feras ce que tu dois faire. »

Incertain et méfiant, Léogan accepta après cette discussion de suivre des études martiales à Canopée, jamais loin de son petit frère cependant, qui traçait son propre chemin d’érudit. Endurant, souple, et d’une force sèche, enfin, bon coursier, bon grimpeur et bon lutteur, Léogan qui connaissait la forêt comme sa poche jusqu'aux côtes et jusqu'à Taulmaril, fut transféré rapidement dans l'unité des traqueurs sindarins, et il se découvrit en outre beaucoup de potentiel lorsqu’il apprit avec plus d'ordre et d'exigence le maniement des armes – ce qui ne manquait pas de lui attirer les moqueries de Daeron, « C’est bien, il roule des mécaniques, le petit Léogan, maintenant, il sait soulever une épée, manier la hache et jongler avec deux hallebardes, mais avec son esprit si étroit, ses supérieurs peineront même à lui trouver une place de bateleur dans un cirque. »
Ce fut au cours d'un repas familial que Léogan mit son tout premier taquet dans la figure de son frère, et qu’il l’affligea d’un « Ha ben ça, y faut s'méfier, avec les mecs à cran… Maintenant, décarre d’ici, tu m’entends, taille-toi, espèce de connard, et retourne crécher chez l'roi avec tes copains débiles ! » en plein dans la demeure familiale. Puis il s'était rassis à sa place, à la gauche de son père, face à la chaise vide de Daeron et tandis que ses parents ne semblaient rien vouloir relever de ce qui s'était passé, il avait senti qu'il venait de gagner quelque chose dans son existence.

Quoique réservé, un peu renfermé et lunatique, parfois un peu brusque, Léogan était très apprécié de ses camarades de caserne, doté d’une bonne dose de répartie, talentueux et grand avocat des causes désespérées et des petits soldats. Malgré tous les discours gorgés de mauvaise foi que Daeron pouvait tenir, d’ailleurs, Léogan était plus que jamais fourré dans les bibliothèques et développait d’excellentes connaissances en stratégie, ce qui lui valait un certain respect de la part de sa hiérarchie, à laquelle il se frottait pourtant de façon récurrente, et qui avait par conséquent bien du mal à s’avancer sur son avenir dans la garde de Canopée. On avait même tendance à dire qu’il pensait un peu trop ou qu'il exprimait son avis de façon légèrement importune, et que cela lui desservirait un jour ou l’autre.

L’armée sindarine était peut-être l’un des organes centraux de la vie traditionaliste de Canopée. La multiplicité des codes, la saturation des journées par les impératifs et le devoir, l’esprit communautaire, le travail honorifique, les parades coutumières… indifféraient, voire lassaient Léogan ; il y était singulièrement hermétique. Ce qui l’intéressait, c’était la technicité martiale, les processus militaires, toutes les théories que les hommes du passé avaient couchées sur le papier, et les critiques qu’il pouvait y opposer. Il rêvait de leur effectivité, de ce que serait leur mise au monde, de leur existence sur les champs de bataille, sans même s’imaginer de massacres ou de pays à feu et à sang. Il était comme un scientifique ou d’un aventurier en quête d’expérience, d’ardeur, d’ingénierie et de danger. Il fantasmait une démesure vitale, de force et de cruauté, il aspirait à la débauche et à l’excès pur de vie, au point culminant de la jouissance avant la mort – puisqu’il n’avait jusqu’ici jamais vraiment vécu.
Il n’attendait que le moment où il serait légitime pour lui d’exercer ses talents tactiques et martiaux, et une fois devenu capitaine, il multiplia les expéditions à l’extérieur de la cité, pour assouvir sa nouvelle soif d’action. Au départ, il réglait des affaires d’importance moyenne, passait son temps à surveiller les vastes étendues forestières avec ses traqueurs et, histoire de donner plus d’envergure à ses entreprises, à damer le pion de ses supérieurs.
Pas particulièrement insolent sur le moment, pas franchement causant non plus, il ne s’attirait souvent de leur part qu’un agacement teinté de résignation et jouissait par ailleurs d’un bon capital sympathie parmi ses hommes et ses égaux, pour qui il faisait preuve d’une prévenance discrète et même d’une franche complicité dans ses jours de bonne humeur.


Charme de l’uniforme oblige, Léogan, jeune capitaine, avait un certain succès parmi la gente féminine, et il connut – plus tardivement que Daeron, certes – les attraits des femmes à cette époque de flamboiement militaire. Il tombait amoureux presque toujours instantanément, et les aimait à la façon d’un enfant inconséquent, avec une tendresse sauvage qui se transformait plus ou moins rapidement en muflerie au moment de la désillusion. D’abord, il restait les yeux dans le vague pendant des jours, ne mangeait rien, sifflait des ritournelles et des pavanes, offrait à son aimée des fleurs, de la musique et de la poésie. Et venait systématiquement le temps des disputes, de la déception et de l’amertume.

Pendant ses quartiers libres et ses permissions, à chaque quartier libre, à chaque permission, Léo se fourrait dans des fêtes de jeunes aristocrates débauchés, qui gaspillaient leur argent en réceptions orgiaques où tout le monde, des gens de toute condition, de tous les recoins des domaines de Canopée, un véritable carnaval kaléidoscopique, se déversaient sans distinction. Des jeunes premiers riches et élégants, flanqués de leurs courtisanes blondes, des héritières, qui comparaient leurs héritages sous leurs ombrelles, dans les barques des lacs privés, des grands commerçants, qui jouaient de l'argent à la roulette, des fils de conseillers frayant avec des escrocs, des metteurs en scène de grands, et de moins grands théâtres, des professeurs et des étudiants, des tailleurs de luxe et des modistes ambitieux, des musiciens sans le sous et les légendes du moment, des écrivains, des poètes et des peintres qui se bataillaient dans la foule, en criant, en buvant et en dansant. Et puis des jeunes officiers, comme lui, aussi délurés que les autres dans leurs uniformes dessapés, grandes coqueluches de ces dames et inventeurs géniaux des défis les plus arrosés de la journée. Cela durait du matin jusque tard dans la nuit. Des cohortes de domestiques engagés pour l’occasion allaient et venaient en essaim, comme un défilé de costumes noirs et blancs, de plateaux aux champagnes dorés et pétillants, de martinis où se baignaient des olives, de brandy, de vins, d’armagnac, de whisky, de cognac et d’absinthe.
Les gens arrivaient brillants de bijoux, sous des chapeaux plus ou moins conventionnels, dans des tenues guindées, provocatrices ou extravagantes et faisaient des folies dans le hall, entre les tableaux, les tapisseries et les buffets, dans le jardin, dans les bosquets, autour des fontaines et des statues de marbre. On fumait, on buvait, on parlait, on criait, on dansait, on chantait. Les actrices déclamaient des vers en gloussant, les artistes et les politiques se disputaient, des magiciens inventifs lançaient des feux d’artifice dans le ciel au milieu des explosions musicales, les curieux ouvraient de grands yeux étonnés et étaient soudain entraînés par des habitués passablement éméchés à danser. Les talents musicaux de Léo, qui avaient vite fait le tour de sa troupe d'amis de caserne, le propulsaient souvent sur le devant de la scène qu'il animait après avoir bu quatre ou cinq verres d'alcool fort, du son vif d'un clavecin entre deux vins auquel il jouait en se pliant aux défis idiots de ses camarades et des filles qui les accompagnaient.
A la fin de la soirée, des dizaines de jeunes gens soûls plongeaient tout habillés des balcons jusque dans les grands bassins des cascades. La demeure se vidait peu à peu jusqu’au petit jour, où les domestiques mettaient à la porte les derniers ivrognes endormis.

C'était le quotidien de Léo. Il travaillait d'arrache-pied, narguait sa hiérarchie et quand il n'était pas occupé à l'un ou à l'autre, il se rendait à de grandes soirées pleines d’intimité, où il pouvait se mêler à la foule ou s'isoler avec une dame sans être aperçu. Parfois ces débordements d'opulence, d'oisiveté et de folie dorée lui montaient à la tête et il quittait la ville, il revenait dans les domaines de ses parents, mal fagoté comme dans son enfance et retrouvait la route des camps de bohémiens à la lueur des flambeaux. Il se sentait comme un petit provincial qui revenait de la capitale. Sa vie était devenue une chose compliquée, brillante, bruyante et brûlante, qu'il ne comprenait pas trop bien lui-même.

Et puis il rencontra Elerinna Lanetae. C’était une adolescente pâle et aérienne. Sa mâchoire était frêle et déliée. Ses yeux frémissaient d’une tristesse inexplicable. Elle levait vers le ciel un front grand et pur qui reflétait l’infini de l’univers et la beauté éternelle du cosmos. Léogan la vit et se fascina ; il entendit bruisser le feu des étoiles sous ce front merveilleux, il crut les voir fuser dans les yeux surnaturels de la jeune fille, dans un chaos indescriptible d’étincelles aurifères ; d’un regard, il embrassa tout le monde de frénésie astrale qu’abritait ce beau front blanc.
Il était venu dans son sanctuaire par hasard, pour régler avec son père des détails administratifs dont il n’a plus mémoire. On l’avait fait patienter dans un beau jardin où murmuraient le cours des eaux limpides et le vent dans les ramures des arbres millénaires. Elle était assise sur un banc de marbre, sous un tilleul frais et printanier, et regardait au loin.
Pour la première fois de son existence, il s’était vraiment senti rustre et grossier, avec son casque sous le bras, son épée qui se balançait sur son flanc et ses cheveux épais et sauvages. Il resta quelques instants debout sous une arcade élancée, à l’observer intensément. Elle ne le remarqua pas, ou peut-être était-elle parfaitement indifférente à sa présence, alors il avança silencieusement dans sa direction et lui sourit avec toute la douceur dont il était capable. Il lui semblait que le moindre mot prononcé une octave trop haut aurait sur désagréger cette atmosphère céleste et calfeutrée. Il ne fit pas un geste vers elle avant le moment propice, qu’il attendit, et que son intuition rencontra naturellement. Il désigna le banc d’un geste lent et le premier murmure qu’il lui adressa fut : « Je suis désolé de vous importuner – j’ai comme l’impression que ma présence ici ne fait pas exactement ton sur ton, en quelque sorte – mais pourrais-je m’asseoir près de vous ? »
Elle avait accepté d’un signe de tête et il avait observé le jardin à ses côtés, en lui jetant des regards furtifs, ainsi que quelques traits d’humour bien sentis pour ponctuer des intervalles de silence embarrassé. Par un hasard du destin, on fit attendre Léogan plus longtemps que convenu auprès d’Elerinna et il n’aurait peut-être pas retenu son attention s’ils n’avaient pas commencé à parler de poésie, au détour d’une conversation médiocre et gênée. Pour dire tout à fait la vérité, Léogan avait ricané d’un air dédaigneux quand elle avait évoqué le nom d’un poète qu’elle appréciait, et que lui avait trouvé extraordinairement pleureur, insignifiant et fastidieux. Cela n’avait pas manqué de révolter la jeune fille qui s’était écriée avec hauteur : « Vous avez peut-être mieux à proposer, Monsieur le spécialiste en beau langage ? ».  Son père était alors arrivé et avait interpellé Léogan – qui avait finalement réussi à faire figure de rustre dénué de sensibilité artistique – et qui se leva pour le rejoindre tout en réfléchissant intensément. Quand il eut fait quelques pas dans le jardin, il se retourna et son regard noir se figea sur elle avec une soudaine exaltation.
« Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme... Ô puissance salée !
Courons à l'onde en rejaillir vivant. »

Il se tut et le temps se suspendit. Il leva les yeux vers le ciel et respira avec toute la puissance de ses poumons le vent qui s’était levé dans le jardin, alors que son sang rossait violemment ses artères.
« Le vent se lève. A méditer. » avait-il conclu, avec un sérieux pour une fois dépourvu de mauvaise humeur, avant de se retourner et de disparaître dans la demeure.

Léogan ne se doutait pas du trouble qu’il avait jeté dans l’âme désespérée de cette jeune fille recluse. Il avait simplement exprimé ce qu’il avait le plus à cœur en ces heures flamboyantes, sans s’attendre à ce qu’elle le comprît ou mieux, à ce qu’elle le gardât précieusement dans son sein.
Il fut distrait des affaires militaires pour plusieurs mois, le corps plein de feu et l’âme disputée par deux immenses forces de vie. Parfois, cependant, il était pris d’une fièvre féroce et concevait des plans militaires formidables, d’autres fois, il se cloîtrait dans un silence hargneux où il ne pensait qu’à Elerinna, à ses yeux, à son front, à sa gorge, à ses cheveux et à l’absolu qu’elle avait imposé à son esprit ce jour-là. Il demeura toutefois sans nouvelle. Plusieurs fois, il lui sembla la reconnaître dans la rue et il poursuivit en vain des silhouettes qui n’étaient que des mirages. Il lui arrivait aussi de se poster aux environs de sa demeure, l’air de rien, pour faire en sorte de lui tomber dessus « par hasard, au détour d’une patrouille » – ça ou autre chose, ce n’était pas les motifs qui manquaient.
Il finit toutefois par réaliser l’absurdité de son songe, et l’abandonna avec la rage des enfants désillusionnés, pour s’en retourner à ses habitudes de capitaine intrépide. Elles lui parurent toutes fades et sans intérêt. Il avait l’impression vague et horripilante d’être enfin tombé sur la plénitude spirituelle qu’il avait toujours recherchée, de l’avoir perçue et de l’avoir laissée derrière lui.

Les dieux laissèrent le garçon se consumer dans la frustration pendant six mois, puis il fut d’une humeur massacrante pendant huit autres mois, et enfin, il la revit. Elle se promenait dans la forêt, sous un dôme d’arbres recourbés, tapissés de glycines mauves et suaves, et il errait lui-même sans autre but que celui d’une solitude méditative. Ils se reconnurent, loin du vacarme assourdissant du monde, et marchèrent ensemble en riant de leur mésaventure passée.

Léogan et Elerinna s’aimèrent pendant quinze ans, d’un amour sincère et sans limite. Il éprouvait à son égard une passion vitale, et n’était plus entier qu’au cœur de son intimité, le visage dans ses cheveux parfumés et les bras enlacés autour de sa taille. Il l’aimait comme sa maîtresse, son enfant, sa mère et sa sœur, lui parlait avec une confidence absolue, l’écoutait et la comprenait avec une attention qu’il n’accordait à personne ; il lui offrait des jasmins jaunes et des lys blancs et lui chantait des sérénades à mi-voix, dans leur lit de tendresse.
Dans les premières années de leur relation, Elerinna n’avait que lui. Il le savait mais il n’en jouissait pas à la manière d’un propriétaire avare. Il savait qu’Elerinna ne se possédait pas comme on possède un objet et que le seul privilège qui lui revenait était celui d’accompagner ses pas, de participer affectivement au mouvement qui la portait au-delà d’elle-même, et de la laisser, elle, l’accompagner vers le meilleur de lui-même. Il aspirait discrètement à atteindre l’éternité à ses côtés et à admirer du haut de leur perfection le chemin qu’ils auraient parcouru ensemble au cours des siècles. Il tentait de faire vivre Elerinna, en attendant, et de dissiper le voile d’absurdité qui s’était posé sur son regard, sans lui donner de leçons, sans faire de morale ou de jalousie, car ce n’aurait été que d’autant plus de poids pour les retenir. Ils devaient être légers, légers, légers et audacieux.
Mais plus Elerinna comprenait quelle force l’habitait et quel parti elle pouvait tirer de sa lucidité extrême, plus elle s’émancipait de lui. Devenus adultes, la libération l’embellissait, et Léogan y puisait sa propre grandeur. Il en était prodigieusement satisfait ; et tous deux riaient plus fort, désiraient plus fort, et aimaient plus fort. Elerinna devint ambitieuse, et elle exhorta Léogan à le devenir aussi ; il prit du galon, fut nommé commandant sous l'impulsion du père de famille Lanetae, haut-gradé influent, qui voyait déjà en lui son gendre et la future autorité de sa lignée.

Il ne se doutait pas un seul instant que la folle intensité qu’il vivait serait aussi fugitive, même presque instantanée dans sa longue existence de Sindarin. Tout s’accéléra vers la fin. Rien ne pouvait plus arrêter la course d’Elerinna. Si Léogan avait permis son envol, il devint bientôt une charge pour elle, dont elle voulut se délester pour être toujours plus indépendante, plus libérée, « plus seule » achevait-il, avec une morosité cruelle qui, au bout de quinze ans de fréquentation, commençait à peser pour la jeune femme, et à l’agacer.
Tandis que Léogan se rembrunissait à nouveau, comme on descend d’une montagne après avoir respiré l’air extatique des sommets, Elerinna connut d’autres hommes, et avec eux d’autres horizons. Léogan était toujours là, près d’elle, à s’abstenir de juger son penchant pour le vice, « une voie comme une autre, mais plus intense, et plus efficace », assenait-elle, « plus dangereuse pour tes idéaux ; tu te perdras en chemin », répliquait-il. Ils se disputèrent, cassèrent des objets, se brisèrent férocement l’un et l’autre, et étaient pourtant incapables de se séparer. Léogan avait l’impression de se noyer dans l’absolu qu’il avait autrefois embrassé d’un regard, d’être avalé par lui et perdu, corps et bien, submergé et sans repère ; et pourtant, il avait plus que jamais besoin d’être enveloppé dans la chaleur, la lumière et la douceur de son affection. Alors il râlait comme un gosse, piquait des crises de colère et, non content d’être devenu tout à fait insupportable, refusait systématiquement de s’expliquer.
Au bout de vingt ans de relation, après cinq dernières années marquées par le conflit et le ressentiment, Elerinna s’en fut à Cimméria pour y vivre ses passions et sa liberté, en laissant tous ses amants, et Léogan comme les autres, à Canopée. Il ne se souvient pas de lui avoir fait ses adieux. Il lui avait dit seulement, un jour proche de son départ : « C’est très bien, parfait. Je crois que tu seras beaucoup mieux toute seule. », ce qui était suffisant pour constituer une rupture.

Après le départ d’Elerinna, les ennuis et la malchance se bousculèrent au portillon pour Léogan. Ce n’était pas vraiment le sort qui s’acharnait sur lui, il en était conscient, mais plutôt les conséquences de son détachement protocolaire et de son habitude inopportune de penser en toute circonstance. Jusqu’ici, la famille Lanetae avait usé de son influence pour le couvrir face aux requins de l’armée et de la politique, et même lui faire gagner du galon, mais une fois qu'il eût abandonné Elerinna à ses ambitions, il se trouva à la merci de ses détracteurs – dont Daeron, qui d’une part n’aurait jamais terni sa réputation en le défendant, et qui avait d’autre part saisi l’opportunité de se venger des humiliations que lui avait fait subir son frère et d'éliminer ce rival bizarre et gênant, était à la tête.
Il était monté trop vite dans la hiérarchie, avec trop de fulgurance, de flamboiement et de brio. On ne le lui pardonna pas. Épaulé et défendu par Ilyan, qui était devenu un érudit de renom à Canopée, il fut confronté à un cortège hétéroclite de procès auxquels il ne répondait que par un dédain muet et quelques haussements d’épaules désintéressés. Ilyan, lui qui était pourtant d’une nature si indulgente, était devenu enragé. Au tribunal militaire, il se récriait avec véhémence contre l’absurdité des accusations (corruption, distribution de pots de vins, désobéissance chronique aux ordres, complots) exhibait des preuves à pleines poignées, en pressentant avec horreur le déclassement inéluctable de son frère.
Après avoir payé des dédommagements divers et variés, passé quelques semaines en prison, puis accessoirement, après avoir été dégradé, et avoir chu au rang de capitaine – lequel avait un goût bien amer après avoir été si rayonnant – il décida que c’en était assez. Il fit face à ses derniers procès avec une dignité mystérieusement renflouée et quand on lui annonça qu'il y aurait bientôt d'autres motifs d'accusation, il annonça son propre départ de la cité, suivi par Ilyan qui, loyal et scandalisé, avait décidé qu’il ne vivrait plus « dans une cité dont il était chaque jour plus pénible de cautionner le système judiciaire et même l’intégrité ».



Malgré les protestations et les lamentations de leurs parents et de Fa’ëlle, et malgré le scandale qui accueillit ces déclarations, les deux frères laissèrent derrière eux leur famille et leur cité pour courir, comme ils l’avaient toujours rêvé, sur les grands chemins.
La morosité finit par quitter Léogan, même s’il ne valait mieux pas lui rappeler ses mésaventures procédurières – simple question de prudence. Quant à Ilyan, si la compagnie silencieuse de ses livres lui manquait, il vagabondait à ses côtés, la gaieté au cœur. Les deux frères étaient sans le sou, mais libres. Ils plaisantaient au coin du feu de la surprise et du mécontentement qui s’étaient peints sur le visage des gens de Canopée et imitaient les discours scandalisés des vieux Sindarins, avec la gouaille moqueuse des vainqueurs.
Ils furent mercenaires. Après environ un siècle de service dans l’armée, Léogan était devenu un parti intéressant pour les clients des cités environnantes. Ilyan s’occupait des comptes et du négoce, ou plus rarement des attaques à distance (sa constitution était trop frêle et sa santé trop faible pour qu’il se prêtât au combat, mais il avait un œil de faucon et un arc de bonne facture).
Quand les paysages de Cebrenia leur furent devenus trop familiers, Ilyan et Léogan quittèrent le pays et errèrent de village en village à Noathis. Puis, fatigués de leurs premières années de vagabondage, ils s’installèrent pour plusieurs mois au temple de Delil, égarés dans l’immensité sauvage de la forêt de Sphène. En échange de journées de travail, ils y logèrent et  sympathisèrent avec les prêtres, tout en renouant avec l’étude et la méditation.
Ils reprirent leur vie d’aventuriers presque trois ans après leur arrivée, assoiffés de nouvelles découvertes. Il fallut retraverser Cebrenia, avec davantage de discrétion, cependant : ils avaient eu écho de la colère de la famille et des notables de Canopée, qui commençaient ensemble à comprendre que les frères Jézékaël ne reviendraient pas. Ils rencontrèrent même un homme de les assassiner, ou de les effrayer, peut-être, dans leur chambre d’auberge, à la faveur d’une nuit obscure. Ils ne purent déterminer ses motifs, cependant, puisque Léogan l’avait fait taire à jamais d’un coup de couteau, heureusement réveillé grâce à la finesse de son ouïe. D'autres vinrent ensuite et manquèrent toujours de peu leur objectif.

Inquiets, les deux jeunes hommes décidèrent de ne pas s’attarder dans les environs et chevauchèrent jours et nuits avant d’atteindre Argyrei la brûlante. Les terres étaient inhospitalières, et les missions qu’on prêtait aux mercenaires, sales et ingrates, mais ils y rencontrèrent de grandes caravanes de nomades, de marchands, d'artistes itinérants, et d'escrocs, auxquelles ils se joignirent avec un enthousiasme sauvage. Fascinés par ce pays écrasé par le soleil et ses gens dangereux, pétris dans la brutalité, traversés de sable et libres, si libres sur la piste du sud, Ilyan et Léogan devinrent comme eux et exercèrent le métier de contrebandiers, en voyageant de temple en temple, pour se recueillir et découvrir leurs merveilles. Ils furent souvent arrêtés à Amaryl, relâchés la plupart du temps, échappés d'autres fois où ils risquaient la potence.

Cette étape à Argyrei eut pour mérite d’égarer leurs ennemis, mais quand les deux frères eurent l’idée d’entrer à Phelgra, tout péril de la part de Daeron et de ses alliés fut définitivement écarté. Léogan, profondément polythéiste, n’était pas particulièrement rebuté par le culte de Sharna, hormis peut-eêtre dans ses formes les plus barbares. Pour dire tout à fait la vérité, la violence brute des rites ne manquèrent pas de le fasciner et même de l’accaparer. Il se prêta avec ses adeptes aux grands sabbats nocturnes, où on s’habillait de parures sauvages et où on se coiffait de cornes sous la lune, où on brûlait des herbes qu’on fumait, avant de s’élancer, en transe, dans des danses démentes, avant de s’égarer dans la nature. Léogan y rencontra plusieurs maîtresses, qu’il affectionna un soir avant de les perdre (de toute façon, les femmes ne lui avaient jusqu’ici causé que des ennuis). Il ne vénérait pas Sharna à proprement parler. Il le priait comme il priait d’autres dieux, comme une des nombreuses forces qui investissaient le grand chaos du monde. Il voyait beaucoup plus loin. Les cérémonies noires consacrées à Sharna le délestaient de sa violence naturelle, qui depuis toujours avait grondé au fond de son cœur.
Mais évidemment, Ilyan et Léogan n’étaient pas venus à Phelgra exclusivement pour libérer leurs pulsions animales, qu’ils avaient oubliées au cours de leurs pérégrinations méditatives. Ils se sentaient plein de feu, ils avaient pris goût aux affaires louches, à l'adrénaline de l'illégalité, et virent à Phelgra l'opportunité de se mettre au service d'une pègre en rébellion constante contre les autorités. Leurs activités de mercenariat et de contrebande battirent son plein, dans les rues lugubres de Thémisto, d’Umbriel et de Ridolbar, comme sur les docks puants de Mavro Limani où ils se livraient sans vergogne à des trafics de poudre d'intras, d'exas, d'alcools prohibés et de substances illicites qu'ils importaient d'Argyrei avec l'aide des caravanes marchandes et revendaient à des marins - chaire de Caimpaw marinée, gaz de Hyacin, œil de Gréor en poudre à priser et autres toxines, avec une préférence marquée pour l'herbe de cindine qui poussait dans certaines oasis et qu'ils fumaient eux-mêmes.
Ilyan et Léogan tendaient embuscade sur embuscade, empochaient des récompenses minables, mais nombreuses, de la part des résistants et des rebelles, et de flèches tirées en couteaux dégainés, ils furent bientôt contactés par l’ordre des rôdeurs, qui leur proposa (avec leur tact coutumier – enlèvement et séquestration compris) de les rejoindre. Les frères Jézékaël déclinèrent poliment leur offre : ils n’étaient pas des bienfaiteurs de l’humanité, mais des voyageurs libres, et ils ne voulaient avoir à rendre de compte à personne. « Non, non, c’est-à-dire que nous, on est là par un jeu de circonstances, en fait… Présentement, on ennuie les autorités de Phelgra, mais on pourrait très bien être ailleurs et faire autre chose ! », « Voilà, en somme, il s’est trouvé que nous nous sentions le cœur à l’ouvrage, et comme la cause était légitime, nous avons saisi l’occasion, vous comprenez ? », « Et demain il se peut que nous en soyons fatigués et que nous allions voir ailleurs. C’est la vie ! Maintenant, si vous aviez l’amabilité de défaire nos liens, nous vous en serions reconnaissants ! »
Ils allaient et venaient entre la vie sordide qu'ils menaient à Phelgra et Argyrei, où ils retrouvaient dans les mirages et les tempêtes ces vieilles caravanes dont ils étaient devenus des habitués avec le temps et où on les accueillait comme des voyageurs du sud, pareils aux autres, insaisissables, toujours de passage.

Toutefois ces longues années de violence, de pauvreté et de tumulte eurent raison de la santé fragile d’Ilyan, et peu à peu, de l'enthousiasme flamboyant de son aîné. Ilyan tomba gravement malade, dans leur repaire misérable de Ridolbar, et Léogan eut beau s’enquérir de médecins à travers toute la cité et dans ses alentours, nul n’était assez savant pour guérir son jeune frère. Il fallait pourtant trouver des remèdes, et s'ils en trouvaient, les payer, ce qui revenait souvent à s'arracher une jambe. Léogan accepta les missions les plus sordides qui lui furent offertes, parce qu'elles payaient mieux, et sa participation à la tentative de meurtre du Haut-Prêtre de Sharna lui valut les foudres des cavaliers, qui recherchèrent activement les frères Jézékaël entre Thémisto et Ridolbar.
En désespoir de cause, Léogan décida de tenter le tout pour le tout. Il sella sa monture, harnacha le corps fiévreux de son frère au sien, et chevaucha comme un beau diable jusqu’aux frontières de Phelgra.
Il y avait évidemment de nombreux avis de recherche à leurs noms et à leurs effigies dans toute la contrée, et il fut extrêmement périlleux de s’en échapper. Pourchassés et terrassés par des cavaliers impitoyables, ils parvinrent cependant à rejoindre les terres d’Eridania, où un corps d’armée les prit sous son aile.

Léogan supplia leurs nouveaux protecteurs de sauver la vie de son frère. Son état s’était considérablement aggravé avec les courses-poursuites et les combats. Pâle, exsangue et glacé, Ilyan n’était plus qu’un cadavre ébranlé par les spasmes incontrôlables de ses membres et les soubresauts d’une respiration sifflante. Cela faisait trois jours qu’il n’était plus conscient, et il serait certainement mort si le médecin du bataillon, Elza Salomon, n’avait pas été une savante adepte du culte de Kesha. Elle soigna sagement Ilyan, dans une petite ville de garnison, où les deux frères restèrent de nombreuses semaines, fébriles et désœuvrés. Léogan faisait la lecture à son malade, dont il ne quittait le chevet que pour prier dans un petit temple en pierres, non loin de là, la pitié de Kesha et de Kron, ainsi que la force de Delil. Ilyan avait pris dans son cœur la place qu’Elerinna avait occupée presque physiquement pendant vingt ans, et dont elle s’était douloureusement opérée en partant vivre à Hellas. Léogan n’aurait pas souffert de perdre aussi son petit frère, qui lui était plus cher que sa vie. Par bonheur, Ilyan survécut, et retrouva des forces.  
Lorsqu’il fut à nouveau en état de voyager, on conseilla aux Jézékaël de se mettre à l’abri des mercenaires et des assassins de Phelgra au Nord, dans la cité d’Hesperia. Ils suivirent sagement les recommandations de leurs bienfaiteurs et se réfugièrent donc à la capitale, où Ilyan éprouva de longues semaines de convalescence.

Pendant ce temps, Léogan s’enferma dans la tristesse et la réserve et travailla comme coursier pour payer leur logement. Cette nouvelle sédentarisation lui pesait, et la faiblesse de son frère lui faisait mal au cœur. Au bout de sa convalescence, ce dernier travailla aussi pour subvenir plus facilement à leurs besoins, dans les archives d’une bibliothèque. Après cinquante ans d’aventure, ses médecins lui avaient interdit toute activité physique excessive, et il semblait qu’il était condamné à ne plus jamais vivre sur les grands chemins. Léogan, évidemment, ne s’en plaignait pas – c’était déjà assez difficile pour Ilyan – mais il ne s’en affligeait que davantage.
Ilyan avait toujours eu un tempérament plus positif que Léogan et bien qu’il fût la principale victime de cette malédiction d’inertie, il retrouva rapidement la joie de vivre, d’autant plus que certaines élites cultivées faisaient déjà appel à ses services et à sa lumineuse intelligence. Léogan, lui, se trouvait plus désœuvré et nostalgique que jamais. Son seul désir était de reprendre la route aux côtés de son frère, et il ne supportait même pas l’idée de se rengager dans l’armée – « trop d’obligations, trop de protocole, trop de politique, et qui dit trop de politique, dit encore toute une clique de traîne-patins et leur lot d’emmerdes en supplément ».
Il était difficile de lui reprocher sa réticence après les événements de Canopée et plus le temps passait, plus Ilyan se sentait responsable du cloisonnement de Léogan dans cette routine morne et médiocre, qui ne convenait pas à sa nature, tandis que lui se trouvait des amis et des perspectives. Pour couronner le tout, il était tombé très amoureux d'Elza, qui l’avait sauvé de la mort quelques temps auparavant, et ils envisageaient sérieusement de se marier, ce qui laissait Léogan sur le carreau.
Ilyan ne voulait pas être malhonnête avec lui et quand bien même cela le peinait, il alla à sa rencontre et lui dit avec une gentillesse et une douceur infinies : « Je suis heureux ici, mon frère. J’aurai toujours besoin de toi, bien sûr, mais j’ai aussi besoin que tu vives aussi heureux que moi. Tu peux partir, puisqu’il n’y a que ma présence qui te retient ici. Nous nous écrirons, nous nous reverrons. On ne peut pas revivre le passé, cesse d’être nostalgique. Nos belles années de chevauchées nous resteront toujours en mémoire, mais maintenant, tu dois chevaucher seul, à moins que tu ne te trouves quelqu’un d’autre. Cela ne signifie pas que tu m’abandonnes. Nos chemins doivent se séparer, simplement, c’est ainsi que se veut notre avenir, mais pour l’un et l’autre, nous resterons toujours les mêmes. »

Léogan s’en fut de nouveau, et entretint une correspondance constante avec Ilyan. Après tout, l’existence des Sindarins était longue et leurs sorts étroitement mêlés. Pour ne pas revoir les paysages qu’il avait contemplés avec son frère, Léogan décida de prendre la mer, à bord du navire d'une vieille connaissance qu'il avait rencontrée à Mavro Limani, Fenris Skirnir – le Cerbérus – qui vivait de commerce, de contrebande et de raids dans les mauvais moments, et qui alla même jusqu'à se tenter au trafic d'esclaves pour remplir les caisses.
La mer éloignait considérablement Léogan d’Ilyan, et d’Elerinna, par la même occasion – se surprenait-il parfois de penser, avec une vague mélancolie. Mais il avait promis à son frère d’aller de l’avant, alors il hissait les voiles du Cerbérus et choquait les écoutes, le cœur soudain léger et les yeux pleins de lumière. Ils errèrent sur le dos de l’océan pendant quelques semaines, que Léogan partagea avec Fenris et son équipage, ballottés ensemble dans des vents d'adrénaline, de cruauté et de liberté.
Un jour, toutefois, un navire pirate prit ironiquement d'assaut leur vaisseau. Un puissant coup de canon emporta le grand mât et pour sauver leurs vies, les marins n'eurent d'autre choix que de se jeter à l'eau pour échapper aux corsaires qui n'avaient en vue que de piller les ressources du Cerbérus.
Malgré tous ses efforts, aux prises entre les éléments, Fenris ne parvint pas à sauver ni son équipage, ni son œil droit qu'il perdit dans la tourmente. Accroché au même radeau d'infortune que son ami, Léogan dériva de longs jours, sous un soleil de plomb, la bouche sèche, sans force, avant d’être miraculeusement rejetés sur la grève d'un archipel inconnu, à demi inconscients.


Léogan vécut à El Bahari les années les plus sauvages de sa vie, alors que paradoxalement, il était parfaitement intégré à la société ascane. Lui qui avait toujours refusé l’appartenance à un groupe quelconque, accepta de devenir un des membres de la tribu et passa même les trois épreuves qu’on imposait aux futurs initiés avec une humeur gaillarde, et une pure joie spirituelle au moment de sa purification. Il se laissa emporter dans le trouble foisonnant de la jungle et ne manquait pas, toutefois, d'écrire de longs courriers et de les faire porter par des oiseaux familiers, assez forts et rapides pour traverser l'océan et les remettre à son frère, qui seul savait encore qu’il était en vie, alors qu’il avait pour tous disparu dans la nature. Ce détachement parfait de la « civilisation », comme on disait, le mettait dans un état qui oscillait entre l’exultation et la sérénité parfaite. Il ne se souciait plus que de survivre, de construire ce qui lui était nécessaire, et ce qui ne lui était d’aucune utilité, de ses propres mains, et que de s’exercer au combat sans autre but que celui d’arriver à la perfection martiale et spirituelle. Il avait lui aussi trouvé sa place dans le monde, précisément à l’endroit où n’existait aucune place, aucun rang significatif, aucun poste ni aucune distinction. Il était encore un peu brusque, maladroit, et puis la compagnie féminine lui manquait, mais de façon générale, il agissait avec une énergie décuplée, si bien qu’on l’aurait dit parfois retombé en enfance, à le voir façonner des maquettes en bois de catapultes, de trébuchets, de fantassins, de cavaliers et de châteaux forts. La plupart du temps, il était en expédition sur l’île, sans autre but que celui de gravir des rocs escarpés, de laisser des cascades labourer son dos et écraser ses reins, d’éprouver la pesanteur de l’eau contre ses poumons dans les abysses marins, et la force du soleil d’or sur son crâne quand il avançait dans la jungle épaisse.

Et puis, un jour, alors qu’il était occupé à fredonner et à tailler tranquillement un arc sur une des basses branches du baobab où il avait bâti une cabane, Fenris qui habitait avec lui et qui était allé au village par hasard ce matin-là, vint le retrouver et le héla à vive voix de la terre ferme :

« Hé ! Léogan ! Il y a quelqu’un du continent qui demande à te voir ! »

Il cessa aussitôt de fredonner et, sous le choc, s’entailla un peu le pouce, en poussant un juron coloré.

« Quoi ?! s’exclama-t-il, en se penchant vers le sol. Dis lui que je ne suis pas là. Non mieux : que je suis mort, tiens, ça lui fera les pieds, corrigea-t-il en rigolant méchamment. Ca commence par un type, et puis demain, j’aurais tout le continent à notre porte, ça va bien. » Puis, il blêmit en repérant une silhouette encapuchonnée, qui progressait difficilement derrière le guerrier ascan. « Non, non, désolé, Madame, je n’accepte plus de visiteurs, qu’ils soient amis, ou simples relations ! » s’écria-t-il, en bondissant lestement sur le pallier de la maison, prêt à claquer la porte derrière lui.

Mais la femme, arrivée finalement au pied de l’arbre, leva la tête, et sa capuche retomba en arrière, libérant une cascade de cheveux blancs sur ses épaules. Léogan arrêta son geste et fut comme frappé par la foudre.

« Tu m’as manqué, Léo, dit-elle, dans un souffle suave qu’il parvint néanmoins à entendre.
‒ Elerinna ?! »

Elle esquissait un sourire souverain. Ses yeux brillaient du même éclat que jadis.

« Évidemment, il faut que tu ailles habiter les endroits les plus escarpés et les moins accessibles de cette île retirée… le taquina-t-elle, d’un air tendre, en considérant sa cabane qui était fort rustique, quoique joliment apprêtée. Tu ne changes pas, n’est-ce pas ?
‒ Disons que comme c’est surtout pour qu’on me foute la paix, d’habitude ça dissuade le tout venant, marmonna-t-il, toujours figé, avant de se ranimer brutalement. Enfin, avec toi, ce n’est pas pareil, je suppose. Comment as-tu pu me remettre la main dessus ? Ah… ! fit-il, en frappant sa paume du poing. Ilyan, c’est Ilyan, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qui lui est passé par la tête, à celui-là ?
‒ Tu n’es pas content de me revoir ? fit lentement la belle Sindarine, d’un air de diva attristée.
‒ Je… Bah. Si, bien sûr, expédia-t-il, en se tournant vers une échelle en corde, qu’il lança au bas de l’arbre. Allez, tiens, rejoins-moi. Je vais te faire un thé. »

Et il disparut dans sa cabane pour ne pas montrer son trouble. Il se sentait glacé de l’intérieur et son cœur frémissait d’angoisse, comme s’il avait les pieds au bord d’un précipice et qu’il se préparait à y plonger. Son mauvais pressentiment décupla quand son ancienne amante se fut tout à fait hissée jusque chez lui et qu’il la trouva à s’épousseter sur le pallier de sa porte. Sa tenue de voyage était très élégante et son visage rayonnait d’une joie diffuse. Soudain, elle se précipita à sa rencontre et le prit dans ses bras, avec une spontanéité presque ingénue. Décontenancé, il resta les bras ballants quelques secondes, avant de sentir de nouveau son cœur battre et de la chaleur naître dans sa poitrine. Il referma ses bras sur elle et respira son parfum à pleins poumons, comme dans un rêve.
Puis il s’écarta d’elle et la considéra d’un regard perplexe. Il n’avait aucune envie de revivre le passé et du reste, si la sublime Elerinna qui se trouvait à l’entrée de sa maison n’était pas un mirage, il ne fallait pas non plus qu’il la prît pour la réincarnation victorieuse de ses amours déçues. Son cœur n’était pas froid cependant. Il le sentait se gonfler lentement d’un air doux et trouble, comme un esprit qui revenait, ou comme une réminiscence subtile et douceâtre.  
Elle n’était pas venue le troubler dans son antre sans motif particulier, c’était sûr et certain. Ce pressentiment se confirma lorsqu’elle évoqua avec gaieté son ascension fulgurante au sanctuaire d’Hellas, et sa nouvelle position de grande-prêtresse, ce qui eut le mérite de faire lever un sourcil à Léogan. Elle poursuivit d’un air innocent, en entortillant une de ses mèches de cheveux autour de son doigt, et dit qu’elle avait réussi à évacuer les deux anciens Colonels qui avaient le corps d’armée prétorial à leur charge, et à qui elle aurait eu bien du mal à accorder sa confiance. Léogan buvait son thé dans une tasse de fortune en céramique et la scrutait avec soupçon, sans le moindre mot. Quand elle insista une fois de plus sur combien il lui avait manqué, sur le soulagement de se connaître encore des amis quand elle se dénombrait un nombre effarant d’ennemis à Hellas, Léogan eut une sorte de sursaut d’agressivité :

« Haha ! Je te vois venir ! Je te le dis tout de suite, il n’en est pas question !
‒ Tu ne viens pas ? dit-elle, d’un air purement étonné. Tu serais Colonel.
‒ Si tu es venue jusqu’ici pour me trouver, répliqua-t-il, avec une acrimonie cinglante, tu devrais savoir que les honneurs militaires ne m’intéressent plus. (Il eut un temps de silence et son regard se perdit pensivement dans les frondaisons verdoyantes qu’il apercevait par la fenêtre.) Un jour, il y a longtemps, j’ai cru que j’étais ambitieux… C’était un mirage. Je me sentais ambitieux parce que toi, tu l’étais, et parce que tu désirais que je le sois. Alors tu comprends bien qu’aujourd’hui, être Colonel, ma chère, je m’en tamponne le coquillard, ça, si tu savais ! » acheva-t-il, avec un rire brutal.

Elerinna le quitta à son tour du regard et examina ses mains blanches qui serraient sa propre tasse avec nervosité. Elle laissa un instant de flottement avant de relever la tête et de plonger ses yeux fascinants dans ceux de Léogan.

« Mais tu serais avec moi… susurra-t-elle, d’une voix sucrée.
‒ Elerinna, ne commence pas, s’il te plaît… soupira Léogan, en roulant des yeux. Remballe tes soupirs langoureux et tes battements de cils sensuels… Ce petit jeu-là ne marche pas avec moi.
‒ Il n’était pas destiné à « marcher », comme tu dis ! s’insurgea-t-elle, avec une mauvaise humeur subite. C’est un jeu. Nous savons tous deux que c’en est un, je ne cherche pas à te tromper.
‒ Moi je ne veux pas jouer, dit froidement Léogan. Parce que nous savons en outre que tout est fini, bien fini, et je ne supporte pas qu’on parle de ça avec tant d’insouciance et d’hypocrisie. N’en parlons pas, voilà tout.
‒ Alors comment veux-tu que nous parlions, Monsieur l’Ours solitaire ? bouda-t-elle. Nous avons toujours fait ainsi, et alors, nous étions heureux.
‒ Comment ? Eh bien, je veux que tu sois vraie. Je ne te demande pas de l’être en toute circonstance. Je te demande simplement de l’être avec moi.
‒ Très bien. Tu me blesses, tu sais ? Il ne me viendrait jamais à l’idée d’être fausse avec toi.
‒ Ravi de l’entendre.
‒ Alors je te le répète simplement. J’ai besoin de toi, viens… murmura-t-elle, avec un regard grave et une voix très douce.
‒ En toute honnêteté… dit Léogan, avec un sourire sardonique. D’abord, hein, j’ai pas envie de remettre les pieds au festival des charognes politicardes, c’est bon, ça, j’ai assez donné. Ensuite, ma Belle, disons que ça fait environ un siècle que j’ai quitté l’armée, et crois-moi, tu devrais pouvoir te trouver facilement quelqu’un de plus compétent que moi pour s’occuper de tes petites affaires. Voilà, je crois que tout est dit, la politique et l’armée, c’est fini pour moi, rideau.
‒ C’est toi que je veux, Léo, insista Elerinna, d’une voix sincèrement affligée. Ce n’est pas négociable. Il n’y a pas meilleur stratège. Tu es patient, philosophe. Je n’ai pas besoin d’une machine, mais de quelqu’un qui comprend les hommes. Je me trouverai bientôt dans des situations extrêmement difficiles : j’ai besoin de toi, et de personne d’autre que toi. »

Léogan sirota le fond de sa tasse en fronçant les sourcils. Son dernier argument était un prétexte ; ce n’était pas parce qu’il avait quitté l’armée de Canopée qu’il avait perdu la main, au contraire. Il s’était nourri de nouvelles expériences de combat, il avait vu du pays, rencontré des ennemis plus féroces que les quelques brigands de pacotille qu’il devait passer au fil de l’épée dans la forêt des Sindarins.
Il refusait de l’avouer à Elerinna, mais la savoir fourrée dans un nid de vipères, loin de lui et en proie à des périls qui échappaient pour le moment à son imagination, le mettait extrêmement mal à l’aise. Il resta silencieux un moment, ses yeux noirs plongés dans le résidu de thé qui gisait au fond de sa tasse. Puis il leva un regard abattu vers son amie et murmura sourdement :

« Laisse moi un peu de temps, je dois réfléchir. »  

Il se releva en prenant les mains d’Elerinna dans les siennes et la regarda intensément. Puis il se détourna d’un geste brusque et sortit de la cabane d’un pas vif, avant de glisser sur l’échelle en corde et de disparaître dans la forêt.
Il courut dans la jungle, les poumons et le cerveau en feu, jusqu’à ce que la nuit eût posé un voile étouffant sur ses sens. Enfin, quand la lune parut haut dans le ciel, il surgit comme un fou en haut d’une falaise, où le son de son sang qui lui battait les tempes se mêla au bruit fracassant des cascades. A bout de souffle, il s’arrêta et s’appuya sur ses genoux en haletant, le front poisseux de sueur et les larmes aux yeux. L’air était frais et palpable, il venait faire un masque d’eau à son visage brûlant et refroidir la fureur de ses nerfs. Bientôt, Léogan fut dans un état léthargique, et il se laissa tomber sur les rocs avec un gémissement de douleur, le front tourné vers les étoiles.
Il réfléchit là de longues heures, vidé de ses forces animales et l’âme plus sereine que jamais. Il avait montré les crocs, comme à son habitude, il avait aboyé, il avait fait mine de ne pas comprendre. Elerinna savait qu’il la comprenait bien au-delà des apparences. Il savait qu’elle ne briguait pas le pouvoir pour le pouvoir, quoi que son talent de dissimulation, allié à la malveillance de certains pussent conduire à le penser.  Comme le cœur fait vivre le corps de ses à coups puissants, il y avait un foyer de pureté et d’idéal au fond de l’âme d’Elerinna, qui irradiait sur ses actes, ses choix et sa pensée rongés par le vice. C’était une créature ambiguë qui ne sortait jamais du clair-obscur, pas une idiote mégalomane. Son ambition terrestre n’était qu’un pont vers l’absolu qu’elle voulait offrir au monde. Léogan ignorait encore ce qu’elle désirait faire concrètement – marquer un tournant décisif dans l’Histoire d’Isthéria, oui, comment ? – mais tout cela importait peu et n’était pas encore de son ressort.
Il savait qu’il était prêt à servir une cause comme celle-ci et de toute façon, il se sentait proprement incapable de continuer à vivre cette existence de perfection à El Bahari en l’imaginant seule face à une horde d’ennemis partiaux, insatiables et bornés. D’un autre côté, tout était allé si vite… Il avait le cœur fendu de contempler ce ciel tropical pour la dernière fois et de dire adieu à cette terre, à ce peuple pleins de force, de vie et de promesses. Ces cinquante dernières années lui avaient glissé entre les doigts. En se réveillant chaque matin, il avait toujours eu l’impression de s’être échoué la veille sur les rives de l’île.
A l’aube, Léogan avait marché vers la mer. Il se déshabilla lentement et plongea dans la lagune. Lorsqu’il eût un peu nagé, il s’étendit sur une roche déjà chaude et sa peau couverte d’iode sécha avec les premiers rayons du soleil.

Au milieu de la matinée, il était revenu à son habitation. Elerinna avait dû s’étendre dans son hamac pendant la soirée, car il l’y retrouva encore endormie. Elle ne se réveilla qu’au moment où il ferma définitivement son sac de voyage. Il lui dit qu’il avait fait ses adieux à la tribu, à ses quelques amis et promit aux chefs qu’il reviendrait un jour parmi eux – il l’espérait en tout cas.
Ils firent route côte à côte vers le navire de Cimméria, qu’Elerinna avait loué en toute discrétion pour venir jusqu’ici, et parlèrent un peu. Avant d’embarquer et de prendre place parmi l’équipage, Léogan accorda son premier sourire à Elerinna. Son visage revêche s’adoucit et ses yeux durs s’apprivoisèrent entre leurs cils noirs.

« Finalement, murmura-t-il, je suis heureux que tu ne parviennes pas encore à vivre tout à fait seule. »

***


Cela fait maintenant cinquante ans que Léogan a été brutalement bombardé colonel du corps prétorial par Elerinna, et il se rappelle au quotidien des raisons pour lesquels il a toujours été allergique à l’ambition sociale. La compagnie des prêtresses, brillantes et hypocrites, le rend maussade et de mauvais poil, et s’il n’a plus rien à craindre de la hiérarchie militaire, ses confrontations avec les colonels du corps municipal l’exaspèrent tout particulièrement. Il avait du reste conclu avec Elerinna qu’il valait mieux en public faire figure d’indifférence de l’un à l’autre. Après cinquante ans d’exercice, les questions sur l’arrivée impromptue de Léogan à ce poste se sont tues, et même s’il reste un fond de rumeurs à son sujet, le temps a passé et il a depuis longtemps montré qu’il était à la hauteur de son grade.
Heureusement pour tout le monde, les rencontres plus fréquentes avec Ilyan et certains hasards heureux de la vie tempèrent un peu ses humeurs de chien.
Il travaille en collaboration avec une Sylphide – Oria Val’rielan – qu’Elerinna avait choisie peu après Léogan, mais cette fois-ci au sein de l’armée, pour commander à ses côtés. D’abord en conflit par principe, les deux Colonels s’étaient reconnus à leur juste valeur, et même d’un tempérament assez similaire, ce qui ouvrit les portes à une agréable complicité. Oria était froide, dure, distante et polie, elle avait lentement gravi les échelons de la hiérarchie et n’admettait d’erreur de la part de personne (y compris d’elle-même). Les deux collègues, bourreaux du travail solidaires, étaient d’une efficacité redoutable. On n’aurait pas eu idée de venir attaquer le sanctuaire de l’extérieur.
Le seul véritable danger qui plane sur les prêtresses subsiste toujours parmi elles. Léogan et Oria font face à plus de démêlés officieux que de missions officielles ; ils ne sont pas dupes des enjeux de pouvoir que se disputent secrètement ses femmes de piété, à tel point qu’ils ont souvent l’impression de faire office de surveillants dans une école de jeunes filles. A certains moments, Léogan se sent une irrésistible envie de gifler les principales intéressées et de se hisser sur un promontoire pour dérouler devant toute cette jolie famille de vipères les attentats qu’elles ont tentés ou qu’elles tentent encore de perpétrer les unes contre les autres. Il en rêve parfois la nuit, mais à son grand regret, il est bien forcé de s’abstenir.



Dernière édition par Léogan Jézékaël le Sam 13 Juin - 20:51, édité 39 fois
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MessageSujet: Re: Léogan Jézékaël   Jeu 30 Jan - 22:00

Nous revoilà sur ta fiche! J'ai retiré mon message précédent pour que ta fiche soit en continue!

Pour ce qui concerne ta fiche, tout me semble impeccable, à un tout petit détail près qui sera une remarque sur ton épée. Tu mentionnes qu'elle brille d'un halo électrique. Que l'on soit d'accord qu'il s'agit en fait de la manifestation de ton pouvoir électrique. L'épée en elle-même se doit d'être "normale". Il n'y a pas d'armes magiques en début de jeu. Tu ne peux les obtenir qu'au cours de quête.

Mais sinon tout est bon.

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Tu vas pouvoir dès à présent faire une demande de rang personnalisée dans la zone évènementielle, mais aussi notifier ta patrie et lieu d'habitation.
Tu pourras aussi par la suite ouvrir ton compte en banque, ton journal, ta boîte aux lettres ainsi que ton inventaire!


Bienvenue parmi nous et surtout amuse-toi bien.^^
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Léogan Jézékaël
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