La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]

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• Eryllis: 3
• Ladrinis: 2
• Eclaris: 1
• Prêtresses: 2
• Cavaliers de S.: 5
• Nérozias: 3
• Gélovigiens: 7
• Ascans: 2
• Marins de N.: 2
• Civils: 11

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An 1305 de l'ère obscure

Saison:Riguear Mois:Ginik
[Septembre/Octobre en temps réel]

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Code par MV/Shoki - Never Utopia



 
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 La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]

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MessageSujet: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Dim 23 Fév - 20:39

Le regard vide, sa vue était comme happée dans un autre monde au même titre que ses autres sens. Pourtant il se sentait présent, présent comme rarement il avait pus l'être dans sa vie. Il n'entendait pas le rire des gamins entrain de jouer à quelques mètres de là, cherchant à s'attraper au milieu de la brume environnante qui masquait comme un voile leurs sourires innocents. Il ne voyait pas ce spectacle insouciant, ces jeux d'enfants là pour passer le temps au coeur de la saison morte.
Son instrument était là mais cela faisait des heures qu'il n'y avait plus touché. Sa cistre comme abandonnée semblait le regarder en quémandant un peu d'attention, pour que son doigté attentionné vienne faire chanter les cordes impatientes.
Assis sur un banc de pierre des plus anodins, Aro Vanzig n'était que le spectre de celui qu'il prétendait être. C'est un roulement de pierre qui le tira de ses pensées, morceau de roche tombant d'une balustrade en ruine pour allé s'émietter au grès du courant du canal passant en bas. Il entendit distinctement l'expression surprise des enfants et ces multiples prises de conscience durent comme autant de bouffées d'air pure qui vinrent avidement s'engouffrer dans ses poumons atrophiés.

Renouant avec le présent et laissant de côtés ses chimères et pensées qui ne faisaient que l'attirer vers l'abysse, Aro se pencha pour saisir sa cistre et jouer nonchalamment quelques accords qui se perdirent dans le jardin. Ces quelques notes coulèrent dans son oreille aussi fraiches que des gouttes d'eau de pluie. Il scruta le ciel, lourd à craquer de nuages blancs et cotonneux masquant le bleu des cieux. Le fond de l'air était frais sans pourtant être gênant, amenant avec lui ce brouillard typique à la cité des Yorkas où l'eau est quasi-omniprésente.
Un soupir s'échappa de ses lèvres fines, note de conclusion à sa courte mélodie. Tant de questions restaient en suspend dans son esprit vivace, tant d'énigmes qu'il ne savait comment résoudre. Tout semblait si complexe et si simple à la fois. En plus d'un siècle d'existence désormais, son maitre lui avait tant de fois répété, expliqué, appris de milles façons différentes. La condition humaine est le vice de ce monde, à la fois beau et meurtrier. Y était-il confronté lui aussi? Après tout, n'était-il pas une simple pièce du grand échiquier de la vie lui aussi? Ni plus ni moins qu'un pion coincé entre deux tours se chamaillant qui de droit sortira vainqueur.

Il savait ou du moins pensais savoir. Sans certitude il connaissait ce monde, ces pensées, ces vices, ces bassesses propres à l'humanité. Une humanité sans foi, dirigée par l'égo et la susceptibilité des hommes qui se disent puissants. Qu'ils soient de l'ombre ou au contraire portés par la notoriété du peuple, ils se pensaient Roi.
Un sourire se dessina sur son visage. Où diable allait-il chercher ses pensées? Le voila donc devenu poète ou bien philosophe? Etait-ce là le passage d'un âge de raison? Pourtant il lui semblait que ces choses là étaient en lui depuis bien des années déjà. Que ces causes connues étaient celles qui avaient dictés les péripéties de son enfance. Il rigola seul dans le Jardin en sentant le rythme de ses pensées tortueuses reprendre de plus belle puis il jeta un regard de défi au ciel qui semblait se charger encore plus d'heures en heures.

Sa cistre repris une lente et simple mélodie et la voix de ténor léger de Aro se mélangea aux notes pour chanter quelques phrasés en goyfar. Il regarda les carreaux de céramique posés à même une colonne de pierre moitié défaite par le temps et se demanda encore une fois: combien sont au courant de la risible existence qu'est la notre?
Réfléchissait-il trop ou pas encore assez?


Dernière édition par Aro Vanzig le Mer 17 Déc - 22:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mar 25 Fév - 23:26

Quel étrange endroit que la cité d'Elusia. Elle semblait aux antipodes de ce à quoi l'on était en droit de s'attendre lorsque l'on parlait de "cité" : vidée de la majorité de sa population, sans gouvernement, juste quelques groupes de Yorkas et cette nature omniprésente. Comme si quelque cataclysme avait fait fuir ses habitants et ainsi permettre à la nature de reprendre ses droits. Loin de ce que l'on pourrait trouver à Hesperia ou encore Thémisto ! Mais ce n'était pas plus mal après tout ... il fallait de tout pour faire un monde, n'est-ce pas ? La cité de l'eau en était la preuve, et elle avait au moins pour elle son calme et sa tranquillité. Un lieu propice au ressourcement, sans mauvais jeu de mot. Qu'en sera-t-il d'ici quelque dizaine d'année ?

Le temps était brumeux, le ciel habituellement bleuté était couvert en cette journée de Ginik, une atmosphère gardienne de mystère et prometteuse d'envole de l'esprit. Il ne faisait pas particulièrement froid, bien qu'un peu frais, l'absence de soleil se ressentant un peu sur la peau nue. Heureusement, il n'y avait pas de vent, quoi que cela pouvait rendre l'air un peu ... lourd, dira-t-on. Cette météo particulière donnait au Jardin de pierre un aspect tout à fait singulier, comme surgissant d'un passé lointain, ou bien d'un avenir hypothétique. Comme si plusieurs ramifications du temps venaient s'entremêlait ici, comme si la pierre devenait autant de visages de personnages futurs ou passés, ou bien des vestiges de civilisations n'ayant jamais exister, ou ayant put exister dans d'autres réalités alternatives. Les rires des enfants résonnaient comme la mélodie lointaine et envoûtante des sirènes, dont les échos lancinants se perdaient sur l'océans des possibles, atteignant parfois de manière purement fortuite notre dimension. Ils n'étaient que des sons, des esprits purs, pures manifestation de l'esprit d'un monde assoupi, assoupi sur une île déserte quelque par au milieu d'un néant d'étoiles. Un monde oublié, là, quelque part dans le cosmos, tournant aujourd'hui et à jamais, sans but, sans raison.

Il sourit. Les yeux fermés, profitant simplement de ce voyage entre les dimensions, laissant son esprit communier avec celui du monde, qu'il puisse voir dans son imagination les autres possibles, et ceux n'ayant pas eut lieu. Qu'il puisse goûter aux saveurs d’antan, entendre les voix des enfants et les cris des soldats. Sentir l'odeur de l'eau et du sang chaud ruisselant sur la terre, porteurs tout deux de vie et de changement, comme ruisselle le temps sur le corps et l'esprit des hommes, à travers les fondations même du monde. Faisant tourner éternellement la machinerie divine, permettant l'actionnement de chaque rouage, l'encastrement de chaque dent, dans cette complexe boites à musique. Une véritable oeuvre d'art ! Le temps couler doucement aux oreilles de Torenheim. Il sourit, assis sur son muret, une jambe se balançant doucement. Il ouvrit les yeux et pencha la tête en arrière, et sa tête bougea d'un côté à un autre, au rythme d'une mélodie qu'il semblait être le seul à entendre, observant le vide des nuages.

- Tu danses depuis bien longtemps, Monde. Mais ça tout le monde l'a oublié... "Oublié" comme toi qui tourne pour l'éternité. Cette danses si simple. Double. Simple. Sombre. Que toi seule connais ... Torenheim sourit d'avantage.


- C'est notre petit secret. ♪


Dernière édition par Torenheim le Dim 27 Avr - 0:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Sam 15 Mar - 20:38

Alors que la cistre égrenait ses sons stridents dans l'immense vide du Jardiens des Pierres une voix s'éleva en chantonnant derrière Aro, donnant suite à sa mélodie en goyfar. Les notes se mêlèrent et naturellement l'instrumentiste prit à partit les phrases de l'inconnu pour le suivre inconsciemment par sa musique. Cel se fit presque naturellement et au début il ne porta pas attention au sens des phrases de l'inconnu qui se tenait là à quelques mètres de lui. Ce n'est qu'après coup, après avoir posé son accord de résolution que l'impact des mots se fit plus percutant en lui. La danse du monde. Qu'est-ce que cela évoquait en lui en l'instant présent il n'aurait pus le décrire. Malgré cela cette métaphore fut comme un pont qui relia en lui des sentiments partagés pour les amener vers une pensée bien plus simple et globale. La réflexion lui fit poser son instrument contre le banc pour faire volte-face vers l'homme qui se tenait assis sur la balustrade du jardin.

"De belle notes pour de belles paroles."

Il ne savait pas si l'homme l'écoutait ni même si ce dernier avait prêté attention à cet union qui venait de les lier quelques secondes seulement. Aro resta là à le regarder en se demandant quel destin en particulier lui avait fait croiser cet homme à ce moment là de son existence. Un homme qui l'air de rien venait de chanter le lien de son esprit. Serait-il lui aussi en proie à des pensées sur la conscience du monde? Il n'avait pourtant pas l'air si tourmenté que la tête blonde du Lhurgoyfs, au contraire même il semblait d'une légèreté à toute épreuve comme si son pas flottait à la surface d'une existence dont il devinait d'avance les tenants et les aboutissants. Intrigué, Aro ramassa sa cistre qu'il passa en bandoulière pour ensuite se lever et se diriger vers la balustrade où l'inconnu était assis.
Il se posa là, les coudes contre le rebords en scrutant la cité qui s'étendait en bas, nimbée dans son épais manteau de brume. Il avait beaucoup de choses à dire mais le silence était actuellement la chose la plus plaisante à savourer. Aucun mot n'avait la force nécessaire pour mener à bien la rencontre de ces deux individus et pourtant le vagabond se laissa allé à la paroles après quelques minutes silencieuses.

"Un lourd secret. Je ne sais pas encore si j'aurais préféré ne jamais le savoir plutôt que de le découvrir à travers la haine."

Il ne regardait pas son interlocuteur et parlait aussi bien pour lui-même que pour l'homme qui se tenait à ses côtés. Il se retourna pour appuyer son dos contre la balustrade, comme si il tenait à détourner le regard de la vie qui se tenait en contre-bas d'eux. Ramenant sa cape en cuir taupe prêt de lui pour se couvrir du courant d'air ambiant, Aro laissa échapper un soupir fatigué qui ne fut pas sans le faire rire. Oui, dans le fond c'était drôle. Sombre, vicieux, immense, tortueux mais drôle. Ainsi c'est donc ça le monde.
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Sam 29 Mar - 22:13

Spoiler:
 

Torenheim ne dit pas un mot, appréciant le silence et les mélodies qu’il semblait le seul à pouvoir entendre. La chanson du temps et de l’espace qui tournent sur eux-mêmes. Il restait là, les yeux vers le ciel vide, dont le gris reflétait le gris miroitant de ses yeux. Entre ses fines bandelettes de lins, son regard semblait vouloir pénétrer la couche nuageuse, et le sourire dessiné sur ses lèvres laissait pensait qu’il y parvenait. Il restait là, au sommet du Jardin, ses pieds ne touchaient pas le sol, son regard ne se posait pas sur la ville en contre bas. Il demeurait ici, sur un nuage de brume : non pas « au-dessus de tout », mais plutôt « en-dehors de tout ». Après tout, n’était-ce pas le meilleur endroit pour contempler le Monde ?

Ecrasé entre ses rouages, l’Homme ne pouvait distinguer la Vérité, il ne pouvait voir qu’un semblant de Réalité. Il s’accrochait aux dents de la machine, de peur de tomber dans le néant et l’inconnu. Il s’aveuglait de croyances et de principes, de préceptes et de passions. Il tentait vainement de trouver un sens à sa vie, et ainsi il ne pouvait embrasser la Vérité du Monde. Il ne voyait qu’une dent s’engrener avec une autre, mais il n’entendait pas la mélodie, simplement le « tic-tac » du temps qui passe. Il ne pouvait voir sa danse, seulement quelques événements isolés sans rapport logique, sans liens définis. Et il se dévorait de questions absurdes, d’interrogations ne menant nulle part. Il cherchait des réponses aux mauvaises questions, et il s’enfonçait encore plus dans les ténèbres de l’ignorance. Il croyait apprendre, il ne faisait que se leurrer. Il pensait avancer, alors qu’il n’était qu’écrasé d’avantage entre les roues dentées, dévoré par un monde endormi.

C’était absurde.

Lui avait accepté. Il s’était détaché depuis maintenant très longtemps. Il avait très tôt abandonné les illusions qu’on avait voulu lui inculquer, il avait cherché la vérité par lui-même. Il s’était créé sa propre route, là où aucune âme ne l’avait précédé, si ce n’est peut-être les dieux – bien qu’il doutait qu’eux même ne soit jamais sorti du cocon – et il avait avancé longuement. Il avait tourné en rond, autour de questions étranges. Au début en cherchant à chercher, puis sans plus chercher, il avait tourné, s’était tourner, et retourner. Et après avoir plongé au plus profond de l’abîme du monde, il en était sorti changer. Et maintenant, depuis l’extérieur, il attendait que l’heure vienne. Silencieux. Souriant. Juste une question … De temps.

- De belle notes pour de belles paroles. 

Torenheim baissa les yeux vers le jeune homme qui l’avait rejoins. Il s’amusa de le voir contempler la cité en contre bas. A quoi pouvait-il bien penser ? Appréciait-il la délicatesse de l’architecture Elusienne misent à bas par les préjudices du temps et de la nature ? Prêtait-il l’oreille au chant des ruisseaux et cours d’eau qui parcouraient la ville de-ci de-là, comme autant de veines dans le système sanguin d’un être vivant ? Probablement pas. Le petit être semblait … Troublé. Dans son regard, Torenheim put lire le doute, la lassitude, le désabusement et peut-être le remord. Le blondinet n’était vraisemblablement pas en paix, contrairement à lui, il était comme un petit pêcheur à la surface de l’océan. Perdu dans l’immensité, ne voyant aucune horizon où qu’il pose les yeux. Il restait à la dérive, sur une mer azur calme et tranquille, sous un ciel rosé qui atteignait son crépuscule. Attendant désespérément un souffle, une idée. Torenheim se demanda combien ses yeux pouvaient voir profondément dans l’océan, s’il y voyait le monde bouger en dessous. Ce qu’il savait, c’était que le crépuscule était là, et qu’après lui, la nuit serait bien sombre. Au loin les nuages s’amoncelaient, laissant présager la tempête à venir. Le changement est pour bientôt. Combien de barques devront sombrer ?

Le jeune homme se retourna, tournant le dos au monde extérieur.

- Un lourd secret. Je ne sais pas encore si j'aurais préféré ne jamais le savoir plutôt que de le découvrir à travers la haine.

Le sourire de Torenheim se fit plus large alors qu’il posait son regard sur la ville engourdie par l’épais brouillard, il prolongea un instant le silence. Son ami poète l’amusait. Certainement en proie avec les aléas de la vie, n’est-ce pas ? Il balança doucement une jambe au dessus du vide, le regard au loin, son sourire se fit plus fin, plus discret entre ses bandelettes.

- La haine n’est qu’un aspect de la vérité. Un aspect parmi un millier d’autre. Incomplet, un fragment, il serait bien mal avisé de voir en son sein une vérité globale, plutôt qu’une fraction de celle-ci. Elle est un chemin pour les faibles et les lâches qui ne contrôlent ni leur esprit ni leur cœur. Un chemin simple, prévisible, qu’il est si facile d’emprunter …

Il ferma les yeux, baissant légèrement la tête. Ecoutant encore le silence, s’imprégnant de l’atmosphère. Puis il les rouvrit et tourna un peu son visage vers le Lhurgoyfs, lui adressant un sourire courtois, le regardant du coin de l’œil.

- Et vous vous trompez : le secret n’est pas si lourd à porter. Personne ne vous a jamais demandé de le faire. Il ne tient qu’à vous de simplement … l’accepter. Tel qu’il est. Vous vous sentirez surement plus léger, et peut être pourrais vous alors enfin avancer.

Il reporta son regard sur la ville en contrebas, silencieux.
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mer 2 Avr - 19:50

Spoiler:
 


Les mots de l'inconnu résonnèrent comme un coup de fouet dans l'esprit de Aro. Ce fut comme si une présence venait de s'immiscer dans son esprit pour li jeter un sceau d'eau glacial au visage. Un voile sembla se dissiper devant ses yeux et les rouages de son être se mirent à respirer, fort de cet impact mental. Il avait raison, tellement raison. La haine n'est rien, rien de plus qu'un grain de sable au milieu du désert des sentiments. Pourquoi lui porter plus d'attention qu'à un autre, pourquoi limiter sa vision à travers ce prisme seulement. Son coeur et son esprit étaient-ils si fragiles pour qu'il se fassent ainsi facilement aveuglés?
Aro refusa de plein bloc de céder à ces impulsions faibles et se réveilla de l'intérieur, comme porté par un chant encore inconnu à son âme. Son coeur battait comme un tambour devant la raison et la logique qui venaient de l'assaillir. Tout cela était absurde. Le monde en était-il absurde lui aussi? Combien de morts, combien de crimes, combien de larmes étaient sacrifiés au nom de la haine?Combien d'aveugles peuplaient les terres d'Ishteria à l'instant même où les deux hommes conversaient?

Avant même que ses pensées deviennent paroles, l'inconnu s'exprima de nouveau. Le fouet claqua une seconde fois du son de l'évidence même au sein du coeur du jeune homme. Il sentait tellement bête et petit à cet instant précis, comme un enfant entrain de naitre face à la brutalité d'un monde embourbé dans les sentiments qu'il s'est lui-même inventé. Idiot, Aro était un idiot. Ce constat n'eut nul autre effet que de le faire rire. Un rire franc, léger, qui lui secoua la poitrine pour mieux la faire respirer. Son être entier sembla s'animer de joie face à la ridiculité de sa propre personne. Rejetant la tête en arrière pour fixer l'immensité du ciel couvert par le lourd brouillard posé sur Elusia, Aro souffla pour récupérer de son éclat de rire.


"Voila un homme aux mots prompt à guider un aveugle à travers le vide!"

Il laissa sa parole en suspend, respirant à plein poumon l'air vicié des humains. Un pion sur l'échiquier voila ce qu'il était après tout. Mais un pion conscient est plus à même de détrôner les rois qu'une puissante tour avançant dans le plus grand des aveuglements. Sa propre bêtise le consternait autant qu'elle le faisait rire. Il venait là, s'infligeant lui-même un fardeau en l'excusant par la fatalité alors que dans le fond il était l'auteur de son propre crime. Il se demanda l'espace d'un instant ce que penserais son maitre de telles divagations. Serait-il d'accord avec l'homme aux bandelettes? Trouverais t-il ça insensé voir déplacé?
Aro sentit comme des ailes lui pousser dans le dos, sensation pourtant familière pour le Lhurgoyfs au démon oiseau qu'il est. Mais ces ailes de conscience vinrent le porter au-delà du monde, assis sur un promontoire de l'esprit où tout semblait plus clair. La vie n'était pas plus belle là-haut contrairement à ce que pourrait penser les légendes. Au contraire, on se rendait encore mieux compte de la folie qui peu à peu consumait l'âme du monde pour mieux le détruire de lui-même. Ce fut comme si il venait de pousser une porte qui lui montra un nouveau point de vue sur la vie en son entier.


"Je ne suis qu'un idiot impulsif." lâcha Aro d'un ton presque joyeux "Un idiot impulsif voulant danser sur les mécanismes d'un monde qui s'effrite. La vie est dénuée de sens mais malgré tout j'ai toujours cette envie de consommer, de consommer cette vie qui m'as été donnée. Les hommes me font rire, leurs bêtises me font rire autant que la mienne me fait rire. Mais derrière ce miasme, en dessous de cette pourriture que beaucoup, comme moi, s'infligent sans même le savoir... Je garde l'espoir de voir le véritable éclat de l'humanité. Je rêve sans vraiment y croire à un monde meilleur."

Retirant son attention de l'immensité du ciel pour la fixer sur l'inconnu à côté de lui, Aro souris pour poser sa question qui d'avance lui sembla utopique et risible.

"Et vous Monsieur, rêvez-vous?"
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Jeu 3 Avr - 12:40

Il fut un temps où le temps lui-même n’était rien de plus qu’un enfant. Ce temps étrange, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’est pas si lointain dans le passé ou dans l’avenir : ce temps existe en chacun de nous, l’important restant le temps et l’importance qu’on lui accorde avant qu’il ne nous dévore. Il est enfant quand on ne le regarde pas. Il est assassin quand on ne le prend pas.
Le temps est un enfant qui danse dans le vide et qui berce le monde endormi entre ses bras éthérés, hier, demain, et après.
Le petit homme sembla transit aux mots de l’inconnu, comme si la foudre venait de le frapper du haut de son perchoir céleste, et lui avait brûlé ses paupières fermées jusqu’alors. Était-ce douloureux de voir la lumière quand on n’avait connu que l’obscurité ? Pourtant, ce n’était encore rien, rien qu’une parcelle de savoir. Rien qu’une poussière de vérité dans le nuage de probabilités. Juste un mot, pour un millier d’autres. Prendre un mot isolé ne suffit pas à donné une vision d’ensemble du texte. Et pourtant, chaque lettre existe sans essence individuelle. Nous naissons tous des ténèbres, nous sommes par nature des êtres sombres. Toutefois, par nature aussi, ténèbres et lumière ne sont que deux faces d’une même pièce que l’esprit humain à séparé pour mieux l’appréhender. Et le monde englobe tout, dans toute sa douce simplicité.

Torenheim observait l’horizon. Là ou le ciel et la terre se rencontrent et tournent l’un sur l’autre, dans des sens contraires comme deux roues dentées encastrées. Là où l’un dévore l’autre infiniment. Il imagina l’oiseau posé sur l’olivier qui reliait les deux sans le savoir : sa plume était une passerelle entre deux états de la matière : le solide et le gazeux. Tout comme son âme était un chemin de plus entre deux état de l’âme : l’ici et l’ailleurs. Les états de l’âme … Torenheim sourit. Il en savait quelque chose. L’essence de la magie et des dieux, l’âme, parcelle éternelle du monde : faisant partie intégrante de son « être » et ne pouvant lui être retiré. Enfin, jusqu’à preuve du contraire, n’est-ce pas ?
Le jeune homme à ses cotés riait de bon cœur, un rire léger et agréable, apportant ses notes à la mélodie. Il semblait respirer pour la première fois depuis longtemps.

"Voila un homme aux mots prompt à guider un aveugle à travers le vide!"

Le sourire de Torenheim se fit plus large, sans joie, son regard plus vide qu’un miroir sans rien à refléter. Il n’avait pas la prétention d’être un guide. A dire vrai, il n’en avait pas même l’envie. Le monde serait bien ennuyeux si tout le monde retrouvaient la vue, non ? Il ne se voyait pas comme un berger, et il n’aura jamais le gout de mener son troupeau vers de plus verts pâturages. Torenheim était un esprit libre. Et il ne sacrifierait cette liberté pour rien au monde, car après tout même s’il le voulait, il ne pourrait plus jamais la perdre. Même la mort n’était plus qu’un spectre lointain, fauchant les âmes autour de lui pour les ramener au monde, qui ne pourrait jamais l’atteindre.
Le cycle se fissurait pour la première fois, du moins dans ce temps relatif.

"Je ne suis qu'un idiot impulsif." lâcha le jeune homme d'un ton presque joyeux "Un idiot impulsif voulant danser sur les mécanismes d'un monde qui s'effrite. La vie est dénuée de sens mais malgré tout j'ai toujours cette envie de consommer, de consommer cette vie qui m'as été donnée. Les hommes me font rire, leurs bêtises me font rire autant que la mienne me fait rire. Mais derrière ce miasme, en dessous de cette pourriture que beaucoup, comme moi, s'infligent sans même le savoir... Je garde l'espoir de voir le véritable éclat de l'humanité. Je rêve sans vraiment y croire à un monde meilleur."

L’étranger – ce nom lui correspondait bien – sourit de nouveau, basculant la tête en arrière. C’était intéressant. Son point de vu avait de la valeur, Torenheim n’en avait jamais douté : chaque vision compte. Un idiot impulsif ? Oui, exactement. Quoi qu’il n’aimait pas particulièrement le terme d’ « idiot », ils n’étaient pas si nombreux que ça … Impulsif collait tout à fait. Pourquoi consommer ? Pourquoi rire ? Seulement pour ne pas pleurer ? Simplement pour exister ? Torenheim voulait savoir, il voulait connaître sa vision du monde. Le véritable éclat ? Il sourit. Certaines choses étaient encore à garder dans les ténèbres, juste un peu de temps. Plus très longtemps.

Un monde meilleur ?

- L’espoir fait vivre et avancer les hommes. Il est le moteur qui les pousse de l'avant, quelque soit leurs horizons et leurs convictions. Il est un peu le "vecteur" du changement, sans lui tout se met à gangréner et à pourrir.

Le blondinet lui demanda en souriant :

"Et vous Monsieur, rêvez-vous?"

Torenheim plongea son regard dans le vide du monde, droit devant lui, les yeux fixes, un sourire étrange sur ses lèvres gercées.

- Très bonne question … Mais non, malheureusement je ne rêve pas, car comment le pourrais-je ? Je suis un rêve.

L'étranger aux bandelettes parla avec tout le calme et le naturel du monde. Puis, il rajouta comme pour lui même :

- Un rêve peut-il rêver ?
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Dim 13 Avr - 21:17

L'espace d'un instant, Aro se demanda si ce qu'il était entrain de vivre relevait du rêve ou de la réalité. Les propos échangés étaient tels que son esprit semblait flotter au dessus de son corps, emporté par une douce mélodie cotonneuse. Le fait que l'homme aux bandelettes se définisse comme étant un rêve rajouta une couche à ce sentiment de flottement qui s'emparait doucement du vagabond. N'était-il lui même pas entrain de rêver cette rencontre, ces mots échangés, cette conversation? Ne s'était-il pas endormi quelques instants plus tôt, au moment où ses pensées sombres grignotaient sa joie de vivre, tels des vautours autour d'une carcasse?
Ses yeux se plissèrent comme si il tenait à mieux observer l'homme qui se tenait à ses côtés. Il résista à l'envie de se pincer pour se prouver que la réalité était bien là devant lui, insistant encore sur son regard comme si ce dernier allait sous peu percer le voile des rêves. Rien ne se passa. Aro passa une main molle sur son visage aux traits fins et un nouveau sourire apparut pour faire rayonner son joli minois.


"Ma foi monsieur, vous m'avez l'air bien réel pour un rêve!"

Aro se retourna pour scruter l'horizon et laissa ses mots vagabonder au rythme de ses pensées.

"Des rêves hein. Nous sommes l'incarnations de nos propres rêves, nous sommes leurs espoirs ou leurs déceptions. Mais de là à être un rêve... C'est comme renoncer à vivre et se destiner à une attente éternelle. Vous ne trouvez pas ça triste vous?"

A moins que la vision de l'étranger soit complètement différente de celle de Aro, il ne voyait pas comment se réjouir d'un tel état d'être. C'est très jeune qu'il avait compris ce principe de l'espoir et de la déception: Le premier pas vers la déception n'est autre que l'espoir. A une période il avait jugé bon d'arrêter d'espérer pour s'éviter d'être déçu, ce fut un court moment de sa longue existence et pourtant ce passage le marqua aussi efficacement qu'un fer chauffé à blanc. Il n'était qu'un enfant, vivant dans les erreurs de ses ainés et du monde qu'ils avaient construit. Un monde qui n'était pas fait pour lui ni pour les gens comme lui. Trop penser dans ce monde était comme une malédiction propre à tuer la vie dans l'oeuf. Et rêver alors? Les rêves sont comme l'horizon qui s'étend devant son regard, une perfection qu'il tentera toujours d'approcher en sachant d'avance que cela est impossible. Être un rêve...
Les yeux de Aro s'écarquillèrent par la seule pensée qui venait de traverser son esprit à ce moment là. Être un rêve, être cette perfection que l'on cherche a atteindre, ce stade latent comme une stase au bout du monde, le dernier pas vers un promontoire unique. Etait-ce donc là l'existence de l'homme qui se tenait à ses côtés? Lui qui semblait chanter et danser pourtant, chantait-il et dansait-il vraiment? Un quelconque sentiment de tristesse s'empara de Aro et il se demanda si l'étranger était heureux et si il savait vraiment ce que pouvait dire ce mot. Dans un autre monde, Aro aurait put être cet homme. Etait-il pour autant meilleur ou moins bon? Ou juste différent?


"Dites... vous allez peut-être trouver ça bizarre comme question mais... êtes vous heureux?"
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mer 23 Avr - 1:05

La brume épaisse et cotonneuse continuait d'étaler son manteau humide sur la ville de l'eau, recouvrant de sa myste les ruines étrange d'une cité oublié. Ses couches épaisses montaient jusqu'au Jardin de Pierre, et plongeaient les bas-fonds de la ville dans un brouillard d'incertitudes, cachant la chute des cours d'eau et masquant leurs aboutissement, donnant l'impression que l'eau liquide se laisser choir de son piédestal vers un abysse infini et inconnu, inconscient de la chute éternel qui l'attendait. Peut être tombera t elle jusqu'au cœur du monde, au plus profond de sa machinerie ? Au centre du mécanisme où tout se jouait, là où seules les âmes et les dieux flottaient paisiblement ? Qui pouvait le savoir. Lui peut-être. Après tout, ses connaissances ne défiaient l'entendement ? Les plus grands Eclaris ne passaient-ils pas pour des sots rabougris face à lui ? Il avait vu tant de chose au cours de son existence, traversé tant de lieux aux quatre coins du monde, visité tant de ruines et de temples, étudié des centaines de sujets et lut des milliers de livres ! Et tout cela, il s'en rappelait avec précision, chaque seconde de sa vie était gravé à jamais dans son esprit. Non seulement il savait, mais il savait qu'il savait. Il n'avait qu'à se concentrer pour se souvenir ce que tout le monde avait oublié.

Ce que le Monde avait oublié.

Et pourtant il lui restait tant à découvrir ... Ce n'était encore que le début, les prémices, le mouvement venait tout juste de naître et encore rien n'avait été joué ! Il sourit à cette pensée. Il faudra encore attendre un peu, mais après tout ce n'était pas comme si le temps lui était compté : pour faire ce qu'il avait à faire il avait ... Toute l'éternité devant lui.

"Ma foi monsieur, vous m'avez l'air bien réel pour un rêve!"

Torenheim sourit de plus belle, amusé par la vivacité du jeune homme, et par son coté si ... terre à terre.

- Je le suis déjà plus que vous ! Dit il joyeusement, avant d'enchaîner, semblant douter, ou peut être moins ... Tout dépend du point de vu. Acheva-t-il en souriant et haussant les épaules.

La jeune tête blonde se retourna pour regarder à nouveau la ville.

"Des rêves hein. Nous sommes l'incarnations de nos propres rêves, nous sommes leurs espoirs ou leurs déceptions. Mais de là à être un rêve... C'est comme renoncer à vivre et se destiner à une attente éternelle. Vous ne trouvez pas ça triste vous?"

L'étranger aux bandelettes sourit de plus belle, intéressé par la vision de son ami poète. Être l'incarnation de son propre rêve ... ? Voilà qui était bien prétentieux. Non, ce n'était pas ce dont Torenheim parlait, bien sur il comprenait de quoi voulait parler le blondinet, mais ce à quoi il faisait référence était bien plus ... Simple. Il leva les yeux au ciel, tranquille sur son perchoir au dessus de la brume, comme une gargouille souriante accrochée à un cloché qui n'attendait rien que le vent pour déployer ses ailes et s'envoler.

- Une attente longue en effet, mais pas éternelle. Un rêve n'est pas quelque chose de figé entre le temps et l'espace voué à ne jamais évolué, au contraire ! C'est peut être la chose la plus bouillonnante d'activité de ce bas monde. Toutefois, c'est une activité tranquille quoi que constante, qui ne fait qu'évoluer et pousser aux changement. Être un rêve ce n'est pas renoncer à vivre, c'est au contraire ... Accepter la vie telle qu'elle est. La voir sous son vrai jour. Et avoir le pouvoir de s'accomplir soi-même ... Ce n'est ni ennuyeux ni triste, c'est simplement ... normal ?

L'inconnu eut un rire étrange à ce dernier mot, un rire amusé. Bien qu'il fut difficile de percer à jour la cause de cette hilarité aussi légère que soudaine, elle ne lui en secouait pas moins les épaules doucement, animant l'air ambiant de quelque note à la fois légères comme la plume, et profonde comme l'abysse. Normal, oui ... C'était normal. Ni beau, ni laid, ni triste ni joyeux. C'était ce qui devait être, aussi absurde que cela puisse paraitre. Pourquoi cherchait à compliquer une réalité qui était pourtant si simple ? Cela ne la rendrait pas plus belle ou plus acceptable. L'accepter tel qu'elle était, c'était le premier pas pour la changer. Être un rêve, être un espoirs, être un souffle. Tout cela revenait au même ! Et si l'on partait du principe qu'il était en effet un rêve, quoi qu'il veuille dire par cet étrange expression, la bonne question à poser serait ... Un rêve de qui ?

"Dites... vous allez peut-être trouver ça bizarre comme question mais... êtes vous heureux?"

Un large sourire s'afficha sur les lèvres gercées l'étranger, dévoilant sa dentition presque carnassière entre ses fines bandes de lins. Était-il heureux ? Excellente question. Mais la réponse avait-elle vraiment de l'importance ? Après tout, qu'Est-ce que cela pouvait changer ? Le monde tournerait toujours, que le pauvre petit Torenheim soit triste ou heureux. Certes l'interrogation avait le mérite d'amuser l'étrange personnage, à la fois par sa simplicité merveilleuse et par son innocence si rare, mais bien qu'elle fut intéressante, elle n'en était pas pour autant pertinente. Il serait peut être moins épanouis s'il avait été moins heureux ... Mais dans ce cas, un autre rêve aurait pris sa place. Peut importe l'espace et le temps, le mécanisme était le même.

Il posa son regard gris en coins sur celui du jeune homme, gardant son sourire étrange et amusé et demanda d'un air légèrement moqueur, quoi que sans animosité aucune :

- Sérieusement ... Ai-je l'air d'être malheureux ?
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Sam 17 Mai - 19:10

La simplicité de la réponse de l'homme aux bandes eu un effet immédiat sur Aro. Alors que le jeune vagabond venait de poser sa question avec une sincérité des plus profondes qu'il soit, un oeil embrun d'une tristesse passagère envers cet inconnu, le tout fut balayé presque instantanément par l'air taquin de son interlocuteur. Le rire de la jeune tête blonde vint égayer le temps maussade et se répercuta sur les colonnes vide de sens qui les entouraient au coeur du jardin des pierres. Il est vrai qu'a mieux le regarder son mystérieux compagnon de philosophie n'avait pas l'air d'être un homme triste propre à regretter ses actes, sa vie ni même son but si tant qu'il en ai un. L'homme était si sage qu'il se demanda combien d'années avait-il pus vivre avant de déboucher à une telle harmonisation avec lui-même, aussi cruellement sauvage soit-elle. Il donnait cette impression d'avoir déjà vécu cent vie, même par rapport à Aro qui était centenaire.

"A mieux y regarder c'est vrai que vous n'en avez pas l'air" s'esclaffa le jeune homme en appuyant son visage contre sa dextre.

Il profita de cet instant pour encore mieux observer l'énergumène à ses côtés. Il n'avait rien de commun à n'importe qui qu'il ai pus croiser durant ses multiples pérégrinations. Il semblait unique, comme tout le monde me diriez-vous mais cet homme semblait encore plus unique comme si il provenait d'un autre monde, d'un autre temps, d'un endroit où aucunes chaines n'existes pour entraver les hommes.
Au final les deux hommes partageaient plusieurs point de vue en commun même si la façon de l'exprimer différait largement de l'un à l'autre. L'un se considérait comme étant un rêve en sa pleine entité et l'autre déclarait en être son incarnation, comme un hôte de plusieurs promesse au monde. La poésie habitait leurs mots et pourtant la jeunesse relative de Aro amenait un vent de fraicheur qui venait doucement souffler la poussière sur les propos du coeur du monde.
C'est le regard dans le vide qu'il se laisse allé à de nouvelles divagations.


"Parfois je me demande si tout cela est juste. Si ce monde et cette vie sont justes. Puis après j'oublie pour finalement y repenser quelques temps plus tard. Des jours parfois, des mois ou des années d'autres fois. Au final est-ce que la justice existe quelque part et en quoi elle est importante si ce n'est que pour alimenter des points de vue divergents propres à détruire l'humanité par elle même." Il souffla l'air las mais garda un sourire figé sur son visage d'ange "Tout cela à le don de me donner des maux de têtes dignes d'un châtiment divin. J'aimerais tant que le temps se suspende pour souffler égoïstement, avoir un repos calme dans un endroit où la pensée est proscrite, où la réflexion s'efface pour laisser place à la paix et à l'oubli."

Il se détacha de la rambarde sur laquelle il était appuyé depuis tout à l'heure et continua son discours en l'accompagnant de gestes amples comme si il essayait d'attraper la corde astral permettant de fermer le rideau sur la scène du monde.

"Un jour je souhaite la destruction. Le lendemain je regrette ces pensées et oeuvre pour la restauration et le droit chemin. Le jour d'après l'existence perd son goût et tout devient cendre en ma bouche, la vie perd ses couleurs pour devenir un tableau de noir et de blanc où les nuances de gris sont trop rares. Puis finalement un éclat s'anime à nouveau pour me renvoyer vers l'espoir d'un jour meilleur et c'est comme remettre un nouveau masque qui n'as rien en commun avec ses prédécesseurs. Tout cela est comme une torture que je m'auto-inflige sans même le désirer, sans même y penser, naturellement car telle est fait la vie. Ahah, ça n'as aucun sens vraiment. Je n'arrive pas à le contrôler, ces émotions vont et viennes comme un ressac inaltérable, c'est aussi naturel que de respirer." Il se retourna vers la silhouette toujours assise au bord du vide et questionna pour lui-même:

"Je me demande si la vie d'un rêve est aussi lourde d'absurdités."
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Jeu 22 Mai - 12:35

Les notes claires et douces s’en allaient résonner dans le Jardin de Pierre, remuant la brume qui s’épaississait, ricochant sur les parois dures, froides et humides de la roche en contrebas. Elles animaient de leur candeur l’immuabilité de ce lieu étrange et coupé du monde, donnaient un peu de vie au myste profond d’Elusia, un peu de lumière et de chaleur. Cependant, les sons, trop faibles et fragiles, finissaient lentement dévoré, endormi par le brouillard, se brisant sur la pierre, s’étouffant dans l’océan. Le temps continuait sa danse éternelle, embrassant et dispersant de ses mouvements immenses tous les espoirs, les peurs, les haines et les douceurs émanant des âmes des mortels. Comme s’il s’en alimentait pour maintenir sa course, pour tourner encore pour juste quelques éternités de plus.  Et le rire ne semblait n’être rien. Rien d’autre qu’une étincelle dans les ténèbres, une petite étoile illuminant faiblement les ombres qui la dévoraient sans pitié. Parce que c’était … Normal. C’était ainsi.

Oh il y aura toujours des étoiles … Toujours des étincelles. Toutes éphémères, toutes absurdes. Aussi stupides que le vide qu’elles combattaient sans le savoir. Il y en aura toujours pour briller faiblement dans le néant, mais jamais pour le chasser, trop oppressant et vaste. Et lui, il ne pourra jamais toutes les dévorer, à moins de dévorer la vie elle-même. Les étoiles naissent de la poussière, et meurent dans des explosions, immense à notre échelle ! Mais insignifiante dans le vaste Univers. Et dans leur mort, elles dispensent au grès des vents les particules qui serviront à enfanter d’autres étoiles, d’autres mondes, d’autres âmes, d’autres possibles.

Et lui ? Posé sur son rebord, face au vide ? Qu’est-ce qu’il en pensait ? Qu’est-ce qu’il croyait ? Voulait-il s’abandonner au néant ? Ou combattre pour les étoiles ? Ni l’un ni l’autre. Il savait que c’était inutile, qu’il ne ferait que perpétuer le cycle absurde de naissance et de mort. Il ne faisait qu’observer. Patiemment. Et apprendre. Apprendre ce que le monde agonisant et innocent pouvait lui enseigner. Non, ce n’était pas pour combattre qu’il était là. Ce n’était pas pour ça qu’il avait été fait Rêve. Le but d’un Rêve est tout naturellement de s’accomplir, et lui son accomplissement … Etait peut être le plus radieux et inaccessible qui soit.

Et pourtant, il approchait à grand pas.

"Parfois je me demande si tout cela est juste. Si ce monde et cette vie sont justes. Puis après j'oublie pour finalement y repenser quelques temps plus tard. Des jours parfois, des mois ou des années d'autres fois. Au final est-ce que la justice existe quelque part et en quoi elle est importante si ce n'est que pour alimenter des points de vue divergents propres à détruire l'humanité par elle même." Le jeune homme soupira doucement, gardant à ses lèvres son sourire quelque peu mélancolique. "Tout cela à le don de me donner des maux de têtes dignes d'un châtiment divin. J'aimerais tant que le temps se suspende pour souffler égoïstement, avoir un repos calme dans un endroit où la pensée est proscrite, où la réflexion s'efface pour laisser place à la paix et à l'oubli."

Torenheim eut un sourire plus large en écoutant les divagations de son compagnon de penser, il continuait à observer le vide comme un aveugle en l’écoutant respectueusement, comme s’il ne voyait pas ce qu’il y avait autour de lui. Son point de vu était intéressant … mais manquait, selon lui, de globalité, d’ouverture. La justice ? Pour détruire l’homme par lui-même ? Pourquoi être si pessimiste ? Telles qu’il les voyait, les choses étaient bien plus simples. Plus innocentes, pures et meurtrières. Un sourire étrange s’étira sur ses traits à cette pensée. Mais il se tut, voulant encore écouter ce que l’âme errante avait à dire. Il tendit l’oreille, et écouta en silence.

"Un jour je souhaite la destruction. Le lendemain je regrette ces pensées et œuvre pour la restauration et le droit chemin. Le jour d'après l'existence perd son goût et tout devient cendre en ma bouche, la vie perd ses couleurs pour devenir un tableau de noir et de blanc où les nuances de gris sont trop rares. Puis finalement un éclat s'anime à nouveau pour me renvoyer vers l'espoir d'un jour meilleur et c'est comme remettre un nouveau masque qui n’a rien en commun avec ses prédécesseurs. Tout cela est comme une torture que je m'auto-inflige sans même le désirer, sans même y penser, naturellement car telle est faite la vie. Ahah, ça n'as aucun sens vraiment. Je n'arrive pas à le contrôler, ces émotions vont et viennes comme un ressac inaltérable, c'est aussi naturel que de respirer."

Le droit chemin ? Du noir et du blanc ? Des masques ? Un ressac éternel ? Tant de notions intéressantes qui pourraient être exploré avec une profondeur splendide ! Tant de voyages palpitant au cœur de l’être et de l’âme, au cœur même du monde ! Il avait beau avoir fait ce genre de voyage des centaines de fois, il ne s’en lassait pas. Et chaque fois qu’il en revenait, il sa vision s’éclaircissait, se faisait plus précise, plus juste, plus vraie. Il adorait ça, il n’était au final qu’un enfant curieux de tout. Chaque chose pouvait attirer son esprit : il accordait, non pas de la valeur aux choses, mais de l’intérêt. De la valeur ? Héhéhéhé … Il avait passé l’âge des contes de fées. Une chose avait de la valeur pour lui. Tout le reste n’avait aucune importance, n’était que paramètre ou interférence, sous-programmes ou fonctions secondaire. Et pourtant, c’était tellement intéressant et divertissant … !

"Je me demande si la vie d'un rêve est aussi lourde d'absurdités." Demanda  la tête blonde comme pour lui-même, se tournant vers l’étranger aux bandelettes.

Torenheim bascula légèrement en arrière, appuyant ses mains au bord de la rambarde derrière lui. Il continuait de ne rien regarder, souriant, laissant ses jambes osciller négligemment au dessus du vide sans ce soucier de la hauteur. Elles basculaient l’une après l’autre comme deux pendules inverses qui marquaient l’un l’avancer du temps, l’autre son retour perpétuel. Un peu … comme les vagues de l’océan qui venaient glisser sur le sable fin, effacer les dessins des enfants et apporter des grains nouveaux pour remplacer les anciens. Qu’est-ce qui avait de la valeur ?

Les lèvres sèches de l’étrange momie s’ouvrirent doucement et sa voix tranquille glissa sur la brume.

- Des milliers de rouages. Des millions de radians. Des milliards de possibilités. Et pourtant, le cycle semble constant … Et ceux à différente échelles. Alors qu’à d’autre endroit, tout semble linéaire et unique. L’échelle d’une âme, d’une nation, d’un peuple ou d’un monde. Tout semble si distant et distinct … mais à y regarder de plus près – ou peut-être de plus loin ? – les liens se forment d’eux même. Quel étrange état de fait … De la justice à la guerre. De la peur à la haine. De l’amour à la naissance. De la naissance à la vie, puis à la mort. En passant par l’existence. Des conflits, toujours et encore, des luttes, des combats, des alliances et des saluts. Pour qui ? Des couples qui restent éternellement liés : création et destruction, commencement et fin, mort et vie.

L’inconnu parler sans regarder le jeune homme, semblant voir sous ses yeux tout ce que ces mots mal agencer formulaient, observant dans le vide les échelles du mondes et jouant avec dans son esprit. 

- Peut-on y voir un schéma cyclique perpétuel ? Pourtant le temps semble avancer lui. Et le monde, lui, ne fait que tourner. Sur lui-même. Les hommes naissent et meurent, vont et viennent, les vies se font et se défont, comme les meutes et les royaumes. Et par la machinerie, le cyclique devient linéaire et le linéaire, cyclique. Les opposés se lient, les boucles se ferment, et l’équilibre est maintenu. Au prix de milliards et de milliards d’âmes, de goutes d’eau et de sang, de rires et de larmes, aux prix des millions de vies qui son dévoré chaque jours, alors que d’autres viennent au monde chaque nuit. Pour les remplacer.

Comme les grains de sables, pensa la créature dans un sourire.

- Est-ce cruel ? Triste ? Horrible ? Non. Bien sur que non. Après tout, il n’en faut pas moins pour faire tourner un monde entier ! Mais même si l’infini et le temps agissent tout deux comme des gardiens de cette danse étrange, l’équilibre à son talon d’Achille. En vérité, il est plus fragile qu’un nouveau né. Visiblement, personne ne l’a encore trouvé … Quel dommage.

Torenheim soupira en baissant les yeux, les fermant quelques instant, mettant un peu d’ordre dans son esprit. À l’intérieur, les pièces avaient été sorties de leur boite, pour être assemblées, modelées, examinées et étudiées sous tous les angles possibles pour appuyer ses mots décousus et pourtant si étrangement vrais. Il reposa les jouets dans un coin de sa tête, calmant son cerveau qui crépitait d’une excitation maladive. Il releva les yeux vers les ciels, adressant un sourire sans joie aux nuages d’Elusia, et au ciel qu’ils cachaient.

- Est-ce absurde ? Sans doute. La vie d’un rêve est sans doute la plus absurde qui soit ! Et c’est précisément cela qui la rend aussi légère.
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Jeu 3 Juil - 13:27

Spoiler:
 

Aro écouta l'homme aux bandelettes avec une attention quasi religieuse, le regard perdu dans le vague du ciel brumeux qui s'étendait devant eux. L'air charriait des senteurs de frais et de pluies anciennes par quelques battements de brises qui venaient caresser ses joues au rythme des mots de son interlocuteur mystère. Il avait cette étrange impression de former un couple d'enfants entrain de jouer a un jeux dangereux réserver pour adultes et pourtant leurs logiques dépassaient de loin celles de leurs ainés Les paroles de l'homme étaient raisonnés, comme une seconde vision du monde venant accroitre la sienne et qui lui permettait d'observer les choses sous un angle différent. Il ne saurait dire si cet angle était plus noir ou plus lumineux ou si tout simplement ces notions manichéennes ne pourraient s'appliquer à une telle conversation philosophique. Tels deux poètes jouant avec les mots aussi bien que d'habiles spadassin manient les armes, la jeune tête blonde et le mystérieux homme brun conversaient avec agilité et réflexion au coeur de sujets immenses et sans véritable réponse. Du moins c'est ce qu'il pensait.
Malgré tout ce qu'avançait son compagnon du bord du vide, une voix persistait dans les tréfonds de l'être de Aro. Il ne pouvait pas dire qu'il se trompait mais il n'arrivait pas non plus à envisager ces énonciations de vérité comme absolues.

"Alors quoi? Nous ne sommes que des poussières se faisant malmener au coeur de la grande machinerie de la vie? Aveugles, impuissantes, subissant une vie rythmées à notre insu hormis pour quelques chanceux dont la clairvoyance permet un temps de suspend au dessus de ces mécaniques impitoyables? Je ne peux me résoudre à une existence aussi absurde."

Émis sans l'once d'une violence, son phrasé avait pourtant claqué aussi sèchement qu'un fouet dans les fondements de son crâne. Il revoyait le corps de celle qu'il considérait comme sa soeur, gisant entre ses bras frêles, inanimés par la mort qui venait de la faucher aussi précocement que l'on cueille un fruit trop jeune. Etait-ce là une fatalité de l'existence à laquelle il ne pouvait se substraire? Le cycle de la mort engendrant la haine pour mieux amener le cycle de la vie?

"Il doit forcément y avoir autre chose" lâcha t-il comme si il pensait à voix haute "Je ne peux accepter cette passivité devant la cruauté d'un monde que je n'ai pas choisi et qui ne m'as jamais accepté en son sein. Mon épée ne servira pas la haine ni même la vie, elle servira l'harmonie. Car pour moi la clé se trouve au coeur de ce mot si souvent employé mais si rarement compris."

Frôlant la garde de son arme tandis qu'il parlait, il se revis entrain de tuer, entrain de voler, entrain de rire ou de pleurer à cause des milliers d'actions qu'il avait déjà pus faire durant son siècle prématuré de vie. Quelles conséquences pouvaient découler de son parcours au coeur d'Ishteria?

"Ça ne peut pas être aussi simple, aussi logique et implacable. Je suis de ceux qui garderont en eux le rêve d'un diapason. Cet objet qui, dans le coeur des hommes, saura trouver la note menant à l'harmonie de chacun avec ces cycles sans pitié. Le monde ne se comprend, ne s'entend pas et ne s'écoute même pas. Chacun vie son existence en gardant auprès de lui ses intérêts comme autant de vices. Ceux qui s'y opposent sont mal perçus, comme des originaux qui soit-disant font peur à la population à cause de leurs idéaux utopiques. La différence fait peur et alimente la résistance de ces murailles infranchissables. Le monde à besoin d'ouvrir les yeux et encore plus d'ouvrir ses bras pour mieux offrir son coeur à ceux qui l'habite."

Il souffla. Prit une grande inspiration et se laissa emporter par les odeurs méphitiques surgissant soudain du coeur des bassins d'eau non entretenus d'Elusia. La pourriture était présente dans la ville aussi bien que dans le coeur de ses habitants, chacun ayant la vision si basse que personne ne semblait se rendre compte de la fange les entourant. Ce monde est-il sérieux et respectueux envers lui-même? Il ne semble pas.

"Vous allez peut-être trouver ça mignon en comparaison de ces rouages mais moi je voit plutôt la vie et le monde comme un orchestre. Un orchestre composé de milliard de soliste jouant chacun de leurs côtés une partition n'ayant aucune complémentarité avec celle de leurs voisins. Malgré tout il arrive parfois que certains musiciens se rencontrent au gré d'une note ou deux bien placées, découvrant ainsi la beauté qui peut naitre de la plus simple harmonie entre eux. De ceux-là naissent des amis, des amants, des couples et même des familles, certains sachant mieux s'adapter que d'autres. Mais que dire au sujet de la musique émise par la politique, par les villes et par l'ordre régent. Que dire aussi de ceux qui a contrario s'amusent à semer le chaos en jouant une suite incongrue de dissonance visant juste à désarçonner ceux qui s'échinent à créer quelque chose de beau." Il regarda son interlocuteur directement avec un petit rire en bouche.
"Ce serait trop évident et trop simpliste que dire que cet orchestre à juste besoin d'un chef compétent pour mener tout le monde à l'unisson. Cette vision est selon moi celle qui à menée à la création d'Empire, à des notions de royauté et d'héritage, de régence à qui est suffisamment noble pour régner. Un panier d'idiotie en plus pour nourrir le peuple d'un pain si lourd qu'on s'assure qu'il ne bougera plus."
"Non. Le monde à tout simplement besoin d'harmonie, il a besoin de trouver la note, de ce diapason qui saura créer l'unité au sein du chaos. Les cycles et les rouages sont là mais la machine elle-même n'as pas conscience de son existence et du chaos qui en émerge. Comme une goutte d'huile au milieu du métal rêche et mal graissé, l'harmonie saura faire d'un tout destructeur une nouvelle voie où tout le monde se rendra compte de la simplicité joyeuse qu'est de... vivre, tout simplement."


Les iris bleutées du vagabond se voilèrent de souvenirs divers et une fatigue interne l'emporta aussi soudainement que l'énergie qui l'avait animé jusque là. Il n'avait jamais livré une pièce de son âme autant que ce qu'il venait de faire devant son interlocuteur mystère. A vrai dire cela lui semblait presque impossible auparavant, impossible sans avoir eu au préalable une conversation aussi intense que la leur. Peut-être que l'homme allait balayer tout cela d'un revers insignifiant de la main, peut-être oui mais il s'était déjà préparé à une telle violence en retour. Et quand bien même, ces vérités énoncées resteraient vivantes dans le coeur de Aro, comme un leitmotiv inséparable. Il laissa un temps avant d'enchainer.

"Je n'avais jamais parlé comme ça. Mais avant toute chose..." il tendit une main avenante vers l'homme aux bandelettes"Aro Vanzig. C'est la moindre des choses de se présenter après avoir livré de tels mots à un inconnu."

Un sourire empli de fraicheur caressa les traits juvéniles de l'apprenti vagabond, rien en lui ne respirait plus la haine. A cet instant précis il n'espérait qu'une chose: retrouver cet homme aux bandelettes ailleurs, dans un autre temps, en d'autres occasions, mais ne pas faire de lui un visage oublié parmi les autres souvenirs de vie.
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mer 16 Juil - 17:25

Spoiler:
 

Penchée au dessus du vide brumeux d’Elusia, l’étrange momie écoutait avec attention les dires et les mots du jeune homme à ses cotés, sans l’interrompre, regardant toujours en face de lui la vie qui évoluait doucement au cœur des nuages et des bassins de la cité abandonnée. Il laissa les mots de la jeune tête blonde couler doucement comme un cours d’eau tranquille sur son esprit calme, et son eau était fraiche. Limpide, malgré quelques impuretés, elle était semblable à une petite pluie printanière, innocente, jeune, tout juste sortie du ciel.  Quelques gouttes qui tombaient de ci de là sur un océan endormi. Il ne bougeait pas, ne réagissait pas, il ne faisait que sourire calmement sans vraiment qu’on en sache la raison. Il ne bougeait pas, mais il était loin d’être endormi, il était seulement passif, ne ratant aucune des gouttelettes : chacune d’être elle était captée, analysée, mesurée, ordonnée et réassemblée avec le reste. À sa place. De manière méthodique, la machine faisait son œuvre inlassablement, sous le regard amusé et curieux de l’esprit qui commandait au tout. Oui, c’était là une belle vision des choses, une bien belle idée. Mais … Elle était insuffisante, elle ne permettait pas d’expliquer un monde entier, elle ne se concentrait que sur une chose : les rapports humains. Alors que ceux-ci n’était qu’une donnée de plus dans la vaste mécanique.

C’était aussi touchant que futile, intéressant qu’inutile. Cette dualité qui faisait le monde entier, cette étrange relation d’opposés qui se lient ensemble, Torenheim savait l’apprécier ou qu’elle se cachait : que cela soit dans les fondements de la création, ou dans les discours d’un jeune vagabond. Elle se retrouvait partout, à toutes les échelles, et à chaque fois elle ravissait l’esprit de l’esthète aux bandelettes, autant par son coté intéressant que par l’amusement étrange qu’elle suscitait chez lui : cette ironie si délectable qu’il semblait pourtant le seul à apprécier à sa juste valeur. Quel dommage.

-  Une … Bien belle vision du monde que vous avez là. Si légère, si fraiche, si … lumineuse, dit la momie calmement, avec comme une pointe d’ironie taquine, observant toujours le paysage. Il bougea un peu sur sa rambarde de pierre, se tournant un peu plus vers le blondinet sans toutefois le regarder. Votre point de vu est intéressant, original, poétique même. La vision de l’orchestre, des musiciens, de l’harmonie … Cela forme une idée cohérente. Toutefois, personnellement, elle me semble … Drastiquement insuffisante trancha-t-il sans cérémonie, et pourtant sans aucune animosité.

Il eut un sourire plus large, dévoilant sa dentition blanche, jetant ce regard si particulier aux cieux qui les surplombaient, ou tout du moins ce qu’il pouvait en voir sous le linceul de nuages gris. Il semblait que quelque chose l’amusait, quelque chose d’insaisissable pour ceux qui évoluaient en dehors de son esprit. Mais cela avait peu d’importance, après une seconde de silence il reprit tout aussi tranquillement, sans détacher du ciel nuageux ces yeux tout aussi gris.

-  Laissait moi reprendre dans l’ordre ce que vous avait dit, et tenter de m’expliquer. Je n’ai pas pour ambition de vous faire changer d’avis bien sur - après tout : qu’est-ce que votre avis peut bien me faire ? Il vous regarde.  Lâcha-t-il sans faire preuve de tact, en toute simplicité, toujours le sourire aux lèvres. Une existence absurde hein … ? Héhéhé … Sans doute. Nous ne serions que poussière ? Exactement. C’est en tout cas ce que je crois. Nous sommes poussières, tous autant que nous sommes : roi, mendiant, voyageur, savant. Tous. Nous naissons poussières dans l’impitoyable machinerie, et nous mourrons poussières pour alimenter l’horrible mécanique. Il faut bien qu’elle se fasse tourner, non ? Son sourire s’élargit.  Toutefois, je ne crois pas en la fatalité. C’est une illusion inventée par les divins et les hommes de foi pour nous contraindre à faire ce qu’ils veulent. Bien sur, il y a des contraintes : la mort par exemple, mais elle-même n’est pas une fatalité absolue. Il n’y a de fatalité que pour ceux qui y croient. Il ne tient qu’à nous de … Nous libérer. Nous sommes poussières, nous redeviendront poussières. Mais entre temps, qu’est-ce que nous pouvons être ? Il marqua une pause, puis baissa le visage que l’ombre voila un instant, ne laissant que son sourire transparaitre. Oh, bien sur avec ces énormes rouages, il est difficile d’être. A forces de se faire broyer, écraser et malmener au grès du temps alors que l’on croit être heureux ou bien triste … Mais comme je l’ai dit, je ne crois pas aux fatalités.

Torenheim releva alors son visage, et son sourire fut plus radieux encore.

- Même la nature du monde n’est pas immuable.

Il tourna alors son regard vers le jeune homme, plongeant ses deux disques d’argents profondément dans son esprit, sans pudeur, sans sourcillement.

- Vous refusez de vous y soumettre ? C’est très bien. C’est ce qu’il faut. Mais prenez garde à ne pas vous laisser embarquer par les rouages sans même vous en rendre compte, car même ceux qui veulent lutter peuvent faire parti intégrante du programme. Je vous l’ai déjà dit : la première chose à faire c’est simplement … accepter. Accepter le monde tel qu’il est, dans toute sa beauté, toute sa froideur, toute son horreur, toute son immensité. Ouvrir les yeux et tenter de voir la réalité sous son vrai jour, apprendre, voyager, se faire sa propre vision des choses. Mais est-ce qu’accepter la réalité du monde revient à accepter sa condition, et se soumettre ? Non, bien sur que non. Je vous parle d’accepter la réalité, pour mieux la combattre. A affronter le néant vous ne changerez rien du tout : commencez par chercher la vérité, ce sera le meilleur moyen de la changer.

Il garda son regard sur le jeune homme un instant, puis ferma les yeux et se retourna à nouveaux vers le paysage. Sons sourire se détendit, mais il était toujours présent, alors que sa jambe se balançait négligemment comme un pendule au dessus du vide. Il reprit plus calmement, le regard porté sur l’horizon, comme s’il tentait de voir ce qui s’y cachait au-delà.

- Votre histoire d’orchestre et de diapason est plutôt intéressante mais … Si j’ai bien compris, elle ne fait que décrire les relations humaines. Quelle place pour le hasard, les dieux, la mort, la vie, les luttes et en sommes le reste du monde ? Elle est intéressante oui, mais elle ne décrit pas non plus les mouvements des hommes, aussi bien à l’échelle individuelle qu’à l’échelle de peuples ou de nations. Elle décrit des liens. Elle le fait de manière très satisfaisante, plus que ce que j’aurai put imaginer. Mais elle ne fait que ça. Elle ne décrit pas le reste. Ni mouvement, ni existence, ni énergie, ni force. Juste les liens entres les passerelles, les éléments, les humains. Et le monde ne se limite pas à l’humanité.

Son sourire s’élargit de nouveau, et son regard se leva plus haut que l’horizon, plongeant à nouveau entre les nuages comme pour en percer la masse opaque pour atteindre le ciel bleu. Son sourire avait quelque chose de différent, moins froid, moins étrange, presque plus … enfantin.

- De l’harmonie … ? Pour qui ? Qui a besoin de trouver la note ? Le Monde, ou l’Homme ? Veillez à ne pas confondre les deux, ça serait une erreur grossière. Car après tout : qui vous dit que le monde ai besoin de nous ? Il lança un regard narquois à la tête blonde, lui adressant un sourire en coins, puis il continua. Le monde serait il capable de trouver la note ? Cela voudrait dire qu’il a sa propre musique. Alors quoi, nous devrions tous jouer en harmonie avec lui ? Alors sa musique deviendrait une nouvelle fatalité. Et ensuite ? Continuer de jouer jusqu’au prochain chaos ? Et ainsi de suite ? Avouez que ça aurait quelque chose … D’ennuyeux. Et le même raisonnement s’applique à l’humain.

Il marqua une pause, semblant se rendre compte de quelque chose qui le troubla.

- Hum … Etrange … Très étrange, j’ai comme un air de déjà vu, pas vous … ? Oh ! Mais qu’est-ce donc … L’aboutissement même de cette théorie … Serait-ce là un cycle ? Le sourire de la momie s’élargie de plus belle, il porta à nouveau son regard sur la tête blonde. Je ne crois pas que le monde ai besoin d’Harmonie - selon moi ça serait peut être même le contraire … Mais, avant d’y venir, parlez moi plus de votre soi disant « harmonie », pour être certains que nous parlons bien de la même chose. De même pour ce que vous appelez le « monde » car je sens comme un abus de langage dans vos propos. Ce serait très intéressant de dissocier l’Humanité du Monde qui l’abrite. Ce serait tout de même idiot de se lancer sur un débat concernant une chose dont nous avons deux définitions différentes … !

Sur ces mots, il rit doucement puis tendis vers le voyageur sa main enrubannée, lui adressant un sourire polis quoi que légèrement amusé, non pas par le jeune homme mais par la situation elle-même. Il plongea à nouveau son regard vif-argent dans celui, bleu, de son compagnon de pensé.

- Appelez-moi simplement Torenheim. Vanzig, hein … ? Cela vous va comme un gant, monsieur le musicien. Enchanté. Il rit doucement, ses épaules se secouant d’un léger spasme.
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mer 23 Juil - 20:57

Au début la réponse de l'hommes aux bandelettes lui parut abrupte, tranchante même. Aro ne s'en offusqua pas pour autant mais il ressentit en lui un léger picotement au niveau de sa personne. Il savait sa vision incomplète et n'avait pas suffisamment d'assurance pour avancer que sa manière de voir les choses était bonne à englober le monde entier, loin de lui l'idée d'une telle excellence. Ce n'est pas qu'il se la refusait mais cela était contraire à ses idéaux et il préférait de loin découvrir la vie en la voyant s'écouler en face de lui plutôt que de rêver et philosopher cette dernière au point de l'apprendre immobile.
Malgré tout il porta une oreille attentive aux propos du dénommé Torenheim. Un patronyme qui lui collait comme un gant, des consonances dures et à la fois douces, nimbées de mystère au même titre que ces bandelettes recouvrant son visage. Aro acquiesça quand Torenheim rappela que l'homme n'était que poussière, il n'était que trop bien placé pour savoir cette vérité comme absolue, quand bien même certaines exceptions devaient exister à travers les magies obscures d'Ishteria. Son attention fut happée à nouveau par la notion de fatalité qui dut abordée. Non pas qu'il croyait à un fatalité divine, Aro tout comme son Maitre fait partie de ces hommes qui pensent que chaue destin est capable de se prendre en main au-delà des idées reçues par les divins. Mais malgré cela, comme une finesse venant se glisser dans un tableau trop manichéen, il respectait les dieux et reconnaissait leurs existences passée ou présente. Et de fait à un Maitre-Destin capable de jouer avec les cordes de la vie de chacun pour lui soumettre des épreuves à qui bon les surmonteras. Il n'est pas impossible que sa vision soit archaïque, peut-être même déplacée à vrai dire mais allons bon. Il en était de sa liberté de penser que la vie n'est pas un cours d'eau maitrisable par notre seule force. Ce serait d'ailleurs trop beau. Ou qui sait...

Après avoir laissé parler Torenheim, Aro prit un temps avant de songer à ses éventuelles réponses. Son raisonnement se faisait entendre jusqu'aux tréfonds de son âme et les paroles de l'individu aux bandelettes venaient se rajouter au tout pour former un ensemble à la fois dérangeant mais loin d'être dénué de sens. Il ne savait pas vraiment par où commencer ni même comment organiser ses idées pour réussir à passer clairement son message. Malgré son siècle d'existence, les pièces semblaient encore flou devant sa vision. Le regard argenté que posait son interlocuteur sur sa personne semblait le pressé et pourtant il ne ressentait pas le poids de l'impatience alourdir les paroles de son compagnon philosophe. Comme une partie d'échec où les mots servent de pions, chacun avançait ses lignes au tour par tour. Mais aucun gagnant n'était recherché à la fin de cette étrange partie.

"L'Humanité." se décida de répondre Aro en rendant son regard aux iris argentés de Torenheim "Je parle bien de l'Humanité. Le Monde aussi aurait surement besoin d'harmonie, à vrai dire je pense que tout en à besoin mais en l'occurrence je parlais effectivement des rapports humains plus que pour d'autres choses. Ce n'est pas que j'ignore une partie des données c'est que... comment dire. Voyez vous c'est comme commencer par une couche avant de passer à la seconde puis encore à la suivante. Je ne pense pas détenir les moyens de traiter la maladie du monde dans son entier. D'ailleurs je ne sais même pas si je réussirais de mon vivant à obtenir cette harmonie qui m'est si chère. Tout ce que je peux faire c'est essayer, essayer dans l'espoir d'y parvenir par tout les moyens. Et si ces moyens devaient déséquilibrer la donne à un autre endroit du cycle, il en sera de ma responsabilité. J'ai cet avantage d'avoir une longue vie que j'espère de plusieurs siècles et je compte bien m'en servir pour oeuvrer en ce qui me semble être une meilleure direction. Peut-être que ce qui me semble juste ne l'est pas pour d'autre, il y a d'ailleurs de fortes chances pour que cela soit le cas. Mais je ne peux me résoudre à m'arrêter pour satisfaire l'ensemble d'un orchestre qui ne sais même pas s'écouter. C'est comme devoir se rendre sourd pour isoler les sons à traiter un par un, en faisant de mon mieux pour ne pas devenir qu'un pion parmi les autres. Ce sera peut-être le cas. Ce qui voudra dire que j'aurais échoué. Mais je ne vois pas l'échec comme une fin, ni même la mort d'ailleurs."

Il songea à instant à la disparition de Owen. Sa mort, aussi triste soit-elle ne sera pas vaine et cette promesse était ancrée au plus profond de son âme. Un mal de crâne lancinant se déclara soudainement comme si le poids de la discussion commençait à se relâcher sur son esprit encore trop jeune. L'espace de quelques secondes, il lui sembla nager dans un flou si épais qu'aucune sortie ne semblait envisageable. Se prenant les tempes et secouant du chef, Aro s'éloigna un peu de son interlocuteur, les yeux plissées par la douleur.

"Excusez moi je... tout cela vient de me procurer de sacrés maux de tête." plaida t-il en s'agitant d'un petit rire gêné. "Ça m'arrive souvent quand je... enfin... bref."

Se ressaisissant, Aro pris une profonde inspiration et s'étira en faisant craquer les articulations de ses frêles épaules. Ses maux de têtes le perturbaient depuis des années sans jamais comprendre pourquoi. C'était à chaque fois lié à de puissantes pensées sur des sujets bien précis. Même son père et maitre n'avait aucune réponse à apporter à cet étrange phénomène malgré ses compétences avancées en médecine et autres magies curatives.
Se recentrant sur le sujet actuel abordé avec Torenheim, Aro approcha de la rambarde sur laquelle il était précédemment appuyé.

"Monde et Harmonie donc. Je doit avouer que j'aurais du mal à définir ces deux notions et je ne pense pas que ma verve soit en capacité de le faire proprement. Mais je vais m'y essayer. Pour moi le monde est ce coeur qui supporte l'humanité en son sein. Comme une enveloppe ou plutôt... Un support. Peut-être un peu des deux. C'est tant la terre que l'histoire et ses moeurs, les secrets et les habitudes, les caprices et la disparités qui s'en découle. C'est quelque chose de complexe et à la fois de tellement simpliste que son fonctionnement glisse entre les doigts de celui qui s'y intéresse trop. Sans vouloir vous offenser bien entendu, vous m'avez l'air de quelqu'un de particulièrement érudit sur le sujet. Le monde est quelque part comme un horloge qui fait tourner une roue inexorable. Elle apporte son lot au tout à chacun, comme une machinerie qui tire plein de ficelles reliées à l'humanité elle-même."

Tout en discutant, Aro singeait son discours comme un enfant jouant avec des jouets invisibles. Il ne savait pas vraiment si ses propos étaient justes aux oreilles averties de Torenheim mais sa vision des choses lui était suffisamment claire pour qu'il l'exprime à sa manière.

"C'est assez savant à vrai dire. Et c'est un exercice complexe d'essayer de le définir aussi. J'ai surement oublié un tas de chose et peut-être que ce que je viens de dire n'est pas forcément juste mais allons bon: voila comment je définirais le monde au delà de l'humanité. Quant à l'Harmonie par contre, c'est un sujet plus familier comme vous devez vous en douter." le vouvoiement naturellement apparu dans sa discussion avec Torenheim marquait tant un respect familier qu'une distance séparant les avis des deux protagonistes en vigueur "L'Harmonie tout d'abord je la symboliserais comme... une rondeur. Comme un nid douillet aussi confortable que flotter dans une eau à bonne température. Haha, c'est assez étrange dit comme ça! L'Harmonie c'est le respect, l'écoute, l'entente. La franchise et la sincérité envers soit, envers les autres, de l'humanité au monde et du monde en l'humanité. Utopique n'est-ce pas? Je ne pense pas vraiment que ce stade soit atteignable et si c'est le cas je n'ose imaginer à quel prix cela pourrait être possible et si jamais j'aurais le courage d'en arriver jusque là. J'idéalise, j'idéalise beaucoup, mon Maitre ne cesse de me le répéter."

Balançant ses jambes comme un enfant au dessus du vide, Aro retrouvait sa légèreté et son sourire, laissant ses maux de tête s'effacer peu à peu pour lui redonner le plaisir de la vie et de ses saveurs.

"Ce n'est pas pour sauter du coq à l'âne ou esquiver vos questions mais je vais être sincère avec vous. Je ne suis qu'un enfant. Un enfant avide d'apprendre, de tout apprendre et de tout découvrir. Plus que ne saurais le faire une centaine d'Eclaris! Je veux danser au milieu des rouages, me jouer des fils et me suspendre à eux pour mieux me balancer ailleurs. Profiter et accepter tout en essayant d'aller plus loin et de changer les choses. Dans l'espoir qu'un jour mes pensées subsiste et que quand je disparaitrais quelqu'un sera là pour reprendre ma chorégraphie là où je l'ai arrêtée. Quand j'ai dit tout ça à mon maitre, il y a quelques années de ça maintenant, il m'as tout simplement répondu: "Tu ne demandes qu'a vivre Aro." "

Ayant imité Julius en bombant le torse et en s'armant d'une voix de stentor, sa dernière prestation eu l'effet de le faire éclater d'un court rire frais qui se répercuta sur les colonnades avoisinantes.  

"Au final j'essaye. J'essaye oui mais peut-être que je ne sais pas. Et que c'est aussi simple que ça pour le moment. Qu'en pensez vous Torenheim?"
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mer 13 Aoû - 4:19

Non, Torenheim n'avait jamais été du genre à faire ce qui lui déplaisait. Il avait toujours agit comme un être libre, en pensée et en parole, et il semblait que rien ni personne ne pouvait avoir un quelconque pouvoir sur lui : ni les hommes ni les dieux. Et ceux, pour une raison très simple : Torenheim connaissait la vraie nature du pouvoir. Ce simple savoir lui permettait de se placer en dehors de l'emprise de quiconque, et peu à peu il se libérait de plus en plus de ses entraves, une après l'autre, pour devenir un être libre. Monstrueusement libre. Si au par avant il avait apprécié cette conversation, maintenant son humeur changeait subtilement. Torenheim était comme un enfant qui se lassait vite de ce qui l'amusait follement cinq minute avant : la petite tête blonde lui avait permis de bien se distraire, mais à présent il commençait à trouver le temps long, l'envie de bouger le prenait, de sauter juste là dans le vide d'Elusia et plonger corps et âme dans la brume épaisse, sans d'autre raison que pour satisfaire sa seule volonté. Pourquoi aurait-il besoin de plus de raison que cela ? Il voulait, il pouvait, c'était amplement suffisant. 
Il sourit à cette pensée, n'écoutant plus que d'une oreille distraite les dires de son "compagnon de philosophie", qui lui semblait bien plus investit dans sa thèse. Ce n'était pas que la momie dénigrait la pensée du jeune homme ou qu'elle méprisait le penseur, loin de là, c'était juste qu'elle n'en avait pas particulièrement cure. Elle l'avait écoutait au début avec un intérêt mêlé à un certain amusement, mais maintenant que le temps passait, elle commençait simplement à s'ennuyer. Ce n'était pas de la faute du jeune homme, seulement celle de l'humeur instable de la créature enrubannée. Bien sûr, elle ne laissait rien voir de sa concentration fugace, se contentant de regarder l'horizon en souriant mystérieusement comme à son habitude. Son cerveau était simplement occupé à autre chose, mais cela n'empêcher pas son oreille de recueillir les mots qui y tombaient, ni sa mémoire de les enregistrer précieusement quelque part. Il ne s'occupait tout simplement plus aussi activement de ses informations à présent qu'il ne jugeait plus aussi distrayantes. Peut être était-ce capricieux de sa part, mais après tout : qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire ? 
De ce qu'il recueillait, il trouvait la vision du jeune homme bien naïve, peut être même superficielle. Il avait comme cette impression que le garçon avait pris le raisonnement à l'envers, mais c'était aussi là une manière de raisonner, n'est-ce pas ? Il disait des choses qui sonnaient justes, d'autres moins. Le Monde n'avait pas besoin d'harmonie, pas maintenant. L'harmonie ne ferait que ralentir les choses jusqu'au point mort, non le monde avait besoin de mouvement. Les dires du penseur résonnaient doucement dans l'esprit de Torenheim qui les soupesait négligemment, ce qu'il entendu le fit sourire. Il y reviendrait plus tard. Il savait surement mieux que quiconque que la mort n'était pas une fin ...

Au rire du jeune homme, il sourit doucement et lui adressa un regard compréhensif, lui faisant comprendre d'un signe de tête qu'il n'y avait rien à se reprocher et qu'il pouvait continuer librement. Alors qu'il s'excusait, le regard perçant de Torenheim se planta dans le siens alors que son sourire se fit plus narquois. Sans aucune animosité il se permit de compléter :

- Pense vraiment ... ? 

Le jeune homme repris sa place près de la balustrade, là d'où l'étrange momie n'avait pas bouger d'un pouce, continuant de faire balancer paresseusement sa jambe dans le vide, contemplant d'un air rêveur l'horizon grisâtre. Il souriait, il pensait. A quoi ? Nul n'aurait sut le dire ce qui se passait précisément dans les profondeur monstrueuse de son esprit inhumain. Inhumain, c'était précisément le mot. Ni plus grand, ni plus puissant, simplement étranger à toute humanité. Mais cela, on ne pouvait le voir simplement en le regardant. Et ce cœur vide continuait de battre ainsi par procuration, blasphémant aux visages de la vie, des dieux et de la raison. Et lui, il souriait, encore et toujours. Ce sourire narquois qui ne quittait jamais ses lèvres fines, ce sourire qu'il adressait aux divins, aux mortels, aux institutions, au "Pouvoir". A Isthéria tout entière. Qu'est-ce que le pouvoir ? Rien de moins qu'une illusion, une chimère.
Il continuait d'écouter le petit homme à ces côtés d'un oreille distraite et pensive. Sa "définition" du monde lui semblait satisfaisante. Une horloge gigantesque, qui tournait inlassablement, qui tirait les ficelles ... Et qui dormait. Sur cela, sa pensée rejoignait celle de la tête blonde. Un seul détail changeait considérablement la donne pour lui : le monde n'était pas une machine bien huilé, faites pour fonctionner parfaitement, sans encombre, pour que tous les habitants soient heureux. C'était précisément ça qui faisait tout le nœud de l'histoire ... Il sourit de nouveau d'avantage à cette pensée.
La définition de l'Harmonie aussi sonna plutôt juste à son oreille. Cette rondeur, cette tranquillité, cette candeur... S'il voulait la rendre encore plus précise, il aurait simplement rajouté la dimension parfaitement ennuyeuse d'une telle idée. Un seul élément tiqua à son oreille comme une fausse note : la franchise envers soit et les autres. Il fit une moue de désapprobations légère, mais ne coupa pas pour autant le jeune homme à ses côtés, se contentant de le laisser continuer jusqu'à ce qu'il termine. L'autre détail qui attira son attention fut la notion de "courage" ou plutôt de "volonté" pour arriver à son but. Une fois qu'il eut achevé, il répondit calmement en regardant droit devant lui.

- Si je puis me permettre, j'ai appris de mon expérience que la "franchise", envers soit même et les autres, ne mène pas dans l'absolue à l'Harmonie . Ça serait même plutôt l'inverse ... Dans un monde idéale, peut être que cela serait le cas ! Mais Isthéria n'est pas un monde idéale, du moins pas de ce point de vu. Heureusement sinon ... La vie serait surement d'un ennui mortel ... Comme simple exemple : avait vous déjà tenté de dire à tout ceux que vous croisiez que vous étiez un Lhurgoyfs ? Si c'était le cas, je doute que nous serions là aujourd'hui à discuter. Il sourit encore, laissant au jeune homme le soin de continuer. Comment avait-il deviner la race du blondinet ? Simplement par déduction.

Le jeune Lhurgoyfs parla ensuite de tout autre chose, exposant en quelque sorte sa volonté de vie, et celle-ci toucha singulièrement la momie philosophe ... En effet, dans ces mots il se reconnaissait un peu lui même : cette curiosité insatiable, cette envie folle de danser et jouer avec le monde lui même, cette capacité à accepter la nature, et ce désir d'agir dans la vaste comédie du destin. Un léger rire secoua ses épaules, oui cela lui correspondait assez bien. Il trouvait cela aussi amusant qu'intéressant, et en réponse son esprit se focalisa un peu plus sur l'instant présent. La conversation recommençait à attiser sa curiosité, doucement mais surement. C'était divertissant, il voyait un peu en ce petit Lhurgoyfs une autre "version" de lui même, ce qu'il aurait put être s'il avait été ... Plus humain. Il sentit alors comme un vide dans sa poitrine, une vide qu'il ne connaissait que trop bien, et auquel il s'était habitué depuis longtemps. Mais contrairement à la plupart, Torenheim n'avait pas peur du vide, il l'avait simplement ... Accepté. Oui, s'il avait été plus humain, il aurait sans doute était très similaire à la tête blonde, mais le Hasard en avait voulu autrement. Ce n'était ni bien, ni mal. Simplement normal.

- "Tu ne demandes qu'à vivre" ... répéta Torenheim en pesant chaque mot et acquiesçant doucement. Oui, je comprend parfaitement ce que voulait dire votre maître. Et je suis d'accord, vous ne demandez qu'à vivre, vous n'avez simplement pas encore trouvé comment. Sinon, vous n'auriez plus ces maux de têtes ... Il marqua une pause, laissant ses iris argentée se perdre dans le vide. Un léger soupir s'échappa d'entre ses lèvres sur lesquelles un sourire sans joie était affiché. Il faut avoir une volonté très forte pour parvenir à vivre, et savoir affronter la peur du Vide, ce n'est pas donné à tout le monde de vivre vraiment. Je me demande si vous aurez la force et la volonté d'y parvenir ... Il le regarda du coin de l'oeil, lui adressant un sourire amusé. Puis il tourna son visage vers lui et lui posa simplement deux questions : Parlez sincèrement, jusqu'où serait vous prêt à aller pour votre chère "harmonie" ? Et pensez vous sincèrement, du fond de votre âme, que c'est cela qui vous fera ... "Vivre" ? Il haussa un sourcil, attendant patiemment une réponse.


Dernière édition par Torenheim le Mar 2 Sep - 2:27, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Lun 18 Aoû - 21:41

Penser vraiment. Oui on pourrais dire ça comme ça dans le fond. A chaque fois que Aro songeait de trop longues heures et qui plus est lorsque son passé devenait sujet à ses nombreuses pensées, d'affreuses migraines l'assiégeaient sans crier gare. Il avait déjà essayé de traiter de ce problème avec son maitre mais ce dernier ne sut que lui adresser un sourire compatissant en éludant la question comme quoi le temps arrangerait les choses. Etait-ce vrai ou juste là pour le rassurer? Toujours est-il que le Lhurgoyfs avait appris à vivre avec depuis.
Le jeune homme fut étonné lorsque son interlocuteur perça sa vraie nature à jour avec autant d'aisance. Son étrange stigmate qui le rendait blond rendait la lisibilité de ses origines plus complexes mais cela ne semblait pas affecter Torenheim. L'homme avait tout l'air d'un être érudit et intelligent, normal en soit que ses conclusions soient tombées justes avec vivacité. Il songea quelques instants aux réponses qui venaient de lui être apportés, laissant son esprit vagabonder sur les réflexions de l'homme aux bandelettes. L'harmonie et son ennui. L'envie de vivre. Jusqu'où aller pour ces désirs si utopiques. Autant de question qui semblaient sans réponse et pourtant cela éveillait des armées de sentiments complexes dans le coeur du jeune vagabond. Tant et si bien qu'un silence s'installa au coeur du jardin des pierres, comme une respiration au milieu d'un débat des plus animés. A la fois il ne savait quoi répondre et les réponses se bousculaient dans son esprit fébrile.

"Je... je me le demande aussi oui. J'espère, j'espère avoir la force et la volonté de vivre vraiment et de mener à bien cette harmonie." éluda Aro d'une voix faible comme pour lui-même.

Son regard se grisa au rythme de ses pensées comme si une tristesse venait l'habiter soudainement. Il repensa aux derniers événements qui avaient animés les mois de chasse en compagnie de Julius. Le ciel comme témoin, sa vie semblait aussi cotonneuse que le brouillard qui recouvrait les épais nuages immaculés. L'air lui sembla lourd et un goût de cendre s'installa dans sa bouche sans raison apparente. Quelque chose touchait la jeune tête blonde au coeur même de ses fondations, quelque chose d'inconnu qui semblait le déstabiliser alors que quelques minutes auparavant il riait encore.

"Vous savez... Quand la colère est ce seul sentiment qui vous semble familier, quand vous la sentez se répandre en vous comme un poison destructeur... L'Harmonie aussi ennuyeuse soit-elle apparait comme un véritable havre de paix. Je vous l'accorde, l'ennui mortel qui en découd n'est pas le plus attirant qu'il soit et ma pensée est surement égoïste. Mais ce calme, ce calme m'est si chère que je ne sais jusqu'où j'irais pour l'obtenir." Aro scrutait le vide en dessous de lui comme si il plongeait en son centre, le regard toujours voilé "La colère est une faiblesse. Pourtant elle procure tant de force que ça en devient enivrant. La peur de la colère rend plus fort encore. Devenir fort d'un calme qui permet de surpasser l'envie destructrice qui s'impose en nous. C'est comme lutter contre sa propre nature, l'accepter au point de tirer des bonnes choses d'un fait ignoble. S'harmoniser sommes toute."

"Je ne sais pas si je me sentirais vivant une fois au coeur de cette harmonie. Dans le fond je pense que c'est plus pour chercher un repos que pour aller plus haut et plus loin. Comme la dernière note d'une musique jouée depuis trop longtemps à nos nerfs déjà mis à vif. Pour obtenir ce repos je serais prêt a tout. A sacrifier des parties de moi au passage, à sortir les armes quand les mots ne suffisent plus, à user de cette colère que je renie pour tracer un chemin là où ils n'existes pas. Enfin... Tout ça je le dit et en même temps je me demande si j'en serais capable une fois devant les choix à faire. J'aimerais être sûr de moi, avancer sans laisser place aux doutes, continuer sans avoir de regrets ou de remords, me dire que le chemin que j'emprunte est un chemin juste mais une fois encore je ne sais pas. Et je ne le saurais surement jamais. On ne peut pas savoir avant de l'avoir fait, on ne peut jamais être complètement sûr, ce sont des craintes éternelles qui viennent continuellement parasiter le moindre de nos mouvements."


Aro soupira l'air las, rabattit une mèche de cheveux qui se balançait devant ses iris bleutées et vint s'asseoir à côté de Torenheim. Il semblait si sûr lui, si léger et si tranquille malgré toute ses pensées. Que pouvait donc être son secret? Etait-il dénué de pensées parasites, comme un enfant qui avance sans jamais se poser de question sur le pourquoi du comment des choses l'entourant? Peut-être était-ce là le secret. Il ne l'enviait pas pour autant mais il le respectait pour cette force intérieure qui l'animait. Chaque question avaient une réponses, d'autres questions venant y répondre pour aller toujours plus loin, explorant ainsi les myriades de possibilités offertes par le monde et ses bras de géant. Aro une fois encore se sentit si petit, si jeune et si fragile.

"Être Lhurgoyf n'est pas une vie que je souhaite à quiconque. Faire parti d'un peuple qui n'as aucune origine, rien pour se rattacher, rien pour se construire si ce n'est la haine qu'on lui voue à travers tout un continent. On ne connait que la rage, la violence et la colère et ces sentiments deviennent les fondement de notre langage. Même nos semblables ne sont construit qu'à partir de sauvagerie et quand bien même le calme les habites, ils restent sanglants sous leur autre visage. Nous le sommes tous, même mon Maitre et moi malgré nos efforts pour contenir l'instinct animal en nos coeurs. Nous ne pouvons qu'essayer et espérer. Et pour les quelques-uns d'entres nous qui aspirent à une vie meilleure, rêver à un lendemain de paix où la vie sera plus clémente. Je ne veux pas que rêver, je veux agir. J'ai en moi la volonté d'un peuple meurtrit, je la porte comme une mission qui dépasse mes propres intérêts. Mais ma vie n'est qu'un rouage parmi tant d'autres, je n'ai que l'espoir de réussir." continua le jeune homme en regardant ses mains comme si soudainement les griffes de son oiseau de malheur allaient surgir pour déchiqueter ce moment rempli de songe. " Un jour mon Maitre m'as dit "L'espoir est le premier pas vers la déception qui t'attend. Mais tu ne le sauras que si tu y arrives vraiment.". Cette phrase est restée inscrite en moi comme pleine de mystères et pleine de réponses. Lui qui depuis des siècles porte le même fardeau et oeuvre pour une race dénigrée, je ne sais pas si il voulait me convaincre d'abandonner ou d'avancer avec la dureté de la réalité." un temps se marqua à nouveau entre les deux protagonistes "Je veux vivre et je chercherais le repos de l'Harmonie où qu'il soit. Qu'importe les montagnes à abattre pour y arriver. Je veux essayer de tout mon être."

Serrant les poings de ses convictions, Aro sembla soudainement fatigué. De nouveaux maux de têtes allaient-ils encore poindre le bout de leurs nez? Les secondes s'égrainèrent mais son cerveau fut épargnée d'une nouvelle étreinte. Parler ainsi, même à un étranger, procurait ce sentiment agréable d'allègement. C'était surement la première fois de sa vie que Aro se confiait autant à un autre homme que son Maitre et l'expérience n'était pas désagréable. Découvrir un autre point de vue, d'autres pensées, d'autres réponses. Ce n'était pourtant pas son genre d'autant s'évader dans ses pensées et de laisser sa verve couler avec autant d'aisance en présence d'un homme qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam. Peut-être en avait-il eu simplement besoin. Besoin de s'exprimer à voix haute au coeur de ces temps si troubles. La vie n'avait pas été clémente à son égard au cour des dernières années et cela n'allait que de mal en pis depuis. Combien pouvaient-ils être à subir un tel courroux à l'heure actuelle? Ils devaient êtres des milliers chaque année, chaque jour, à se poser des questions propres à retourner leurs mondes. Les convictions étaient des armes d'une force impressionnante et pourtant si fragile. Torenheim lui semblait hors du temps, hors de tout. Tout ce qu'un homme pouvait blesser en son fort intérieur, il y semblait insensible.
Soudainement un bruit derrière eux fit sursauter Aro. Sa cistre.

"Alors on laisse trainer ses affaires n'importe où maintenant?"

Se retournant vivement en entendant le son des cordes frottées contre la rudesse de la pierre, Aro aperçut la carrure de son Maitre au milieu du Jardin des Pierres. Rentré de son expédition, il arborait un visage calme et souriant comme à son habitude et de lui semblait émaner une force tranquille mais incroyablement puissante. Sur ses épaules pendait son indéfectible cape aux couleurs criardes, mêlant le rose et le gris avec un panache particulier. Sur sa tête trônait un chapeau tressé triangulaire, couvrant d'ombre son visage carré où pointait une barbe de quelques jours. Ses longs cheveux bouclés blanc de neige retombaient en cascade sur ses épaules malgré le catogan qui les attachaient. Son apparence de tout les jours, sa forme commune qui ne semblait jamais souffrir du temps qui passe.
Il sourit à son élève en reposant la cistre là où il l'avait trouvé et commença à s'avancer vers le duo de philosophe. Mais l'ambiance changea du tout au tout lorsque son regard se porta avec insistance sur Torenheim. Aro ne sut dire pourquoi, il avait même mis du temps à sentir la pression qui s'installa sur la scène, à sentir le pouvoir de son maitre couler sur la scène avec la tranquillité d'un court d'eau prêt à engloutir le premier malchanceux qui se risquait à naviguer dessus. Etait-ce là depuis l'arrivée de Julius? D'ailleurs depuis combien de temps son Maitre était-il présent? Il semblait venir d'arriver pourtant. Désemparé en prenant conscience de l'immense pouvoir qui émanait de Julius à l'attention de Torenheim, une interrogation s'afficha sur le visage du blondinet.

"Je vois que tu t'es fait un nouvel ami pendant mon absence, enchanté jeune homme." entama le Maitre-Vagabond sans rien laissé paraitre.

Il restait calme, son visage ne trahissait aucune tension, sa voix non plus. Il n'y avait que ce débordement d'essence divine qui laissait deviner l'animosité sous-jacente de la scène. Aro descendit de la balustrade et s'avança vers son Père et Maitre, d'un air mi-figue mi-raisin.

"Je vous présente Torenheim, nous avons passés la journée à discuter de tout et de rien. C'est un homme de lettre et un fin penseur. Comment se sont passés les recherches?" tenta Aro en guise de présentation tout en voulant changer de sujet.

"Il m'en à tout l'air oui. Les recherches avancent, nous partirons pour Phelgra demain soir." répondit Julius en accueillant son élève d'une main sur l'épaule "Qu'est-ce qui vous amène dans notre belle cité d'Elusia Torenheim?"

Julius serra l'épaule de Aro, signe silencieux entre les deux hommes qui voulait dire que quelque chose ne tournait pas rond. Le jeune Lhurgoyf eu du mal à comprendre ce qui était entrain de se passer. Il ne comprenait pas ce qui faisant tant douter son maitre vis à vis de Torenheim. Lui qui avait passé son après-midi auprès de l'inconnu aux bandelettes ne le trouvait pas si nocif pour qu'il mérite une telle mise en garde. Et pourtant Julius ne détournait pas son regard du penseur l'ombre d'un instant, son aura restait toujours aussi dense autour d'eux, créant un poids difficilement supportable à la longue. Aro n'osait poser de questions vis à vis des doutes animants Julius, il osait tout juste bouger pour prendre la défense de celui qu'il considérait comme un "nouvel ami" ou tout du moins comme un noble compagnon de pensées. Il n'avait rien décelé de mauvais en lui. Que pouvait donc être le problème? Son Maitre n'avait pas l'air de plaisanter quant à lui, il donnait cette impression qu'au moindre mouvement il pourrait exploser le jardin des pierres de sa toute puissance. Ce n'était pas un homme à sous-estimer.
Laissant le silence comme témoin de la scène, Aro jeta un regard vers Torenheim pour lui faire montre de sa complète incompréhension. Tout était si soudain, Aro se sentait pris dans un étau défiant toute logique.



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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mar 2 Sep - 2:23

Torenheim, toujours assis sur son perchoir, écoutait en silence les divagations de son compagnon de pensée. Celles-ci, maintenant bien plus profondes et tintées de sentiments nouveaux, attiraient d'avantage l'esprit errant de l'étrange momie philosophe, attisant en lui l'intérêt et un certain amusement. Non pas cet amusement narquois et moqueur que l'on ressent vis-à-vis d'un être inférieur, non. Plutôt le sentiment que peut susciter un ballet gracieux ou encore un tableau poétique aux couleurs sombres et chaudes. Sans le regarder, il prêtait pourtant une oreille attentive à ses élans de cœurs, non pas cause à une compassion qu'il était de toute façon incapable de ressentir, mais car il se délectait intérieurement de chaque sensation, chaque sentiment, chaque pensée que les autres âmes ressentaient à sa place. Ces étranges émotions étaient peut être ce qu'il connaissait le moins du monde : la peur, la tristesse, l'amour, la haine, tout ces mots fragiles et méconnus étaient étrangers à son esprit différent. Il connaissait certaines sensations, l'adrénalines par exemples, le plaisir, et il pouvait interpréter les émotions de manière logique, mais aucun sentiment ne parvenait à germer dans son cœur vide et froid. Aucun chagrin, aucun attachement ni joie d'aucune sorte. Il n'était qu'un fantôme, un spectre qui observait - fasciné et à l'écart - le monde d'émotions auquel il ne pourrait jamais appartenir. Toutes ces expériences qu'il ne connaîtrait pas, il ne pouvait que les entrevoir, les discerner faiblement, mais jamais son cœur poussiéreux ne parviendrait à les comprendre.
Et c'était sans doute une tragédie, une farce cruelle que sa vie ! Mais, le plus étrange, et peut être le plus comique là dedans ... C'était que, puisque même la tristesse ne pouvait l'atteindre, Torenheim se fichait éperdument de sa propre absence d'humanité, de l'absurdité même de son existence. Même cela, il ne pouvait le ressentir. Ce vide ferait parti de lui pour toujours. Pour lui, ce n'était ni triste, ni injuste : C'était simplement sa nature.

Mais il y avait un moyen pour lui, un moyen pour voir de plus près ce large de spectre de possibles qu'il ne pouvait qu'effleurer du bout de ses doigts enrubannés. Un moyen pour caresser ces mystérieux "sentiments" : les voir dans d'autres yeux que les siens. 
Il les attisait, il les provoquait, et puis il les observait. Alors, c'était comme s'il pouvait entrevoir la lumière de ce feu méconnu - sans pour autant pouvoir se réchauffer en son sein. Et cette lumière le fascinait comme un enfant ou une pauvre mite, chaque parcelle de couleur, chaque nuance, chaque crépitement faisait naître en lui cette étrange intérêt pourtant si vide. Il y voyait un spectacle magnifique et interdit, comme un jardin brumeux inaccessible, et il n'en perdait pas une miette. Plus les émotions étaient fortes, plus elles étaient visibles et facile à atteindre, et plus il les dévoraient. Les passions, les peurs, les haines, les idéaux, tout ces sentiments qui forgeaient le monde, qui modelaient son image et façonnaient son histoire, il ne pouvait que les voir ailleurs. Et plus encore que voir le feu, il pouvait en deviner les répercussions, parfois à très grand échelle. Lui, il était bien incapable de comprendre, de sentir, et il semblait parfois dire : "Vas-y ! Vis, vis plus fort ! Encore ! Tu ne sais pas la chance que tu as : profites, et vis pleinement chaque seconde de ta misérable existence illusoire ! Car moi je ne le peux pas."
Et, plus que toutes autres choses, l'inaction, la modération, l'apathie le consternait au plus haut point. Il trouvait cela d'un ennui absolument mortel et d'une stupidité maladive ... Une vie de passivité ne valait rien - pas plus qu'une vie active certes, mais au moins cette dernière avait du goût. Bien sûr pour les pauvres civils indolents, c'était presque naturel de se laisser faire. Ils étaient la masse informe que les puissants modelaient à leur gré, et pourtant en elle se trouvait un pouvoir si grand et si souvent négligé ... Un pouvoir qu'ils devaient exploiter ! Capable de bouleverser l'histoire de manière considérable. Mais ce pouvoir devait être poussé, attisé. La braise ne faisait que couver, il fallait souffler dessus pour déclencher l'incendie. Cependant, isolé les uns les autres, ils ne formaient rien. Pour ceux dotés de pouvoirs, c'était différent ... Chez eux, la passivité était synonymes de stupide gâchis, peut être même de blasphème contre nature. Être disposer à tant de possibilité, à la provocation de tant de changement, et pourtant se résoudre à une vie de passivité tranquille et paresseuse, ça aurait de quoi être révoltant ! Si seulement cela pouvait vraiment l'atteindre ... Lui qui aurait dut, selon sa logique, être outragé par un tel comportement, il ne ressentait à leur égard qu'un profond ennui et un mépris froid et détaché qu'il leur affichait dans son sourire caractéristique.

Et les divagations de la jeune tête blonde étaient si touchantes ! Bon, ce qu'elles racontaient ne faisaient aucun sens, c'était absurde aux oreilles de Torenheim, mais toutes ces émotions ... ! Ce sourire disparu qui laissait place à un visage contrit où l'ombre de la peur planait gracieusement, ce feu brûlant qu'il pouvait sentir au fond de ses entrailles gorgées de sang, couver sous la cendre qui remontait dans sa bouche, ce spectacle avait quelque chose de délectable. L'enfant ne semblait demander qu'à se libérer et à vivre, et pourtant il semblait si las ... Il titubait, et le moindre faux pas aurait suffit à le faire basculer dans le gouffre, d'où il serait forcer de voler de ses propres ailes s'il voulait s'accrocher à la vie. Juste un faux pas ... Il évoluait sans espoirs sur un chemin tortueux, au coté d'un ravin vertigineux. Il persistait, mais il sentait en lui cette fissure, et à travers il pouvait voir le feu brûler. Un simple croche-patte aurait put l'aider ... Une petite tape amical dans le dos, pour le faire basculer. Pour l'inciter à vivre vraiment. Il pourrait lui rendre ce service, l'aider à se détacher de ses enseignements absurdes qui l'incitaient à se "modérer", à gaspiller son potentiel endormie. L'aider à se libérer de ses chaines, d'une morale illusoire qui ne signifiait rien. L'inviter à ne plus chasser la colère, mais à l'accueillir à bras ouvert, pour la comprendre, la dompter, et l'utiliser, et se rendre compte que "l'harmonie" n'était qu'une farce absurde et écœurante, un mirage impossible à atteindre, juste un idéal chimérique et tentateur n'existant que pour ... modérer les hommes et les rendre dociles. Il n'y avait pas de honte à accepter sa véritable nature. Il n'y avait rien de mal à utiliser pleinement son talent. L'harmonie, si douce qu'elle puisse paraître, ne signifiait pas plus le repos du corps que la mort de l'esprit et de l'âme.

L'homme était un animal doté de deux membres pour marcher, et de deux autres pour tuer.

- N'êtes vous pas un peu trop jeune pour chercher cette "dernière note" ... ? Demanda-t-il en adressant un sourire narquois au vagabond poète.

Alors que la jeune tête blonde vint s'asseoir près de la momie au bord du vide, celle ci le regarda faire en souriant calmement, l'écoutant en silence.
Quelle beauté ... Cette dualité : tantôt d'un coté la fougue, la rage et l'envie de vaincre ! Cette volonté débordante qui pourrait déplacer des montagnes ! Et de l'autre, cette fragilité, cette fatigue sourde, ces peurs, ces angoisses, ce désir de repos ... Tout cela formait un tableau profond et très intéressant que Torenheim savait apprécier. La volonté de tout un peuple, hein ? C'était original. Après tout pourquoi pas, la momie ne demandait qu'à croire. Et surtout, à voir. Il avait tout son temps pour ça, et il aurait bien voulu voir de ces propres yeux si les ambitions du jeunot allait aboutir à quelque chose, s'il allait graver l'histoire de son stylet, où bien si ce n'était ... Que des mots. S'il se laisserait simplement aller dans les bras du monde, s'il le laisserait vivre à sa place, comme tant d'autre. Ce serait vraiment dommage ... Mais c'était probable après tout. Tous les jeunes rêvaient de changer le monde, hein ? Et pourtant combien s'y essayaient vraiment ? Ils en avaient la possibilité pourtant. Tout le monde avait le pouvoir de se lever et de marcher. Peut être pas de trouver un sens à cette vie absurde, mais au moins ... À lui trouver du gout.
Enfin ... Il verrait bien dans quelques années ce qu'il en sera. Torenheim n'oubliait jamais ce genre de chose, dans trente ans il se souviendrait encore de ce petit Lhurgoyfs et de ces mots. Et il était curieux de savoir ce qu'il en sera. Peut être que rien ne se passera, et ce serait tout aussi bien ! Juste plus ... ennuyeux.

- Ne cessez jamais d'espérer. Jamais. L'espoir est un moteur puissant : sans lui vous mourrez à petit feu et le monde vous dévorera. Oh ... Sans doutes serez-vous en harmonie avec lui alors, mais vous ne serez ni heureux ni épanouie. Vous ne serez rien de plus qu'une épave parmi des centaines d'autres. Un pantin pris et écrasé dans les rouages. Torenheim parlait avec un détachement étrange, sans regarder son interlocuteur. La froideur de ces mots contrastait avec le sourire calme posé encore et toujours sur ses lèvres gercées. Vous devriez songer à accepter ... Un peu plus souvent. Je ne parle pas de vous soumettre sans combattre, loin de moi cette idée. Mais vous devriez arrêter de rejeter tout ce qui ne vous plait pas en bloc. Au lieu de bloquer l'épée et d'encaisser tout le choc et vous fatiguer inutilement, vous devriez plutôt ... Dévier la lame pour contre-attaquer. Accepter, ce n'est pas arrêter de combattre, c'est utiliser ce que l'on a à porter de mains pour accomplir ce que l'on veux. Si vous rejetez le "mal" sans même le regarder, il ne fera que revenir, encore, plus fort, pour vous briser. Mais si vous preniez la peine de ... poser les yeux dessus, de l'apprivoiser ... Vous comprendriez que le "mal" n'est qu'un mot. Et que, comme tous les mots, il n'a pour seule valeur que celle qu'on le lui prête. Il tourna doucement ces iris cendrées vers le jeune homme à ces cotés et acheva en ces termes : Avant de pouvoir changer le monde, vous devez changer votre conception que vous avez de lui. Sans ça, vous finirez par perdre en volonté, et dans trente ans vous serez encore à boire dans les tavernes en faisant un peu de philosophie de comptoir pour vous donner bonne conscience !

Torenheim rit doucement après avoir terminé. Il avait dit cela d'un ton léger, et pourtant c'était bien ce qui risquait d'arriver. Il n'y avait pas que les Lhurgoyfs qui se montrait sanglant sous leur vrai visage : tous les hommes étaient ainsi, pensa-t-il avec un sourire sans joie. Alors pourquoi ne pas simplement l'accepter ... ?
Alors qu'il se perdait à nouveau dans son esprit léger et sombre où flottaient mille pensées étranges, un son attira l'attention de la momie : celui du cistre du jeune garçon. Il sentit derrière lui la présence d'un homme de haute stature et de forte carrure du quel émanait une force calme. Il sourit d'avantage, écoutant les paroles du nouveau venu sans se retourner tout de suite. Il baissa légèrement sa tête encapuchonnée avec toujours cet étrange rictus sur ses lèvres fines. Il sentit alors l'immense pouvoir émaner de ce corps multicentenaire à son égard, et un frisson lui parcouru l'échine. Oh, voilà qui était intéressant ... De l'animosité ? De l'anxiété ? De la crainte ? Qu'était-ce donc que ce sentiment là qui filtrait au travers de cet afflux d'essence divine ? Et pourquoi donc ? Qu'avait-il fait pour mériter un tel "avertissement" alors qu'il ne s'était jamais rencontré ? C'était très étrange, et surtout particulièrement amusant.
Lorsqu'il fut qualifié de "jeune homme", il ne put s’empêcher de rire intérieurement à l'ironie doucereuse qui lui était tendue. Mais après tout, c'était vrai : c'était parfaitement vrai même. Torenheim était jeune, très jeune, c'était encore un enfant. Un enfant curieux de tout, qui ne cherchait qu'à s'amuser un peu, et sans doutes ne grandirait-il jamais. Oh, il pourrait bien vivre plusieurs siècle ! Cela ne changerait rien. Plus qu'un penseur, un chercheur, un artiste ou un criminel, Torenheim n'était qu'un gamin. Inhumain certes, mais pas moins enfantin et léger.
Alors qu'Aro prenait la peine de le présenter au nouveau venu, pour le moins peu bavard, il se leva doucement et se tint debout sur la balustrade au bord du vide brumeux. Il épousseta son vieux pantalon, tout sourire, et releva les yeux vers l'horizon un instant. Puis, doucement, il se retourna vers les deux autres protagonistes, dévoilant au nouveau venu son visage parcouru de fines bandelettes de tissu. Il plongea son regard gris clair dans le siens, sans ciller une seconde, toujours cet énigmatique rictus calme figé au coins de sa bouche. Il se tenait droit, ses pieds nus, couvert eux aussi de bandelette, sur la pierre froide. Une trentaine d'année, disait son corps. Infiniment plus, rétorquait son regard. Il observait l'homme grisonnant face à lui qui, une main serrée sur l'épaule de Aro, semblait lui adresser toute sa méfiance. Allons, pourquoi cet air si sérieux, hein ? Qu'avait donc fait le pauvre petit Torenheim pour mériter une pareille agressivité à peine refoulé ? C'était encore les bandelettes, hum ?

La momie, toujours souriante, répondit avec calme et légèreté, sans sembler se soucier de l'immense puissance qui était pointée sur elle comme une lame sous sa gorge menaçant de le réduire au silence moindre faux pas.

- Et vous devez êtres le Maître du jeune Aro, hum ? Un plaisir de vous rencontrer monsieur, je ne pensais pas avoir cette chance un jour. Son sourire s'élargit, puis il reprit calmement, d'un ton léger, haussant les sourcils. Pourquoi suis-je venu ici ? Vous l'avez dit vous même : la beauté unique d'Elusia, c'est un lieu propice au repos et au ... "ressourcement". Il rit doucement à sa propre blague, en s'assaillant sur la rambarde sans se présser, cette fois face à ces interlocuteurs, laissant ses jambes se balançait tranquillement. Puis, sans plus les regardant, les yeux perdu dans le vide et un sourire sans joie à ses lèvres, il ajouta cette petite phrase anodine dans un souffle comme pour lui même. Elle sonnait si juste, et pourtant elle semblait cacher quelque chose de bien plus vaste et sombre : A-t-on vraiment besoin d'une raison pour voyager ? Le voyage n'est-il pas en lui même un raison toute satisfaisante ? A nouveau, son sourire s'élargit alors qu'il reporta son regard étrange sur celui de Julius. Après une seconde, ses zygomatiques se détendirent, il se redressa et sa tête se pencha sur le coté alors qu'il semblait s'emplir de curiosité. Et vous dites moi, vous semblez avoir une raison pour être venu ici, je me trompe ? Qu'est-ce qui vous amène dans la cité de l'eau ? demanda-t-il avec innocence, alors que sur son visage tout l'amusement inexplicable s'était envolé.

Avait-il vraiment besoin d'une raison pour voyager ? Non. Bien sur que non. En fait, Torenheim n'avait besoin d'aucune raison, pour quoi que se soit.
Car après tout : le monde avait-il vraiment besoin d'une raison, lui, pour tourner ?
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Mar 11 Nov - 20:13



Julius accueillis la bienvenue de Torenheim d'un sourire discret comme il en avait le secret. Mais par la suite, la verve habile de l'homme aux bandelette le laissa de marbre tandis qu'a ses côtés, Aro semblait d'avance sourire aux questions rhétoriques posées par son ami d'un jour. Le Maitre-Vagabond pouvait comprendre ce qui avait attiré son élève face à un tel phénomène, qui plus est durant ces temps de doutes et de tourments. L'homme est intéressant, pourvu d'une intelligence visiblement plus élevée que la moyenne et faisant montre d'habiles jeux d'esprits auxquels les plus experts pourraient risquer de s'y perdre. Mais aux yeux de Julius, ce n'était que courant d'air et autres brassages aériens misant à dissimuler les perfides serpents manipulateurs qui se cachaient derrière. Il n'est pas impossible que lors de ces temps reculés, la paranoïa commençait déjà a guetter le Grand Vagabond de l'Eternel. Mais son jugement face à celui qui allait devenir l'ennemi public numéro un d'Ishtéria n'était pas dépourvu de logique pour autant.

"Comme pouvait le dire un Marin cher à mon coeur, l'important est le voyage et non la destination en effet" se laissa aller l'ancien en laissant aller son sourire à plus large "Je venais rendre visite à de vieux amis, une nostalgie qui guette tout les vieux hommes passé un certain âge."

Un petit rire secoua sa barbe blanche et d'un doigt expert il ramena ses fines lunettes en haut de son nez. Malgré son air détendu, la pression autour du lieux ne faiblissait pas l'ombre d'un instant, à la première inflexion de son auteur la magie était prête à mordre la moindre menace présente. Le contrôle de son aura était si parfait que la dissociation prêtait presque à confusion, au point que l'on pourrait croire qu'un autre mage aux intentions meurtrières se tenait à quelques lieux de là.

"D'ailleurs Tack nous attend Aro, les autres sont déjà là-bas. Et je ne te cache pas que Beölon à d'avance hâte de voir comme tu as grandis! Il vaudrait mieux y retourner avant qu'ils commencent à se chamailler d'ailleurs, cela fait déjà une bonne dizaine de minutes que je te cherche en ville."

L'élève acquiesça en silence aux demandes de son maitre, partageant volontiers un sourire complice à l'énonciation des vieux amis de voyage de Julius. Pour Aro ces noms sonnaient comme ceux de sa famille, ils étaient tous autant d'oncles et de tantes qui, même si le sang ne les liaient pas, gardaient un oeil sur leur petit rejeton de neveux.
Le vent souffla à contre-sens, comme un signe des Neuf qui intimait à rentrer maintenant que l'après-midi s'était écoulée. Le ciel commençait à abandonner sa chape de nuage épais au profit d'une lumière tamisée propice au crépuscule à venir et, ça et là, on pouvait d'avance entendre les étales des Yorkas marchand se refermer sur les ventes du jour.

"Torenheim, ce fut un plaisir de vous rencontrer, navré que l'échange fut court et de vous enlever Aro. Mais après tout nous sommes des gens du voyage et peut-être que nos chemins se recroiserons un jour n'est-ce pas?" conclu t-il en ajustant sa cape aux losanges criards de rose.
"En effet, il reste encore beaucoup d'énigmes à élucider après tout." rajouta Aro en lui adressant un poli signe de tête et un franc sourire d'amitié.

Puis le duo formé par le Maitre et l'Elève s'éloigna, trainant avec eux la masse invisible de la toute puissance de Julius qui s'amenuisa à chaque pas dans leur sillon. Aro jeta un dernier regard derrière lui pour s'imprégner une dernière fois de l'image de son ami d'un jour. Un ami qu'il ne recroisa hélas jamais. Pour le moment.
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   Lun 1 Déc - 2:22


"Torenheim, ce fut un plaisir de vous rencontrer, navré que l'échange fut court et de vous enlever Aro. Mais après tout nous sommes des gens du voyage et peut-être que nos chemins se recroiserons un jour n'est-ce pas?" conclu le vieil homme en ajustant sa cape aux losanges criards de rose. "En effet, il reste encore beaucoup d'énigmes à élucider après tout." rajouta la jeune tête blonde, adressant à l'étranger enrubanné un poli signe de tête et un franc sourire d'amitié.

Torenheim se redressa doucement, posant ses pied nus sur la rambarde de pierre qui surplombait le vide, les pans de son manteau flottant au gré de la brise. Il adressa un sourire étrange au vieil homme, plongeant son regard d'argent dans ses yeux, et l'on pouvait deviner dans la lueur tamisée au fond de ces yeux l'intérêt amusé qu'il portait envers le duo hétéroclite. En vérité, ses sentiments étaient partagés : son amusement allait vers ce gaillard grisonnant, cette "force de la nature" dont l'aura aurait put en effrayer plus d'un. Son intérêt allait plutôt envers le petit, dont l'avenir incertain pouvait encore peser dans la balance... Qu'en serait-il dans trente ans, hein ...?
Son regard changea alors pour laisser place à une expression plus neutre, gardant toujours son sourire poli sur les lèvres, les mains dans les poches.

- Si les dieux vous accorde de vivre assez longtemps, ou si vous parvenez à leur tenir tête, alors oui, les chances que nous nous recroisions ... peuvent être prises en compte. Il leur adressa un sourire amusé, puis fit une révérence digne d'un gentilhomme, offrant un contraste flagrant avec son accoutrement de mendiant. Mes seigneurs, puisse les voix d'Isthéria guider vos pas.
Il releva son visage parsemé de bandelette, rendant à Aro son regard et son sourire, quoi que le sien soit plus neutre, sans être totalement froid : Bon voyage jeune homme, si je puis me permettre un dernier conseil : n'oubliez jamais qui vous êtes au fond de vous, et tentez de porter sur le monde un regard sans haine. Y compris sur vous même.
Dans un dernier sourire, il se redressa, regardant le maître et l'élève s'éloigner alors que la brume se dissipait doucement. Oh, ils vivraient sans doute des aventures formidables sur les routes du monde ! Et qui sait ... peut être qu'alors que le monde les marquera, peut être qu'eux même pourront y laisser leurs propres empreintes ... Cela amuserait for la momie. Celle ci n'oublierais pas cette rencontre, et dans trois décennies, le visage de cette petite tête blonde sera toujours aussi frais dans son esprit. Aro Vanzig, le vagabond ... Puisse ses pas le mener vers autre chose que sa futile harmonie, comme par exemple vers la vérité. Ce serait beaucoup plus intéressant, et tellement moins ennuyant ...
Alors que le jeune Lhurgoyfs se retournait pour s'imprégner une dernière fois de l'image éthéré de cet étrange personnage couvert de loque et de bandage, ce dernier lui adressa un ultime sourire. Un sourire calme, tranquille, légèrement narquois. Puis, du haut de sa rambarde, il se laissa tomber dans le vide brumeux d'Elusia, sans laisser son sourire s'envoler de ses lèvres, tombant sans craintes pour disparaître dans ce qu'il restait du brouillard. Tout cela avait-il été réel ? Cette rencontre, cette discussion, cet échange, tout semblait avoir eut lieu dans un rêve, en dehors de la réalité ... Mais après tout ...
Que pouvait bien être l'existence si ce n'était un rêve d'Isthéria ?
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MessageSujet: Re: La Mélodie de l'Échiquier [PV Torenheim] [TERMINÉ]   

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