Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello

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An 1305 de l'ère obscure

Saison:Béamas Mois:Tiria
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 Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello

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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mer 23 Juil - 23:43


« Ce n'est pas un grand bâtiment, en fait, si j'étais tout à fait honnête, j'appellerais ça un rafiot, mais c'est ma p'tite moule à moi, elle flotte bien et elle est toujours arrivée à bon port.
⎼ C'est merveilleux ! »

Léogan était comme un gosse tombé du lit, les yeux vagues et cernés, l'esprit vaporeux, les cheveux broussailleux, et il souriait inconsciemment, encore à moitié absorbé dans des rêves de mers, de vents et de nuages. Il n'avait jamais eu le réveil très alerte – il ne reprenait conscience que plusieurs heures après avoir noctambulé ça et là, les jambes hagardes et les yeux hallucinés. La plupart des gens sensés, à Hellas, avaient compris qu'il n'était pas possible d'espérer de conversation civilisée de sa part avant dix heures du matin – et qu'alors, il valait même mieux se pointer avec une tasse de thé aguichante pour amorcer la discussion. Et pas d'infusion à la valériane, de préférence.
C'était le petit jour. Une aube livide de matinée pluvieuse se levait sur le Quai Venteux. La blancheur de l'horizon se noyait dans les fumées laiteuses du brouillard et de la mer. Le ciel était encore d'un bleu d'encre et s'éclaircissait peu à peu jusqu'à faire tomber sur la terre des ombres chatoyantes. Il recouvrait le port de couleurs denses et mélancoliques, myosotis et indigos. Tout n'était que silhouettes bleues dans les vapeurs du matin ; Léogan, le nez en l'air, les cheveux au vent, silencieux, un sourire pâle aux lèvres, était bleu, le capitaine, qui fumait comme une cheminée, près de lui, était bleu, le navire était bleu, il avait l'air d'une fantasmagorie prête à s'envoler.
Tout était extraordinairement feutré. Le vent sifflait, les mâts grinçaient, les cordes et les haubans vibraient avec un bruit spectral dans les hauteurs, et parfois, une voix humaine déchirait le silence, criait, d'autres lui répondaient en échos et puis elles s'étouffaient peu à peu dans la brume épaisse.
Léogan admirait le navire – la Soledad – d'un regard rêveur et émerveillé. Il avait le cœur léger, qui s'envolait dans sa poitrine, battait des ailes et se cognait tristement contre sa cage thoracique. Il respirait profondément l'air iodé du port, qui lui piquait les yeux, la poitrine et lui nouait la gorge. C'était un petit bateau à voiles, un petit trois mâts, il mouillait nébuleusement, amarré à quai, plein de promesses, et l'eau clapotait sagement sur sa coque blanchie par les coquillages et les balanes qui faisaient au bordage en bois comme une myriade de petits yeux fermés, fatigués par les voyages.
Le capitaine, homme honnête dans les bons jours, le menait, ainsi que son équipage, à El Bahari pour remplir ses cales d'épices, de bois, de thé et de sucre, afin de ravitailler les bourgeois friands d'exotisme du continent. Les autres jours, plus maussades, il se livrait sans honte à la contrebande – et ça, c'était écrit sur l'éclat rusé de son regard. Aussi son bâtiment était-il d'une robustesse élancée, prompte à affronter les déferlantes du grand large – mais en même temps, Léogan perdait son regard charbonneux dans ses voiles blanches, et il l'imaginait aisément manœuvrable, se faufilant entre les récifs comme une anguille de bois, de fer et de tissu – en fait, il suffisait d'affaler la grande voile, de jouer avec les deux voiles triangulaires, de remonter en dents de scie contre le vent, et...

« Votre voilure, c'est du pur génie, reconnut-il, dans un murmure, les yeux brillants.
⎼ On a associé les voiles triangulaires d'Argyrei à nos bonnes vieilles voiles carrées. Avec ça, on prend le large comme on met ses chaussettes, oui, et c'est assez maniable pour s'extraire du fichu détroit d'notre vieux lac. Et l'bordage, c'est le meilleur que vous pourrez trouver, M'sieur Jézékaël, c'est du bordage à clins, du bordage cimmérien ! »

Léogan hochait la tête avec gravité en écoutant le vieux et finit par esquisser un sourire vaguement sarcastique.

« Vous chercheriez pas à me le vendre, par hasard, votre bateau, en plus de me faire voyager dessus ? demanda-t-il, avec une lenteur paresseuse.
⎼ Oh, non, non, je la vendrai pas, ma p'tite moule, pour tout l'or du monde... ! 
⎼ Pourtant vous réussiriez presque, murmura Léogan, en enterrant ses mains dans ses poches, l’œil vaguement fixé sur les voiles frissonnantes du bateau, qui claquaient dans le vent glacial du port.
⎼ Vous nous donnerez un coup de main pour la route, si l'cœur vous en dit, proposa le capitaine, d'un ton bonhomme.
⎼ Ça fait longtemps que j'ai pas touché à ces machins-là, vous savez, j'aurais sûrement besoin de quelques leçons de rattrapage. Bon, écoutez, capitaine, heu, capitaine Veenboer, c'est ça ? Vous partez dans la matinée ?
⎼ Dès que le vent se sera vraiment levé, dans une heure ou deux, si vous voulez mon avis. Pourquoi ? Vous fuyez quelque chose ? demanda tranquillement le vieux, en souriant avec un brin d'humour. Vous êtes pressé ?
⎼ Bah. Disons que dans une heure ou deux, ça n'aura plus d'importance. »

***

Léogan regagnait l'auberge où il avait logé avec les filles, d'un pas lent et erratique, avec l'impression de déambuler dans un songe. Les rues étaient glaciales et sinistres, il n'y avait personne d'autre que lui, un peu largué, un peu seul sur la terre, et ses pas résonnaient d'un bruit aquatique, comme des ricochets sur l'onde.
Il devait être près de six heures du matin. Léogan lâchait de grands panaches de fumée en soupirant dans l'air froid des aurores et frissonnait avec agacement dans son grand manteau noir, tout en ruminant interminablement sur ce qu'on appelait la saison chaude à Cimméria. Parfois, le cri d'une mouette interrompait ses vicissitudes, sa pensée se suspendait et il devenait plus vide qu'une coquille sans âme. Son regard suivait le vol de l'oiseau dans les lambeaux du brouillard et quand il disparaissait, Léogan secouait gravement la tête et reprenait sa route.

Il n'était pas exactement pressé de rejoindre Othello et Malona. La première, quoique charmante et d'un secours dont il lui était très reconnaissant, commençait à l'irriter, à force de hocher la tête servilement, de compatir et de dire amen à chacune de ses paroles – il avait l'impression de tirer derrière lui un spectre vide de toute volonté propre, ça lui avait donné le vertige dans un premier temps, mais après la traversée du désert de glace et une nuit passée à l'auberge, ça ne faisait plus que le débecter considérablement. Elle ne s'en sortirait pas à si bon compte. Il était bien capable de lui donner toutes les raisons du monde de se cabrer, et de se fâcher contre lui peut-être, de se révolter, de ne pas accepter d'être seulement un prétexte à cette expédition. Bon sang, c'était insupportable, il fallait que ça cesse. Il trouverait le moyen, il trouverait la faille. Il avait un mois entier pour le faire.
Quant à Malona, il ne ressentait pas d'animosité ni d'irritation particulière à son égard – malgré le fait qu'elle eût méticuleusement saccagé sa cuisine, saboté son thé, franchi à de trop nombreuses reprises ses frontières personnelles et assommé sa cervelle de discours étourdissants. Non, c'était bien plus perturbant que ça ; en fait, c'était précisément parce qu'il ne lui avait pas tenu rigueur de cette avalanche de désagréments, parce qu'il lui passait toutes ses maladresses avec une bienveillance vaporeuse, et puis un petit sourire en passant, enfin parce qu'il avait l'impression que son humeur était affreusement télécommandée quand elle lui adressait la parole qu'il ne supportait plus de se trouver près d'elle. Il n'arrivait pas à mettre le doigt sur la plus petite explication de ce qui clochait dans cette histoire, et pourtant ça clochait, ça clochait quelque part, bordel, mais où ?
Tout cela était vraiment très, très, très agaçant et il avait eu besoin d'air. Il s'était débiné comme un voleur, à un peu plus de quatre heures du matin, il s'était enfui de l'auberge en direction du port et puis il avait attendu de reconnaître le capitaine Veenboer en rôdant aux alentours de la Soledad.

Maintenant, si la dérobade ne lui avait pas apporté la moindre réponse, l'air glacial du matin avait au moins apaisé l'incendie de ses nerfs. Il prit une profonde inspiration quand il aperçut la silhouette bancale de leur petite gargote, rajusta son paletot sur son épaule, cala sous son bras le cadavre d'une caisse de guitare qu'il avait trouvée dans un coin des docks et poussa la porte de l'auberge. L'odeur âcre et moite de l'endroit le prit à la gorge et l'enveloppa dans un cocon de chaleur, qui fleurait l'humidité, les relents de moisissure et les mauvaises piquettes. Il fronça un peu le nez et plissa des yeux.
Quelques clients étaient déjà éveillés et somnolaient un peu devant leur repas du matin. Léogan s'avança, adressa un signe amical au patron, et repéra les crinières éblouissantes de Malona et d'Othello – rousse comme le feu et blanche comme la neige – au fond de la salle obscure. Il s'approcha de leur coin d'un pas souple, le profil bas, comme un chat de gouttière qui rase les murs, et il vint s'appuyer à leur table avec désinvolture, les yeux brillants, pleins des lumières de l'aube, un sourire inattendu aux lèvres.

« Hé, les filles, on part dans une heure ou deux, ça vous branche de voir le bateau ? »


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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Ven 1 Aoû - 12:56

Un silence pesant, et lourd, et froid résonnait gravement dans la pièce vétuste, dont le bois, sûrement rancie avec le temps, était coloré d’une teinte grise sinistre, comme la plupart des maisons du bourg. Cet endroit n’avait rien à voir avec les auberges et les tavernes d’Hellas, qui se retrouvait pour beaucoup, une fois les portes franchies, noyées dans la chaleur nordique : des bouges bruyants, étouffants, et où transpiraient par tous pores possibles une virilité volontairement démonstrative qui se voulait une démonstration de force pour tout étranger qui passerait dans ces lieux – par pur hasard ou non. Ici, pas de pinte d’alcool qui s’écoulait, pas de cri tonitruant aux aigues bestiaux, pas de râles ni d’odeur lourde et grossière. Que l’arrière fragrance de planche humide et de vitre givrée, et d’un café trop âpre que l’on boit sans faire attention, enveloppé dans un épais tissu de solitude, presque visible aux yeux de la petite poupée de porcelaine. Enfoncée courtoisement sur une chaise mal taillée aux angles carrée et au dossier trop dur, elle tournait malhabilement sa petite cuillère dans sa tasse vide depuis déjà plusieurs minutes, l’esprit ailleurs.

Depuis leur départ, la sirène restait tant bien que mal dans sa bulle, se cramponnant à son rôle d’alibi, qui – bien qu’inédit – était bien tenu. Entourée par les deux félins des neiges, leurs trois paires d’yeux avaient à loisir d’observer scrupuleusement leur deux compères, et la proximité qui commençait à naître entre eux. Elle ne parlerait que le moins possible. C’était ce qu’elle s’était promis à elle-même, au moment de tourner une dernière fois la clé dans la serrure rouillée de l’herboristerie. Si elle n’aimait pas beaucoup l’activité, c’était consciemment qu’elle cherchait à épargner aux deux oiseaux ses paroles maladroites, mais également les informations qu’elle pourrait avoir… Et devait-elle se l’avouer : depuis qu’ils avaient quitté la maison du loup noir, elle n’était plus qu’appréhension. La sirène redoutait le départ… Alors peut-être l’épargnerait-il du poids d’une conversation, courtoise ou non – quelque chose lui disait qu’ils avaient probablement compris qu’elle n’excellait pas dans l’exercice.

Les bruits stridents du métal sur la porcelaine se propageait autour de sa petite silhouette pâle, ensevelie sous son épaisse couche de cheveux blancs. Ils coulaient au dessus de sa cape orangées, recouvrant ses épaules et son dos, et tombant sans grande difficulté jusqu’au bas de la chaise. Et alors que seules ses mains graciles s’agitaient autour de la tasse, son visage était braqué vers une table plus au fond où un vieillard lugubre, dans le même rituel étrange, lui rendait un regard noir et distant. Othello l’avait remarquée une fois son arrivée dans la pièce, et ne l’avait plus quitté du regard depuis, comme hypnotisée par la méchanceté et le mépris que cet homme cachait dans ses prunelles. Un parfait inconnu qui plus est. Mais un inconnu fascinant. C’était tout ce qui lui fallait pour justifier son impolitesse, et servait d’excuse à ce qu’elle continue de le dévisager ainsi.
Des cheveux grisonnants et épais, certainement noirs, quelques lointaines années plus tôt, étaient cachées sous un chapeau miteux et gras qui tenait sa tête burinée. Il avait le teint rouge et sablonneux des marins à la retraite, le sel encore accroché à la face, et le grain de peau torturé des fumeurs de pipes. Fagoté d’un vieux paletot usé sous une chemise tâchée, recouverte d’un manteau mal cousue, ses mains épaisses étaient parsemées de grosses veines bleutées, qui ressortaient par leur couleur sur ses ossatures enflées dont elle pouvait sentir la lisseur de son siège. Quelque chose dans ses yeux noirs lui indiquait qu’elle n’était pas dans son rôle à le regarder ainsi. Pourtant, il ne la lâchait pas des yeux non plus. Un retour de flamme, sûrement. Une provocation rendue à la jeune inconsciente qui tournait sa cuillère au fond d’une auberge à moitié vide.

Dans cette bataille de regard, Othello en avait presque oublié la présence de l’adorable rousse à ses côtés, et ne surveillait plus des deux chats, descendus aussi. Elle l’avait salué timidement, comme tous les matins, et ne lui avait pas dit plus, vite noyée dans son café et dans son jeu ridicule et enfantin. Cette demoiselle restait un vrai mystère pour elle. Envahissante, démonstrative : elle était son ultime opposé, et à ses côté, la sirène avait l’impression de se retrouver enfermée dans une cage. Mais ses yeux verts avaient quelque chose d’attendrissant et de rassurant… Perdue, la demoiselle pâle essayait de s’effacer à la moindre occasion. Mieux valait la laisser briller, l’ombre était plus attrayant dans ces moments que la lumière. Allongé royalement à côté de la table, dans une courbe puissant qui forçait l’admiration, le visage lourd de Drasha surveillait de ses yeux la pleine salle, et ne loupait pas un détail. Ses griffes à moitié sortie, il restait immobiles, mais les muscles déjà tendus. De l’autre côté de la chaise de l’ondine, se jouait un autre jeu, pourtant, que l’herboriste aurait sûrement du mal à apprécier. La jeune léopard avait remarqué quelque chose : l’herboriste flamboyante n’était pas la plus à l’aise avec les félins. Aussi s’était elle assise à ses pieds, immobiles, sa queue battant une mesure nerveuse, et se contentait de la fixer. Voulait-elle jouer avec ses nerfs ?...

Un claquement de porte résonna dans le fond de la salle déjà fraîche, et une des oreilles de la sirène se dressa instinctivement, avant de retomber. Quelques secondes plus tard, c’est un froissement trop proche qui déroba son attention vers la table, et elle quitta dans une bouffée d’air les yeux du vieillard, presque à contrecœur, pour se retrouver devant le visage sauvage et tempétueux du soldat sylvain, rafraîchi et rafraîchissant, les yeux pétillants et pleins de malices sous leur épaisse couche de charbon. Depuis qu’ils étaient partis, Othello commençait à mieux cerné le personnage – si c’était chose possible. Ou au moins, avait-elle remarqué le dualisme qui en était son essence, et sa faculté étrange de pouvoir valser d’un extrême à l’autre dans une agilité singulière qui rendait les transitions aussi vifs qu’indétectables, mais aussi fascinantes que perturbantes. Au milieu de ces deux personnages – dont les relations restaient troubles, la demoiselle avait l’impression d’être piégée dans une perpétuelle démonstration de sociologie.

Le colonel arrivait ainsi droit au but, ne leur laissant pas grand temps de penser. Le bateau était à quai, et ils auraient quitté les terres de glaces dans les deux prochaines heures. Si elle s’attendait à cela, Othello fut prit d’un léger mal qui heurta ses côtes, et pesa soudain sur le haut de son torse. Le temps passait bien trop vite… Ah moins que le problème vienne de son esprit, trop lent pour réellement réaliser ce qu’il était en train de se passer. Mais il fallait bien qu’elle se ressaisisse : elle avait déjà signé, les lettres s’alignant les unes après les autres, dans une écriture tremblante, sur le parchemin de ses pensées.
Comme elle en avait l’habitude, elle ne répondit pas tout de suite, dévisageant d’abord l’homme pour en saisir la question. L’idée d’aller voir le bateau ne l’enchanté que très peu, elle en avait suffisamment vu passer dans sa jeunesse pour les connaitre tous par cœur, des pieds à la poupe, et à présent, à ses yeux, tous les baraquements avaient la même valeur. Mais ce n’était peut-être pas le cas pour Malona… Comme pour en chercher l’accord ou le refus, la sirène se tourna vers elle, son mignon visage encadré de tous ses cheveux roux, pour la laisser parler et choisir, s’imaginant bien que la question lui était d’abord adressée. Respirant un souffle froid, Drasha grogna faiblement, et posa son visage entre ses pattes.

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MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mer 20 Aoû - 0:43

Les trois compagnons de route avaient trouvé logis dans un petit bourg glacial dont le nom avait échappé à Malo, et avaient passé la nuit dans une sorte de taverne bien tristounette, aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur. Grisonnante, vieillissante, grinçante, ne sentant pas la fraîcheur...
Les bras de Morphée ne semblaient pas vouloir accueillir la sindarin cette nuit là. Elle avait tourné en rond dans son lit qui couinait, probablement au grand désespoir de petite dame blanche et du grand gaillard, mais ils ne bronchèrent pas et semblaient dormir profondément. A un moment, elle s'était mise à compter les poils du sourcil gauche de Léogan, 29, 30, 31... avant que... Argh ! Il s'était tourné ! Plus qu'à recommencer... La petite lampe à huile au dessus de leurs lits commençait à fatiguer les yeux aiguisés de Malona qui se les frotta à maintes reprises. La lueur de celle ci donnait aux souris qui passaient, des ombres monumentales qui se baladaient de part et d'autre de la pièce, comme si elles dansaient.
Malona se redressa sur le lit qu'elle partageait avec Othello, s'étira, soupira et se leva. Elle tomba nez à nez avec ses gros matous qui la fixait sans gêne. Elle leur sourit nerveusement et déguerpi avec une étonnante réelle discrétion. Passé le pas de la porte qu'elle referma doucement derrière elle, elle hallucina de sa propre délicatesse et descendit les escaliers.
Seul le maître des lieux, un homme d'une quarantaine d'années, l'air fatigué et maussade passait un coup de chiffon sur le bar déjà étincelant. Il ne daigna même pas regarder la rouquine qui vint s'affaler sur un vieux fauteuil. Lorsqu’elle se laissa glisser dedans, un nuage de poussière en émana et s'estompa lentement, virevoltant vers la cheminée encore tiède. La tête en bas, les pieds sur le dos du trône (qui s’avéra être vert kaki et tout troué), elle attrapa un bouquin, le tourna dans tous les sens, renifla ses pages, le posa sur son visage et...
… le matin arriva. Elle s'était endormie dans cette position peu confortable pour un être normal et lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle était nez à nez avec un vieux monsieur, qui avait un peu une tête de marin défraîchi. Il poussa un grognement qui fit bondir Malona de son fauteuil (mais elle retomba sur ses pieds!), et elle regarda le bonhomme s'en emparer et le tirer avec peine jusqu'à atterrir près de la porte. Quand à son tour il s'installa dedans, un nouveau nuage de fumé s'empressa d'envahir la salle.
Malona cligna des yeux à plusieurs reprises, le temps de se remettre les idées en place. Elle regarda à travers une petite embrasure. Dehors il faisait encore nuit, alors elle retourna se coucher, toujours avec un pas feutré. Au moment où elle se glissa dans son lit, Léogan se leva à son tour et quitta la pièce. Elle se rendormit. Peu de temps après, sans un mot, les deux femmes s'étaient levées, avaient retrouvé la pièce sans vie en bas et avaient prit place sur deux chaises. Un drôle de jeu se jouait entre le vieillard qui avait piqué le fauteuil de Malona et la petite sirène. La sindarin observait celle-ci, en silence et se laissa happer par sa beauté rafraichissante et lumineuse. C'était limite si elle ne se laissait pas tomber de sa chaise pour venir s'écraser sur elle comme un moustique le ferait sur une lampe. Mais non !
Le moment de se fixer les uns les autres fut interrompu par Léogan. Lorsqu'il entra dans la pièce, un petit vent frais se glissa dans la pièce, ôta la fumée de poussière et de pipe ambiant, traversa la chevelure rouge de la jeune femme qui frissonna.


- Hein ?

Elle regarda alternativement Othello qui semblait un peu déstabilisée d'avoir été coupée de son petit jeu, et Léogan qui semblait, lui, avoir bien entamé sa journée, bien réveillé.

- Oh, et bien, allons-y.

La sindarin attrapa délicatement la main de la sirène, du bout des doigts, c'était tout naturellement qu'elle effectua ce geste. Les siens, les doigts d'Othello, ils étaient frais, fragiles et pâles. Malona les tira doucement pour que se lever paraisse un acte prémédité et naturel aux yeux d'Othello. Elle avança d'un pas décidé, mais sans précipitation. Passant près de la porte elle attrapa de son autre main Léogan, et ils atterrirent tous trois dehors. Un cheval était déjà chargé de leurs bagages.
Malona lâcha les deux mains, un brin gênée, ne s'étant pas rendue compte de son geste, et de son flair de toutou, elle renifla le chemin que venait de faire Léogan, atterrissant devant...


- Oh la belle barque ! On embarque ? Elle salua frénétiquement un matelot, pensant que c'était le capitaine. Moi c'est Malo ! Et elle s'installa à bord, comme si de rien était. Elle regarda ses compagnons interloqués sur l'appontement. Ben quoi ?
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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Dim 24 Aoû - 7:41

La marée montait et les récifs acérés de la baie de sinistre renom disparaissaient dans l'écume des flots. La Soledad avait jusqu'ici longé de longues plages d'ardoise noire, couvertes de conifères sombres comme des silhouettes qui défiaient les vents dominants dans les fumées bleues du matin. Léogan, appuyé sur le bastingage du gaillard d'avant, penché au dessus des flots tandis que le navire s'apprêtait à entrer dans le détroit, entre les falaises dentues du lac gelé, avait l'impression d'avancer droit dans une gueule à demi-ouverte.
Des bourrasques chargées d'iode giflaient sa figure et emmêlaient sauvagement sa tignasse noire. Il passa ses deux mains dans ses cheveux épais pour les aplatir et les écarter de son visage et s'écarta finalement du bastingage.

Léogan avait un peu rôdé dans les cales, au moment où les marins s'affairaient à lever l'ancre et où personne ne faisait attention à lui, curieux de voir à quel genre de lascars ils avaient à faire – non qu'il ne prêtait pas confiance aux conseils de ses collègues de la marine cimmérienne, mais on n'était jamais trop prudent. Il avait ouvert un tonneau au hasard et y avait découvert un stock très conséquent d'herbes de cindine – qu'il reconnut aussitôt à leur odeur âcre et entêtante qui avait longtemps été familière à son odorat et qui revint le hanter avec puissance. Ses sourcils se froncèrent et un souci bizarrement flou fit vaciller son regard. Il fallait certaines prérogatives de bon prix pour transporter ces drogues dans un bâtiment et il doutait qu'un vieux filou de l'espèce de Veenboer eût de quoi s'en procurer de bon droit. Il s'apprêtait à refermer le tonneau silencieusement, pas très convaincu de la conduite qu'il devait suivre, quand il entendit un pas sourd résonner dans les escaliers et que le capitaine apparut à l'entrée de la cale.
Les deux hommes s'étaient échangés un long regard méfiant et étaient restés figés comme deux prédateurs surpris. Quelques secondes passèrent, puis Léogan, n'y tenant plus, referma sèchement le couvercle du tonneau. Veenboer fit lentement rouler sa chique entre l'intérieur de sa lèvre inférieure et sa gencive usée, puis tout à coup, ses yeux pâles étincelèrent et il hocha brièvement la tête, comme s'il avait trouvé quelque chose, au fond du regard charbonneux de Léogan, qui lui avait inspiré confiance.
Alors, le vieux renard s'était approché d'un pas tranquille du Sindarin, tout en fouillant dans les poches intérieures de son vieux gilet en toile et il en avait sorti une petite boîte fragile qu'il lui avait ouverte sous le nez. Les odeurs piquantes de la cindine s'en dégagèrent voluptueusement et firent un peu frissonner Léogan. Il avait levé les yeux sur le sourire noirci du vieil homme et, comprenant rapidement son marché, avait refermé sa main sur la boîte qu'il lui tendait.

Veenboer n'en avait pas proposé aux jeunes femmes évidemment – parce que ce n'était pas à son sens le genre de cadeau qu'on faisait aux dames : la cindine avait souvent pour effet de brûler l'intérieur des lèvres et d'y laisser des plaies désagréables, et ce n'était pas comme il faut, vraiment.

En ce qui concernait Léogan, il y avait bien longtemps qu'il ne s'était pas laissé à prendre de la cindine – près de cinquante ans en fait, ce qui correspondait à son engagement dans l'armée en tant que colonel et à la fin de sa vie d'errance et de brigandage – et en sentant sa salive chargée des effluves âcres des herbes attaquer ses papilles, lui piquer les gencives et lui brûler délicieusement les lèvres, il réalisa à quel point cela lui avait manqué. Dans ses souvenirs, la cindine avait tendance à lui donner un sacré coup de fouet. C'était la signature de cette drogue, d'ailleurs, qui était en train de l'envahir d'une douce euphorie et qui lui donnait des envies étranges de musique et de fête.
Évidemment, ce genre d'habitude ne convenait pas franchement à un colonel de la noble garde cimmérienne : la cindine encourageait souvent à prendre des risques inutiles, sous le coup de l'enthousiasme, et en se mettant au service d'Elerinna, Léogan avait signé pour travailler jour et nuit à ses projets et pour prendre plus ou moins dignement la tête des hommes du corps prétorial, ce qui ne lui laissait pas le droit d'être sous l'influence de drogues de cette espèce – « les téméraires mettent la vie des autres en danger », n'était-ce donc pas ce qu'on répétait sans cesse aux jeunes recrues pendant leurs classes ? Il souffla un nuage de fumée qui s'envola vaporeusement au dessus de sa figure éveillée et laissa échapper un ricanement moqueur.

Et puis finalement, sa vieille guitare cassée sous le bras, Léogan se tourna vers ses deux compagnes, qui vaquaient plus ou moins à leurs occupations – si elles en avaient – entre le ponton supérieur, où Veenboer tenait la barre, et le gaillard d'arrière. Son regard se déporta inconsciemment sur la silhouette de la Sindarin, dont la crinière flamboyante ondoyait dans les vents déchirants de la mer de Cimméria. L'image d'une autre femme, qu'il n'avait pas vue depuis trop longtemps, lui passa devant les yeux et pendant un instant, un très court instant, les cheveux roux de Malona s'assombrirent, son visage s'éclaircit, sa silhouette s'amincit et la poitrine de Léogan se contracta. Il ferma les yeux nerveusement, se pinça l'arrête du nez et prit une profonde bouffée de cindine, qui déversa un frisson irrésistible dans son échine. Quand il rouvrit les yeux et qu'il revit Malona telle qu'elle était, avec ses cheveux roux, irisés de reflets blonds, son visage gai et rayonnant, et ses courbes chatoyantes, il se sentit presque coupable d'éprouver toujours dans sa direction cet élan violent qui lui rossait les artères et lui brûlait la cervelle.
Jusque là, ce sentiment déplacé lui avait causé assez de vertige pour qu'il se fût toujours tenu à une distance minimale de cinquante centimètres de la jeune femme, mais il sentait bien qu'il contrôlait de plus en plus difficilement son désir incompréhensible de trouver le contact de sa main, comme tout à l'heure à l'auberge, où il avait été électrisé lorsqu'elle l'avait tiré derrière elle. C'était rageant. Il luttait encore férocement contre ces impulsions bizarres qui l'élançaient dans la poitrine, et qui pourtant, il en avait l'impression évidente, ne lui appartenaient pas.

Il détourna vivement son regard de Malona, et tira la cindine de sa bouche pour considérer Othello à son tour, qui restait étrangement réservée et effacée non loin de la rouquine, visiblement trop intimidée pour s'éloigner d'elle, et trop troublée cependant pour tenir avec elle une vraie conversation.
Léogan esquissa un sourire faible et, sûrement sous l'effet euphorisant de la cindine, traversa le navire jusqu'au gaillard d'arrière et s'approcha de l'escalier qui menait au ponton supérieur. La guitare sous le bras, il enfonça ses mains dans les poches de son manteau noir et observa les marins qui s'affairaient dans tous les sens pour adapter les voiles aux vents et l'allure du bateau au détroit très dangereux où ils s'avançaient. Les falaises immenses, sous le ciel encore sombre, vinrent jeter une ombre froide sur le navire ambitieux.

« Ils ont l'air de pas mal se débrouiller, lança Léogan, d'une voix espiègle, à l'attention des deux jeunes femmes. On pourra peut-être arriver en un seul morceau à Mavro Limani pour faire escale. »

Il s'assit sur les marches de l'escalier qui menaient au ponton supérieur et, soucieux, retourna dans tous les sens son cadavre de guitare, en espérant pouvoir en tirer quelque chose tôt ou tard. Il chercha dans la poche de son manteau un vieux canif qui s'y trouvait toujours et commença à considérer qu'il faudrait certainement ôter toutes les cordes de l'instrument pour en restaurer le manche.
Ses lèvres lui brûlèrent. Il les humecta et déplaça un peu la cindine avant de se mettre au travail. Il ne leva pas franchement la tête vers les deux jeunes femmes, mais il réfléchissait bien à des moyens de réchauffer un peu l'atmosphère, alors qu'il les avait fuies sans trop de scrupules ces dernières heures, dans les rues du bourg, et puis sur le bateau, où il avait erré de droite à gauche comme un enfant curieux. La présence de Malona le troublait péniblement, mais il ne pourrait pas passer le voyage à ne pas lui adresser la parole, pour un motif qui lui échappait lui-même. Quant à Othello, il s'était promis de lui faire aligner plus de deux phrases courtes en une conversation – ce qui ne serait sûrement pas gagné, mais qui ne tente rien n'a rien, pas vrai ?

« Ça va, vous supportez bien la houle, toutes les deux ? En c'qui vous concerne, dame Lehoia, vu votre nature, vous devez être plus ou moins dans votre élément, non ? » demanda-t-il, un peu maladroitement.

Il mâchonna un peu sa cigarette éteinte, qui lui brûlait le coin des lèvres à force d'y être logée, et marmonna un juron étouffé en s'échinant pour détacher une corde usée qui s'était coincée dans une frette cassée. Quand il réussit à l'en dégager, au prix d'une petite écharde dans le pouce, il leva ses yeux noirs vers les deux jeunes femmes, avec autant d'amabilité qu'il le put, et ôta son écharde en se griffonnant un peu le doigt.
Oh, il y avait sûrement tout un tas de gens plus doués que lui pour lancer des conversations et il n'avait réussi à sortir que quelques banalités sans intérêt, mais au moins il avait fait un effort.
Soudain, le vieux capitaine, qui tenait fermement la barre sur le ponton supérieur, au-dessus de leurs têtes, interpella Léogan – avec qui les circonstances lui permettaient de prendre un ton relâché :

« Une fois qu'on se s'ra tirés de c'foutu détroit, M'sieur Jézékaël, j'compte sur vous pour venir nous prêter main forte ! »

Léogan sourit de loin à Veenboer – d'un air joyeux et insouciant qui ne lui était pas habituel – lui adressa un signe de la main qui ressemblait vaguement à un salut militaire et baissa à nouveau la tête sur son ouvrage. Le goût de la cindine mouillée, dans sa bouche, mêlée aux odeurs d'iode qui se plaquaient sur son palais le fit légèrement frissonner. Il frotta ses doigts les uns contre les autres, sentit fourmiller quelques étincelles d'électricité et porta sa main à ses lèvres, où l'échauffement produisit une petite flamme bleue qui attaqua les herbes roulées dans leur papier. Il éteignit le petit feu qui léchait ses ongles désagréablement d'un geste vif de la main et fit rouler sa cigarette entre ses lèvres sèches, avant de se reconcentrer sur sa guitare en piteux état, avec un enthousiasme optimiste qu'on ne lui connaissait pas, néanmoins attentif aux réponses que lui feraient ses deux compagnes.


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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Dim 14 Sep - 22:56

Les soleils étaient l'étau de ses songes, alors qu'Othello avait les yeux rivés sur les deux astres flamboyants qui surplombés l'horizon sous une épaisse forêt de nuage gris. Les cheveux flottants sous la brise, appuyée sur un bastingage, elle se laissait portée par Le Soledad sur la mer gelée, suivant au loin sur l'horizon le rivage maintenant imaginaire qu'ils venaient de quitter. La coque fendait l'eau avec célérité et force, s'enfonçant un peu à chaque vague, circulant glorieusement dans les ondes froides. L'avant du bâtiment lui rappelait vaguement le torse d'une colombe: bombée, fière, majestueuse... Droite, et gonflée, se dressant comme un mur. Elle donnait l'impression de pouvoir tout affronter, et que même la pire des créatures abyssales ne pourrait en venir à bout. Doucement, les contours des quelques plaques de glace qui flottaient à la surface de l'eau émergeaient des lointaines brumes pour parvenir à leur regard, effleurant le bois sans l'abîmer. Dans le silence des navires, où tous les bruits, les cris, les hurlements virils des membres de l'équipage s'accordaient de concert dans une symphonie militaire, seules quelques fracas de la coque et craquement de la glace y faisaient échos, dans une élégante mélodie. Les amas flottant de givre avaient une teinte si douce, à la fois bleue et grise, et l'eau si noir et si profonde... La petite sirène n'avait qu'à tendre le bras pour les...'

Le vertige, puis le vide et l’impression de chute qui s’en suivit lui suffire pour lui remettre rapidement les pieds sur le pont. Du haut de sa dunette, elle se retira vite de la balustrade de bois noire qui lui servait de support pour se reculer de quelques mètres en arrière. Alors immédiatement, d’un mouvement de tête discret et sibyllin – quoiqu’un peu grotesque – la demoiselle, rouge et penaude de honte, balaya du regard toute la surface du pont jusqu’au gaillard arrière. Visiblement, il n’y avait aucun témoin de son idiot débordement d’enthousiasme qui avait manqué de l’emmener par-dessus bord, si ce n’est une mouette vagabonde ou un marin, trop occupé par ses cordages pour s’occuper d’une petite touriste en goguette. Désormais pivoine, la petite empourprée se gâta quelques secondes, avant de retrouver momentanément son point de vue : dès sa naissance, elle partageait son enveloppe avec un autre venu de l’eau. C’était son tout, son être, une symbiose parfaite entre elle et l’animale : elle était née de l’eau, de l’onde gelée et de l’abîme silencieux. La mer, la glace, tout cet univers aquatique qui encerclait cette coquille de noix l’appelait sans cesse, comme la douce voix d’une mère. Si elle n’avait pas était retenue sur ce bateau de papier…

Les quelques matelots s’affairaient, leurs dos tannés sous les soleils, chaudement abrités des glaces par des tuniques de laines ou de fourrure. Ses petites mains blanches se resserrèrent autour de sa cape orangée : alors, elle glissa comme un spectre vers le pont principal, descendant les marches avec une précautions infinies pour n’alerter personne. Elle y retrouva immédiatement la petite flamme orangée, dont l’aura chaleureuse réchauffée les yeux, et dont les mèches tourbillonnaient joyeusement avec la brise marine, dans un dérobé gracile.

Pivotant son regard, Othello constata que non loin de l’escalier qui descendait vers les quartiers de l’équipage, blottis l’un contre l’autre, le tigre majestueux et la léopard des neiges s’étaient endormis. Enfin, à première vue… S’approchant légèrement, ses yeux de verre plissés, elle vit que Drasha avait le sommeil léger, étrange. Ses oreilles ne cessaient de s’agiter, tournant aléatoirement dans toutes les directions… C’était un acte de vigilance extrême. Une alerte ? Non, l’eau était calme… Mais le tigre était bel et bien préoccupé…
Une bourrasque balaya le pont. Soudain, l’instinct de bête qui sommeillait en son sein se mit en éveil, et commença à bouillonner, rétractant ses pupilles et abaissant ses oreilles. Quelque chose se préparait ?... Non, ça ne devait pas – ne pouvait pas être important. Une fausse alerte. Mes les tentatives qu’elle fit pour se convaincre ne menèrent à rien, seulement à une sensation lourde qui pesa sur sa poitrine à l’instant où le commandant Jézékaël fit son entrée, à grand renfort de phrases d’accroche qui, au fond, ne présageait rien de bon. Immobile, la petite sirène préféra de rester près de la rouquine qui l’impressionnait toujours, mais dont l’aura lui était plus accueillante que celle du loup noire.

Alors qu’il dévisageait allègrement la somptueuse rousse et ses courbes généreuses, de son côté, la petite poupée pâle l’observa fixement mâchouiller l’épais cigare brunâtre qui pendouillait de son bec humide. L’odeur forte et âcre, lourde et étouffante qu’il dégageait leurs parvint bien vite et lui retourna subtilement l’estomac. Elle tenta vainement de séparer cette fragrance de l’air iodée de l’océan, mais l’exercice s’avéra vainqueur. La fumée l’avait toujours écœuré, et la ramenait tout près, dans ses souvenirs, au temple devant de riches vieillards, alignés comme une bande de moutons affamés, assis au premier rang lors des cérémonies, les joues tremblantes et l’œil lubrique, dévorant du regard la moindre cuisse et le moindre postérieur, empestant jusqu’à l’autel le tabac froid. Ces lueurs salaces, écoeurantes sous leurs paupières plissés et flasques lui avaient toujours inspiré une peur bleue, et un profond mépris.
Léogan, contre toute attente, lui adressa alors la parole. Et celle-ci la laissa particulièrement perplexe. Se moquait-il de sa race ? De sa catégorie ? Que voulait-il dire par ces mots ? Cherchait-il à engager la conversation d’une façon un peu gauche, ou alors voulait-il, sous un visage serein, la remettre amèrement à sa place ? Othello se retrouva troublée. Le colonel, avec son expression un peu maladroite alors qu’il triturait son mégot lui empêchait toute tentative de décodage. Tout comme Malona, ses mèches brunes se battaient fermement avec la brise et les embruns, et marquaient une mesure imaginaire sur son faciès impétueux. La blanche ne pouvait que le dévisageait avec amertume, et une méfiance palpable, les yeux vides, les oreilles baissées, l’esprit contrarié par sa remarque – somme toute bien innocente.
Depuis sa naissance, elle savait les yorkas mal-aimés. Une race animale vu par certains comme inférieure, bestiale, des esclaves tous justes bons à obéir docilement. Le commandant n’avait pourtant pas l’air d’être de ce genre là… Encore menacée, elle l’observa du coin de l’œil discuter avec le capitaine, avant de revenir à elles.

Derrière sa barrières de cheveux blancs comme les pans de glace qui perçaient encore la brume, sous ses prunelles d’ébène, elle préféra approuver, fière de qui elle était, avec un ton plus froid qu’à l’habitude – au moins était-ce son impression, en réalité, sa voix n’était que plus effacée.


« - Tout va pour le mieuxElle se modéra alors, toussota un peu. « Pour une première fois sur un bateau. »

Evidemment qu’elle connaissait la mer et les océans. Même la marine sous toutes les coutures, pour ce qu’elle en avait appris chez sa famille adoptive. Néanmoins, son point de vue sur celle-ci était bien différent de ceux des marins. Son domaine était plus… En profondeur. Ou au contact, plutôt. Alors, aussi étonnant qu’il n’y paraisse, Othello n’avait jamais naviguée sur un navire. L’expérience lui était jusqu’ici un peu amer, et lui rappelait vaguement le fantôme de ce père marin qu’elle n’avait jamais connu, et qui devait aujourd’hui sillonner encore les flots, où y être engloutis à jamais… Elle se perdit à présent dans les pérégrinations zygomatiques du sindarin, ou les vapeurs rousses de l’herboriste. Et cet étrange lourdeur qui pesait sur son torse pâle… Puis, comme s’apercevant qu’elle en avait trop dit sur elle et son passé, la naïade fantomatique trembla un temps pour se redresser, et chercha une excuse pour laisser ensembles les deux oiseaux – qui ne manquaient plus que son absence pour roucouler en paix.

« - Je vais surveiller Jehyel. »

Si pour le tigre, l’idée d’une nourrice semblait saugrenu, pour le léopard encore insouciant, sa protection était nécessaire.
Glissant sans mot dire jusqu’à eux pour s’accroupir à leurs côtés, elle découvrit Drasha les yeux grand ouverts… Et aussi tendu qu’elle. Une vague impression… Sûrement…
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MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Lun 15 Sep - 2:50

Faut avouer, c'est pas une région où il fait spécialement chaud. Déjà que la température devait geler les os d'un thermomètre, l'petit brun qui se met à leur dire qu'ils avaient peut être une chance d'arriver en un seul morceau ? De quoi donner encore quelques frissons, les voilà rassurées !
Quant a la petite sirène, elle ne semblait pas avoir tilté sur les paroles du colonel. Et pourtant, il faut l'noter, il aura aligné plus de trois mots.

Les deux sindarins se retrouvèrent face à face alors qu'Othello trouva l'excuse de s'occuper de ses matous... La petite rouquine était déjà fatiguée du voyage, elle n'avait pas vraiment le pied marin.
Soudainement, une tentacule géante rose à pois verts sorti de l'eau dans un bruit semblable à un géant faisant un plongeon dans une baignoire, et s'empara de Léogan, l'écrabouillant entre ses ventouses et sa tête, sous la pression, explosa. Les deux félins vinrent lécher le sang dégoulinant tandis qu'Othello, d'une poigne de fer, et avec une allure de pirate, coupa la tentacule avec une fourchette en hurlant à la mort...

Malona ouvrit les yeux. Elle s'était assoupi sur un monticule de cordes épaisses, sales et puantes.

- Diantre... J'veux faire des rêves comme ça tous les jours moi !

Puis, dans un petit moment de doute, elle se releva maladroitement mais avec conviction, pour voir si il n'y avait ni sang, ni tentacule ni fourchette dans les parages.
Il semblait que Léogan avait prit place à côté du capitaine, zieutant celui-ci qui comatait un peu. Othello quant à elle, était éloignée de Malona, s'occupant de ses deux bestioles un brin paniqués.

Le pied de Malona s'était entortillé dans le cordage, et elle prit, en ce même moment, la décision d'aller voir du futur nouveau capitaine (si l'actuel venait à sombrer). Alors qu'elle allait décoller d'un pas décidé, un vieux marin tout pourri qui puait la gnôle et la vieille corde tendit les bras maladroitement en direction de la sindarin. Il l'avait repéré, cette maudite corde, mais pas elle. Prenant peur en le voyant arriver, elle précipita son départ et se vianda. Le marin, bourré comme un coing tomba à son tour, mais sur Malona (tant qu'à faire), et s'écrasa à son tour la tête contre le plancher, puis s’assomma. Les poumons de la rouquine manquaient d'air, celui-ci ayant été expiré sous le poids du machin, un petit 120kg sur les côtes. Elle n'arrivait même pas à faire signe à ses coéquipiers pour qu'ils la sorte de là.  

Heureusement, son instinct de survit était plus fort que tout ! Comme toute personne en danger, une force herculéenne s'empara de son petit bout de corps et... GNNNNNN... impossible, il était trop gros. C'est un charmant marin sans dents et à l'haleine de baleine qui fini par proposer son aide avec une telle nonchalance que Malona hésita presque.

- Ben alors ma p'tite dame, on est pas bien là ?

Une fois sortie d'affaire, elle donna un coup de pied ridicule dans la carcasse lourde du marin et fit une mou désintéressée à son sauveur puis elle regarda à sa droite Léogan et à sa gauche Othello. Il ne lui arrivait que des malheurs quand elle s'approchait de Léogan, alors elle décida d'aller voir Othello. Celle ci était assise près de ses félins. Elle arriva d'un pas feutré derrière elle et s'installa dans son dos.

- J'ai un trou de mémoire. J'me souviens qu'on était tous les trois, que Léo à causé, puis j'me suis réveillée après un rêve bizarre sur des cordages. Ça t'arrive des fois ?

Puis Malona se retourna avec un manque de grâce remarquable, mais d'une petite voix enfantine et d'un regard malicieux elle s'adressa une nouvelle fois à la sirène.

- T'es belle. Tu sais, j'suis pas à l'aise sur un bateau, j'ai un peu les chocottes, pas toi ? Il se passe quoi avec tes pelu... tes... gros minets ? T'as quel âge ? J'pose trop de questions hein ?

Pas besoin de réponse, bien sûr qu'elle posait trop de questions, elle voyait bien que la petite femme blanche n'était elle non plus pas très à l'aise, mais pas une histoire de mal de mer, mais avec ses minous. Elle ne laissa pas le temps à Othello de répondre, ou pas à elle en tout cas, car elle parti rapidement dans la cale du bateau pour en ressortir rapidement avec deux tasses dans les mains et alla rejoindre Léogan.

Celui ci semblait apaisé par la mer blanche qui défilait devant lui.

- Salut ! C'était à la fois une interjection comme un « Debout là dedans » mais aussi un « Hé, il se trame quelque chose ». En tout cas, c'est ce que ça semblait vouloir dire dans la tête de la sindarin.  Elle posa son dos contre la barre, gênant le capitaine interloqué qui émergea un peu et d'une petite mine elle enchaîna : « Y'a quelque chose qui tourne pas rond ici, tu trouves pas ? ». Un silence s'installa, mais pas un silence entre les deux personnages, mais même les marins étaient calmes, dans leurs coins, occupés à leurs affaires, mais sans un mot. Le visage de Malona habituellement illuminé avait perdu de son éclat. Elle attrapa un clou qui dépassait du sol, il était long, et elle l'utilisa pour s'attacher les cheveux grossièrement, trop de vent ici... Les gros matous là bas, elle désigna Othello et ses félins, et la petite dame, ils ont pas la pêche.  Ah, et tiens. Elle lui tendit un thé parfumé, cerise et vanille. Ça peut p'tetre te réchauffer.
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Marduk Nargaroth
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mer 17 Sep - 4:16

Spoiler:
 

La mer, cette maîtresse indomptable malgré les efforts des braves hommes et femmes qui, à chaque jour, osent s’aventurer, navigué sur celle-ci. Ce navire, cette dame des mers qui avait été baptisé le Soledad était l’une des plus courageuses aventurières, possédant un fidèle équipage qui avait appris ses cordes.  Un brillant capitaine menait le spectacle, ce chaos organisé, mais un bon capitaine a toujours besoin d’un coup de main à l’occasion, d’un bosco connaissant les cordes, d’un  homme capable de naviguer le navire les yeux fermées.   Connaître le navire est primordial pour tout membre de l’équipage, surtout pour ceux qui osent naviguer sur les mers de Ciméria!   Il s’agissait là d’un endroit où le vent pouvait vous trahir d’un instant à l’autre et cela même lors des jours les plus calmes!  Non, les marins naviguant ces eaux ne devaient pas avoir froids aux yeux.  


 Le cher bosco du navire était l’un de ses braves hommes venus de loin, navigant sur les mers en quêtes d’aventures, de nouveaux horizons et un peu de profit !  Oui ce cher barbu en avait vu des tempêtes, et la mer agitée du jour n’était rien de bien inconnu à ses yeux.  Bien que familier, cela ne signifiait point qu’il allait pour autant se montrer imprudent et prendre des risques inutiles, non pas avec une maîtresse tel que la mer pour nous rappeler qu’une erreur peut couter cher.  Il a eu de nombreux hommes qui, devant le regard azure du bosco, ont goutés à la mort.  Les mers de Ciméria ne pardonnent jamais aux idiots et cette montre gracieuse aux braves capables de se montrer suffisamment intelligents.

Notre beau et ténébreux bosco ce met a embraquer les cordages afin de donner un peu de mou et de laisser la voile bien prendre le vent afin de se sortir de ce périlleux endroit, un véritable cimetière à navire, cela en conservant un œil sur les braves gens qui ne sont que de passage dans cette aventure.  Oh ces braves gens, savaient-ils vraiment dans quoi ils s’embarquaient?  Enfin, quelques passager de plus, cela n’allait point déplaire à notre cher bosco qui bravait les mers un sourire aux lèvres même lors des tempêtes.  De plus,  les deux charmantes dames qui accompagnaient le rat de cale plaisaient bien à notre cher barbu.    Voyant que le bon capitaine était définitivement épuisé, le cher bosco s’était dit qu’il valait mieux lui donner un coup de main à la barre… par la même occasion s’approché les petites dames!  

-‘hoy capt’ain si on vire à tribord, on va la faire valser avec l’vent et passer à travers les rochers sans problèmes !

Hurlait alors le bosco avant de se diriger vers la barre.   Un peu plus prêt, il observa la belle petite rousse qui se trouvait là avant de lui faire un charmant sourire.  Oh oui, il aimait les femmes ce cher loup de mer !  

-J’vous conseil d’aller à la cale, c’est p’t-être mieux.

Dit alors le bosco en s’adressant aux passagers en proximité du capitaine. Puis son regard se posa sur l’autre petite dame qui semblait s’être éloigné.  Cette pauvre petite dame en mer, il ne fallait pas la laisser seul !   Le brave bosco s’en approcha donc en de  la jolie Yorka en souriant.

-‘Hoy ma ptite dame, t’semble un peu nerveuse, premier voyage en mer ?

Son regard c’était alors posé sur l’horizon alors que le capitaine faisait valser le navire, passant ce qui aurait pu sembler être le pire.  Voilà une idée un peu folle de croire que les rochers étaient la pire chose à croiser en mer.   Dans les bas-fonds se cachent des terreurs auxquels très peu ont survécus que pour en raconter l’histoire.  À moins d’un pas de la Yorka, le bosco s’adressa à celle-ci une fois de plus.

-P’t-être qu’aller à la cale serait mieux, si t’veux ma jolie p’tite dame, j’te montre où tu peux te reposer

Se reposer… voilà une folle idée en ce jour.   C’est en observant l’horizon que le bosco remarqua que là n’était point l’heure du repos.  Non, les nuages annonçait une tempête… mais la tempêtes n’était pas ce qu’il craignait le plus.  Non, c’est ce qui voyageait avec les tempêtes qu’il craignait.  Leur cape, directement vers la tempête, avec un peu de chance elle allait changer sa route, ou ils allaient atteindre l’œil sans trop de difficulté.   Les sombres nuages s’approchaient, les premières goûtes de plus tombaient sur le pont.

-Hoy les voyageurs, vous devriez aller à la cale, ça va bientôt être risqué pour vous d’être sur le pont.  

Voilà des paroles dite que trop tard alors que le Soledad heurta un objet.   Déjà loin des rochers et trop loin de la rive pour être le fond, cela n’était rien qui s’annonçait comme étant de bon augure.  Le regard habituellement jovial du bosco était soudainement devenu sombre et sérieux alors qu’il croisa le regard du capitaine.  Un second coup fit trembler le navire et puis alors que la tempête s’abattait sur eux, que les éclaires illuminait les cieux, à quelques mètres d’eux la terreur des mers fit alors surface.   Sur le pont l’un des matelots hurla :

-Leviathan!

Tout droit des profondeurs de la mer, les plus redoutables créatures des mers fit surface.  Heurtant le navire, le Soledad avait pratiquement basculé sous l’impact alors que le monstre marin fit surface.   Une énorme vague recouvrir le pont alors que tous cherchait un endroit où s’amarrer afin de ne pas tomber par-dessus bord.   Notre brave bosco s’approcha à un cordage alors qu’il attrapa le bras de la Yorka.  Le capitaine cria ses ordres, alors que le chaos s’organisait sur le pont afin de ne pas finir dans le ventre de la bête qui avait disparu aussi rapidement qu’elle était venu.   Il ne s’agissait que d’une illusion!   Alors que la foudre frappa une fois de plus, la créature refis surface à tribord du navire.  Cette monstrueuse créature… plus haut que cent hommes, le regard remplis de rage primal, elle n’allait pas hésiter à faire du Soledad qu’un souvenir sans épargner son équipage ou ses passagers.   Alors que la tête de celle-ci était à tribord, il était possible d’y voir à bâbord au loin le bout du serpent… on ne pouvait que s’imaginer la véritable taille de la bête qui était venu avec la tempête.

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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Sam 20 Sep - 14:45

« D'accord. » acquiesça bêtement Léogan, les yeux rivés sur Othello qui partait retrouver Drasha et Jehyel, sans savoir vraiment ce qu'il était en train d'approuver.

Il y avait des jours où il rêvait d'être comme ce type, là, qui allait et venait sur le pont en racolant à qui mieux-mieux sans se rendre compte de son incroyable manque de subtilité. Mais il fallait toujours que sa bonne éducation le rattrapât en ces circonstances. Il se fichait bien de ce que les gens pouvaient penser de lui, ou plutôt, il faisait de son mieux pour qu'on le confondît dans la plèbe avec ses vauriens les plus communs. Il avait rejeté son passé, il aurait bien voulu rejeter dans le même temps toutes ses façons d'aristocrate qu'on lui avait enseignées, mais il lui arrivait encore fréquemment de se sentir honteux et inconvenant, obtus et stupide, devant les femmes comme Othello, qu'il embarrassait facilement par sa compagnie. Il n'avait jamais été doué en courtoisie, mais il savait déterminer quand il avait été maladroit, toujours après coup, malheureusement.
Bien, Léo. Brillant ! T'es peut-être le seul type au monde à penser comme ça que ce serait une bonne idée d'entamer une conversation polie en rappelant à ton interlocutrice qu'elle fait partie d'une race discriminée. Et t'as le front d'appeler ça une entrée en matière ? Il faut être abruti, c'est pas croyable.

Léogan soupira profondément, remarqua que sa cigarette s'était éteinte entre ses doigts, écrasa son mégot avec agacement et se tourna vers Malona, qui était sans doute la seule personne de leur fine équipe à pouvoir ranimer l'embryon mal formé de leur conversation. Elle s'était endormie. Léogan poussa un autre soupir – découragé celui-là – et décida de fumer encore un peu et d'achever ce qu'il avait commencé. Il débarrassa méticuleusement le manche de sa guitare des mauvaises cordes qui s'y effilochaient, puis il voulut se lever, aller ranger tout son bazar dans un coin de la cale, peut-être porter Malona jusque dans un hamac dans un ultime élan de chevalerie, mais sans y prendre garde, il donna un coup de pied au tas de cordes sur lequel elle était endormie, et la rouquine près de lui bascula sur son épaule en marmonnant quelques phrases décousues. Très embarrassé, Léogan déglutit et se tourna millimètre par millimètre vers le visage de la Sindarine. Elle était blême – probablement que le roulis et l'air marin ne lui réussissaient pas beaucoup ; Léogan se rappelait qu'autrefois, il avait eu quelques difficultés à adapter son pied terrestre au sol instable des navires. Il avait senti aussi cette nuit-là, avant de finir par se retourner avec agacement, qu'elle l'avait longtemps fixé sans pouvoir dormir, de sa couchette, et il était probable qu'elle n'eût pas dormi de la nuit.
Un très vieil instinct au fond de lui grondait et l'aurait amené à la pousser avec irritation de l'autre côté en s'exclamant quelque chose comme « hé, ho, faut pas m'confondre avec votre traversin, ma grande, allez roupiller ailleurs ! » s'il ne s'était pas senti bizarrement attendri par ce contact inattendu et cette moue sur son adorable frimousse. Sidéré, il resta quelques secondes sans savoir quoi faire, avant de décider avec panique de la repousser et de faire doucement reposer son dos contre le château arrière du bateau. La tête de Malona dodelina mais elle ne se réveilla pas. Excessivement mal à l'aise, Léogan oublia jusqu'aux premiers principes de la galanterie, prit sa guitare sous son bras, et détala jusque dans la cale, avec un froncement de sourcil désemparé, tout en tirant une bouffée précipitée de sa cigarette.
C'était n'importe quoi.

Et en même temps, cette attirance incompréhensible en éveillait le souvenir d'une autre, au fond de son ventre, impossible à satisfaire, désespérée, qui lui nouait désagréablement la gorge et le remplissait d'une colère sourde. Il jeta son cadavre de guitare dans son hamac avec agressivité. La cindine venait de perdre son effet euphorisant. Il ne savait plus vraiment contre qui il était en colère, maintenant, si c'était contre elle, contre Malona, ou contre lui-même. Contre lui-même, sûrement. Contre lui qui ne comprenait jamais rien, qui n'apprenait rien, qui espérait et désespérait avec violence, et qui ne trouvait plus qu'à faire de l’esbroufe et qu'à fumer pour ne pas faire face à ses problèmes. La rage au corps, il tira une dernière bouffée de sa cigarette, dont la fumée tourbillonna amèrement dans sa gorge et qu'il exhala avec rancœur. Il écrasa le mégot dans sa main en tressaillant sous la morsure du feu et le jeta au fond de sa poche.
Sa tête lui tourna sous l'effet de la cindine et ses pensées s'emmêlèrent confusément. La griserie le soulagea. Il respira profondément et quitta la cale.

Quand il émergea sur le pont, l'atmosphère avait sensiblement changé. L'air était chargé d'une odeur d'iode et de pluie et pesait sur le pont comme une chape de plomb invisible, surmonté de stratus d'acier qui s'envisageaient dans le ciel d'un œil menaçant. Léogan leva le nez avec méfiance. Le roulis, sous ses pieds, était devenu inégal. Il fronça les sourcils soucieusement et décida d'aller en discuter avec Veenboer, qui n'était pas Sindarin, mais qui devait être marin depuis suffisamment longtemps pour avoir perçu le changement d'atmosphère. Il monta sur le gaillard d'arrière à grands pas et fut plutôt mécontent de découvrir que le capitaine piquait un peu du nez à la barre. Au moment où il voulut l'accoster, Malona s'étala de tout son long sur le pont et les deux hommes sursautèrent, surpris par le vacarme. Léogan eut un petit sourire sarcastique. Décidément, c'était une habitude chez elle.
La scène fut au moins aussi irréaliste que ce qui s'était produit dans sa cuisine la veille et il ne put que l'observer de loin, du même œil incrédule, les traits inexpressifs, incapable d'esquisser le moindre mouvement pour lui venir en aide – et peut-être au fond bien content de ne pas être mêlé à ce cirque.

Elle parvint péniblement à se tirer d'affaire et rampa douloureusement vers Othello pour lui faire la conversation, visiblement – exercice auquel elle remporterait sûrement plus de succès que lui. Il hocha doucement la tête et se retourna vers Veenboer pour s'enquérir du mauvais temps qui s'annonçait. Ils discutèrent quelques temps de l'impossibilité de changer de cap dans le détroit et des intentions du capitaine de se diriger vers l’œil de la tempête, que Léogan écoutait avec circonspection – s'il avait été seul avec l'équipage, il aurait sans doute partagé l'enthousiasme du bosco qui se pavanait joyeusement sur le pont, mais il avait embarqué dans ses caprices d'aventure une prêtresse qui n'avait aucune expérience de la vie en mer et qu'il avait pour devoir de garder vivante, au moins par obligation professionnelle, en outre pour la générosité dont elle faisait preuve à son égard. Et c'était sans compter Malona qui... Enfin.
Léogan se rabroua silencieusement et s'efforça de garder le vieux Veenboer éveillé. Étrangement, il savait se montrer bien plus loquace et bien plus habile en matière de conversation quand il s'agissait de parler de projets pratiques. Mais la discussion s'amenuisa à mesure que tout paraissait plus ou moins en ordre aux yeux de Léogan et le capitaine retournait peu à peu à sa sieste éveillée, tandis que le Sindarin perdait rêveusement son regard dans l'écume blanche qui avalait les rives noires de Cimméria.
Ce fut cet instant-là que Malona choisit pour débarquer, en bousculant la barre qui échappa aux mains de Veenboer et que Léogan stabilisa soudain avec panique. Il lui lança un regard noir, mais elle ne parut pas s'en préoccuper plus que ça, puisqu'elle babillait déjà avec sa verve habituelle. Mais une fois que le capitaine, trop embrumé pour protester, eût repris la barre, il sembla à Léogan que la rouquine était moins resplendissante que d'usage. Gênée par le vent salé qui lui giflait le visage, elle avait commencé à s'attacher les cheveux par un moyen peu orthodoxe, en portant son regard sur Othello et ses compagnons blancs, tout en lui tendant une tasse de thé qu'elle avait confectionné dieux savaient comment au fond de la cale.
Léogan ne put s'empêcher de sourire avec une pointe de douceur, mais ce fut un sarcasme qui sortit de sa bouche.

« Vous voulez vous faire pardonner l'herbe à chats, c'est ça ? demanda-t-il, le coin de ses lèvres frémissant moqueusement. Merci. »

Il accepta la tasse autour de laquelle il enveloppa ses doigts rêches et glacés, le menton levé avec désinvolture, avec cette mine bizarre chez lui qui rappelait les hauts Sindarins de Canopée. Puis il pencha à nouveau son visage vers Malona et il lui lança un regard amusé, notant qu'elle l'avait à nouveau tutoyé, comme s'ils se connaissaient depuis toujours – ce qui lui causait un certain embarras, qu'il cacha en goûtant une gorgée de thé.

« Désolé, deux jours, c'est un peu court pour se mettre au tutoiement. Généralement, je réserve ce genre de familiarité aux types dont je m'apprête à fumer la gueule. Vous comprenez que c'est pas tout à fait la même chose, ironisa-t-il, avant de reprendre un air plus sympathique. Mais c'est meilleur que la valériane, je dois le reconnaître. »

Il porta également son regard sur Othello, dont la silhouette frêle et opaline se froissait nerveusement dans le vent brutal, comme une pièce de soie dans une main trop indélicate. Le tigre semblait agité également.

« Non, et je pense qu'ils ont un instinct qui ne trompe pas, répondit-il à Malona, d'un ton grave. Regardez le ciel. Vous le sentez, vous aussi, l'air est lourd. Vous devriez faire comme vous a dit ce type qui vous fait de la gringue, là, et vous réfugier dans la cale avant d'être trempée jusqu'aux os, remarqua-t-il, en montrant le bosco entreprenant d'un signe de tête caustique. Et puis je pense que vous ne devriez pas n'offrir du thé qu'à moi, Othello pourrait en avoir envie aussi, et vous comprenez, on pourrait s'imaginer des chos-... »

Cette remarque gênée, qu'il tentait de faire en baissant la tête pour échapper au grand regard vert et étonné de Malona, fut interrompue par le bosco qui les invectiva d'une voix forte. Quelques gouttes de pluie s'écrasaient sur son front et sur le pont. Il remit sa tasse de thé à sa bienfaitrice – qui prenait un peu trop soin de lui à son goût d'ailleurs, et puis tout coup, le navire fut ébranlé de la proue à la poupe. Léogan, déséquilibré, se rattrapa à la balustrade du château et saisit le bras de sa compagne d'une poigne solide, avant qu'elle ne trouvât encore le moyen de s'écraser originalement dans les escaliers du gaillard d'arrière. Il releva la tête vers Veenboer, alarmé, puis se tourna vers la prêtresse, au loin, et l’interpella d'une voix forte, en lui faisant brutalement signe de s'en retourner dans la cale :

« Othello ! »

Mais un second choc le précipita presque par terre. Cette fois-ci, ce n'était pas de la rigolade. Le navire avait chaviré très dangereusement et une vague s'abattait sur le pont, en contrebas du château où il se tenait avec Malona et Veenboer. Se souvenant à temps de certains vieux automatismes, Léogan tordit pratiquement le bras de sa compagne en plongeant sur un cordage pour s'amarrer avec elle au bastingage. Il n'avait pas encore fait attention aux cris des matelots et ne réalisa ce qui se passait qu'une fois accroché solidement avec la rouquine par un nœud qu'il avait appris à faire dans une autre vie. Une vague plus haute s'abattit sur le château arrière, tandis que Veenboer s'agrippait à sa barre, et Léogan plongea instinctivement sur Malona qu'il serra contre lui pour la protéger de la houle du mieux qu'il le pouvait. La morsure glaciale des eaux le saisit et lui étourdit la cervelle. Trempé, les cheveux en bataille, les mains cramponnées au cordage, il se redressa péniblement, tandis que le navire basculait de droite à gauche comme un vulgaire jouet dans cette tourmente inexplicable.
Ce fut alors seulement qu'il vit le léviathan. Ses yeux s'écarquillèrent. Il perdit toute forme de pensée rationnelle.

« Putain de saloperie ! » s'exclama-t-il, d'une voix qui lui venait tout droit du cœur.

C'était une vieille créature, qui se dressait sur deux fois la hauteur du navire. Ses écailles  étaient d'un bleu scintillant, taché de blanc et de gris. Il dressait la tête avec férocité, l'air d'ignorer la peur – à raison – il ouvrait sa gueule, pleines de rangées sans fin de crocs, et on distinguait autour de son cou et sur le plat de son crâne une collerette de piquants semblable à une crinière de lion. A l'autre bout du navire, sa queue brassait les flots, tandis que la tempête commençait à remuer les nuages dans le ciel comme dans un chaudron bouillonnant. Un éclair passa bruyamment dans la noirceur du jour et illumina brièvement la tête affreuse du serpent. Les yeux noirs et luisants de Léogan s'animèrent d'un éclat d'intelligence.
Tenant toujours fermement Malona contre lui, il se jeta sur la balustrade du château arrière, s'y accrocha d'une main ferme et interpella le bosco d'un cri puissant qui défia le vacarme de l'orage :

« Hé ! Camarade ! Vous avez pas de quoi harponner cet engin, dans votre attirail de maître-dragueur ?
- On a juste cinq sabords de chaque côté, lui répondit Veenboer, qui se trouvait à ses côtés, et qui résistait aux remous avec une force insoupçonnée, ses chicots noirs serrés et les yeux étrécis de concentration, avec que'ques canons, s'ils ont été b'en arrimés, on peut essayer de lui envoyer quelques coups, ça le f'ra p'têt déguerpir, ce salopiot !
- Et s'il en a rien à foutre ? fit remarquer Léogan avec froideur.
- J'en sais fichtre rien ! Mais il enverra pas ma Soledad par l'fond, ça, je l'jure ! Maître Rybald ! Préparez l'artillerie à faire feu ! »

Léogan échangea un regard inquiet avec Malona, mais comme il en avait l'habitude dans ce genre de situation, il ne se laissa pas le temps de se démonter et prit une décision rapidement. On racontait beaucoup de choses sur les léviathans, notamment qu'ils étaient responsables pour beaucoup des navires naufragés dans cette baie maudite – et des bateaux bien mieux armés que la Soledad n'avaient pas survécu à leurs attaques. Il se choisit un autre cordage, plus long que celui qui retenait Malona, et s'arrima fermement, avant de dénouer le lien qui l'attachait à la rouquine. Il lui attrapa le poignet pour la forcer à le regarder dans les yeux, au milieu de la panique.

« Malona, écoutez-moi bien. Vous êtes bien accrochée. Ne bougez surtout pas, faites ce que Veenboer vous dira. J'ai une idée pour renvoyer ce monstre d'où il vient. Ne faites rien de stupide, restez là. »

Sa tignasse embroussaillée, trempée, se plaquait à son visage anguleux, ses yeux fixèrent la jeune femme avec une intensité effrayante, qui n'admettait aucune contestation. Il la relâcha enfin et se détourna précipitamment. Il dévala les escaliers à toute vitesse, ballotté de droite à gauche sur les marches glissantes, se retenant comme il le pouvait à tout ce qui lui passait sous la main, il traversa le pont où les marins grouillaient en se hurlant des invectives à tout va, il en évita certains, en bouscula d'autres et par un miracle qu'il ne s'expliqua pas, parvint jusqu'au bosco s'en s'être étendu une seule fois sur le pont. Il s'accrocha au bastingage et accosta l'homme en le heurtant du plat de la main.

« Écoutez, dit-il, en le saisissant par l'épaule, avec un calme noir et une énergie bouillonnante. Aidez-moi à monter à la hune. Si un éclair passe pas trop loin, je peux le dévier sur la créature – ça sera toujours plus précis que des coups de canon à tort et à travers – mais il faut que je monte sur la hune, sinon je ferais griller tout le gréement et la mâture, vous voyez où je veux en venir ? »

Il regarda intensément le bosco, qui mit quelques secondes avant de réagir. Son visage long et rude se fendit d'un trait d'enthousiasme inattendu et il hocha brièvement la tête. Léogan se tourna ensuite vers Othello, qui peinait également dans la tempête comme un fétu de paille, et il se sentit brutalement coupable. Il posa sa main sur l'épaule frêle de la disciple d'Irina et la regarda droit dans les yeux quelques instants, sans savoir ce qu'il fallait lui dire.

« Faites attention à vous. » lâcha-t-il, finalement, la mâchoire serrée, avant d'emboîter le pas du bosco, qui s'élançait déjà vers les cordages qui permettaient de monter au grand mât.

L'homme se déplaçait avec un équilibre incroyable et quand il commença à grimper sur les haubans de bas mât, qui menaient à la première vergue, ce fut avec l'agilité d'un singe. Léogan, qui avait été employé pendant quelques mois sur des navires il y avait un peu plus de cinquante ans maintenant, mais qui n'était pas fou, savait bien que s'il y avait une personne capable de le guider sur un bateau, c'était le navigateur, et il n'était pas question qu'il montât là-haut sans cet homme qui connaissait les gréements de la Soledad comme les recoins de ses poches trouées.
Il prit sa suite avec confiance, encore un peu malhabile à ces exercices qu'il n'avait pas tentés depuis longtemps, mais à chaque pas qu'il faisait, à chaque cordage qu'il saisissait, il lui semblait qu'un peu de mémoire lui revenait et il prenait de l'assurance. Il glissait, ses pieds menaçaient à chaque pas de se démettre des mailles où il les fourrait aveuglément, ses mains s'écorchaient sur les cordages mouillés, mais ses bras tenaient bon. Ils s'approchaient de la première vergue du mât. Léogan jeta un regard en bas, où les hommes qui s'agitaient semblaient déjà minuscules au cœur du déchaînement des éléments. Il réussit à distinguer la chevelure rousse de Malona, et même Othello, dont la silhouette blanche se confondait avec l'écume. Il était vrai qu'il était moins soucieux à son égard qu'à celui de la Sindarine : si la situation devenait vraiment dangereuse, la Yorka saurait prendre sa forme animale et se sortirait assez aisément d'affaire. Quant à Malona, il n'était même pas sûr qu'elle sût nager. Le bosco l'interpella d'une voix forte. Il avait atteint la vergue. Léogan prit une profonde inspiration, trempé d'une eau glaciale qui suintait partout dans ses vêtements, la bouche et les yeux pleins d'iode, et suivit agilement le marin en s'agrippant tant bien que mal aux gambes de revers. Il progressa en rampant sur les cordes, et chacune de ses reptations le rapprochait un peu plus du mât, auquel il pourrait se raccrocher solidement, comme à un radeau salvateur au milieu de l'océan.

Ce fut ce moment d'équilibre précaire que Veenboer choisit pour faire feu sur le léviathan. Les cinq canons tirèrent à l'unisson et tout le navire chavira sous le choc. Léogan ouvrit de grands yeux paniqués et son corps fut tout à coup projeté hors des cordages qui soutenaient sa progression difficile. Il se sentit tomber, porté par le vent en furie et la pluie qui le fouettait de tout côté, mais il attrapa rageusement le gréement d'une main et se retrouva suspendu au-dessus du vide, la poitrine pleine d'un battement terrifié. Il toussa, détourna nerveusement son regard du vide, le fixa à la vergue où se tenait le bosco, s'essuya le visage pour y voir plus clair et se soutint douloureusement d'une deuxième main. Il tenta laborieusement de se hisser sur les gambes de revers à la force de ses bras et quand il parvint à se coucher de moitié sur le gréement, il put enfin attraper la main que le marin lui tendait depuis la vergue. La force de l'homme l'aida à la rejoindre et ses jambes trouvèrent enfin l'appui stable du bois, tandis qu'il s'agrippait au mât en tentant de reprendre une respiration moins saccadée.

Mais le bosco était déjà reparti à l'assaut du mât de hune. Léogan, glacé et plein d'alarmes, les yeux rivés sur le léviathan qui n'avait pas eu à éviter difficilement les tirs imprécis des canons dans la tempête, commença à se demander si ce n'était pas une idée de détraqué mental. Il leva les yeux vers le ciel pour suivre les pas du bosco et la pluie drue vint s'écraser froidement sur son visage.

« Venez, on part à l'aventure à El Bahari, siffla-t-il, entre ses dents, entre deux ahanements, on m'a dit que vous pourriez faire un bon guide, ce sera chouette ! Évidemment, c'est pas une ballade de santé, mais... Sans déconner, une tempête et un léviathan... dès le premier jour ?!  Qu'est-ce qu'y a, y a quelqu'un là-haut qui s'est dit... putain, une traversée tranquille, ça va pas, il va s'emmerder, faut trouver quelque chose pour le distraire ? C'est bien, souffla-t-il. Maintenant... Je sais ce qu'éprouve un goéland perdu au milieu d'une tempête ! »

Il glissa un peu sur le hauban de mât de hune et se retint tant bien que mal.

« Et puis allons-y, Léo, grimpe donc à la hune, c'est vrai que t'as fait ça toute ta vie ! Bordel de merde. C'est la cindine, c'est ça... ? Saloperie. Saloperie de cindine, saloperie d'addiction, saloperie de contrebandiers ! Je fume rien pendant la moitié d'un siècle, et le jour où je décide de le faire... ! »

Tout à coup, le bateau s'ébranla de nouveau. Léogan eut tout juste le temps de comprendre que le léviathan venait de faire claquer ses terribles mâchoires près du château arrière, où se trouvaient encore Malona et Veenboer, et qu'il avait saisi le bastingage entre ses crocs luisants, sans doute pour se venger de la bordée qu'on avait tenté de lui tirer dans les écailles. Catastrophé, il perdit à nouveau ses appuis et, suspendu comme il le pouvait, pensa qu'il était encore trop dangereux de diriger un trait de foudre sur la tête du monstre marin, qui secouait désormais le navire comme un chien qui joue avec un vulgaire jouet de chiffon.
Ce furent les dernières considérations auxquelles il eut le loisir de penser. Les mâts suivaient presque une ligne horizontale et la coque bascula à tribord, soulevant une vague terrible qui força dans la tempête et qui se referma comme une gueule sur la Soledad. Égaré dans les eaux glaciales, aplati contre son hauban comme un chat terrifié, Léogan sentit le poids du bosco le heurter soudain et les deux hommes, plus si loin de la hune pourtant, furent entraînés dans les eaux bouillonnantes de l'océan.


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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Dim 28 Sep - 20:53

Était-ce le martèlement de la pluie ou celui de son cœur que la yorka entendait si fixement? A cet instant, elle n’avait d’yeux que pour Drasha, l’imposant tigre blanc qui fixait frénétiquement l’horizon, la menace tournant péniblement au fond des prunelles. Au dessus du bastingage, dans un dôme terrifiant, le ciel de brume prenait des couleurs odieux, sombres, d’une force abyssale semblable aux tréfonds de la mer. Des nuages menaçants semblaient apparaître de toutes parts, sortant du néant pour venir dévorer la lumière blanche qui inondait la mer. C’est ainsi qu’en seulement quelques instants, le jour devint le nuit, et la prêtresse, à l’allure de poupée de son, s’enfonçait de plus en plus dans une paranoïa latente, confiant son esprit à la petite rascasse qui l’habitait.
Alors que l’air s’épaississait à vue d’œil, et devenait plus lourd que du plomb, elle se retrouva dans une des pesantes occasions où elle se retrouvait piégée entre deux feux: son esprit humain, et son être animal. Cette dualité ne lui avait jamais fait de mal. Pourtant, elle en avait tiré une leçon primordial qu’elle gardait gravée comme une loi: l’animal avait toujours eut raison. Et il lui hurlait de fuir, à pleins poumons… Car une menace approchait, une menace qui était prête à les avaler, les écraser entre ses crocs pour les faire tous disparaître dans les obscurs abysses.

Pendant quelques minutes, elle eut l’impression d’observer derrière son dos toute une farandole. Un relais plus extravagant à chaque fois. D’abord, l’ondulante sindarine, le cerveau certainement encore lourd d’un sommeil léger qui vint lui adresser quelques mots. Des phrases, des questions sans trop de rapport, mais dont cette absence de logique et cet amusant désordre créait une alchimie enfantine qui amusa un peu la sirène. Les compliments lui allèrent droit au cœur, même si au fond, elle ne les comprenait pas, tout comme ce ton doux et bienheureux qu’elle empruntait à chaque fois. Cette douce insouciance la rassura un peu, mais troublée qu’elle fut par tant de mots, et de questions à la fois, Othello ne pu au final fournir aucune réponse, et la regarda simplement, les yeux troublés, les cheveux froissés, la bouche entrouverte dans la panique.
Ce fut ensuite une forte odeur de sel et de sueur qui lui chatouilla le museau, alors qu’un grand marin, mince, aux traits longs et bourrus par la mer sous une épaisse tignasse faciale aussi noire que le geai, s’approcha d’elle d’un pas qu’elle n’aurait su décrire - fut-il lascif ou tremblant par la houle. Celui-ci lui conseilla vivement d’aller se réfugier à la cale, la mer devenait agitée… Il lui sembla que Malona avait eut la même remarque. La sirène ne voulut pas lever les yeux vers lui: se réfugier dans la cale… Quelle idée. Autant s’enfermer dans un cercueil de suite, cela aurait fait le même effet et l’odeur aurait été relativement similaire, quoique plus humide. C’était une attitude qu’elle n’avait jamais vraiment compris. L’océan n’était pas le pire ennemi qu’elle avait vu, et en cas de tempête, pourquoi vouloir s’abriter dans le ventre du boîte de bois qui était peut-être condamner à plonger? N’était-ce pas une forme de suicide? C’est avec une méfiance palpable qu’elle scruta l’homme des mers, sans plus de réponse qu’avec sa première visite. Le tigre grogna soudain, le visage tordu par la colère, les crocs visibles et tremblants…

Un éclair ébranla le ciel. Une pluie lourde s’écrasa sur la mer et le bateau. L’orage éclata en brusque étincelle, avec comme figure de proue la figure la plus néfaste qu’il lui ait été possible de croiser… A  cet instant, le temps s’arrêta. Le hurlement de terreur de l’homme inconnu, et ce serpent de mer horrible, repoussant, immense qui se dressait dans le clair-obscur… Comme des années auparavant, dans les fonds de cette même mer, de ces eux noires, la sirène se pétrifia, ses oreilles se baissèrent de faiblesse et de peur, et elle se retrouva l’ombre d’une seconde face à face avec le léviathan. Son corps d’écailles qui vibrait de colère, et ses yeux morts de poissons qui lui fixaient tous avec une volonté carnassière, une avidité monstrueuse alors qu’il faisait la taille, peut-être plus, du Soledad, pris à parti devant la créature… Nul doute, elle n’était maintenant plus qu’une petite coquille de noix. Fuies. Othello s’enfonçait dans la terreur. Disparais… Elle devait se transformer. Pars…  S’abriter dans les fonds. Les félins, il faut sauver les fél…

Une main vint s’accrocher à son bras brutalement. Le marin l’agrippa soudain. Ce fut suffisant pour la tirer de ses sombres rêveries. L’humaine prit le dessus, un peu, suffisamment pour qu’elle puisse penser à nouveau normalement. Son poigner ravie, elle dévisagea le bosco, alors, pendant quelques secondes avant de comprendre. Ses yeux devinrent méchants, brûlants, et ce fut avec les cris de Léogan abrité quelque part qu’elle pu finalement se dégager de l’emprise de cet homme - finalement protecteur - qu’elle considérait comme une menace. Elle devait à tout prix s’éloigner de la cale. Dans une situation telle que celle-ci, le léviathan aurait vite fait de l’éclater rapidement entre ses dents pointues. Et elle ne deviendrait rien d’autre qu’un tombeau flottant, une cage d’eau pour toute personne essayant de lui échapper. Réfléchit. Réfléchit… Fuir.
Un rugissement de rage lui ôta l’ouïe brutalement. Drasha, cramponné sur ses patte, fixait la bête des abysses avec une volonté sauvage de l’abattre et de se jeter à son coup. Mais cétait bien trop dangereux pour lui, il risquait de se tuer! Et Jehyel qui se débattait seule, et qui se réfugiait, sans but, sans courage derrière le tigre, crachant tant qu’elle pouvait sur le serpent, mais sans la moindre force… Othello se jeta sur son compagnon avec fureur, attrapa son visage entre ses mains de porcelaine… Son pouvoir. Il était véloce, plus rapide que le vent… Il lui fallait mettre le léopard à l’abri pendant qu’il le pouvait, qu’ils courent autant qu’il le faille pour qu’ils soient tous deux en sécurité, et qu’il évite les vagues comme il le pouvait. Il le ferait très bien… Elle le savait. De toute cette barque, il était celui qui avait le plus sa confiance. Lui soufflant ses ordres dans les oreilles, elle observa dans ces deux prunelles bleus l’éclair de la compréhension, et d’un geste, il saisit le léopard dans son immense gueule, et disparut avec elle dans les appartements du capitaine, dont la porte battait fébrilement sous le vent. Il laissa derrière lui une trainée bleue, celle de sa pierre de Sphène qui luisait habilement dans la tempête noire…

Si le poids qui pesait sur son dos s’allégea soudainement en voyant partir les deux félins. Elle aurait pu encaisser un naufrage, mais pas la mort de ses compagnons. A cette pensée, son cœur s’alarma de nouveau, s’accélérant douloureusement dans ses côtes de verres jusqu’à perdre pied: que devenaient Malo et Léogan? Elle chercha, veinement, à les retrouver dans la cohue, à les apercevoir à travers les bourrasques de vent, à saisir, au milieu de la tempête et dans la lumière brusque des éclairs, leurs silhouettes malmenés.
Mais dans la panique et la peur, elle restait aveugle. La rascasse s’était proscrit. La jeune femme s’était fermée. Et secouée un peu trop par une vague et un coup de la houle, s’était réfugiée contre un mat pour s’y accrochée, noyée dans la crainte.

Le pont n’était plus que panique, une masse floue et bruyante d’hommes qui tentaient de recréer un ordre faux au milieu du chaos de la mer. L’humain avait cette fâcheuse manie de vouloir tout contrôler, même l’incontrôlable flot et les créatures tapies au fond de l’eau. Et même quand la fatalité les rattrape et les remet au bord de leur faible condition, ils trouvent encore le moyen de se battre et de se soulever contre leur implacable infortune. Cette volonté de se croire maître de tout avait toujours mis mal à l’aise la petite dame, qui, immobile, était froissée brutalement par la houle, et dont la crinière virevoltante n’était plus qu’un rêche amas de cheveux humide collé par le sel. Mais à cet instant, face à toutes ces âmes en mouvement, brûlant ardemment de la même volonté de se battre, elle comprit que ce qu’elle avait toujours prit pour de l’hypocrisie n’était en réalité que la peur de mourir. Ces marins, cherchant dans la tempête la voix d’un chef, étaient tous comme elle: ils avaient la rage de vivre. Ils brûlaient de vaincre et d’empêcher la mort de tous.

Il ne fallait pas se perdre. Elle n’était pas une vulgaire proie… La prêtresse se souvint des profondeurs. Des fonds. Des glaces. Là où elle vécut, où elle chassa, où elle était devenue une prédatrice digne des pires sorcières. Il lui fallait se reprendre. Les marins passaient à ses côtés, fusaient dans toutes les directions pour tenter de maintenir cette bicoque droite. L’air n’était plus que cris et colère, peur, hurlements saturés et tonnerre. Le monde n’était que chaos. Quand une lueur magnifique creva brutalement l’horizon. Ses yeux ses fendirent alors.
Dans la crise de la vague, se détachant parfaitement de l’horizon noir, ils se détachaient comme l’auraient fait Soulen et Alea, l’un aussi sombre que la tempête, des cheveux noirs, battues, se frappant contre son front humide, et l’autre protégée dans ses bras, dont le crin roux était à présent retenu par un lien, et dont le corps paraissait soudain si fragile. Ensembles, et unis dans la panique, Léogan et Malona, perchés sur le pont principal. Ils semblaient se parler, ou plutôt: il semblait lui parler, alors qu’Othello, sourde à tous leurs mots, ne pouvaient pas saisir ce qu’il s’échangeait. Mais, au fond d’elle, elle était rassurée de les voir ensembles et toujours debout. Parmi tous ces pauvres gens, ils étaient des seuls dont elle redoutait la perte. Toujours enlacée dans au mat, elle se battait contre les secousses et les vagues pour rester debout. Tenter de réfléchir à un plan était plus que difficile. Mais elle se savait capable de quelques choses dans ce vacarme sans but. Le léviathan s’en était allé sous la coque.  

Comment échapper à ce monstre? Au vu de sa taille, il s’agissait d’un mâle, adulte depuis déjà bien longtemps, et chasseur en excellente condition. Ils n’en avaient vu qu’une partie, mais celle-ci atteignait déjà des hauteurs impressionnantes, montant peut-être même jusqu’à la hune. Ce n’était pas courant dans voir dans la baie: habituellement, ils restaient dans les profondeurs pour chasser. Ce n’étaient pas les eaux cimmériennes qui manquaient de ressources, Othello le savait bien pour y avoir vécu pendant quelques temps. Dans ces années de vagabondage abyssale, il ne lui avait été donné d’observer les Léviathans qu’une ou deux fois: et jamais il ne lui serait venu à l’esprit de provoquer ces monstres titanesques.
Le premier qu’elle avait croisé était une femelle, sa poche ventrale gonflée, errant dans les eaux comme un spectre. Elle ne forçait pas son mouvement, se contentant de flotter un peu au hasard des courants sous l’imposante couche de glace. Mais malgré ça, sa vitesse restait certaine, et elle ne fit que passer dans un silence de mort, ne laissant sur son passage que les craquement sournois de la banquise.
Le deuxième, en revanche, était bien plus magistral, et terrifiant. Immense, peut-être un peu plus grand que celui qui les attaquait, tranchant tout ce qu’il pouvait par sa rangée de temps. Ce jour là, le spectre abyssale s’était mis à chasser un lamantin, relativement petit, et le suivait depuis quelques heures avec sa meute. Une dizaine d’individu en bonne santé qui nageait paisiblement vers les bancs d’algues dans les eaux moins profondes. Leurs ventres étaient creux, à Drasha et elle, et il était impératif qu’elle ramène au plus vite de la viande fraîche. Mais elle n’eut pas le temps de chasser correctement. Une fois proche de sa cible, elle distingua à peine l’ombre se dessiner au loin. En un battement de cil, la gueule immense du serpent de mer se refermait déjà sur la meute, et la sirène, d’un coup de nageoire paniquée, s’était réfugiée près d’un pan de glace creux, assistant impuissante au massacre - et au festin - du monstre des mers. C’était une terrifiante créature. Et maintenant, ils en avaient un contre eux.

Nul doute qu’il ne ferait qu’une bouchée de ce bateau. La pluie faisait rage… Coincée entre son esprit qui fumait presque pour essayer de trouver une solution qui pourrait les sortir de ce mauvais pas, et son instinct qui lui répétait de fuir, Othello restait là, manipulée comme un poupon par les éléments, et trempée jusqu‘aux os par la pluie et les vagues qui dévoraient petit à petit le pont central. Mais sa garde n’était pas baissés, ses instincts encore moins. Il lui fallait…

Un main la saisit de nouveau, et elle se préparait à faire face au bosco, qui de nouveau aurait voulu la sommer de s’en aller vers la cale. Mais ce fut Léogan qui la fixa, la mine sérieuse et désolée pour des raisons qui lui échappèrent. Ce jeu dura quelques instants pendant lesquels elle le dévisagea en retour, l’expression bien loin de son visage de verre habituelle, la peau trempée, les cheveux plaqués contre le contour régulier de son visage et qui traînaient presque jusqu’au sol, les yeux perdus et crispés, comme si elle hésiter à lui bondir à la gorge ou lui demander clairement ce qu‘il voulait faire. Ce n’était ni le lieux ni le moment pour douter et avoir des états d’âme, et encore moins des remords. A présent qu’elle était là, il était hors de question pour elle de rester les bras croiser à attendre un ordre, ou une excuse penaude qui sortirait des lèvres ternes du lupin. Son visage se découpa sauvagement dans la lumière d’un éclair. Voulait-il lui intimer son plan? Il en avait un de toute évidence. Ou allait-il lui demander son aide? Mais, alors qu’elle s’imaginait un discours dur et concentré s’échapper de sa bouche, il ne s’agit finalement que d’un maigre conseil, donné sur un ton si grave et coupable qu’elle aurait pu croire à son décès imminent. Puis il disparut, se dirigeant avec le facétieux marin vers ce qu’il lui sembla les cordages du mât principal d’où régnait la hune.

Sur l’instant, elle resta figée quelques secondes, sans trop comprendre ce qu’il venait de se passer, la bouche ouverte comme une belle petite chose. Puis ses yeux s’arrondirent soudain, et se lèvres se pincèrent dans un rictus. Il venait la voir ainsi pour ça? Pas un conseil, ni même un ordre, ou l’ombre d’une explication… Ainsi le colonel voulait régler les choses seul? Un homme, un vrai, avec ses comparses masculins, aux effluves de testostérones si fortes qu’elles auraient pu envahir tout le bateau. C’était idiot. Oui, au fond, elle n’avait aucune raison de s’énerver comme cela. Mais cette phrase, cette mine déconfite dans le chaos le plus brusque, tout cela l’avait offusqué plus qu’elle n’aurait pu le dire. Elle se sentait froissée, rabaissée, un petit chiffon brisée par le vent, bon à ne prendre soin que de lui. «  Il ne voulait pas dire ça… Il ne voulait pas… » se répétait-elle alors que son sang ne faisait qu’un tour. Mais ses lèvres se pinçaient toujours plus. N’étaient-ils pas une équipe? Ne devaient-ils pas s’aider?… Dans un état nouveau, la sirène rabattit ses cheveux vers l’arrière, et jeta sa cape maintenant complètement trempée non loin d’elle, l’accrochant dans un tas de cordages qui traînait là.

Ils devaient faire… Non. Elle devait agir vite. Mais pour cela, ses talents seraient probablement plus utiles dans l’eau que sur le pont, qui secouait maintenant violement, et qui, à chaque va-et-vient, était toujours un peu plus recouvert d’eau. C’était un fantôme blanc qui tentait maintenant désespérément de rejoindre sa comparse rousse, la suivant du regard. Dans sa robe blanche déjà mouillée, elle suivait le bastingage, s’y accrochait même, et arriva à hauteur de la sindarine quand le bateau se retrouva assaillit pour la première fois. Les deux jeunes femmes se retrouvèrent à terre, Othello tombée maladroitement sur l’épaule de la demoiselle. D’une main brusque, elle se releva, faisant face à la sindarine d’un œil assuré. Ce n’était pas le moment de jouer les timides, elle devait… Un cri retentit. Et l’ombre de Léogan et de son compagnon simiesque tombèrent des cordes pour disparaître dans le noir de l’eau devant la prêtresse, terrifiée, qui observa la scène. Les aider. Maintenant.


« - Malona, Malona, j’ai besoin de votre aide… Je dois aller les aider, mais il me faut quelque chose, pour combattre, le faire fuir… » son discours était confus, hésitant entre la panique et les mots, alors que son esprit pensait trop vite. Elle hoquetait, tremblait souvent sur certains mots. «  Je vais plonger. Trouvez, dans la cale. Mes affaires. Il y a une lance noire. Il me faut la récupérer au plus vite… Mais ne la touchez pas. Surtout, pas directement… »

A ces dernières paroles, et attrapant le beau visage humide de la sindarine entre ses petits doigts tremblants, elle attendit un hochement, n’importe quoi de sa part avant de se jeter à nouveau dans la bataille de la plus vive des façons - et maladroite, il fallait dire ce qu’il était, au milieu d’un équipage d’homme. Dans ses paroles, elle faisait référence à la lance de Kron, qu’elle avait emmener par précaution dans ses affaires, comme elle le faisait à chaque fois depuis qu’elle l’avait récupéré. Maudit, bien sûr, il était néanmoins redoutable. Ses blessures ne se refermaient pas… Peut-être qu’en profitant qu’il fut occuper à la surface, elle pourrait profiter de sa situation sous l’eau pour lui infliger quelques blessures, suffisamment pour l’affaiblir, et le faire fuir… Le tuer était peine perdu. L’hybride expira nerveusement. L’idée d’envoyer Malona dans la cale ne lui faisait pas plaisir, et l’inquiétait, même. Mais il fallait faire vite. Elle priait seulement Kesha qu’elle ne la touche pas directement. Et surtout, pas longtemps…
Quittant les émeraudes ombragées de l’enflammée herboriste, elle disparut vers le pont, en face même de là où étaient tombés les deux hommes. Elle ne les avait pas vu remonter. Vite. Sans plus de penser, elle s’abandonna à son instinct. Habituellement, elle n’aimait pas se transformer devant autrui, c’était aussi dégradant qu’humiliant, que maladroit. D’un geste maladroit, elle tenta de se débarrasser de sa robe humide, s’emmêlant dans le tissu qui se plaquait contre, puis la jeta au hasard. Nue à présent, et blanche comme la lune au milieu du noir du ciel et de la marée de marins, elle scrutait le large d’un œil inquiet et responsable. Où pouvait être la bête? Dés qu’elle eut trouvé là où s’étaient échoués les deux plongeurs, elle escalada la rambarde, et se laissa plonger. Et, alors qu’elle épousa l’onde, la nudité ne la dérangea plus. Et l’ombre blanche s’illumina soudain, une silhouette brillant dans le creux des vagues. Ses jambes s’unirent douloureusement en un long appendice, ses nageoires se développèrent, ses branchies s’ouvrirent… L’humaine n’était plus. Fendant désormais les flots, une sirène de givre contemplait, replié dans des courbes somptueuse, le léviathan onduler sous le bateau.

C’était au moins une bonne nouvelle. Il ne semblait pas les avoir aperçu, et ne voulait pas se mettre à la poursuite. Les deux corps étaient à sa portée, piégés comme des mannequins dans les eaux, éclairés par les quelques éclats de lumière de chaque éclair. Impossible de savoir qui était qui… En saisissant l’un par le bras et le remontant à la surface, elle se retrouva face au visage long du marin. Replongeant immédiatement, elle parti récupérer le lupin, les laissant ensuite respirer quelques secondes.


« - Je vais vous ramener vers le bateau. Au moindre danger, allez-y seuls, j’occuperai le léviathan. »

Sans plus de cérémonie, elle les attrapa gentiment par la main, les tirant à sa suite, restant à la surface autant qu’elle pu. L’ombre du Leviathan brisait encore l’onde… Ses yeux ne voyaient plus que lui. Son cœur battait à s’en rompre.
Le serpent les attendait.


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MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Ven 3 Oct - 2:51

La vision de la Sindarin avait perdue toute netteté, et le décor environnant semblait être le ralenti d'une scène d'apocalypse. Les gens volaient autour d'elle, poussant des cris et hurlements à s'en briser la voix, les tintements des sabres et  les éclatements des canons raisonnaient dans le crâne de Malona. Sa tête vint frapper à plusieurs reprises la fargue du bateau. L'eau salée humectait sans cesse les yeux de la rouquine qui tenta d'apaiser la gène d'un revers de manche. Tout n'était que fumée, remouds et beuglements, impossible de stopper son regard sur un point fixe, de se concentrer. Elle avait à peine réalisé qu'elle était attachée d'un nœud marin, que c'était le colonel qui en avait prit l'initiative, mais les paroles qu'il y avait associé et les actions précédentes n'avaient pas percuté l'esprit de la demoiselle. Sauf une phrase « ne faites rien de stupide ». Comment ça ? Ce n'était pas dans les habitudes de la Sindarin ça...

Elle se trouva soudainement face à face avec la pâle Othello, accroupie face à elle avec un équilibre digne d'une balle sur le museau d'une otarie. Une soudaine envie de pleurer envahit Malona, car espérant trouver réconfort et douceur en ce moment de brutalité, férocité et bestialité, elle tomba face à ce regard vide et inanimé, Il était si sombre, ce brun gorgé de noir, la pupille si dilatée, impossible à percer, impossible d'y desceller la moindre émotion... Et pourtant... la belle sirène posa ses mains glaciale et embrumées sur le visage blafard de la Sindarin, et son cœur s'apaisa. On avait besoin d'elle, Othello avait besoin d'elle ! Mais... pour aider qui ? D'un air inquiète, tout en buvant les paroles de la Yorka, elle balaya la scène d'un regard, ne détectant pas Léogan, son cœur se remit à battre à s'en péter les artères ! Et un p'tit coup pour la route en croisant le regard de ce vilain et pas beau léviathan qui avait pointé le bout de son nez.

- Oh putain.... Hein ? Une lance ? Quoi ? Où ? Aaaaaaaargh ! Alors qu'elle assimila enfin toutes les circonstances environnantes, Othello avait disparu de son champ de vision,  Un élan de lucidité et de courage naquirent de par ce contact bref et soudain.  

Autant la petite rouquine était née dans l'eau, autant elle ne comptait pas y rendre l'âme ! En plus l'eau de rivière c'moins dégueu quand tu bois la tasse... m'enfin... ! Bravant la colère de la tempête (et celle du léviathan il faut l'avouer), elle se détacha de ses épais liens, et de pas de chat, elle progressa lentement vers l'entrée de la cale qu'elle distinguait à moins de cinq mètres d'elle. Au même moment, dans sa vision périphérique, elle observa un étrange phénomène...  la jeune Othello, pudique de l'âme et de la sociabilité qui... il n'en était rien de sa pudeur physique ! Comment elle pouvait trouver le temps de faire trempette à poil dans de telles condi... Les yeux de la sindarin s'exorbitèrent lorsqu'elle comprit... les aider... des hommes à la mer ? Léo ?! Entre deux bousculades, échecs d'équilibre et danse d'esquive de coups de crocs de l'animal, elle hésita entre aller aider directement la sirène qui venait de faire le grand plongeon et se faufiler dans cette cale qui prenait l'eau... Il fallait se faire confiance mutuellement... Malona avait entièrement confiance en ses compagnons de route. Léogan sous ses airs bougons , un peu brut de décoffrage et son statut d'homme politique, se cachait très certainement un grand cœur, un cœur de colonel et avant tout un cœur d'homme. Ces derniers temps il dévorait la Sindarin d'un regard de braise, un regard qu'elle n'avait jamais connu venant d'un bonhomme, c'était intriguant, gênant, et en même temps si agréable. Othello, la douce Othello, si pure et rayonnante, discrète et sereine, qui ne bronchait jamais, qui paraissait subir toutes ces affaires...
Un sentiment de culpabilité envahit alors la Sindarin... S'ils en étaient arrivés là, c'était bien de sa faute, elle a insisté pour qu'ils soient de ce voyage, parce que madame était une trouillarde, madame n'était pas capable de se démerder comme une grande fille, il fallait toujours qu'elle se fasse assister...

- IDIOTE ! Hurla t-elle, tout en balançant ses bras dans tous les sens.

A ce mot, un marin  prit le temps d'alterner son regard entre une Malona furieuse et le léviathan, interloqué, décontenancé, il haussa un sourcil avant de repartir à ses obligations.

- Répare tes conneries maintenant !

Le balancier qu'était devenu le bateau était un réel danger, moult objets contondants , transperçants et dangereux  virevoltaient à bâbord et tribord incessamment. Des planches fracassées, des éclats de canons, des cordages mais également divers matériaux indéfinissables... Le bestiau, furieux comme pas permis, donnait des coups de queue sous la coque du bateau, les coups ne venaient plus des côtés, l'équilibre était alors impossible. A un rien de parvenir à l'entrée sous marine du bateau, elle plongea à l'intérieur vaillamment. Restait à trouver où Othello avait déposé ses affaires... Les pieds dans l'eau, elle avançait avec peine, zigzaguant entre les tonneaux et les papiers, bouquins et diverses affaires personnelles. Elle se cogna la tête mainte et mainte fois contre les poutres solides des entrailles du Soledad. Elle en attrapa une et la serra  de toute ses forces, lançant un bref sanglot.

Épuisée, elle redressa la tête pour repartir à la conquête de la lance perdue et tomba nez à nez avec celle ci. C'était sans nul doute la lance en question. Elle était noire mat, complexe de par sa constitution, double lame d'un côté, l'autre embout tout aussi dangereux, mais les détails ne sautèrent pas aux yeux de Malona qui ne pensait qu'à la ramener à Othello. Elle était plantée dans un semblant de matelas et la Sindarin tenta de l'attraper sans se faire transpercer par celle ci, la faute aux vagues et au gros poisson écailleux qui faisait mumuse avec les marins là haut... Puis elle se remémora, NE PAS LA TOUCHER ! Rien autour d'elle ne pouvait l'aider, alors elle ôta, avec la même grâce qu'Othello, sa jupette, et s'en servit comme gant. Bougre que cette eau était gelée, les muscles de Malona se contractèrent puissamment et congela la rouquine un instant sur place. Puis elle se remit en chemin, en sens inverse, tant bien que mal. Elle grimpa les quelques marches qui lui permettaient de retrouver le pont du bateau. Elle tentait de se repérer dans ce brouhaha tumultueux. Le léviathan de son côté, poussait des hurlements stridents pour tenter de dégager de sa face les quelques courageux marins qui s'étaient lancés sur lui de leurs cordages.

Un nouveau coup sous la coque et Malona se vit voltiger un court instant avant de s'écraser au sol. En se relevant, elle aperçu une tache de sang se fondre rapidement dans l'eau glaciale. Elle serra les dents et baissa les yeux, le quillon de la lame avait légèrement percé l'abdomen de la Sindarin, sur une surface très maigre, mais en un rien de temps la blessure noircie et la douleur s'intensifia.
Prenant son courage à deux mains, elle avança jusqu'au bord du navire pour apercevoir Othello et lui lancer la lame en criant gare. Elle profita de l’inattention du léviathan pour lancer une échelle de cordes par dessus bord, en s'assurant qu'elle avait un point d'accroche et hurla aux deux hommes en bas de grimper. Malona aurait voulu descendre les aider, mais elle se tenait l'abdomen, affalée sur le bord du bateau, suffoquant, les cheveux mouillés collés au visage et crachant de l'eau de mer... elle tendit l'autre main vers l'échelle en fermant les yeux, espérant y rencontrer une main connue...
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Marduk Nargaroth
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Ven 3 Oct - 17:52

Ah la vie en mer, que des belles aventures, surtout lorsqu’il nous est possible de naviguer sur les mers de Cimmeria. Du moins, il s’agit de belles aventures, si on évite les tempêtes et encore pire, les monstrueuses créatures habitants les bas-fonds. Parmi les pires rencontres possibles à faire en mer il y a les très célèbres Léviathan. Il s’agit là de créature des plus brutales et sans pitié, ayant pris la vie de nombreux bon loups de mers ! Cependant, s’il y avait bien un équipage capable de résister aux attaques d’un tel monstre marin, c’était celui du Soledad ! Le trio de voyageurs avaient sans doute pris la meilleure décision possible en choisissant de voyager à bord d’une telle déesse des mers ! Enfin, la meilleure décision aurait sans doute été de demeurer les pieds sur la terre ferme, mais là il était déjà un peu trop tard afin de regretter le chemin entrepris. Oui, l’équipage du Soledad savait comment mener le combat face à une telle bête… ou du moins les hommes des navires semblaient, pour la plupart, donner l’impression de savoir ce qu’ils faisaient. Oui ces braves hommes avaient déjà su retrouver leurs postes de combats après la charmante venue surprise de la bête. Personne ne l’avait invité celui-là, mais il s’était tout de même montrer le bout du nez. Il faut dire que techniquement le Soledad est ici les intrus dans le territoire du Léviathan, mais l’égo de nos bons marins fera toujours en sortes qu’ils vous diront le contraire à ce sujet.

Parmi notre cher équipage de brave homme un peu fou, notre bosco semblait trouver le moyen de sourire face à la monstrueuse terreur qui s’était élevé devant son regard d’azure. Sans doute diriez-vous qu’il est un peu cinglé, cela est sans doute bien vrai, mais il ne faut pas oublier le métier qu’il a choisi ! Croyez-vous sincèrement qu’un homme tout à fait saint d’esprit se serait embarqué sur un cercueil ambulant ? Le métier de marin n’avaient jamais été pour les cœurs sensibles – bien que certains sont un peu poète – il faut être brave ou fou, voir un peu des deux ! Parfois, il est un peu difficile de distinguer la bravoure et la folie chez ce genre d’hommes, une chose est certaine, notre bosco semble préféré approcher le danger avec un sourire aux lèvres ! Certes, d’abord en bon gentleman qu’il était, celui-ci c’était d’abord assuré que la magnifique demoiselle qu’il avait abordé un instant plus tôt était en sécurité, ou du moins autant en sécurité qu’il était possible pour ces pauvres gens.

Dans ce chaos, le capitaine hurlait ses ordres hauts et forts, les canonniers étaient à leur postent et tentaient tant bien que de mal à atteindre la dangereuse cible. Ce monstre ne semblait toutefois pas bien coopératif. Il faut dire que même les plus terribles créatures ne vont pas se placer de façon volontaire devant des boulets de cannons. D’un côté du navire, la queue du Léviathan fouettaient les eaux glacées, créant d’énormes vagues. Nul être vivant à bord du navire était sec et c’est sans doute par un miracle des dieux que la Sainte-Barbe était encore au sec, sinon ont dit au revoir aux canons et une chance de survivre. La créature des mers dansait une danse des plus mortels, certes notre bosco n’avait point pris le temps de faire le compte, mais déjà quelques-uns de ses confrères avaient goutés aux eaux glacées, voir même à la mort. Enfin, là n’était point le moment de songer à de telles choses! Le bosco écouta alors les paroles de marin d’eau douce qui accompagnait les deux dames, il écoutait son idée une peu folle! Oui, c’était de la folie, sans aucun doute… mais face à une telle folie, notre marin ne put s’empêcher d’afficher à travers sa barbe un sourire amusé et d’accepter l’idée.

Jouer le guide pendant une tempête et une attaque du Léviathan, montrer à ce rat de cale les cordes ! Pourquoi pas? Tel un singe habile, sans véritable difficulté malgré le navire qui tremblait sous les attaques de la bête, celui-ci arrivait à grimper sur les haubans. Il connaissait se navire mieux qu’il connaissait le fond de ses poches, Approchant la première vergue du mât, notre loup de mer se mis à jurer contre le Léviathan qui venait de claquer des dents tout prêt de la beauté des mers qu’était le Soledad.

‘’Tonnerre de Brest ! Va donc étouffe toi sur ta langue sale cul rouge!’’ Avait-il d’abord hurlé, suivis de d’autres paroles des plus fleuris ! Oui les hommes de son espèce possèdent un langage parfois bien coloré, remplis de termes dont la plupart des parents préfèrent que leurs enfants n’attendent jamais.

Le bosco s’était alors retourner vers le marin d’eau douce qui l’accompagnait tout en haut puis il hurla :
‘’Allez espèce de rat de cale! Non mais est-ce que t’attend que le Léviathan t’invite à diner !?’’
Cela ne fut que le début de quelques insultes lancés au marin d’eau douce qu’était le Sindarin, d’autres étaient pour la terreur de mer ! Ce cher marin était bien mouillé, mais ne semblait point craindre le froid! Sur ses lèvres, un sourire d’un homme complètement fou s’affichait, il riait même parfois alors que le navire tremblait dans le vent.

Le Léviathan évitait le boulet de canon et émettait un puissant cri des plus stridents qui pouvait presque vous défoncer les tympans des hommes et femmes à bords. Au-dessus de lui, les cieux ce déchaînaient et la mer gelée de Cimmeria attendaient les malheureux qui allaient y tomber. Ses dents claquèrent alors qu’il s’en prit à un pauvre homme. Un confère de perdus pour les marins. Se dressant devant le navire, il s’apprêtait à s’écraser sur le navire, mais les nombreux coups de feu des canons avaient su faire dévier sa trajectoire. S’écrasant de tout son corps sur l’eau, une puissante vague envahis alors le navire touchant presqu’au haut du mât. Durant un moment, la créature n’était plus visible, mais tout être à bord du Soledad savaient que cela n’était pas la fin… non… car sous eux la terreur était toujours présente. Un moment de calme ? Non… il ne s’agissait que d’un sinistre interlude avant la seconde scène. Puis le navire ce mit alors à trembler à nouveau alors que le corps de la bête s’y avait frotté à nouveau, Un coup de tête sur la coque afin d’y faire prendre l’eau, la monstre marin refit alors surface à tribord le regard remplis de colère.
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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Dim 5 Oct - 20:59

Léogan ouvrit sous l'eau des yeux pleins d'horreur. Des souvenirs de naufrage se bousculaient sporadiquement dans sa cervelle et tout à coup, son corps décida qu'il ne pouvait plus tenir une seconde de plus en apnée. Il eut un grand hoquet et inhala de l'eau à pleins poumons. Il s'étouffa, toussa pour recracher et avala plus d'eau encore. Peu à peu, ses membres endoloris par le froid mordant de la mer cimmérienne s'engourdirent et il perdit conscience d'eux un à un. Un poids insupportable pesait dans sa poitrine alors que son crâne lui donnait l'impression de se vider peu à peu de sa substance. Il n'y avait rien autour de lui, que des eaux noires et de brefs éclairs de lumière de temps à autre qui vrillaient douloureusement ses rétines. Sa tête basculait en arrière et il goûta à une ivresse funeste. Il n'entendait plus rien. Il n'y avait plus qu'un vide épais et silencieux et lui qui se sentait plus flou et plus léger, plus serein, à mesure qu'il sombrait au fond de l'océan.
Et puis, doucement, une lumière diffuse vint chatouiller ses cils plissés par les courants et refermés par le sel. Il n'eut pas la force – ni la volonté – de les ouvrir, il sentit seulement une main se refermer sur son manteau et une poigne solide le tirer à la surface.

L'air glacial eut sur lui l'effet d'un choc électrique. Il ouvrit grands ses yeux et toussa à en cracher ses poumons, jusqu'à pouvoir les remplir largement d'oxygène. Malmené par les vagues, le regard encore voilé par des ombres qui se dissipaient peu à peu, il réussit à voir près de lui Othello. Rapidement, il la devina nue sous le simple apparat de ses longs cheveux nacrés, qui lui faisaient une robe duveteuse et scintillante dans l'obscurité. Il s'en étouffa encore plus et écarquilla les yeux de stupeur.
Quand elle parla, il la comprit à peine. Il prit sa tête entre ses mains pour en ressentir à nouveau le poids obsédant et plaquer ses cheveux épais en arrière pour y voir un peu plus clair. Il remarqua alors que le bosco avait été repêché lui aussi et qu'il recrachait également de l'eau de son côté. Finalement, Othello les prit tous deux par la main, avec la douceur qui lui était habituelle, et quand elle les entraîna derrière elle, Léogan discerna dans l'obscurité, à la place des deux jambes de la prêtresse, une queue de poisson irisée de lumières qu'elle faisait battre adroitement dans les ondes. Il mit quelque temps à réaliser ce que cela signifiait et ne put que s'accrocher aux planches du bateau au moment où ils le rejoignirent enfin pour considérer Othello lucidement.
Les sourcils arqués de surprise, un rictus sur les lèvres, il ne parvint qu'à aligner deux mots stupides.

« Ça alors. »

Il ricana chaotiquement entre deux convulsions et parvint peu à peu à se calmer.

« Mais dites-moi donc, vous êtes pleine de surprises. » lança-t-il, d'un ton délibérément provocateur.

C'était l'eau de mer, sans doute. Et la température insupportable. Ça le rendait désagréable sans raison. Il sourit mystérieusement, sans laisser comprendre à la sirène ce qu'il entendait par là, et ce fut à cet instant que la voix de Malona cria, un peu plus haut, et qu'Othello put attraper une lance noire, dont il devina immédiatement la prochaine utilité.
Son sourire goguenard s'effaça et il blêmit peu à peu.

« Attendez. » dit-il soudain, en attrapant la jeune fille par l'épaule.

Une corde plongea également dans l'eau trouble à ses côtés et il la considéra d'un œil perplexe. Il avait compris, depuis la veille, qu'Othello n'avait jamais suivi que les ordres qu'on lui avait donnés, et il avait pris parti au même moment de ne lui donner aucune instruction, ni aucune considération si elle ne prenait pas ce genre d'initiatives plus souvent et par elle-même. Après tout, il avait découvert depuis longtemps qu'on ne réalisait le plein potentiel, la force et l'intelligence des gens qu'en les indignant et en révoltant leur amour propre. Il était encore un peu tôt pour lui adresser ses sincères félicitations (en fait, il était probable qu'il ne les lui communique jamais, ce n'était pas son genre), mais ce n'était pas pour autant qu'il se sentait aussitôt libéré de son devoir à son égard.
Pourtant quelque chose lui disait qu'il n'avait pas le choix. Il était parfaitement inutile au milieu de l'océan, où Othello elle-même trouvait l'apogée de son pouvoir.

« Mais ce n'est pas parce que nos chemins se séparent que nous ne combattons plus sur le même champ de bataille, marmonna-t-il, un peu pour Othello, surtout pour lui même, avant de reprendre tout à fait ses esprits. C'était idiot, ce que j'ai fait tout à l'heure, mais vous n'arriverez sûrement pas à bout de ce monstre toute seule avec ce cure-dent. Écoutez. Je sais maîtriser la foudre et rediriger les éclairs. Je voulais monter jusqu'à la hune pour griller cette anguille sans risquer de mettre le feu au bateau. Je vais retenter de prendre de la hauteur. Si ce que vous comptez faire ne suffit pas à le terrasser, la tempête pourra peut-être le renvoyer dans les profondeurs. Observez la mâture. Si vous m'y voyez, faites-moi signe d'une façon ou d'une autre pour m'indiquer comment agir et à quel moment. Et rejoignez les bas-fonds ensuite, sans quoi vous y passerez aussi... Et... Et j'aurais sans doute rendez-vous demain en cour martiale. » railla-t-il, en soulevant un sourcil amusé.

Il lui sourit avec une chaleur bizarre et inhabituelle et finit par attraper la corde qu'on leur avait lancée depuis le bateau.

« Hé. » rattrapa-t-il Othello, avant de plonger son regard dans ses yeux d'une opacité étrange.

Il réfléchit un instant à une formule d'encouragement qu'un bon militaire aurait trouvée naturellement dans ces circonstances, mais il ne rencontra qu'un vide stérile et exaspérant dans son esprit, tandis qu'il observait le visage impassible de la jeune fille.

« ...bonne chance. » décida-t-il, en grimaçant d'insatisfaction.

Alors il se détourna lui-même avec gêne, ses cheveux noirs et mouillés glissant désagréablement dans sa nuque, et il commença à grimper à la corde dans un effort qui lui parut presque surhumain. Il avait l'impression que le froid glacial de l'océan avait raidi et pétrifié ses muscles, il peinait même à refermer ses doigts et ses vêtements, alourdis, imbibés d'eau, le tiraient vers le bas. Mais enfin, il réussit à s'agripper au bastingage très péniblement et à se hisser comme s'il pesait trois fois son poids habituel. Étourdi et épuisé, il tituba en peu sur le pont et s'appuya à la première chose qu'il trouva sous sa main pour ne pas tomber à genoux. Le front entre ses mains, il parvint au milieu de sa confusion à reconnaître Malona qui se tenait tout près de lui, prostrée sur elle-même, à moitié nue – décidément.
Quand il retrouva toute l'acuité de ses sens, qu'il flaira l'odeur du sang et qu'il la reconnut, il frissonna de terreur et s'arrêta tout à coup devant la rouquine.

« Malona ? Malona, par les dieux, c'est le coup classique, on vous perd de vue un instant et vous réussissez à vous... Dans quel état vous vous êtes mise ? »

Léogan, transi de froid, trempé jusqu'aux os, attrapa vivement la jeune femme par les épaules afin de la soutenir et son regard descendit avec horreur sur son abdomen qui présentait une large plaie noirâtre et sanglante. Il frissonna de panique. Malona, elle, souffrait si terriblement qu'elle n'en tenait plus sur ses jambes. Léogan prit son visage ravagé par le sel et les larmes entre ses mains et la regarda dans les yeux avec aplomb, pour lui donner au moins un point d'ancrage dans le tumulte qu'elle vivait. Puis, d'un geste fluide, il passa une main dans le dos de la rouquine, un bras derrière ses genoux, et il la souleva sans grand peine, malgré la houle – elle ne pesait pas bien lourd. Mais quand il fit un pas sur le pont instable, il réalisa que la tâche ne serait pas aussi évidente qu'il se l'était figurée. Il trébucha un peu mais réussit miraculeusement à garder son équilibre, en crachant une bordée de jurons fleuris. Il serra Malona contre sa poitrine pour sécuriser son étreinte. La peau nue de la jeune femme était ruisselante, elle lui glissait entre les doigts.
Bon sang, Léo, comment tu t'es encore fourré dans ce pétrin ? Qu'est-ce que tu fabriques?
Il préférait penser que la chaleur qui s'alliait à l'angoisse au fond de son ventre pour lui nouer les tripes était l'effet d'un coup de panique et d'adrénaline plutôt que d'envisager une seule seconde que Malona en fût la cause. Il prit une profonde inspiration et pivota sur lui-même pour trouver une solution de repli, un pied-à-terre, une idée quelconque, et aperçut à travers le déluge de pluie la porte des quartiers du capitaine. Un éclair d'intelligence passa dans ses yeux luisants. Oui.
Alors, il chercha le bosco du regard, égaré dans la tempête, avant de le trouver derrière lui, penché par-dessus le bastingage – il dégagea ses cheveux de son visage d'un mouvement agacé de la tête et invectiva le type d'une voix puissante.

« Eh, vous, machin ! Oui, c'est ça, là, vous ! Trouvez-moi un médecin de bord, un type, n'importe quoi, elle a besoin de soin ! Mais BOUGEZ-VOUS, bordel ! C'est urgent, vous entendez ? »

Allez, du sang-froid, mon vieux. On continue sans faiblir.
Léogan prit une profonde inspiration et avança sous la pluie, d'un pas aussi rapide que la prudence le lui permettait, courbé contre Malona pour la protéger des intempéries. Bousculé de toute part par les marins qui couraient dans un désordre organisé pour sauver leurs vies, Léogan leur rendit brutalement leurs coups d'épaules et progressa inexorablement sur le pont noyé qui basculait chaotiquement sur les flots. Quand il arriva devant la cabine du capitaine, il eut l'impression d'émerger une nouvelle fois des eaux glaciales. Il s'ébroua agressivement et envoya un violent coup de pied dans la porte, qui s'ouvrit à la volée.
Un torrent d'eau de mer et de pluie dégorgea dans les escaliers qui descendaient jusqu'à la cabine. Léogan resta figé de stupeur devant la cascade qu'il s'apprêtait à devoir franchir et, dans sa faiblesse, cracha un « putain de saloperie » bien senti. Il entra précautionneusement dans la noirceur épaisse de la cabine et tenta tant bien que mal de refermer la porte d'un autre coup de pied, pour limiter l'inondation. Serrant Malona contre lui, l'odorat obsédé par l'odeur âcre et angoissante de son sang, il s'adossa de tout son poids sur la porte et elle finit par se refermer.
Il pataugea un peu sur le palier, soupira un peu et posa une botte sur la première marche. Ses chaussures étaient alourdies par leur séjour dans les eaux, son manteau lui-même pesait lourd, et la jeune femme, entre ses bras, devenait de plus en plus difficile à porter. Il serra les dents et descendit lentement les escaliers. Il faisait sombre. Il suffit d'un simple petit déséquilibre pour le faire glisser et il dévala le reste des marches dans un enchaînement d'acrobaties improbables.

Étonné de se retrouver campé sur ses deux pieds dans la cabine du capitaine, éclairée par une petite fenêtre qui donnait sur l'orage noir qui se déchaînait dehors, il haleta un peu, gonfla ses poumons et repéra à la fois les deux félins d'Othello, qui avaient trouvé refuge là et qui se lovaient dans un coin de ténèbres en grognant, et la couchette du capitaine.
Il avança et y déposa précautionneusement Malona, avant de se débarrasser agressivement de son manteau devenu trop lourd à porter et de ses gants qu'il coinça à sa ceinture. Les tatouages de ses mains luisaient d'un éclat noir et profond, sous l'eau ruisselante. Il essora un peu sa tunique et se pencha finalement sur le corps de la jeune fille, en respirant à grands à coups. La plaie était à l'abdomen. Il se pinça les lèvres avec ennui.

« Je suis désolé, Malona. » souffla-t-il, hâtivement.

Et puis il commença à déboutonner lestement la seule tenue qui restait à la rouquine, pour dégager la blessure noirâtre qui saignait abondamment. Il l'examina avec une profonde inspiration destinée à garder son sang-froid, et déposa une couverture sur les jambes nues de la jeune femme avant de se mettre à la tâche.

Ces gestes, il les avait vus faire des centaines de fois. Il n'avait pas les mains d'un guérisseur, ses connaissances en matière de médecine s'arrêtaient à cinquante ans d'observation désintéressée au temple de Kesha et aux théories qu'il avait à peine écoutées quand les prêtresses en discutaient autour de lui – et dieux, comme il le regrettait aujourd'hui. Abruti inconscient. Bon à rien, débile, clampin. Il tremblait légèrement, son esprit était confus, mais ses doigts œuvraient avec une efficacité militaire méthodique. La respiration de la jeune femme était faible et saccadée. Il lui prit le pouls pour mesurer ses constantes – puis il serra sa main dans la sienne pour lui transmettre un peu de courage. Ce qu'il s'apprêtait à faire serait certainement très douloureux. Il déglutit et posa ses mains sur le ventre de Malona afin de presser la plaie. Il comprima la chair à vif, appuyant puissamment sur son abdomen pour stopper l'hémorragie. D'épais flots de sang jaillirent entre ses doigts pendant quelques secondes et il attendit que les tissus dégorgent avec angoisse, réalisant peu à peu la situation. Il finit par cesser de juguler l'afflux de sang et se redressa lentement.
L'hémorragie ne s'arrêtait pas. Merde, merde, merde.
Il expira longuement et ferma les yeux pour retrouver son calme.

« Malona, lui annonça-t-il d'une voix grave, en rouvrant les yeux et en faisant peser sur elle un regard terriblement sérieux. Essayez de vous maîtriser. Il faut absolument que vous restiez immobile. »

Qu'est-ce qu'Irina aurait fait dans un cas comme ça ? Bon sang, mais ce n'est vraiment pas le moment, espèce de pauvre demeuré.
Il essuya nerveusement ses mains sanguinolentes sur sa tunique trempée et regarda autour de lui. Il n'y avait plus qu'à pratiquer le système D. Tirer parti de n'importe quoi, improviser, avoir une idée de génie, tout de suite, maintenant, si c'était possible. D'un geste vif, il attrapa un drap sec qui traînait sur un coin de la couche du capitaine et le déchira expéditivement. Il épongea le corps maculé de sang de Malona à l'aide d'un des morceaux de tissu et se désespéra de ne voir autour de lui que quelques vieilles bouteilles d'alcool qui roulaient dans la cabine, et rien qui fût susceptible de laver ou de désinfecter la plaie. Mais il n'avait plus de temps pour chercher dans les placards des fioles dont il ne saurait même pas reconnaître l'utilité. Il déchira le morceau propre du drap en bandes larges et commença à garrotter l'abdomen de Malona, pour au moins protéger la blessure des agressions extérieures.
Le tissu rougissait à mesure qu'il tentait d'en faire un pansement de fortune et lui faisait de son mieux pour ne pas paniquer – pourquoi ça saignait encore à flots continus, merde ?! Couvert de sang, les yeux encore pleins d'iode, il attacha solidement son bandage, et ce fut à cet instant qu'un homme fit irruption dans la cabine, après avoir savamment glissé dans l'escalier inondé.
Léogan releva sauvagement la tête.

« C'est pas trop tôt ! vociféra-t-il. Vous êtes médecin ?
– Plus ou moins, oui, rétorqua l'homme, à bout de souffle.
– Ça n'arrête pas de saigner ! » s'exclama Léogan, les mains crispées sur le ventre rougissant de Malona recouvert de son pansement de pacotille.

Le médecin de bord – le type, quel que fût sa vraie profession – avança d'un pas claudiquant vers la couche et se pencha au-dessus de Malona d'un air très soucieux.

« Vous avez compressé ?
– Bien sûr que j'ai compressé ! »

Un long gémissement vibra lugubrement dans l'air – un cri de bois brisé, de toile écartelée et de métal qu'on comprime et qui crisse. Léogan frémit de terreur. Et tout à coup, le bateau se renversa. Le médecin perdit l'équilibre et bascula en arrière, Léogan tomba sur les genoux et s'accrocha de toutes ses forces à la couche de Malona, à demi-allongé sur sa poitrine, un bras étendu sur ses cuisses pour l'empêcher de tomber et d'aggraver ses blessures. Il serra les dents, le visage enfoui dans les cheveux roux et mouillés de la jeune femme, et banda ses muscles pendant un instant qui lui sembla être une éternité. Par miracle, après ce long moment de vertige, il sembla que le bateau réussit à retrouver une certaine ligne de flottaison. Léogan relâcha Malona, au bord de la nausée, et se retourna vers le médecin, qui émergeait d'un tas de malles ouvertes et se redressait vaillamment sur ses pieds.
Il rejoignit la couche de sa patiente en boitant et souleva un peu les bandages avec une grimace ennuyée. Puis, marmonnant pour lui-même, il ouvrit quelques placards et en sortit de vieux flacons poussiéreux, avant de repousser fermement Léogan et de se mettre à l'ouvrage. Les mains crispées sur sa nuque, le Sindarin le regarda fouiller dans un sac en cuir qu'il portait à la taille et y trouver quelques aiguilles, ainsi que du fil textile.

« Ça ne coagule pas, maugréa le médecin, faut suturer. Faut suturer.
– Mais enfin, vous n'avez pas de magie de soin ?
– Non, malheureusement, tout ce que je peux faire, c'est calmer la douleur. »

Léogan marcha de long en large dans la cabine comme un lion en cage et réfléchit à toute allure. La seule personne qui à sa connaissance pouvait sauver Malona avait plongé dans la mer bouillonnante pour combattre le Léviathan – Othello était une prêtresse de Cimméria, elle avait probablement à sa disposition une puissante magie de soin, d'autant qu'elle était tout de même l'apprentie d'Irina, qui jusqu'à preuve du contraire était le meilleur médecin du continent. Une bouffée d'amertume monta dans la gorge de Léogan.
La meilleure manière de garder Malona en vie, c'était encore d'aider la sirène à tuer le monstre marin et la faire remonter à bord aussi rapidement que possible. Il n'était d'aucune utilité à personne, ici.
Alors il s'approcha de la couchette de la blessée et posa une main chaude sur son front humide, pour balayer quelques mèches rousses de son regard fiévreux. Son ventre se noua douloureusement. Il tenta de lui sourire avec assurance, mais le résultat – il le sentait – ne devait pas être très convaincant.

« Tenez bon. Vous vous en sortirez, je vais tenter de retrouver Othello et de l'amener à vous. Elle sera en mesure de vous sauver.
– Qu'est-ce que ça veut dire, ça, vous n'avez pas confiance en mes compétences ? s'insurgea le médecin. C'est pas une blessure ordinaire, d'accord, mais...
– Vous, feula Léogan en attrapant son vis-à-vis par le col, vous la bouclez, et vous la gardez en vie, je suis assez clair ? »

Il le relâcha d'un air furibond et tourna aussitôt les talons pour remonter les escaliers quatre à quatre. Quand il ouvrit la porte, la tempête et la mer vomirent encore leurs eaux dans l'escalier et il dut lutter, jurant entre ses dents avec hargne, pour sortir finalement de la cabine et la refermer derrière lui. L'orage l'emporta à nouveau et avançant dans le vent et la pluie parmi les marins, il se prit à regretter la chaleur noire et étouffante de la cabine du capitaine. Il parvint jusqu'au bastingage où il se pencha désespérément pour tenter d'apercevoir Othello à travers les eaux sombres et troubles.
Veenboer, toujours à la barre, beuglait des invectives à tous ses hommes et ordonnait d'une voix tonitruante qu'on trouvât le charpentier du navire pour limiter une voie d'eau dans la cale. Le bosco, lui, était introuvable dans le tumulte. Léogan pesta entre ses dents, s'essuya les yeux et leva un regard noir sur le Léviathan, qui avait apparemment décidé d'assaillir le navire à tribord, cette fois-ci.
Pas le temps de tergiverser.

Léogan renfila ses gants, saisit un bout qu'un malheureux avait dû laisser derrière lui, le détacha du bastingage et, prévoyant cette fois-ci, le noua solidement autour de sa taille. La bateau chavirait de tous les côtés, mais il ne perdit pas sa détermination. D'un bond leste, il s'agrippa de nouveau aux haubans et recommença à grimper avec un entêtement aveugle.
Monter jusqu'à la hune avec une houle pareille, c'était sans doute de la folie furieuse – en fait, c'était irréalisable, et il se demandait encore pourquoi ce diable de bosco l'avait laissé faire sans reproche, et l'avait même aidé dans une entreprise aussi absurde. Atteindre la première vergue et ramper jusqu'au bout serait peut-être suffisant pour rediriger un éclair sans mettre le feu au bateau, et si le navire chavirait à nouveau, il aurait tout le loisir de se retenir à la voile. Il ne s'agissait que de suivre la même route que son compagnon avait choisie tout à l'heure.

« C'est la dernière fois que je choisis de prendre mes vacances en mer, maugréa-t-il, d'une voix éraillée. Quand est-ce que je finirai par me la couler douce un jour, moi ? Dans le sud, au soleil, avec une pipe à eau, tout seul, peinard, la porte bien fermée aux emmerdeurs... Mais non ! On est tellement bien à Cimméria par moins quarante à ramper sur des saloperies de haubans trempés ! »

Sans son manteau encombrant qu'il avait laissé dans la cabine du capitaine, la tunique plaquée contre le corps, il se transissait de froid, ses mains peinaient à se refermer sur les cordages et ses bottes pleines d'eau y glissaient en l'entraînant de tout leur poids dans le vide. Bien accroché aux haubans, le visage giflé par le vent salé, il ferma douloureusement les yeux et se débarrassa de ses chaussures et de ses chaussettes par de grands mouvements de pieds plus brutaux qu'habiles. Soulagé, il parvint à grimper plus lestement sur les haubans et se hissa sur la première vergue, le cœur battant à la chamade.
Exposé à la violence des intempéries, il tenta de repérer Othello au milieu des vagues et des flots écumants, mais il ne la vit pas. Il serait bientôt à son poste, il fallait qu'elle gagnât les bas-fonds au plus vite. La gorge nouée, il s'accrocha comme un chat trempé à la vergue et rampa comme il le put pour rejoindre son extrémité, en s'écorchant les pieds sur le bois abîmé et, toujours à la limite de s'écraser sur le pont, en s'empêtrant les jambes dans la voile. Enfin, ses mains se cognèrent à la limite de la vergue et une bouffée d'euphorie envahit sa poitrine. Il lâcha un petit rire nerveux. Ses mains bleuies par le froid, dans ses gants, attachèrent férocement au gréement le bout qu'il avait noué autour de sa taille et il se redressa péniblement au-dessus du vide.
Bon, cette fois-ci, mon petit Léo, c'est la bonne. Ne lâche rien.
Ses yeux se fixèrent sur les stratus noirs et chargés d'électricité qui s'affrontaient au dessus de la mer et il y trouva une familiarité bizarrement réconfortante. Il ôta méthodiquement ses gants de cuir, qu'il coinça à sa ceinture, et ferma les yeux de moitié. Une profonde inspiration, et le vent s'engouffra violemment dans ses poumons. Il tendit lentement une main vers le ciel. Ses doigts crépitèrent d'une énergie magnétique irrésistible.  
Oh, il détestait cette magie au moins autant qu'il se détestait lui-même.


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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Jeu 9 Oct - 15:56

Les reflets vibrants, d’un bleu électrique, luisant, était la seule chose qui agitait les flots. Sous les vagues sombres, le monde du silence régnait de nouveau. Les cris étaient morts. Le tonnerre étouffé. Le crachin abominable de la pluie n’avait plus effet sous la surface grise, et le froid n’était plus qu’une agréable couverture, qui enveloppait de ses dents de glace tout corps y plongeant. Les déferlantes, la force des vagues qui s’abattaient, qui martelaient sur le pauvre Soledad n’avaient plus lieux d’être. Cet abysse, cette obscurité… C’était le néant. Le vide. Plongez dans l’océan et vous pénétrerez un monde de rien.
Dans l’esprit de la sirène, au milieu d’un chaos palpable, une paix aussi violente que soudaine s’était révélée. C’était un calme presque mystique, le rayon de soleil qui vient percer la croûte de nuage noire après un orage tonitruant. Et, les deux hommes aux mains, guidés comme deux enfants perdus, elle naviguait, bercé par le charme létal de ces écailles turquoises, qui se révélaient dans toute leur immensité venimeuse. Comme-ci, pour un instant, une minute peut-être, elle se retrouvait seule, perdue, et qu’elle pouvait, pourquoi pas, plonger encore plus jusqu’au plafond de la mer et y caresser les étoiles.

Mais elle n’était pas seule. Dans ses mains se trouvaient deux vies, deux êtres qui ne demandaient qu’à quitter le froid, qu’à retrouver un semblant de terre, de chaleur, et de sécurité, alors que la bête des profondeurs les assiégeait avec une virulence sans pareille. Le monde n’était pas silence. Il n’était pas chaleur et réconfort. Elle leva les yeux. A présent, il n’était que douleur. Ses oreilles palmées lui transmettaient les bruits saccadés des deux hommes en peine, encore en train de se battre avec l’eau de mer qui avait souillé leur poumon. Bien qu’humaine en grande partie, elle n’avait pas la notion de la noyade, ni celle du combat qu’un être pouvait menait contre le liquide qui tentait de couler le long de sa gorge. Elle n’avait aucune idée du temps qu’ils avaient pu passer dans l’eau. Deux, trois minutes ? Pour elle, ça ne représentait rien, quelques secondes de vie en moins tout au plus. Mais pour ces pauvres hères trempés, c’était peut-être tout une éternité qu’ils avaient pu passer dans les griffes de l’eau, l’étau violent de la pression, et la sensation brûlante du sel qui inonde la peau et la frotte comme du papier de ver. Leur torture lui était inconnue. Pourtant, chacun de leur râle acide lui rappelait la cruauté des flots. Chacune de leur toux était une aiguille de plus qui piquait son cœur marin. Et les entendre s’époumoner ne la laissait pas impassible… Ce qui l’étonna presque.

La coque du navire était à leur vue à tous. Léogan semblait perdu, désorienté. Cela n’avait rien d’étonnant au fond. Fraîchement sorti de l’onde noir, le visage battu par une pluie incessante. Le regard jadis noir rempli d’une eau lourde, rougie, déboussolé, encore sous un choque certain. Il avait néanmoins eut le réflexe de se rabattre la crinière vers l’arrière de sa tête encore un peu tombante, alors que le bosquo, à ses côtés, n’était pas plus brillant. Se remettant à l’évidence, l’ondine s’aperçut que quelque secondes de plus dans ce noir abyssal aurait probablement suffit à les suffoquer tous les deux… Et la mer aurait récupérer deux de ses enfants. Cette pensée illumina quelques instants la demoiselle, déjà auréolée de ses cheveux de lune. Le lupin n’avait jamais eut une place d’importance dans son cœur de givre et pourtant… Le voir en vie la ravissait, autant qu’elle ne pouvait oublié la jolie rouquine qui se démenait sur le pont, ou même dans les profondeurs du bateau à l’heure qu’il était. L’idée qu’elle fut mise à mal par les entrailles de ce monstre de bois la terrifiait, et était loin de l’enthousiasmer. Etait-elle en bonne santé ? Avait-elle trouvé la lance ?... Cet artefact maudit, fait qu’elle ne l’eut pas touché. Un goût amer envahit le fond de sa gorge, alors qu’ils touchaient finalement à la coque, le bois noir franchement entamé par un mauvais coup de dent de la bête. Un amas de bois humide flottait désormais, adroit rescapé des vagues, et suffisant pour que les deux passagers s’y réfugient quelques secondes.

Le lupin ne s’attarda pas pour en saisir un et s’y raccrocher tant bien que mal, dans sa chemise trempé qu’il transportait dans son sillage, tel un nuage vaporeux qui le suivait comme un fantôme. Il se retourna vers elle, lâchant deux mots qu’elle eut du mal à discerner dans le trouble. Le visage interdit, elle le fixa droitement le temps qu’il lâche sa formule de surprise. Son sourire se tordit alors dans une courbe étrange et surprenante, qu’elle prit presque pou de la démence dans la lumière des éclairs, alors que le tonnerre étouffait un peu son ricanement nerveux. Ca ne pouvait être que sa surprise… Sa réaction fut sans appel, et plongea Othello dans une perplexité froide, alors qu’il la regardait, son machiavélique sourire aux lèvres. Cette fois-ci, la sirène choisit délibérément de ne pas le comprendre, et encore moins d’essayer de le saisir. Dans cette guerre entre l’homme et la nature, ils n’avaient pas besoin d’un autre élément pensant, un animal faisait parfaitement l’affaire. Et, il fallait l’admettre, elle trouvait dans ce chaos monstrueux l’excuse parfaite pour se débarrasser de tous sentiments humains. Le froid et la distance étaient tout ce qui pouvait lui convenir, et elle n’avait guère besoin de plus pour mener son plan à exécution.
Son œil était sombre, et finalement, une corde jetée attira son attention ailleurs, la détournant suffisamment pour qu’elle oublie ce sourire illisible. Appuyés sur le bastingage, les cheveux piégés dans la houle, le corps gracile de Malona se tourna vers eux. Le cœur de la sirène se libéra alors immédiatement dès qu’elle aperçue la lance dans sa main, habilement protégée par un linge qui empêchait la sindarine de toucher le métal maudit. Mais… était-ce ses yeux qui la trompaient ou sa peau déjà laiteuse était pâle ? Même blanche ? La rousse avait l’air blafarde, même livide… Non, ce devait être la lumière des éclairs qui jouait avec sa carnation. Son torse se serra. Elle n’avait pas pu… Elle mordit alors sa lèvre, jusqu’au sang, comprenant que derrière le bois sombre, et sous son air brave, la demoiselle souffrait.

S’en était trop… Sous sa crinière léonine, la sirène se mit à bouillonner nerveusement, à crépiter comme un feu. C’était peut-être les premiers effets du métal… Mais elle brûlait d’une envie de vengeance, de bataille. Ce léviathan devenait un source de haine qui ne faisait que croître, à chaque seconde. Sa peau s’hérissait de frisson glacial, alors qu’elle ne sentait pas le froid. Ses yeux devinrent plus noir que le charbon et la suie, et son air de porcelaine se tordit dans un rictus animal. Dans un geste crispé, elle ferma sa paume autour du métal et s’apprêta à retrouver les abysse pour en finir définitivement avec le serpent monstrueux.
Quand une main s’abattit sur son épaule. Contre toute attente, c’était Léogan qui lui demanda de rester, quelques instants supplémentaires, alors que le bosquo s’élevait déjà vers le bateau. Et plus surprenant encore, ses lèvres s’entrouvrirent pour déverser plus de paroles qu’elle n’avait jamais reçu de sa part, et qui tétanisa presque l’hybride entre les ondes. Ce n’était certainement pas dans ce temps de trouble qu’elle s’attendait à recevoir un message moralisateur, ou encore moins un plan de bataille. Mais pour une raison qu’elle ignora – et qu’elle ignorera pendant encore longtemps sûrement – elle se sentit soulagée. Reconnaissante. Pour la première fois depuis leur départ, il lui laissait entrevoir l’impression de faire partie d’une équipe sans en être la roue de secours. Un sourire effacé passa sur ses lèvres jusqu’à ce qu’il lui confie son dernier encouragement.


« - Que Kesha soit avec vous… » Finit-elle par répondre, avant de disparaître sous les carcasses de planches.

Et le tumulte se tue de nouveau pour redevenir silence. D’un habile coup de nageoire, elle s’envola sous la coque pou s’attarder contre une planche rugueuse où elle posa sa main. Le plan du Tempétueux était ingénieux. Utiliser la calamité à leur avantage, voilà qui sonnait parfaitement bien. Un sourire grinçant passa quelques secondes sur son visage de poisson. Cela ressemblait presque à un plan d’assassin : simple, rapide et efficace. Cette manipulation des éclairs tombait à pic. Alors, jusqu’à ce qu’il arrive à accomplir son plan, le mieux qu’elle puisse faire sera d’occuper la bête et la dissuader de s’en prendre plus au Soledad… Tout en évitant la décharge au moment décisif.

Le métal noir perdait tout aspect dans les profondeurs. Et sous la coque du navire, qui avait l’allure spectrale d’un immense noyé, la sirène, blanche comme la lune, guettait attentivement le bon moment pour porter le premier coup. Cette idée la glaçait autant qu’elle la savait nécessaire. Une fois le sang versé, la lance de Kron engendrerait sa sombre magie, la plongeant dans la transe meurtrière qu’elle créait. Enveloppée par l’onde salée, il lui fallut quelques secondes pour s’élancer vers le monstre. Dés qu’elle fut lancée, la femme disparut au profit de la bête. Et de prêtresse, elle devint prédatrice. Animal contre animal, monstre contre monstre.
Tu devrais le tuer… De tes mains, nues, répands une nappe rouge à travers toute la mer. Rends la glace pourpre.
D’amers pensées envahit son esprit. Le froid. La peur. Dans un coin, prostrée, la petite demoiselle qui subsistait quelque part dans ce corps modifié était assaillie par un autre de métal et de haine.
Dans cette pensée perdue, Othello sentit à peine la lame glacée s’enfoncer une première fois dans la chaire de l’animale. Son cri l’alerta pourtant qu’il avait été touché, audible jusque dans les tourments aquatiques. Le temps manquait, elle devait esquiver le retour de flamme. Agitant d’un coup sec sa nageoire, elle s’enfuit brutalement, dans un mouvement frénétique, laissant dans son sillon une longue traînée incarna. Une première plaie ouverte, sur une cinquantaine de centimètre. L’œil du monstre était sur elle.
Donne-m’en plus.

La tête du serpent n’était plus qu’un long projectile, jetée à toute allure contre la demoiselle des mers. Elle esquivait du mieux qu’elle pouvait, obéissant à son seul instinct. Son corps exécutait les courbes les plus vifs, les plus agiles, les plus brutales, se tordant chaotiquement dans un rythme hypnotique. Les deux animaux se faisaient face dans une joute archaïque, un duel sauvage ou proximité et vélocité étaient les maîtres mots. Leurs deux visions étaient troubles, noyées dans une nappe vaporeuse et rouge. Le silence de l’eau les rassemblait, la frénésie de l’instinct les unissait malgré eux. A chacun de ses passage trop près de la sirène, le léviathan se frottait de ci de là à sa lance acérée, déchirant sa chair un peu plus à chaque fois, alors que Kron, dans sa grande démence, engloutissait toujours un peu plus le spectre blanc par le fond. Et la demoiselle, dans son mutisme, sa transe, son oublie d’elle-même, ne sentait pas la griffe d’une nageoire ou la morsure d’une machoire qui se refermait furtivement sur sa queue ondine. Les deux liquides carmins ne faisaient plus qu’un à ce stade de la bataille, et l’un comme l’autre était blessé. Il n’y avait pourtant pas de douleur. Pas d’arrêt. Il n’y avait que deux brutalités distinctes qui se faisaient face, inlassablement, jusqu’à ce que l’un tombe enfin.

Noyée dans les reflets bleus, Othello en avait oublié Léogan, son plan et la foudre. Sa volonté de tuer était plus aveuglante que tout. Ils n’avaient pas le temps de se reposer, ni d’abandonner le combat. Le corps du serpent était strié de toute part. La mer était devenue rouge. Une fois de plus, dans une des retournés spectaculaires du géant des mer qui ne faisait plus que s’enrouler sur lui-même, encore et encore, les lames noires vinrent pénétrer sauvagement la chair, répendant tout autour d’elles l’amer vibration de la peau déchirer et des muscles en charpies. Cette sensation sanguinaire était grisante. Dans le sang elle trouvait l’ivresse. Dans la brutalité elle trouvait la quintessence du combat. La bête se laissa alors partir, joua avec les pointes et le manche de l’arme pendant quelques secondes… De trop. Les mâchoires du monstre se refermèrent une fois de plus sur la queue de la demoiselle, qui cria cette fois-ci de douleur, abattant l’arme entre les dents, jusqu’au fond de la gueule. Le léviathan ouvrit la gueule sur l’impact, mais dans la folie de l’animal et de l’homme, dans cet ultime instant de doute, la sirène découvrit, dans le creux des yeux du serpent, l’âme d’un roi.
Et dans un instant qui parut durer cent ans, les deux êtres se dévisagèrent, enveloppés par le silence de l’abîme. Dans cette bataille veine, quelque chose les avait unis, cette même chose qui les séparerait aussi vite. Ils étaient égos. Des monstres parmi les monstres, des chasseurs dans le monde. Et là, mieux que quiconque, la sirène eut la sensation qu’il la comprenait, et qu’elle le saisissait également. Etait-ce son esprit, ou avait-il vraiment l’air apaisé ? Cette lueur de folie dans ces yeux de sagesse. L’ombre sanguinaire qui hantait la demoiselle disparut dans un souffle. Son envie de sang s’évapora alors, et Othello retrouva toute sa lucidité devant l’immense bête. Elle la vit blessée, parsemée de blessures répugnantes, répandant du sang comme on verse des larmes. Une culpabilité âcre la prit brutalement à la gorge. Devant elle ce trouvait une des créatures les plus redoutables de ce monde, et elle, à l’esprit mutilé par la lance, commençait à se noyer dans le respect et le chagrin de voir partir un si beau gardien. Si la foudre ne le tuait pas, ce serait la perte de sang qui le ferait… La foudre ?...

La seconde passa. Les deux âmes redevinrent adversaire dans la même foulée où Othello comprit qu’elle devait fuir le plus vite possible parmi les glaces. Elle décrocha la lance, sentit son cœur s’accélérait en entendant, dans un murmure étouffé, le cri du tonnerre proche. Si Léogan voulait réellement mettre son plan à exécution, alors il avait largement eut le temps de le faire – et il était probablement en train. Mieux valait filer, et ce à pleine vitesse. Ce n’est qu’en essayant d’agiter sa nageoire qu’elle sentit la douleur. Le léviathan n’était donc pas le seul toucher ? Vite… Un myriade de petite plaies entre ses écailles, dispensaient de son sang dans les vagues. La foudre… Elle n’avait plus de force. Et sous cette forme, impossible de se régénérer. Que ferait-il ? Et Irina, que ferait-elle à cet instant ? Et Drasha ? Vite. Dans un dernier effort qui lui parut surhumain, elle parvint à se dégager des courbes simiesques du monstre pour se laisser tomber, à bout de force, vers le fond de l’océan. Elle ferma les yeux.


Kesha l’eut-elle entendu, c’est à cet instant qu’une lumière presque mystique s’empara de toute la mer, aveuglante, brillante sauvagement et éclairant tout sur son passage, au même moment où la sirène, épuisée, retrouvait ses jambes humaines. Ouvrant péniblement ses prunelles, elle découvrit, le cœur battant à s’en rompre, le cadavre – l’était-ce bien ? - brûlé de la bête, qui se mit à flotter lourdement à côté du Soledad encore debout. Ses branchies fonctionnaient encore suffisamment pour lui permettre de respirer un semblant de minutes, qui lui fut suffisant pour remonter, tout aussi faiblement, à la surface, avant qu’elles ne se referment elle aussi. Dès qu’elle fut remontée près de la coque, elle se sentit lourde à en sombrer, s’étouffait avec l’air brûlant et salé, avait mal à chaque clappement des vagues. Le bruit était d’une violence sans pareille, le mouvement l’était tout autant. Et, économisant ses quelques forces, elle attendit un peu, alors que les plaies de ses jambes commençaient à peine à se refermer. En haut, il y avait sûrement des blessés qu’elle pourrait aider. Néanmoins, un sourire apaisé décora ses petites lèvres pâles.
Léogan avait réussi.
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Marduk Nargaroth
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mar 14 Oct - 1:42

La tempête continuait de semer la zizanie sur le pont, mais ce torrent n’était pas le plus grand souci de l’équipage du Soledad ! Non, car la terreur des mers, le Léviathan avait choisi de s’en prendre au navire. Les loups de mers, membres de l’équipage, connaissaient bien les cordes du Soledad et avaient jusqu’à présent réussi à garder celui-ci à flot, cependant alors qu’on espérait que la situation n’allait point s’empirer, la terreur disparu durant un instant, laissant le souffles des marins en suspens… ignorant où la sinistre créature se trouvait. Il aurait été fou d’espérer que le Léviathan avait décidé de les laisser tranquille, ce genre de créature est réputé pour les dégâts causés et non pour leur tendance à abandonner le combat si facilement… non cette créature était bien plus intelligentes… et c’est son intelligence ainsi que la puissance brute de celle-ci qui la rendait si dangereuse. C’est sous la mer noire qu’elle maraudait afin de frapper précisément la coque du Soledad afin de compromettre la structure de celui-ci et de lui faire prendre l’eau. Une attaque astucieuse qui avait su donner un avantage à la bête… car oui, même si les bons marins du navire réussissaient à repousser les attaques de la bête, tôt ou tard le Soledad allait périr en mer ! La tempête et le retour des attaques du Léviathan rendaient les réparations des plus difficiles. Les ressources très limités à bord du navire, l’eau qui entrait plus rapidement qu’il était possible de relancer le tout par-dessus bord… l’avenir s’annonçait des plus sombres pour le navire et son équipage.

Les passagers, trois marins d’eaux douces, tentaient d’assister l’équipage, de repousser la bête et d’aider à la survie de tous. Il s’agissait là d’un travail d’équipe. Certes, l’équipage avait l’habitude de travailler ensemble, mais avec des étrangers peu familiers aux méthodes à bord du navire… c’est à se demander s’ils causaient plus de bien ou de tort. Il s’agissait cependant de braves gens, du moins pour ceux qui avaient réussi à demeurer conscient suivant l’attaque. L’homme, le rat de cale, avait su bien réagir face à la situation, l’attitude de ce dernier face au danger avait su plaire à notre cher bosco. Il était un peu fou, cela il n’avait aucun doute, mais les idées folles sont parfois ce qui sauve les hommes ! Contrairement au bosco, celui-ci ne semblait pas être aussi agiles sur un navire dans de tels conditions, mais le barbu un peu extravagant ne pouvait pas trop blâmer le rat de cale pour sa maladresse… il n’était sans doute pas le genre d’homme à être marin de métier. Cependant, il n’est pas celui qui avait su le plus surprendre le cher barbu! Non, la ravissante Yorkas, avec qui il aurait aimé être en mesure de faire de plus ample connaissance, avait su faire preuve de prouesse ! Dans le chaos, ce dernier n’avait pas su s’arrêter afin de bien observer celle-ci en action, mais une chose est certaine, il ne fallait pas qu’il termine en tant qu’ennemie de cette dernière ! Oui, il sait très bien que les femmes peuvent être dangereuses, il pourrait vous raconter un bon nombre d’histoires où certaines gente demoiselles ont su lui mettre une bonne baffe (tous bien mérité). Il a sans doute beaucoup de chance d’être encore vivant ou du moins d’avoir ses organes reproducteur encore fonctionnelle… apparemment certaines crois qu’un marin tel que lui est un homme fidèle et qu’une fois qu’il va retourner au port il sera un homme dévoué… quel drôle d’idée! Bref, là n’est pas le moment de sombrer dans les histoires du passés, il faut simplement espérer pour celui-ci que sa chance ne se terminera pas aujourd’hui!

Dans le chaos, on avait un peu perdu notre bosco de vu… après avoir insulté le Léviathan et avoir lancé 1001 jurons de marins alors que la créatures s’en était prise à la coque, celui-ci était d’abord parti constater les dégâts causé par la bête, puis il avait rejoint quelques hommes aux canons afin de mieux guider les défenses du navire face à la créatures des plus furieuses. Le capitaine était déjà bien occupé, il était donc important qu’il s’occupe du reste ! Parmi le chaos il avait entendu dire que l’une des passagères n’était plus en état de combattre la sombre créature. Une nouvelle certes triste, mais sur laquelle il ne pouvait point s’attarder. La créature continuait d’attaquer le navire, de causer de plus en plus de ravage… à ce rythme si la créature n’était pas repousser le Soledad n’allait pas connaitre le plaisir de retrouver le bon port à temps!

Les cris stridents du Léviathan se faisaient entendre alors que la terrifiante créature hurlait de douleur et de rage ! Frapper par la foudre, une lance et quelque boulet de canon, la terreur de mers était de plus en plus furieuse. Dans sa colère, elle ne semblait plus prendre des décisions rationnels… son seul désir était maintenant de faire couler le Soledad coute que coute! La créature entoura alors le navire, nageant rapidement en cercle autour de celui-ci forçant le Soledad à suivre le tourbillon infernal. À bord le capitaine tentait de garder le cap et d’éviter d’être trop aisément emporté. Cependant, malgré les efforts du capitaine et de l’équipage, le courant forçait le navire à virer et tourner en rond avec la créature. À chaque passage en proximité, la créature effleurait le Soledad avec sa longue et puissante queue cherchant à faire chavirer le navire. Un coup de queue un peu plus haut s’en pris au cordage lié au grand mât ce qui le fit craquer.

‘’Cap’tain! On n’va pas tenir bien longtemps comme ça!’’

À travers le torrent il était difficile de comprendre clairement les deux hommes, mais à ce moment certaine décision avaient été prise en ce qui concernait se débarrasser de la bête.

‘’Hoy’ le rat de cale !’’ Dit alors le bosco en s’adressant au Sindarin

Mais avant qu’il puisse continuer sa phrase, la créature s’était dressé à tribord du navire et entoura de son corps fracassa le grand mat en tentant de s’en prendre aux passager qui l’avait sévèrement blessé. C’est à l’aide d’un des pierriers que le bosco réussi à distraire le Léviathan… mais cependant ce ne fut pas avant que le dommage sur le navire soit causé. Le boulet de canon avait atteint la créature sur le flanc. Comme un homme devenu complètement fou, le bosco ce mit à rire haut et fort alors que la créature s’était retourné vers lui. Il avait remarqué qu’un œil de la bête avait été blessé lors de l’attaque du Sindarin, ce qui avait non seulement causé beaucoup de douleur, mais avait aussi fait en sorte que le sens de l’orientation du Léviathan avait été compris. Cela expliquait donc le choix circulaire des attaques.
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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Ven 17 Oct - 17:00

La lumière du soleil avait totalement disparu. Les nuages avaient cessé de se toiser comme des prédateurs informes et obscurs, de batailler les uns contre les autres à bras-le-corps et de tournoyer infatigablement au-dessus de la mer, jusqu'à ne plus former qu'un large couvercle sur l'océan duquel remontaient des vapeurs grises épaisses, qui se chargeaient d'un rouge flamboyant en poussant sur la chape de plomb noire qui leur barrait le passage. L'air était chargé d'un lourd magnétisme. La pluie qui tombait des strates atmosphériques, là-haut, se précipitait en traînées drues et glaciales dans la mer houleuse, s'empêtrait dans les voiles du bateau, les déchirait à la façon d'une déferlante de couteaux et assenait des trombes d'eau continues sur le pont déjà submergé par les vagues salées de l'océan, et sur les hommes qui y couraient, minuscules et hurlants, dans un ordre de bataille incompréhensible. Dans le lointain, là où on ne devinait rien que le brouillard rouge et les vapeurs fumantes de l'onde, des dizaines d'éclairs crevaient la croûte métallique des nuages et vibraient puissamment dans les airs épais avant d'éclater dans la mer en scintillant. Parfois, la foudre choisissait son impact non loin de la Soledad, qui hurlait dans un crissement infernal de métal, de cordes, de toile et de bois, et chavirait en même temps sous les attaques du Léviathan.
Et tout à coup, le feu du ciel se précipita dans la main tendue de Léogan, qui le recueillit sans trembler et le fit rouler dans sa paume, les yeux fermés. L'éclair traversa tout son corps dans un vrombissement de lumière, et jaillit avec violence dans son autre bras, dirigé vers la carcasse immense du monstre marin, qui s'était levée à demi dans les flots et cherchait dans leur opacité trace de la sirène aux écailles turquoise qu'il combattait à mort dans les abysses. La foudre s'abattit sur son crâne déjà meurtri avec une violence insoutenable.
La bête poussa un cri strident, un long sifflement qui crissa et transperça les tympans avant de mourir dans le vacarme des flots où elle précipita ses anneaux. Le bateau s'ébranla dangereusement et soudain, tout sembla silencieux.

Léogan, du haut du grand-mât, respirait difficilement. La foudre qu'il avait redirigée l'avait laissé un peu sonné. Il glissa un peu sur la vergue ruisselante, frissonna et plongea son regard dans le chaudron qui bouillonnait à grands remous sous ses pieds. Il plissa ses cils noirs et distingua à travers la pluie, le grand cadavre exsangue du monstre qui remontait dans une ébullition de sel et de sang. Son corps filiforme s'ébranla d'un dernier soubresaut et ce fut terminé.
Léogan ramena ses cheveux sombres sur sa nuque d'un geste nerveux et attendit quelques instants, les yeux écarquillés, avant de retrouver la parole.

« Ça a marché... balbutia-t-il, sans trop y croire. Ça a marché ? »

Othello émergea soudain des profondeurs et sa longue chevelure bouclée ondula dans les eaux comme les reflets purs et soyeux de la lune dans la nuit profonde. Elle leva un visage farouche et éprouvé vers Léogan et il vit s'esquisser sur les lèvres orangées de la sirène et éclairer ses iris insondables un sourire de soulagement et de joie sincère. Alors tout à coup, une joie folle explosa dans sa poitrine, celle des grandes conquêtes et des victoires, et il lui sourit sauvagement en retour, tout en se prenant la tête entre les mains, avant d'éclater de rire, presque de surprise, et de réaliser pleinement qu'ils venaient de tuer un Léviathan et qu'ils étaient encore en vie. Attrapant le mât d'une main, il bondit un peu sur la vergue, posa un regard plein d'une haine triomphale sur la dépouille de la bête et s'exclama férocement :

« HAHA ! EN PLEIN DANS TES DENTS, SALOPERIE ! Allez, salue Kron de ma part, espèce de sale pourriture d'eau tourbe ! Hé ! On pensera à toi quand on s'dorera la pilule à El Baha... »

Il s'interrompit soudain et blêmit.
Le corps sinueux du serpent glissait lentement dans les abysses, la tête la première, plus chacun de ses anneaux, peu à peu, jusqu'à sa queue qui louvoya un instant dans les airs avant de disparaître. Léogan retint sa respiration un instant et observa la mer qui commençait à s'agiter d'un remous étrange, de houles de plus en plus puissantes, et de bouillons bientôt écumants. Un anneau d'écailles remonta avec une lenteur sournoise de l'écume avant de replonger peu à peu en enlaçant violemment la proue.

« Oh non. »

Léogan jeta un regard catastrophé à Othello. Sa gorge se noua.
Il y avait quelques minutes, cette créature était morte. Il l'avait vue. Elle s'était immobilisée, ses branchies avaient frémi un instant et s'étaient refermées. La sirène l'avait vu elle aussi. C'était impossible.
Ce fut alors que le Léviathan releva à demi sa tête reptilienne des eaux noires, vomit un flot de fumée hors de ses naseaux et fixa son œil sombre, unique et sanguinolent, sur Othello. Un spasme incontrôlable secoua l'échine de Léogan, et il hurla le nom de la prêtresse dans la tourmente, avant que le monstre ne précipitât ses crocs vers elle et ne replongeât à sa suite dans les profondeurs.
C'était entièrement sa faute. La foudre avait dû rebondir sur l’œil gauche de la créature, qui s'était enflammé, il lui avait peut-être un peu brûlé la cervelle, mais il l'avait raté. Il l'avait raté, nom de dieu !

Le navire chavira de part et d'autre avec tant de violence que Léogan, qui avait fait fort de garder son équilibre jusqu'ici, ne put se retenir d'aucune façon et dérapa tout à coup de la vergue pour chuter comme une pierre vers le pont. Le bout auquel il s'était amarré le retint néanmoins par la taille et le choc fut si brutal qu'il eut le sentiment de se briser l'échine. Il en eut le souffle coupé et s'étouffa encore pendant quelques secondes en se tortillant de tous les côtés pour se retrouver dans le sens commun du maintien bipède – la tête en haut et les pieds en bas. Suspendu à son mât au milieu de la tempête, il valdinguait dans tous les sens dans le vent et la houle et, entre la colère bouillonnante et la panique glaciale qui se mêlaient tumultueusement dans ses veines, il finit par refermer ses mains écorchées sur la corde et par se redresser en respirant à pleins poumons. Le nœud qu'il avait fait autour de sa taille le ceinturait férocement, déchirait sa chemise et frottait contre sa peau jusqu'à la brûlure. Il se débattit quelques instants, rageusement, pour le relâcher autant qu'il le pouvait, l'esprit hanté par l'idée atroce de mourir étouffé et pendu au grand mât, mais il ne parvint à rien et dut respirer profondément pour regagner un peu de sang-froid. Il déglutit nerveusement pour dénouer sa gorge, puisque c'était manifestement tout ce qui était en son pouvoir, et se força à réfléchir.
Reprends-toi, mon vieux. Y a pas trente-six solutions... Accroche-toi bien, remonte, tiens bon, et recommence.

« D'accord, oui, d'accord ! gronda-t-il, d'une voix étouffée, en prenant son visage ruisselant entre sa corde et ses mains. C'est toujours pareil, c'est mathématique, je me foire toujours ! »

Mais ça n'a aucune importance. Ça ne te fait pas peur, hein ? Déjà essayé, déjà échoué. Essaie encore, échoue encore. Échoue mieux.
Léogan releva la tête vers la vergue branlante sur laquelle il s'était tenu un moment plus tôt. Après tout, oui. Ce cordage qui s'enfonçait dans sa chair, qui le retenait malgré tout et l'empêchait de sombrer dans les abysses, c'était lui qui l'avait noué. S'il fallait recommencer, encore une fois, ce serait plus facile.
Ses yeux noirs s'étrécirent au point de ne plus être que deux fentes luisantes, il serra les dents, s'accrocha résolument à son bout et sortit la dague qu'il gardait toujours à sa ceinture d'un geste sec. Alors, il se tira en arrière de toutes ses forces. Son corps s'éleva dans les airs et se rabattit vers le mât, une fois, deux fois, toujours plus près, et au troisième balancement, il lâcha sa corde et s'empêtra dans la grande voile, dans laquelle il plongea sauvagement ses mains et sa lame pour s'agripper. Déjà, le chanvre lui fit moins mal et il sentit l'espoir recommencer à brûler doucement dans son ventre. A la force de ses bras, s'aidant des déchirures que les intempéries avaient percées dans  la voile, il réussit à se laisser tomber peu à peu jusqu'à ce maudit hauban, auquel il s'accrocha néanmoins avec le soulagement d'une bête effrayée. Il resta couché quelques instants sur les cordages, frissonnant et tendu, le cœur battant la chamade, épuisé par la panique et l'effort. Un sentiment le paralysait, celui d'être petit, fragile et égaré comme un enfant dans l'infini déchaîné de l'univers, et pourtant d'être un monde pour lui-même, une immensité d'os qui crissent, de muscles qui se déchirent, de réseaux nerveux qui brûlent, de sang qui partout pulse, afflue et reflue, de fluides, d'ondes et de chocs électriques. Un souffle brûlant lui échappa et vint se mêler à la pluie et au vent. Au prix d'un effort de volonté immense, il commença à progresser sur le hauban.
Et enfin, pour la troisième fois en une heure, deux, ou plus, il n'en savait plus rien, il abattit son bras sur la vergue branlante du grand mât. Ses doigts glissèrent sur le bois mouillé, s'accrochèrent sur des échardes, se refermèrent et il se hissa maladroitement pour s'asseoir à califourchon. Ses mains et ses pieds n'étaient plus que des plaies ouvertes qui dégorgeaient du sang par à-coups, chacun explosant d'une douleur lancinante dans ses bras et ses jambes. Il inspira profondément et se redressa pour faire face au monstre qui s'était levé à tribord, la tête brûlée jusqu'à la chair et l'os, son œil unique et noir fixé sur lui avec exécration, l'autre, maculé de sang et vomissant de feu et de fumée. En un instant, Léogan comprit ce qui se passerait. La terreur s'empara de sa poitrine, il suffoqua, et le Léviathan plongea sur le grand mât.

Léogan eut à cet instant un réflexe qui lui sauva sans doute la vie, quoi qu'il lui parût d'abord à lui-même tenir de la folie furieuse. Il abattit sa dague sur la corde qui le retenait à la vergue et le chanvre se rompit aussitôt. Le temps de se relever dans un équilibre miraculeux, il entendit la voix tonitruante du bosco l'interpeller depuis le pont mais il ne put malheureusement pas lui accorder plus d'attention. La gueule du monstre plongea sur lui en déployant ses rangées infinies de crocs, Léogan prit son élan, courut sur deux pas et bondit sur lui avec l'énergie du désespoir. Par chance, il s'aplatit sur le crâne de l'animal et s'accrocha à sa collerette de piquants décharnés en enfonçant sa dague dans sa chair, tandis qu'il mugissait de fureur. Derrière lui, le mât sur lequel il s'était tenu s'effondrait sur le pont dans un vacarme épouvantable de bois fracassé, de voiles déchirées et de cordes rompues, emporté par les anneaux d'écailles de son colossal assaillant. Un rire nerveux, qui avait quelque chose du sanglot, s'arracha de la gorge de Léogan, tandis qu'il assistait au cataclysme depuis la tête du Léviathan.

« Nom de dieu, je vais crever... » lâcha-t-il, au milieu de ses ricanements.

C'était une évidence qui lui apparaissait de plus en plus clairement – et il ne savait pas, pour toutes les fois où il avait pensé en finir lui-même, s'il en était effrayé, ou si c'était la perspective de souffrir qui l'horrifiait, mais l'hystérie balayait tout, dans son esprit, jusqu'à ce que le monstre décidât de secouer vivement sa tête meurtrie dans les airs. Léogan, dans un sursaut de sang-froid, s'accrocha à sa dague comme un damné pour éviter de valdinguer dans l'orage comme une poupée de chiffon. La lame était assez bien fichée dans le crâne du serpent et ses doigts, bien qu'hérissés d'échardes, s'enroulèrent assez bien autour de sa garde pour le retenir, tandis qu'il se faisait secouer chaotiquement au-dessus du vide. Tiens bon, tiens bon, tiens bon, bordel, tiens bon !
Finalement, le Léviathan dut comprendre qu'il n'arriverait à rien et s'immobilisa tout à coup pour happer une des jambes de la teigne qui s'était si bien accrochée à sa chair. Léogan, terrifié, évita l'assaut agilement en bondissant sur sa collerette et en l'empoignant à deux mains. Il tomba brusquement sur le museau de l'animal, et lui fit face droit dans les yeux. L'homme et la bête se toisèrent tous deux un instant avec surprise et Léo lâcha un soupir de désespoir quand il comprit qu'il n'échapperait pas aux prochaines morsures.
D'un puissant envoi de la nuque, le Léviathan réussit à lui faire lâcher prise. Projeté dans les airs, il profita de cette demi-seconde de vertige pour faire naître une énergie bourdonnante au centre de son corps, dans son estomac, qui s'accéléra et s'intensifia précipitamment, monta dans sa poitrine comme de l'eau qui bout, et se projeta dans ses bras jusqu'aux extrémités de ses doigts. Au moment où le serpent fit claquer ses mâchoires dans les côtes de Léogan, il plaqua ses mains sur la gueule du monstre et, rugissant de douleur, la tête en feu, fit exploser une puissante décharge d'électricité dans ses naseaux. Aussitôt, le Léviathan renversa sa tête en arrière en hurlant dans un vacarme qui couvrit les cris de Léogan et ses crocs, à peine refermés sur son poitrail, le relâchèrent tout à coup. La corde qu'il avait nouée autour de sa taille, par chance, le retint encore dans sa chute, et il resta suspendu quelques instants à la mâchoire du Léviathan, assommé par la douleur.
Pendant quelques secondes – une éternité – il n'eut plus la sensation de rien. Que des flots de sang tiède et visqueux que vomissait son corps jusqu'à n'en plus pouvoir, de sa chair qui palpitait à toute vitesse, qui crachait tout ce qu'elle avait à cracher, qui gonflait, se contractait, qui hoquetait et  se relâchait en frémissant, de son crâne trop dur et trop lourd pour être supporté sur ses épaules, de son corps sans force, inutile, suspendu par un lien brûlant, qui n'en finissait pas de se vider de toute sa substance, de s'alourdir de silence, jusqu'à ce que son esprit n'en vînt à s'évaporer subtilement et que ne disparût toute conscience de la protubérance de douleur pure qu'était devenu son corps.
Mais le son d'un canon et le choc qui secoua le Léviathan traversa tout à coup ses tympans et ses nerfs en un éclair lancinant. Il reprit conscience peu à peu, avec l'envie épouvantable de vomir ses tripes, et ses yeux échouèrent vaguement sur la myriade de rubis scintillants qui perçaient sa chemise dans une brume fantomatique, ainsi que sur une dent de la taille de son majeur qui s'était fichée entre deux de ses côtes et lui donnait quelques difficultés à soulever la poitrine. D'un geste imprécis, il l'attrapa et l'arracha de son torse dans un gémissement étouffé. Il l'observa luire d'un éclat ivoirin dans l'écrin rouge de sa main pendant un instant et finit par lever un sourcil désabusé en souriant bêtement. Finalement, il leva la tête vers la gueule béante du Léviathan, qui exhalait les fumées de l'enfer, son gosier d'un rouge hideux bordé de rangées de crocs, et son œil unique qui s'était terni, mais pas immobilisé pour autant. La bête semblait plongée dans une hébétude sinistre et se laissait sombrer petit à petit dans les eaux sombres. Alors Léogan, tout hoquetant et secoué de convulsions qu'il était, décida d'en tirer parti pour de bon.
Il se saisit d'un des pics de la collerette du Léviathan, s'agrippa, et tira sèchement sur la corde coincée dans les rangées de dents du monstre. Elle s'en défit tandis qu'il poussait un râle de protestation, et son œil noir suivit le chemin du corps de Léogan qui se traînait sur le plat de son crâne avec une obstination incompréhensible. Cela agaça son esprit confus et il secoua encore une fois sa grande tête pour projeter le Sindarin dans l'océan, plus faiblement, cependant, et il ne parvint à rien. Il fit claquer sa mâchoire, tournoyer sa queue, tenta de happer un bras ou une jambe, s'ébroua dans un élan de folie furieuse qui ouvrit davantage les plaies qu'Othello avait percées sur ses flancs mais Léogan attrapa finalement la dague qu'il avait enfoncée dans une saillie de chair de sa tête. Il leva la tête vers la tempête qui parcourait encore le ciel de ténèbres et de lumières éblouissantes, puis adressa un regard vindicatif au monstre des mers.

« Tu l'auras bien voulu... grogna-t-il, en posant une main crispée sur le front de la bête. J'suis pas contrariant. J'ai toujours rêvé de... cracha-t-il, en toussant. De m'tailler des bottes en peau de Léviathan. Bouge pas mon gros, fais moi ton plus beau sourire... »

Il grimaça lui-même un rictus cruel, leva son autre main vers le ciel et inspira profondément.
L'électricité qu'il générait lui-même était moins dévastatrice que la foudre qui se formait dans l'immensité du ciel, des colères atmosphériques de lourds et puissants nuages noirs. Cette fois-ci, il serait sans doute lui-même mis en danger, un genou posé sur sa cible, emporté dans des trombes d'eau, mais il se jura que la bête n'y survivrait pas.
Le vent s'engouffra violemment dans ses poumons oppressés, sa poitrine lui fit mal. Déjà, une énergie magnétique vint crépiter au bout de ses doigts levés vers le ciel. Il n'attendit qu'un instant, puis un éclair de lumière fendit soudain la couche épaisse de nuages au-dessus de lui, et tomba dans le creux de sa main dans un grondement de tonnerre. Tout son corps rayonna de lumières bleues et fauves qui vibrèrent et bourdonnèrent autour de lui, mordirent et transpercèrent sa peau humide, et comme il se concentrait pour rediriger l'éclair dans son autre main, il sentait que le passage au centre – le plus délicat – ne se ferait pas sans dommage. Mais il n'y avait rien d'autre à faire. Qu'avait-il à perdre ? Qu'avait-il à gagner ? Un instant, il se sentit soudain parfaitement serein, la terreur disparut, et dans le vide grandissant de sa poitrine, il la trouva, vaste, intense, cruelle et sublime, il sentit sa chaleur familière, qu'il pensait avoir oubliée, et il ferma les yeux doucement. Alors, il laissa l'éclair fuser dans son bras, traverser son épaule et descendre dans son ventre où il explosa pendant une fraction de secondes comme s'il avait mis le feu à une poudrière. Dans un dernier effort, les dents serrées pour contenir un hurlement, Léogan le fit remonter dans son épaule droite et la foudre jaillit brutalement de ses doigts pour transpercer le crâne de la créature. Quand elle se précipita hors de son corps pour s'emparer des lourds anneaux du Léviathan, éclairer toute la mer jusque dans les bas fonds d'éclats de lumière dévastateurs et incisifs comme une nuée de traits d'arbalétriers, Léogan fut simplement projeté de son promontoire avec la force d'un boulet de canon. Il perdit conscience sur le coup.

Le corps immense du Léviathan, dont les écailles serrées luisaient d'un bleu électrique, enveloppées dans le halo éblouissant de la foudre, s'arqua dans les airs et convulsa horriblement. Sa tête, qui n'était plus qu'un crâne couvert de lambeaux d'écailles, de chairs sanguinolents, basculait d'un côté et de l'autre, confusément, et dans un ultime soubresaut, fit gonfler sa couronne d'épines et se laissa doucement tomber sur le château avant du bateau. Le reste de son long corps sinueux qui enroulait encore le bateau entre ses anneaux, remonta faiblement à la surface et flotta quelques instants, secoué de spasmes, avant de se resserrer dans un dernier effort autour de la carcasse de bois et de cordes de la Soledad et de commencer à sombrer dans les eaux profondes.

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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Sam 22 Nov - 21:50

Il l’avait eut. Il l’avait eut. Il l’avait eut. Martelés, ces mots se cognaient, encore et encore, sur les parois givrées de sa cervelle. Aussi lourd que le cadavre fumant de la bête, celui flottant de la nymphe de givre était péniblement tourné vers le ciel de suie. Et dans un silence douloureux, elle fixait d’un œil amusé le tempétueux dans la fougue des vents, hurlant à pleins poumons au monstre, aux dieux, à tout être capable de l’entendre sa joie dans une sauvagerie et une intensité palpable. Le maître de la foudre pouvait être fier de lui… Mais, alors qu’Othello osait finalement fermer ses yeux brûlés par le sel, elle s’aperçut que dans toute cette excitation, une flamme d’une rousseur perturbante manquait au tableau. La dernière fois qu’elle l’avait aperçue, elle jetait la lance au dessus du vide, puis disparaissait dans le néant, alors que les profondeurs la dévoraient finalement. Elle devait être en train de célébrer l’évènement avec les autres membres de l’équipage, sûrement… Un muscle de sa cheville se banda brutalement, pour se détendre drastiquement dans la foulée. Son être n’était que porcelaine après tout… Une porcelaine ébranlée ça et là par les petites dents pointues d’une bête des mers meurtrières. Mais, outre la fatigue et la douleur, c’était une paix transcendante qui la maintenait immobile et flottante, envoutée par la satisfaction et l’ivresse de la fatigue.
Alors qu’elle se laissait guérir, passive, la sirène se laissait bercé par le clapotis des vagues qui berçait doucement ses oreilles. Le bateau était largement meurtri derrière elle, mais cela n’avait pas d’importance. Les pertes matérielles lui semblaient perdre tout importance à côté du gisant qui sommeillait à côté d’elle. Elle n’avait plus qu’à retrouver un peu de force pour…

Noyée. Les narines prises d’assaut par une vague brusque, elle éructa violemment une brume salée et épaisse, avant qu’elle ne se relève brusquement, cherchant à tâtons une planche ou un poids sur lequel se rattraper. Ses mains tremblaient… Il se passait quelque chose. De grave. Son cœur devint soudain une masse qui ne demandait qu’à couler, alors qu’elle balayait l’horizon au dessus de la carcasse, ses oreilles brusquement baissées. Il se passait quelque chose, de grave, que la rascasse au fond d’elle sentait très bien. Ses yeux se braquèrent alors sur le cadavre livre et décrépie, fixant les deux globes morts de la bête en priant de tout son cœur pour que ça ne soit qu’une mauvaise impression. Le vaisseau s’était aussi tu. Le rire sauvage du Lupin était devenu un amer écho, englouti dans les flots noirs. Le ciel s’assombrit.

Une one troubla la surface. Puis un cri monstrueux et plaintif. Et la bête ouvrit les yeux, deux prismes sauvages où ne brillait plus qu’une terreur intense, une fureur glaciale et létale qu’il déversait dans de grandes larmes furieuses. La haine étouffa presque le hurlement frénétique de Léogan du haut de la hune, et pendant l’ombre d’un instant, elle lui jeta un regard contraint et désolé, lâchant un soupir inaudible qui se trouvait être une excuse. La gueule ouverte, ses dents luisantes à découverts toutes prêtes à la happer, le léviathan se jeta violemment sur elle qui disparut une nouvelle fois dans les fonds glacés comme une bouffé d’air frais disparait dans les cieux.
La bête semblait avoir retrouvé toute sa superbe, dans son corps noircie et cendrée. Pendant d’infimes instants, elle se débattit vainement, en se tordant maladroitement entre les attaques fébriles du monstre. Mais, face au géant serpent de mer, elle ne représentait rien de plus qu’un vulgaire asticot blanc sous cette formes idiotes de terranne, aveuglée par ses propres cheveux. Il lui fallait puiser dans ses réserves… Ses muscles se bandèrent. C’était évident, ses forces s’amenuisaient petit à petit. Illuminée de nouveau, Othello redevint une sorcière hybride et disparut brutalement sous un pan de glace, échappant de peu à une morsure sauvage. Abritée par la glace, elle balaya l’obscurité, guettant l’opportunité d’une fuite, d’un échappatoire avant de se relancer dans la bataille. Sa nageoire était clairsemée de petites plaies ouvertes, qui crachaient encore quelques volutes rougeâtres. Ses mains tremblantes avaient du mal à tenir la lance, qui envahissait toujours son esprit avec une perversité écœurante. Si elle poursuivait comme ça, son sort ne laissait pas de chance au doute. Cette situation latente la tétanisait, autant qu’elle créait en elle une dualité obscure, celle d’une âme terrifiée au profit d’une créature prédatrice, qui ne demandait qu’une chose : retourner affronter le roi. Observant distraitement le vide, troublé par quelques taches rouges, îvre du silence de l’eau, Othello avait les traits concentrés, et pourtant elle était loin, l’esprit volant ailleurs… En haut, avec Malona et ses mèches rousses qui avait disparue comme une nymphe des vents. Elle se revoyait encore attraper son visage candide entre ses doigts glacés, et lui demander la lance : cela lui crispa le ventre, au point de lui donner la nausée. Elle imaginait Léogan pester, s’énerver comme un orage et devenir plus impétueux que celui qu’ils avaient tous au dessus de leurs têtes, ses cheveux dans les brises qui lui déchiraient le visage. Avec Drasha, et Jehyel, cachés quelque part, à l’abri, secs, sains et saufs. Avec les marins qui luttaient comme des fauves face à la mer, aux vents et au monstre.

Dans un éclair de haine, ses yeux s’éviscérèrent dans une fente animale, si fine et acérée qu’elle en était presque invisible. Pourquoi la foudre ne l’avait pas tué ?! La réalisation fut brutale. Evidente, et remplie ses veines avec une dose d’adrénaline suffisante pour alimenter tout le navire. Il avait survécu… Pourtant ses écailles, brûlées, semblaient décrépies et tombaient même par endroit jusqu’au fond des abysses, comme les tuiles abîmées sur le toit d’une maisons ; sa chaire empestait même sous l’eau d’une odeur âcre et carbonisée, et sa gueule supputait par nuages d’opaques vagues de sang noircie et de cendre. Il était comme l’ombre de lui-même, et le voir se dandiner comme un pantin désarticuler laissait l’amère impression d’assister au spectacle d’un mort-vivant. Pourtant, même illogiques, ses gestes étaient violents et adroits, brutaux, et son rythme était barbare et déchaîné, et faisait trembler la mer et le vague spectre de la coque.
Ce ne faisait pas de doute qu’il avait atteint ses dernières ressources. Et cette danse frénétique et incontrôlé n’était autre – aux yeux de la sirène abritée par la glace – qu’un chant du cygne, un suicide guerrier et noble qui visait à tous les emmener par le fond. Et personne, ni rien ne pourrait l’apaiser avant que Kron ne vienne le prendre dans ses bras. Cette pensée apparut soudainement avec une étrange lucidité à la jeune femme qui hésitait encore à retourner sur le champ de bataille. Seule la mort arrêterait le serpent des eaux, qui continuaient d’assaillir tout ce qu’il pouvait dans sa fureur meurtrière. Celle-là viendrait tôt ou tard, il risquerait forcément de s’épuiser, touché par la foudre et les plaies à répétition. Cette fatalité étant inévitable, il ne lui restait plus qu’une tâche à accomplir pour garantir à ses comparses de rester en vie et de pouvoir prendre la fuite : gagner du temps. Sa main se resserra sur le métal noire de la lance. Elle ne pourrait être le bras meurtrier de Kron… Elle n’en avait ni la force, ni les ressources. Mais en revanche, elle était l’appât parfait. Sa décision était prise : d’un coup de nageoire, elle se dégagea et reparut face aux yeux aveugles du monstre qui continuait de se tordre, de douleur et de colère, et un cri inhumain sortit de sa bouche. Le même sifflement déconstruit s’échappa de la mâchoire du reptile. Leur jeu idiot pouvait reprendre, à l’exact endroit où ils l’avaient laissé.

Pendant les premiers instants, les deux lions étaient aussi féroce l’un que l’autre, mais ce mirage ne fut que de courte durée. Si il étaient d’abords forts et vifs, et que le serpent faisait preuve d’une vigueur destructrice face à une sirène qui rivalisait d’agilité, au bout de plusieurs minutes, ils furent tous les deux remis face à leurs conditions, et leurs corps blessés. Leur superbe n’était plus qu’une illusion, et les deux félins rouillés devaient se remettre à l’évidence : cassés, et abîmés par leurs attaques, ils n’avaient plus rien des deux adversaires d’avant la foudre. Othello esquivait, tant bien que mal, sans plus se soucier d’attaquer, et ses courbes guerrières n’étaient plus que des tentatives pénibles et douloureuses d’échapper au monstre, désastreuses pour la plupart. Mais elle restait concentré, puisant sans cesse, violemment dans les réserves de son petit corps blanc pour pouvoir encore bouger, nager, s’entortiller, et se dégageait des dents qui s’abattaient sur elle. Parfois, elle parvenait à brandir la lance, la plantant quand elle pouvait dans un bout de chaire à vif, même si, face à l’hybride, le serpent ne donnait plus l’impression de ressentir la moindre douleur. Et, dans sa frénésie, il ne devait même plus savoir si il l’avait touché ou non quand le roi des mers se mettait à sa poursuite, lâchant son emprise aussitôt qu’il l’avait en gueule, se cabrant brusquement sans le moindre sens, attaqué par des forces invisibles que lui seul devait saisir. Il semblait aussi choqué que désorienté, et ses yeux rouges de sang, au bord de l’implosion, filaient dans toutes les directions à la fois comme un chaton effrayé.

Ils avaient l’air de deux idiots dans une valse d’estropiés. Les secondes passants, la prêtresse se retrouvait à s’oublier, à s’immerger un peu plus dans un mutisme et un vide étrange. Une lassitude particulière qui n’était propre à la bataille. La douleur n’était plus qu’une vague impression, et son esprit rongé par la lance n’avait plus aucun but, ni aucune attente. Comme si elle attendait un coup, plus fort et violent que les autres, qui l’entraîneraient dans les abysses sans grandes peines et qu’elle ne disparaisse pour de bon. Cela ne l’aurait guère étonnée, au fond. Ce jeu macabre… N’était pas son chant du cygne, à elle aussi ?
Dans ce tourbillon sous-marin, ils laissaient l’amère sensation d’un combat d’infirmes. Ce spectacle était ridicule. Dans leur course grotesques, où s’affrontaient deux animaux estropiés, la petite demoiselle, en proie aux anneaux sanguinolents du monstre, avait conscience qu’ils étaient, l’un comme l’autre, pitoyable, et d’une faiblesse presque palpable. Honteuse que Kesha puisse être témoin d’une chose aussi déplorable, de ce combat boiteux et dégénéré lui retournait les entrailles, et elle avait la conviction qu’il en allait de même avec le dragon marin, que celui-ci était trop fatigué pour trouver un autre but, et que celui de se battre jusqu’à la mort lui convenait. Sa vie de serpent touchait sûrement à sa fin, à quoi bon s’énerver à s’enfuir, à s’attaquer au ciel alors qu’il suffisait de mordre l’hameçon ? Après tout, attraper une yorka était une belle fin… Tout comme mourir sous le courroux d’un léviathan. C’était honorable, non ?... Conscients tous deux de leurs états de faiblesse, ils continuèrent aveuglément, lentement, lourdement de se poursuivre, dans une vulgaire parodie d’eux-mêmes.

Jamais ils ne sauraient combien de temps ce manège avait duré quand le second éclaire frappa. Othello, aveuglée par le besoin de gagner de précieuse seconde et l’attente d’un trépas imminent ne réalisa pas tout de suite l’intensité lumineuse, et resta au première loge quand la bête se retrouva carbonisée une deuxième fois, ultime, cette fois-ci. Au première loge. L’éclat indescriptible qui enveloppa le monstre, le faisant apparaître pendant l’ombre d’un instant comme un dieu de lumière, la chaleur insupportable qui se dégageait à travers l’eau et qui vint brûler ce qui lui rester de chair, alors que la vision divine laissait la demoiselle aveuglée et bouche-bée, éprise d’un spectacle d’une si rare beauté chaotique. La douleur ne la frappa pas tout de suite, et elle se contenta de regarder, l’œil vitreux, le monstre remonter péniblement vers la surface, ses yeux éclatés, sa gueule ouverte, la langue pendante et ouverte, alors que l’eau autour de lui devenait étrangement rouge. Complètement immobile, la jeune femme ferma les yeux, persuadée qu’elle pouvait enfin se reposer… Elle se laissa couler dans les abysses. Sa vue était tout aussi pénible que celle du léviathan : un lys fané, aux pétales clairsemés et fades sous les pâle reflets d’un ciel noir. Ses cheveux blancs avaient pris une teinte carma par endroit, et l’enveloppaient comme les tentacule d’une méduse, abritant ses bras clairsemés de marques, de griffures, de morsures, alors que sa nageoire était complètement déchirée et pendait fébrilement au bout d’elle-même. Simplement posée sur son torse, la lance était la seule en parfaite état, et semblait luire d’une ombre mat et maléfique, mais satisfaite. Ses yeux étaient semi-clos, injectés de sang, et des petits nuages rouges sortaient régulièrement de ses lèvres ouvertes. L’ombre d’un instant, elle rêva qu’elle pourrait voler jusqu’au fond de la mer, tomber sur le sable blanc et gelé, et s’enterrer sous la glace pour y sommeillait encore et encore. Le combat était fini, finalement…

C’est le bruit lourd d’une masse non loin d’elle qui la hotta de son épitaphe. Le crépitement de l’immersion peut prendre plusieurs formes. Celle-là était sec, brutale, sans suite, comme un corps jeté à la mer, ou un cadavre rendu à l’eau. « Les marins trient déjà leurs morts ? ». Même si son esprit était exténué et brumeux, cette pensée lui paraissait grotesque. Même si le deuil viendrait, le moment était à la joie, et non à la tristesse. Il ne pouvait pas s’agir de cela, un leste, peut-être, tombé du bateau ? Quand elle tourna péniblement son visage sur le côté, elle ne s’attendit pas à découvrir une telle image. Figé, comme elle, par les bras des ondes froides, dans la position suspendue d’un noyé assoupi, ses cheveux bruns mangeant sauvagement son visage disparut, le corps masqué par une chemise qui jouait de son volume sous-marin, Léogan ressemblait presque à un spectre trituré par les étranges reflets éphémères de l’eau qui jouaient entre ses mèches. Ses mains étaient anormalement pâles… Mais des bulles d’air s’échappaient de sa bouche. Elle l’observa pendant quelques secondes, innocente, naïve, sans comprendre. Il se noyait. Il se noyait. Il se noyait… Le sang de la blanche ne fit qu’un tour, et dans un dernier tour de force, elle tordit brutalement vers le fond pour remonter à sa hauteur, et le soulever aussi délicatement qu’un enfant, qu’elle portait d’une aisance surprenant. Lui qui avait la carrure massive d’un colonel, sous l’eau, il ne semblait peser que quelques grammes. Alerte, elle chercha avec un esprit retrouvé le trou béant que le léviathan avait fait dans la coque, pour les y engouffrer tous les deux, et se retrouver à flotter dans la cale au milieu des tonneaux et possessions. Finalement, elle parvint à retrouver le chemin de la surface dans l’obscurité, et sortant finalement de l’eau, ils se retrouvèrent sur un semblant de plancher humide, sous une fine couche d’eau salée, et au milieu de plusieurs marins qui les dévisageaient avec surprise.
Mais Othello n’avait d’yeux pour aucun d’entre eux. Déposant le Lupin sur le sol avec une délicatesse extrême malgré son poids retrouvé, elle le poussa le plus loin possible jusqu’à ce qu’il soit hors de l’eau. Sa nageoire s’illumina alors. La transformation était trop pénible à maintenir. Haletant, hoquetant, tremblante comme une feuille, la demoiselle pâle fixa l’homme quelques secondes. C’était son éclair qui avait tué la bête, par deux fois. Elle lui devait la vie. Et lui paraissait si proche de la mort, ses lèvres déjà violacée et bleues, sa peau livide. Sans savoir pourquoi, elle se mit à ramper vers lui, retenant des larmes nerveuses qui ne tardèrent pas à déferler le coin de ses yeux, mordant ses lèvres dans un réflexe enfantin. Le protocole de la noyade… Mais elle n’arrivait plus à penser. Braquant le colonel sur le côté, elle s’efforça alors d’appuyer sur son ventre du mieux qu’elle pu, cherchant maladroitement à vider ses poumons, espérant, priant pour qu’il tousse de lui-même et ouvre de nouveau ses yeux. Elle tremblait de plus en plus, presque comme si elle voyait sur lui les bras de Kron se refermer. C’est un marin qui finit par accomplir le sauvetage divin, quand il frappa, plus violemment qu’elle, sur son abdomen. Une coulée limpide s’échappa brusquement de sa bouche pour rejoindre la nappe salée, et il ouvrit finalement les yeux béats. La prêtresse laissa échapper un rire nerveux, et sourit à pleine dents devant son air hagard. Il allait bien. Malona devait être dans les parages sûrement, elle devait s’assurer qu’elle allait bien, elle aussi.

« - Léogan, où est Malona ? » Bafouilla-t-elle du mieux qu’elle pu, entre deux hoquet, essayant de retrouver un semblant de calme.

Le colonel blêmit, autant que la jeune femme qui comprit que quelque chose de grave s’était produit face à son air lourd. Il lui expliqua en quelques mots. La seconde qui suivit, Othello était debout, et traîna sa carcasse saignante jusqu’au pont, abritée de ses cheveux et d’une chemise humide qu’un marin pudique lui avait lancée lui les épaules, qui rougit presque aussitôt. Sa jambe droite était ouverte, cassée, probablement, et elle avait gardée de l’eau ses plaies et ses cicatrices. Mais ce n’était plus sa priorité : la sirène était hantée par l’image de la nymphe de feu blessée sur un lit. Dans les quartiers du capitaine… Boîtante, elle parvint à rejoindre le pont, puis à s’engouffrer dans le couloir à une vitesse impressionnante pour son état. Mais elle ne devait pas perdre plus de temps. Pleurant à moitié, le corps gelé, tremblant, haletant, elle ouvrit brutalement la porte pour se retrouver nez à nez avec un médecin visiblement dépassé par la situation, face à une Malona blême, livide, étalée sur un lit et un linge sur le ventre. Une épine, une épée de douleur se planta dans ce qui restait du cœur de l’oiseau blanc, qui tomba presque devant elle. Les blessures infligées par la lance de Kron étaient maudites. Le saignement ne pouvait s’arrêter, et les coupures ne se refermaient pas. Si c’était l’arme qui l’avait touché, alors elle ne réussirait peut-être pas à la…
D’instinct, elle attrapa la petite main douce de la sindarine, balaya son front du bout de ses doigts froids et constata qu’elle était aussi gelée qu’elle. Ses joues n’étaient plus chaudes, et douces, et ses cheveux sous le noir du ciel apparaissaient ternis. « Désolée… » pleura-t-elle faiblement. « Je suis tellement désolée… ». Elle réunit alors ses deux mains humides à même la plaie, s’humectant du sang de la victime, du sien et d’eau salée, et chercha dans ses dernières forces pour laisser un halo bleu illuminer ses mains, comme venu du fond des cieux. Jamais elle n’avait autant prié, et autant espéré pour que cette magie réussisse, et que Kesha épargne son âme. Sa vision se troubla. Mais elle poursuivit quand même. Ses paupières tremblaient. Ses bras devenaient lourds, et faibles, et froids, et vides. Toute la sirène se sentait creuse, mais elle devait la guérir…

Le corps de la demoiselle blanche finit par s’écrouler sur le lit, la tête lourde, à côté du ventre refermé et soigné de la sindarine, sauvée. Etait-ce un geste de la déesse quand un éclat de lumière vint percer les nuages pour envelopper le navire ? Un faible sourire éclaira lentement son visage de porcelaine. Dans sa vue trouble, jamais les cheveux de Malona n’avait parue si éclatant.


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MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mar 20 Jan - 19:48



Ouvrir les yeux n'avait jamais été aussi difficile que ce jour là. Ses paupières étaient collées de par la poussière de bois qui flottait dans les airs, l'eau salée dans laquelle se fondait un liquide rouge, mais aussi et surtout, Malona ne voulait pas les ouvrir. Lorsqu'ils s'étaient fermés pour la dernière fois, ils fixaient un monstre marin des plus horribles, déchirant le ciel et la mer de ses écailles pâles. La lumière que dégageait le sombre animal fut brisée par un visage noir, brut, blessé, apeuré. C'était celui du colonel du corps prétorial de Cimméria, Léogan Jézékaël. Si les yeux de la sindarine perdirent le contact avec lui, c'est que ses yeux s'étaient remplit de larmes. Larmes de fatigue, de désespoir, de rage, de tristesse et de tout ce qui était possible d'imaginer lorsqu'on est coupable d'amener de braves personnes aux enfers, injustement. De là, tout devint plus calme, son corps devint léger comme une plume et s'envola, plus près des cieux. La lumière s'éteignit et elle se sentit bercée, collée contre le corps nu de sa mère étant enfant. La sensation n'était pas désagréable, c'était … apaisant. Sensation étrange, car dans ce moment de silence, d'ignorance, des insultes semblaient fuser autour de ce petit corps inerte. Des voix tristes, hurlantes, mais si lointaines.

Une langue râpeuse, immense et humide vint nettoyer les yeux de Malona, qui n'avait pas eu la force de le faire d'un revers de main. Ses cils tremblants, elle fit l'effort de les activer et tomba nez à nez avec ce félin géant, blanc, qui accompagnait la belle Othello. Il donnait des coups avec sa lourde tête dans le visage de Malona qui ne pouvait quitter le regard puissant de l'animal. Si jusqu'ici il avait été intimidant et protecteur, il semblait qu'il demandait à son tour réconfort.

Malona cracha instinctivement l'eau qu'elle avait dans les poumons et se redressa lourdement. L'animal recula d'un pas feutré et baissa la tête. Le décor environnant était saccagé. Au dessus de sa tête un trou béant dans la carcasse du navire laissait apparaître des étoiles entre le draps de nuages. La sindarine prit sa tête entre ses mains glacées et ferma à nouveaux les yeux, le temps de respirer. Ses oreilles semblaient se réveiller en même temps que le reste de son corps et les cris avoisinants apparurent. Qu'avait-il bien pu se passer...

Son cœur se mit à battre tellement fort en entendant la panique générale qu'elle reprit ses esprits plus vite que ce qu'il n'était possible d'envisager. Les deux félins, les pattes dans l'eau, s'étaient allongés au sol recouvrant une masse blanche. Le temps que les yeux de Malona s'habituent à ce nouvel environnement de chaos, elle laissa glisser ses jambes hors du reste du lit et ses pieds touchèrent terre... ou mer.
Elle regarda ses pieds et à côté de ceux-ci, un visage. Un visage blanc, orné de cheveux tout aussi pâle. Les sourcils de Malona se redressèrent et ses yeux se remplirent une nouvelle fois de larmes. Elle se laissa tomber à côté de la sirène qui avait perdu tout éclat, sans forces, allongée face à elle, sur des débris de bois, de fer, de verre...
Les félins ne bougeaient pas et regardèrent la scène avec attention, poussant des quasi inaudibles rugissements. Les fins doigts de la sindarine glissèrent sous l'eau et s'invitèrent sous la tête d'Othello pour qu'elle émerge de ce liquide glacial. Les deux félins réagirent alors, et le plus grand des deux aida la sindarine à lever le petit bout de femme à bout de force. Ce n'était pas chose difficile pour la masse de muscle que représentait un tel animal.
Malona se releva alors avec l'énergie qui lui restait, et prit Othello dans ses bras, la soulevant par la taille. La sirène ne touchait ni terre ni mer. La sindarine regarda autour d'elle et un homme était dans le coin de la pièce, dépassé par les événements, et tomba dans les vapes sur un coin sec.
Les jambes tremblantes, la sirène sur l'épaule, elle avança, avec les félins en tête pour retrouver le pont du bateau. Les cadavres humains et les débris jonchaient le sol et flottaient. Les marches apparurent aux yeux de Malona qui s'extirpa des décombres sans réelle difficulté. A chaque pas naissait rage, colère et force dans le corps de la rouquine.

Une scène d'apocalypse naissait alors sous ses yeux. Ne voyant que malheur autour d'elle, et quelques fous qui éclataient de rire nerveusement, les corps déchirés et mutilés.

Elle s'accroupit pour déposer sur le dos du grand félin la petite sirène blessée. Elle glissa un doigt sur sa nuque et ferma les yeux.

Boum... boum... boum... le petit cœur battait, régulièrement, bien que très lentement. Elle abaissa sa tête sur celle d'Othello et posa son front humide contre le sien. Elle y déposa le plus doux et sincère des baisers et se releva, laissant la sirène à ses compagnons.

- Drasha, Jehyel, prenez soin d'elle. Dit-elle d'une voix douce. Je reviens vite.

Le temps de prendre connaissance de l'environnement. Elle n'eut pas réellement le réflexe de se poser des questions, comme : pourquoi Othello et elle étaient dans une couchette ? Où est Léogan ? Qu'adviendra t'il de l'équipage et d'eux mêmes ? Où est la bête ?

Non, non. Quasi nue, elle avançait juste au milieu des restes du navire. Le Soledad n'était plus, il avait perdu sa fougue, de sa force...
Ignorant les êtres autour d'elle, elle arriva jusqu'au bord du bateau et aperçu celui qui avait commit toute cette folie. Le léviathan gisait, mort, à la surface de l'eau noire. Ni tempête, pas une vague, plus rien. Comme si tout s'était éteint, enfin.

Une fois de plus, Malona ferma les yeux, fronçant les sourcils. Elle joignit ses mains tremblantes et respira fortement. Ses mains liées se relevèrent doucement puis arrivées à hauteur de ses épaules, elles se lâchèrent, et bondirent vers les cieux, comme si elle voulait expulser tout ce qui était mauvais en elle, toutes les souffrances acquises. Sa voix vint accompagner son geste et passa au dessus de toutes les complaintes des marins. La mer se mit à frémir, buller puis d'un coup, de hautes algues émanèrent à des pieds de haut et retombèrent comme des lianes maudites autour du corps sans vie du lévianthan. Elles s'enroulèrent de milles tours et disparurent aussi vite qu'elles étaient arrivées, sous l'eau, emportant avec elles le monstre marin afin de l'emmener dans les noires profondeurs de cet océan mystérieux.

Malona tomba à genoux au bord du navire et hurla en pleurant.
Les questions qu'elle ne s'était pas posé tout à l'heure lui virent enfin à l'esprit. Tout devint plus clair, la lance, elle avait été blessée, probablement ramenée en cabine pour être soignée. Elle baissa machinalement les yeux jusqu'à son abdomen qui porta une marque noire, un tissus cicatriciel qui donnait des frissons, elle tourna ses yeux sur Othello au loin et comprit ce qu'elle faisait avec elle en cabine. Fronçant les sourcils pour voir mieux, elle remarqua que la sirène était entourée de marins bien pensants, et elle semblait avoir reprit connaissance. Léo ?
Elle balaya alors la scène d'un regard et trouva le bosco allongé à quelques pieds d'elle. Elle s'en approcha afin de voir ce qu'il en était. C'était ses deux grands yeux bleus qui le trahirent dans le noir. Son visage était blanc comme la neige, ses lèvres étaient rouge, ensanglantées, ce même sang coulait dans son cou. Elle arriva à son niveau. Un haut le cœur prit la sindarine lorsqu'elle comprit. Le grand mât était tombé sur le bosco, son bassin et ses jambes avaient était réduits en bouillie sous le poids de la chose. Elle se pencha alors et du bout des doigts, elle lui clos les yeux. Pour la dernière fois.

Elle contourna le grand mât et tomba cette fois sur Léogan. Il était allongé, lui aussi, près du reste de la poupe du bateau, dans un sale état. Alors qu'elle allait se jeter sur lui, ravit de l'avoir retrouvé, visiblement en un seul morceau ou presque, il la regarda fixement et se mit à rire aux éclats.

Malona tomba à genoux à côté de lui, effarée, haussa les sourcils, ne quittant pas du regard le colonel et...

Qu... HEIN ?!

Si il était physiquement possible que les yeux sortent de leurs orbites et les cheveux se hérissent, c'est dans cet état qu'il aurait vu la rouquine. Mais ne pouvant contenir ses émotions, elle gifla le colonel avec une puissance renforcée.

BORDEL ! FOUTRE ! CACA ! PUTE BOR...


Elle colla rapidement ses deux mains sur sa bouche, respira très vite, très fort, puis elle serra fort Léo contre elle, ne le laissant pas réagir.

Vous êtes en vie, Othello et toi. Bordel que c'est bon à savoir ! Pfiouuuuuuuuuu

Une voix de marin non loin d'eux retentit :

De l'aide ! Un navire approche ! On est sauvés !

Un soupire général se fit entendre sur tout le navire.
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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mer 11 Mar - 3:34

Il revint à lui dans un grand sursaut qui ébranla d'abord sa poitrine, puis secoua son échine et traversa tout son corps comme une décharge électrique. Il eut l'impression de recracher ses poumons quand il vomit toute l'eau de mer qui les imbibaient, hoqueta et se tordit de douleur au milieu des spasmes de survie qui lui déchiraient le poitrail. Il porta une main à ses côtes sous sa chemise ensanglantée et ses doigts tremblèrent en se logeant dans les plaies béantes que les crocs du léviathan y avaient laissées. Dans son autre poing, bien serrée, comme un unique et misérable trophée qu'il avait voulu emporter aux abysses, il y avait cette longue dent courbée qu'il avait gagnée de la bête, et, juste au-dessus de lui, il y avait le visage d'Othello, perdu dans une cascade bouclée de cheveux argentés. Il battit un peu des paupières pour réussir à discerner sur les lèvres orangées de la jeune femme, qui souriait et pleurait en même temps, un air de joie et de soulagement inexprimables. Il lui rendit la pareille d'un rictus un peu pâteux et leva un bras mal-assuré pour entourer ses épaules et calmer ses sanglots de nervosité en attirant son front contre le sien. Il ferma les yeux et soupira longuement.
Bon dieu, c'était fait. La bestiole était crevée.

Et soudain, il entendit dans tout le vacarme qui remplissait ses oreilles le nom de Malona et il blêmit tout à coup. Il bafouilla quelque chose qu'il n'entendit ni ne comprit lui-même et la jeune prêtresse s'en fut en tanguant sur ses jambes jusqu'à la cabine du capitaine.
Étendu sur le dos au milieu des décombres du navire, Léogan perdit rapidement notion de l'espace et du temps. Une éternité se passa, pendant laquelle il s'appliqua essentiellement à garder conscience et à compresser ses plaies à la poitrine pour juguler l'hémorragie, la chair à vif et imprégnée de sel. Il tourna à peine la tête sur le côté, le crâne lourd et les sens altérés, quand il crut percevoir un violent remous dans la mer.
Et tout à coup, à travers les humeurs vitreuses qu'il avait plein les yeux, il discerna la silhouette nue de Malona, couverte d'un sous-vêtement minimaliste et du seul apparat de ses cheveux roux  dans la tourmente, il papillonna des paupières avec surprise, et redressa un peu la tête pour fixer son regard sur le ventre de la jeune femme, où s'épanouissait une large cicatrice noire. Il haussa les sourcils et éclata d'un rire frénétique en se laissant retomber sur le pont. Elle s'effondra à genoux en même temps, l'air scandalisé, et lui assena une baffe à laquelle il ne s'attendait pas et qui l'assomma presque. Quoi ?

« Aah ! râla-t-il, en plaquant une main sur ses cervicales, tandis qu'elle l'attrapait farouchement pour le presser contre elle dans une étreinte...particulièrement intime. « Non non non, non non ! Doucement ! Espèce de frappadingue ! Doucement, c'est fragile ! Je peux attendre pour les remerciements, j'suis pas à ça près, s'il vous plaît laissez-moi respirer... ! »

Elle le relâcha doucement et il prit une profonde inspiration, complètement éberlué par ce qui lui arrivait et par la proximité exceptionnelle de cette jeune Sindarine qui s'épanchait en vulgarités fleuries.

« ...merci. »

Et il s'écroula comme une masse sur le pont.

***

Quand il se réveilla, il ne pensa d'abord à rien sinon à la nuit qui l'enveloppait comme une couverture de coton épaisse et au roulis incessant qui berçait le bateau au bruit apaisant des vagues, au  sifflement du vent entre les planches et à la violence des bourrasques. Les yeux à demi-clos, fixés sur le plafond latté dont il suivait les stries et les lézardes comme un labyrinthe dont il fallait chercher la sortie, il flotta un long moment dans cette léthargie réconfortante, jusqu'à prendre peu à peu conscience qu'il ne se souvenait plus comment il était arrivé ici. Ce n'était pas un sentiment si déstabilisant : il l'éprouvait assez régulièrement à force d'être ramené chez lui ou à l'abri par une âme charitable quand il tombait de fatigue au travail ou simplement ivre mort en dehors du service, assez pour en être affecté davantage que par une lassitude pâteuse – et à l'occasion par une gueule de bois. Et puis, peu à peu, il reprit l'usage de ses sens, un à un, qu'il trouva aussi aiguisés qu'il les avait laissés en s'évanouissant, trop aiguisés et trop douloureux. Ses oreilles pointues tiquèrent au bruit des souffles mesurés et profonds qui hantaient la cabine où il était couché, et frissonnèrent imperceptiblement au moment où il les reconnut et se rappela l'existence des deux filles et des compagnons imposants d'Othello qui faisaient un ramdam de tous les diables en ronflant.
Il leva ses deux mains devant son visage et les trouva couvertes de pansements de lin qui s'enroulaient autour de ses bras jusqu'à ses coudes. Des picotements de douleur les parcoururent quand il agita ses doigts et les battit sur ses paumes engourdies pour tester leur réactivité. En remuant ses pieds, sous ses couvertures, il conclut rapidement qu'ils avaient bénéficié du même traitement. Et ce fut là, tandis qu'il fouillait dans les dernières traces de sa mémoire en fronçant les sourcils d'incompréhension, qu'il se rappela le Léviathan, le grand-mât qui avait brisé le pont en s'effondrant sur la Soledad, le visage d'Othello, luisant de larmes et de sel, son avancée claudicante vers la cabine du capitaine... l'étreinte de Malona, qu'il aurait presque préféré avoir oublié... Et...
Où est-ce qu'on l'avait emmené ?!

« Nom de... »

Dans un sursaut de panique, Léo se redressa en tentant de s'extirper de ces couvertures entortillées autour de lui, mais une douleur insoutenable explosa brutalement dans sa poitrine, toute sa chair, tous ses os, ses nerfs et ses cartilages gémirent à l'unisson des crissements aigus, des déchirures et des craquements secs, et son élan trop brusque, avec le réveil de la morsure du Léviathan, lui monta d'un seul coup à la tête. Il manqua de s'éclater par terre, heureusement ses draps le retinrent à moitié au lit et il s'immobilisa, le souffle coupé. Ses mains tâtonnèrent instinctivement sur son torse, qu'il trouva bandé avec application et, en passant ses doigts entre les pansements, qui sentaient une forte odeur d'onguent au miel et aux herbes, il sentit du fil textile qui fermait étroitement la plupart de ses plaies et quelques méchages qui le firent grimacer – c'était répugnant. Frissonnant et subitement moite, il remua un peu et réalisa que les bruits de ronflements s'étaient tus. Les yeux bleus de Drasha étaient fixés sur lui dans le noir. Il soutint son regard sans bouger d'un poil, pas très assuré, et finit par se redresser lentement, le visage froncé et la vue troublée. Il étouffa une toux dans les pansements de ses mains, et se frotta la figure douloureusement en se comptant un œil au beurre noir, des ecchymoses moins graves et quelques écorchures. Sa cage thoracique lui faisait l'impression d'un étau qui coinçait ses poumons, et chaque respiration lui faisait un mal de chien. La mâchoire de la bête avait dû lui casser et lui fêler quelques côtes, mais quand il pensa qu'il aurait pu tout aussi bien se faire hacher menu et engloutir, tout cela lui sembla tout à coup très dérisoire.

La chaleur étouffante de cette cabine où ils avaient tous été entassés lui porta rapidement sur les nerfs. Il posa précautionneusement ses pieds blessés sur le plancher et se leva très silencieusement. Il trouva, au bout de son lit, ses vêtements lavés et secs – mais en très sale état – et ses vieilles bottes qui n'avaient pas apprécié, visiblement, leur séjour dans l'océan, mais dont on avait pris soin et qui tiendraient donc encore la route. Il sortit de la pièce à pas de loup, faisant vainement signe à Drasha de se tenir tranquille, et scruta un instant dans l'épaisseur de la nuit les deux filles endormies. Leurs respirations profondes et régulières étaient rassurantes et leurs silhouettes, emmitouflées sous leurs couvertures, avaient l'indolence et le calme lourd du sommeil.
Il n'avaient pas beaucoup parlé, tous les trois. Othello était silencieuse et timide, Léogan très taciturne et Malona avait eu beau faire tous les efforts de communication du monde, ce n'avait pas été encore suffisant pour délier des langues qui restaient d'usage roides derrière leurs rangées de dents. Pourtant, il sentait désormais une familiarité paisible, que les adversités de la veille avaient tissé entre eux sans qu'ils n'y prennent garde et sans lui laisser à lui le loisir de refuser. La nuit dernière, il avait quitté leur chambre en les laissant derrière lui dans la plus grande indifférence, mais aujourd'hui, quelque chose avait changé. Il se trouvait une affection et une bienveillance bizarre pour Malona, sa vivacité débordante et ses épanchements spontanés, et pour Othello qui dormait près d'elle et qui avait été d'un courage et d'une volonté admirables face aux déchaînements de la bête et de la mer. C'était comme si un loquet avait été déverrouillé entre eux et avait rendu leur proximité plus naturelle et plus légère.

Léogan sourit imperceptiblement et referma la porte sur elles. Là, dans un couloir sombre où le froid le prit à la gorge, quelques gestes imprécis et brouillons suffirent à l'habiller et il boitilla jusqu'aux marches d'un escalier qu'il gravit en se soutenant laborieusement à la rambarde. En haut, il ouvrit une porte et se retrouva sur le pont d'un navire qu'il n'avait jamais vu de sa vie.
La nuit était sur sa fin. Le bateau avait pris le large pour gagner en vitesse et il filait désormais sur l'onde tranquille, sous le velours d'une nuit claire qui laissait languir la lueur de ses astres dans l'eau sombre tandis qu'à l'est l'aube faisait ruisseler des couleurs dans le ciel, dans les vagues et dans le creux des voiles du trois-mâts, qui le portaient dans un océan de lumières bleues et dorées. Chaque respiration coûtait beaucoup à Léo, mais c'était un prix qu'il ne regrettait pas de payer pour sentir tout l'infini du large gonfler ses poumons et lui piquer vivement la poitrine. Ses yeux noirs, pleins d'un éclat mat, brillant mais sans reflet, absorbaient fiévreusement le lointain horizon qui rayonnait, faisait palpiter sa ligne éternelle comme une ronde autour de lui, qui gravitait et s'enroulait autour du bateau comme s'il n'y avait que lui au monde.
Il marcha, clopin-clopant, jusqu'au bastingage et s'accouda en silence, ses longs cheveux ébouriffés par le vent et son profil amoché offert à l'iode marine. Il y demeura un certain temps, apaisé et vide de réflexion, soulagé soudain que tout s'arrête enfin de tourner là-haut sans cesse et sans cesse. Il ne pensa à rien, un long moment, et, machinalement, fouilla dans la poche de son manteau pour trouver de quoi fumer. Il n'y trouva rien, et c'est en cherchant dans celles de son pantalon que ses doigts meurtris butèrent contre une chose froide et lisse qui érafla ses pansements. Il fronça les sourcils et en sortit la dent du léviathan qui s'était fichée entre ses deux côtes et qu'il avait arrachée d'instinct à son torse pendant la bataille. Il la contempla avec une curiosité détachée et brumeuse, comme s'il émergeait d'un songe, et fit jouer les lumières du ciel sur son ivoire avant de s'en désintéresser et de la laisser retomber dans une de ses poches.

Finalement, inspiré par la faim et une odeur de nourriture qui fumait de la cambuse, derrière le mât de misaine, il se redressa du bastingage et se dirigea sans réfléchir vers la proue, pour se pencher sur le trou ouvert de l'entre-ponts et s'y engouffrer, tandis qu'animé par les fumets des cuisines, son estomac rugissait de famine. Il avança au hasard, seulement guidé par son odorat d'animal affamé. Le ventre du bateau était désert, il n'entendait qu'un bruit de vaisselle en ferraille qu'on déplaçait, et il tomba rapidement sur la porte de la cambuse où s'affairait un grand type blond en tablier devant une marmite qui sentait fort le rata de tomates. Léogan, spectral à l'entrée de la cuisine, le scruta avec le même étonnement que s'il était en train de croiser une girafe en plein centre-ville et finalement, l'homme se retourna et lui adressa une mine surprise mais gaillarde. Il avait l’œil bleu, très vif, le nez cassé et la peau abîmée par l'iode et le soleil.

« Tiens ! s'exclama-t-il avec un rire bref. Mais est-ce que ce s'rait pas un d'nos tueurs de léviathan ?
– Euh. »

Sa voix était rauque et sourde, elle avait eu du mal à s'extirper de sa gorge et il lui semblait qu'il y avait une éternité qu'il n'avait parlé ni même communiqué avec d'autres êtres humains. Il resta là, devant le cuisinier, comme deux ronds de flan, les bras ballants, la mine basse et surprise.

« Allez que m'vaut vot' visite, l'ami ? balança charitablement le grand blond, en se retournant vers sa marmite.
– J'ai... Ben ça doit bien faire vingt-quatre heures que j'ai rien becté et... Bah pour tout vous dire je boufferais un cheval en salade, conclut Léogan, avec embarras. Z'avez rien pour... casser un peu la graine ?
⎼ Pas de cheval, ici ! C'est de l'églefin grillé, et bouilli avec des tomates.
⎼ ...bah ça ira bien aussi, hein.
⎼ C'est l'repas du midi. J'peux vous en faire d'avance, mais j'commence à peine alors ça va prendre un peu d'temps. Ça vous dérange pas d'patienter un peu ?
⎼ Nan, c'est bon, si j'peux me poser là en attendant... marmonna faiblement Léo en montrant un tabouret d'un geste vague. Roulez, ça ira. Pis si vous pouvez faire deux autres écuelles pour les dames, j'vous en s'rais reconnaissant.
⎼ T'nez, y a un peu de viande séchée pour vous caler, vous pouvez vous faire des tartines. »

Il s'assit sans prendre la peine de remercier son hôte de circonstance et avisa avec appétit du pain sec et des tranches de viande séchée qui débordaient d'un sac de papier. Il s'affaira tranquillement à se monter son premier petit-déjeuner, qu'il commença à engloutir avec entrain, avant de se rappeler la présence du cuisinier qui s'occupait d'écailler méthodiquement trois poissons. Il le regarda manier son couteau avec le même intérêt absorbé et finit par secouer la tête pour se réveiller un peu.

« J'ai un peu perdu l'fil, qu'est-ce qui s'est passé avec la Soledad ? demanda-t-il en fronçant les sourcils, la bouche pleine de pain et de viande. Et j-on est j-où, là au juste ?
⎼ Sur un fier bâtiment de la Compagnie des Eaux dorées la Rose des vents. On fait la route des épices de Hellas à El Bahari, escale à Mavro Limani. Ce vieux Veenboer nous ouvrait la route, un coup de chance pour lui.
⎼ La Soledad a sombré ?
⎼ Y avait rien à faire pour la sauver. Mais ils s'en r'mettront, Veenboer a plus d'un tour dans son sac, seulement le renard était trop pingre pour s'acheter un aut' rafiot, ou alors il aimait trop la Soledad, difficile à dire, seulement, croyez-moi sur parole, il a de quoi casquer, c'est pas un problème.
⎼ Mh hm, acquiesça évasivement Léogan, en roulant une boulette de pain entre ses doigts, le front plissé et l'esprit ailleurs. Rah, quelle guigne. » Chaque fois qu'il mettait le pied sur un bateau, il fallait qu'on l'envoie par le fond, c'était ahurissant quand même. « Dites... Mon... vieux ? Vous prenez pas d'passagers par hasard ? »

La Rose des vents faisait apparemment aussi office de vaisseau de transport. C'était, comme tous les bâtiments de la Compagnie des eaux dorées, un grand navire, riche et prêt à tous les commerces gras pour s'enrichir encore. On ne refusait jamais de passagers. Il y avait plusieurs cabines, et le capitaine leur en avait offerte une pour la nuit, à lui et aux filles, à la demande du médecin de bord qui avait traité également les blessures de la sirène épuisée, et qui lui avait immobilisé sa jambe cassée jusqu'à ce qu'elle soit en mesure de se régénérer par elle-même.
Léogan conclut avec le cuisinier qu'il irait aviser avec le capitaine d'un accord pour la traversée, s'en fut avec ses trois assiettes creuses pleines de tomates dégoulinantes et de poisson, un balluchon de pain sous le bras, et revint laborieusement sur ses pas en mâchonnant un bout de viande séchée. Il oublia ses blessures aux pieds, dévala la volée de marches qui menaient à leur cabine et sautilla en grimaçant sur la fin – en renversant un peu de tomate partout – alors que ses plaies se rappelaient à son bon souvenir. Bref, il ne s'en formalisa pas longtemps et donna un coup d'épaule maladroit à la porte de leur chambre pour l'ouvrir.
Déposant sans précaution cette fois les assiettes et le pain sur la table, il alla ouvrir les rideaux d'un geste vif pour laisser la lumière violacée des aurores déferler sur le lit des deux jeunes femmes.

« Y fait jour, belles endormies ! s'exclama-t-il, rayonnant d'énergie comme le soleil qui se levait. Et y a d'la tambouille pour déjeuner. Ça va, c'est pas trop crade, en tout cas c'est mangeable. »

Il cala une écuelle dans les mains d'Othello, puisqu'elle était incapable de se déplacer pour le moment, et sourit d'un petit air moqueur devant son minois endormi. Enfin, il se laissa tomber au bout de leur lit avec enthousiasme et reprit :

« J'ai parlé un peu avec le cuistot, paraît qu'on est en route vers Mavro Limani. C'est la marine marchande – vous savez, la Compagnie des Eaux dorées. Y traînent pas mal à Hellas, voyez ? Enfin, Veenboer, le capitaine de notre bicoque qui a sombré, c'est plus le genre aventurier, lui, il connaît les récifs du lac gelé et il a tracé le chemin vers El Bahari tout un tas d'fois. Vu que la Rose des Vents – notre rafiot, là – a un équipage plutôt jeune, elle nous faisait du cul à cul pour son coup d'essai. Un peu de veine dans toute cette cagade, quand même ! »

Il sourit à nouveau de toutes ces dents et poussa un petit soupir de soulagement, qui le fit aussitôt tousser douloureusement. Grommelant un peu, il se débarrassa de ses bottes qui commençaient à comprimer ses pieds couverts de pansements et puis alla couper trois tranches de pain sur la table, avant de servir les filles et de s'installer sans gêne à la même place avec sa propre assiette où il commença à patauger avec sa cuillère et son pain.

« Je crois qu'on a besoin de causer un peu tous les trois, leur dit-il en les caressant d'un regard bienveillant. Ça s'est goupillé vraiment très vite notre affaire, on a monté notre équipe sur le tas, avec pas mal d'opportunisme en ce qui me concerne – je n'vous ai pas laissé le temps d'y réfléchir, Othello, je voulais partir, admit-il avec un léger embarras. Et malgré tout ce qui est arrivé, ou peut-être même... d'autant plus, c'est toujours le cas. » C'était sans doute l'idée d'avoir défoncé un léviathan et survécu à la bête et au déchaînement des éléments qui le mettait de si bonne humeur. Il y avait des lustres qu'il ne s'était pas senti aussi vivant et il était à des lieues du loup austère et méticuleux qu'Othello connaissait sous le titre de colonel de la garde prétoriale. Il s'esclaffa d'un rire bref et étouffé, mais reprit rapidement son sérieux – autant qu'il pouvait le regagner en tout cas. « Mais... Vous savez ce que vous risquez. Nous pouvons aussi accoster pas loin de Cimméria pour que chacun rentre chez soi. Sais pas, conclut-il, en se grattant le crâne du poignet dans sa tignasse épaisse, et en lançant un regard appuyé sur Othello. Ça dépend d'vous. Et pis d'vous aussi, Malona, faudrait pas qu'ça vous ait déballonnée. »

Il sourit à la rouquine et sa poitrine se serra bizarrement, alors il replongea le nez dans son poisson et ses tomates. Son assiette posée sur ses genoux, appuyé contre la cloison en bois au bout de leur lit, il émiettait son pain et roulait encore nerveusement des boulettes de mie entre ses doigts, qu'il mangeait ensuite nonchalamment. Et puis soudain, il sembla se réveiller et releva la tête pour fixer l'ondine avec inquiétude.

« Euh. J'ai pas franchement fait le rapprochement jusqu'ici mais... Vous avez rien contre les plats de poisson en sauce, Othello, dites-moi ? »


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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mar 7 Avr - 9:19

Un craquement sinistre s’envola dans la pièce, une vibration brûlante qui râlait depuis les profondeurs abyssales d’un navire inconnu et qui rappelait amèrement un ricanement sournois. Le bois moulue qui enveloppait la coque avait choisi son moment pour se réveiller, faisant vrombir ses planches humides jusque dans la petite chambre, où régnait une chaleur étouffante pour le climat cimmérien. L’air était lourd, gras, presque trop duveteux pour arriver à respirer. La lumière moite plongeait toute la chambre dans une obscurité parasite, qui ne ressemblait guère à cette clarté pâle qui régnait sur le Soledad… Les nuages gris s’étaient-ils enveloppés pour laisser la place à la nuit ? Dans les ténèbres palpables, deux yeux d’un bleu d’acier épiaient le moindre signe de mouvement. Le grand félin, allongé en croissant de lune, veillait avec soin au rythme des poitrines qui se levaient, parfois avec peine. Il était éveillait depuis de longues heures déjà. Sur son torse s’était assoupi la petite féline, sa nouvelle consœur. Les motifs de sa fourrure étaient encore bouleversés dans des courbes atroces, mal séchés après la tragédie marine. En son cœur de tigre et son esprit de guerrier, il s’était juré de ne jamais plus retourné sur un bateau… Décidément, il n’avait pas de chance.

Au bout de plusieurs minutes à scruter les lits immobiles, un bruit gémissant, suivit d’un claquement douloureux s’éleva dans l’atmosphère pesante. Il braqua alors son regard froid sur le lit à l’extrémité, où une première âme s’élevait. Dans un sursaut brusque, l’homme à la crinière de tempête s’était redressé sur son lit, avec une mine affreuse et un air ahuri digne du combat. Le tigre l’observa quelques secondes. Il savait qu’il ne représentait pas une menace. Dans la bataille, il avait su se démener autant que lui, tout en ramenant les deux demoiselles vivantes. La méfiance qu’il cultivait envers lui avait progressivement disparu, jusqu’à s’envoler, quand il l’avait revu vivant. Il se pourrait même qu’il le toléra, à présent. Le silence les enveloppa de nouveau, et pendant ce temps le regard de glace couva attentivement le sindarin silencieux, qui s’évadait petit à petit du monde des songes dans lequel il avait était plongé pendant de longues heures. Finalement, il se leva, très délicatement, le punissant de son regard sombre pour qu’il ne bouge pas à son tour. A vrai dire, loin lui était l’idée de bouger. L’ondine ne s’était toujours pas éveillée. Tant que ce n’était pas le cas, il resterait là, tapis, et immobile.

Un nouveau craquement brusque. La coque avait encore craqué, cette fois-ci un peu plus fort, alors que la porte se refermée doucement derrière elle. Dans un fugace tremblement, une paupière diaphane s’était légèrement élevée, puis s’était brutalement refermée, comme obligée par un sommeil lourd. Othello n’aimait pas ce genre de réveille – en réalité, elle avait toujours aimé dormir, et trouvait même au sommeil un charme que l’éveil n’avait pas, comme un papillon dans un cocon qui ne souhaitait jamais sortir. Et pour des raisons évidentes, ce réveil était encore plus désagréable que tous les autres. La douceur envahissante des lourdes couvertures épaisses, sûrement de la laine, n’était que fardeau pour elle, et elle cru soudain qu’au dessus d’elle étaient posés des poids. Ce fut la première chose qu’elle sentit, ce sentiment d’oppression, de cage, d’étau qui enfermait son thorax, qui éprouvait le plus grand mal à se soulever. A moins que ce ne fut sa propre peau dans laquelle elle se sentait enfermée.
S’en suivit une vive et violente douleur, brutale, électrisante qui la traversa soudain et qui causa à ses yeux brumeux de s’écarquiller douloureusement. Le courant la traversa d’un coup, l’enlevant à ses rêves… Et fut si vive qu’elle l’y replongea immédiatement. La petite sirène assoupie avait été conduite de nouveau à son sommeil lourd, à moins que cet état comateux ne fut qu’un mauvais malaise.

Un rayon importuné de soleil caressa sa peau. Et elle s’éveilla de nouveau, cette fois-ci bien plus doucement. La douleur était encore là, mais moins intense, plus tolèrable, et surtout localisée. Ses jambes brûlaient, et piquaient intensément. Ses avant-bras tout autant, et son torse, comme un mécanisme cassé, se soulevait difficilement et craquait à chaque effort. Mais le reste de sa petite anatomie ne souffrait plus. Le tout était nappée d’une profonde lourdeur, une pesanteur forcée qui la hantait, et l’engourdissait. A moins que ce fut le sommeil qui la paralysait encore … Othello se sentait faible, et plongée dans un brouillard sec et épais. Elle émergea difficilement de son songe : la sirène était encore bloquée sous la surface. Ses petits yeux sombres balayèrent longuement la salle obscure. Ses cheveux blancs, dispersés autour d’elle, recouvraient son buste d’une énième couverture ondulée. Les fantômes vermillon qui les parsemaient jadis avaient complètement disparu, au profit de l’éclat pâle qui les parait habituellement.
L’endroit était sombre… La chaleur de son nuage de coton l’étouffait, et elle se retourna doucement dans un gémissement faible. L’ombre la berçait doucement… Elle se trouvait encore ailleurs, loin, plus haut que tout être, flottant dans l’immensité de l’abandon et de l’inconscience. Ses souvenirs étaient encore assoupis, recouvert d’un voile d’oubli posé par le sommeil. Comme un enfant ouvre les yeux, elle resta longtemps dans cet état second, bercée par l’ombre et étouffée par la chaleur brûlante de sa couche. Un éclat rougeoyant attira son regard, alors, qui s’échappa alors de l’ombre pour distinguer, dans le même lit, la silhouette assoupie de Malona.

Malona ? Elle ouvrit brusquement les yeux, essayant de se redresser en vain de sa prison de couette, soulevant à peine son corps dans un effort trop brutal. Son état la clouait au lit… Mais qu’étaient-ils devenus ? Où se trouvaient-ils ? Dans un semblant de râle, Othello réalisa alors brutalement sa faiblesse, son état, et tout lui revint alors à l’esprit. Dans la nuit de la chambre, elle se retrouva de nouveau face à face avec le tétanisant roi des abysses, et ses yeux électrisant, avant qu’il ne sombre vers sa tombe engloutie. Mais Malona… Le dernier de ses souvenirs la ramena vers elle, vers son torse à moitié ouvert, d’où s’échappait des nappes immondes de sang. Puis plus rien, rien qu’un creux béant.
Pendant quelques secondes, elle se dandina maladroitement, soulevant ses épaules avec fracas pour finalement ne dégager que ses deux mains et replonger dans la pétrification, épuisée de ses faiblards mouvements. Sous les mêmes couvertures qu’elle – du moins, de ce qu’elle imagina – était allongée, et lui présentait son visage candide et ses courbes angéliques. Mais rien, aucun bruit ne provenait d’elle… Un froid entier s’empara d’elle, alors qu’elle contemplait le corps trépassé de la sindarin…
… Qui soupira alors, dans un sommeil lourd. Elle était vivante. Le poids de la peur se dégagea alors de sa poitrine. Elle était vivante… Et avait l’air d’aller bien. Ses yeux s’adaptant, elle pu regarder son visage d’adolescente pleinement endormie dans un repos bien méritée. Il ne manquait plus que Léogan, et tout le monde était sauvé. Dans une courbe ankylosée, elle découvrit à côté d’elle un autre lit tout à fait vide, mais aux draps défaits et chiffonnés. Malgré la douleur et la confusion, elle sourit faiblement : le loup n’était pas n’importe qui, c’était à parier qu’il serait le premier d’entre eux à pouvoir gambader. Mais le souvenir de ses tribulations avec le monstre lui revinrent alors… Et elle pria pour que ce ne soit pas le signe d’une mauvaise guérison.

Il fallait relativiser. Elles se trouvaient dans un chambre apparemment, plutôt spacieuse, mais lourde d’atmosphère et à l’air rare et usé. Cela devait faire des heures  qu’ils dormaient là. Un éclair la traversa de nouveau, et elle se plia de douleur, mordant ses lèvres pour ne pas crier. Elle n’était pas guérie… Elle n’avait pas eut le temps de se soigner après avoir aidé Malona. Cela avait réussi alors… L’éclair s’acheva alors, la laissant lourde, encore, et dans un brouillard crispé.  Que Drasha et Jehyel aillent bien… Dans un rictus désagréable, elle regarda idiotement vers le plafond pour taire ses larmes qui naissaient. Si ils étaient partis par le fond, elle ne se le pardonnerait jamais… Et là, brusquement en baissant le regard, elle découvrit dans un coin de la pièce ses deux compagnons félins entre éveil et sommeil, qui avaient l’air d’aller bien. Finalement, elle fut apaisée…

Et soudain, la porte se rouvrit grand, remplissant l’air déjà étouffant par une odeur lourde de poisson marinée et de légumes, puis une vague de fraîcheur qui était la bienvenue. Dans un vibrant semblant de force, et sous ses frasques détruites et ses cheveux froissés par sa sieste prolongé, le colonel avait l’air royal d’un guerrier revenu de la tombe, éblouissant de la lumière du jour qui entrait dans la pièce. Le voir provoqua chez la petite poupée une vague de soulagement, qu’elle eut du mal à exprimer, ou même à identifier dans son esprit encore lourd. Et, sans qu’elle ne puisse comprendre plus, elle se retrouvait avec un bol odorant et chaud entre ses mains tremblantes. Comme un ouragan, Léogan s’était engouffré chez les assoupies pour souffler sur elles un vent vivifiant qui les ramenait à la vie. Ni une ni deux, il les toisa de sa voix rauque, tout remis qu’il semblait être, pour s’assoir au bout de leur lit, un regard de défi qui scrutait les deux demoiselles encore assoupi.
Et pendant quelques minutes, il leur expliqua les derniers évènements, de son patois familier et sincère qu’elle attribuait difficilement au loup d’Elerinna. On aurait dit un autre homme que celui qui était venu la trouver dans sa boutique il y avait de cela une grosse poignée d’heure. Après avoir risqué leur vie, elle commençait à découvrir l’homme qui se cachait sous ce masque d’ombre et de mystère.

La proposition qui se faufilait au bout de ses paroles la surprit autant qu’elle la désarma, dans son simple appareil recouvert d’une chemise sommaire de lin, et son corps brisé bandé maladroitement. Son œil chercha Drasha, qui apparaissait et disparaissait dans les volutes de vapeur qui s’élevaient de sa gamelle. Repartir… Retrouver la froideur de sa boutique… Elle avait du mal à tenir, son esprit était lourd et énervé… Mais léger, dans le sens où elle luttait bizarrement pour mettre la main sur la moindre pensée. Finalement, quand il aborda le sujet délicat du contenu de son assiette, elle crispa un sourire amusé du bout de ses lèvres abîmées par le sel de la mer.


« - La plupart des poissons sont carnivores, et dévorent jusqu’à leurs congénères. » Lui dit-elle d’une voix un peu cassée. « Vous imaginerez bien qu’il s’agit d’un de mes plats préférés… »  

Dans un regard entre l’endormissement et la légèreté du coma, elle regarda les petits morceaux de chair blanche flotter au milieu de la mer de tomate, épaisse et luisante, onctueuse comme une purée. Rassemblant ses forces, elle attrapa doucement le bout de pain du bout de ses doigts pour le tremper dans ce jus carmin. Ce n’était pas une de ses habitudes de jouer avec ses aliments – du moins, de leurs morts – mais elle devait admettre que son ventre creux n’avait nullement faim.
Pendant quelques instants, elle hésita entre le lupin et la rouquine, ne sachant à qui parler en premier. Et les décisions… Ce n’était pas vraiment son truc. Mais à présent qu’ils étaient tous les trois abîmés, et qu’on distinguait clairement les bandages qui les liaient, elle devait se rendre à l’évidence : ils avaient tous largement sous-estimé la dangerosité de leur entreprise. Et, Malona la première, devait s’en rendre compte. Othello était loin d’être une meneuse, et avait à peine le caractère suffisant pour se laisser faire – elle vivrait bien en hermite, elle se l’était d’ailleurs souvent promis. Quoiqu’il advienne de leur voyage, elle se contenterait de suivre, jusqu’aux terres australes ou jusqu’à Cimméria, ou elle retrouvait le climat pesant qui recouvrait sa vie.

Finalement, elle finit par relever le bout de pain un peu trop sec pour en croquer un bout, mâchant longuement la mie amer, sentant les rouages de sa mâchoire à chaque mouvement rouillé. Il fallait tout de même qu’elle s’exprime. Devait-elle être honnête… Elle ferait preuve de sincérité, d’abord envers elle-même, puis envers ses deux comparses. Alors, reposant dans son assiette fumante le morceau de croûte à présent dépecé, elle avoua, d’une franchise désarmante, tournant son petit visage lunaire vers eux comme si de rien n’était :


« - Faites votre choix : il est votre également. Mais pour ma part, je dois avouer que cela faisait longtemps que… Je ne m’étais sentie aussi libre. » Ce périple prenait de plus en plus des airs d’échappatoire, et elle devait admettre que sa vie monotone et sombre ne lui manquait pas, même quand leur parcours était semé de danger. C’était un risque à prendre… « Je ne veux pas vous sembler arrogante… Mais il faut bien avouer qu’Hellas ne me manque pas vraiment… » Après quoi elle baissa le visage. « Je serais heureuse de poursuivre ce voyage… »

Mais le choix ne lui appartenait pas. L’ondine avait la force, et l’expérience nécessaire pour se battre, et affronter les dangers qu’ils pourraient rencontrer – du moins, sauvages. Mais peut-être que Malona aurait été un peu refroidi par l’accident. Doucement, elle se retourna vers elle, soucieuse de prendre de ses nouvelles et de la voir bien portante. Souriant paisiblement, elle la regarda alerte, s’inquiétant de son état :


« - Mais c’est à vous de choisir, Malona. Votre objectif reste-t-il inchangé ? Ne vous faites pas de mal en risquant ce voyage, vous avez déjà donné du vôtre pour venir en Cimméria. Il ne faudrait pas que vous risquiez votre vie… Sachez néanmoins que, si vous le voulez, je suis prête à vous suivre, vous et Léogan. » Dit-elle à tous les deux.
Finalement, elle prit une deuxième bouchée de pain.  

« - Vos blessures… Comment vont-elles ? Allez-vous bien ? » S’inquiéta-t-elle alors, la tête lourde sur son oreiller de duvet, regardant ses deux compagnons pour attendre leur nouvelle, s’attardant sur la sindarine, et ses deux grands yeux verts, qui retrouvaient un peu de leur pétillante lumière.
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MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mar 7 Avr - 19:30

Le dernier souvenir qui émanait de la mémoire de Malona était la vision de ce grand navire sombre, approchant de la triste carcasse du Soledad.

Les rêves - ou les cauchemars aussi sordides les uns que les autres – s'enchaînaient dans la petite tête de la rouquine. Les cadavres humides s’agrippant à ses pieds, la peau pâle sans vie de la fine sirène blanche qui flottait à la surface de l'eau grise et tumultueuse, les cheveux noirs ondulés de Léogan qui baignaient dans une mare de sang sur le pont du bateau, gisant entre les tonneaux et autres débris de bois, les marins hurlants à la mort et pleurant leurs compagnons... Si les affreuses douleurs d'Othello ne l'avait pas forcé à pousser des petits gémissements, ces horribles songes auraient pu persister.
C'était plus un pincement au cœur que Malona ressentait plutôt qu'une douleur physique. En ouvrant les yeux, elle devinait une pièce sombre et une lourdeur indéfinissable. Les choses se précipitaient, elle n'avait pas eu le temps d'émerger, de calmer ses palpitations et de voir si elle avait réellement entendu la voix d'Othello qu'un fracas se fit entendre et une lumière perça la vision obscure de Malona.

Celle ci ouvrit les yeux à leur maximum, mais ne pouvait pas réellement se redresser à sa guise.
Les voix de Léogan et Othello firent alors leur apparition, et apaisaient la sindarine sans une once de doute.
Et quel dynamisme ! Léogan semblait en pleine forme, à sa voix en tout cas. Car vu l'état dans lequel il était avant que la mémoire échappe à la rouquine, c'était pas jojo.
Elle buvait les paroles de ses compagnons sans difficulté, ses oreilles étant grandes ouvertes, mais elle n'osait pas tourner la tête vers eux.

Les deux s'étaient alors adressé à elle, avec un naturel et sans rancune audible.
Allongée sous une masse de draps, couettes et autres, elle glissa sa main droite sur son abdomen, poussa d'un revers de main gauche ses couvertures pour les laisser tomber au sol sans un bruit puis se redressa sans un mot, sans émotion et posa alors son regard sur eux.
Il ne fallut pas une seconde pour que la poitrine de Malona se sert à la vue de ces silhouettes fatiguées. Sa mâchoire se crispa, ses sourcils froncèrent, elle pinça sa lèvre puis éclata en sanglots.
Tout avait commencé par elle. On aurait beau lui dire que le léviathan n'était pas sa faute, mais elle les avait traîné là, et elle se sentit coupable de façon légitime.
Elle se recroquevilla, adossée à une lourde poutre de bois, se balançant d'avant en arrière, suffoquant.

Comment pouvaient-ils être si... si joyeux ? Pourquoi Léo n'avait-il pas crié sa colère alors qu'il venait de se faire à moitié bouffer par un monstre marin, pourquoi n'avait-il pas déjà ordonné aux hommes de ce navire de les ramener le plus rapidement possible sur terre afin qu'il puisse retrouver ses occupations chargées de Colonel ? Pourquoi n'avait-il dans sa voix aucune rancoeur envers Malona et son petit tour de passe-passe pour le charmer en lui parlant de l'île pour qu'il l'accompagne ? Pourquoi on devinait à travers ses mots qu'il était partant pour continuer cette piteuse et dangereuse aventure ? Tout ça pourquoi ? Une putain de découverte de merde ?
Pourquoi la belle et douce Othello avait naïvement accepté de suivre le colonel ? Quelles en était les vraies raisons ? Pourquoi souriait-elle ? Comment faisait-elle surface à la douleur ? Poursuivre ce voyage ?

- Bordel mais j'ai failli vous tuer... Vous ne vous rendez pas compte de la merde dans laquelle je vous ai foutus tous les deux ? Par mon idée de découvrir des terres, des dizaines d'hommes sont morts et vous, vous avez manqué d'y passer, de façon atroce ! Elle appuya alors sur son abdomen, une façon de se punir, et se laissa tomber en avant, la tête posée entre ses genoux glacés. Qu'est-ce que j'ai foutu...

Elle respira alors tout doucement, releva la tête vers Othello et Léogan hébétés. Les deux félins derrière eux s'étaient assoupis en voyant que tout le monde semblait éveillé.
Othello et elle portait la même chemise de lin, d'un blanc cassé tournant un peu vers le beige, elle était trois fois trop grande pour Malona qui se mit alors à imaginer quel personnage aurait pu l'avoir porté avant elle. Debout, elle devait lui arriver plus bas qu'aux genoux. Elle l'utilisa pour essuyer ses larmes et son nez qui coulait, et fit un petit sourire gamin.

- Vous avez ma façon de relativiser et de voir le bon côté des choses. Je vous envie, là, tout de suite. Je ne la trouve pas. Elle baissa à nouveau les yeux en fronçant les sourcils et vit à ses pieds une assiette. L'odeur qui en émanait lui donna des frissons, une faim terrible déchirait son petit corps, mais le nœud aussi gros que son ventre qui s'était formé à l'intérieur de celui-ci, l'empêchait de s'imaginer manger quoi que ce soit. Elle avala sa salive tant bien que mal et tenait de contenir les larmes qui souhaitaient encore quitter ses yeux.

Elle s'approcha alors du bord du lit, laissa glisser ses pieds au sol qui crépita quand ceux-ci atteignirent leur point de chute. Malona s'approcha alors d'Othello, se mit à genoux à côté d'elle, prit sa tête entre ses petites mains et lui donna un baiser sur son front, prenant le soin de dégager une mèche de cheveux en la glissant derrière la nuque de la sirène. Elle se releva, se retourna et fit de même à Léogan. En le regardant, elle lui lâcha un sincère « merci ».

- Othello, Léogan, rejoignez-moi dehors si vous en avez le courage et la force, si ce n'est pas le cas, je vais prendre l'air et je vous retrouve dans quelques minutes.

Puis elle insista en regardant Othello.

- Mangez.

Soupirant, elle poussa la porte de la chambre, posa ses deux mains sur sa tête, croisant ses doigts et divagua dans un couloir étroit, marchant vers la lumière. De son genou, elle ouvrit une porte derrière laquelle un halo de lumière se distinguait. Hélas, ce fut un échec, elle tomba dans une petite pièce avec une ouverture qui donnait sur l'extérieur, cela semblait être des latrines. En tout cas, ce fut à l'odeur qu'elle le devina.

- J'pensais qu'ils faisaient ça dans un seau et qu'ils balançaient tout après à la flotte... dit-elle doucement.

- C'est c'qu'on fait.

Un gars d'ici avait pointé le bout de son nez avec la délicatesse d'un chat, étonnant vu la taille du machin. Elle regarda alors la chemise qu'elle portait et le gars, faisant une association d'idée.

- Ah bon, mais du coup c'est...

- Ma chambre.

- Hm. Veuillez m'excuser.

Elle prit alors congé du gars et marcha dans l'autre sens, attirée par l'odeur d'air frais. Elle monta des escaliers et se trouva enfin dehors.
Le ciel avait retrouvé de sa clarté, le soleil venait de faire surface et donnait au ciel des couleurs réconfortantes.
Sur le pont, nombreux étaient les hommes balafrés, marqués par les événements récents, épuisés. Certains dormaient sur des cordages, d'autres prenaient juste un bain de soleil, tout semblait plus calme.
Malona, avec sa bonté naturelle, alla embrasser tous les marins, de la même façon qu'elle avait offert un petit baiser de remerciement à ses compagnons puis vint poser ses fesses sur la proue du bateau. Elle releva alors sa chemise, prenant soin de regarder autour d'elle qu'elle n'était pas observée avec insistance, et regarda sa plaie noire.
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Léogan Jézékaël
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mar 19 Mai - 21:25

Othello s'était imperceptiblement crispée au moment où Léogan avait refait allusion à sa nature d'hybride – il fallait lui reconnaître un certain talent pour mettre les pieds dans le plat, n'est-ce pas – mais elle consentit à répondre poliment, malgré le malaise dont témoignaient les tremblements de sa voix. C'était à l'évidence un sujet délicat et il était compréhensible qu'en tant que Yorka, la jeune femme s'inquiète des pensées qui pouvaient couver dans l'esprit de son entourage, mais Léo de son côté était depuis très longtemps étranger à toute forme de discrimination – et disons que si dans sa jeunesse, cette tolérance pouvait sembler superflue voire carrément snob, après s'être lié de la seule amitié solide de son existence avec un Lhurgoyf, on pouvait lui reconnaître de n'être pas prompt à juger les gens en fonction de leur race ou de leur appartenance. Il lui adressa un sourire en coin avant de prendre tout à fait conscience de sa réponse et de rire un peu en agitant sa main gauchement.

« Ha. Non mais oui forcément. Question stupide. »

Il continua de manger en écoutant respectueusement les paroles que la sirène semblait peiner ou se forcer à aligner et lui jeta un regard curieux en remarquant avec amusement qu'elle se faisait plus loquace que d'habitude. La première confession de la jeune femme lui fit lever le nez de son écuelle avec un intérêt fauve. Plus libre, hein ? Il l'observa d'un air secret, sans dire un mot, et avoua à son tour sans ambages :

« Y a pas motif à s'en blâmer, Hellas est très loin de me manquer aussi. Vous verrez, El Bahari, c'est plus... Vivant. Et grands dieux, vous saurez enfin ce que c'est qu'le soleil. Dites-vous qu'en vrai, vous l'avez encore jamais vu. »

Quelque part, après l'avoir vu se battre sauvagement dans les profondeurs contre le léviathan, il n'avait pas douté qu'Othello soit enthousiaste à l'idée de continuer dans cette veine-là. Ils s'étaient fossilisés, à Hellas, tous autant qu'ils étaient, dans la glace et sous le regard froid du ciel. Chaque jour, c'était la même routine, les mêmes angoisses sourdes qui frissonnaient sur leurs nerfs, les mêmes tâches à accomplir, tant et si bien que lui en tout cas ne distinguait plus dans toute cette mélasse grisâtre qu'il passait sa vie à traiter avec de la saloperie, ou plutôt qu'il ne s'en formalisait plus.
Othello, malgré son air léger et pensif dans ses oreillers, semblait particulièrement épuisée et quand elle s'enquit de leurs blessures, à Malona et lui, il décida de jouer la carte de la négligence et balaya la question d'un revers de la main.

« Ben, écoutez, c'est-à-dire, aussi bien qu'un bout de viande à moitié mâchonné et recraché ensui... »

Mais tout à coup, un hoquet s'arracha en tressautant de la gorge de Malona, ses grands yeux verts s'écarquillèrent et elle éclata en sanglots – de lourds sanglots qu'elle avait dû enfermer dans sa poitrine depuis de longues minutes, cette espèce de pleurs qu'on ne voit pas venir, qui perle, roule et emporte tout soudain sur son passage. Léogan, effaré, se retourna vers elle et se paralysa d'horreur  en la fixant, comme une catastrophe naturelle inarrêtable, un raz-de-marée qui déferlerait sur un petit bateau de pêcheur, un barrage qui céderait, des eaux qui déferleraient en furie dans la vallée et engloutiraient le malheureux village qui se serait trouvé là. Il était un peu le voilier du pêcheur sous le tsunami, ou la cabane du village dans la déferlante, sa cuillère en bois dans une main au-dessus de sa tambouille et le regard désemparé.
Il tenta de croiser celui d'Othello au moment où Malona commençait à bredouiller entre ses larmes des bribes de la culpabilité lourde et poisseuse qui l'étouffait de l'intérieur. Puis il retourna à Malona, qui se recroquevillait comme une fillette dans son coin, le visage rougi de pleurs et les lèvres tremblotantes. Léo posa une main maladroite sur le genou replié de la jeune femme, il le tapota sans grande conviction, tandis qu'elle hoquetait, et il chercha parmi les courants d'air qui lui traversaient le crâne quelque chose à dire qui aurait une quelconque pertinence dans ce moment pénible.

« Ces types seraient morts de toute façon, marmonna-t-il. Peut-être même que sans nous, il n'y aurait pas eu de survivants du tout. »

Non mais voilà... Typique. Tu ferais mieux de fermer ta mouille, mon pauvre ami.

« Désolé je suis pas génial pour réconforter les gens... Après si vous êtes plutôt intéressée par un commentaire sarcastique... C'est davantage dans mes cordes. » tenta-t-il de plaisanter, le bras appuyé sur le genou de Malona.

L'humour n'était peut-être pas l'outil le plus adapté à la situation, mais Léogan n'en disposait pas de beaucoup dans son maigre arsenal de calamité interstellaire des relations humaines. C'est-à-dire que bon... Il y avait eu des morts, oui, c'était un fait. Dans une certaine mesure, il comprenait que Malona puisse vivre ce périple en mer comme une vraie tragédie en cinq actes. Mais enfin, ils ne les connaissaient pas, ces gens. Et malheureusement, eh ben... Ce sont des choses qui arrivent.
Mais la rouquine tirait finalement un petit sourire triste dans les plis de cette chemise trois fois trop grande pour elle, et Léogan, qui sentait toujours, quoi que moins intensément, un picotement bizarre au cœur à son endroit, lui sourit également avec douceur, avant de grimacer de gêne à sa remarque et de lui rire au nez. Bah s'il avait cru qu'un jour quelqu'un le féliciterait pour 'voir le bon côté des choses'... C'était fâcheux mais cette pauvre Malona avait l'air de confondre assez dramatiquement l'indifférence avec l'optimisme.

« Vous savez, on est vivants tous les trois, c'est déjà inespéré, répondit-il, avant de considérer l'ondine blanche avec une certaine gravité, qu'il nuança d'un jeu de sourcils désinvolte. Othello et moi... On a une certaine expérience des situations merdiques. Bon, faut bien admettre qu'en matière de pétrin, là, c'était le modèle géant. Mais on a pas attendu de vous rencontrer pour risquer d'y passer une fois de temps en temps. ...enfin je suppose... » corrigea-t-il avec un autre coup d’œil, inquiet cette fois, à Othello. Il n'avait peut-être pas bien fait de généraliser son sort à haute voix. Sur ce navire, entre Cimméria et El Bahari, leurs positions politiques perdaient tout du peu de sens qu'elles avaient à Hellas, mais techniquement, ils étaient censés être adversaires, elle et lui, de chaque côté de l'échiquier, l'un au service d'une reine blanche, l'autre à celui d'une reine noire. Officiellement, ce n'était pas aussi clair. Le métier de Léogan consistait à garantir sans distinction la sécurité de toutes les prêtresses – et la vérité, c'était qu'il s'y tenait. Seulement, son activité ne se limitait pas à sa charge de colonel, il cumulait les fonctions de magouilleur, de larbin et de mafieux de bas étage, il était impliqué dans la plupart des affaires contre lesquelles Irina et par conséquent Othello s'étaient engagées... Et enfin, il n'était sans doute pas du meilleur goût de le laisser penser, ou de le rappeler. « Je préfère y passer dans ces circonstances qu'à Hellas dans un coupe-gorge. » conclut-il, sobrement, en baissant ses yeux vers les bandages de ses mains.

Alors, Malona remua un peu dans le lit et, se dépêtrant des draps dans lesquels elle était entortillée, elle s'approcha curieusement d'Othello pour l'embrasser sur le front. Quand Léo réalisa qu'elle avait décidé de partager ses effusions avec lui aussi, la première idée qui lui traversa l'esprit fut de prendre aussitôt la poudre d'escampette mais il ne réagit pas assez vite – heureusement, peut-être – et elle déposa un simple baiser de gamine sur son front, qui le fit se sentir particulièrement stupide. Son remerciement inattendu l'acheva et il la regarda avec stupeur. Merci ?!

« ...mais de... de quoi ? » demanda-t-il, très sincèrement.

Déjà, cependant, elle marquait le désir de sortir et avec une dernière recommandation de maman poule à l'adresse d'Othello – ce qui avait quelque chose de comique et d'un peu déphasé du point de vue de Léogan – elle s'en fut en coup de vent et les laissa dans leur perplexité sur le grand lit de la cabine. Il battit des paupières comme pour mieux réaliser ce qui était en train de se produire et dans un sursaut de panique, il bondit sur ses pieds pour partir à sa poursuite, en renversant un peu de sauce sur son passage.

« Malona, hé, attendez une-... »

Mais il se prit malencontreusement les jambes dans les draps, sautilla sur place en ressentant vivement les écorchures de ses pieds et se péta la figure en retenant de justesse son assiette. Aussitôt il se releva comme s'il ne s'était rien passé, les cheveux en bataille, posa l'assiette sur la table et tourna en rond en se tordant les doigts avec embarras.

« Oh la poisse... On est censés faire quoi là... ? » marmonna-t-il, avant de fixer Othello, qui était toujours immobilisée dans le lit avec sa jambe cassée et qui, à l'évidence, n'était pas en disposition de se lancer elle-même sur les talons de Malona. Mais quelle écervelée, celle-là... « Enfin je suis censé faire quoi ? » rectifia-t-il avec une grimace, en attendant presque que la Yorka lui donne une consigne acceptable pour palier à son désarroi.

Ses yeux se posèrent par hasard sur une de ses bottes qu'il avait envoyées valdinguer à travers la cabine et il l'attrapa d'un geste vif pour l'enfiler dans la confusion.

« J'vais la chercher, j'reviens. » lança-t-il d'un ton subitement décidé, avant de chercher du regard sa deuxième botte et de sentir une nouvelle vague de faiblesse l'étourdir. Il fronça des sourcils et se retourna vers Othello d'un air désemparé. « Ou peut-être qu'elle a besoin d'être... seule ? »


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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Sam 30 Mai - 16:32

… Quoi ? La demoiselle regarda la scène du loin de son petit lit de duvet, comme si elle assistait à une représentation théâtrale, de facture douteuse, et au scénario étrange et alambiquée.
Pour une chose encore à moitié assoupie, à l’œil troublé luttant contre le sommeil, la réaction fougueuse de la sindarine n’avait guère de sens, et apparut surement plus forte qu’elle ne l’était réellement. Comme une tigresse en furie, elle s’était levée du lit, leur lançant entre regret et accusations – lequel des deux prédominait, c’est impossible à dire – avant de se déchaîner sur sa propre personne, s’accusant de tous les ratés et de tous les maux… Pourtant, elle n’avait pas mis le léviathan dans l’eau, pourquoi tant de culpabilité ? Décidément, Othello était bien naïve devant la complexité de la condition humaine. Et encore plus devant son bol de poisson qu’elle peinait à regarder, même si la tempête rousse semblait décidée à lui voir avaler le tout d’une traite – ce dont elle était incapable, bien sûr. Sa grande chemise immense qui coulait sur son corps élancé lui donnait des airs d’enfant, à la jadis pétillante rousse… Mais le trouble semblait à présent plus fort que tout autre sentiment en elle.

La vision du petit renard blessé lui brisa profondément le cœur, d’une façon inédite que l’ondine n’avait jamais expérimenté jadis. Comme si, dans cette jeune femme, elle voyait son propre enfant en détresse, qu’elle rêvait de rassurer entre ses petits bras pâles - bien qu’elles firent à peu de millimètres près la même taille – en l’enveloppant de sa crinière de coton pour la réchauffer et l’apaiser.. Pendant qu’elle explosait de tous les sanglots qu’elle pouvait, Othello envoya quelques regards interrogateurs, tant de panique que de perplexité, à son comparse lupin, à quelques mètres d’elle… Bon, il n’avait guère l’air plus avancé, et se fendait en même regards dépassés, cherchant des excuses ou une solution pour l’aider – en tout cas c’est ce qu’Othello espérait, complètement désemparée devant la pauvre Malona qui n’en pouvait plus de pleurer, contraignant ses deux petites pupilles à ne devenir que deux péridots dans la même soupe de tomate que celle qui inondait son assiette.
Puis Léogan ouvrit ses lèvres et… « Bravo colonel, quel délicatesse… » songea-t-elle quand il tenta d’aborder le sujet tempétueux des rescapés. Ceci dit, lui, au moins, avait le mérite de tenter quelque chose. La demoiselle avait lâché sa cuillère qui tanguait cruellement dans l’écuelle. En regardant la sindarine, elle n’osa bouger ou faire le moindre geste. Mais une furieuse envie de l’aider, de faire quelque chose brûlait ardemment au fond de ses entrailles d’hybrides.

  Bizarrement, ce geste vint de la rousse elle-même qui vint déposer, à la façon d’un colibri, un léger baiser sur son front, alors que la chaleur émanant de ses paumes la surprit quelque peu, encore humides et salés de ses larmes. Elle en fit de même avec Léogan, qui avait l’air aussi surpris que tendu, droit comme un piquet quand la jeune rouquine s’avança de lui. C’était assez amusant à voir : mais la sirène ne sourit pas, bien au contraire. Ses yeux glissèrent dans l’assiette, comme si elle venait d’être houspillée comme la première gamine désobéissante, qui boudait devant son assiette dans un énième caprice – ironique, alors que l’enflammée n’avait pas mangée non plus, et sortait à peine d’une guérison aussi difficile que forcée.  Malona, après un nouveau hoquet, décida de finalement s’en aller. Sans dire mot, la sirène approuva secrètement. Nul doute qu’elle avait besoin d’un peu d’espace pour se remettre de ses émotions.
Apparemment, elle en avait lourd sur son cœur sylvestre. Après tout, elle la comprenait, en quelques sortes. Les mots du Lupin étaient durs, mais vrais : sils n’avaient pas été là, il n’y aurait sûrement pas eut de rescapés. La Soledad aurait rejoint les fonds aussi vite que le léviathan avant barré leur route, emportant probablement avec lui les navires qui faisaient sa suite. Des dizaines de corps qui flottaient à la surface… La sirène s’évada quelques instants, des images lourdes et froides vagabondant dans son esprit.

Finalement, la rousse décida de les laisser, et disparue vers les couloirs, disparaissant dans les vagues diffusent de lumière qui inondaient le couloir à chaque vague, Léogan plus ou moins à ses trousses, une botte à la main, l’autre traînant sûrement quelque part, plus ou moins loin du duo en plein désarroi. Au moins, quelque chose la rassurait : le colonel avait l’air aussi dépassé qu’elle devant la réaction de Malona. Mais, pour être elle aussi une demoiselle, Othello comprenait sa détresse. Elle avait du être malmenée par l’évènement, et comprenait probablement les dangers que représentait le voyage qu’elle entreprenait. Et la mort des marins… La sirène soupira. Comme l’avait deviné le Lupin, il y avait des instants dans sa vie où elle avait finement côtoyer Kron, tant comme proie que comme bourreau, à sa solde ou pour son ordre. Cela lui avait appris une bonne leçon : ce n’était jamais une bonne idée de penser aux dégâts collatéraux. Le moment où l’on commençait à ressentir la sournoiserie, l’horreur de la culpabilité, c’était perdu. La responsabilité vous hantait le cœur pendant des lunes, et vous plongeait dans une cage de crainte. C’était une des raisons qui expliquait l’habileté d’Othello dans son travail : son détachement était total, et elle imputait les morts à la stricte fatalité.

Devant Léogan qui la regardait, entre volonté et désaroie, elle soupira doucement en se massant ses sourcils blancs, pris d’une légère migraine. A côté d’eux Jehyel et Drasha semblaient s’être abandonnés au sommeil, malgré les larmes de la sylvestre, comme pour oublier tout ça – ou plutôt se remettre eux aussi du naufrage, qui avaient du être violent pour eux aussi.


« - Ne vous en faite pas, elle a été très secouée… » Dit-elle simplement au colonel, dans un soupir tant coupable que compréhensif. Elle le fixa quelques secondes – on sentait plus dans ses mots l’amie et la femme qui parlait, que la timide prêtresse. Elle n’était pas aussi extraverti que Malona… Au contraire, elle préférait cacher ses peines et ses détresses. C’était précisément pour ça qu’elle pensait comprendre l’enflammée aussi bien : comme la lune a son soleil, Othello avait Malona, qui devait certainement exploser à la moindre crainte, au moindre instant de faiblesse et de vulnérabilité qu’elle devait avoir du mal.
Autant l’une était un monstre de contenance, qui se battait pour laisser sortir le moindre sourire, et s’en voulait à la moindre effusion de sentiment, l’autre était un modèle de sentiment, la forme parfaite de l’émotion, capable d’exprimer avec force le moindre d’entre eux. Jamais la sirène n’avait remarqué à quel point elles étaient complémentaires.  
« Nous devrions lui laisser quelques minutes avec elle-même. Après tout, même notre commanditaire doit avoir envie d’un peu d’intimité. » Puis elle ajouta, devant les yeux creusé et cernés du soldat, qui venait de batailler ferme avec ses pieds ankylosés « Essayez de manger un peu, cela vous fera le plus grand bien. Nous avons dû tous être un peu… Touché par cet histoire. »

Malgré une allure fier et sa traditionnelle désinvolture, on sentait bien que l’homme avait lui aussi était atteint, après son expédition plus ou moins voulu dans la gueule du roi des flots, avant d’être rendu à la mer – ou au cadavre du bateau. Jusqu’où allaient ses blessures ? Il avait réussi à se lever, comme Malona. Mais il devait au moins avoir quelques côtes fêlées, et des ecchymoses. Doucement, elle releva ses yeux vers lui. Une vision de son corps flottant dans l’onde s’imposa soudain à elle dans un flash aussi désagréable que réaliste… Sa cuillère retomba lourdement à l’assiette. « Zut… » Se dit-elle simplement. Inutile de forcer, elle n’avalerait rien pour l’instant.
Au bout de quelques secondes de silence, elle regarda le tempétueux de nouveau, hésitant entre lui et la porte. Malona avait du prendre suffisamment d’avance. Enfin, c’était ce qu’elle espérait. Elle n’avait jamais été dans cette situation – devoir rassurer quelqu’un. Mais, après tout, elle était une demoiselle aussi. Ce genre de chose… ça devait être écrit dans son code génétique… En réalité, son ventre commençait à se creuser d’appréhension.

« - Pouvez-vous m’aider à me relever, s’il vous plait ?... » Demanda-t-elle au colonel sans plus de formalité. Un peu tremblante, elle s’appuya avidement à son bras, craignant le moindre instant où sa jambe toucherait le sol. Habituellement, elle aurait déjà traité le problème, avec des soins de son cru, mais le moment était mal choisie. Qui plus est, elle manquait cruellement d’énergie pour s’occuper ce ça. Maladroite, s’agrippant du mieux qu’elle pouvait aux plis de tissus sur la chemise du lupin, elle entama de les guider dehors. « - Allons rassurer notre voyageuse… »

Sa démarche était claudicante, un peu malhabile, et elle manqua de renverser le colonel une poignée de fois avant même qu’ils ne furent au milieu du couloir. Et dire qu’il y avait deux jours, ils étaient encore rivaux… Dans deux camps séparés que tout opposaient. Cet homme qu’elle avait toujours vu d’un œil mauvais, à rôder autour d’Ellerina, en bon homme de main, en somme, à la protéger et à la servir docilement – en cela, ils avaient un point commun, sauf que l’ondine avait quitté cette voie pour rejoindre la Dame de Feu. Et maintenant, elle s’appuyait sur lui comme de vieilles connaissances qui s’aidaient l’une et l’autre à se sortir du mauvais pas. L’avant-veille, même, elle n’aurait jamais imaginé une telle situation, cela l’aurait même horrifié que de penser pactiser avec l’ennemi.
L’ennemi, hein… Plus elle le côtoyait, plus elle se rendait compte qu’il n’avait presque rien du loup malhonnête qu’elle avait toujours rêvé en le voyant, dans sa démarche sombre et orageuse, à hanter le fond du temple comme un spectre intemporel et morne. Un fantôme d’une majesté passée, sans doute, à errer sans grand but et sans volonté. Lui qui paraissait si sombre… Il avait démontré n’être rien de tout cela. Il avait fait preuve de beaucoup de valeur, d’un enthousiasme omniprésent et d’un courage à toute épreuve dans la bataille qui les avait lié. Et ce sarcasme perpétuel et nonchalant qui marquait chacune de ses phrases. Nul doute : elle ne concevrait plus jamais cet homme comme l’ennemi qu’il était censé être : avec Malona, une proximité naturelle s’était installée, et le serait sûrement pendant de longues années durant.


« - J’espère que vous avez raison… » Murmura-t-elle, à demi-mots. « Les soleils d’El Bahari ont vraiment intérêt à valoir le coup d’œil, qu’on n’ait pas tué ce léviathan pour rien. » Ce serait sa seule et médiocre tentative au sarcasme, se promit-elle quelques secondes plus tard. « Hmm… Désolée. » Dans un moment d’allégresse, elle lui avait marcher sur le pied, un peu avant qu’ils ne sortent sur le pont, en belle équipe de bras cassés – au sens propre du terme – qu’ils formaient.

La rousse fut en vue en quelques secondes, là-bas, tout au fond du pont, les fesses posées sur la proue, comme sur un simple siège. D’un coup de visage, elle indiqua sa direction – nul doute que Leogan l’avait vu également, et prit sa direction. Elle faisait grise mine, dans sa chemise blanche cassée, ses cheveux l’entourant comme une grande couverture torsadée, ses yeux cernés comme si elle n’avait pas fermé l’œil pendant trois mois. Et ce même air de détermination que devant le léviathan. Malona avait sûrement dû les remarquer… Mais pourquoi jouait-elle ainsi avec sa chemise ?
Quand Othello arriva à sa hauteur, traînant presque le lupin derrière elle tant elle avait le pas volontaire à présent, la prêtresse se rendit compte que la demoiselle se rendit compte qu’elles avaient quelque part l’air de deux sœurs, habillées comme cela de vieilles frusques venus d’un vieux débarras sans doute. La sirène la regarda quelques secondes, ses yeux encore un peu gonflés, encore un peu humide, encerclé du reste de sang qui les avait inondé dans ses vagues de sanglots. Elle s’était précipité sur elle avec l’envie de la réconforter, mais maintenant devant elle, elle ne savait plus quoi dire. Othello était complètement dépassée…

Son cœur battait inutilement, et finalement, elle baissa les yeux. Que faire… Oh, et qu’à cela ne tienne. Avec une spontanéité désarmante, elle lâcha le bras du lupin et attrapa la petite rousse contre elle, la serrant aussi fort que ses muscles ramollis pouvaient lui permettre.


« - Merci de m’avoir récupérer après que je me sois évanouis. Et d’avoir su me traîner hors d’Hellas… Vous y êtes grandement pour quelque chose. Kesha nous guide tous. Elle nous a réunis pour une raison… Alors, pourquoi ne pas essayer de voir ce que c’est ? » Murmura-t-elle gentiment. Finalement, elle la lâcha, mais la tenant à bout de bras, tout en tanguant ridiculement comme si elle venait d’abuser d’une bouteille de rhum traînant là. « Je comprends votre culpabilité Malona… Mais vous n’avez pas à vous en vouloir… Enfin, vous n’avez pas mis ce Léviathan là. Nous n’aurons sûrement rien de plus dangereux que ça sur notre route à présent. Si vous souhaitez continuer bien sûr… » Finalement, elle conclut, sentant sa chute imminente et désirant la contrôler le mieux possible. « Vous nous avez réunis, Malona. Et nous vous protégerons jusqu’à la fin de notre périple. » Elle la lâcha alors, cherchant le rebord à tâtons, et l’attrapant juste à temps pour tomber allègrement, se laissant plus ou moins glisser sur le sol.

Décidément, ses forces lui manquaient… Intérieurement, Othello espérait sincèrement qu’elle pourrait dormir pendant le reste du voyage. Rien que pour pouvoir retrouver pleinement ses moyens, au lieu de se transformer en asticot blanchâtre au bord de l’évanouissement au bout de trois pas hors de leurs cabines… Depuis le sol, elle sourit à Malona, espérant l’avoir un peu aidé… Et revoir bientôt toute la malice qui faisait la jeune femme.


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MessageSujet: Re: Rhapsody in Blue □ PV Malona & Othello   Mer 23 Sep - 20:18

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Sa tête tournoyante trouva refuge un court instant sur la poitrine glacée et mutilée de la sirène. On y entendait son petit cœur battre, étonnamment lentement, au rythme des tambours annonçant la fin de cette difficile épreuve. Elle glissa un court instant sa main dans la nuque d'Othello, trouvant là, dans ses bras, un cocon confortable et rassurant malgré les circonstances. Aucune rancune, aucune haine, aucune plainte, cette douce perle était forte. Sa main glissa dans celle d'Othello et sa joue se décolla de sa pâle peau, qui prenait à ce même endroit une teinte plus humaine.

Après de douces paroles réconfortantes et pleines d'humanité, la sirène se laissa tomber au sol avec fluidité, et ni Malona ni le colonel n'eurent le temps de réagir, probablement plongés dans leurs pensées. Ensemble ils s'approchèrent d'Othello et la sindarine l'attrapa sous les épaules, se mit en tailleur et installa sa tête sur ses genoux. Elle lui caressa le front du bout des doigts, faisant glisser son index sur un œil, puis l'autre afin de les fermer délicatement.

- Maintenant, il faut se reposer, et continuons ce merveilleux voyage.

A ces mots, épuisée, la sindarin posa sa tête contre celle d'Othello et s'assoupit. Une position peu confortable, mais instantanée, laissant Léogan très certainement dubitatif.

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