Léna Jézékaël



 
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 Léna Jézékaël

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MessageSujet: Léna Jézékaël   Ven 22 Aoû - 18:20



QUELLE PERSONNE ES-TU ?
Toi qui voyage sur ces terres oubliées



Léna Jézékaël
" J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route
du bois. "


Surnom :/
Âge : 52 ans
Sexe : Féminin
Peuple : Sindarin
Caste : Civil
Métier : Vendeuse de chapeaux


• • • • • • • • • • • •

Armes principales :
/
Autres possessions :
/

Don
• Sens développés
Pouvoirs
• Transformation de la matière : Léna a la capacité de transformer la matière, à la condition qu’elle soit en contact direct avec elle ; en outre, ce pouvoir ne fonctionne pas sur les êtres vivants animés, c’est à  dire sur les animaux, et les créatures humanoïdes (Terran, Sindarin, etc)
• Pouvoir de l’imaginaire : Léna a la capacité d’utiliser son essence divine afin de faire basculer dans la réalité ce qu’elle imagine. Ce pouvoir a néanmoins plusieurs restrictions : tout d’abord, l’essence divine n’est pas inépuisable ; ensuite, ce pouvoir ne permet pas de tout créer. Léna ne peut pas faire basculer dans le réel tout ce qui concerne le monde des âmes : elle ne peut pas créer d’animaux, ou de créatures humanoïdes. De plus, il lui est impossible de manipuler par l’imagination les dites créatures humanoïdes, ainsi que les animaux. Son pouvoir se ‘borne’ donc à la création d’objets simples ou de matières, dans un contexte donnée.
• Contrôle de l'eau (manipulation de l'élément aqueux)

Spécialités
• Soigneur (grande affinité naturelle avec les connaissances médicinales et soins diverses)
• Charme (capacité à séduire avec aisance hommes ou femmes)


• • • • • • • • • • • •

Décris-moi comment je te vois...

Léna était une silhouette pâle, frêle, gracile, toute faite de délicatesse et de fragilité ; on aurait dirait un de ces spectres dont parle les légendes à la froide et triste beauté, qui endeuillent les paysages de leurs ombres bizarrement belles. Elle était de ces femmes aux bras fins et longs, à la poitrine maigre, aux joues faméliques, mais qui porte l’amaigrissement comme une fragilité érotique et charmante et que rehaussaient deux yeux fait de lapis-lazuli –on y voyait parfois briller de l’or-, sombres et fugitifs écrins de l’âme.
On reconnait ces femmes à leur aspect, et parce qu’il se dégage d’elles une formidable vie intérieure, faite de spiritualité méconnue, de secrètes pensées jamais mises au monde et de rêves enfouis dans les tréfonds de la mémoire. On dit souvent que ce sont des rêveuses ; les poètes les nomment ‘adorés’ et admirent leur bras blanc, leur main d’ivoire, leur peau laiteuse où il croit discerner des absolus; les marchands les morigène sottement en se frottant leur ventre énorme, en songeant que ces filles-là sont bien bêtes.
De ces physionomies, Léna avait la gracilité, et le visage blanc, lunaire, follement encadré d’une flopée de cheveux bruns. Son front haut surplombait deux yeux charmants qui regardaient le monde avec une constance innocence, comme si la naïveté n’avait jamais quitté ce cœur encore si jeune ; souvent, lorsqu’elle pensait en elle-même, il lui arrivait de plisser le nez en clignant des yeux, et cette manie-là, de même que les petites moues qu’elle affectait souvent, rendaient fous les hommes qui la croisait.
Quant à ses manières, elles étaient celle d’une jeune demoiselle qui n’a jamais connu le monde que de loin, et qui ne sait gouverner ses instincts ; elle ne connaissait pas la restriction qu’impose l’étiquette, ou les innombrables politesses dont on doit inonder conséquemment les nobles et les riches. Il lui arrivait souvent de commettre un faux pas, ou de se montrer plus franche qu’elle ne l’aurait dû en semblable milieu. Mais cette fraicheur d’esprit et de manières étaient touchantes ; nul, ou presque ne s’en offusquait car cela eut été inutile. Du reste, les jeunes hommes s’en amusaient beaucoup, et trouvaient cela fort charmant ; cela avait pour eux un goût d’exotisme inconnu, qui les ravissait et ils ne l’en aimait que davantage.


Décris-moi comment tu penses...

Le caractère de Léna est foncièrement pacifique; elle n'est ni belliqueuse, ni particulièrement versée dans la violence. Elle à l'âme douce et tendre des jeunes filles qui n'ont connu pour toute passion que celle de l'amour et qui n'en veulent pas 'autres, si ce n'est celle de la liberté. Mais toute forme de brusquerie, de sauvagerie méchante semble ne pas l'affecter, ni même habiter dans son coeur. La cruauté, si fréquente chez l'homme, ne l'étreint que dans des moments d'égarement; elle n'es pas sujette à ce caractère si familier parmi les êtres animés qui les rend égoïste, aveugle et méchant; Elle n'est, bien souvent, que contemplation de la nature et des choses, que calme et douceur, que baume triste et tendre.
Néanmoins se joue dans cette jeune âme des contradictions essentielles à toute condition humaine. Léna, bien qu'elle ne possédât pas un caractère propre à la violence, connait cette ambivalance de l'esprit, qui se plaît à penser que la liberté et la beauté sont de ce monde, et qui croit encore qu'il est possible de ce fier à cette croyance; Et elle constate presque tous les jours qu'il n'en est rien, que cela n'est qu'un grand rêve, et que le monde n'est fait ni de liberté, ni de contemplation, mais de basse méchanceté, de vices bizarres, de cruautés intéréssé. Et, lorsque cette vérité la frappe, brutalement, la mélancolie, cette enfant des poètes, lui saisit le coeur et elle le sent chavirer dans son coeur avec de grands soupirs et de grandes voluptés.
Toutefois, Léna n'est pas encore toute à fait sans illusion; il lui reste encore l'espoir, ce fameux diseur de mensonge qui donne beaucoup à voir, mais jamais à étreindre. On pourrai dire qu'elle se plaît à espérer parce qu'elle n'a pas encore suffisamment connu le monde; il ne l'a pas encore percuté à pleine vitesse avec suffisamment de force pour la renverser tout à fait. Malgré les sombres désespoir qui l'ont traversé, Léna songe encore à la pureté des choses.
D'autres part, la jeune sindarin est fascinée par cette aspect sombre que revête certaines âmes. Fascinée par leur liberté, et attirée irrésisitblement par la tristesse qui en émane -Cassandre n'était-elle pas une âme triste?-. Elle recherche activement celle-ci, afin de la comprendre, de l'intégrer, de l'être un peu, afin d'en être libéré. Cette fâcheuse fascination dirige ce jeune coeur vers des lieux sombres, où il est malaisé de s'aventurer, et qui évoque le trouble, l'amertume, la désillusion sans mesure et sans limite. Certainement y trouve-t-elle une certaine catharsis à ce néant infâme qui jonche son coeur, et qui a été saccagé par son avortement, ainsi que par Cassandre, durant son enlèvement: Son coeur, comprenant ce qui a pu pousser des créatures semblable à elle à de telles actes, ressent moins l'effroyable culpabilité qui s'amuse inéluctablement avec les victimes; sûrement en est-elle apaisée pour un temps.
Du reste, Léna est agréable de compagnie; c'est une jeune fille douce, au teint pâle, qui ne parle que peu, et avec beaucoup de naïveté. Malgré tout, sa timidité est un charme, son calme un apaisement. Nul ne se plaint jamais vraiment de la jeune enfant; mais ils ignorent également tout de ses tourments et de ses angoisses. On ne remarque pas la complexité de son esprit et le vulgaire ne voit dans la jeune fille qu'une âme simple et naïve, toute faite d'innocence et de candeur. Ce serait ignorer le feu vigoureux qui brûle dans ses entrailles, sa farouche volonté d'être libre, et le mal étrange qui lui ronge le coeur.


 QUI M'ACCOMPAGNE
   Toi l'animal qui me suis


   Prénom
   Vanya
   Race
   Hermine
   Sexe
   Masculin
   Pouvoir
   * Télépathie -> Léna et et Vanya peuvent communiquer l'un avec l'autre par la pensée, ce qui est bien pratique en de multiples circonstances.
   Description
Vanya est une charmante hermine toute blanche au caractère bien trempée que Léna a rencontré alors qu'elle partait de Hellas. L'hermine était encore jeune, et gisait, au bord de la route, ensanglantée; Léna la receuillit et la soigna. Les deux êtres se lièrent d'amitié, et Vanya -ainsi nommée par la jeune sindarin- devint la familier de cette demoiselle. Son catalyseur se trouve à l'arrière de sa nuque, et ne se voit qu'à peine, en y regardant bien.


   
 QUI ME PORTE
   Toi ma vaillante monture

   Prénom
   Glaïeul
   Sexe
   Féminin
   Description
   Glaïeul est la monture de Léna, qui lui permet de se déplacer à travers Isthéria ainsi que d'assurer le transport de ses marchandises -des chapeaux-. C'est une beau cheval blanc, bâtard de la meilleure espèce, l'oeil fier, la croupe large, le pas alerte et qui fut toujours fidèle à sa maîtresse. 
 


Dernière édition par Léna Jézékaël le Dim 24 Aoû - 19:33, édité 13 fois
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Ven 22 Aoû - 18:24



Raconte-moi ce qu'a été ta vie...

Léna comprit très vite que son imagination n’avait pas de borne, ou presque, et qu’il lui suffisait de penser suffisamment fort à quelque chose pour qu’il apparût devant elle selon son bon vouloir. Cela ne nécessitait qu’un peu de concentration et de volonté, et l’objet convoité apparaissait devant elle, comme par enchantement, aussi splendide qu’elle l’avait imaginé, aussi beau qu’elle l’avait voulu. D’où lui venait cet étrange pouvoir ? Elle n’en avait cure –il faut dire qu’une fillette de cinq ou six ans à peine se pose rarement ce type de questions et n’ouvre sur le monde que des yeux attendris et candides-. Ce qu’il lui était possible d’accomplir lui paraissait parfaitement naturel ; elle ne s’en étonnait pas mais, au contraire s’en réjouissait. Des hommes manipulaient les ombres et mentaient tant et tant que la terre devait en être ulcéré - Léna s’imaginait que les coups de tonnerre et les tremblements de terre dont elle avait entendu parler était le fait de la terre : celle-ci, ne pouvant plus supporter les mensonges des hommes et leur grossièreté grondait dans son antre, avertissant ces derniers de leur imprudence. Mais il faut dire que Léna pensait que la Terre était un bel animal de mille couleurs, aux yeux perçant plein de sagesse qui dormait au fond d’une crevasse immense et qui était douée de parole.-, pourquoi ne pourrait-elle pas rendre réel ce qu’il y’avait au fond de son cerveau ? Cela n’était pas plus absurde.

Néanmoins, la chose était plus dangereuse, à la fois pour elle et pour les autres.
Une fois, alors qu’elle entrait dans sa dixième année, Léna avait laissé son imagination dériver là où elle le voulait bien. Elle s’était laissée porter avec beaucoup de plaisir vers des pays enchantés et lointains qui ressemblaient à ceux que décrivaient les contes que lui lisait sa nourrice, afin de l’endormir et de la bercer et auxquels songent souvent les enfants de son âge. Elle avait visité de nombreux univers, passant de l’un à l’autre sans la moindre difficulté, et étaient même parvenus à s’immerger totalement à l’intérieur des gigantesques cités, des cimetières désertiques ou des oasis luxuriant que son imagination lui montrait ; Le monde ne lui importait guère plus et n’était qu’un souvenir étrange aux odeurs tristes. Léna ne s’en souvenait plus que très fugacement comme quelque chose qui agace, puis qui surprend, et qu’on oublie très rapidement. Lorsqu’elle se lassa de rêver, elle faillit ne pas parvenir à reprendre ses esprits. Son esprit l’entrainait toujours plus loin, comme s’il ne voulait pas se souvenir, comme si l’oubli était le seul recours à une douleur diffuse, lourde, lancinante et secrète. C’était comme nager à contre-courant dans un océan de merveilles.

Lorsque Léna reprit conscience, Eleüya, sa nourrice, la regardait, affolée, avec un bocal d’herbes qui sentait atrocement mauvais. Elle avait passé presque toute la journée, de l’aube jusqu’au crépuscule, dans la même position, les yeux perdus dans le vague, ne répondant à aucune question, n’acceptant ni boisson, ni nourriture, comme si elle était morte, ou assoupie. Lorsqu’elle tenta de se lever, Léna en fut incapable tant elle était faible, et elle dut s’allonger. Son corps lui semblait lourd, étranger à son esprit, et elle avait du mal à coordonner ses mouvements. Sa bouche était sèche ; au moindre effort, un sournois vertige la surprenait. Des douleurs lui parcourraient les membres et l’empêchaient de dormir tandis qu’elle gémissait. Il lui fallut près d’une semaine pour retrouver quelques forces et être capable de rester debout sans aide et sans chanceler.

Peu après cet incident, son père vint la visiter. Celui-ci était colonel de la garde cimmérienne. Il s’appelait Léogan, et n’avait pas son pareil pour bougonner sans cesse et critiquer tout ce qui avait trait à l’autorité. Léna trouvait cela fort drôle, car c’était un militaire, qui commandait des soldats toute la journée, et devait obéir à un protocole rigoureux et exigeant. Elle s’amusait parfois à le taquiner à ce sujet et ce dernier ne se privait pas pour lui rendre la pareille sur mille autres sujets.
Mais cette fois-ci, son père n’était d’humeur joyeuse. Il avait l’air soucieux, préoccupé, comme si quelque chose l’accablait. Léna lut dans ses yeux une préoccupation inhabituelle, et beaucoup d’angoisse. Léna s’aperçut que son père s’était beaucoup inquiété pour elle, et cela la bouleversa. Léna ne voyait son père qu’en de rares occasions, et sa mère qu’une fois par an ; elle avait fini par se convaincre que c’était parce qu’elle encombrante, et que par conséquent, comme un objet gênant auquel on tient, elle avait été mise à l’écart et était visité quelque fois ; l’inquiétude de son père lui ravissait le cœur, et était comme un baume. Le sentiment de lassitude et de tristesse qui remplissait cette jeune enfant s’atténua et disparut presque tout à fait, le temps que dura le séjour de Léogan.

Hélas, il dut repartir, et la pauvre enfant en fut remplie d’une grande mélancolie. Toutefois elle cessa de croire que son existence était encombrante et elle fut moins malheureuse qu’auparavant. Sa vie, bien que remplie d’une pesante solitude lui parut moins fade; elle cessa de rêver jusqu’à ce qu’on esprit soit au bord de se rompre, et préféra passer de longues heures à lire, et à se promener dans la campagne de Canopée –car c’était dans un paisible manoir, aux abords de la cité sindarine que vivait Léna depuis sa plus tendre enfance-. Elle y goûtait les charmes champêtres d’une campagne généreuse et charmante, qui refusait d’être avare  à défaut d’être sublime et où le temps était toujours clément. Elle trouva dans les longues rêveries qu’elle avait dans cette campagne les forces de suppléer au manque de ses parents, qu’elle ne voyait que fort peu et qui lui semblait plus loin d’elle qu’une éternité. Très vite, elle se mura dans le silence des pensées qui font les quotidiens obscurs.

Parfois, lorsque l’envie lui en prenait, elle aménageait le paysage à sa guise, faisant apparaitre un bosquet de fleur, ou aménageant un cours d’eau. Il lui suffisait de penser à ce qu’elle désirait et, par un effort invincible de sa volonté, la chose apparaissait. Léna prenait toutefois garde à ce que ces apparitions demeurassent secrètes. Très vite elle avait appris à se méfier de la curiosité de ses semblables, et cette âme inquiète espérait n’avoir jamais à se justifier des dispositions particulières de son esprit. Lorsqu’on l’interrogeait au sujet de la magie des sindarins, elle répondait évasivement ou faisait la sourde oreille ; sa nourrice finit par la penser simplette, et ne s’en soucia guère plus.
Pourtant, Léna ne se plaignait que rarement de la solitude. Non qu’elle n’en souffrit pas, car cette jeune âme encore vierge des tourments du monde en ressentait cruellement les effets, mais parce qu’elle y était habituée, et parce qu’elle avait abandonné depuis longtemps l’idée de s’en débarrasser. Elle passait ses journées dans la plus grande indigence intellectuelle, et ne cessait de songer en soupirant, et de lire.

Néanmoins, à force de se promener dans la campagne nue, Léna finit par rencontrer les enfants des paysans des villages alentours. D’abord, elle rencontra par le plus grand des hasards, un tout jeune homme aux airs farouches et à la peau déjà tannée par le soleil qui lui fit grande impression.
Elle avait décidé, un matin au ciel clair et avenant, de s’en aller marcher un peu le long de Roumière, l’un des multiples affluents des Cascades vierges. A l’aube, elle s’était habillée en hâte. Elle s’était peingée, puis coiffée. Puis, sans avertir sa nourrice, elle était sortie par l’étroit sentier bordé de pommiers odorants et d’orangers en fleurs qui menait hors du manoir. Au dehors, l’air vibrait de fraicheur. L’herbe  bruissait doucement, et la luzerne sentait bon le matin en crissant sous les semelles de ses chausses.
Léna suivit un temps le petit sentier de terre qui serpentait dans la campagne frémissante, et elle pensa qu’il était bien doux d’être ainsi solitaire, à ne penser à rien, et à sentir son cœur s’épancher avec la nature qui s’éveillait sans un bruit. Bientôt, le sentier fit un coude qui menait droit vers la berge. Léna s’y engagea sans hésiter, sous l’ombre apaisante des bosquets alentours. Lorsqu’elle parvint sur la rive, elle glissa et faillit perdre l’équilibre ; elle craignit de tomber à l’eau, et de tremper sa jolie robe. Par miracle, elle réussit à demeurer debout, et s’égratigna les mollets sur un chardon en esquissant un petit saut sur le côté. Tremblante, elle reprit vite sa route.

Lentement, le soleil se leva sur la campagne, comme un œil dans le ciel, fier et unique, brûlante sphère qui ignorait le sort des hommes. Peu à peu, il s’éleva dans le ciel, d’abord pâlissant et timide. Puis, sa course devint assuré, et il progressa régulièrement jusqu’à être au zénith. Sous les pas de Léna, la terre était dure, et produisait un bruit mat lorsqu’elle la foulait. Le soleil surplombait sa jeune tête qui supportait à grand peine la chaleur qui l’environnait  et qui la faisait presque suffoquer. Vers onze heure, le belle enfant n’y tint plus. Elle se pencha sur l’onde et y passa négligemment la main, afin de se rafraichir, puis, elle s’aspergea le visage tout entier avant de boire à grande gorgée l’eau de la Roumière. Un goût de vase envahit sa bouche, mais elle se sentit mieux et reprit sa route.
Peu après, un vertige la prit, et elle crut défaillir. Son cœur battait à tout rompre dans sa frêle poitrine qui se soulevait avec peine ; la transpiration lui dégoulinait de son visage brûlant de fièvre, et elle tremblait. Et ce soleil qui n’en finissait pas de taper sur les têtes, et de brûler les visages ! La gorge sèche, les yeux mi-clos, Léna entrepris de suivre le chemin inverse afin de rentrer au manoir. C’est ainsi que, titubante, comme ivre, elle rencontra sur sa route le jeune Glowen Desforges, fils d’un pâtre de la région qui venait puiser de l’eau à la rivière.
C’était un jeune homme qui ne devait pas avoir plus d’une quinzaine d’années, mais qui n’était plus un enfant. Il portait fièrement sa tunique de laine, sur laquelle il arborait crânement  une fleur de noisetier, car il avait vu son père en porter une à la boutonnière, l’autre jour, lors de la fête du village. Son froc de laine était cousu de cuir aux endroits où il l’avait déchiré durant son travail. Mais son œil noir brûlait d’une flamme farouche qui attirait le regard. Du reste, il n’était pas vilain garçon, quoique le visage déjà large et buriné et l’allure lourde et gauche des paysans d’autrefois.
En approchant de la rivière, il avait aperçu Léna s’asperger le visage et, comme il l’avait trouvée jolie, il l’avait suivie un moment, de loin, tentant de retrouver ses pas dans la poussière ou de deviner ses pensées de jeune fille. Etait-elle fille de marchands, de paysans, ou de chevalier? Il l’imagina fort riche et maniérée. Il se plut à la croire inaccessible et noble. A mesure qu’il marchait, son imagination s’échauffait ; ses idées devenaient excessives. Il songeait déjà à l’embrasser sur la joue, peut-être même sur ses lèvres qui devaient être douces, si elle y consentait !
Bientôt, il s’aperçut que la jeune demoiselle qu’il suivait depuis quelques lieues avait tourné les talons et revenait sur ses pas. Il s’éloigna un peu du sentier et la regarda passer furtivement. Il lui trouva la taille bien fine, et le teint blanc. Ses cheveux noirs et broussailleux, qui était poisseux de sueur lui donnait un air sauvage qui lui plut davantage. Comme il la voyait titubait, il s’élança vers elle ; il croyait qu’elle était prête de tomber, et son jeune cœur ne supportait pas qu’il put en être ainsi.

Et en effet, Léna s’apprêtait à chuter lorsque Glowen la saisit cavalièrement par l’épaule afin de la soutenir. Le contact de la main du jeune homme sur son épaule la surprit tant qu’elle cria, et se rejeta en arrière. Sa belle tête percuta celle du jeune paysan qui recula à son tour. Déséquilibrée, Léna s’effondra dans l’herbe jaunissante tandis que Glowen s’exclamait des ‘Sacré nom de nom de bonne femme ! Sacré nom de bonne femme !’ qui sonnèrent très fort dans la campagne. La surprise passée, le jeune paysan s’élança vers la jeune fille qu’il aida à se relever d’une main ferme et déjà calleuse.

-Et ben alors d’moiselle, c’est l’cagniard qui vous fait c’t’effet là ? lui demanda-t-il en riant à moitié.

Léna, fort embarrassée, n’osait répondre. Elle pensait qu’il devait, lui aussi, la prendre pour une nigaude, et elle rougissait d’être ainsi méprisée ; l’avis de sa nourrice lui importait peu, et elle lui gardait malgré tout une tendre affection. Mais qu’un inconnu put se méprendre sur sa personne, cela terrorisait sa jeune âme. Elle rougit, et sentit son cœur lui manquer ; elle suffoqua davantage, et se tordit méchamment les mains en se mordant la lèvre. Puis, la belle enfant voulut s’excuser ; mais elle ne parvint qu’à bredouiller un galimatias de paroles tristement drôle. Glowen éclata d’un grand rire avant de se rappeler à une demoiselle.

-Faut pas vous en faire, vous savez ! Reprit-il en essayant d’être poli. Y’a que moi qui vous ait vu vous ébourtaler !

Il marqua une pause. Puis, il entreprit de se montrer chevaleresque et rajouta, l’air gauche, rougissant à son tour :

-Je ne dirai rien à personne, je vous le promets ! Même je le jure !

Et, disant, il avait mis la main sur le cœur, l’air grave, comme s’il prêtait un serment de la plus haute importance et dont sa vie dépendait.
Les manières du jeune homme amusèrent Léna, qui en oublia sa honte et sa peur. Elle rit à son tour et lui répondit entre deux éclats de rire :

- Je te crois ! Je te crois ! Mais par pitié, dis-moi ce que signifie ébour.. éboult.. enfin, tu vois, n’est-ce pas ?

Glowen fut étonné qu’une Dame qu’il pensait si noble ne connût pas une telle expression.

-Et bien… Commença-t-il, surpris. Ebourtaler vous voulez dire ?

Léna acquiesça. Malgré sa gaucherie, elle trouvait le jeune homme amusant, pour ne pas dire charmant, et son trouble apparent le lui rendait plus sympathique encore. Dans son regard brillait une flamme qu’elle n’avait vue nulle part ailleurs et dont elle était l’objet ; Elle se sentait estimée pour la première fois de sa vie, et ce sentiment lui remplissait le cœur de vanité. Le jeune homme sembla ennuyé. Il réfléchit quelques instants, et finit par dire :

-Et ben, vous voyez, c’est comme vous avez fait, quoi. Quand vous vous êtes reculée en criant.

Léna comprit vite de quoi il s’agissait. Mais l’attention que lui portait le jeune homme l’étourdissait tant qu’elle décida de le laisser languir. Elle fit l’étonnée, innocemment, profitant indécemment de l’emprise qu’elle avait sur le garçon.

-Non, dit-elle en faisant la moue. Je ne comprends pas bien. Tu veux parler de cet instant où tu ‘as attrapé le bras, alors que tu ne me connaissais pas?
Glowen piqua un fard et baissa les yeux. Son cœur s’était serré douloureusement dans sa poitrine.
-C’est que… Commença-t-il. Non…  Enfin pas vraiment !

A la fin de sa phrase, le jeune homme avait presque crié. Sa voix était brusquement montée dans les aigües et s’était enrouée. Honteux, il ne parvint pas à s’expliquer davantage. Léna, de son côté, prit le garçon en pitié et fut remplie de remords. Elle lui fit un sourire, et tâcha de réparer sa faute.

- En tout cas, je te suis reconnaissante d’être intervenue, lui dit-elle doucement, même si j’ai failli tomber. C’est cela que tu voulais dire, n’est-ce pas ?

Le jeune paysan hocha vigoureusement la tête, soulagé. Léna en fut remplie de joie, et un nouveau sourire s’épanouit sur son visage blanc que la chaleur avait fait rougir. Mais un nouveau vertige se saisit d’elle et elle grimaça. Il lui fallut s’asseoir à l’ombre d’un bosquet de noisetier qui penchait mollement ses rameaux vers l’onde lente et fraiche. Le jeune paysan, inquiet, s’empressa de lui donner à boire et lui donna même le pain qu’il avait chapardé à la table de son père tant la jeune fille était pâle, désormais. Puis, il l’aida à s’étendre sur l’herbe tendre qui s’étalait à profusion sous l’ombre des grands arbres et sur laquelle il était doux de poser son visage. Ainsi allongée, Léna lui  donna l’impression d’être une nymphe des temps anciens qui se reposaient là, paisiblement, enveloppée de calme et de beauté. Tout le temps que la jeune fille se reposa, Glowen ne put détacher ses yeux de cette fragile créature dont la poitrine se soulevait régulièrement et qu’il craignait à tout instant de voir s’arrêter.

Il fallut près d’une heure pour que Léna retrouvât quelques forces. Et, lorsqu’elle ouvrit les yeux, Glowen la regardait toujours, sans bouger, fixement, comme pour graver en lui chaque trait de la jeune fille. L’intensité de son regard la fit frissonner, à la fois de plaisir et d’angoisse ; jamais on ne l’avait regardé ainsi, elle qui n’avait que quinze ans, et le poids de ces œillades, sans la laisser indifférente, l’effrayait tout autant. Troublée, Léna désira rentrer. Glowen l’accompagna sur le chemin du retour, et la soutint lorsqu’elle trébucha, ou qu’un nouveau vertige se saisissait d’elle. Mais, à chaque fois que le jeune homme passait sa main sur sa taille ou sur son épaule, Léna était parcourue d’un irrésistible frisson dont elle ne parvenait pas à déterminer la cause et qui l’horripilait. Sa jeune âme encore vierge s’effarouchait du jeune homme, mais ne pouvait s’empêcher d’admirer sa prestance et sa force. Ses allures cavalières lui donnaient un air revêche qui ne déplaisait pas, et il sentait bon le soleil et la luzerne.

Bientôt, ils parvinrent au manoir Jézékaël ; il était un peu plus de midi. Léna entendait déjà sa nourrice pester dans toute la demeure en cherchant après elle. La jeune fille ne put s’empêcher de sourire, malgré sa faiblesse, et prit rapidement congé du jeune homme. Toutefois, celui-ci parvint à lui arracher la promesse de la revoir bien vite à force d’insistance. Léna n’eut pas la force de lui résister ; d’ailleurs, bien qu’elle le trouvât fort entreprenant, la jeune fille lui trouvait un certain charme. En outre, il l’amusait, la distrayait, et son franc parler lui plaisait. Lorsqu’il s’en fut, Léna sentit une doucereuse torpeur l’envahir à nouveau, et elle rentra vite s’enfermer dans sa chambre. Elle s’endormit sans s’en apercevoir, et ne se réveilla qu’au crépuscule.

Au cours des semaines qui suivirent, Léna revit souvent Glowen lors de ses promenades. Il apparaissait toujours au détour d’un chemin, comme s’il la suivait, avec le même air soucieux et inquiet. A force, la jeune fille avait fini par prendre l’habitude de le voir surgir de nulle part, ses galoches pleines de boue trainant sur le sol avec un bruit sourd. Et elle avait fini par apprécier la présence du jeune homme qui la regardait avec des yeux de braise comme si elle était une déesse. Son regard l’embarrassait souvent, mais lui faisait palpiter le cœur. Elle se sentait .Parfois, lorsqu’il était absorbé dans ses pensées, Léna l’observait. Il était déjà grand, et la dépassait d’une bonne tête. Son allure dégingandée de paysans bourrus et plein de cœur la faisait sourire. Elle trouvait le jeune homme touchant dans ses attentions maladroites, et ses discours enflammés. D’autres fois, elle regardait ses mains, ses mains déjà larges et fortes comme celle d’un homme. Elle les regardait, et elle les imaginait en frémissant sur sa taille, arrachant fébrilement les tissus pour caresser la peau douce et nue. Puis, rougissante, elle s’interdisait ses pensées, et se morigénait. Glowen remarquait son trouble, mais se taisait ; il la croyait inaccessible, et ne comprenait pas ses émois.

Les deux jeunes gens se lièrent rapidement d’une amitié étrange. Ils passaient beaucoup de temps ensemble, à arpenter la campagne qui frémissait, parfois sans parler pendant de longues heures. Ils se regardaient furtivement, s’évitaient du regard, mais ne pouvaient s’empêcher de demeurer ensemble. Leur relation était faite de pudeur, de honte et d’émois subtils et secrets. Il se croyait indigne l’un de l’autre, et se reprochait leurs sentiments naissant et fragiles.

Bientôt, Glowen présenta à Léna une jeune fille de son village, qui était tisserande et qui avait la peau pâle et les yeux timides. Elle s’appelait Tyria. Léna fut tout de suite très complice avec elle, car c’était une jeune fille délicate et sensible qui ne faisait pas de manières et qui travaillait beaucoup. Glowen la surnommait ‘L’assommoir’, parce qu’elle lui faisait toujours la leçon, et rouspétait au sujet de ses vêtements rapiécés ou de ses cheveux sales. Léna en avait été témoin, la première fois qu’elle l’avait rencontrée sous une pinède qui bordait le village dans lequel ils vivaient. Il faisait chaud, et Glowen était plus gouailleur que d’ordinaire. Ses cheveux étaient en désordre, et il y passait ses mains sales et pleines de sueurs en jetant à Léna des sourires vifs et entendus. Sa retenue habituelle n’était plus ; il était plein d’attentions et avait des moqueries plein la bouche. La jeune fille rit tout le chemin durant.
Bientôt, ils parvinrent à la pinède où les attendait Tyria. Mais, alors que Glowen allait entamer les présentations, la jeune fille se leva brusquement, courroucée, et alla se planter tout droit devant le jeune homme. Elle lui jeta un regard assassin et s’écria :

-Et ben alors, mon gars, tu t’es encore fait la malle pendant qu’on finissait le travail chez toi ? Ton père m’en a conté des nouvelles, et j’ai dû faire des gognes pour lui arracher la promesse de ne pas te battre en rentrant !

Glowen fit un pas en arrière et bredouilla des explications confuses et maladroites. Mais, Tyria n’en avait pas terminé avec lui. A mesure qu’il reculait, elle avançait vers lui, le regard dur.

- Taratata ! Continua-t-elle, imperturbable. Ne réponds pas, ça ne sert à rien, tu vas encore me servir tes excuses habituelles. Tu crois que je vais te sauver des coups à chaque fois ? Tu sais comme il est ton père, un homme bon, mais il a le sang chaud comme on dit.
- Mais … Commença Glowen.
- Non, tais-toi ! L’interrompit-elle. Je suis trop en colère pour que je t’autorise à parler.
- Tyria, s’il te plait…
- Non !
- Laisse moi au moins une chance de t’expliquer !
- Non ! Non ! Et non ! Nous savons tous les deux pourquoi tu n’as pas terminé ton travail aux champs, tu n’as pas besoin de me l’expliquer, je ne suis pas idiote.
- Mais pas du tout ! Je ne pensais pas t’embarrasser, voilà tout !
- Et bien tu l’as fait, bougre d’andouille ! Et ce n’est pas la première fois. Tu croyais vraiment que ton père ne s’apercevrait pas de ton absence ? Et tu pensais vraiment que je n’essaierai pas de te venir en aide, alors que je suis ton amie et que tu le sais ?

Glowen baissa les yeux. Léna aperçut des larmes dans son regard, et vit que ses joues étaient rouges de honte. Il regardait fixement vers le sol, et ses mains tordaient son froc délavé dans tous les sens. Une grande peine envahit le cœur de Léna, qui lui broya le cœur. Tyria soupira, et la colère qui l’habitait sembla s’envoler.

- Enfin, dit-elle d’une vois adoucie, je lui ai dit que j’avais besoin de toi à la tisserie, pour réparer mon métier. Tout est bien qui finit bien. Mais quand même, tu aurais pu faire attention, et partir un peu plus tard !

Glowen bredouilla une flopée d’excuse que la jeune fille accepta avec un sourire. Puis, elle se tourna vers Léna et la dévisagea avec insistance ; La jeune fille n’avait pas pipé mot, pétrifiée par la longue diatribe.

-Mouais, c’est vrai que tu es un beau brin de fille ! S’exclama-t-elle Je suis Tyria, la fille du tisserand. Pardonne-moi d’avoir crié, mais Glowen est parfois si insupportable !

Ses beaux yeux francs et sa jovialité achevèrent de vaincre la timidité de la jeune demoiselle qui était si intimidée par la verve de son interlocutrice.

-Je suis Léna. Lui répondit-elle avec un sourire. Et en effet, Glowen est vraiment insupportable parfois !

Elles éclatèrent de rire toutes les deux, au grand dam du jeune homme.
Le reste de la soirée fut agréable. Tyria régala Léna de nombreuses anecdotes au sujet de Glowen qui les firent beaucoup rire toutes les deux, tandis que le jeune homme maugréait dans sa barbe en rougissant à chaque fois qu’un récit dont il était le dindon de la farce lui parvenait aux oreilles. Les trois jeunes gens mangèrent à l’ombre d’un bosquet d’arbre, à proximité de la Roumière. Puis, alors que la nuit tombait à tire d’aile, Tyria s’amusa à raconter des histoires de fantômes et d’esprits frappeurs. Lorsque la jeune fille évoqua l’histoire d’une fillette, pendue là quelques décennies plutôt, et qui hantait les lieux afin de terroriser les promeneurs et de les perdre dans le bois, ou de les noyer dans l’eau trouble, Léna ne put s’empêcher de frissonner, et faillit lâcher un petit cri d’horreur. Mais, de crainte d’être moquée, elle se retint. Toutefois, sur le chemin du retour, chaque fois qu’elle regardait l’eau noire de la Roumière, elle était prise de peur, et croyait presque entendre la voie de la petite morte qui cherchait à l’égarer afin qu’elle se noyât. Il n’en fut évidemment rien.


Dernière édition par Léna Jézékaël le Ven 22 Aoû - 18:52, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Ven 22 Aoû - 18:28

Raconte-moi ce qu'a été ta vie...

Les trois jeunes gens devinrent pour ainsi dire inséparables. Léna et Tyria s’amusait plus que de raison à se moquer du pauvre Glowen, qui ne cessait de bougonner, mais qui faisait tout son possible pour demeurer agréable auprès de la jeune châtelaine. Il se retrouvait souvent afin de partager un repas, ou pour se promener dans la campagne en riant. D’autres fois, ils jouaient à des jeux d’esprits que leur montrait Léna, et qui exerçaient sur ces deux enfants de paysans une fascination étrange que la jeune fille ne comprenait pas. D’autres fois encore, seul Glowen venait à elle, les yeux remplis d’un sombre désespoir qui remplissait Léna de tristesse –la pauvre enfant n’avait pas encore compris qu’elle était elle-même la source de ce désespoir.-
Lorsqu’elle le trouvait trop abattu, elle essayait de le réconforter, et cherchait à comprendre l’origine de son trouble. Elle le questionnait longuement, ou tentait par des moyens détournés de parvenir à ses fins. Mais, à mesure qu’elle s’y employait, le jeune homme se renfrognait dans un long et douloureux silence. Alors, Léna se taisait, et attendait sans comprendre qu’il se déridât. Puis, elle riait avec lui, et oubliait la souffrance qu’elle avait vue dans ses yeux.
Parfois, sa mère venait lui rendre visite avec Léogan, et elle en était profondément heureuse car la jeune fille la connaissait à peine tant leur rencontre était rare. Enfant, elle s’était souvent demandé la raison de son absence. Parfois, elle concluait qu’elle était la seule responsable de cette situation, et la tristesse arrachait de terribles sanglots de sa poitrine d’enfant. D’autres fois, elle maudissait sa mère d’être si ingrate. Souvent, elle ne ressentait qu’un grand vide  en son cœur, et se réfugiait en elle-même afin de supporter la solitude.

Léna ne parlait que rarement de sa souffrance et du sentiment d’abandon qu’elle ressentait. Il lui semblait que personne ne pourrait comprendre vraiment cette douleur profonde, et elle préférait s’enfermer dans la subtile torpeur des sourdes mélancolies qui agitent les âmes tristes et les étreignent jusqu’à les priver presque tout à fait de toute joie et de tout plaisir.

Glowen et Tyria étaient ses seuls réconforts, et elle s’efforçait de passer le plus de temps possible en leur compagnie. L’enthousiasme et les grands discours bravaches de son amie la divertissaient, car la jeune fille n’avait pas son pareil pour se moquer de Glowen. Les plaisanteries de Tyria les faisaient rire toutes les deux aux éclats; bientôt ; elles devinrent confidentes.

Jusqu’à sa vingtième année, Léna vécut librement, à l’écart des éclats du monde. Elle ne connaissait des hommes que les rires tonitruant des paysans du village de Glowen. De la guerre, elle ne savait rien, ni de la haine, ni du deuil. A peine éprouvait-elle quelque fois de la colère envers sa mère ou sa nourrice, ou éprouvait-elle un semblant de rancœur et d’amertume lorsqu’elle se disputait avec Tyria –car toutes les confidentes se disputent à propos de rien, afin de nourrir leur amitié de leur réconciliation.-Elle avait grandi à l’écart de tout ce que le monde a de fureur et de déchirement, et cette âme jeune et belle était aussi naïve que pure, presque niaise. Il lui fallut plusieurs années pour deviner enfin les sentiments violents qu’entretenaient Glowen à son égard.

Léna s’était rendue, le soir de sa vingtième année, à la fête des visages noirs, ancêtres immémoriaux des paysans du village. Elle avait choisie, pour l’occasion, une jolie robe crème au jupon bleu, qui lui faisait la taille fine et qui dévoilait ses épaules, et elle avait coiffée ses cheveux en catogan, prenant soin de les nouer d’un élégant foulard. Elle était jeune, désirable ; sa touchante innocence lui donnait un air adorable de douceur et de vulnérabilité. Ses airs ingénus, à défaut d’être sublimes, excitaient les ardeurs.
Durant la nuit, on mangea, on but, et on dansa beaucoup.
Léna accepta de partager une danse avec Glowen en riant. Le jeune homme avait eu l’air si gêné qu’elle n’avait pu se retenir d’en rire –qu’il était bête : il se connaissait depuis si longtemps !-. Il l’avait fait tournoyer pendant près d’une heure. Puis, aux rythmes rapides et effrénés, avait succédé le chant plaintif du violon, et les chants d’amour. Glowen, plein de sueur, et sentant le vin et la bière, s’était fait plus entreprenant. Ses yeux brillaient d’un éclat que Léna ne lui connaissait pas, et qui lui brûlait les entrailles et lui étourdissait le cœur. Ses mains, sur sa taille, s’étaient faites plus pressantes ; il s’était rapproché d’elle jusqu’à la toucher complètement. Lorsque le corps du jeune homme se colla au sien, Léna eut le souffle coupé et frémit. Un désir vigoureux et puissant s’était brusquement mis à lui brûler les cuisses, et lui triturait violemment le ventre. La jeune fille baissa les yeux afin de dissimuler son trouble ; mais c’était peine perdu. Glowen avait remarqué les joues rosies de Léna, et son frémissement sensuelle.
Il se pencha vers elle, et déposa un baiser dans son cou pâle de jeune fille.
Léna laissa échapper un soupir. Elle aurait voulu le repousser, lui dire qu’elle ne le désirait pas, que cela était impossible ! Elle en fut incapable et se laissa embrasser. Ses beaux bras blancs l’étreignirent comme pour ne pas trop vite succomber. Puis, elle se laissa emporter.
Le jeune homme l’emmena dans une grange, à l’abri des regards. L’endroit sentait le bon foin, et la campagne. Par la porte entrouverte, Léna voyait la nuit s’étendre comme une brume obscurément opaque. Son corps était parcouru de frissons de désir et de  pudeur ; elle redoutait cet instant autant qu’elle l’adorait.
A travers les vêtements du jeune homme, elle sentait confusément son sexe, dressé durement. Elle sentait aussi ses mains qui tremblaient en l’étreignant, et le poids de son regard sur ses épaules, sur son cou, et même sur ses seins de jeune fille qu’il  devait bien deviner, sous les étoffes, et dont les mamelons avaient durcis à cause du désir.
Glowen ne cessait d’embrasser ses épaules, ses lèvres, ses yeux. Peu à peu, il enlevait le corsage et dénudait la poitrine de la jeune fille. Puis, lorsqu’il y fut parvenu et, ayant longuement embrassé les seins blancs et ronds de Léna, après avoir caressé de la main son ventre et sa poitrine, il enleva le jupon, embrassant à pleine bouche les mamelons dressés deson amante, tandis que celle-ci gémissait dans l’obscurité bienveillante, se mordant la lèvre, ou labourant le dos du jeune paysan qu’elle avait bien vite dénudé de ses petites mains folles. Quant à elle, elle embrassait son jeune amant sans discernement, sur les épaules, sur le torse épais et frissonnant, sur ses lèvres entrouvertes dans lesquelles elle engouffrait goulument sa langue jusqu’à ce que des vagues de plaisirs éclatassent entre ses cuisses. Elle qui avait toujours vécu comme une vierge pure se laissait aller aux plaisirs infini de la volupté avec une vigueur proche de la folie.
Bientôt, elle fut tout à fait nue. Glowen engouffra sa main forte de paysan entre ses cuisses, qu’il écarta fermement. Léna se laissa tomber sur le dos, tout à fait vaincue dans ses ardeurs. Elle s’adonna toute entière au lent va et vient qu’opérait en elle la main du jeune homme et perdit la notion du monde, du temps, et même d’existence. Elle appartenait toute entière au désir et ne songeait plus à rien d’autre que ces puissantes extases qui lui arrachaient des cris sauvages qu’elle éructait presque, et qui étaient comme des témoignages de feu de sa passion.
Puis, la main du jeune homme se retira. Léna ouvrit les yeux, anéantit d’amour et de passion. Mais, plutôt que de laisser le jeune homme se glisser tout entier en elle, elle se mit à genoux, et le repoussa tendrement. D’un baiser, elle parvint à l’allonger. La jeune fille ne songeait qu’au plaisir de son partenaire. Elle saisit doucement son sexe dur. Il était chaud, et plus ferme qu’elle ne le croyait. Son contact l’excita davantage, bien qu’elle ressentit une certaine angoisse, ténue, mais tenace. Mais, oubliant ses peurs virginales, Léna s’employa à, par un va et vient délicat, à masturber sensuellement le jeune homme. Celui-ci succomba rapidement en poussant des râles rauques et, lorsqu’il n’y tint plus, finit par se jeter sur la jeune fille, l’embrassant toujours plus follement. Il la jeta sur le sol et, d’un coup de rein féroce, la pénétra sauvagement jusqu’à ce que les vagues de feu qui agitait son corps cessassent. Léna s’endormit, épuisée, contre le corps chaud de son amant.

Les mois qui suivirent furent parmi les plus heureux que vécut Léna. Elle ne connut presqu’aucune période de mélancolie, et fut au contraire remplie d’une grande allégresse. Elle ne ressentait plus de grande tristesse en son cœur, et n’avait plus ces puissants sentiments de vanité et de déréliction qui l’envahissait auparavant et qui la plongeait dans une immense torpeur. Elle ne songeait qu’à l’amour, et ne vivait que de passion. Dès que cela lui était possible, elle se laissait sauvagement dévêtir, et faisait l’amour avec son amant pendant de longues heures. Elle ne pensait à rien d’autre qu’à l’extase  et ne vivait que pour cela.

Mais un jour, alors que l’état commençait à peine, Léna s’aperçut qu’elle n’avait pas saigné depuis de trop nombreuses semaines. Elle compta plusieurs fois. Elle recompta même de très nombreuses fois : rien n’y fit. Cela faisait plus de deux mois qu’elle n’avait pas tâché ses vêtements de la moindre petite goutte de sang. A l’aube du troisième mois, la chose fut certaine. Léna était enceinte.
Cet événement eut un retentissement particulier sur le cœur si jeune de la pauvre Léna. Elle cessa de rechercher l’extase à tout prix ; Le monde redevint vide et fade. Elle cessa de manger à sa faim, et passa de longue journée enfermer dans sa chambre, à ne rien faire, le regard vide, l’œil morne, le teint pâle d’une morte.
Durant ces interminables journées, la jeune fille, souvent prise de nausées, vomissait ses boyaux en pleurant. Une douleur sourde lui perforait sans cesse le cœur ; la nuit, elle rêvait de cris de nouveau-nés. Parfois, elle caressait son ventre qui commençait déjà à s’arrondir et réalisait qu’un petit être se développait là, à l’intérieur, lentement, sans bruit, et que cet enfant était le sien, la chair de sa chair. Alors, d’insoutenables sanglots lui soulevaient la poitrine, et elle hurlait dans le silence de sa chambre, berçant son ventre torturé dans ses bras frêles et sans force. Puis, lorsque sa tête était lourde, et qu’il lui était impossible de pleurer davantage, elle s’endormait, terrassée par de mauvais rêves et par de sourdes céphalées.
Léna ne sortait plus que rarement. Toute le jour, elle s’accablait de reproches, et nourrissait une rancune de plus en plus grande envers Glowen. L’insupportable douleur la rendait d’une effroyable amertume. Même la lumière du jour lui paraissait meurtrière ; elle passait le plus clair de son temps les rideaux tirés, dans l’obscurité tiède et angoissée de sa chambre dans laquelle elle songeait parfois au pire. Elle refusait tout contact avec sa nourrice, n’écrivait plus à son père, ni à sa mère. La jeune enfant, à peine sortie de l’enfance, connaissait déjà le drame de la condition féminine, et ne pouvait se résoudre à agir. Il lui semblait impossible de trouver une issue acceptable ; Bien au contraire, tout lui paraissait froid et irrémédiable. Elle ne songeait qu’à mourir.
Mais, quelques temps plus tard, elle se décida malgré tout à réclamer des  conseils auprès de Tyria. La jeune paysanne était la seule en mesure de l’aider ; Léna savait qu’elle serait entendue, et qu’elle pourrait s’épancher sans risque auprès d’elle.
Elle rejoignit cette dernière dans le chemin qui rejoignait l’atelier dans laquelle travaillait la jeune paysanne. Celle-ci, la voyant, se hâta de la rejoindre, et l’étreignit vigoureusement.

-Et ben alors ! S’écria-t-elle. Où étais-tu passée ? Je suis allée chez toi plusieurs fois depuis la dernière lune, et ta nourrice m’a toujours renvoyé bredouille !

Léna remarqua que sa voix vibrait d’une colère contenue. Elle sentit également son amie blessée de son silence, et baissa la tête. Accablée par son désespoir, elle avait oublié jusqu’à la jeune paysanne qu’elle aimait tant et craignait de la perdre pour de bon. Mais Tyria n’en avait pas terminé :

- ‘Léna n’est pas là pour le moment, vous devriez revenir plus tard’, qu’elle disait, continua-t-elle. Je t’en ficherai moi, des ‘vous devriez revenir gnia gnia gnia…’ ! Et puis franchement, comment peux-tu supporter d’avoir une nourrice à ton âge, hein ?

Elle déglutit, reprit son souffle, puis termina sa tirade :

-De toute façon, je suis sûr que c’est de sa faute ! Elle t’as empêché de nous voir c’est cela ? Parce que nous sommes des paysans ? Pff ! Comme si ses bonnes manières et ses jupons valaient un seul de nos hommes pour les travaux des champs ! Franchement, il n’y a pas de quoi se vanter parce qu’on lave les culottes et les corsages d’une noble ! Moi aussi je fais la lessive trois fois par semaine, et je ne suis pas bien meilleur qu’une autre !

Léna ne put en supporter davantage. Honteuse, prise de remords, son cœur se gonfla douloureusement dans sa poitrine puis, brusquement, paf ! comme une bulle de savon, éclata sans un bruit –plop !-. Elle éclata en sanglot, et étreignit son amie à l’en étouffer, lui demandant pardon, s’excusant de sa conduite indigne, et lui faisant mille serments de jeune fille. Son désespoir la rendait aveugle, et la jeune fille ne parvenait qu’à dire des bribes de mots, des discours incohérents, des morceaux de malheur.
Tyria comprit la gravité de la situation. Elle soutint son amie jusqu’à ce que ses pleurs se tarissent ; et lorsqu’elle put contempler les yeux de Léna, fixant le vide avec un désespoir écrasant, insupportable de pesanteur et d’angoisse, elle sut combien souffrait la jeune fille. De la main, elle essuya les larmes qui avaient coulé sur ses joues livides. Puis, elle fit s’asseoir Léna le long de la Boilleuse, petit affluent de la Roumière qui bordait l’atelier, et attendit. Lorsqu’elle se sentit mieux, la jeune fille commença dans un souffle :

-Tu sais, ce n’est pas ce que tu crois.
-Je sais, lui répondit Tyria gravement. Je suis désolé de t’avoir brusqué comme ça…
-Ne t’inquiète pas ! C’est de ma faute, à moi aussi. J’ai tout oublié, ces derniers jours.
La jeune paysanne ne répondit rien. Finalement, Léna lâcha enfin :
- Ca fait trois mois que je n’ai pas saigné. Je suis enceinte, Tyria.

Tyria, surprise, regarda la jeune fille avec étonnement. Puis, un air grave et triste tordit son visage. Elle continua de se taire, mais saisit la main de Léna, qui tremblait dans le soir tombant et la serra le plus fort qu’elle le put.

A partir de cet instant-là, la jeune fille n’eut à s’occuper de rien. Son amie l’entoura du mieux qu’elle le put, et fut pour elle d’un soutien sans faille. Elle lui fit rencontrer en secret une herboriste qui habitait un peu à l’écart du village, et qui était connue pour être dotée de pouvoirs surnaturels. Elle vivait dans une petite maison de pierre à l’étroit toit de paille et qui était remplie de sculptures en bois, étranges et biscornues, qui impressionnèrent beaucoup Léna. Quant à l’herboriste en question, c’était une grande femme svelte, à la peau couverte de tatouage et aux longs cheveux noirs tressés. Elle avait des yeux pénétrants, et semblait toujours préoccupée. Elle ne parlait pas beaucoup, mais agissait par gestes fluides et précis. Elle s’appelait Valnëa.

Lorsque Léna pénétra dans sa demeure, elle fut frappée de stupeur devant l’incroyable collection d’objets exotiques qui emplissaient l’endroit. Il y’en avait dans tous les coins : sur la console patinée à droite de l’endroit, sur le rebord en bois de la cheminée, à proximité de la réserve de bûche, sur la table massive de bois brut, ou suspendues à la charpente pas d’invisibles filaments que Léna ne parvint à percevoir. Il flottait dans l’air un parfum sirupeux et odorant qui prenait à la gorge, mais qui n’était pas désagréable, lorsqu’on s’était habitué à l’odeur. Au fond de la grande pièce, Valnëa lisait. Léna s’avança, tâchant de ne pas faire de bruit ; elle craignait de déranger la maitresse des lieux. Celle-ci lui inspirait des sentiments contradictoires. Elle éprouvait un grand respect pour l’herboriste un grand respect, teinté d’une grande crainte qu’elle ne savait expliquer. Il lui était impossible de déterminer la cause de cette angoisse, mais elle ne pouvait s’en séparer. Elle traversa la pièce en frémissant.
Lorsqu’elle aperçut la jeune fille, Valnëa l’accueillit d’un sourire et se leva.

-Ah, te voilà enfin ! S’exclama-t-elle. Je ne t’attendais plus !

Léna crut à une réprimande, et piqua un fard. Elle tenta de s’expliquer, bredouilla quelque chose qu’elle crut etre compréhensible, puis s’aperçut qu’elle ne faisait autre chose qu’un baragouinage verbeux qui ne voulait rien dire.
L’herboriste éclata de rire.

- Allons ne sois pas gênée, lui dit-elle en riant. Je te taquine seulement. Viens donc t’asseoir, je vais te préparer du thé. Ou peut-être désires-tu autre chose ?
- Le thé, ce sera très bien, merci, répondit poliment Léna.

Sans un mot, Valnëa laissa s’installer la jeune fille. Elle remplit d’eau une bouilloire en métal noir qu’elle cala adroitement sur deux tréteaux, à l’intérieur de la cheminée. Lorsqu’elle entendit l’eau bouillir, elle récupéra le petit récipient à l’aide d’un torchon dont elle enrubanna ses mains. Puis, ayant fait, elle versa l’eau dans une petite coupelle, dans laquelle elle fit infuser du thé au jasmin. Un doux parfum envahit la pièce et sembla légèrement apaiser Léna, que l’herboriste ne cessait d’observer. Quel malheur qu’une si belle jeunesse soit terni par un tel tourment ! Valnëa éprouvait beaucoup de pitié pour la jeune fille dont elle devinait le désespoir à ses joues hâves, à son teint pâle et à ses yeux grands ouverts qui ne fixaient que le vide.

Au crépuscule, elle s’éveilla. Valnëa l’aida à se relever et lui parla doucement. Puis, elle donna à boire du lait de pavot à la jeune fille qui but la décoction sans un mot. Elle s’étendit ; sa tête roula mollement sur l’oreiller et elle s’endormit à nouveau.
Léna dormit jusque midi. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, une vive douleur lui déchira les entrailles ; elle était nauséeuse. Malgré tout, son âme était moins agitée que la veille. S’épancher avait vidé son cœur et l’avait apaisé. Elle chercha Valnëa dans la pièce.
Cette dernière semblait n’avoir pas bougé depuis la veille, lorsqu’elle avait pénétré, hésitante, dans sa vaste demeure. Elle était toujours attablée, et lisaient paisiblement. Lorsqu’elle aperçut Léna, elle eut une fugitive expression que la jeune fille interpréta comme de la surprise,  puis esquissa un sourire.

-Tu as l’air d’aller mieux qu’hier, lui dit-elle d’un ton neutre.

Léna acquiesça et se leva. Elle remit rapidement de l’ordre dans sa tenue, craignant de paraître désordonnée aux yeux de Valnëa. Lorsqu’elle eut achevée sa tâche, elle s’assit en face de l’herboriste. Celle-ci la considéra d’un regard amusé et finit par lui demander :

-Tu as faim ? Il y’a du pain frais, si tu veux, et du lait. Je peux t’en apporter.

La jeune fille accepta et Valnëa s’empressa de la servir.
Léna mangea peu. Si la douleur qui lui oppressait la poitrine était moins pesante, il lui demeurait impossible d’avaler quoique ce fût sans éprouver une désagréable sensation d’écœurement ; son corps lui rappelait la cruauté de son dilemme, et le poids de la culpabilité que, si jeune, elle portait déjà pesamment. Lorsqu’elle fut repue, elle remercie son hôte et voulut prendre congé. Valnëa ne le lui permit cependant pas :

-Tu n’y penses pas sérieusement ? Réprimanda-t-elle la jeune fille. Seule, tu as toutes les chances de succomber à ta culpabilité. Reste plutôt ici jusqu’à ce que tout soit terminé. Ca ne me dérange pas.

La jeune fille se figea. Que signifiaient ces mots : ‘que tout soit terminé’ ? N’étaient-ils pas bien cruels, inhumains même ? Pouvait-on parler de la vie humaine ainsi ?

-Je ne veux pas y penser, rétorqua-t-elle. Je ne vous ai pas demandé de tuer mon enfant.

Valnëa, qui avait repris sa place en vis-à-vis de Léna et qui lisait à nouveau demeura interdite pendant quelques instants. Puis, elle referme son livre d’un air grave, se saisit les mains de Léna dans les siennes :

-Il ne s’agit pas de cela, lui dit-elle doucement. Il s’agit de te garder en vie.

La jeune fille haussa les épaules et baissa la tête ; mais elle ne retira pas ses mains de celle de l’herboriste. Leur contact doux et chaud la rassérénait ; il lui semblait enfin avoir une mère. Au fond de sa poitrine, la douleur se réveillait doucement, lentement, avec la certitude d’arriver à son terme quoiqu’il arrive.

-Pourtant, si je vis, c’est lui qui meurt, finit-elle par prononcer.
-Oui, lui répondit Valnëa, mais tu sais, quoiqu’il arrive, il ne vivra pas. Du moins, il a très peu de chance de survivre. C’est le lot de toutes les unions entre un terran et une sindarin.

Les paroles de Valnëa plongèrent lui transpercèrent le cœur. Elle ne put réprimer un violent sanglot, et pleura à nouveau durant de longs et pesants instants. Lorsqu’elle cessa de pleurer, tout sentiment, et toutes sensations parurent s’évanouir. Une lourde torpeur l’envahit, et elle demeura ainsi, hébétée, jusqu’à ce que la nuit tombât et recouvrît d’ombre les contrées humaines. Elle accueillit le sommeil avec bonheur.

Les jours qui suivirent furent longs et pénibles pour Léna. La jeune fille ne cessait de chercher une issue heureuse à sa situation et, n’en trouvant pas, elle plongeait souvent dans des sentiments violents qui la tourmentaient tout le jour et qui la poursuivaient durant la nuit.
Un soir, l’herboriste lui fit boire une décoction au goût amère qui devait la faire saigner abondement durant la nuit. Elle avait prit soin d’y incorporer secrètement de la valériane et d’autres plantes somnifères, afin que la jeune fille fût endormie durant le processus ; Du reste, elle la veilla toute la nuit.
Léna saigna beaucoup ; Valnëa crut même qu’elle en mourrait tant l’hémorragie fut importante. Cependant, l’écoulement de sang finit par se tarir, et Léna demeura en vie. Affaiblie, et murée dans un mutisme inébranlable, elle demeura encore près d’un mois chez Valnëa, mangeant peu et pleurant beaucoup. Elle maigrissait à vue d’œil, et semblait n’éprouver plus aucune joie à vivre. Tout le jour, elle regardait à l’horizon, ou bien s’abimait dans de sombres pensées qui n’appartenaient qu’à elle mais que son visage trahissait sans peine. Si elle l’avait pût, et en l’absence de l’herboriste, elle se serait donnée la mort.
Afin de l’occuper pendant la journée, Valnëa avait demandé à Léna de l’aider dans confection de remède ou de décoctions diverses. Elle pensait que l’occupation détournerait la jeune fille de son mal et lui rendrait l’existence peut-être plus supportable ; il n’en fut rien :  Léna se révéla très maladroite à la tâche, et cessa bientôt de suppléer Valnëa. Cependant, la chose ne fut pas tout à fait inutile. S’apercevant de sa maladresse, la jeune fille jeta son dévolu sur les chapeaux –goût incongru, s’il en est, et qu’elle n’était en rien prédisposée à éprouver un jour, et commença à en inventer de toutes les formes et de toutes les couleurs. Elle en matérialisa une quantité inimaginable en très peu de temps ; cela lui était très facile : lorsqu’elle était certaine d’être satisfaite d’un chapeau qu’elle avait imaginé, elle le rendait réel. Elle l’essayait, ou demandait à Valnëa d’être son modèle ; puis, elle comparait ses créations entre elles, et demandait à l’herboriste celles qu’elle préférait entre toutes. Et, quant Valnëa la félicitait, Léna sentait un peu de vie lui étreindre le cœur et la poitrine. Cela lui donnait du cœur à l’ouvrage. Elle ne cessait d’inventer de nouvelles formes, et encombrait la maison de l’herboriste de chapeaux étonnants.

Durant toute cette période, pas une seule fois elle ne vit Glowen.
Pourtant, un jour, Léna manifesta le désir de revoir le jeune homme. Elle souhaitait s’acquitter envers lui d’un devoir que son jeune cœur ne pouvait porter plus longtemps ; il lui semblait que lui tenir secret tous ces événements de son existence serait comme trahir un serment fatal qu’elle avait contracté en se liant profondément à lui. Valnëa approuva son désir, et un rendez-vous fut fixé, le lendemain après-midi ; Léna s’y rendit seule.

Le chemin qui menait de la demeure de Valnëa à la ferme de Glowen traversait un petit bois par lequel Léna détestait s’attarder. Ce bois était étrangement sombre, et toutes les ombres semblaient s’y animer. Léna ne pouvait y demeurer sans frémir. Elle le traversa rapidement, d’un pas ferme ; lorsqu’elle parvint à la lisière de celui-ci, elle bifurqua vers l’est, et suivie un petit sentier qui traversait les pacages de la ferme où l’attendait Glowen. Bientôt, la jeune fille parvint dans la cour la dite ferme ; des poules y poussaient leur plainte grotesque en agitant leurs crêtes colorées. Sans leur prêter attention, Léna se dirigea vers le corps principal de bâtiment dans lequel devait l’attendre Glowen. La porte était close. Surprise, la jeune fille fit plusieurs fois le tour de la cour. En vain. Elle n’aperçut qu’un corbeau qui lançait ses trilles abominables, perché sur le pignon du mur de la grange, et qui la regardait fixement, avec des petits yeux féroces. Elle frissonna en l’apercevant, mais passa outre.
Lorsqu’elle se fut assuré qu’il n’était nulle part, elle décida de pénétrer dans la grange. Peut-être soignait-il quelques bêtes, ou accomplissait-il quelques tâches obscures qu’elle ignorait. Elle poussa l’épais et pesant battant de bois, qui coulissa dans un affreux grincement métallique, et elle pénétra à l’intérieur de la grange. Il y’a régnait une obscurité étouffante, et une odeur de foin. Léna tenta de percer les ombres épaisses qui l’entouraient ; Mais elle n’eut pas le temps de s’habituer à celles-ci, et d’en élucider les mystères. Dans son dos, une ombre souple s’était glissée derrière elle et, alors qu’elle se retournait, la heurta de plein fouet, avec un bruit sec et sourd. Lorsqu’elle heurta le sol, le crâne de Léna émit un claquement dur qui se répercuta sur les murs. La jeune fille fut parcourue d’un spasme, et ne bougea plus.


Dernière édition par Léna Jézékaël le Ven 22 Aoû - 18:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Ven 22 Aoû - 18:29

Raconte-moi ce qu'a été ta vie...

La première chose qu’entendit Léna, lorsqu’elle sortit de l’inconscience, ce fut un rire grinçant et une voix qui claironnait :

-Ah, Ca y’est, elle se réveille !

La jeune fille ouvrit les yeux avec difficulté ; son crâne la brûlait atrocement et sa bouche était sêche ; elle roula sur le côté, déglutit, et vomit. La voix continue sa litanie, agitée, régulièrement, par un bon rire de panse :

-Oulah, ça n’a pas l’air d’aller fort, ma p’tite ! Tu n’aurai pas du te gaver autant hier, c’est bien bête !

Une seconde voix vint faire écho à la première, sèche et cassante :

-Tais-toi Börln, tu me fatigues à toujours raconter n’importe quoi. Va plutôt prévenir Cassandre que la petite se réveille.

Le dénommé Börln protesta quelques instants, mais finit par céder. Léna l’entendit se lever lourdit, et sortir de la pièce de son pas pesant. Peu à près son départ, elle parvint à ouvrir les yeux, malgré la douleur insupportable qui martelait son crâne à lui en arracher des larmes. Lorsqu’elle y fut parvenue, elle tenta de se relever, mais n’y parvint pas : ses membres, comme anesthésiés, ne lui obéissaient plus. Elle parvint néanmoins à se mettre à genoux, et s’aperçut que ses poignets étaient étroitement attachés dans son dos. L’angoisse lui noua la gorge. Elle était là, prisonnière, impuissante, ignorant tout de l’endroit dans lequel elle se trouvait, et du motif de ses ravisseurs ; dans la panique, Léna ne réfléchit pas davantage. Elle se mit à rouler dans tous les sens, à ruer, à brailler, à pleurer, à agiter les membres afin de se détacher ; elle ne parvint qu’à s’écorcher les bras et les jambes, et à resserrer les liens autour de ses beaux poignets blancs. Epuisée, elle se laissa choir contre un mur de pierre froid qui lui glaça la peau et contre laquelle elle reposa son visage fatigué ; elle ne chercha pas à détailler la pièce, ou à regarder son ravisseur. La jeune fille se laissait entièrement aller à la torpeur qui  survient lors des grands abattements de l’âme.
Puis, la porte s’ouvrit brusquement. Léna ne tourna pas le visage, ni ne chercha à apercevoir le nouvel arrivant. Une voix de femme perça le silence :

- C’est vrai qu’elle a l’air plutôt grognon. Elle a été sage au moins ?

La seconde voix répondit machinalement :

-Plutôt. Oh, bien sûr, elle a rué tant qu’elle a pu, m’enfin, comme de bien entendue, elle n’est parvenue à rien. ‘Toute façon qu’est-ce qu’elle espérait ? On s’y connaît, nous autres ! Aucune chance qu’elle se détache.

Léna l’entendit cracher. Elle mit un point d’honneur à ne pas fixer ses ravisseurs, à leur montrer tout le mépris, tout le dédain qu’elle avait eux pour eux. La femme ricanna :

- C’est qu’elle est bien snob la demoiselle ! On dirait sa mère.

Léna entendit des bruits de pas. Puis, elle sentit une main lui attraper le visage, et la contraindre à tourner la tête. Elle gémit, mais ne put que se laisser faire ; l’humiliation lui emplit le cœur de colère et de désespoir.
Enfin, il vit ses ravisseurs. Le premier était un homme corpulent et de petite taille, vêtue misérablement, qui avait l’œil torve et un air de profonde imbécilité. Le second était un échalas maigre et discret qui portait une redingote de cuir, et des bottes ; à sa ceinture, il arborait une rapière. Il était hirsute, et semblait habitée par un profond ennuie. Quant à la femme, elle était rousse, svelte, et avait sur le visage un air d’amusement cynique et cruel qui fit frissonner Léna.

-Oui, continua cette dernière. C’est vraiment frappant de face ! Cette chère Elerinna t’as beaucoup donné !

Elle laissa planer un silence, puis acheva en lâchant, une moue désapointée sur le visage :

-Mais elle était beaucoup niaise que tu ne sembles l’air. Tu m’as l’air beaucoup moins intéréssante.
Piquée au vif, Léna se dégagea de l’étreinte qu’exerçait la main de celle-ci sur sa mâchoire.

-Qu’est-ce que vous en savez ? Lui rétorqua-t-elle. Si ça se trouve, je suis encore plus teigneuse qu’elle. Et puis comment connaissez-vous ma mère ?

La répartie de Léna provoqua l’hilarité de la ravisseuse, qui s’empressa de lui répondre, d’un ton froid, détaché et amusé tout à la fois :

- Et bien j’en sais que tu as l’air sage, pudibonde même, et profondément gentille. Absolument tout le contraire d’Elerinna.
- Vous dites ça, vous n’en savez rien, cracha Léna.
- Oh si ! j’en sais quelque chose, parce que je la connais très bien. C’est une femme d’une remarquable intelligence, ambitieuse, provocatrice, qui se fout pas mal de l’ordre et qui n’aspire qu’à la liberté. Tu peux en dire autant ?
- Je ne suis pas bête.
- Si tu n’étais pas bête, tu ne serai pas ici, attachée, à faire l’insolente à défaut d’être libre afin de faire croire que tu as encore un tant soi peu de pouvoir sur toi-même.
- Et bien moi aussi j’aspire à la liberté.
- Non, toi, tu n’aspires qu’à vivre dans ton petit monde bien protégée d’habitudes et d’illusions. Je t’ai bien observé, Léna, et je sais tout cela.
- Facile à dire, toutes ses belles paroles. Vous pouvez bien faire la fière, puisque c’est vous qui êtes libre en définitive. Vous aurez toujours le dernier mot, quoiqu’il arrive.

La femme ne répondit pas tout de suite mais finit par opiner du chef :

-Pas bête du tout, comme réflexion ! affirma-t-elle. Comme quoi, tu as peut-être plus de ta mère que je ne le pensais.  

-Je n’ai de personne, rétorqua Léna, agacée. Vous me ramenez systématiquement à ma mère. Mais ce n’est pas vrai, je ne suis pas seulement la fille d’Elerinna.  De toute façon, elle ne s’occupe pas de moi.

-C’est vrai que c’est injuste, d’autant qu’Elerinna a toujours été quelqu’un de particulièrement brillant dans tout ce qu’elle a entrepris. C’est son putain d’idéalisme qui veut ça. Ca la rend si agaçante, si enthousiasmante ! Quelqu’un qui a, pardonne-moi, un peu de couille, pour assumer ce qu’elle pense du monde jusqu’au bout. Forcément, la comparaison est difficile.
-Il n’y a que vous pour comparer. Moi, je ne compare pas, c’est tellement inutile. Et puis, quand vous en parlez, on dirait que c’est une déesse de la mythologie. Ce n’est pas plutôt vous qui avez un problème avec elle ?

La ravisseuse resta interdite et fixa Léna d’un œil étonné.

-Tu es vraiment une sale gosse, finit-elle par lâcher. Tu ne paies pas de mine, comme ça, mais tu sais mordre. Maudite sois-tu !
-Parce que j’ai touché juste ? Railla la jeune fille.
-Tais-toi, petite morveuse ! Le boulot stipule que tu dois être vivante. Mais j’estime avoir le droit de m’amuser avec toi aussi longtemps qu’il me plaira.
-Amusez-vous, amusez vous ! Il en restera toujours quelque chose.
-Pour la dernière fois, ferme-la !
-Pour le coup, c’est vous qui faites l’enfant. On dirait une môme qui fait son caprice.

La ravisseuse se jeta sur Léna en hurlant et la roua de coup. Mais Léna était comme enragée.  Les railleries de son interlocutrice l’avait atteinte droit au cœur, et elle s’était sentie comme folle d’être traitée ainsi. Eh quoi ? Allait-elle supporter d’être humiliée sans piper mot, et se laisser trainer dans la boue comme on souille une putain ?

Elle se débattit autant qu’elle le put, mordit, rua, donna des coups de pied, et parvint plusieurs fois à repousser son agresseur, et même à lui arracher un morceau de chair à l’avant-bras. Mais, irrémédiablement, à mesure que s’éternisait le combat, son adversaire prenait peu à peu le dessus, et l’aurait peut-être pris totalement si l’homme maigre et échevelé ne l’avait pas repoussé d’un geste brusque et criant ‘ça suffit maintenant Cassandre ! Tu vas nous la tuer à force.’ La dite Cassandre poussa un cri de rage, et sortit de la pièce.
Léna resta sur le sol, prostrée, meurtrie ; elle avait mal dans tous les membres. Sa tête tournait affreusement, mais elle ne pleurait pas ; elle riait. Elle riait car c’était elle, la petite Léna, la pauvre enfant, l’idiote, c’était elle qui avait gagné. Cassandre s’était laissé aller à la violence parce que c’était la seule réponse qu’il lui restait pour la faire taire. Parce qu’elle savait que Léna avait raison, et qu’elle ne pouvait supporter de l’admettre.

Dans son cœur, c’était de la rage qui bouillonnait, et qui déversait à grand flot une énergie sombre dans le corps affaiblie de la jeune fille. La révolte avait remplacé le désespoir, et brûlait atrocement dans son âme, qui réclamait son lot de sens et de force. Soudainement, plongé dans le chaos de la passivité et de l’angoisse, Léna avait décidé de n’être plus ce jouet futile et débile d’un destin mal assemblé et qui crachotait des mauvaises rimes pour toute poésie et qui faisait luire sur les destins médiocres des lumières suffocantes et blêmes ; Seule, faible, pathétique, cette âme naguère si fragile acquérait en ces instants-là, l’énergie désespérée qui revendique et qui tue. Elle resta prostrée jusqu’au soir. Elle y resta deux jours durant, ne se relevant que pour manger la nourriture infecte qu’on lui donnait et pour faire ses besoins ; on lui détachait alors les main et elle pouvait accomplir ses tâches nécessaires. Puis, on l’attachait à nouveau.

Lorsque la nuit du second jour fut tombée, et eut projeté sur le monde une sourde et sereine obscurité, Cassandre pénétra à nouveau dans la petite pièce dans laquelle était enfermée Léna. L’apercevant, la jeune fille s’adossa maladroitement au mur le plus proche ; c’était un mur sale, humide, qui suintait une eau jaunâtre et puante. Elle s’y adossa malgré tout en grimaçant. Cassandra affichait un masque impassible, et la fixait, sans bouger, du milieu de la pièce, assise sur une chaise malingre qui jetait sur le sol une ombre filiforme qui tremblotait bizarrement. Ses yeux sombres étaient inexpressifs et pénétrant à la fois ; ils toisaient avec mépris la jeune fille. Mais Léna ne frémit pas ; elle railla gouailleusement son ravisseur :

-Ca y’est, lança-t-elle, vous êtes calmée ?

Cassandre ne bougea pas, mais articula froidement :

- Tu peux être insolente si ça t’amuse. Tu ne m’auras pas deux fois.

Léna fit la moue, comme si on lui avait annoncé une nouvelle sans importance mais qui l’importunait malgré tout, comme une simple gêne :

- Oh ! C’est bien triste, lui rétorqua-t-elle. On s’amusait si bien !

Sa ravisseuse ne put s’empêcher de lâcher un rire amer. Son visage se crispa un court instant, et devint effrayant ; il se peignit sur celui-ci une expression de rage, de haine, de tristesse et d’amertume tout à la fois, comme un gouffre d’ombre, une ire lunaire, une haine souterraine et subite.

- On ne peut pas dire que tu manques d’humour, dit-elle.
- N’est-ce pas ? Fanfaronna Léna. Je me suis découvert ce talent tout récemment ! Vous y êtes même pour quelque chose, semble-t-il ! Vous êtes flattées ?
- Pas vraiment. Je m’en fiche, pour tout te dire.
- On ne peut rien y faire, alors. Ni vous, ni moi.
- En effet.

Cassandre laissa flotter un silence dans les airs, puis reprit, d’un ton las :

- Il y’a quelques jours, tu m’as demandé comment je connaissais ta mère. Et bien je vais te répondre.

Léna cracha sur le sol :

-Je suis certaine que vous ne la connaissez pas, arrêtez de mentir, éructa-t-elle.
-Je comprends que tu n’aies pas confiance en moi, mais pourtant, je connais Elerinna. Il y’a longtemps, j’ai été son amie.

Léna explosa de rire :

-Vous étiez son amie, vous ?
-Pourquoi cela te fait-il rire ? l’interrogea Cassandre d’une voix agacée.
-Parce que si vous étiez son amie, je ne vois vraiment pas pourquoi vous m’avez assommée, amenée ici, attachée, et pourquoi vous me maintenez en captivité. A moins que je ne me trompe : Mais oui, suis-je bête ! Je dois être une invitée de marque !
-J’ai été son amie, mais je ne le suis plus, voilà tout.
-Et pour quelles raisons, je vous prie ?
-Elerinna est quelqu’un de complexe. C’est une idéaliste, ambitieuse, brillante, qui consent librement au mal, et qui accepte le bien malgré tout. Lorsque je l’ai connu, elle voulait accéder aux plus hautes fonctions de Hellas. Et je l’y ai aidé.
-Vous l’avez aidée, vous ? Oh, j’y suis ! Vous l’avez emprisonnée, elle aussi, afin d’accélérer son accès au pouvoir ? Quelle brillante idée.
La remarque fit sourire Cassandre. Son visage s’éclaircit légèrement ; la lassitude fixe et terne qui habitait son visage s’envola.
-Non, répondit-elle, pas ainsi. Je l’ai aidée dans diverses affaires, pas forcément toutes très jolies, et pas forcément toutes très légales.
-Grand bien vous fasse !
-Et finalement, continua-t-elle, imperturbable, elle est parvenue au statut de grande-prêtresse. Ce qui n’est déjà pas si mal. Certes, nous avions magouillés, mais, c’était pour la bonne cause ! Du moins, c’est ce que je croyais. C’est ce qu’Elerinna devait croire elle aussi, d’ailleurs.
-Bon, et alors, c’est pour me faire mourir d’ennuie que vous me racontez les quelques petites bouffonneries qu’à faites ma mère ? Quel plan diabolique !
-Non, je veux juste que tu saches pourquoi je l’ai trahie
-Vous m’en voyez ravie.
- Lorsqu’elle a accédé au pouvoir, j’ai fondé de grands espoirs en elle. Je pensais qu’elle était la seule à pouvoir changer tout ce merdier, tout ce foutu bordel dans lequel on copule avant de mourir.
- Et elle vous a déçu ? Je vais pleurer !
- Moque-toi si tu veux, mais tu n’as jamais connue la misère. Je pensais qu’Elerinna nous en sortirait tous. Et, lorsque je me suis aperçu qu’elle profitait de son statut plutôt que de changer tout ce qu’elle avait promis de changer, et bien, j’ai décidé d’arrêter de la servir et de passer dans le camp ennemi.
- Pour m’emprisonner, c’est intelligent dites-moi ! Comme si je pouvais vous croire après tout cela !

Cassandre soupira longuement et se leva. Sa silhouette filiforme dessina une ombre étrange et effrayante sur le sol ; mais Léna, regardant le visage de celle-ci, pâle et défait, ressentie une grande pitié pour elle. Cette dernière lui parut brutalement dans toute sa fragilité, âme faible à la grande colère. Il lui sembla que seule la haine et la désillusion la maintenait en vie. Elle perçut avec netteté les formes tourmentées de l’âme de Cassandre, et frémit à son contact, car il était plein d’angoisse et de douleur.

-Tu sais, Léna, articula-t-elle lentement, les yeux vides, perdus dans le néant, embrunis par quelques chaos délicat et subtile qui étreignent sauvagement les âmes pleines de rage, je ne cherche pas à te faire particulièrement du mal.
-Vous avez beau jeu de dire ça, lui rétorqua la jeune fille du tac au tac.
-Pourtant, c’est la vérité. Je pensais que cela changerait quelque chose. N’importe quoi ! Mais maintenant, je n’en suis plus si sûr.
-Il fallait y penser avant, non ?

Cassandre fixa Léna d’un air grave et las.

-Il y’a tellement de choses auxquelles nous aurions dû penser ! Répondit-elle froidement. Tu le sais toi-même très bien. Comme si nous pouvions y échapper !
-Ce fatalisme nauséabond ne vous est pas coutumier. En tout cas, il ne vous sied pas. Lorsque vous employez ce ton, vous perdez votre superbe.
-Il m’est plus familier que tu ne sembles le penser. S’il ne me l’était pas, je serai toujours une pisseuse abrutie de soleil et de travail sous le joug d’un seigneur bienveillant bourré de bâtards et de maîtresses fécondes.
-Peut-être, mais il ne vous va pas, répéta Léna, butée.
-Peu importe, trancha Cassandre. Je voulais juste que tu saches que je ne faisais pas tout cela gratuitement, par pur plaisir.
-Alors pourquoi ?
-Par liberté.
- Pourtant, on dirait qu’elle vous pèse, qu’elle vous entraine avec elle vers l’abîme.
- C’est vrai.
- Alors pourquoi continuer à la suivre ?
- Par devoir, Léna, par devoir. Et parce que je me sens plus vivante comme ça.
-C’est tout ?
-Demande-toi pourquoi tu vis. Et tu verras que oui, c’est tout. Comme ton existence : c’est juste ça. Un tout petit ‘c’est tout’.

A cet instant, Léna entendit des voix qui hurlaient, des cris, des bruits sourds de lutte, puis de franc combat ; Cassandre jura et se retourna vivement, après avoir jeté un dernier regard à la jeune fille qui frémissait. Puis, d’une geste sec et précis, elle ouvrit la porte, s’engagea dans le couloir et disparut du champ de vision de Léna. Bientôt, les bruits d’affrontements cessèrent, et furent remplacés par des jurons étouffés et des chuchotements. Léna crut reconnaitre la voix de son père parmi elle ; elle tenta de se libérer à nouveau avec une détermination nouvelle, sans parvenir à quoique ce fut de concluant. Cela ne fut pas nécessaire : fracassant la porte de sa cellule, Léogan surgit, les yeux exorbités de fureur, le visage grave, ferme, résolu, l’épée au clair. Tout son corps était gonflé d’une sauvage énergie ; Sa poitrine se soulevait avec une force surhumaine. A sa vue, Léna laissa échapper un cri de joie et de soulagement, mais demeura incapable de parler. Derrière lui, surgirent tout à tour Elerinna, sa mère, et Valnëa l’herboriste qui se précipitèrent afin de libérer la jeune fille. Bientôt, Léna fut débarrassée de ses liens, et assaillie de questions :

-Léna, oh Léna ! Ma petite fille ! Chuchotait Elerinna en l’étreignant. Mon enfant, ma  toute petite ! Souffres-tu beaucoup ? Que t’ont-ils fait ?

La Grande-prêtresse, songeant à ce qu’avait vécu sa fille, se mit à trembler, à pleurer, à gémir ; si elle l’avait pu, elle aurait recherché sur le champ tous les responsables du malheur qui avait frappé sa fille, et les aurait tué de ses mains, atrocement, avec tout le plaisir qu’on peut ressentir à voir mourir quelqu’un qui a commis quelque mal à un de ses parents. Elle caressait tendrement les cheveux de Léna, et lui baisait les joues, le front, les paupières, avec une avidité de mère qui a cru cent fois perdre son enfant.
Léogan, quant à lui, faisait les cent pas dans la pièce en fulminant. Parfois, il s’arrêtait, et lâchait une flopée de questions. Puis, voyant qu’on ne lui répondait pas, haussait les épaules, et reprenait sa ronde enragée. Seule Valnëa semblait plus mesurée, et restait légèrement en retrait ; Malgré tout, Il fallut presque une heure avant que Léna pût répondre aux interrogations dont on l’avait assaillies. Elle raconta toute sa capture du mieux qu’elle le put, n’épargnant aucun détail, mais tachant de ne pas choquer ses parents ; l’un et l’autre semblait éprouvé, et ne cessait de se chamailler –elle ne savait pas que c’était là leur relation habituelle-. Lorsqu’elle décrivit sa ravisseuse, Elerinna tapa rageusement du pied et laissa échapper ses mots :

-Ah la garce ! Elle me le paiera !

Léna, surprise, s’interrompit :

-Alors, elle ne mentait pas, elle te connaissait vraiment, maman ?

Elerinna parut hésitante, comme si elle ne savait pas si elle devait répondre ou se taire ; elle finit par articuler nerveusement :

-Et bien… oui. Plus ou moins.
-Plus ou moins ? Releva Léna d’un ton suspicieux.
-Oh ça va, lâcha Léogan, tu peux bien lui dire, après tout ce qui s’est passé, non ?
-Mais tu n’y penses pas ? En quoi cela la concernerait-il ?
-Et bien m’est avis qu’après avoir été séquestrée et humiliée, cela me paraît la moindre des choses, non ?
- Et pourquoi, je te prie, faudrait-il lui raconter toute l’histoire de cette pimbêche sans intérêt qui finira dans un bordel, où elle aurait bien sa place ?

Léogan haussa les épaules et s’apprêtait à répondre par l’un des sarcasmes dont il avait le secret lorsque Valnëa prit la parole.

- Eh bien parce que ton orgueil mal placé, tu peux...
-A une époque, ma chérie, nous nous connaissions toutes les trois.
-Tais-toi, s’écria Elerinna, cela ne la regarde pas !

Mais, faisant fi de son avertissement, Valnëa continua, tandis que Léogan s’efforçait de faire taire la belle sindarin, tout en soupirant longuement et en lâchant des ronchonnements incessants :

-Elle a aidé Elerinna a accéder au statut de Grande-Prêtresse ; de même que je l’ai fait car nous étions très proches, à l’époque. Elle croyait que cela permettrait d’éliminer la misère –c’était le but poursuivi par Elerinna-. Mais elle était trop impatiente, trop radicale. Ta mère s’est chargée de lui faire comprendre. Dès lors, elle s’est éloignée de nous, et s’est employée à nous mettre des bâtons dans les roues. Te raconter toute l’histoire serait trop fastidieux et trop long, mais voilà l’essentiel.

Le récit de Valnëa laissa la jeune fille songeuse. Elle prenait brusquement conscience qu’elle ne savait rien, ou presque de ses parents, et qu’elle ignorait tout du monde. Un sourd sentiment de mélancolie l’envahit ; une bienheureuse léthargie se saisit d’elle jusqu’à ce qu’elle réalisât que la présence de l’herboriste n’avait rien d’évident :

-Mais, d’ailleurs, s’écria-t-elle vivement, sortant de sa torpeur, que fait ici Valnëa ?

S’ensuivit des regards gênés, des rires jaunes, des œillades en coin. En définitive, il fallut bien expliquer à Léna que l’herboriste était, elle aussi, une amie d’Elerinna, et qu’elle avait pour tâche de veiller sur la jeune fille à la place de sa mère. Léna, d’abord surprise, considéra Valnëa d’un œil neuf ; un sentiment de sincère gratitude l’envahit et lui échauffa la poitrine ; puis, elle se laissa aller dans les bras de son père, et s’endormit rapidement, bercé par les chuchotements qu’échangeaient sans discontinuer l’herboriste et sa mère.

Dans la période qui suivit sa captivité, Léna ne put supporter de demeurer dans le manoir de son enfance, à proximité de la ferme de Glowen ; elle préféra résider quelques temps auprès de sa mère, à Hellas. Elle s’y installa dans l’anonymat, et y connut des jours heureux. Elle était désormais proche de ses parents, et le vide qui l’habitait, le néant qui la rongeait, avait peu à peu disparu. Néanmoins, l’image de Cassandre ne détachait pas de son cerveau ; elle ne pouvait oublier son souvenir, et était fascinée par sa liberté. La jeune fille sentait qu’il y’avait là quelque chose d’essentiel, qu’elle ne faisait qu’effleurer et qu’il lui fallait comprendre. Après de nombreux mois d’une infinie tendresse, Léna décida de quitter Hellas, où elle était si heureuse, et de s’en aller à la recherche de Cassandre. Elle-même ne connaissait pas la raison qui la poussait ainsi à rechercher une âme si tourmentée et si dangereuse. Elerinna et Valnä tentèrent bien de la raisonner ; Léogan fulmina, railla, éructa sarcasme sur sarcasme. Mais rien n’y fit : la décision de la jeune fille était irrévocable. Sous la couverture d’une vendeuse de chapeau, elle partit, un soir d’été qui sonnait comme un glas, au petit matin. L’image de Cassandre projetait à l’horizon une lumière étrange qui soutenait ses pas ; elle rêvait de liberté.
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Sam 23 Aoû - 19:50

Bonjour et bienvenue (officiellement) sur Istheria!

Alors, je sais que tu n'as pas complètement fini (l'histoire je sais pas, mais je l'ai lu et c'est vachement complet! XD Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu d'histoire aussi longue! lool), mais je me permet d'avance de juste de m'apporter des petites précisions sur :

_ Transformation de la matière => Je voulais être sure de ce que tu entends pas transformation, est-ce qu'il s'agit de modelage? Donner une autre forme à un objet ou bien changer sa nature, transformer du fer en du verre, .... Pour moi, il s'agit de deux choses différentes donc il faudrait que tu me précises.

_ Pouvoir de l’imaginaire => Me faut juste savoir combien de temps cela peut durer parce que je suppose qu'il y a une limite de temps de l’apparition. (Je suppose que l'import imaginaire ne sera "réel" qu'un certains temps, genre, si ton imagination nous fait apparaître une dizaine de lapins, combien de temps ils seront là? Est-ce qu'il faut que tu sois dans le périmètre pour qu'ils soient réels ou ils disparaissent quand tu "coupes" ton pouvoir).


Voilou!!!

Si tu dois faire d'autres postes à la suite, je supprimerais mon message pour la continuité de ta fiche.
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Dim 24 Aoû - 19:40

Merci pour l’accueil!

J'ai donc officiellement terminée ma fiche! Désolée pour l'histoire un peu longue, mais si elle est complète et qu'elle te plaît, tout va bien!

Quant aux pouvoir >> Et bien, de mon point de vue, la transformation de la matière consisterait en transformer sa nature en une autre matière, précisément ^^
Quant au pouvoir de l'imaginaire: tout d'abord, Léna ne peut pas faire apparaître de créature vivante (animaux ou créature humanoïde). Ensuite, un objet a une durée d'apparition d'environ 10 minutes pour une flèche, une lance, ou autre; mais, plus l'objet est conséquent, plus il réclame de pouvoir, et plus son temps d'apparition est court. Imaginons pour un rocher, cela enlèverait quelques minutes, etc etc Que je ois dans le périmètre ou quand je coupe mon pouvoir ne change rien; disons que c'est une propriété 'magique'. Par contre, je ne peux pas matérialiser d'objets au-delà d'une certaine limite. Bon, cette limite est étendu (plusieurs centaine de mètre, son champs de vision, à peu près); mais elle ne peut pas imaginer quelque chose à trois cent kilomètres.)

Voili voilou!

J'espère que tout est en ordre ><
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Dim 24 Aoû - 19:51

Et bien dans ce cas, tout me semble clair, par contre, j'aurais juste une toute petite remarque sur l'âge. En sindarin, c'est très jeune la cinquantaine. Pour un physique adulte, faut viser les 100 ans. Avec 50, tu auras l'apparence d'une jeune ados, mais peut-être que c'est ce que tu souhaites? Je préfère en être sure.
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Dim 24 Aoû - 20:04

Oui, c'est ça! Il n'y a qu'à voir mon avatar pour cela! :)
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MessageSujet: Re: Léna Jézékaël   Mar 26 Aoû - 10:48

Fiche validée!

Tu vas pouvoir ouvrir ton compte en banque, ton journal, ton inventaire et ta boîte aux lettres.

Il te faudra également le recenser (lien jaune) et aussi faire une demande de rang personnalisé.


Bienvenue parmi nous jeune demoiselle!
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