Staring into the Abyss

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An 1305 de l'ère obscure

Saison:Langdum Mois:Cladil
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 Staring into the Abyss

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MessageSujet: Staring into the Abyss   Staring into the Abyss Icon_minitimeSam 21 Fév - 7:49


Staring into the Abyss

Torenheim . Irina

Depuis des jours la curiosité la rongeait, avec la même régularité teigneuse d'une marée cognant contre un grand rocher. Les faits s'amoncelaient sans logique dans les registres de son esprit, qui analysait dans tous les sens les maigres éléments de réponse dont il disposait. Pour autant la prêtresse ne se voilait pas la face. Beaucoup de choses demeuraient inexpliquées, et le peu de réponses qui étaient remontées à la surface n'étaient qu'un écran de fumée grossier. Un leurre d'apparat qui prendrait tout son sens lorsque viendrait le procès public, qui avait déjà été annoncé aux quelques personnes impliquées dans l'enquête sur la mort du maire. Un procès qui n'éveillait chez Irina que scepticisme et méfiance. De fait malgré le statut d'ennemi numéro un de leur détenu premier, pour elle cela n'avait aucun sens de faire participer le peuple à l'audience qui de par ce manque de sérieux influencé par l'opinion publique, ne pouvait être que biaisée. Elle y assisterait. Oh sans grandes attentes, sans aucun espoir de voir cette affaire close dans des circonstances positives ou crédibles, mais elle y serait. Quitte à être mêlée jusqu'au cou, autant voir ça de ses propres yeux.
C'est dans le prolongement de cette logique empiriste qu'elle avait glissé deux mots et quelques dias aux soldats Eridaniens, les gardes en charge de surveiller la cellule carcérale de celui qu'on connaissait comme Torenheim. Un seul nom, qui pourtant avait fait le tour du monde pour s'exporter au delà des frontières, comme un dégénéré en puissance qui avait attaqué deux figures politiques majeures. Un criminel qui effrayait autant qu'il fascinait les plus curieux, une terreur nocturne qui avait de quoi hanter les plus impressionnables pendant longtemps encore. Seulement Irina ne faisait partie d'aucune de ces catégories. Oh elle avouerait sans mal être intriguée par cette personnalité forte qui ne s'était pas démontée malgré avoir été prise en flagrant délit -ou presque-. Il y avait bien plus dans sa démarche qu'une simple soif morbide d'en apprendre plus sur ce meurtrier. Après tout le meurtre cela la connaissait bien, et elle n'avait pas vraiment qu'on lui donne des cours de rattrapage. Torenheim était d'après son instinct, clairement coupable. Au premier abord il avait le profil de quelqu'un d'assez retors et intelligent pour être à l'origine des deux assassinats, bien qu'elle n'en soit pas encore totalement certaine.

Ce qui l'intriguait le plus chez cet homme, au delà de la vantardise et des rires psychopathes, au delà des railleries et de sa certitude d'être intouchable, c'était son manque total d'inquiétude ou d'empathie. Oh il était bon comédien. Il était capable de s'excuser platement un instant et regarder l'assistance avec une cruauté presque palpable le suivant. C'était un individu plein de contradictions -la plupart certainement factices- visant à perdre ses détracteurs et les confondre dans les dédales de son esprit sinueux. Il aimait se mesurer à autrui, les narguer et les jauger dans leur capacité à le tolérer. À ce titre elle lui donnerait sans doute un peu d'amusement supplémentaire, elle serait l'adversaire à la hauteur de ses petits jeux macabres, une concurrente capable de scruter dans la tête d'autrui aussi bien que lui. Le tout ne serait au final... que de savoir lequel il perdrait le plus de plumes.
Si seulement cette idée était aussi effrayante qu'elle devrait l'être, peut-être serait-elle plus raisonnable. Puisque ce n'était pas le cas, les choses étaient encore plus imprévisibles et risquées, apportant une bonne dose d'adrénaline à cette petite visite improvisée. Irina lissa les pans de sa chemise blanche, par dessous les protections de cuir qui recouvraient son corps longiligne. La cuirasse de bonne facture avait de fait vécu des jours plus heureux, bien qu'elle remplisse toujours aussi bien son office. Quoi qu'il en soit ce n'était pas par panache ou vanité qu'elle s'était habillée ainsi. Simplement c'était le même attirail qu'elle avait porté lors de l'assaut de la mairie, et la tenue la plus adaptée pour aller visiter quelqu'un qui risquait d'essayer de la tuer. Non qu'elle le craigne réellement mais bon. Il y avait des limites à tout, même à sa témérité. La demoiselle descendit l'escalier de pierre qui descendait vers le niveau inférieur, et les geôles vides de feu le maire. Montrant simplement qu'elle ne portait aucune arme visible, la rouquine rassura les gardes d'un sourire. Il lui restait quelques petits cailloux dans la pochette attachée à sa taille, et un poignard bien caché. C'était largement suffisant pour faire face à un prisonnier qui était privé de magie. Passant une main distraite dans ses cheveux ardents, retombant jusqu'à ses épaules, Irina attendit qu'on ouvre la lourde porte de la pièce minuscule où attendait Torenheim.

Acquiesçant aux nombreuses recommandations de prudence de la part des gardes, elle fit mine de s'intéresser à toutes leurs remarques sur la sécurité, puis s'adossa nonchalamment contre les barreaux de la porte fermée. Une attitude négligente plutôt culottée pour une femme seule... mais pas n'importe quelle femme. Étudiant le profil surpris de son interlocuteur, qui se reprit bien vite, Irina préféra recadrer les choses au cas où il ne se souvenait pas de qui elle était.

« Bien le bonjour, Torenheim. Vous permettez que je vous appelle ainsi, n'est-ce pas ? C'est le seul nom que vous nous ayez donné, après tout. » Question purement rhétorique, visant à instaurer un dialogue cordial qui ne tarderait pas à prendre une direction toute particulière. « Vous pouvez m'appeler Irina, ce sera suffisant. J'étais présente pendant votre arrestation, bien que je n'aie pas fait partie du défilé grotesque qui a eu lieu dans le bureau de Kodran. C'est que je n'aime pas parader pour me ridiculiser, voyez-vous ? Dommage, j'ai quand même apprécié la décoration murale encore fraîche. »

Son rictus plein de sarcasme se laissait deviner tandis qu'elle revoyait presque le visage tuméfié du maire, épinglé à son mur comme un papillon de collection. Plutôt fantaisiste comme façon de tuer. Pas pratique pour deux sous mais incroyablement originale. Cela témoignait d'un grand sens de la mise en scène et aussi d'une certaine assurance, après tout cela n'avait pas dû être extrêmement pratique de se servir d'une lance décorative, un de ces bouts de métal mal fichus qui ne devait pas transpercer grand chose. Ce n'était pas son coup d'essai, cela au moins, c'était certain. La prêtresse s'appuya un peu plus confortablement, les bras croisés sous la poitrine. « Je me suis dit que maintenant que tout est plus calme, maintenant qu'on vous a à peu près fichu la paix vous pourriez m'accorder quelques minutes. C'est que je n'aime pas être interrompue en plein milieu d'une conversation intéressante, et quelque chose me dit qu'un échange avec vous serait bien plus instruisant que d'assister à cette parodie de procès qui vous attend. Qu'en pensez-vous ? »


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« Some may call it a curse, a life like mine,... but others, a blessing.
It's certainly a lonely life but a fulfilling one at best. It's my cross to bear but I bear it gladly.
Someone has to take a stand against evil. Why should it not be me ?
 »


Dernière édition par Irina Dranis le Lun 9 Mar - 16:29, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Staring into the Abyss   Staring into the Abyss Icon_minitimeMer 25 Fév - 1:04



Les derniers jours avaient été pour le moins ... Mouvementés. C'était peu de le dire, l'agitation qui avait pris Eridania quelques temps plutôt avait traversé les frontières : deux maires de deux villes importantes, morts dans d'étranges circonstances. L'enquête qui avait été ouverte au publique pour d'obscures raisons par le gouvernement avait mené à un jeu de piste macabre dans lequel le présumé meurtrier s'était amusé à balader les fiers enquêteurs d'un bout à l'autre du continent. Beaucoup de brouillard autour de cette sordide affaire, beaucoup d'inconnus et de non-dit, cachés dans l'obscurité de ceux qui savaient. Vraiment, une bien drôle d'affaire ! Comment avaient-ils été tués ? Qui était le coupable ? Pourquoi avaient-ils dut mourir ? Tant de questions qui gravitaient autour de tout un chacun, des questions qui malheureusement ne connaîtrait jamais de réponse. Oh il y avait bien des pistes, bien des hypothèses et des idées ... Mais aucune preuve tangible. Aucun motif valable. Aucune raison de classer l'affaire. Pourtant il y avait fort à parier que l'affaire en question soit ranger dans un coin au plus vite ... Peut être avait-elle déjà remplis son but : faire du remue-ménage. En ces temps troublés, les théories du complot, plus que tentantes, devenaient dangereuses.
Mais lui, au fond de sa cellule provisoire, que pouvait-il bien en avoir à faire ? Bientôt, il serait jugé et très certainement exécuté, car l’administration était de paresse et de simplicité. Que pouvait-il bien croire, et que savait-il ? Jusqu'à présent aucun interrogatoire ne lui avait fait craché quoi que se soit, a part qu'il se disait innocent. Et qu'il semblait être fou. Il était si aisé de qualifier de fou celui qui n'était qu'un étranger ... Il fallait dire aussi que ceux qui l'avaient interrogé avaient tous été plus incompétents les uns que les autres. Chaque échange avec ces geôliers avaient été pour lui d'un ennui profondément mortel, mais il s'y été attendu car tout cela n'était que provisoire, fait à la vas-vite comme on le pouvait, le temps que le procès puisse commencer. Le "procès" ... Oh il avait hâte de voir ça ! Quelle cocasse spectacle le gouvernement d'Eridania allait-il bien pouvoir lui proposer ? Quel suspense ...

Enfin, au final tout cela n'avait aucune importance. Il ne semblait ni anxieux ni terrifié, assis là dans sa cage en tailleur à même le sol. Il y avait pourtant de quoi s'installer, un lit miteux, une chaise rongée, un bureau poussiéreux, mais il restait par terre, tête légèrement baissé et yeux fermés, semblant perdu quelque part dans les méandres de son cerveau. A quoi pouvait-il penser ? Nul ne le savait, et ceux qui avait tenté de lire dans sa caboche s'étaient perdus dans un brouhaha de chuchotements et de pensées contradictoires et semblant aléatoires. Personne n'avait put l'expliquer. Certains pensaient à une tentatives plutôt réussit de protéger sa pensé sous un myste de murmures continuels, d'autre envisageait le fait que le Terran ne fusse parasiter par quelques entités extérieurs qui siégeait dans son esprit. Aucun moyen de trancher, et à dire vrai cela leurs importaient très peu : ce dont ils avaient besoin c'était d'un coupable, qu'il s'agisse d'une bête de foire n'était pas leur affaire.
Il y avait maintenant quelques heures qu'il était assis là emmuré dans le silence absolue, plus immobile qu'une peinture, un tableau posé dans la pénombre. Mais quelque chose dans le monde extérieur attira son attention vers la réalité ... Ce fut d'abord une odeur, fraîche et inhabituelle en ces lieux. Une odeur légère de parfum qui émoustilla ses narines et qu'il interpréta comme une odeur de femme. Une femme qu'il avait déjà rencontré. Puis ce furent des sons de voix, les voix des gardes bourrus bien sur, mais une autre, plus clair et limpide. Et la porte s'ouvrit dans une lumière aveuglante. Il redressa alors la tête et ouvrit les yeux sur cette invitée surprise, feignant l'étonnement avant de lui adresser un sourire courtois. Une silhouette aux courbes affirmés se tenait dans l'embrasure de la porte. Se posture était fier, mais ses traits pas aussi fins que ceux des nobles qu'il avait eut l'occasion de rencontrer. Elle s'appuyait aux barreaux avec nonchalance sans sembler n'accorder d'attention au possible danger, cette assurance et cette détermination qui émanait de sa personne l'amusa intérieurement. Voilà quelqu'un qui promettait d'être intéressant, sans parler de cette lueur qui brillait au fond de son regard ...
Revenant alors pleinement à la réalité, réinvestissant son corps engourdi de son esprit aérien, le détenu resta encore quelques instants immobiles à écouter les mots de la rouquine, laissant ses paroles glisser au creux de ses oreilles pour être interprétées et comprises. Il laissait alors les membres sinueux de sa pensée s'étendre autour de lui, captant avidement la moindre variation de ton, dévorant goulûment la moindre information, prêtant à la jeune femme une attention extrême. Sa tête penchait alors doucement sur le coté tandis qu'il promenait son regard froid et monochrome sur la jeune femme. Bien entendu, il n'y avait aucun désir, aucune envie, aucune pulsion. Il la regardait avec le plus grand calme, et rien d'autre qu'un étrange intérêt n'émanait de ses yeux. Un coin de ses lèvres s'étira imperceptiblement dans le noir, soulevant doucement l'une de ses bandelettes. L'humour pour le moins amusant de la Terranne dénotait son intelligence vive, une qualité que savait apprécier le dénommé Torenheim. Il acquiesça simplement à sa question avant de répondre, d'une voix posée et calme.

- Oui ... Je me souviens, en effet. Comment oublié ne serait-ce qu'un des visages de ceux qui m'ont amené jusqu'ici, hum ... ? Son sourire s'élargit, puis il se redressa doucement adressant une moue légèrement dubitative à la pretresse. Oh, vraiment ? Elle vous a plut ? Personnellement ... Je l'ai trouvé de très mauvais gout. Cela dit, il fut amusant de constater que ce cher Kodran fût plus apte à servir de décoration dans son propre bureau que d'investir pleinement ce dernier.

Il rendit à son interlocutrice un sourire amusé, continuant de l'écouté tranquillement. Il revoyait sous ses yeux le corps de feu le maire Kodran. Sa lourde carcasse accroché au mur avec cette simple lance, ses pieds ne touchaient plus le sol. Ses yeux ouverts étaient transit d'effroi, et sur sa face grasse et dégoulinante de sueur, un horrible rictus d'horreur été figé alors qu'il affrontait ce qui lui faisait le plus horreur : le vide de la mort. A dire vrai, sur toute cette histoire, une seule chose taraudait Torenheim ... Un seul détail que personne n'avait relevé semblait-il, à part lui. Comment la lance avait-elle put supporter le poids de ce gros tas de vices ? Cela restait un réel mystère ... Le bois devait-être de bien meilleur facture qu'il n'y paraissait.
Il s'arracha a ses pensées omniprésentes se concentrant à nouveau sur l'instant présent, sur cette jeune femme aux cheveux de feu et sur cette entrevue qui s'annonçait pour le moins divertissante. Après l'avoir écouté, il eut un sourire plus large, dévoilant sa dentition. Plus instruisant que le procès, hein ? Voilà qui était cocasse. Il fit doucement craquer sa nuque ankylosée, puis il reporta son attention sur la Terranne, laissant tinter quelques éclats d'amusement dans sa voix enjouée et rêveuse.

- Si je puis me permettre, vous vous trompez, Irina. Ce "procès" sera certainement bien plus instructif que vous ne pourriez le penser, croyez moi ... Il suffira simplement d'en tirer les bonnes conclusions le moment venu. Mais vous m'avez l'air d'être assez intelligente pour cela. Il lui adressa un sourire entendu, plongeant son regard dans ses deux prunelles. Après quoi, il releva doucement le visage en continuant. Discuter avec quelqu'un tel que vous serait des plus plaisant j'en suis sûr, aussi je peux vous accordez tout le temps que vous désirez : après tout ce n'est pas comme s'il m'était compté, si ? Ironisa-t-il. Toutefois, je suis partisan de l'échange équivalent. Si vous voulez que cette conversation soit intéressante pour vous, il faudra naturellement qu'elle le soit autant pour moi. Ayez au moins pitié d'un très certainement condamné à mort ... "Echange de bons procédés", qu'en pensez-vous ?
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MessageSujet: Re: Staring into the Abyss   Staring into the Abyss Icon_minitimeLun 9 Mar - 16:27


Staring into the Abyss

Torenheim . Irina

Venir s'entretenir avec l'un des hommes les plus dangereux du continent -en principe du moins- serait jugé par la plupart des gens dits raisonnables comme une très mauvaise idée. Force était d'ailleurs de reconnaître qu'ils n'avaient pas tort, à bien des égards. Un meurtrier présumé ce n'était pas quelqu'un de forcément fréquentable, et si sa culpabilité n'avait pas été légalement prouvée, Irina elle n'avait pas le moindre doute. S'il n'avait pas tué Dreak et Kodran -et la probabilité qu'il soit innocent était terriblement basse- Torenheim en avait tués bien d'autres auparavant. Ce qui lui faisait croire ça ? La lueur dans son regard de possédé, l'amusement qu'il tirait de toute la situation et de tous les gens qu'il pouvait tourner en ridicule au passage. Il n'y avait eu chez lui ni du dégoût envers l'enveloppe accrochée au mur, ni de la jubilation envers le crime. C'était bien plus qu'un manque de remords, auquel Irina ne s'était pas attendue de toute façon. En fait elle n'avait rien décelé chez lui si ce n'est un vide abyssal, un néant inexpliqué pointant le bout de son nez derrière les multiples courbettes de cet acteur impertinent.
De plus malgré le nombre restreint de personnes impliquées dans l'arrivée en force à la mairie, beaucoup de rumeurs circulaient déjà au sujet du détenu. À vrai dire, Irina se demandait encore comment il était possible que des informations à priori confidentielles se soient répandues aussi rapidement. Non que ça lui porte préjudice personnellement remarque. Sa présence sur les lieux était restée tue par l'anonymat, et c'était tout aussi bien. Néanmoins elle était bien placée pour savoir que laisser fleurir des mythes macabres auprès des foules ne pouvait donner rien de bon. À quoi bon les laisser faire de ce Torenheim un croque-mitaine et ainsi lui donner la gloire et la célébrité qu'il convoitait sans doute ? C'était stupide de semer la panique auprès des plus impressionnables, cela revenait à lui donner la seule chose qu'il pouvait encore obtenir derrière les barreaux. D'un autre côté, elle ne pouvait s'empêcher d'être exaspérée par les langues bien pendues des militaires, plus commères que les vieilles femmes de n'importe quel village. Il était triste de savoir qu'ils ne faisaient preuve d'aucune discipline, et révélaient à droite et à gauche les détails glauques des enquêtes comme s'il s'agissait de la pluie et du beau temps. La plupart de ces gens trop bavards méritaient un couteau entre les deux yeux histoire d'en faire un exemple, ou d'une petite ablation en cas de soudaine remontée de miséricorde. Pour l'instant c'était encore sans conséquences sérieuses, mais pour combien de temps ?

Le visage d'Irina était calme et résolu. Elle était là parce qu'elle n'était pas du genre à faire confiance aux racontars, pas plus qu'à la version des faits déformée et amplifiée d'un tiers. Depuis le départ elle avait tout vu de ses propres yeux. Les cadavres qu'elle avait autopsiés, le démon qu'ils avaient trouvé en menant l'enquête -Borgalem ?- et tous les autres détails de cette affaire qui lui paraissait très loin d'être terminée. En vérité c'était maintenant que les choses commençaient vraiment, là, face à celui qui portait le poids d'accusations qui pourraient le mener à l'exécution sans même sourciller. Cet homme. C'était lui qui était la clé, et rien d'autre. Tout le reste n'avait été que poudre aux yeux, jeux de miroirs, des tours de prestidigitateur ennuyé qui se laisse aller à son tour le plus créatif. Irina ne se désarma pas de son sourire à l'énonciation des circonstances particulières de la mort du maire. Il en faudrait bien plus que le souvenir d'un corps traversé d'une lance pour la choquer. Elle en avait vu bien d'autres, et souvent bien moins conservés. Il reprit enfin la parole après un long silence, mais elle ne bougea pas. Son corps immobile se soulevait à peine au rythme de sa respiration. Chaque muscle semblait au repos, bien que ses sens eux, soient en alerte. Son visage était d'une telle tranquillité, que c'était presque comme si elle dormait. Enfin elle apporta quelques précisions à ce qu'elle venait de dire, le détrompant sur ses intentions.

« J'en doute. Après tout cela dépend de ce que je veux savoir, et la « justice » ne peut rien m'apprendre que je ne sache déjà. » Un tribunal se contenterait de répéter tous les faits, de récapituler tous les récits des témoins dont une partie risquait de se désister avant l'heure venue, pour plein de raisons possibles. En plus de ça elle avait toujours été présente en personne, donc à moins d'une soudaine découverte miraculeuse, ils n'iraient rien dire qu'elle n'ait pu voir de ses propres yeux. Et puis tout cela, tous ces tenants et aboutissants manipulables, c'était secondaire au fond. Tout cela c'était plutôt accessoirement pathétique lorsque l'on connaissait les faits purs et durs. Deux gars avaient brutalement perdu la vie, et la seule raison pour laquelle on en parlait autant plutôt que de simplement faire la une des faits divers, c'était parce qu'ils avaient tenu un poste important de leur vivant. S'ils avaient été deux clampins sans famille, personne ne s'en serait soucié et la question du procès ne se serait jamais posée. Autrement dit, les meurtres n'avaient rien d'exceptionnel à proprement parler. Il avait tué deux hommes, oui et alors ? Beaucoup de gens avaient déjà tué avant lui, et au moins autant s'en était sortis indemnes.

Ce n'était pas dans l'acte de l'assassinat que Torenheim se distinguait des autres. Ce n'était pas dans l'exécution, la discrétion ou la préméditation non plus. C'était autre chose que la prêtresse n'avait pas encore réussi à déterminer, quelque chose de plus subtile, de plus complexe et plus mystérieux, aussi. Un quelque chose qui devait être aussi évident que les bandelettes et aussi étrange que les secrets qui couvaient sur sa peau entièrement couverte. Son regard observa le langage corporel de la momie avec minutie, repérant l'oscillation de son attention qui allait et venait, telle une marée hasardeuse. Dans l'ensemble son interlocuteur semblait toutefois dans de bonnes dispositions, plutôt courtois et presque accueillant envers quelqu'un qui avait contribué à le faire coffrer. Étonnant qu'il ne cherche pas à se venger d'une façon ou d'une autre, ou qu'il ne se referme pas comme une huître en présence d'un « ennemi ».
La rouquine changea de jambe d'appui mais demeura adossée au même endroit, peu démonstrative malgré la proposition fantasque qui lui était revenue en écho dans cette minuscule pièce, vide et grise. L'échange équivalent d'informations pouvait être rentable pour l'un comme pour l'autre, bien qu'elle ne puisse croire une seconde à la théorie de « la dernière volonté d'un homme destiné à mourir ». Il y avait bien des choses qu'elle ignorait au sujet de ce type mais au milieu de tout le reste une évidence perdurait toujours. Il était loin d'être bête et s'il lui faisait cette offre, ce n'était pas simplement par lubie. Il avait quelque chose en tête la concernant, et si elle était incapable d'en ressentir une réserve naissant de la peur, cela ne manquait pas d'accentuer sa méfiance. Il pensait qu'elle détenait un savoir digne d'un compromis et là dessus au moins, elle n'allait pas nager à contre-courant. De toute façon plus elle y réfléchissait et moins elle voyait ce qu'il s'imaginait de si passionnant à son sujet.

Pendant quelques brèves secondes elle pesa le pour et le contre de cet accord, avant de finalement acquiescer sobrement. Il n'était pas dit que l'un comme l'autre esquivent et fuient les réponses, se rangeant dans la sécurité des demi vérités et des détours agiles pour gagner ce duel. Il s'agirait probablement d'un vulgaire concours du meilleur menteur et de l'esprit le plus adroit, mais pourquoi pas. De toute façon elle n'avait pas grand chose à perdre. Elle n'était pas de ces trente-six idiots qui se laisserait surprendre ou manipuler facilement. Irina avait beau être une femme qui ne payait pas de mine, un autre visage quelconque parmi la foule d'officiels qui avait dû défiler dans cette cellule, elle avait mené plus d'interrogatoires que beaucoup de capitaines de la garde Eridanienne. Assez pour savoir qu'il y avait plus important que de faire parler les suspects : poser les bonnes questions.

« Bien dans ce cas ne m'en voulez pas si je prends les devants. » Elle dégagea une mèche rouge de son visage, scrutant vainement entre les bandelettes serrées et de plus en plus crasseuses du Terran. La prison lui faisait perdre de sa prestance, bien que le mystère sur son corps étrange reste entier. On n'y voyait rien de particulier, ni traits de visage ni blessures, ni aucun signe distinctif. Il n'était qu'un amas de chair méconnaissable, sans doute à moitié embaumé ou pourri sous ces interminables bouts de tissu. « Il est plutôt évident que vous n'êtes pas un débutant, pour avoir réussi à mener tout ce petit monde en bateau. Le premier corps était si endommagé que je n'ai rien pu en tirer, et le deuxième était encore frais mais frappé si précisément entre les organes qu'il n'a pas dû connaître mort immédiate. Vous avez sûrement pu... discuter tous les deux, j'imagine. Pour cela je vous félicite. C'était très bien joué, ce n'est pas n'importe qui qui peut se vanter d'avoir nargué les autorités d'au moins deux grandes cités, et de décapiter leur pouvoir en place. » Ce n'était pas de la flatterie ou une simple manœuvre visant à se mettre Torenheim dans la poche. Sa voix était posée et mesurée, comme un stratège qui étudie tous les éléments à sa disposition avec le plus de lucidité possible. Sauf que le dit commandeur se trouvait actuellement en position de force, et comptait bien en user au maximum. L'intérêt de ses réponses serait proportionnel à celles de son vis-à-vis, de qui dépendait le bon déroulement de cet échange. «  Ce qui m'amène à ma question première. Vous auriez pu choisir de tuer à peu près n'importe qui, du passant qui remonte la rue au mauvais moment à des personnages trop gênants ou encore une victime inconnue dont la mort n'aurait aucune importance. Alors pourquoi Kodran et Dreak ? »


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MessageSujet: Re: Staring into the Abyss   Staring into the Abyss Icon_minitimeMar 7 Avr - 0:02




Limité.

Les choses semblaient parfois si limités. La vie d’un homme, la portée d’une parole, la profondeur d’un esprit. L’étroitesse et la précision trop poussées portaient aussi souvent à l’erreur qu’elles n’excluaient les éléments alentours, les éjectant dans un néant d’intérêt illusoire. Parce qu’on les juges trop peu pertinents, parce qu’on n’en saisit pas l'enjeux. Parce que l’esprit limité ne parvient pas à appréhender toutes les dimensions que peu comporter une histoire. Telle une lance trop pointue, il s’enfonce dans ce qu’il croit être la vérité. Mais il se fourvoie et se méprend, pense tenir le bon bout quand il laisse passer des dizaines d’autres informations qui forment elles aussi la toile, le tableau, la scène. On se concentre, on perd les autres chemins en se focalisant sur le seul que l’on voit, et l’on avance. Tête baissée, les yeux fixés sur ce qu’on croit être l’objectif mais qui n’est qu’un subterfuge de la pensée, un simulacre que créé l’imagination qui, incapable de se laisser tomber dans le vide, s’accroche désespérément à la première limite qu’elle aperçoit. La première lumière. C’était si simple … Si fragile. Si futile. C’était si … normal. Tout être humain était fait pour penser de la sorte, car l’homme est un animal terrestre qui doit garder les pieds dans le réel pour avancer, et que le vide lui inspire cette crainte irrationnelle. Il ne le comprend pas, il ne peut l’appréhender, le manipuler, le contrôler. Il y perdrait ses repères, il se perdrait lui-même. Car l’homme limité à besoin d’un chemin pour avancer, fusse-t-il le plus tortueux. Un chemin, rien qu’un sentier boueux abîmé par le temps. Et alors, la question devient impossible, car l’esprit ne cherche pas à connaitre la vérité, il cherche à savoir s’il a raison.
C’était très commun comme procédé de pensée, comme fonctionnement de l’esprit. On trouvait beaucoup de ses gens terre à terre dans la politique et dans les services militaires ou de renseignement, dans les institutions qui appelaient plus à la raison qu’aux sentiments. Des hommes et des femmes qui ne croyaient que ce qu’ils voyaient au point de ne plus voir que ce qu’ils croyaient. Ces êtres qui décidaient de prendre la machineries par les cornes sans se rendre compte qu’ils finissaient tous indubitablement par être broyer entre ses rouages, et qu’à force de côtoyer la crasse et les ténèbres, ils devenaient eux même de cette boue noire qui formait les choses. Et ils finissaient noyés dans la fange au milieu des cadavres et des rampants qui profitaient de leurs très frais repas.

Cette jeune Irina semblait de cette trempe là, et c’était pour le moins intéressant. Tout en l’observant bavarder et maîtriser son esprit et son corps comme l’on maîtrise un animal bien dressé, Torenheim se demandait à quel point ce petit bout femme était de la terre. Son tempérament était il naturel, ou bien était-ce l'oeuvre d'une longue lutte contre sa propre nature. Si c'était le cas, à quel point avait elle méprisé qui elle était, à quelle point ses yeux s’étaient détourner de sa chair et de son âme. Jusqu’où pourrait-elle aller pour accomplir son objectif ? A quel point son but était plus important que son intégrité ? A quel point était-elle déterminée ? Car pour venir jusqu'ici, elle devait être déterminé.
La suite lui apprendrai peut être. Pour l’instant, la momie avait fait table rase et concentrait maintenant sa conscience autour de son interlocutrice, analysant son comportement et ses postures, ne laissant rien paraître derrière son sourire calme et froid et son regard vide. Il ne perdait pas une miette et tout était passé peu à peu au peigne fin avec une précision mathématique. Pourtant, elle ne représentait rien pour lui. Absolument rien, ce n’était qu’une rouquine mal dégrossie qui venait chercher des réponses d’elle-même dans ces cachots – intention fort louable en soi. Le détenu ne savait ni qui elle était, ni ce qu’elle pouvait devenir. Il n’avait aucun arrière pensé, aucun désir de la manipuler ou de l’utiliser à des fins personnelles. Il voulait simplement, et tout à fait innocemment, la comprendre. Comme un enfant curieux qui observe un mécanisme ou un animal et qui se demande naïvement : « comment ça fonctionne à l’intérieur ? »
Le sourire de la momie s’élargit à sa première réaction. Oh un tel sérieux, un tel tranchant, c’était si net. Si précis. Avait-il donc à faire à une autre machine, tout comme lui ? Après tout, les machines pouvaient avoir des buts très différents. Il se racla la gorge doucement, faisant ainsi comprendre qu’il avait quelque chose à dire, puis il parla d’un ton extrêmement posé et serein.

- « Si je puis me permettre, vous vous trompez. Du moins … en quelque sorte. » Il adressa un sourire presque amical et compatissant à Irina avant de reprendre tout naturellement. « En fait, ce n’est pas … ce qui sera dit qui vous apprendra quoi que se soit, mais plutôt comment cela sera dit. En d’autres termes, ce ne sera pas le fond du procès qui vous surprendra et vous en apprendra long, mais peut être bien sa forme. » Acheva-t-il avec l’air le plus léger du monde. Pour comprendre la vérité, il fallait ne négliger aucune de ses facettes. Et la forme était souvent aussi importante que le fond.

Durant son silence et sa réflexion quant à sa proposition, la momie resta muette et souriante, toujours accroupi dans ses ombres poussiéreuses à écouter la mélodie de cette jeune femme visiblement pleine d'une mécanique fort intéressante. Il restait passif, attentif, ne donnant pas vraiment l’impression d’être le dangereux criminel qui avait tué les deux maires et fait tourner en bourriques les enquêteurs et les aventuriers. Il semblait inoffensif et doux comme un agneau sous ses bandages et ses menottes serties d’intras qui rappelaient toujours dans un cliquetis que la réalité n’était pas forcément ce qu’elle semblait être. Il attendait sagement que la roussette ne pose sa première question, et il lui sourit en hochant la tête lorsqu’elle prit l’initiative de commencer. Elle semblait pour le moins téméraire et sûr d’elle, du moins c’était ce qu’elle montrait. Du genre à prendre le taureau par les cornes hein... ? Héhéhé. Il laissa s’échapper un léger petit rire tandis qu’elle parlait, rien de méchant ni de sournois, un simple rire léger et narquois, amusé par ses propres pensées.
Sa première tirade ne fut qu’une simple mise en bouche, une introduction rappelant ce qu’elle avait vu et ce qu’elle croyait. Ainsi elle dépeignait ce qu’elle avait retenu du tableau avec une sorte de détachement froid, se contentant des faits qu’elle pensait fonder, dévoilant sa vision de la réalité, à la manière d'un général qui met en place ces pions sur le plan du champs de bataille. Il était clair que pour elle, Torenheim était loin d’être innocent. Et il était vrai que le détenu avait déjà tué, plusieurs fois, et souvent de manière odieuse. Mais tout cela n’était que détails. Qui n'avait pas tué en Istheria ? Ainsi donc la jeune femme avait ausculté d'elle-même le premier corps ? Elle était donc médecin, ce qui corroborait avec l’image de femme de raison qu’elle donnait. Il ne répondit pas à la première partie, se contentant de la regarder faire le point sans se soucier des conséquences que cela pourrait avoir. Jusqu’à ce qu’elle arrive à sa première question.
Et quelle question … !

Pourquoi ?

La première question que l’homme se pose, bien avant le comment, bien avant le qui, le quoi ou le quand. Pourquoi était la première question du nouveau né, de l’enfant qui découvre de ses yeux ébahis et vierge de toute connaissance le monde qui tourne autour de lui. C’était peut être la plus simple et la plus essentielle des questions. Pourquoi le soleil se couchait-il ? Pourquoi les hommes devaient mourir ? Pourquoi le monde ? Pourquoi la Vie ? Etc. Cela dit, toutes ces belles questions n’avaient rien à voir avec le sujet actuel. Alors il les rangea aussitôt dans une part de son esprit, avant de répondre d’un air légèrement rêveur et toujours aussi léger. C’était à croire que rien de ce qui l’entourait ne faisait plus que le frôler sans réellement le toucher.

- « J’ai toujours trouvé que "Pourquoi ?" était l’une des question les plus belle et les plus naïve, pas vous ? Enfin, je doute que ce genre de sujet vous intéresse, alors je ne m’y perdrais pas. » Il sourit doucement avant de changer de position, prenant part de manière plus active au moment présent et à la discussion qui se tenait, qui le regardait directement et qui pourtant lui semblait si étrangère. « Pourquoi aurais-je tué Dreak et Kodran … Tout le monde se le demande aujourd’hui n’est-ce pas ? Tous ceux qui sont au courant de la sordide affaire du moins. Kodran était un bon à rien stupide et arrogant, tout juste bon à chauffer le siège qu’il s’était vu confier. Et Dreak était un ambitieux aveuglé par sa cupidité qui n’avait pour égale que son manque de scrupule et son hypocrisie écœurante. A première vu, deux schémas très classiques de l’homo politicus moderne. Et moi dans tout cela ? » Son regarde se perdit doucement dans le vide alors qu’un rictus sans joie s’étirait sur ses lèvres. « Un pauvre petit bout de tissus venu s’empêtrer dans la machinerie. Juste un vulgaire assassin dont la lame aurait sut trouver un chemin jusqu’aux points vitaux de ces deux puissants mortels. » Il reporta son attention sur Irina, lui adressant une mine confuse et contrite. « Cela ne fait aucun sens, n’est-ce pas ? Oh vous pensez qu’il y a toujours une explication à tout, une raison. Et je ne peux le démentir. Celle que l’on invoque le plus souvent après le destin, c’est la folie. J’aurais donc agit par pur folie meurtrière, dans un jeu morbide, un défi que je me serais lancé à moi-même. Les deux maires étaient deux cibles difficiles, mais pas inatteignables, un met de choix pour un tueur cherchant désespérément un moyen de libérer ses pulsions meurtrière et ses envies de jeu. Pour passer le temps. »
La momie marqua une pause, gardant l’air le plus sérieux du monde, observant les réactions de son invitée méticuleusement. Puis lentement, les coins de sa bouche s’étirèrent dans un sourire narquois et amusé. Il reprit, laissant négligemment un petit rire lui échapper.

- « Non, bien sur que non : cela ne fais aucun sens. C’est trop simple, trop facile ! Tout juste le genre d’explication que pourrait donner un roi à ses sujets, pour calmer leur curiosité dangereuse et canaliser leurs haines… Ailleurs que sur lui. » Il marqua une petite pause avant de reprendre. « Cela aurait été tellement plus simple si je n’avais été qu’un fou ne sachant maitriser ses pulsions. Plus simple pour le pouvoir, pour la presse, pour les gens. Seulement, ça ne tiens pas la route comme vous vous en doutez surement. Alors quoi ? Qu’est-ce qui m’aurait poussé à tuer ces deux gaillards ? La vengeance ? Je n’ai pas l’air d’être quelqu’un de colérique et rancunier. L’ambition ? Me voilà bien loti sur mon trône de poussière avec ma couronne de chaines. Il y avait autre chose n’est-ce pas ? Autre chose de caché, que personne ne pourrait deviner sans y être amener. Quelque chose qui ne regardait ni Kodran ni Dreak, ni leur statut politique, et qui provoqua leur perte de mes mains. Mais quoi ? Le savoir. »

L’étrange détenu lâcha ce dernier mot dans un souffle, puis il eut ce sourire énigmatique qu’il affichait si souvent, sans plus lâcher Irina des yeux, laissant son regard monochrome profondément ancré dans celui de la prêtresse.
- « Voilà la réponse, le "pourquoi" que vous cherchez. A vous de poser les bonnes questions pour avancer sur le chemin tortueux qu’est la quête de la connaissance. Mais maintenant, c’est mon tour ! » Un large et innocent sourire pris place sur ses traits enrubannés, puis il sembla réfléchir tranquillement, détachant son regard pour le faire vagabonder ailleurs. « Voyons voir, quelle question pourrais-je bien poser … Oh je sais. » Il reporta son attention sur Irina, lui adressant ce même regard calme et tranquille doublé de ce sourire froid de courtoisie et lui demanda avec toute l'innocence du monde :

- « Chère Irina : quelle est votre plus ancien souvenir ? »
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MessageSujet: Re: Staring into the Abyss   Staring into the Abyss Icon_minitimeMar 28 Avr - 3:56


Staring into the Abyss

Torenheim . Irina


Tout dans l’attitude du criminel trahissait une curiosité contenue et presque enfantine, une envie de découvrir qu’elle aurait probablement trouvée divertissante chez un autre terran, si le concerné n’était pas un criminel susceptible d’écoper de la peine capitale. Les circonstances ne jouaient déjà pas trop en sa faveur, et elle n’avait même pas encore pris en compte le fait qu’il soit un fou furieux qui s’était pris pour lubie de tuer deux maires tout en mettant leurs corps en scène. Sans parler de tous les détails foireux de l’enquête qui avait mêlé toutes sortes d’affaires obscures, rendant tout plus confus encore. À l’heure actuelle elle ne pourrait affirmer où commençaient les magouilles classiques de politiciens et où s’arrêtaient les implications métaphysiques plus obscures. Après tout ce n’était pas tous les jours que l’on faisait face à une créature infernale, une espèce de Cerbère gardant une entrée secrète et la déesse savait quoi d’autre. Non que le nom Borgalem ait fait avancer ses recherches d’un iota, cela dit. Ce qui l’amenait à étudier les faits sous une autre perspective qu’elle espérait plus fructueuse.

« J’aime mieux m’en tenir à mes propres jugements, plutôt qu’à celui d’Eridania. Toutes ces procédures sont plus ordurières que la plupart des règlements de comptes. D’après mes sources le procès sera ouvert au public, ce qui en dit déjà long sur l’issue. Tout ou rien, probablement. Il est évident que Thimothée veut en faire un coup d’éclat, bien que j’ignore encore ce qu’il projette. »

Soit l’absolution complète pour noyer le poisson qu’était le monopole du pouvoir en place -même temporairement- soit Torenheim serait lourdement condamné de façon à faire de son cas un exemple, une démonstration punitive visant à ouvertement intimider tous ceux tentés de s’en prendre aux figures influentes du royaume. La jeune femme nota bien entendu l’aplomb négligent avec lequel il prenait son sort incertain, comme si au final il n’était pas si fortuit que ça. Ses observations demeurèrent néanmoins sans conclusion probante, d’autant qu’il lui faisait l’impression d’être sincèrement indifférent à ce qui pouvait bien lui arriver.
Appuyée contre le mur, Irina vit le sourire condescendant et diverti que lui fit le criminel, sans s’en formaliser plus que de raison. Il semblait amusé de la nature de sa question, qui semblait bien plus basique qu’elle n’était vraiment. En l’écoutant répondre avec temps et mesure, elle repéra une première erreur dans son registre d’orateur bien rôdé, sans faire le moindre commentaire. Il avait mal interprété sa question, qui n’avait au départ rien de la soif de savoir caractéristique de l’être humain. Irina n’avait pas demandé pourquoi il avait commis ces meurtres de sang-froid, comme on s’insurge devant l’injustice ou le choix arbitraire qui pousse à arracher la vie d’autrui avec la même facilité qu’on change de vêtements. Il avait pensé que sa question puisait dans les convictions morales gorgées de naïveté ou d’honneur primordial, et il n’aurait pas plus se fourvoyer davantage.

Elle sourit, amusée à son tour. Ce qu’elle avait voulu savoir avec quiétude et esprit analytique, c’était pourquoi il avait choisi ces deux hommes-là plutôt que d’autres, parce qu’elle était persuadée que son choix était loin d’être le fruit du hasard. C’était le choix des cibles qui l’intriguait plus que d’appréhender la raison pour laquelle cet esprit dérangé avait finalement franchi la ligne qui le séparait du passage à l’acte. Sa franchise brutale était précise comme un scalpel et non incontrôlée et brouillonne comme un coup d’épée. C’était là aussi, dans ce déguisement éphémère qu’elle portait avec plaisir, que résidait une de ses plus grandes forces. Elle avait pour habitude d’être regardée de travers, le plus souvent méprisée et sous-estimée par les gens d’autres horizons, soit disant plus cultivés ou plus nobles. À force elle parvenait à flairer l’arrogance comme un chien flaire une piste prometteuse dans les bois qui dissimulent ses proies aux regards, et n’hésitait jamais à s’en servir comme d’une arme facile à détourner contre son possesseur.

Ceci dit Irina laissa son interlocuteur parler sans l’interrompre, écoutant son laïus d’une demi-oreille bien que son expression reste attentive. Ses explications sur les travers des deux hommes assassinés n’avaient rien d’exceptionnel ni de révélateur. Comme il l’avait si bien dit, ce n’étaient là que des traits communs à bien des hommes politiques de tous pays, et aussi à de nombreux autres de leurs contemporains. Sa réponse n’était donc pas satisfaisante puisqu’elle n’apportait rien de nouveau. Ses yeux se perdirent dans les pierres humides du cachot, tandis que ses pensées s’évadaient au travers. Tuer était une action comme une autre -pour peu que l’on ignore les lois qui la condamnent- ce qui rendait effectivement tout ce crime un peu… banal.
La vie et la mort n’étaient séparées que par un fil infime et fragile, un minuscule petit rien qu’il était terriblement aisé de rompre, pour peu qu’on s’en donne la peine. Les circonstances différaient souvent d’une situation à l’autre, et on n’en arrivait jamais là pour les mêmes raisons, mais cela importait peu, au fond. Ce n’était pas dans l’acte que se trouvait la particularité, c’était dans la mise en scène, le mobile, la finesse de l’exécution et bien sûr, le choix qui avait fait Torenheim jeter son dévolu sur quelques individus en particulier. Oui, on peut dire que d’une certaine façon, cette momie n’était qu’un grain de sable gênant les rouages, un énergumène dérangé qu’Eridania refoulait dans un vieux tiroir pourri pour en oublier l’existence. Ses yeux le virent sous un jour nouveau, plus frêle et vivant, comme si son visage lui révélait de nouvelles expressions simplement parce qu’elle le regardait sous un nouvel angle. Ce fut avec fermeté qu’elle lui répondit, ne le contredisant pas tout en apportant quelques importantes précisions.


« Je ne prendrais pas la peine de venir dans ce trou si je pensais que vos leitmotivs étaient aussi simples. La folie n’est qu’un manteau commode et réconfortant duquel s’enrobent ceux qui doutent être sains d’esprit. » Son sourire se mua en rictus ouvert, avant qu’elle ne récite un vieil écrit. « Il y a toujours un peu de folie dans l'amour mais il y a toujours un peu de raison dans la folie. »

Elle changea de jambe d’appui et cala son dos, un sourcil dansant dans un haussement insolent. Le ‘savoir’, qu’il disait. C’était… vague, pour une réponse qui se voulait claire. La connaissance, dans quel sens ? Bien entendu il était possible que les deux maires désormais morts aient pu lui révéler un tas d’informations juteuses qui justifieraient une telle fin. Cependant il y avait bien d’autres moyens plus discrets de les obtenir. De fait même s’il éprouvait un certain plaisir à tuer, il aurait également pu parvenir à ce résultat dans la subtilité. Et à ce sujet -peut-être lui prêtait-elle trop de crédit- mais Irina pensait qu’il en était largement capable. Là encore elle en revenait à la case départ, soit le fait que ce lot d’absurdités enchaînées et déraisonnables étaient une option qu’il avait choisie consciemment. Quoi qu’il en soit il l’avait laissée dériver sur les inconnues qu’il avait créées par ses mystères calculés, pour en venir à lui retourner une question, avec des airs de gamin espiègle qui se ravit de son dernier jeu préféré.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette fois il réussit à la prendre à contrepied. Cette question personnelle avait des airs d’intromission sans scrupules, de curiosité mal placée de la part d’un père confesseur qui se voulait le moins intimidant possible. Irina l’accueillit avec un scepticisme d’enfant turbulent et rebelle, se demandant toujours pourquoi sa vie intime, son passé lointain surtout, était soudainement si attirant. Elle reconnut cependant l’habileté retorse à laquelle elle s’était attendue. De plus il fallait être fort sûr de soi pour se croire capable de percer quelqu’un à jour par une question si artificiellement innocente, si insidieuse qu’elle pouvait sans doute endormir les moins méfiants. Irina n’était pas de ceux-là pour autant. En réalité bien que cela lui indiffère de répondre, ce détour étrange avait de quoi la rendre soupçonneuse. Là où les autres ne voyaient que de la folie, la rouquine voyait également des éclairs furtifs de manipulation. L’erreur d’interprétation restait une possibilité et la prêtresse saurait s’en contenter. Elle n’ignorerait pas la sonnette d’alarme que tirait son esprit paranoïaque simplement parce que c’était injuste ou hâtif, n’en déplaise à ce pauvre Torenheim. Ses yeux se reposèrent sur lui, et sa conduite apparemment tranquille hérissa chacun de ses poils, pas par frayeur mais par instinct de préservation.
Elle prit une grande inspiration silencieuse. Cela ne l’enchantait clairement pas de parler d’elle, d’autant plus que l’intérêt de tout cela lui échappait. Toutefois les règles avaient été ébauchées clairement et elle ne se déroberait pas avant d’avoir ce qu’elle était venue chercher. Un instant elle ignora les yeux perçants qui guettaient derrière les bandages et réfléchit. Paupières closes, elle se laissa transporter en arrière, vers les divers souvenirs qui pavaient son enfance. Des éclats de danse dont les clochettes rythmaient ses mouvements sous le froid Cimmérien lui revinrent par flashs intermittents et inégaux, se substituant parfois à des courses poursuite avec d’autres enfants qui comme elle, se jouaient de l’hiver permanent en des parties de cache-cache dans le temple et les quelques brimades sans conséquence que leur réservaient les prêtresses tournées en bourrique par leurs blagues. Et enfin sa voix s’éleva, murmure distinct et bas qui tranchait avec les quelques conversations des quelques prisonniers, qui faisaient écho dans le couloir en un bruit de fond étrange.


« J’ignore si c’est le plus lointain, mais un certain souvenir me revient à l’esprit. C’était un Langdum particulièrement dur. Le pays était agité par une vague de froid comme on en avait rarement connue. Le verglas couvrait les pavés de la ville et personne n’osait sortir sans une très bonne raison. Les maisons étaient fermées et les cheminées crachaient des fumées prometteuses de chaleur et réconfort. J’étais épuisée après avoir passé ma journée au port, à regarder les grands bateaux revenir chargés de poisson et d’hommes capables de porter des caisses deux fois plus grandes que moi à bout de bras. J’avais réussi à me faire quelques dias en me rendant utile çà et là, aussi j’avais pu acheter quelques fruits frais et des amandes avec lesquels j’étais rentrée fièrement. » Elle se fit rêveuse et un peu distraite, revenue loin en arrière. Depuis quand n’avait-elle pas pensé à Ygritt, la vieille boulangère qui l’avait mise au monde ? Même ses traits paraissaient presque incertains dans son esprit qui avait oublié une bonne partie de ces jeunes années. « Je suis rentrée enjouée avec mes trésors. ‘Mamie, mamie ! S’il vous plaît, dites-moi que vous voulez bien faire un gâteau avec ce que j’ai ramené !’ M’étais-je écriée en l’enlaçant de toutes mes forces, blanchissant ma tignasse de farine. »

Un sourire plus doux et spontané fut visible aux lèvres de la rouquine. « Elle a ri joyeusement en tapotant ma tête comme elle avait l’habitude de le faire, m’a serrée contre son visage ridé et a promis de me préparer quelque chose de bon. Je l’ai alors aidée en cuisine, lui traînant plus dans les pattes qu’autre chose d’ailleurs, jusqu’à ce qu’enfin les entrailles ardentes me rendent mon dû cuit, odoré et appétissant. C’était une brioche bien plus grande que ce que je pensais, et dont je ne pus m’empêcher d’engloutir une grosse partie immédiatement, me brûlant la gorge de telle sorte que j’en eus les larmes aux yeux. Je n’osai pourtant me plaindre, et regardai Ygritt travailler jusqu’au petit matin, préparant le pain qui nourrissait tout le quartier. Le ventre plein je me blottis alors contre un des fourneaux encore tièdes, une épaisse couverture de laine sur le dos et un chien bâtard à mes pieds, avant de sombrer dans un sommeil sans rêves, me sentant plus à mon aise que dans n’importe quel lit. » Sa voix s’éteignit enfin, comme une chanson qui se termine sur une chute ponctuée et reste ancrée dans le crâne. Un silence s’installa alors pendant de longues secondes qu’elle ne se sentit pas de rompre tout de suite. Ce ne fut qu’à la fin de son introspection, un combat inaperçu contre les réminiscences tenaces qui l’immergeaient, qu’elle reprit. Elle n’avait pas perdu de vue la raison de sa présence ici, ni la paire d’yeux braquée sur elle, l’étudiant comme un nouveau papillon exotique épinglé dans sa collection. « Quel savoir avez-vous tiré des meurtres de Kodran, Dreak, et ceux dont nous n’avons pas trouvé les corps ? »



Staring into the Abyss 14xgirr
« Some may call it a curse, a life like mine,... but others, a blessing.
It's certainly a lonely life but a fulfilling one at best. It's my cross to bear but I bear it gladly.
Someone has to take a stand against evil. Why should it not be me ?
 »
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MessageSujet: Re: Staring into the Abyss   Staring into the Abyss Icon_minitimeLun 25 Mai - 1:16



Immobile dans sa geôle de poussière, le prisonnier aussi doux et tranquille qu'un agneau écoutait d'un air intrigué les propos de la demoiselle aux cheveux de feu. Silencieux, il la laissait parler sans mot-dire, comme un enfant attentif et poli. Il sembla amusé par la vision qu'avait la jeune femme du gouvernement eridanien. Thimothée ? Faire un coup d'éclat ? Cela ne lui ressemblait pourtant pas, ce petit roitelet tout juste sorti de l'œuf encore transi par la dépression et la fragilité de ses épaules si jeunes. Vraiment, cela aurait été fort surprenant et peu de choses auraient pu mener à ce genre de coup de théâtre, bien que tout cela aurait été pour le moins cocasse. Et cela ne lui aurait pas déplut pour autant. Torenheim était une créature joueuse qui aimait à valser avec les inconnues et les probabilités. Ce genre de scénario pour le moins improbable n'aurait put tout au plus que lui décrocher un sourire narquois. Ce genre de sourire qu'il adressait en ce moment même à la jeune femme dont le regard brillant d'intelligence répondait au siens, emplis de curiosité. Oui, il était sans doute un grand enfant. C'était même tout à fait cela. Un enfant ...
Son regard se perdit lui aussi un peu dans le vague alors que son esprit s'étendaient vers d'autres inconnues : il n'avait jamais su rester totalement concentré dans le présent très longtemps, son caractère étant pour le moins aérien si l'on pouvait dire. Toutefois, un détail focalisa à nouveau son attention : la folie dont parlait Irina en usant de citations et de maximes pour le moins étrangement amenés, tout droit sorti de nulle part. Que venait donc faire l'amour ici ? Étrangement, alors qu'elle lui souriait toujours avec ce rictus factice, lui avait perdu son sourire si caractéristique. Il arqua un sourcil en penchant la tête sur le côté, affichant une mine de sincère étonnement avant de la couper nettement d'un ton qui n'était cependant ni froid ni désagréable. Simplement ... surpris.

- « Vous venez de pondre cela à l'instant ou bien l'avez-vous lu dans un vieux grimoire couvert de poussière ? Une sorte de manuel du genre "Comment enfin comprendre l'esprit humain en 10 leçons ?" peut-être ? Un ramassis d'inepties inaptes à réellement expliquer le monde qui nous entour, tout juste bonnes à faire bonne figure en société et qui aura certainement dut être écris par l'un de ces vieux croulant d'Eclaris ou de Gélovigien, de vieux savant bien moins enclin à chercher la vérité et la sagesse qu'à se proclamer leurs détenteurs pour la plupart. » Il marqua une pause avant de reprendre d'un ton léger, souriant calmement sans vraiment la regarder. « Dans tous les cas je refuse de croire que vous y avez mûrement réfléchit. Vous êtes une personne bien plus intelligente que cela, du moins je le pense. Voir la folie comme un simple nid douillet pour esprit fragile, une sorte couverture apaisante pour ceux qui ont froid de la réalité serait une grossière erreur et une hypocrisie bien plus rassurante et dangereuse encore. Il serait bien orgueilleux et naïf de dire que la folie n'existe qu'à l'extérieur : elle est présente en chacun de nous, sommeil tout au creux de nos cœurs à tous, et est peut être ce qu'il y a de plus nu chez l'être humain. »

Ses mots ainsi que son regard s'abîmèrent dans le vide. Il resta une seconde silencieux, le dos légèrement vouté, et puis il se reprit. Il se redressa légèrement et posa à nouveau son regard tranquille sur la jeune femme, souriant de ce même sourire froid, courtois et poli qu'il avait adressé à feux les maires Dreak et Kodran.
Le détenu laissa à la jeune femme le soin de raconter son anecdote, et une fois de plus il perdit son sourire. Il n'avait pas l'air gêné pour autant, mais extrêmement attentif. Il posa son menton sur son genoux, assis à même le sol comme un gamin à qui l'on raconte une histoire, l'oreille attentive et tentant de se plonger dans le souvenir que lui offrait Irina. Il gardait les yeux ouverts, rivés sur ses traits et prenants soins de voir chaque plissement de sa peau, chaque battement de son pouls. Il l'écouta sans l'interrompre d'une quelconque manière, concentré sur ce qu'elle disait. Il visualisait les images, sentait les odeurs, ressentait le froid mordant sur sa peau. Tant de souvenir lui revenait lui aussi comme pour appuyer son récit, tant de sensation qu'il avait déjà ressentit à bien des occasions. Et pourtant ...
Pourtant, lorsqu'elle acheva son récit ne restait que l'immense vide qui lui tenait lieux d'âme. Les sensations factices n'étaient que de faibles lueurs criardes et superficielles dans l'obscurité. Les sentiments éternellement inaccessibles n'avait pas donné vie à tout cela. Le récit n'était qu'une suite d'informations, de détails et de sensations analysées et perçus. Un enchaînement de choix et de hasards qui s'entremêlait a des milliers d'autres récits à la surface du monde. Tous aussi fades et vides, tous aussi dénués valeur ou de raisons. Ne lui restait alors qu'un sourire sans joie sur les lèvres et ses yeux ouverts sur le néant. Ce néant qu'il connaissait si bien et qu'il était incapable de craindre. Ce même néant dont il était fait, lui comme chaque homme, dont les autres se détournaient mais que lui avait pu apprivoiser peu à peu. Une fois de plus, il n'avait rien ressenti. Mais il n'en était pas triste, ni même outré - il en aurait été bien incapable - il allait juste devoir essayer autre chose. Il fallait bien se sentir vivre parfois, non ?

Sa nouvelle question le tira de sa rêverie, l'amenant à nouveau dans la réalité. Il la regarda un instant puis sourit à nouveau à pleines dents. En voilà une bonne question. Il réanima son corps engourdit, ferma les yeux et se détendit les muscles du dos, faisant craquer sa colonne vertébrale. Puis il rouvrit son regard monochrome et pétillant d'une étrange excitation sur celui d'Irina avant de répondre d'un ton légèrement amusé.

- « Quel savoir ? Wouhohoho ... Vous voudriez bien l'apprendre, hein ? Ma foi, je ne suis pas celui qui ait eut l'occasion de tirer le plus de conclusions de ces deux "entrevues", croyez le bien. Les morts de nos deux chères compères ne m'auront malheureusement pas appris grand chose que je ne savais déjà ! Les hommes sont tous égaux face à la mort. » Sa voix était plus sombre, plus sérieuse mais toujours tinté de quelques couleurs étranges, quelques éclats, quelques rires. Puis son regard se perdit dans une étrange contemplation, comme s'il revoyait devant lui les visages de tous ceux à qui il avait déjà ôté la vie. Combien étaient-ils, tout cela à qui il avait volé l'essence à Kron ? Les dieux seuls savaient. « Et lorsque la faucheuse frappe à leurs portes, ils laissent tomber les masques et montrent alors la vérité : leur véritable visage, le fond de leur nature. Chacune d'entre elle ressemblant à mille autres ... Et pourtant chacune étant absolument unique. Chaque motif, chaque trait, chaque son, chaque éclat formant une harmonie, un tableau vivant indescriptible et absolument ... merveilleux. Tant d'émotions ... ! Tant de vie dans ces regards, et tant de mots silencieux qui s'échouent sur les lèvres lors du dernier soupir ! C'est vraiment un spectacle ravissant, qui à chaque fois ne manque pas de m'offrir un tant soit peu de couleur et de saveur. » Il ferma les yeux un instant, son sourire s'élargissant. Puis il reporte son attention sur la jeune terran. « Mais cela ne m'a rien appris. Pas à moi. En revanche, il a sans doute rappelé à bien des hommes à Isthéria que personne n'est réellement à l'abri. Tous les hommes doivent mourir, n'est-ce pas ? Qu'ils soient riches, pauvres, puissants ou esclaves, roturiers ou grands seigneurs. Ils sont tous nés en pleurant, et malgré tous leurs costumes et leurs faux semblants, tous quittent le monde sans leurs masques. Qu'est-ce qu'un homme, si ce n'est un misérable petit tas de secrets ? A l'instant précis où ils rencontrent leur fin ... La vérité jaillit, éclatante et pourtant si simple. » Éclatante. Comme le regard du prisonnier alors qu'il parlait d'un de ses passes-temps favoris. Toutefois, il ne tuait pas par simple plaisir sadique. Il se renfonça un peu entre les ombres, ne laissant scintiller que son sourire énigmatique et son regard cendré : « Ces deux meurtres auront sans doutes rappeler à tous les hommes que n'importe qui avait le pouvoir de vie ou de mort, qu'il n'était pas le privilège des seigneurs et des politiques et qu'aucune vie n'avait plus de valeurs qu'une autres. Ils auront aussi sans doutes rappeler aux puissants qu'il valait mieux faire attention aux ombres et aux reflets qui dansent dans leurs sillages, car les retours de bâtons sont si vite arrivés à qui ne prend pas gare. »

Le prisonnier enrubanné ménagea une courte pause avant de s'avancer à nouveau vers son interlocutrice, tout sourire et le regard tranquille comme si de rien n'était. D'un ton guilleret il annonça : « Et bien c'est mon tour ! Votre histoire était fort intéressante, un merveilleux petit souvenir emplit de douceur, je vous en remercie. Voilà donc ma deuxième question : pourquoi êtes-vous venu ici ? Ne vous méprenez pas, je me doute que votre but est de comprendre ce qui se cache derrière cette sordide affaire et je sais combien vous faites confiances aux institutions pour y parvenir. Ce que j'aimerais connaître se rapprocheraient plutôt de ... vos motivations plus profonde. Pourquoi tant cherché à trouver une vérité qui ne changera de toute façon en rien votre destin ? Qu'est-ce que cela vous apporte ? »
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MessageSujet: Re: Staring into the Abyss   Staring into the Abyss Icon_minitimeJeu 4 Juin - 3:19


Staring into the Abyss

Torenheim . Irina

Irina soupira longuement, exhalant dans une lenteur exagérée qui en disait long sur son dépit. Le dialogue en place se déclinait en divagations douteuses et nombreux interludes métaphysiques à l'absurdité abrutissante. C'était à lui en donner le tournis, à lui anesthésier le cerveau comme une bête à qui on veut épargner de douloureux sévices. De fait elle se rendait compte après s'être donnée la peine de venir en personne jusque dans ce trou miteux -tout ça juste pour parler à un homme qui de toute évidence n'avait pas plus l'intention de l'écouter qu'elle n'en avait de gagner son amitié- qu'il était ingénument optimiste de croire qu'elle en tirerait quoi que ce soit de concret ou de cohérent. Après tout il s'exprimait de façon absconse et enjolivée d'arabesques spirituelles, passant aisément pour des traits d'un génie trop supérieur pour être appréhendé.
Pourtant lorsqu'on se donnait la peine de l'écouter vraiment, avec une farouche attention d'inconnu charmé par sa flûte enchanteresse, on distinguait les imperfections qui certifiaient sa mortalité, à défaut de son humanité. Elle l'observa le plus objectivement possible, mais ne vit toujours qu'un condamné droit et détendu dans sa position méditative, comme si être dans cette prison était une aubaine. Il avait beau être cordial et drôlement souriant en de telles circonstances, quelque chose ne collait toujours pas avec le tableau déjà surréaliste. L'expression insouciante de la jeune femme montrait à quel point elle était paradoxalement détendue. Oui il était dangereux et pouvait la tuer en sortant un bout de métal affûté ou un autre objet potentiellement dangereux. De la même façon qu'elle pourrait lentement entourer sa nuque de ses mains et serrer jusqu'à ce qu'il lâche le dernier soupir d'une vie en déclin. En fait elle pourrait aussi le briser de l'intérieur, le noyant dans un monde bien plus impitoyable et meurtrier que celui dans lequel ils vivaient. L'espace d'un instant Irina fantasma sur cette possibilité, revenant à la réalité d'un regard rêveur qui portait à confusion. Cela n'en valait sans doute pas la peine, en réalité.

Torenheim lui apparaissait de plus en plus comme énième théoricien contemplatif, animé du désir de comprendre les intentions des gens qu'il tue comme un chasseur abat sa proie pour en disséquer les viscères. Pourtant s'il y avait quelque chose qu'elle avait saisie depuis longtemps en regardant les gens mourir et parfois même agoniser durant des heures ou des jours entiers, c'est qu'ils étaient tous semblables devant l'épreuve inéluctable qui les arrachait au monde. De fait s'il était compréhensible de s'interroger sur ce qui distinguait les individus dans la mort, il lui paraissait bien moins intéressant de s'enliser dans cette étude dont on avait bien vite fait le tour. Il était regrettable qu'il ne le réalise pas, mais en dépit de cette manifeste perte de temps, Torenheim n'était pas à ses yeux plus fou qu'un autre. S'en était presque dommage. Il était seulement mu par une force différente et plus forte, qui l'emmenait sur une pente déviante et dangereuse où les amalgames étaient légion. Seuls ceux qui l'avaient arpentée pouvaient pourtant appréhender ses subtiles détours et d'une certaine façon, elle en faisait partie. Un fil de silence et d'invisibles pensées se tendit entre le prisonnier et sa visiteuse, ne se rompant que lorsque ce dernier reprit la parole. Malheureusement il n'arracha à Irina qu'un dodelinement de contrariété. Il était très loin de saisir quoi que ce soit, et récitait platement un monologue éraillé qu'elle était vouée à écouter d'une oreille critique.

Pour une personnalité marquante qui se voulait avoir une vision lucide du monde et des vivants, Torenheim était terriblement naïf. Oui. Naïf comme un enfant avide d'aventures qui aurait longtemps vécu enfermé dans une tour d'ivoire, sans la moindre notion de ce qui se passe en dehors de sa cage. Avec une impétuosité précipitée il virevoltait à tout étudier sans jamais s'arrêter, profitant de chaque escapade pour absorber le plus de connaissances possibles, pressé par un temps qui le fuyait sans cesse. Investi de la fougue de l'enthousiasme il sautait aux conclusions et aux interprétations erronées, à tel point qu'elle sentit une accusation poindre entre les lignes. Il était persuadé qu'elle émettait un jugement trop dur envers les idées artificielles qu'il avait amassées si durement. Son ton de voix se durcit d'agacement, plus que de réelle hostilité.

« Oh, pitié. J'ai mieux à faire de mon temps que d'éplucher des étagères à la recherche de psychologie de comptoir. » Elle roula des yeux au plafond, exaspérée. Elle avait été loin de se douter que citer un roman de littérature classique sindarine suffirait à la caser dans la catégorie 'p'tits cons qui s'y croient parce qu'ils se bourrent le crâne des pires inepties, pour la bonne et simple raison qu'elles sont joliment formulées'. Oh bah oui tant qu'à faire, autant reprendre les conneries de quelqu'un d'autre, puisque ça sonnait bien ! Et puis il fallait bien partager ces tartines se voulant intellectuelles, évidemment. Il fallait bien faire face à ce monde féroce en s'insurgeant contre l'ignorance et le manque d'ambition de toutes ces gens qui ne savaient pas lutter pour leur destin. Non mais vraiment... N'importe quoi.
À vrai dire son ego n'était pas assez développé pour être sensible à ce genre d'insultes détournées, mais c'était toutefois assez vexant d'être prise pour une truite sans raison valable, principalement parce qu'il n'avait pas été fichu de comprendre ce qu'elle avait dit noir sur blanc. C'est qu'en plus de devoir épuiser ses stocks annuels de patience, il fallait aussi qu'elle joue les maîtresses d'école pleines d'égard maternel. Tant pis, s'il préférait se fourvoyer, c'était son choix. Au moins ne pourrait-on lui reprocher de ne pas s'être exprimée distinctement.
« Ce que j'ai dit c'est que la folie est le chemin radical que tous sillonnent, et que la plupart choisit de ne pas voir, par pur intérêt personnel. Ça vous donnera peut-être de quoi ruminer lors des prochaines soirées en solitaire. Tirez-en donc les théorèmes que vous voulez, Torenheim. »

Elle le pensait de chaque bout de son être. Cette humanité qu'elle méprisait chaque jour plus fort traitait la normalité comme une armure qui ne servait qu'à se cacher. Elle dissimulait ses travers putrescents sous une épaisse couche de métal luisant, elle se complaisait dans une pseudo-perfection lamentable pour mettre de côté ceux qui ne prenaient pas la peine de faire semblant. Comme les autres, Irina n'était qu'une énième funambule valsant au dessus du vide, évoluant sur un fil instable et tranchant comme le fil d'une épée. Alors pourquoi reconnaître la réalité et assumer leur statut de gangrène terrestre devrait être perçu comme une infamie ? C'était là, dans cet aveuglement obstiné et volontaire que résidait l'hypocrisie. La comédie de l'Homme qui voulait échapper à sa condition, pathétique et destructrice par essence. L’Humain se mentait. Très mal en plus du reste.
Irina ravala son dédain pour prendre du recul, commençant à se demander si elle avait bien fait de venir. Il n'avait pas eu la moindre réaction suite à son récit. Un commentaire narquois ou sarcastique aurait été prévisible, mais ce manque de réaction, ce vide pour toute réponse l'interpella. Elle se fichait bien de ce qu'il pouvait penser, ou quelles déductions grotesques étaient ressorties de son récit. Néanmoins il lui parut amusant qu'il ne semble même pas s'interroger quant à la véracité de ses paroles. Il était comme un grand chien de chasse qui avalait tout rond à peu près tout ce qu'on pouvait lui servir, pour peu que ça ait l'air appétissant. Sur le coup elle se demanda s'il était capable de faire la différence entre un conte à dormir debout et le souvenir réel qu'elle venait de lui raconter. Il serait tellement facile de se jouer de sa grandiloquence, tellement drôle de le regarder se fourvoyer davantage...

Imperceptiblement Irina laissa ses sens s'étirer en direction de la momie, sans parvenir à effleurer la moindre crainte tangible. C'était comme refermer sa main sur une espèce de courant d'air fugace et glacé. Il y avait bien quelque chose, quelque chose d'inhabituel. Ses bras se recroisèrent d'eux-mêmes, tandis qu'elle réfléchissait. Il y avait une infime trace, un petit quelque chose d'humain en lui et dont il ne pouvait se défaire. Elle ne savait pas encore quoi, mais elle sentit d'instinct qu'il suffirait de croiser plus loin pour le trouver.
« Bien sûr qu'ils sont tous égaux. Et c'est justement parce qu'ils le sont que cela n'a rien de différent de tuer un gélovigien de quatre siècles ou un adolescent Terran. La lueur étiolée sur leur visage est la même. Qu'importe si on les transperce de part en part ou si on les empoisonne. Un vétéran de Taulmaril, un barde sans importance, un vieil anobli ou un esclave en fuite. Voir un homme mourir ou en voir trente revient exactement à la même chose. Au final c'est simplement un spectacle désolant et sans intérêt. Et puisque tout être est voué à mourir, pourquoi une telle fascination pour leur fin ? La mort n'est rien, si ce n'est la banalité qui s'arrête. »

Ce n'était pas par idéalisme qu'elle pensait de cette façon. Ce n'était pas par béate admiration ou respect de la Vie, qui n'était au final qu'une courte chance de faire ce que l'on voulait dans un temps limité ; une opportunité au rabais de tirer son épingle du jeu avant le point du non-retour. En réalité c'est justement parce que tout cela n'avait qu'une valeur limitée à ses yeux qu'elle ne parvenait pas à donner autant de valeur à ce qui n'était qu'un cycle. Mort, Renaissance. Un éternel recommencement dont elle commençait à se lasser après à peine une vingtaine d'années, ce qui en disait sûrement loin sur son détachement.
En outre, loin d'être choquée par les inepties délurées que lui débitait le prisonnier, Irina se sentait profondément blasée. Blasée par sa fascination pour l'Humain poussé dans ses retranchements, cet émerveillement si primaire, si... archaïque. D'un côté la source d'un tel sentiment l'intriguait beaucoup, et en même temps elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait bien d'autres moyens mieux adaptés d'obtenir un résultat supérieur. Oh il était plutôt évident à son sourire décomplexé que Torenheim aimait tuer. Cela elle le savait déjà, après tout la créativité dans la mise en scène avait été une des rares choses à l'avoir captivée dans les meurtres de Kodran et Dreak. Un peu d'originalité dans ce monde ennuyeux et morne, où seulement une poignée mesurait l'effort fourni et le courage nécessaire à une telle entreprise. Elle soupira, jouant distraitement avec les lanières en cuir de ses gantelets. D'un coup de main habile elle les resserra, sans se décoller du mur qu'elle avait choisi pour s'adosser.

« Si un homme est un minimum lucide, il n'a pas besoin de regarder la mort en face pour réaliser à quel point son existence est absurde. S'il n'est pas un lâche il n'a pas non plus besoin de franchir ses limites pour révéler sa vraie nature, seulement de les connaître. Il suffit pour cela que la peur le dévore. La peur... C'est le levier fallacieux qui enclenche les rouages défectueux du mécanisme, que ce soit pour l'arrêter complètement, le lancer à plein régime... ou le détruire purement et simplement. » Un caprice, c'était tout ce qu'il fallait à la crainte impérieuse triomphant sur toute forme de raison. Un coup de pouce, un petit rien, une minuscule poussée qui faisait la différence entre la voltige et la chute, entre le fil et l'abîme. Une distraction à laquelle Irina n'était point sensible.

« Ils ont été disons... un rappel difficile à ignorer. Mais nous savons tous les deux que l'Humanité n'apprend pas, et certainement pas après deux petites morts sans importance. Elle répète les mêmes erreurs encore et encore, comme un gamin qui refuse obstinément d'apprendre ses leçons. L’Histoire est une parfaite illustration parmi d'autres et pourtant rien ne change. » Elle haussa les épaules, pas franchement convaincue que le point de vue qu'il lui exposait soit plus pertinent que celui de la masse, ce qui n'était pas peu dire sur son incrédulité. Elle lui reconnaissait pas mal de culot de planifier et exécuter deux assassinats complexes sans se faire prendre, cependant le reste restait flou. Était-il assez bête pour croire que planter deux maires suffirait à révolutionner la face du monde ? Non. Elle préférait se dire qu'il n'était pas aussi bête, du moins pour l'instant.
Néanmoins la façon qu'avait Torenheim de parler lui donnait d'intéressants indices concernant sa vision. Il était clair qu'il n'était pas dérangé par l'idée de tuer, pour ne pas dire qu'il y trouvait une certaine forme de plaisir. Pour autant ce n'était pas la motivation principale de ses actes. Lorsqu'il parla de 'retour de bâton', elle considéra sa morale vengeresse. Il y avait de ça, mais d'autres choses se cachaient encore sous le couvert de cette pensée miroitante. Il pensait qu'à sa façon il rendait une certaine forme de jugement équitable, qu'il rendait service à la plupart dont visiblement il n'avait rien à faire du tout. Cela faisait sens et en même temps c'était contradictoire chez quelqu'un d'aussi impersonnel que lui. Et puis semer le chaos c'était l'arme facile dont les illuminés avaient tendance à s'armer dernièrement. C'était une litanie vieillissant très mal et dont ils refusaient de se défaire, au grand dam des gens rationnels qui souvent étaient contraints de les regarder de loin, tassés en un attroupement confus, perdu dans le labyrinthe de leurs conflits intérieurs.

Souriant pleine d'un dépit rancunier, elle rit sans bruit à la mention de son 'doux souvenir', ce qui fit naître dans sa gorge une morgue acerbe, et dans ses yeux une froideur métallique. Il n'en pensait pas un traître mot, ça puait une empathie artificielle à plein nez. Tentait-il de s'attirer sa sympathie, aspirait-il à lui faire baisser sa garde ? C'est qu'il pouvait essayer, mais il avait plus de chances d'enseigner une pierre à discourir en Alfari. Et puis il n'avait même pas fait semblant d'écouter, il avait seulement entendu d'une mine sévère et studieuse, sûrement dans l'espoir de flatter une vanité égocentrique inexistante. Alors à ce stade soit Irina était devenue sacrément cynique et voyait le mal partout, soit il était un comédien qui avait été poussé sur le devant de la scène sans avoir assisté au moindre cours de théâtre au préalable. Les deux, sûrement.
Dans sa position stoïque et martiale Irina bougeait très peu. Son corps sous contrôle économisait ses forces pour mieux passer à l'action plus tard, comme une épée droite dans son fourreau, prête à être dégainée. Elle avait l'air inoffensif et n'était pas laide malgré sa stabilité âcre, ce qui n'en taisait pas la précision meurtrière dont elle faisait preuve. Ses mains calleuses se posèrent sur ses coudes, tandis qu'elle répondit assez rapidement à la question qui lui était posée. Elle n'avait pas vraiment de doutes quant à ce qui l'avait amenée, seulement quelques difficultés à trouver les mots pour l'expliquer. Ce n'est pas comme si elle avait pour habitude de se justifier, même auprès de la hiérarchie.

« J'ai pu inspecter les corps des deux maires en personne, j'ai donc décidé de mener l'enquête comme de nombreux aventuriers invités par la couronne. J'ai fini par développer une curiosité naturelle pour l'affaire. Je me suis interrogée concernant la personne qui avait orchestré tout ça, et qui m'a fait perdre suffisamment de temps pour que je doive la poursuivre. Non que je tienne particulièrement à l'arrêter au départ car ce n'est pas mon boulot, bien que j'aie récolté certains avantages indirects de ma réussite. Seulement j'aime le travail bien fait et reste persuadée qu'on est toujours mieux servi par soi-même. Quoi de plus objectif et brut que de voir de ses propres yeux ? » Elle soupira à ses propres paroles, se remémorant la patience qu'il lui avait fallu pour supporter les aventuriers et autres débiles du dimanche qui avaient jugé bon de pointer leurs truffes dans une affaire de cette ampleur. Et dire que même Eridania avait cru ça intelligent de fourrer des dizaines de pégus dans les pattes des rares personnes sérieuses... C'était à ne rien y comprendre. La conclusion ne tarda pas. « Disons que je suis là par conscience professionnelle. Par envie de rencontrer un autre tueur en série efficace et expérimenté, soit le plus gros croquemitaine des prochaines années... de voir ce qu'il a dans la tête avant qu'il ne tombe à nouveau dans l'oubli collectif. » Elle le regarda dans les yeux en souriant si amicalement qu'elle en arriverait presque à faire oublier sa cruauté. Irina était jeune, mais cette vie qui ne l'avait pas épargnée avait su lui inculquer certains dons. Le mensonge n'était qu'un d'entre eux.

« Alors revenons-en à nos moutons. En fouillant le bureau du maire à Hespéria, j'ai trouvé d'étranges marques de sang un peu partout. Après quelques péripéties visant à me libérer des officiels et autres individus gênants, j'ai réussi à entrer dans sa bibliothèque. J'y ai trouvé... bien plus que ce que j'espérais. » Le souvenirs revinrent nets et intenses, en même temps que la peur étouffante exhalée par les gens qui l'avaient accompagnée. « Que savez-vous sur Borgalem, et quel est votre lien avec lui ? » Borgalem. Un nom qu'elle avait trouvé non sans mal et qui avait bien failli lui coûter la vie dans un combat déloyal et inattendu. L'espace d'un instant elle revit l'ombre pesante de la masse monstrueuse haute de plusieurs mètres, qui avait pétrifié les plus courageux pour mieux les engloutir dans des ténèbres sans fond. Mais ce ne fut qu'une seconde de vide dans son regard, qui passa aussi vite quelle était apparue. Sans explications elle leva calmement les yeux, cherchant à distinguer ce que son interlocuteur savait vraiment.


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