Sur les traces de l'Ecarlate

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An 1305 de l'ère obscure

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 Sur les traces de l'Ecarlate

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::  Haute-Prêtresse de Kesha ::

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Othello Lehoia
MessageSujet: Sur les traces de l'Ecarlate   Sam 11 Juil - 16:12


L’air était d’une épaisseur rare dans le massif fort d’Aggersborg. Un mélange d’humidité et de fer créait une moiteur organique rappelant vaguement l’odeur du sang, et qui, une fois respiré, tombait dans les poumons comme une pierre coule au fond d’un lac. Il était également la source d’un étrange paradoxe – où qu’elle passait, cette brise chaude déposait sur la pierre froide une fine couche de buée, qui parsemait les pierres rondes et lisses du sol et des murs de petites perles d’eau, symbole d’une paix éphémère.
Mais il n’y avait dans cette paix que les pierres et l’édifice. Depuis quelques jours, la forteresse avait été prise d’assaut par une armée de blessés, d’âmes perdus et de cadavres, tous provenant du pauvre village de Gaeaf, ou plutôt, du tombeau qu’il était devenu. Le bâtiment avait déjà servi, peu de temps auparavant, d’hôpital de galère pour les victimes des tensions dernières.  

Enveloppé dans un voile blanc – un manteau improvisé, pour le mieux – une petite demoiselle accourait de lit en lit, dressant un bilan rapide et précis sur l’état de chaque blessé. Dans le grand vestibule dans lequel on avait installé le campement de fortune, des dizaines de lits avaient été installés. Le ballet des blessés avaient cessés en ce petit matin, et les brancards avaient finis d’afflués pour transporter les corps abîmés.

Parmi les hommes alités et les maîtres du fort, une douzaine de petites formes blanches, aux corpulences angéliques et aux dessins doux, s’afféraient sans relâche auprès des lits. On les reconnaissait facilement à leurs airs purs et beaux, royaux ou enfantins, à la féminité débordante sous toutes ses formes. Elles avaient en commun le symbole de Kesha, omniprésent avec elle sous toutes formes, bijoux, broderies, tatouages pour les plus téméraires. Ces prêtresses étaient les membres de la délégation du temple de Cimméria, envoyées par la Grande-prêtresse Irina Dranis. Othello Lehoia faisait partie d’elles, volontaire pour ce petit périple et cette tâche. Sous sa toile blanche, elle avait rabattue l’ampleur de ses cheveux sous une haute tresse épaisse et brouillonne, qui n’avait l’air que d’un tsunami de vagues argentés qui lui coulait sauvagement dans le dos. Ses yeux abyssaux semblaient s’être fondus dans son visage, tant ils semblaient petits et creusés, et encerclés par de sombres cernes. Seuls ses lèvres orangées brillaient toujours de leurs teinte charnelle et épicées, et lui donnait un semblant de vie – en outre, elle n’était pas plus expressive que d’habitude, seulement plus fatiguée.

Cela faisait quelques temps déjà que la jeune femme avait du mal à trouver le sommeil, la laissant dans cet état second entre éveil et repos, la laissant bien plus froide que d’habitude, et aussi bavarde qu’un cimetière entière. Seul sa mission comptait : où qu’on l’envoyait, elle ferait son possible pour soigner et guérir – si elle le pouvait – le blessé en question. Heureusement, peu de blessures graves étaient à recenser. Seulement quelques bras cassés, contusions et autres lésions. Les blessés graves étaient tous de suite transportés vers les médecins, et les soigneurs plus compétant. Et même si la jeune femme avait du talent, et les pouvoir nécessaire pour refermer et soigner des plaies importantes, elle n’était ni dans l’état, ni dans la mentalité pour accomplir de tels miracles. Alors qu’elle se pressait vers un lit, un brancard passa devant elle à une vitesse folle, traînant derrière elle une lignée de sang. Un frisson balaya son dos. C’était une de ces fameuses urgences… Une pensée traversa son esprit : elle ne connaissait qu’une personne qui pourrait régler ce problème avec une facilité déconcertante…

Cela faisait quelques temps qu’elle ne l’avait revue, bien qu’elle savait son ombre veillant sur elles toutes, à présent. Les choses s’étaient enchaîné avec une vitesse effrénée qui lui échappait parfois, et Irina s’était vu propulsé à la tête de leur temple plus vite qu’elle n’avait pu les prédire. De cet instant, leurs entrevus s’étaient faites plus rares, plus courtes, et plus vagues. Bien sûr, la sirène ne nourrissait aucune haines ni aucune amertume : un tel évènement ne pouvait être source de rancœur, Irina à leur tête était inespéré et merveilleux. Et la dame de feu, en plus d’être mère, était devenue responsable d’une communauté entière. Être à la tête d’une église… Cela devait faire un travail monumental. L’image élégante et douce d’Irina lui revint alors à l’esprit : elle allait parfaitement aux prêtresses… C’était un avatar splendide, plein de force et de charisme. La serpentine avait les épaules pour une telle tâche. Comment allait-elle ? Et Alyx ?...


« … Othello ? »

La sirène releva les yeux brusquement, se retrouvant le regard figé dans celui d’une de ses collègues, aux belles boucles blondes et à l’œil pétillant. Une jeune prêtresse qui s’était enrôlée il y a peu… Rarement elle avait vu quelqu’un avec tant d’entrain et d’enthousiasme.  

« - Encore une fois : tu as finis avec ton patient ? »

C’est alors que la poupée de cire se rendit compte que depuis quelques minutes, la demoiselle enroulait le même bandage autour du bras d’un jeune soldat un peu penaud, qui n’osait pas l’avertir de son erreur. Sans plus de réaction, elle referma vite le bandage, avertit rapidement le jeune homme sur les recommandations à tenir pour se soigner, et l’invita à se reposer quelques jours. Elle s’inclina ensuite, finalement, et repartit doucement, les mains unis sur son ventre. Le temps s’écoulait lentement depuis qu’elle avait reçu la fameuse lettre. Mais les dernières semaines avaient suffisamment occupées son esprit pour lui permettre de penser à autres choses.
Pourtant, dans ce grand fort rempli de douleur et de peine, une nouvelle chose avait commencé à occuper ses pensées ondines : la solitude. Et en regardant ses sœurs qui tournaient autour d’elle dans une valse sérieuse, le visage de sa mentor lui ferait plus que plaisir.
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 :: Vipère Ecarlate ::

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Irina Dranis
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Jeu 16 Juil - 13:09



Sur les traces de l'Écarlate

Othello . Irina

Aggersborg, début de Moomé 1304


Son pas rapide la porta sans bruit à travers la porte du bureau qu’elle avait réquisitionné pour un temps indéterminé, l’emmenant à travers les couloirs de pierre du fort. Ce n’était pas aussi grand que l’aurait rêvé l’armée, mais c’était défendu et bien entretenu depuis l’annonce des mesures extraordinaires visant à renforcer les rares installations du pays. Néanmoins ces investissements s’étaient avérés déterminants dans la lutte contre les créatures qui avaient soudainement fait apparition dans leurs eaux. Avec le recul, maintenant que tout était terminé et que des vaisseaux patrouillaient pour éviter que cela ne se reproduise, Irina était persuadée que c’était une bonne expérience. Un test de la capacité des Cimmériens à s’unir dans l’adversité, un test de son aptitude à prendre des décisions importantes, une prise de température de son propre engagement en tant que grande prêtresse. Elle soupira. Après deux mois ce titre l’horripilait toujours autant, surtout qu’elle n’arrivait pas à se faire à l’idée de l’associer à quelqu’un d’autre qu’à son ancienne Némésis.

Distraite elle chercha machinalement la sortie vers la cour, qu’elle trouva avec soulagement. L’air froid s’engouffra dans ses poumons et s’envola en un nuage de fumée blanche, mettant un semblant d’ordre dans ses pensées éparses. Son corps était désespérément faible à son goût, récupérant lentement des efforts qu’elle lui avait exigés pendant la création de la barrière qui avait piégé le Léviathan. Sourcils froncés, elle essaya une nouvelle fois de concentrer une flamme bleue dans sa paume ouverte. Ses muscles se contractèrent désagréablement, l’énergie afflua sur sa peau, mais malheureusement rien ne se produisit. De longues secondes s’écoulèrent et son agacement grandissait à vue d’œil. Finalement une petite étincelle crépita au creux de sa main, sans prendre forme néanmoins. De rage Irina referma le poing qu’elle serra par instinct. Toujours rien. Réprimant un juron, elle ferma les yeux et regarda le ciel sans savoir quoi penser. Sa magie n’était certainement pas perdue bien que pour le moment elle soit listée aux abonnés absents. Une des conséquences de l’attaque parmi tant d’autres, et clairement pas la plus grave.

De fait les blessures ouvertes par l’apparition du Colosse et des Léviathans étaient encore fraiches en bien des sens. Les habitants de Gaeaf avaient pour la plupart survécu à la catastrophe, ce qui ne voulait pas dire qu’ils étaient ressortis indemnes de cette épreuve. Avec courage ils avaient combattu et tiré ce qu’il était possible de sauver des ruines ; profitant des navires postés au lac gelé et dans les environs d’Oakbrigs pour se rassembler et tuer les monstres qu’ils ne pouvaient repousser. Dans la bataille ils avaient joint tous les moyens à portée, qu’ils soient humains, matériels ou d’une origine plus… inattendue. Des troupes étrangères venues pour soutenir la résistance contre Phelgra s’étaient ainsi retrouvées mobilisées dans une subite opération de protection des civils, ce qui avait eu le don de contrarier ceux qui n’avaient pas le pied marin.

Même Bellicio avait réussi à faire son entrée princière sur les rues inondées du bourg, arrivé sur son noir destrier en même temps que des soigneurs et les diverses fournitures médicales dont elle avait passé commande depuis des semaines. La raison pour laquelle il était venu les livrer en personne lui échappait encore, mais à vrai dire c’était vite devenu secondaire. Il avait été aussi utile que les armures lourdes des forces Eridaniennes pendant la bataille navale, mais au moins il s’était pointé sur le terrain pendant que les choses tournaient au vinaigre, ce qui n’était pas un mauvais changement. Il avait joué les grands seigneurs, rassuré les foules qui n’avaient pas fait grand cas de sa présence, puis discutaillé avec d’autres politiciens aussi ivres de gloire que lui. Une fois les bêtes chassées de leur territoire il n’avait évidemment pas tardé à retrouver la douce chaleur des meilleurs quartiers officiels de la tour, s’isolant pour planifier la meilleure stratégie à tenir. Tu parles d’une stratégie, que de confier toutes les responsabilités aux subalternes de l’armée ! Heureusement la veille au soir il avait communiqué son désir de rentrer à Hellas pour « s’occuper d’affaires diplomatiques pressantes », refilant ainsi le commandement et le gros des ennuis au Général et à la grande prêtresse, tous deux débordés. Très aimable à lui, oh vraiment.

Irina dodelina de la tête et finit par se frotter les tempes d’un geste devenu routinier depuis les deux jours qui s’étaient écoulés. Elle aussi avait d’une certaine façon payé le prix de l’investissement des prêtresses dans les défenses magiques du village. Il lui était pour le moment compliqué d’utiliser la magie sans être prise de violents maux de tête, de vertiges et de tremblements. Des symptômes fort ennuyeux quand avait tant besoin de magie dans l’exercice de ses fonctions. Néanmoins s’il y avait une solution miracle elle ne l’avait pas trouvée et ce n’était pas faute de ne pas y avoir réfléchi. Dans tous les cas son organisme semblait s’être replié sur lui-même comme une tortue, contraint de mobiliser son essence divine pour se remettre du contrecoup. Restait à savoir combien de temps cela prendrait, ce qui était encore une belle inconnue à l’heure actuelle.
Avec une expression lasse elle monta sur les remparts et observa les rangées de tentes diverses qui s’étendaient aux pieds de la forteresse. Ceux qui l’avaient pu avaient regagné leurs maisons, seulement beaucoup n’avait plus de foyer où retourner. Il fallait aussi ajouter à cela les logements de fortune des troupes d’Hespéria et d’Arghanat, qui avaient pour ordre de rester sur place jusqu’à être congédiées ou rappelées par leurs représentants. C’était une situation inévitable qui ne lui plaisait pas le moins du monde mais qui comprenait quelques avantages… De la main d’œuvre et surtout de précieuses provisions dont ils manquaient cruellement. C’était à n’en pas douter une aide aussi providentielle qu’elle était intéressée, Irina en était convaincue. Car personne ne s’attendrait à voir débarquer de charmants et prompts inconnus prêts à débourser sans compter pour les sauver de la misère, sans contrepartie.

Cimméria n’était pas en position de refuser un coup de main, c’était un fait regrettable mais difficile à nier. Or Irina était là pour veiller à ce qu’ils tirent le meilleur de leurs alliances présentes et futures, elle était décidée à être la défense qui tiendrait les vautours à l’écart, et qui n’hésiterait pas à les abattre s’ils devenaient trop insistants. L’avatar de Kesha qui pour l’heure, avait un coup dans l’aile. Ses cils battirent plusieurs fois dans une tentative de fuir la luminosité forte qui émanait du ciel pourtant gris et couvert. Il ne faisait pas chaud selon les échelles mondiales, mais la saison d’Enkilil touchait à sa fin, annonçant les beaux jours à venir.
La prêtresse ne portait ni cape ni manteau au-dessus de sa chemise blanche et ses cheveux rouges et ondulés flottaient librement, légèrement en bataille. Un pantalon d’équitation marron complétait sa modeste tenue, en un accoutrement qui privilégiait le pragmatisme à l’esthétique que l’on pourrait attendre d’une représentante religieuse. Les Eridaniens devaient trouver ça curieux et probablement vulgaire mais ça lui était égal. Cela ne faisait pas son genre de se maquiller et se parer comme une guirlande de fête pour aller inspecter les postes avancés du désert de glace. À croire que certains avaient tendance à oublier que le pays était susceptible de se faire attaquer par Phelgra à tout moment.

Comme pour faire écho à ses inquiétudes, un messager s’approcha au pas de course puis s’inclina en un salut militaire pour lui remettre une missive. D’un remerciement bougonné Irina accepta le bout de papier, le cœur serré. À force de témoigner de l’apparence de plusieurs colosses qui à chaque fois avaient bien failli avoir sa peau et celle des rares personnes qui lui étaient proches, elle commençait à appréhender les surprises. Fort heureusement lorsque ses yeux parcoururent les lignes d’écriture brouillonne, son expression se détendit petit à petit. L’installation des prêtresses à l’avant-poste ouest ainsi qu’au campement sindarin s’étaient bien passées et il n’y avait aucun fait particulier à signaler dans les rapports préliminaires.


« La suite vous arrivera dans environs deux jours depuis l’ouest, et une semaine depuis la frontière. Maintenant si vous veuillez bien m’excuser… J’ai du travail votre grâce. » Il termina sa phrase dans l’espoir de capter l’attention de son interlocutrice, toujours immergée dans sa lecture.
« Si vous m’appelez à nouveau ‘votre grâce’, je vous fais envoyer au front. » Elle grimaça, exaspérée de ces solennités absurdes. Cependant en voyant l’intéressé devenir pâle comme un linge face à la menace, elle soupira et lui fit comprendre de laisser tomber d’un geste de la main.
« Bah ! C’est dame Dranis, soldat. Souvenez-vous en, ça suffira largement. »
« Bien ma dame. » Il posa le poing contre sa cuirasse de cuir, se permettant un petit sourire en comprenant qu’il ne fallait pas trop prendre le commentaire au sérieux. Quoi qu’il en soit il n’osa pas s’attarder davantage, probablement de peur d’être encore mis dans des situations qu’il ne saurait pas gérer. Le messager s’éclipsa à nouveau, vaquant à ses autres messages.

Irina replia la lettre et la remit soigneusement dans son enveloppe, avant de la ranger dans la sacoche qu’elle portait en bandoulière. Elle avait besoin de repos, besoin de voir des visages familiers, de se perdre dans quelques discussions sans conséquence, ou d’un bon verre de liqueur. Hélas l’alcool était une denrée rare dans ce coin de la région, et Alix étant limitée par son handicap elle ne pouvait communiquer sans les contraintes du langage des signes ou de la télépathie. Un sourire fatigué se dessina sur son visage mélancolique, tandis qu’une fois encore elle se trouva à penser à son autre apprentie, Othello.
Cette dernière s’était portée volontaire pour travailler dans des conditions loin d’être idéales, et bien qu’en tant que mentor elle comprenne ce choix, quelque chose continuait de l’intriguer à ce sujet. Othello avait toujours été une jeune femme craintive et avide de connaissances, un médecin brillant et un excellent bras droit sur le terrain. Il n’y avait donc rien d’étrange à la voir répondre présente en des temps aussi durs. Pourtant même si leur lien était fort -au-delà de la distance qui les avait séparées pendant de nombreux mois- Irina avait cru ressentir un changement à travers ses missives, et dans ses expressions penaudes les quelques fois où elles s’étaient croisées depuis la catastrophe de Gaeaf. Quelque chose lui pesait, comme si la sirène avait été lestée de plusieurs kilos à chaque cheville et luttait pour ne pas sombrer dans les profondeurs qui d’ordinaire étaient son foyer. Enfin là encore… peut-être n’était-ce que son imagination.

La rouquine regagna l’intérieur de la caserne et se versa un verre d’eau qu’elle vida d’une traite. Cette fois elle devrait arrêter d’agir comme une gamine prise en faute, craignant de se faire refouler par ceux qu’elle échouait trop souvent à protéger. Car après tout, comment être sûre qu’Othello n’était pas plus malheureuse aujourd’hui que lorsqu’elle servait Elerinna ? Une profonde inspiration nerveuse fit frémir sa poitrine et ses épaules, alors qu’elle s’avança vers la première prêtresse qu’elle croisa, dans l’espoir qu’elle puisse la renseigner. Othello était dans l’infirmerie interne, avait-elle dit.
Bien, c’était l’heure de reprendre ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser. Ses bottes claquèrent sur les dalles grises avec un peu plus de force que nécessaire, ce qui réveilla en sursaut un soldat qui souffrait d’une fièvre qui l’emportait en des rêves tourmentés de créatures marines et de débris de maisons en bois.


« Lavinia… vous voulez bien prendre le relais ? J’ai besoin de m’entretenir avec Othello. »
« Son cas n’est pas vraiment urgent. Je termine ce cataplasme et je m’en charge, d’accord ? »
« Parfait, merci. Si vous avez besoin d’aide, faites appeler Nevere ou Herline. »

D’un œil brillant d’impatience la serpentine regarda l’air distrait de la yorka, qui déjà s’arrachait avec confusion au monde intérieur qui l’avait absorbée. Malgré cela il n’y avait pas de reproche dans ses yeux verdoyants, qui étaient plus appréhensifs qu’autoritaires. D’après sa façon de l’aborder il était plutôt clair que ce qui l’amenait était d’ordre personnel, ce qui en disait long sur l’estime qu’elle portait à la sirène. Bien rares étaient ceux et celles pouvant se targuer de lui évoquer autre chose qu’une réserve polie ou un mépris marqué. Toutefois leur lien était de notoriété publique, aussi il n’y avait rien de bizarre à ce qu’elles passent du temps ensemble.

« Venez. Lavinia s’en sortira bien sans nous pour quelques heures. J’ai envie de saisir cette brève accalmie pour discuter un peu, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. » Elle se mit à marcher aux côtés de sa protégée, faisant de son possible pour ne pas paraître ridiculement maladroite. « Cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes vues. Je… » Elle avait beaucoup de choses à lui dire et tout autant à lui demander, bien que cela soit sans doute étrange après tout ce temps. Mais plus que jamais elle avait connaissance de la chance qu’elles avaient toutes deux d’être encore en vie. Seule Kesha savait si ce serait encore le cas demain… Chaque seconde valait son pesant d’or, maintenant plus que jamais. « J’ai… quelqu’un à vous présenter. »

La fierté perça tout de même en un rare sourire qu’elle se permit, tandis qu’elle ouvrait la porte de ses appartements, une petite chambre presque nue qu’au moins elle n’avait pas à partager. Alix était assise sur un vieux tapis décoloré devant la fenêtre, lisant tandis qu’Aemyn courait un peu partout autour d’elle d’une démarche encore mal assurée, sa crinière sombre balançant ses boucles au fur et à mesure qu’il faisait voler son avion en bois. Plein d’énergie et peu atteint par le chaos fourmillant des allées et venues de soldats, prêtresses et blessés, le petit garçon s’arrêta soudain en entendant la porte s’ouvrir. Ses oreilles sensibles le firent reconnaître la voix de sa mère avant que celle-ci n’entre, ce qui lui valut d’être reçue par un cri de joie.
Le petit âgé de moins d’un an trébucha sur ses jouets et tomba avant d’arriver en sa direction, néanmoins il ne se découragea pas d’une chute qui pourtant lui rougit les mains à la réception. Reprenant la course aussi vite que lui permettait ses gambettes, il s’écrasa contre la silhouette familière qu’il enlaça si fermement qu’elle ne put plus avancer du tout. Elle rit de sa bêtise, contente de voir que certaines choses, banales et réconfortantes, ne changeaient jamais.


« Hé bien ma terreur… je ne suis pas partie bien longtemps tu sais ? » Il brailla quelques mots incompréhensibles, de sorte qu’Irina se demanda s’il n’avait pas encore appris de nouveaux mots en alfari. Non parce qu’elle, elle n’y comprenait pas grand-chose à tout ça. Elle dodelina de la tête sans perdre de sa bonne humeur, tandis qu’il lovait ses joues rebondies contre ses jambes, comme un chaton en manque d’attention. Néanmoins le petit curieux ne tarda pas à remarquer la présence d’une personne qu’il n’avait vue que très rarement, aussi il se cacha en ouvrant de grands yeux, jetant des coups d’œil réguliers à la dame en blanc.

« Bon c’est pas tout, mais on aimerait bien entrer. » Elle prit alors le petit garçon par la main et invita Othello à entrer et s’installer là où elle le désirait. Les choix étaient plutôt restreints, cependant. Un vieux lit dur comme de la pierre, un bureau dans un coin de la pièce, ou une petite table entourée de deux chaises. Pas vraiment le confort citadin qui viendrait presque à lui manquer…




« Some may call it a curse, a life like mine,... but others, a blessing.
It's certainly a lonely life but a fulfilling one at best. It's my cross to bear but I bear it gladly.
Someone has to take a stand against evil. Why should it not be me ?
 »
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::  Haute-Prêtresse de Kesha ::

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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Sam 17 Oct - 22:04

Dans une forêt de dunes blanches de sable et de perles, des nuages sombres pesants tombaient sur les terres vallonnées et désolées, visibles entre les monticules clairs. Là, à travers les rares déchirures du ciel, la lumière blanche d’une lune distante faisait scintiller les fragments de nacre au sol dans un millier de reflet. Quelque part, perdue dans ce paysage spectral et dévasté se reposait le corps absent d’une jeune femme aux cheveux d’opale que l’on distinguait à peine du sol. Ses deux yeux noirs scrutaient incessamment le ciel en quête de réponse, de rédemption peut-être, n’arrivant pas à faire disparaître de ces yeux les images distantes des flots dévastateurs, et de ses oreilles les hurlements sinistres de la houles et des hommes, et l’odeur horrible et sordide de la chair brûlée, décrépie, qui moisissait sous ses mains à mesures qu’elle la triturait, que ses doigts blancs s’enfonçaient jusqu’à la paumes dans des blessures caustiques qui s’aggravaient de seconde en seconde, qui mangeaient la peau comme des ogres affamés jusqu’à ce que…

« Othello ? ». Les oreilles de la sirène se dressèrent immédiatement vers Lavinia qui se tenait à côté d’elle, jetant vers elle un regard maladroit et gêné. L’ondine comprit bien vite qu’elle avait fait comme son patient : hantée par des rêves pas tout à fait saisissable, elle s’était laissée sombrée dans ses songes, jusqu’à s’absenter, comme lui, dans sa psychée houleuse. Encore une fois, elle se releva, constatant malgré elle qu’elle avait laissé son bandage au bout de quelques secondes à la merci du destin, posant ses mains sur le linge sans plus en faire grand-chose. Lavinia saurait s’en occuper bien mieux qu’elle, son air vif et alerte lui indiquait déjà un certain degré de fraîcheur que l’ondine n’atteignait pas.
Soudain, derrière son épaule, elle aperçut une silhouette familière et chaleureuse, qui insuffla alors un souffle de vie sur ses joues laiteuses, et un léger sourire qui éclaira ses lèvres. Perchée sur des bottes et dans un pantalon cavalier, la grande prêtresse apparaissait plus que jamais en chef de troupe, presque si bien qu’on aurait aisément pu la confondre avec une belligérante plus qu’avec une pieuse. Mais après tout, dans ces temps, il était presque devenu dur de dissocier la nuance de ces deux statuts. Même si elle irradiait toujours de sa force habituelle et qu’on lui donnait volontiers son aura d’influence et de pouvoir, on sentait néanmoins une fatigue profonde à travers ses traits tirés et ses yeux fins. La catastrophe qui les avait tous touchés quelques jours plus tôt avait pris à chacun, et il était probable, même certains que personne n’en ressortirait indemne.

Même si leurs actes les avaient menés vers deux champs de bataille, l’une sur terre et l’autre sur mer, Othello avait vite fait d’entendre leurs exploits, et l’héroïsme de sa mentor qui avait sauvés, par son geste, des centaines de vie. Malgré cela, elle n’avait pas encore pu la féliciter en personne. Ce serait sûrement une bonne occasion… Pendant encore quelques secondes, elle fixa Lavinia, qui hésitait encore entre reprendre son travail et s’enfuir par le premier passage accessible, et la sirène fut plutôt surprise qu’elle ne choisisse pas la deuxième option. Après s’être relevée, elle s’avança vers la Serpentine et s’inclina respectueusement devant elle.
Ses yeux lui paraissaient bien plus sombres que d’habitude, et il y avait quelque chose dans son port altier de fatigué et éprouvé. Et malgré sa droiture royale, l’on pouvait sans problème saisir qu’elle avait, comme tout un chacun, souffert des dernières épreuves que les dieux leur avaient imposées. Othello releva doucement le visage vers elle, attendrie bien vite par l’air un peu maladroite de sa mentor, qui peinait un peu à trouver les mots justes, et à rester dans un cadre officiel. Même si la sirène lui vouait un respect singulier et qu’elle sortait que très exceptionnellement des frontières officielles, elle appréciait de voir Irina, même hantée de sa franchise habituelle, hésiter sur ses mots pour ne pas paraître trop familière. C’était appréciable, et la naïade se sentit reconnaissante et apaisée. Quand elle eut finit, elle hocha la tête et emboita son pas.

Il était vrai qu’elles n’avaient pas eut le temps d’avoir de réelles entrevues, malgré les bouleversements radicaux qui bouleversèrent l’ordre ces derniers mois. Seules quelques maigres rencontres, et quelques rares mots échangés.
Sur le chemin qu’elles empruntèrent, Othello fut frappé par le nombre d’hommes et de femmes qu’elles croisèrent, tous plus ou moins occupés, certains se contentant tout juste d’errer dans les décombres de leur mémoire, d’autres occupant sommairement leur esprit par des actions et des gestes, de différents degrés de redondance. Suivant la Serpentine, elle dessina silencieusement le battement de sa crinière enflammée qui tombait inlassablement sur ses épaules, se laissant hypnotisé par se rythme, retrouvant quelques secondes la plage de perle qu’elle avait quitté dans ses pensées meurtries.

Finalement, elles arrivèrent à la porte, où Irina s’arrêta quelques secondes. Ces appartements, de toute évidence… Alors pourquoi n’ouvrait-elle pas la porte franchement ? Son visage s’éclaira alors d’un sourire franc, parsemé d’une joie et d’une fierté franche qu’elle avait rarement vu sur la grande prêtresse. La porte s’ouvrit lentement, mais ses mots avaient déjà rompu la surprise. Il ne pouvait n’y avoir qu’un être au monde que la sirène pouvait rencontrer et qui évoquerait chez la flamboyante de telles émotions.
Quand la sirène eut finalement accès à la pièce, elle ne remarqua pas tout de suite Alyx qui lisait attentivement dans la pièce, mais le petit bonhomme maladroit qui se dandinait tant bien que mal entre meubles, tapis et murs, jouant sur ses jambes épaisses et potelés, clopinant beaucoup et agitant au bout de ses petits doigts charnus un jouet. Othello sourit immédiatement, émerveillée devant tant de vie et tant d’innocence. Son visage encore bouffie et rond était encerclé d’une sombre crinière, chaotique et vierge de tout ordre, qui seyait son teint et ses yeux. La sirène s’étonna alors qu’il puisse déjà marcher à cet âge, avant de s’émerveiller de plus bel, non pas par la démarche mal assuré de l’enfant mais par sa précocité. Othello aimait cette période amusante ou le corps n’est encore qu’en grande partie une tête posé sur un petit corps. Il poussa un cri de joie dés qu’il vit Irina, avant de s’effondrer dans un élan d’enthousiasme. Guettant les réactions de la rousse, la pâle figure regarda le petit garçon se relever, et rejoindre les genoux réconfortant de sa mère.

Ce n’est alors qu’elle vit Alyx assise, déviant le regard pour laisser à la mère et l’enfant l’intimité qu’ils méritaient tout deux. Digne de sa sagesse et de sa douceur, ses yeux étaient captivés par les écrits qu’elle contemplait. C’est alors qu’elle remarqua l’austérité de la pièce où logeait leur dirigeante. Quelques mobiliers usés et abîmés avaient été habilement posés çà et là, et la sobriété des murs rappelaient aigrement ceux d’une prison ou d’un donjon sommaire. Rien de très mondain, rien de très riche, rien de très confortable. Les gens d’Aggaersborg avait donc mis en avant le pratique avant l’agréable. Si ça n’avait été que pour la sirène, elle n’aurait rien dit, elle qui s’était acclimaté à ce type de vie rude et qui avait finit par trouver plaisant et agréable la rigueur matériel, et qui ne dormait plus que sur des sommiers plats – une idiote volonté de forger son caractère, sans doute. Mais pour Irina Dranis, dirigeante d’un des groupes le plus influant du pays… Ils aurait pu fournir un effort un peu plus généreux. Bien qu’en temps de crise comme actuellement, cela était grandement compréhensible. Il était égoïste de ce soucier de luxe et de confort en de telles époques, et elle regretta alors tout de suite ses pensées.

Ce fut alors que deux tâches lointaines et basses attirèrent alors son regard, non loin du sol, caché derrière une paire de pantalon déjà familier… Comme deux chats se rencontrent et s’apprivoisent, les deux être se toisèrent du regard, avec au fond des yeux la même timidité curieuse, et l’envie de faire quelque chose sans savoir quoi. Bien qu’appréciant particulièrement la présence des enfants, il fallait à la sirène quelques secondes pour être à l’aise auprès d’eux, et pour trouver la juste attitude qui lui permettait d’émettre un peu de chaleur – autre chose que le bloc de glace vide et froid qu’elle était avec la plupart des adultes.
Irina l’invita à prendre place dans la pièce en attrapant son fils par la main. Othello qui ne quitta pas ses yeux de peur de perdre le duel tacite de regard qui les opposait finit par entrer dans la pièce, cherchant des yeux un endroit où s’installer qui ne dérangerait pas les allez et venus du petit bonhomme, ni ne corromprait les déplacements de sa mère. Rapidement elle opta pour une des deux chaises qui encadrait la table, la plus éloignée de la porte et la plus proche de la fenêtre. Sur le chemin, elle s’approcha d’Alyx, attrapant sa main et la serrant doucement pour la saluer proprement. Un bruit de tissu plissé orna la fin de sa marche qui elle vint se déposer doucement sur la chaise, particulièrement dure, même pour elle.
Regardant Irina, elle souffla gentiment :


« Merci beaucoup. Votre fils et magnifique et a l’air plein de vie. Je suis heureuse de pouvoir enfin le connaître. » Bien que le couvant d’un regard attendri, elle n’osait pas s’approcher, se contentant de l’observer de loin, consciente que son corps lunaire et vaporeux pouvait effrayer ou plaire. « J’ignore comment vous faites pour trouver la force de concilier votre nouvelle vie de mère et celle de grande prêtresse… » Un aveu ou un compliment ? La sirène ne le savait elle-même. Relevant les yeux quelques secondes vers la fenêtre, elle hésitait entre parler de nouveau ou se taire, laissant doucement un silence doux s’installer entre les trois femmes et l’enfant.
« Comment vous portez-vous, madame ? Les derniers évènements ont été durs, et vous avez été en première ligne… Merci pour tout ce que vous avez fait. Allez-vous bien ? » Finit-elle par demander, avide de s’enquérir de l’état de santé de sa mentor, qui semblait effondrée de fatigue sous sa tenue majestueuse.
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Irina Dranis
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Lun 2 Nov - 9:08


Sur les traces de l'Écarlate

Othello . Irina

Beaucoup de choses avaient changé depuis les derniers mois et ce à bien des niveaux, néanmoins pour une raison qui lui échappait, son lien envers Othello demeurait intact. Sans doute sa loyauté lui paraissait-elle plus précieuse encore depuis que le conseil l’avait élue à la tête des prêtresses de Cimméria, ou sans doute était-elle surprise de voir que la sirène lui offrait son soutien contre vents et marées. Ce genre de personnes se faisait bien rare, et il était parfois difficile de les distinguer de la bande de vautours qui lui trouvaient un intérêt certain depuis son gain de pouvoir. Comme si elle en avait voulu, de ces responsabilités... Irina soupira en retrouvant le confort très relatif de ses appartements. Même si sa relation avec son apprentie n’était pas vraiment des plus personnels, sans doute parce qu’elles étaient toutes deux assez maladroites la plupart du temps, il n’en demeurait pas moins un fait qu’elles s’estimaient. C’était tout ce qui lui fallait. C’était même bien plus que ce qu’elle avait espéré lorsqu’elle l’avait prise sous son aile.
Comme en faisant écho à ses pensées, Alix serra chaleureusement la main que lui avait tendue Othello et se releva illico, la gratifiant d’un sourire sincère. Cette petite avait toujours eu un don inexpliqué pour jauger les gens à travers les apparences, à tel point qu’Irina se demandait sans cesse si cela faisait aussi partie de son don d’oracle. Dans tous les cas l’adolescente n’eut aucune hésitation à ramasser la plupart des jouets qui trainaient -pour la plupart des jouets taillés en bois- ce qui témoignait que même Aemyn était loin des grands luxes. Sa mère n’était déjà pas du genre à vivre dans la richesse ostentatoire, mais tout ça, c’était différent. Les temps étaient durs pour tout le monde, et comme la visite de la Grande Prêtresse n’avait été initialement prévue que pour une paire de jours, des mesures supplémentaires n’avaient pas eu de raison d’être.

C’étaient les événements et notamment l’apparition d’une aberration en mers cimmériennes qui avait bousculé les plans déjà fort chargés de la religieuse. Son intention première avait été de renforcer les divers bastions militaires et autres avant-postes afin que l’Ordre participe également à l’effort de guerre... Mais la vérité c’est que ces moyens s’étaient rapidement retrouvés mobilisés dans une lutte qui n’avait rien à voir avec leurs assaillants du sud. C’était un engagement sur le terrain qui lui tenait à coeur et représentait le changement majeur immédiat de son pontificat, et qui avait coûté la vie à des religieuses tout comme à d’autres mages durant le rituel de Gaeaf. La culpabilité rongeait encore sa poitrine à l’idée d’avoir sacrifié des vies pour dresser une barrière magique capable de retenir les Léviathans. Sa raison lui disait qu’échanger quelques vies pour en sauver des centaines d’autres était un échange plus qu’avantageux, seulement son coeur refusait de se satisfaire d’une victoire aussi douloureuse. Parfois l’ombre de cet échec planait encore dans son regard, qui bien que distrait par l’expression curieuse de son fils, trahissait le poids qui pesait sur ses épaules.

Elle avait toujours su -depuis la fuite d’Elerinna, ses manigances, sa trahison stupide et peut-être même encore avant ça- que sa défection allait plus que probablement lui retomber dessus, d’une façon ou d’une autre. Elle avait su, en étant convoquée par Lyrië peu après les faits, que le conseil décapité de sa meneuse allait avoir besoin de quelqu’un de suffisamment fort pour la remplacer. Plus que jamais ce jour-là, et pour la première fois de sa vie, Irina avait pondéré l’option de s’enfuir également et quitter définitivement ses fonctions. Tourner le dos à cette prison dont elle ne voulait pas, à cet honneur dont elle n’était nullement digne, à cette position soit disant privilégiée qui ne ferait que la ralentir dans ses projets d’avenir. Irina s’était battue devant elle-même, elle avait piétiné dans ses doutes et ruminé ses pêchés comme une démente, pour finalement s’avouer vaincue et se laisser mettre aux fers. La réalité avait eu le dernier mot, le devoir l’avait rattrapée et l’imminence de la guerre qui pouvait tout détruire lui avait coupé toute retraite.
Il ne lui était simplement pas possible d’ignorer l’issue tragique des manœuvres politiques d’Elerinna, aussi mesquines et futiles soient-elles. Des batailles qu’elle avait également attisées indirectement, au fur et à mesure des années et des mésententes grandissantes. De fait la vérité lui claquait tous les jours à la figure. Cette guerre, Irina n’en avait jamais voulue... mais elle n’en était pas moins responsable d’une certaine façon. Fuir maintenant que Cimméria était dos au mur reviendrait à faire exactement ce qu’elle avait toujours reproché à sa rivale : se laver les mains dès qu’il fallait faire face à l’adversité. D’un regard par la fenêtre elle ne vit pas grand chose d’autres que l’étendue du ciel gris à perte de vue, et des quelques mouvements routiniers de soldats qui s’activaient dans la forteresse.

« Merci. » Cela allait au-delà de la simple formule de politesse. En fait c’était plaisant de retrouver un tant soit peu de vie sociale, même si son noyau de proches était toujours aussi réduit. « Je ne pense pas que je sois forte, c’est juste que je n’ai pas le choix. En fait j’ai plus besoin d’Aemyn qu’il n’a besoin de moi. Il me donne la force de continuer malgré tout ce qui se passe. S’il m’arrive quelque chose, qui sera là pour lui ? » Elle sourit avec ironie et lassitude. « Étant données les circonstances j’ai eu trop peur de le confier à Clypsène afin qu’il reste à Hellas. C’est trop loin d’ici et je me mourrais après seulement une paire de jours sans lui. Il me manquerait trop et je passerais mon temps à me demander si un des tarés qui soutenait Elerinna n’irait pas l’attaquer en guise de représailles. »

Cela paraissait grotesque et inhumain dit comme ça, seulement elles savaient toutes deux que les sympathisants de la défunte Grande Prêtresse tenaient grandement du fanatisme, et étaient prêts à tout pour venger leur madone. S’ils avaient déjà tenté de la tuer alors qu’elle était enceinte, il lui paraissait évident que rester loin d’Aemyn était une grossière erreur. De plus la rouquine ne pouvait compter sur personne ou presque. Léogan, son principal soutien, ne savait pas où donner de la tête avec les préparatifs de la défense des frontières. Veto était aux abonnés absents depuis la naissance du petit... et au final Irina préférait autant que les choses restent en l’état. Il n’avait pas le droit de lui faire défaut aux moments cruciaux pour réapparaître comme par magie et faire comme si de rien n’était. Enfin là encore, sans doute était-elle paranoïaque. L’officier Havelle n’avait même pas eu le courage de la regarder en face depuis un an, alors espérer qu’il se retrouve un semblant de dignité c’était être drôlement candide. Elle soupira à nouveau. Il ne fallait surtout pas qu’elle se remette à penser à l’état chaotique de sa vie privée, ce n’était pas le moment.

« Je suis toujours en vie, je suppose que je devrais rendre grâce à la déesse à l’heure qu’il est. » Après avoir servie de catalyseur humain dans le rituel, il est évident que les conséquences n’avaient pas été minimes. En fait c’était tout le contraire. Puisant dans les essences divines des volontaires, Irina avait fini par en tuer deux dans le processus, et avait bien failli y rester elle aussi. Elle déglutit et s’assit en face d’Othello, tandis qu’Aemyn s’approchait timidement de la sirène. Il posa une main sur les genoux de la demoiselle pour garder l’équilibre et lui tendit un cheval en bois avec un sourire hésitant. « Je ne peux plus du tout utiliser de magie. » Sa voix sonnait comme un couperet, même à ses propres oreilles. Certes ce n’était pas la fin de tout et il lui restait encore une tête sur les épaules alors que d’autres ne pouvaient pas en dire autant. Néanmoins cela restait une fatalité pour une mage comme elle, une prêtresse qui d’ordinaire misait beaucoup sur ses dons ésotériques pour prodiguer des soins et pratiquer la médecine en général. « J’ignore si c’est temporaire ou définitif. À dire vrai je n’ai pas la moindre idée de ce qui m’arrive. »



« Some may call it a curse, a life like mine,... but others, a blessing.
It's certainly a lonely life but a fulfilling one at best. It's my cross to bear but I bear it gladly.
Someone has to take a stand against evil. Why should it not be me ?
 »
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Ven 13 Nov - 22:17

Silencieusement, la blanche spectre suivit des yeux la lionne qui regardait doucement par la fenêtre. A présent, sous la lumière timide du jour, elle pouvait l’observer d’un peu plus près. Au moins, un peu plus que les rares fois où elles s’étaient entrevues. La bataille avait eut un effet certain sur le belle rousse… Sous la lumière pâle, ses traits semblaient tirés, longs. Ses yeux plus petits n’éblouissaient plus par leurs couleurs, mais par les traits violets, comme des rivières pourpres, qui coulaient dans ses cernes. Elle lui semblait plus mince, plus osseuse. Les grossesses avaient pourtant le désavantage de souvent donner de l’embonpoint. Mais dans le cas de la Dame, il n’en était rien. Son dos légèrement voutée la vieillissait même un petit peu, comme si le poids du temps était posé sur ses épaules. Après tout, n’était-ce pas le cas ? Othello avait toujours vu sa mentor, sa guide comme une femme solaire autour duquel gravitaient une nuée de planètes, d’astres. Elle méritait d’être à la tête de leur caste plus que quiconque qu’elle aurait pu connaître. Elle était forte, pieuse… Mais à présent, la sirène commençait à saisir à quel point elle s’était trompée. A quel point son jugement avait été aveuglé par le respect… A quel point elle n’avait jamais voulu de ces responsabilités qui lui coutaient tant à présent.

La dame avait le regard las, et la sirène se surprit à alors à s’interroger sur ses pensées vagabondes. Son visage, sa posture, il était évident qu’elle était soucieuse. A quoi pouvait-elle bien songer ? Certainement à quelque chose de guère réjouissant… A vrai dire, il était dur de trouver de l’intérêt et de la joie dans cette forteresse. Les jours semblaient tous s’enchaîner, alimentant une paranoïa croissante concernant l’avenir du pays. Les murs raisonnaient d’une crainte perpétuelle, tapis dans l’ombre, guettant sournoisement les âmes les plus faibles pour envahir leurs esprits. Ils vivaient tous dans la peur. La peur du combat, la peur de la mort, la peur de la douleur. Tous avaient une raison d’être effrayé. La pourriture traînait dans les couloirs comme une catin dans les bas-fonds d’une ville. L’amas de blessé avait augmenté radicalement les risques d’infections et de propagations des maladies, et il n’était pas rare que certaines plaies s’aggravent, malgré l’aide permanente des soignants et des prêtresses.
L’ombre de la guerre planait sur eux, et sur Irina plus que sur tout autre. Après tout, son nouveau rôle avait aussi été livré avec son lot de contraintes. Elle était une chef de clan, à présent… Autrement dit, un bouc émissaire. Si quelque chose échouait, ou tournait mal, ce serait elle la première pointé du doigt. Qu’importe son passé, qu’importe les actes héroïques de jadis, qu’importe les pensées nobles de maintenant. Elle serait la première accusée, et la première traquée pour la perte de la marionnettiste.

Assise sagement sur sa chaise, les jambes et les mains croisées poliment, elle écoutait doucement les paroles de la Flamboyante qui regardait mélancoliquement vers la fenêtre. Aussi paisiblement, elle acquiesça, penchant la tête vers l’avant, étrangement en proie à la même tristesse âpre que sa mentor qui semblait se propager à travers l’espace. C’était vrai, elle avait été bien idiote de dire cela. Evidemment qu’elle n’avait pas le choix, ces responsabilités étaient comme des fers coulés à ses poignets. Mais elle trouvait la force, néanmoins, d’affronter les difficultés. Et c’était d’autant plus admirable en ces temps froids de parvenir à concilier son rôle de mère et son rôle de chef, d’oratrice. Ses yeux se perdirent sur le petit bout d’homme qui dodelinait naïvement de la tête. Il était sa bénédiction. La force de toute femme se trouvait en ses enfants… La jeune femme se surprit à poser la main sur son bas-ventre, se demandant si un jour elle connaîtrait la joie d’enfanter, et de tenir dans ses mains blanches la chair de sa chair. Mais une pensée la paralysa soudain. Il était vain d’espérer. Son premier né finirait dans les mains de Kron… Jamais elle ne ferait subir ça à un enfant… A son enfant. Alors autant cesser de rêver à l’impossible.

Ah, l’état de la capitale. Othello leva les yeux quand elle parla du sort de Clypsène, sage entre les sages, restée là-bas. Cela faisait longtemps que l’hybride n’y avait pas remis les pieds.
« La capitale est devenu un repère de serpents ? » S’inquiéta-t-elle soudain, très peu au fait des affaires de la cité. « Comment va la cité ? Avez-vous des nouvelles de mes sœurs restées là-bas, ne courent-elles aucun danger ? » Demanda-t-elle alors. Irina touchait cruellement juste, aussi funeste ses paroles furent-elles. Inutile de se voiler la face, même les servantes de la Déesse n’étaient plus en sécurité dans leurs propres foyers. Néanmoins, Othello semblait prendre les choses un peu trop au sérieux. « Si les choses tournent au pire… Non, c’est impossible que la ville soit prise d’assaut. Nous y sommes encore trop puissantes. » Doucement, elle releva les yeux vers elle. « Pensez-vous que nous pourrons un jour retourner dans la ville ? »

Alors que la Dame glissait sur elle avec apparemment une enclume dans la gorge qu’elle peinait à libérer, Othello fut surprise de voir le petit se dandiner lui aussi timidement vers elle. Ce petit bonhomme… Qu’il était adorable. Ces grosses joues lui donnaient des airs de jolie souris, alors que ses petits bras tremblants qui battaient l’air des airs d’oiseaux. Ces gestes maladroits étaient attendrissants, et son visage de petit garçon était très attachant. Ce qu’Irina était chanceuse. Pour la première fois depuis longtemps, la jeune demoiselle lui offrit un sourire bienveillant, rassurant, le couvant les yeux en l’invitant à s’approcher. A son contact, ses yeux ses firent plus grands, et elle accueillit avec plaisir la petite main sur son genoux. Quand il lui présenta le jouet, elle tendit à son tour la main, surveillant curieusement si il accepterait ou non de le prêter… Et finalement, elle le lui rendit aussitôt, lui murmurant un timide « Merci, petite souris. » au passage, le laissant voler de nouveau avec. Et soudain, elle se figea, pétrifiée dans l’air par la bombe qu’Irina venait de lancer.
Cela lui glaça le sang. Ses yeux devinrent ronds et noirs, et elle se retourna vers sa mentor le visage givré d’effroi.
« Vous… Vous ne pouvez plus utiliser la magie ? » Répéta-t-elle stupidement, comme pour se convaincre elle-même de la gravité de la situation.

Ses pensées la menèrent immédiatement vers les côtés de Gaeaf, devant le colosse bientôt défait. Irina s’était livrée, et avait servi d’emphase pour les maîtres magiciens. Son corps avait cristallisé leurs pouvoirs communs pour en accroître la puissance, permettant de défaire la bête… La sirène prit alors un air sérieux, effaçant sa gravité par des sourcils froncés, et un regard vaste et perdu.
L’essence divine était une curieuse chose. Les bibliothèques savantes regorgeaient d’écrits, d’études à son sujet, sans qu’on en ait jamais réellement percé le secret, saisit la quintessence même de sa nature. Irina en avait-elle trop usée, son corps la rejetait-elle à présent ? C’était une hypothèse plutôt plausible, du moins pour la sirène qui ne se prétendait pas grande scientifique. Peut-être en étant le vaisseau de tant d’essence, sa magie avait comme implosé, écrasé par la masse de pouvoir ou l’afflux trop important, écrasant tout simplement le passage. Ou au moins, sa capacité à utiliser l’essence proprement. Ou alors en avait-elle abusé, et les Dieux se refusaient qu’elle en use à nouveau. C’était un mystère dure à éclaircir, qu’il persiste ou pas. Mais une seule chose était claire, claire comme l’eau de roche qui coule à la cité de glace.

« - Depuis le colosse, sûrement… Peut-être en avez-vous trop fait, votre corps n’aura pas résisté. En avez-vous parlé à quelqu’un, ma Dame ? » demanda-t-elle timidement, se ravisant bien vite pour se corriger. « Enfin, quelqu’un de… compétent. Seul un spécialiste de l’essence divine pourrait vous aider. Un eclari, peut-être. Si vous le souhaitez, j’irai moi-même m’enquérir de cette tâche pour vous, ou irai à la grande bibliothèque des Lumières d’Hespéria. On m’en a dit grand bien, ils doivent nécessairement avoir un livre à ce sujet. »

Assise sur son fauteuil, elle était curieuse de naïveté, proposant tous ces actes avec une froideur candide et une gravité simple, déterminé, prête à déplacer les montagnes pour aider leur sauveuse. Elle regardait l’enfant du coin de l’œil. Ne plus avoir de pouvoir… En des temps de paix, cela n’était qu’une bagatelle. Mais en ces temps sombre où le mal rôde partout, c’était un luxe qu’elles ne pouvaient se permettre.

« - La guerre nous ronge tous. Mais il ne faut pas l’affronter sans vos armes, ma Dame. Si je peux vous être utile, je vous aiderai avec la plus grande des joies. »
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Irina Dranis
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Jeu 3 Déc - 19:58


Sur les traces de l'Écarlate

Othello . Irina

Appuyée du coude sur la table, Irina continuait de regarder par la fenêtre, même si son attention était en partie centrée sur les cabrioles d’Aemyn. D’un autre côté retrouver la compagnie d’Othello et la quiétude relative qu’offraient ces quatre murs, c’était une sensation réconfortante qui lui avait manqué au delà des circonstances qui les avait tenues éloignées trop longtemps. Quatre murs fragiles, frêles peut-être, qui offraient un minimum de sécurité et l’illusion éphémère de se trouver ailleurs que dans une forteresse de l’armée. De fait si l’habituel manteau blanc pointillé de conifères n’était pas gâché par la vue de soldats qui allaient et venaient en patrouille, elles auraient presque pu se croire à Hellas. Dans son égoïsme et son désir de solitude, Irina n’aspirait à rien d’autre si ce n’est cet humble songe.
Avec le recul elle en viendrait presque à regretter le temps où ses inquiétudes se limitaient à trouver le meilleur moyen de purger l’ordre de l’influence de ceux qui corrompaient ses valeurs. Le temps où elle n’avait à se soucier que du respect des mœurs et de l’intégrité de la seule institution qui soit entièrement dévouée au peuple. Après tout cela, maintenant que même la vie de ce dernier était remise en jeu à la fois par la guerre et les fléaux surnaturels des colosses, les anciennes intrigues lui paraissaient bien mesquines. Une mesquinerie qui était la conséquence de leurs choix, et la cause-même de la situation dans laquelle se trouvait le pays.

La Cimméria telle qu’elles l’avaient connue depuis cinquante ans n’existait plus. L’état d’urgence créé par les escarmouches qui avaient lieu à la frontière ouest y étaient pour beaucoup dans les changements politiques. Heureusement le fait de se retrouver confrontés à l’assaut imminent d’un ennemi étranger avait uni la Mairie et le Temple, à couteaux tirés depuis si longtemps, tous deux trahis en même temps que le reste de la nation. Néanmoins il était probable que cette alliance inattendue soit de courte durée. C’est de ce long terme -à supposer que le pays survive à la folie de conquête Phelgranne- que s’inquiétait Irina. Les choses étaient déjà compliquées et il était peu probable que cela aille en s’arrangeant. Ou peut-être devenait-elle trop fataliste suite à l’apparition d’une aberration dans le Lac Gelé. Irina sourit sarcastique, sans pouvoir s’en empêcher.


« Aussi loin que me porte ma mémoire, Hellas a toujours été un repère de serpents. » Et elle se situait sûrement en tête de cortège, il ne fallait pas se leurrer. « Cela dit la plupart d’entre se fait discrète. Avoir la peur au ventre a l’avantage de calmer les ardeurs des plus fiévreux, et avec les suspicions populaires qui retombent toujours sur les sympathisants Lanetae, s’il en reste en ville ils n’ont pas intérêt à se faire remarquer. Les fidèles ont lancé la chasse aux sorcières autant si ce n’est plus fort que ceux qui les gouvernent. Je ne donnerais pas cher de la peau de ceux qui nous ont trahis. »

Et cela au moins, était une de ses rares consolations. Elle n’avait presque rien en commun avec la Grande Prêtresse précédente si ce n’est le rôle... Ni le comportement, ni les racines, ni la mentalité, ni l’approche. De plus son animosité et ses désaccords avec cette dernière n’avaient jamais vraiment été un secret. Ainsi à défaut d’en faire quelqu’un de plus digne ou capable à assumer ces responsabilités, ces différences lui attiraient naturellement la sympathie des Cimmériens, à la recherche d’un nouveau guide. Il leur fallait garder espoir, ne pas perdre confiance en ce culte qui avait depuis toujours fait partie des fondations de leur Histoire, et au lieu de ça s’appuyer sur lui pour regagner des forces et aller de l’avant. Ils devaient réaliser en situation réelle, et non plus à travers mythes et paraboles, que Kesha et ses prêtresses étaient un puits de foi et aussi un bouclier inébranlable.
Les pertes avaient été atroces, la destruction du village et l’image des cadavres charriés par l’eau lui restaient vifs dans la mémoire, mais malgré tout Irina avait toujours la ferme conviction qu’ils finiraient par se relever. Les Cimmériens étaient des combattants et même cette immense bête tentaculaire n’avait pas non plus eu raison de leur détermination, de leur rage de vivre. Ils l’avaient éliminée, savourant ainsi un quotidien qui revenait tout doucement à la normale. Ils étaient toujours en vie, et cette fois les prêtresses n’étaient pas restées sagement planquées derrière les murs du temple alors que d’autres périssaient. En cela au moins Irina avait fait de sa présence une réussite, sous les yeux de nombreux témoins.

De son côté elle s’était éclipsée des yeux du public en prétextant avoir besoin de repos pour quelques jours, ce qui n’était pas un mensonge à proprement parler. Depuis ces deux jours, ses proches lui avaient déjà rapporté que des rumeurs courraient sur les exploits de l’armée et de leur Général, rebaptisé Léogan le Foudroyant depuis la bataille navale. Celui-ci aurait transpercé le Colosse d’un carreau investi de foudre et de lumière divine, terrassant la bête qui privée de son seul oeil, avait agonisé dans les eaux nordiques. Les rapports confus de l’armée ainsi que le dôme magique qui avait tenu les Léviathans à l’écart en guise de preuves, les pêcheurs racontaient toutes sortes de choses à qui voulait bien l’entendre, ce qui faisait pas mal de monde. Ils disaient également que la Grande Prêtresse avait voulu céder sa vie pour protéger les siens, mais que la déesse dans sa grandeur lui avait une nouvelle fois accordé sa protection, comme elle l’avait déjà fait au temple de Delil.
Plus que jamais l’étiquette de 'sainte' lui collait à la peau, bien qu’Irina dédaigne ce genre de conclusions ésotériques et autres associations d’idées invraisemblables. Toutefois bien que cela lui donne de l’urticaire d’imaginer les âneries qui circuleraient bientôt partout, elle n’avait pas la force de tout nier en bloc. Pour l’heure il y avait plus urgent à faire, comme profiter de la présence de ceux qui lui étaient chers... et occasionnellement comprendre ce qui était arrivé à sa magie soudainement disparue. Secouant un peu la tête pour se reprendre, Irina demanda à Alix de leur chercher de quoi se chauffer. Une tisane ou une soupe ne seraient pas de refus, surtout qu’elle ne se souvenait pas de quand datait son dernier repas. Tandis que l’adolescente dont le corps se faisait de plus en plus femme se leva pour disparaître dans les couloirs, Irina essaya de rassurer celle qui avait été son apprentie.


« Nous avons déjà survécu au siège une fois, alors que nous aurions pu ployer sous la sournoiserie de l’attaque surprise. Nous les avons repoussés une fois, nous recommencerons si nécessaire. De plus maintenant que l’ennemi a échoué une telle occasion ne se représentera plus, l’État-Major y veille et moi aussi. » Ce qui lui retournait les tripes s’était de savoir que si Phelgra engageait l’entièreté de ses troupes, il n’y aurait pas grand chose qu’ils puissent faire pour les arrêter. La puissance de leur nombre était écrasante, aussi il leur faudrait recourir à d’autres cartes s’ils ne voulaient pas se faire balayer. Et dans ce domaine en tout cas, Irina n’avait pas dit son dernier mot. Ses alliances politiques se solidifiaient de jour en jour, non seulement parce que les années d’expérience lui avaient mise en relation avec des personnes influentes, mais aussi parce que la violence gratuite de Phelgra avait mis tous les pays voisins sur la défensive. « Tous ici se méfient du fanatisme des adorateurs de Sharna et les autres pays ne font pas exception. Ils sont passés à l’attaque sans même déclarer la guerre à Cimméria, leur seul allié de l’époque de Taulmaril, alors demain... qui sera le suivant ? C’est ce qu’ils se demandent, et si vous voulez mon avis ce n’est qu’une question de temps avant que leur centre d’intérêt ne se déporte ailleurs. » La jeune femme haussa les épaules avec froideur, davantage par souci que par indifférence.

« Eridania est sur le qui-vive de l’autre côté des montagnes, ils ont fait fermer leurs frontières de façon à surveiller leurs terres et ne pas laisser l’armée Phelgranne franchir leur territoire sans leur consentement. Canopée nous a accordé un soutien complet, diplomatique et militaire... Ce pourquoi ils ont placé des camps dans la taïga en vue de renforcer les premières lignes. Cimmérium se garde bien de prendre position, mais au moins il est certain que les sylphides n’ont aucune raison de briser leur neutralité séculaire alors que nous sommes en bonnes relations. En ce qui concerne Tyrhénium... je ne sais pas trop ce qu’il en est. Nous n’avons pas de contact particulier avec eux, ce qui ne les prédispose pas pour autant à se rallier contre nous. C’est une cité prospère qui fait affaire avec le monde entier, ce qui les rend peu enclins à participer à ce genre de campagnes. Cela reviendrait à réduire leur liste de partenaires commerciaux potentiels... »

Irina jouait franc-jeu même si elle doutait qu’Othello soit franchement intéressée par les détails de tous ces imbroglios diplomatiques pas forcément passionnants. Et elle ne l’en blâmerait pas. « Je sais que c’est difficile, mais ne vous inquiétez pas. Nous n’avons pas mis fin à l’existence d’un colosse pour nous laisser tomber aux pieds de goujats à dos de baudet. » Son sourire se fit amusé. Ce n’était pas de l’arrogance, juste une tentative maladroite mais légitime de voir les choses d’un point de vue positif. Il lui fallait au moins ça.

« Pour l’heure Bellicio se tient tranquille et apparemment il a même jugé bon de se montrer pendant l’assaut sur Gaeaf. Ce qu’il foutait là alors qu’officiellement il était censé être retenu à Hellas je n’en ai pas la moindre idée, mais au moins les gens se sont sentis épaulés par les trois têtes de l’Hydre du nord. Le Général, la Grande Prêtresse, le Maire. Non que sa présence ait eu la moindre utilité en réalité. Il a rapidement disparu pour se mettre à l’abri une fois les ordres donnés, et il paraît qu’il a pris le temps de politiquer bien assez vite, comme s’il n’avait rien de plus urgent sur les bras. » Elle haussa les épaules. « Bellicio, quoi. » Irina se moquait ouvertement, ébauchant le fond de sa pensée de la même façon qu’elle l’avait toujours fait. « Nous pourrons retourner en ville dans quelques jours, dès que les choses seront stabilisées, soit le temps que l’armée ratisse la région et nous certifie que tout est revenu à la normale. Pour ce qui est de votre cas, vous n’êtes pas tenue de rester assignée à l’un des avant-postes. Je comprends tout à fait votre désir d’être en première ligne et je suis fière de voir que vous pensez ainsi, même si je ne peux que m’inquiéter des dangers encourus. C’est pourquoi quel que soit votre choix final, vous avez mon soutien. Si vous avez besoin d’une permission quelle qu’en soit la raison, faites le moi savoir par missive. Je m’occuperai des formalités de façon à ce que ce soit le plus rapide possible. Promettez-moi juste de faire attention à vous, et de nous revenir si votre santé est atteinte de quelque façon que ce soit. »

Il y avait bien des choses au sujet desquelles elle voulait parler mais dans sa tête tout se bousculait trop vite. La rouquine tenta de se raisonner. Le temps perdu ne pouvait être rattrapé aussi facilement, en quelques minutes à peine, autour d’une conversation casuelle et improvisée. Tendant le bras pour amortir ce qui aurait été une chute sur les fesses de la part de son fils, Irina était pensive. Sa peau trop pâle lui donnait l’air malade, bien qu’elle se remette doucement des conséquences du rituel. Son corps aussi gardait les traces de l’effort, ce qui l’avait forcée à dormir une vingtaine d’heures d’affilée sans pour autant qu’elle soit entièrement remise. Ses blessures internes ne guérissaient plus du tout d’elles-mêmes, ce qui n’arrangeait pas son état global ni son humeur.
La preuve en était que sa magie n’affluait qu’importe son degré de concentration, ce qui la rendait incapable de concentrer l’essence divine qu’elle continuait de percevoir dans chaque chose autour d’elle. C’était frustrant à bien des titres et aussi effrayant qu’il était possible de l’être pour quelqu’un qui ne connaissait pas ce sentiment. Irina déglutit avec peine, soutenant le petit dans ses sautillements de sauterelle, dans une distraction hasardeuse. C’était sans doute injuste de geindre de son incapacité à user de la magie lorsque l’on avait échappé à un sort bien pire. C’était pathétique et égoïste oui, mais le savoir ne le rendait pas plus facile à vivre. Au moins Othello sembla le comprendre, ce qui lui mit du baume au cœur.

En réponse aux deux premières questions de la sirène elle fit simplement non de la tête. Elle s’humidifia les lèvres par réflexe. Les mots lui en coûtaient alors qu’elles étaient en aparté, alors comment pourrait-elle se résoudre à s’expliquer à autrui ? C’était déjà suffisamment délicat comme ça. Que pourrait-elle dire à un Eclari ou un autre ‘spécialiste’ ? Que la grande Prêtresse de Kesha n’était plus foutue de générer une seule étincelle de magie, et par conséquent n’était plus bonne à rien ? Dans le genre humiliation suffisante à passer pour une gourde c’était pas mal, oui. Irina exhala par les narines, lasse de tout ça. Elle n’avait jamais été une personne très orgueilleuse mais toute cette histoire mettait son amour propre à rude épreuve. Peut-être bien que son rang commençait à lui monter à la tête. Ou peut-être avait-elle juste besoin que les dieux cessent de se passer le mot pour s’acharner... au moins pendant quelques temps.


« Le professeur Isköld m’a bien donné les coordonnées de deux anciens confrères, des personnes vers qui me tourner. » Il n’y avait pas lieu de mentir, seulement elle n’avait aucune envie de parler à ces gens. Des inconnus qui en plus du reste se trouvaient loin de Cimméria, ce qui compliquait passablement la prise de contact. « Je ne pense pas faire appel à eux pour le moment. Je... » Othello avait raison bien sûr, et si d’ordinaire Irina était confiante face aux différentes menaces c’était parce qu’elle savait qu’elle avait les moyens d’y faire face. Sans magie par contre, elle était aussi vulnérable que n’importe qui d’autre. Évidemment elle savait se servir de poignards et de sa rapière... ce qui lui paraissait bien risible comparé à ce dont elle était capable avec la force de son esprit.
Comme pour prouver ce qu’elle avançait, Irina ouvrit sa paume sur la table et essaya une nouvelle fois d’y canaliser une flamme, sourcils froncés d’application. Sa respiration se fit plus lente alors qu’elle se forçait à bien faire. Ses doigts tremblèrent de crispation. Un petit spectre bleu y crépita bien une fraction de seconde, avant de s’éteindre rapidement sans jamais grossir. Un soupir de dépit enfonça le dernier clou de sa consternation, avant qu’Aemyn ne pose sa main dans la sienne, à la recherche de la chose qu’il avait vu y apparaître. L’invectivant de quelques « maman ! » tout en tirant sa manche, il avant tiré sa manche pour grimper sur ses genoux tel un petit singe maigre et trop agile pour son âge. Cédant en dodelinant de la tête, Irina dévia quelques mèches noires de son joli visage, qui l’épiait d’yeux aussi verts que les siens.



« Some may call it a curse, a life like mine,... but others, a blessing.
It's certainly a lonely life but a fulfilling one at best. It's my cross to bear but I bear it gladly.
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MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Lun 8 Fév - 21:44

La vie a tant la vertu que le défaut d’être telle une bête sauvage : indomptable, et imprévisible. Si elle vous tient, d’abord, en haute estime, assis sur des canapés de soie et de satin,  la seconde d’après vous pouvez vous retrouver à rouler dans la fange parmi les porcs et les nuisibles. Ces caprices étaient appréciés de certains. Mais la naïade imaginait bien qu’à l’instant où sa mentor regardait par la fenêtre, elle n’avait certainement pas besoin de cela. Les choses étaient allées de mal en bien, puis en pire sans prévenir quiconque. Sans être vraiment certaine de la manière dont les évènements s’étaient déroulés, Othello comprenait que la vie avait malheureusement d’autres tours qui les attendaient dans son sac, à l’heure où elles discutaient sagement entre ces quatre murs.
Si elle constatait que le petit homme restait en permanence dans l’attention de sa mère, celle-ci regardait aussi vaguement par la fenêtre. Pendant l’ombre d’un instant la pâle se demanda où ses pensées allaient avant de se raviser proprement. Jamais elle ne le saurait, et jamais même elle ne le comprendrait. Après tout, celle-ci était au centre d’un réseau imperceptible, d’une toile dense et épaisse, où des centaines, si ce n’est des milliers de liens se réunissaient autour d’elle. Tant de soucis devaient hanter son esprit... Finalement, elle serait surprise si elle trouvait, dans toute cette pagaille, le temps de ne penser à rien.

Quand Irina lui raconta alors l’état de leur cité, la sirène réalisa quelque chose de déroutant : à quel point elle était ignorante. Enfin, si on pouvait toujours parler d’ignorance, à ce stade... Car d’autres pourraient simplement appeler ça de la naïveté. C’était incroyable ce qu’elle pouvait être candide, parfois. Mais si elle regardait son histoire de plus près, c’était simple de comprendre pourquoi. La jeune femme, du plus loin que remontaient ses souvenirs, n’avait jamais fait preuve d’un grand esprit d’initiative. Être en bas de l’échelle avait aussi ses bons côtés. Obéir aux ordres, réussir, rentrer et être félicitée. Et recommencer, ainsi de suite jusqu’à ce que les choses changent. Elle n’avait pas eut à se soucier de la politique. De l’état des rues. Des problèmes diverses qui rongeaient déjà la cité : seul ses missions comptaient, aveuglée qu’elle était par les mots de velours de la marionnettiste, et aussi bien heureuse de n’avoir à se soucier que de cela. Othello devait se rendre à l’évidence : elle avait aussi choyée son égoïsme. Même sous la guidance d’Irina : au final, elle n’avait songé qu’à sa routine, même si cette fois elle agissait aussi pour ses convictions et pour la délivrance de ses sœurs.

Ainsi était-elle très peu au fait du véritable état de la ville. Elle s’était toujours bercée de doux mensonges par rapport à l’état de sa cité, la prenant pour la roche blanche sur laquelle elle avait été bâtie : pure et immaculée. En réalité, il n’en était rien. Un bout de pierre rougie par le sang et assombrie par les complots et les manigances. Mais la pourpre avait raison : ils avaient réussis à conquérir le soutient du peuple. Et le peuple Cimmérien était un sacré morceau. Ils avaient réussis à se faire leur propre opinion, et à comprendre que la fautive était à leur tête, et non dans leur rang. Le nouvel élan de sympathie qu’ils avaient pour leur caste faisait chaud au cœur. Et il n’y avait pas meilleurs hommes pour débusquer les serpents que les trappeurs du pays des glaces.
Doucement, Othello sombra à bord d’autres rivages, jusqu’à ce que la douce Alyx se lève pour chercher quelque chose. Bêtement, la sirène n’avait pas suivie, et la regarda d’un œil rond disparaître dans la sombre silhouette de la porte ouverte qui se referma derrière elle. Fidèlement, elle regarda ensuite Irina, qui semblait à l’origine de se départ soudain. Ca ne devait pas être trop important... Aemyn dansait toujours, dans ses jeux d’enfants, et pendant l’espace d’un instant elle crut presque que les choses allaient bien, que le pays n’était pas en guerre et qu’aucun colosse ne s’était levé des eaux pour leur porter atteintes.

Les mots d’Irina, même sils étaient poignants de vérité, et ceux d’une belligérante, se voulait quelque part rassurant. Peut-être essayait-elle de prouver à la sirène qu’ils n’étaient pas dans le fumier dans lequel ils s’étaient enfoncés. Mais, plus elle parla de sa voix ferme et décidée, plus la sirène la prenait au mot, et voyait apparaître au loin un soupçon de vérité, une lueur au-dessus de l’horizon. Doucement, alors qu’elle buvait ses paroles, apprenant en même temps sa leçon sur la guerre, elle croisa gentiment ses jambes, et ses doigts qu’elle posa sur ses genoux.
Finalement, le cataclysme de Geaef avait été de bon augure, au moins pour eux. Même si ça avait été au prix de lourds et douloureux sacrifices, leur image en été sortie grandie, et les prêtresses comme  l’armée Cimmérienne avait écrit, dans le sang, ses lettres de grandeurs. Mais fallait-il réellement parler de guerre continentale, aussi précocement ? Othello, qui était loin d’être une fine stratège, et bien plus loin encore d’être empreinte de martialité, écouta avec patience et attention toutes ses paroles, sans comprendre, ne serait-ce que la moitié des enjeux qui étaient décrits devant elle. Malheureusement, même si elle savait qu’il s’agissait d’un enjeu capital et qu’elle en saisissait la gravité, ignorait encore bien des choses sur la politique. Néanmoins, la sirène tentait de redoubler d’alerte : elle serait peut-être bientôt amenée à tremper dans la politique bien plus que dans sa boutique de potion.

Alors ainsi, Phelgra restait en mauvaise posture, malgré leur avantage numéraire et leur barbarie séculaire... Ca, elle n’en doutait pas le moins du monde. Acquiesçant de temps à autres à la démonstration de sa guide et de son amie, la jeune demoiselle entendait bien comprendre, même s’il fallait se démener, l’entièreté du conflit. Eprit de reconnaissance, elle appréciait grandement ce cours de géo-politique aussi soudain qu’inopiné. Irina était vraiment une femme intelligente, et elle était très heureuse que ce soit elle, et non une potiche imbue de sa personne, qui les représente aujourd’hui.
Mais Phelgra... De ce qu’elle en savait, c’était des barbares. Des tueurs assoiffés de sang qui ne demandaient que guerre, sans plus se soucier des protocoles et autres formalités. Nul doute que les autres pays se rallieraient à eux : elle savait déjà que les sindarins étaient de leur côté et leur avait prêté leur aide. Pour ce qui est des Sylphides, par contre... Othello devait admettre que cette race lui restait une douce énigme qu’il lui faudrait peut-être percer un jour. Mais Irina avait raison : même si ils avaient peut-être leur soutient, il valait mieux ne rien attendre d’eux. Reste Eridania, et ses deux capitales puissantes. Leurs armées jouissaient d’excellentes réputations, et de beaucoup de grandeur. Les avoir pour allier serait sûrement une bénédiction, et elle priait vraiment pour qu’ils aient, un jour, leur aide sur les champs de bataille. Et plus encore pour que ce conflit idiot se termine.

Quand Irina ajouta son rassurant  saupiquet, Othello rit joyeusement.
« Merci beaucoup, ma Dame. Je n’en doute pas moi-même, après tout nous avons toujours un tour dans notre sac pour repousser nos ennemies. » Elle réfléchit quelques secondes, et ajouta :  «  Eh puis, ,nous ne sommes pas allés aussi loin pour abandonner maintenant. »

Un sourire au lèvre, elle écouta la dame de feu poursuivre son récit, l’écoutant revenir quelques secondes sur la politique intérieur. Pour cela, Othello n’était pas dans l’ignorance. Bellicio n’était et n’avait jamais été le maire que la ville méritait. Riche de ses mensonges et fort de sa lâcheté, il n’était qu’un autre de ces pantins gavé d’argent qui ne fait et dit que ce que le peuple et son intérêt personnel lui ordonne. Quand est-ce que la ville aura pour dirigeant un homme fier de ses opinions... Au moins, est-ce que ce jour arrivera un jour ? Rien de moins sûr, alors que la sirène se frotta le front avec ses doigts, quand Irina finit par lâcher sa moquerie ultime. La naïade ne pu qu’acquiescer. Bellicio, quoi.

La suite de son discours la prit, alors et brutalement, à la gorge. Soudainement, elle se redressa, surprise par la bienveillance maternelle dont faisait preuve la grande prêtresse à son égard. C’était incroyablement gentil de sa part. Il était vrai que l’idée de retrouver son logis la tentait beaucoup, et l’attirait, comme les deux bras ouverts d’une amie dans lesquels se jeter. Mais, même si elle concevait qu’avec Drasha et Jehyel à ses côtés elle emmenait son foyer partout, sa maison commençait quand même à lui manquer un peu. Et l’air lourd du fort commençait à lui peser... La sirène regarda la belle rousse pendant de nombreuses minutes, hésitant à parler, où à ses taire... Elle savait très bien quel serait sa décision : rester bien sûr, jusqu’à ce que son devoir soit accompli. De plus, tout ce qu’elle pouvait faire pour décharger ses consœurs étaient un geste de plus pour sortir de ce brouillard épais.
Ce qui l’empêchait de parler était bien autre, un secret brûlant au fond de sa gorge de nacre qui ne demandait qu’à sortir, et qu’Othello réprimait à grand renfort de raison. Ce n’était ni le moment, ni l’instant pour demander une telle permission, et pour inquiétait la grande prêtresse d’une autre idiotie. Idiotie qui n’était fondée que sur des spéculations, qui plus est.


« - Je vous remercie infiniment, c’est très généreux et attentionné de votre part. Mais ma mission ici n’est pas finit, je resterais comme toutes mes sœurs afin d’accomplir notre devoir. »Dit-elle sagement, en regardant à son tour par la fenêtre. Elle osa finalement détourner le regard pour regarder sa mentor une nouvelle fois, cette fois-ci avec plus de légèreté : « Et puis, on ne sait jamais, une paire de bras supplémentaire nous ramènera peut-être plus vite chez nous. »

Mais le secret luttait toujours pour s’envoler, comme un oiseau retenu dans une cage qui s’agite et danse contre les barreaux. Irina sembla ensuite un peu plus troublée. Elle devait repenser à sa condition, sûrement, nul doute par rapport à cela. Ses traits se firent troublés, son visage distant et perturbé. Ses yeux un peu plus lourds. Othello ne pouvait même pas imaginer ce que cela pouvait être. Ni ce qu’elle devait ressentir actuellement... Tant de soucis en plus sur ses épaules, qui étaient, à bien regarder, pas si solides que cela. La sirène redoubla d’admiration et de respect : elle était une femme forte.
Finalement, et sans trop comprendre pourquoi, Othello décida de laisser l’oiseau sortir, plus dans un but d’éloigner la conversation des tournures inquiétante qu’elle prenait. Quelque part, elle espérait bien redonner à Irina le sourire, ou au moins lui donner un sujet de penser un peu plus joyeux que son état. Et si elle devait sa nomination à l’épreuve, elle le lui devait, en grande partie.


« - En vérité, il y a quelque chose dont je souhaitais vous parler, depuis quelques semaines maintenant. Mais les récents événements sont arrivés si vite, je n’ai pas cherché à vous contacter plus tôt. » Dit-elle doucement, ne sachant sur quel ton danser, ni si elle devait en parler comme une bonne ou une mauvaise nouvelle. « J’ai récemment reçu une lettre... Une convocation des gélovigiens pour me rendre au Haut-Monastère. Ils aimeraient que je passe l’épreuve pour savoir si je suis éligible au trône de Kesha. » Finit-elle simplement, son regard se perdant timidement sur les veines de la table, et avec la sale impression d’avoir lancé un caillou – non, un rocher – dans la mare.
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Irina Dranis
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Sam 27 Fév - 17:29


Sur les traces de l'Écarlate

Othello . Irina

Se laisser porter par ce genre de longs monologues lui paraissait assez étrange, seulement il lui semblait préférable qu’Othello soit mise au courant de ce qui se passait réellement, d’une façon qui lui permettrait au moins de savoir où elle mettait les pieds. De plus étant donné le peu de bon sens et du discernement de certains de ses compatriotes, il restait plus sûr de faire soi-même un résumé rapide, quitte à prendre de sacrés raccourcis.
En y pensant c’était assez troublant de voir que la sirène avait interprété son objectivité comme une preuve d’optimisme dans la guerre à venir. Ce n’était pas vrai pour deux sous, mais Irina se voyait mal aller à contre-courant et briser net ses espoirs d’avenir. Si elle n’avait pas menti concernant ses aventures diplomatiques et les mesures afin de protéger Cimméria, il était encore plus vrai que rien n’était gagné... Surtout lorsqu’un pays aussi peuplé et militarisé que Phelgra décidait de se lancer dans une conquête absurde contre d’anciens alliés. Néanmoins la conclusion ébauchée par Othello faisait écho à son sentiment: il était hors de question de faire marche-arrière maintenant, après tout ce qu’elles avaient sacrifié. D’un hochement de tête elle approuva silencieusement, un peu distraite.

Irina soupira de frustration retenue contre son incapacité à s’exprimer. C’était difficile de s’expliquer sans donner l’impression de systématiquement tomber dans une insouciance excessive ou une profonde inquiétude. Seulement la difficulté était ici la seule méthode qui respecte sa façon d’être. Il n’était pas concevable pour elle de mentir ou de dresser un joli tableau en noir et blanc -bien propre dans ses coups de pinceau manichéens- alors qu’il n’existait rien d’autre qu’une multitude de teintes grisées qui parfois se superposaient.
En outre il était un peu tard pour jouer les alarmistes, maintenant qu’Elerinna avait semé la discorde sur la scène internationale. En fait plus le temps passait et plus Irina se rendait compte que la seule chose qu’elle pouvait faire c’était combattre le feu par le feu. Lutter à armes égales en jouant de ses relations, d’intrigues quand il le fallait, et de beaucoup de cartes sous la table. Mais n’était-ce pas là le propre de la politique, ce monstre au visage horriblement humain qu’elle avait depuis toujours détesté ?


« Pas de quoi, j’imagine. C’est vous qui voyez, mais n’oubliez pas que mon offre tiendra toujours. » Un haussement d’épaules accompagna sa réponse, dans une tentative de dédramatiser quelque peu l’ambiance qui s’alourdissait à vue d’œil. Elle la connaissait assez pour savoir qu’il était peu probable qu’elle accepte de quitter son poste, peu importe la raison. Cependant il était important qu’elle connaisse l’existence de cette porte de sortie, en cas de besoin. Ce n’était pas vraiment le fruit de la gentillesse, plutôt une espèce d’opportunisme qui poussait Irina à jouir des rares avantages concrets que lui offrait son nouveau poste. Quitter à endurer les désagréments, autant en faire profiter son entourage. Et ce genre de petits plaisirs elle en aurait bien besoin pour faire passer la pilule, d’autant plus que le regard fuyant de sa subalterne était assombri de fantômes nouveaux. Aussi c’est tout naturellement qu’elle mit de côté le sujet de sa magie disparue. On dirait bien qu’elle n’était pas la seule à avoir des choses sur le cœur.

Les mots de son interlocutrice se bousculèrent dans ce qui semblaient être quelques phrases neutres mais emplies d’émotions chaotiques. C’était assez dur de deviner ce qu’en pensait la première concernée. Est-ce que cette réserve était synonyme d’excitation ou d’attente de sa bénédiction ? Peut-être aucune des deux. Bien que surprise, Irina contint ses émotions. Elle ne savait pas trop quoi en penser non plus. Personnellement elle ne trouvait rien à redire à la légitimité de l’offre, ce qui l’ennuyait était d’ordre plus personnel et égoïste. Est-ce que cela signifiait qu’elle allait perdre sa protégée dans le processus ? Décidée à être prudente en attendant de savoir ce qu’il en était, Irina retint son souffle.


« La question est plutôt de savoir si vous avez envie de passer la dite épreuve. »



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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Mar 10 Mai - 20:50

Dans la pièce vétuste, qui prenait sous certains angles des apparences de cellule, la sirène joint ses doigts sibyllins dans un silence religieux, observant du coin de l’œil les réactions de son aînée, espérant pouvoir cerner quelque chose, un sentiment qui pourrait elle-même l’aider à trouver la réaction la plus juste. Mais dans un soupçon de retenue,  la Grande Prêtresse ne renvoya pas grand-chose... Plongeant la jeune femme dans un océan de perplexité.
Avait-elle dit quelque chose de mal ? Aurait-elle dû se taire ? Elle regarda doucement Alyx, éternelle silencieuse, qui était la témoin secrète de leur intimité. Soudain, elle envia son mutisme. Sa douce façon dont ses lèvres se pliaient avec tension, ou avec douceur, son souffle si pure qui servait à lui seul de réponse. Othello aurait voulu se taire, elle aussi, et ne jamais rien révéler. Irina avait bien d’autres soucis sur l’esprit, et de pression sur les bras. Qu’avait-elle pensé en lançant ça, comme ça, au nez et à la barbe de la flamboyante qui était déjà rongée par beaucoup de maux. Othello eut envie de tout reprendre, mais le mal était fait. Il ne lui restait que les remords d’avoir dégradé la situation.

Quand finalement elle parla, elle ne su si elle devait en être rassurée, ou au contraire si elle devait s’en inquiéter. Le sentiment était le même pour la réponse qu’elle devait lui transmettre. Pour la première fois depuis que les deux femmes étaient réunies, elle était à court de voix. Doucement, en regardant ses doigts, elle se perdit loin, très loin dans ses pensées, hésitant tout à fait sur quel pied elle devait se poser, et si ses chevilles n’allaient pas se briser sous son poids de verre. Qu’est-ce que la belle rousse attendait de sa réponse ?
Bien que cela ne soit sûrement pas nécessaire, elle commença alors à s’interroger sur les desseins de sa mentor. Le pays étant paralysé dans une guerre léthargique, elle avait les pieds et mains liés. Mais quand tout cela serait finit, vers où se tournerait ses yeux ? Othello la regarda, pensive. Après quelques années à la côtoyer, elle savait que tout ce dont elle aspirait maintenant serait du calme et de la sérénité. Passer peut-être du temps avec son fils. Une pause bien méritée, en somme... Et qui pourrait la blâmer pour cela ? Certainement pas la sirène, qui nourrissait pour elle une de ces bienveillances enfantines que l’on n’offre qu’à sa famille où ses aînées. Jour après jour, elle la voyait de plus en plus fatiguée, de plus en plus mince, et si ce ne fut pour sa pudeur, elle l’aurait déjà sommé d’aller prendre une grosse semaine de vacances.

Lâs, elle regarda ses doigts. Ce qu’elle comptait faire... Malgré la portée spirituelle, sa décision aurait sûrement une origine plus politique qu’elle ne voudrait bien l’admettre. Bien qu’encore un peu étrangère au sujet, elle n’avait jamais ignoré l’influence des gélovigiens sur la scène internationale. Bien entendu, sa seule raison d’être, comme l’étendue de ses connaissances religieuses, ne dépassait pas les murs du temple d’Hellas. Mais elle savait bien que dans une sphère bien supérieur, d’autres croyants agissaient de part les pays, et une poignée d’entre eux étaient suffisamment puissants pour les guider tous. Tous avaient passé la fameuse épreuve, et avait été élu par la force divine pour diriger tel de petits monarques les différentes églises. Et la blanche ne se sentait absolument pas l’un d’entre eux. Être guide d’un temple... Sans la volonté de blasphème, elle priait vraiment que Kesha eut la sagesse de choisir une élue qui aurait les épaules plus fortes que les siennes et qui aurait au moins un peu d’expérience dans la logistique nécessaire pour gérer ce type de... Réseau.
Mais il y avait quelque chose qu’elle n’ignorait pas. Que cela ce solde par une réussite, ou un échec, être appelé par le conseil pour passer le test était un honneur. Et, pour d’autre, une source de gloire, et de renom. Et même si cela lui était encore incertain, elle s’imagina que si elle prenait la décision d’aller là-bas, les retombés pour Irina et pour l’ordre n’en serait que positives. Tous savaient qu’elle était l’une de ses apprenties, et que son éducation spirituelle lui était due. Son élection à l’épreuve lui serait sûrement attribué, cela ne faisait pas de doute. Et dans des temps sombrent, surtout après l’attaque du colosse, c’était une belle opportunité d’apaiser quelque tension, de faire revenir quelques fidèles, et surtout justifier Irina à son nouveau post – surtout quand certaines vipères en profitaient pour montrer le bout de leurs vilaines langues fourchues à Hellas.


« - Eh bien... » Dit-elle doucement, fixant naïvement ses doigts. « J’imagine que la passer ne serait pas une mauvaise chose en soit... » Plus elle parlait, plus elle avait la sensation que sa langue s’épaississait, devenait une boule de coton. « Je n’ai en aucun cas la prétention de m’imaginer réussir, au contraire. Je crois que je ne suis pas faite pour un tel honneur. »

Il y eut bien une poignée de secondes qui s’écoulèrent pendant lesquelles elle se demanda si elle devait aller au bout de sa réflexion. Peut-être bien qu’il était malvenu qu’elle explique son plan. Mais c’est alors qu’elle comprit que, quoiqu'elle dise, cela n’avait au fond qu’une gravité minime par rapport à leur situation commune. Au contraire, peut-être bien que ça lui mettrait un peu de baume au cœur.

« Pour tout vous dire, ce serait peut-être une bonne chose. Par les temps qui courent, si les croyants entendent qu’une de vos apprenties va passer l’épreuve, ils reviendront peut-être vers l’ordre et verront dans cela un signe de la providence ? »

... Etrangement, une fois que ses mots eurent tous quitté ses lèvres, elle s’aperçu que sa théorie avait un côté tiré par les cheveux. Cependant, elle restait persuadée qu’elle était fondée. Et puis, quand bien même, si elle y allait,  elle pourrait toujours tâter le terrain chez les gélovigiens et prendre la température là-bas, surtout après les derniers remous laissés par les colosses. La jeune femme se tourna doucement vers sa supérieure, levant doucement ses lèvres dans un sourire qui se voulait rassurant. Bien qu’elle sentit les tensions de la belle rousse, elle espérait ainsi les apaiser. Etait-ce que qu’elle voulait entendre ? Rien n’était moins sûre, aussi la sirène la regarda, soucieuse de savoir si elle avait réussi, ou non, à la rassurer.  
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Irina Dranis
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Lun 6 Juin - 18:26


Sur les traces de l'Écarlate

Othello . Irina

Othello était de ces femmes dociles qui par manque de confiance finissaient par s’en remettre à des guides et des repères, souvent poussées par l’admiration et la confiance que ces figures leur inspiraient. Elle brûlait de zèle et de bonne volonté, à tel point que c’était inquiétant de découvrir ce qu’elle serait capable de céder pour sa cause. Irina avait parfois l’impression de se revoir plus jeune, et cette ressemblance ne la rassurait pas le moins du monde. De fait rien ne l’aurait rendue plus folle de rage que de reproduire le même schéma manipulateur qu’Elerinna avait tissé à son encontre. En outre en y repensant avec le recul, la rouquine se demanda si la yorka ne nourrissait toujours pas de regrets, si elle ne rêvait pas de revenir en arrière et rester à l’écart de son influence. Othello mènerait indubitablement une vie plus tranquille à l’heure actuelle si cela avait été le cas, loin du tumulte de cette lutte intestine qui n’aurait jamais dû voir le jour.
Son faciès neutre faisait face à Othello -à l’angoisse grandissante- dont elle attendait une réponse, sans chercher la confrontation. La vipère appréhendait les explications, quoi que sa curiosité ait le dessus. Et puis qui d’autre pourrait lui dévoiler les vraies ambitions de son apprentie si ce n’est la première concernée ? Avec calme elle écouta la gêne tangible qui perçait dans chacun des mots prononcés par la sirène qui trébuchait à tâtons, comme un enfant perdu dans le noir. Néanmoins tel qu’elle l’avait imaginé, cette approche du sujet avait des priorités bien différentes.


« La convocation de la part du conseil Gélovigien est tellement rare que je ne peux vous contredire. Je ne connais pas très bien les modalités du passage de titre. Il me semble que dans la plupart des cas il n’y a qu’une poignée de candidats sur toute une génération, alors bien que vous viviez cela comme un fardeau je dirais que cela reste un motif de fierté ; pour vous comme pour moi. » Elle sourit doucement, sincèrement contente de voir que la valeur qu’elle avait repérée il y a longtemps se trouvait enfin reconnue ailleurs. Othello avait un talent indéniable aussi de son point de vue il n’était qu’une question de temps avant qu’elle ne soit repérée par d’autres. La nouvelle soit encore fraîche, par conséquent Irina s’interrogeait sur le désir et les plans de son apprentie avant même de considérer les implications politiques d’une telle démarche.

« Peut-être bien que voir une des filles de Kesha à ce poste apporterait du prestige à l’Ordre, néanmoins ce n’est pas ce qui me préoccupe. » Elle marqua une pause et regarda Othello dans les yeux, comme pour signifier à quel point la politique lui indifférait. « Nous savons toutes deux qu’un succès serait bénéfique et hm... Appelez ça de l’instinct, un pressentiment ou la foi aveugle d’une mère poule mais je n’ai pas de doutes quand à vos capacités à triompher, si c’est ce que vous voulez. Ce dont je doute c’est justement que vous le vouliez pour les bonnes raisons. » Elle haussa les épaules, parfaitement sérieuse bien qu’elle soit beaucoup moins formelle que son interlocutrice. Elle reprit tout de même afin de lever tout malentendu.
« Si vous n’étiez pas redoutablement déterminée je n’aurais jamais accepté de vous apprendre ce que je sais. Simplement je ne veux pas que vous vous rendiez malheureuse uniquement pour préserver l’ordre. Cela n’en vaut franchement pas le coup. » Le regard à nouveau perdu sur le ciel gris dehors, elle ne put s’empêcher de remarquer à quel point il était ironique de sa part de donner ce genre de conseils.



« Some may call it a curse, a life like mine,... but others, a blessing.
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Dim 19 Juin - 11:02

Une brise balaya violemment le bâtiment qui se mit à crier d’une voix spectrale. Le souffle du vent s’infiltrait dans les combles, et s’amplifiait dans le plafond, laissant l’impression d’une horde tapie dans l’ombre qui hurlait à intervalles irréguliers, afin de glacer le sang des soldats, et des habitants qui vivaient dans le fort. L’ombre d’un instant, la jeune femme fut captivée par les bruits d’outre-tombe qui émanait du plafond, avant de refaire face aux yeux de sa mentor qui la dévisageait avec calme, et sérénité. Pendant quelques secondes, elle se demanda ce qu’il se passait dans son esprit, et d’où venaient les nuages qui traversaient son regard. Mais elle n’avait aucun droit d’émettre un avis, ni de demander. Elle appréciait néanmoins la proximité qu’elles avaient toutes les deux, et cet instant où elle pouvait enfin se livrer.

Pourtant, les remarques d’Irina la laissèrent sans voix, peut-être même aussi pensive que la rousse dont le regard se perdait vers les horizons blancs. Ses oreilles se baissèrent alors, et elle cherchait déjà une parade pour éviter ce sentiment de vide. C’était étrange. Comme un enfant prit la main dans le sac, elle se sentait soudain bizarrement coupable. Ses mains jointes avaient acquis la rudesse de la pierre, et certainement la langueur de la rouille alors qu’elle peinait à les bouger. Et si, devant elle, sa mentor lui faisait face, elle avait le sentiment que son esprit avait quitté la pièce, et qu’il voletait ailleurs, dans un monde qui n’appartenait qu’à elle.
Ses mots sonnaient dans sa tête comme des marteaux bruyants s’abattant sur des enclumes, ou sur la table d’un juge qui rend son verdict. Amusant, la petite souris était prise au piège... Mais elle appréciait cela. Irina n’était pas dupe, et avait réussi à la mettre dans une position qu’elle redoutait, mais qu’elle aurait dû affronter tôt ou tard, et elle la remerciait pour cela. Néanmoins, ce heurt n’invoquait en elle rien de chatoyant, malgré le fait qu’elle se retrouvait face à ses doutes. Avec un œil plein d’amertume, elle fixa longuement la table, écoutant la rousse comme une simple élève reprise à l’ordre.

Un motif de fierté ? La sirène haussa doucement les oreilles, comme les yeux. C’était sans aucun doute le cas. Mais elle croyait férocement que la fierté était intimement liée à la personne, et que donc, certains appelés étaient plus sujets à être fiers que d’autre, malgré le même motif. Cependant, c’était indéniable que cela lui devait d’être reconnaissante envers les gélovigiens qui avaient pensé à elle.


« - Sans aucun doute. » Dit-elle simplement, regardant la grande prêtresse avec respect. Elle appréciait sa remarque, et le fait qu’elle se sente touchée aussi. Après tout, et pour une raison qui la dépassait, elle souhaitait la rendre heureuse.

C’est alors qu’elle comprit autre chose en regardant la rousse tourner son regard vers la vitre entourée de pierre – avec lassitude, ou peut-être même amertume ? Entre elles, Irina avait connu tellement d’épreuve et de douleur dans sa vie, bien plus que la sirène qui faisait pâle figure à côté d’elle. Loin d’elle la volonté de se mettre à sa place, Irina avait su en tirer le meilleur et occupait à présent la position qu’elle méritait, faute de réellement la désirer, et qui constituait à elle seule une victoire contre ceux qui ont cherché à lui nuire. La sirène remarqua que ce qu’elle désirait à présent était de lui rendre la pareille. Lui permettre de respirer un peu, de soulager ses épaules qui devaient commencer à grincer. Othello souhaitait qu’elle ait une vie heureuse. A voir le petit bonhomme dodelinait comme il le faisait, couvé d’un regard maternel, le bonheur ne devait pas être inaccessible. Et penser Léogan non loin lui laisser penser qu’elle devait respirer plus librement. Néanmoins, elle souhaitait également apporter sa pierre à l’édifice, quoique cela signifiât. En la regardant, elle se sentit alors saisit d’une violente humilité qui la remit d’aplomb. A quoi bon s’accabler pour une bonne nouvelle ? Irina avait bien d’autres soucis que celui-ci.

La jeune femme soupira avec une sérénité nouvelle, ses cheveux se bousculèrent sur son épaule comme une foule en liesse jusqu’à sa précipiter dans son dos, alors que tous ses muscles semblèrent se détendre d’un même souffle. Elles étaient là pour passer un moment agréable, pourquoi vouloir le gâcher avec sa morosité ? Elle regarda également la fenêtre, apaisée, libérée d’un poids assez pesant, prête à en découdre avec ses propres intentions. Sur ce point, Irina n’avait pas tort. La balance politique qu’elle s’imaginait ne la prenait jamais en compte... Quant aux aboutissements de la cérémonie, elle était forcée de s’avouer qu’elle y figurerait sûrement. La bienveillance de la Flamboyante à ce sujet lui procura d’ailleurs autant de joie que d’inquiétude. Othello lui fit de nouveau face, lui renvoyant un même regard, aussi sérieux que le sien.


« - Pensez-vous bien que cela est possible ? Que je puisse être élue ? » La jeune femme avait la sensation d’être au bord d’une falaise. Au fond, elle désirait être reconnue, être l’infante de la divinité pour porter mieux son message, ses vœux étaient à eux seuls révélateurs de sa piété. Pourtant, l’idée de devenir quelqu’un de pouvoir la terrifiait, et les responsabilités qu’elle aurait à assumer lui glacer le sang. Sa position au bas de la chaîne lui avait toujours plu, pour ce qu’elle n’avait guère à réfléchir. Au fond, être manipulée était assez aisé... Pas de cas de conscience, pas de moral, pas de choix, d’hésitation... Hocher simplement la tête, et vous serez mis face à une vie parfaite. Mais depuis qu’elle l’avait rencontré, Othello se rendit compte que, comme une mère, elle lui avait appris à prendre ses choix, à marcher par elle-même pour aujourd’hui se retrouver dans cette pièce, avec sa volonté mis sur le devant de la scène. Pourtant, elle n’en était pas honteuse, ni triste. Au contraire, pour la première fois, elle se sentit également fière. « Si cela venait à être le cas... Pourriez-vous m’aider dans cette entreprise ? »

La sirène se sentit un peu honteuse à poser une nouvelle pierre sur les épaules de la mère. Néanmoins, elle savait qu’en retour, elle lui serait toujours fidèle. Ses doigts s’étaient détendus, son souffle s’était fait chaud. Une paix avait envahi la sirène, qui reprenait soudain du poil de la bête. Ses yeux ondulèrent jusqu’à la fenêtre une dernière fois... Qu’est-ce qu’elles lui trouvaient donc, à ce paysage désolé ?
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Irina Dranis
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Mar 13 Sep - 22:51


Sur les traces de l'Écarlate

Othello . Irina

Être projetée sur les devants de la scène sans avoir rien demandé cela n'avait rien d'aisé, Irina était bien placée pour le savoir. C'était beaucoup plus facile de se laisser porter par la révolte, le besoin de changement et la volonté de lutter contre la corruption, sans devoir se préoccuper de ce qui venait après. Or c'était bien le problème. Couper les branches de l'influence d'Elerinna avait été un processus on ne peut plus laborieux, un sacrifice de nombreuses années, un tribut de sang et d'intégrité qui n'avait laissé aucun des intervenants indemnes. En comparaison parvenir à éliminer les racines ancrées dans toutes les strates de pouvoir du pays n'était à l'heure actuelle qu'un but lointain, une utopie qui ne pourrait être conquise sans effort.

Un effort qui dans leur cas à toutes les deux revenait à assumer les conséquences de leurs actes, quitte à se retrouver en première ligne, figures de proue en cette période trouble où Cimméria était un enfant perdu à la recherche de son chemin. De ses yeux fatigués Irina observa son fils jouer à ses pieds, d'un air trop concentré pour son âge, étranger aux troubles du cupide monde des adultes. À lui seul l'infant représentait sans mal cet avenir à protéger à tout prix en dépit de l'adversité. Cependant il lui rappelait également les dangers d'une certitude aveugle qui avait mené des gens comme Othello et elle-même sur de mauvaises pentes. Or c'étaient ces même personnes qui semblaient être choisies pour diriger.

Qu'adviendrait-il si ces nouveaux guides n'étaient pas à la hauteur ? Comment être sûre de ne pas causer la perte du pays faute d'expérience, de force et de tempérance, comment s'assurer de ne pas être une autre Elerinna, différente peut-être, mais tout aussi décadente ? Depuis que la guerre était à leurs portes et qu'une immonde créature avait bien failli raser Gaeaf, ce genre de hantises -et bien d'autres encore- planaient constamment au-dessus de la nouvelle Grande Prêtresse.
Néanmoins il fallait se faire une raison. L'éviction de la sindarine étant presque entièrement de son fait ainsi que de ses alliés, il lui appartenait de payer les pots cassés en épaulant ceux qui pouvaient l'être. Ce qu'Irina n'avait pas prévu c'était que ses proches soient eux aussi poussés à des postes à responsabilité, avec une marge de choix souvent relative. Léogan avait été contraint d'accepter une promotion aux raisons purement politiques afin d'esquiver les charges qui pesaient contre lui, entraînant Arthwÿs dans son sillage, et maintenant Othello attirait l'attention des Gélovigiens, ce qui lui valait une possible élection.

À ce sujet Irina ne doutait pas que son apprentie ait les qualités intellectuelles et spirituelles nécessaires à défendre le nom de leur déesse tutélaire et aiguiller les fidèles. Ses inquiétudes et ses doutes reposaient ailleurs, quelque part entre la raison qui la pousserait à accepter et la fermeté nécessaire à ne pas céder sous une telle pression. La dame blanche serait-elle heureuse d'endosser un tel fardeau, en lumière des implications ? Ça c'était loin d'être sûr, d'autant plus qu'il était très difficile de savoir ce que cela représentait avant d'y avoir été exposée en situation réelle.
Avec calme Irina considéra la situation ainsi que les rumeurs qui circulaient au sujet de cette fameuse élection. En tant que Grande Prêtresse et alliée des Gélovigiens depuis des années elle avait accès à pas mal d'information qui ne filtrait pas à l'extérieur. En parlant aux bonnes personnes elle parviendrait à apprendre l'identité des autres prétendants au titre, ne fusse que parce qu'elle devrait donner sa bénédiction à celui ou celle qui passerait l'épreuve avec succès.
Officieusement c'était même plutôt vraisemblable que son approbation ait un certain poids sur la balance, à condition de tirer les bonnes ficelles. Cela dit Irina avait confiance en la yorka et en sa capacité à réussir sans son intervention. Ce n'était pas dans ses plans d'intercéder activement, quoiqu'elle n'écarte pas cette éventualité si Othello le voulait vraiment. Peut-être au passage cette dernière finirait par voir les craquelures de la statuette cristalline qu'elle vénérait depuis trop longtemps.


« Comme je le disais, je n'ai pas de doute concernant votre capacité à triompher. » Un demi-sourire ponctua sa phrase, alors qu'elle tendait son bras pour aider Aemyn à garder son équilibre. Ce dernier, chancelant sur ses petites jambes, les regardait tour à tour de ses yeux écarquillés de curiosité. Finalement il sembla s'émerveiller devant la chevelure interminable d'Othello et fit glisser quelques fils d'argent entre ses doigts agiles qui frétillaient sans cesse.
« Évidemment, si vous êtes certaine de ce que vous voulez, je ferai tout en mon pouvoir pour augmenter vos chances. J'en toucherai deux mots aux Hauts Prêtres et Prêtresses que je connais le mieux, ainsi qu'aux membres du conseil dont je suis proche. Votre statut d'apprentie et bras droit vous garantira une certaine renommée, votre participation en tant que deuxième conceptrice de la cure à la Sarnahroa prouvera votre savoir et votre persistance. Ce n'est pas un secret que mon sale caractère n'a d'égal que le degré d'exigence auprès de mes élèves, aussi il n'est que justice que vous bénéficiez de la reconnaissance que le monde m'a erronément et exclusivement octroyée. » Elle soupira avec auto-dérision. « Qu'au moins tout ce temps à me supporter sans vous plaindre vous offre quelque chose de positif. »





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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Ven 16 Sep - 19:47

« Aie », eut-elle envie de dire, mais les mots restaient à l’état d’embryon au fond de sa gorge qu’elle avorta immédiatement. Les petites mains innocentes tournoyaient dans sa crinière comme sur les cordes d’une harpe, et la sirène à l’extrémité contenait avec ferveur les picotements qui agitaient son crâne. Le petit bonhomme avait l’air d’un poisson dans l’eau, protégé par sa mère avec une douceur prévenante, laissant Othello bouche bée d’admiration et de curiosité. C’était un spectacle qu’elle n’avait pas souvent contemplé, et elle appréciait cet honneur que lui faisait la dame de feu. Elle voyait ses petits doigts d’enfant frétiller volontairement. Même douloureux, elle n’hésita pas à le laisser jouer, amusée elle-même de le voir s’émerveiller pour si peu de chose. Cela devait être agréable d’être un enfant.
Sa réponse positive la rassura, tout en la plongeant dans une certaine incertitude. Elle ne s’était jamais doutée de l’ampleur de l’influence de sa supérieur – même si, à bien y penser, c’était une chose évidente. Irina connaissait beaucoup plus de chose sur le vaste monde que la petite sirène face à elle. Et son appuie était une aide certaine pour peser de son côté sur la balance du la cérémonie. Cela ne faisait aucun doute. Baissant un peu son visage, elle ne menait pas très large face à tant de pouvoir, et elle se demanda humblement jusqu’où allaient les limites de son cercle. Ceci dit, cela ne l’étonna que très peu qu’elle ait déjà des contacts avec les gélovigiens. Après tout, cette caste était très proche de leur ordre par la nature de leurs actions, et il lui semblait bien qu’ils aient des intérêts en commun. Même si, géographique, l’ampleur n’était pas la même – ni le nombre de déités. Mais elle dû s’avoeur que la motivation des gélovigiens et leurs actions auprès des pèlerins restaient une chose obscure qu’il lui faudrait découvrir petit à petit.

« - Merci beaucoup, c’est très gentil. » Dit-elle simplement. Cette réunion improvisée lui rappelait agréablement leur première entrevue, dans le bureau de la grande prêtresse jadis seconde de l’ordre, dans les couloirs obscurs du temple par un soir saint.
La seule chose qui manquait était la tasse de thé brûlante dans sa main. Elle se souvenait encore de la sensation de cuir un peu usé et moelleux dans son dos, la crainte mêlée de respect qui naissait dans son esprit de nâcre et d’eau, mais surtout de l’espoir qu’elle suscitait en elle : de voir le règne d’Elerinna terminé. Si on lui avait dit qu’aujourd’hui l’ordre serait débarrassé d’elle, même au prix d’une guerre, elle ne l’aurait probablement pas cru. Une guerre... Cela restait un lourd sacrifice pour s’affranchir d’un tyran. « Si cela peut vous rassurer, j’ai été très heureuse de vous supporter, et le serais encore longtemps. » Elle avait dit cela un peu naïvement, souriant poliment à sa mentor, qui était devenue bien plus que cela au fil des ans.

Dire qu’Othello était rassuré était sûrement un euphémisme : en réalité, la petite naïade pâle se sentait allégée, libérée d’un fardeau invisible qui pesait sur ses épaules. Prête à livrer bataille, c’était munie d’une force nouvelle qu’elle irait à la cérémonie des gélovigiens afin de tenter sa chance auprès de sa déesse, la Main de Kesha derrière elle.
Cependant, un détail attira son attention. Pour elle, les Haut-Prêtres avaient avant tout un statut public, des créatures du peuple par le peuple et pour le peuple qui faisaient d’avantage figure d’avatar des Divinités que de personnalités politiques. Pourtant, il lui sembla que les mots d’Irina allaient plutôt dans cette direction, ce qui n’était pas pour apaiser la sirène. Au fond, le rôle des dirigeants des pèlerins restaient réellement un sujet obscur pour l’ondine, qui fit une moue déconfite. Dans tous les cas, la Flamboyante devait en savoir bien plus qu’elle sur le sujet.


« - Sauf votre respect, ma Dame... mes connaissances de l’ordre des gélovigiens sont sûrement moins grandes que les vôtres. » En disant cela, Othello reconnaissait ses faiblesses, et elle se sentit particulièrement idiote. De même, face à Irina, la sirène se sentait de plus en plus vulnérable, tant et si bien qu’elle baissa doucement le visage vers la table en reconnaissance de sa naïveté. Difficile de croire qu’elle venait de s’affirmer comme candidate quelques secondes plus tôt.
« Quel est le rôle d’un Haut-Prêtre ? » Autant y aller directement. Pour ce genre de chose, Othello avait été entraîné à y aller doucement, à prendre le temps de caresser dans le sens du poil avant de déposer le sujet fatidique comme une plume. Mais elle ne voulait pas s’encombrer de manière avec Irina : elle valait beaucoup plus que cela à ses yeux, et savait que son apprentie ne jouait la comédie qu’avec ceux qu’elle n’appréciait pas. Et cette question sonnant désagréablement comme un aveu à ses oreilles marines, autant ne pas y aller par le dos de la cuillère et faire étalage de son idiotie le plus rapidement possible. « Je dois vous avouer que je ne le sais pas vraiment... Je sais qu’ils ont de l’influence, qu’ils sont un repère pour les pèlerins et les croyants. Mais ça s’arrête là. »

Relevant son faciès de poupée, Othello rendit les armes. C’était inutile de se prétendre comme pleine d’esprit alors que toute cette histoire lui tombait dessus, et qu’elle y était mêlée sans grande connaissance de la chose. Mieux valait y aller doucement : et Irina avait mis en lumière cette faille. Si elle voulait vraiment passer l’examen des Gélovigiens, autant connaître les enjeux du poste. Et à cela, elle ne pouvait se tourner que vers la grande rousse, tenant du bout des doigts son petit bonhomme qui flânait comme une hirondelle au-dessus de leur conversation, emportant toute cette gravité avec ses bras déployés.
Finalement, c’était heureux qu’Irina l’ait invité quelques instants. Et si c’était un pure hasard, elle remercia intimement Kesha de les avoir à nouveau réunies.
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Irina Dranis
MessageSujet: Re: Sur les traces de l'Ecarlate   Mar 17 Jan - 20:26


Sur les traces de l'Écarlate

Othello . Irina

Une grimace contenue trahit Othello malgré son silence. Posant une main protectrice sur la tête de son fils, Irina lui imposa calmement des limites, d'une voix posée mais ferme.
« Doucement Aemyn, tu fais mal à la dame. » Distraite elle remit en place une mèche corbeau qui tombait sur le visage du bébé, et le laissa à nouveau faire tout en le gardant à l’œil dès qu'il eut lâché les mèches pâles de leur invitée.

Heureusement il n'était pas un enfant vraiment turbulent, seulement un peu enclin à se laisser emporter par la curiosité et l'enthousiasme inhérents à son jeune âge. Son physique chétif ne l'empêchait pas d'être plein de vie à tel point qu'il était souvent épuisant de le suivre, en particulier après une longue journée passée au temple. Quoiqu'il en soit Irina n'oserait jamais se plaindre et n'abdiquerait de sa présence pour rien au monde.

Ces premières années seraient sans doute les meilleures, ne fusse que parce que tôt ou tard la présence d'un jeune garçon serait sans doute mal vue sous le toit de Kesha. Tant qu'il était un infant sa petite bouille angélique aurait vite raison des possibles réticences et c'était tant mieux, mais pour ce qui était de certaines réactions dans quelques années, rien n'était plus imprévisible. Avec un peu de chance les plus conservatrices finiraient par se laisse conquérir par son innocence, ou par laisser leur cœur leur crier à quel point mettre de côté le petit était absurde.
En attendant Irina se faisait un plaisir de n'en faire qu'à sa tête, profitant de sa condition de Grande-Prêtresse pour imposer son point de vue, du moins sur des sujets ayant peu de répercussions sur l'avenir de l'ordre dans son ensemble. Enfin sait-on jamais, peut être qu'à long terme un peu d'ouverture d'esprit leur serait aussi bénéfique. Cela ne pouvait pas leur faire de mal dans tous les cas.
Marquant une pause dans ses réflexions, la rouquine apprécia le calme retrouvé dans le silence qui régnait sans peser désagréablement entre elles.


« Je n'ai pas la prétention de connaître les Gélovigiens dans leur globalité. Je connais quelques membres de très longue date, quoique je ne sois proche d'aucun Haut actuel. J'avoue ne pas avoir eu le temps ou de curiosité à leur égard depuis qu'une bonne amie a disparu du jour au lendemain et qu'ils ont excusé cela comme un... exil volontaire. » Son esprit vogua vers Simalia et ce qu'elles avaient vécu. Instantanément son cœur se serra compulsivement et une boule se forma dans sa gorge. Néanmoins elle se força à l'ignorer pour continuer malgré le déchirement d'Exanimis. Ce n'était pas vraiment le sujet de toute façon, c'était inutile d'y repenser.

« Hé bien... Le rôle de la Haute Prêtresse de Kesha est très similaire à celui de la Grande Prêtresse. Les milieux dans lesquels les deux gravitent sont très différents, mais la charge elle-même est quasiment identique. » Irina soutint Aemyn qui escaladait ses jambes en s'accrochant à sa robe blanche comme une araignée acrobate. Distraite elle s'arrêta pour l'asseoir sur ses genoux avant de poursuivre, non sans deviner l'inquiétude grandissante dans le regard de son apprentie.

« Je suppose que les Gélovigiens sont amenés à voyager davantage pour officier à travers Isthéria, et c'est sûrement d'autant plus vrai pour le représentant de Kesha, qui n'a pas de temple attitré en dehors de celui de Hellas. Je n'ai jamais su pourquoi, d'ailleurs. Enfin... » Elle haussa les épaules, n'ayant pas de justification plausible à donner. Certaines traditions remontaient si loin qu'il devenait difficile de les expliquer. Toutefois certaines choses ne changeaient pas qu'importent le nombre de générations écoulées, et les travers de ces positions influentes en faisaient partie.

« Vous savez... » Irina hésitait à aborder le sujet parce que c'était délicat d'être objective, qu'elle ne voulait pas dissuader Othello de se lancer dans ce qui lui tenait à cœur, et parce que des fois elle se demandait si elle ne faisait pas fausse route de son côté. « Il faut se préparer aux enjeux politiques et responsabilités diplomatiques qui accompagnent le fait de diriger. » Il était difficile à dire à quel point Othello avait les yeux ouverts sur la réalité des faits, à quel point elle était consciente de ce dans quoi elle s'engageait en entrant chez les Gélovigiens. De son point de vue c'était un poison avec une saveur différente mais les mêmes effets que celui qu'elle avait accepté de boire.

« Ces dernières existent partout. Je suis persuadée que ce serait la même chose si j'étais soudainement devenue haut officier militaire à Eridania, Conseillère à Cimmérium ou membre de la cour de sa Majesté Thimothée. » Son visage fut éclairé d'un léger sourire avec une pointe de sarcasme. Son approche avait toujours été relativement cynique malgré son image publique. On l'avait dépeinte comme une opportuniste, mais la vérité c'est que les jeux de pouvoir la fatiguaient plus qu'autre chose. « Chez les religieux comme ailleurs, il faut se tenir constamment sur ses gardes. Ne faites confiance qu'à ceux qui ont déjà prouvé leur loyauté, à ceux qui vous soutenaient déjà avant que vous soyez en haut de la chaîne. Les autres... et ils seront nombreux croyez-moi... Soyez prudente et attendez vous à ce qu'ils vous approchent avec de secondes intentions. »





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