L'Océan pour seul Foyer



 
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 L'Océan pour seul Foyer

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Fenris Skirnir

MessageSujet: L'Océan pour seul Foyer   Dim 19 Juil - 21:21


Chapitre VI : L’Océan pour seul Foyer
Acte I: Once a Pirate, always a Pirate

Moomé 1304, une semaine après le Réveil d’El Bahari

Fen marchait les mains dans les poches, remontant la pente qui montait une colline comme tant d’autres sur les berges dorées. Dans son œil unique perçait la tristesse et le regret d’avoir été impuissant face aux mers déchainées qui lui avaient volé son île. De nombreux Ascans avaient été éjectés à la mer par le Colosse et bien peu de naufragés avaient eu la chance de regagner les côtes vivants. Dans sa mémoire était resté gravé le souvenir de certains visages connus recrachés par le manteau de Soulen, l’expression bleuie et figée. S’il avait été plus détaché sans doute se serait-il considéré chanceux de ne pas faire partie des victimes, mais il était touché trop profondément pour accepter le moindre trait d’humour là-dessus. Et cela seul, le fait qu’il refuse obstinément de plaisanter alors qu’il aimait rire de tout et de tout le monde, en disait long sur son état d’esprit. Il venait de perdre une partie de son passé en même temps que des amis qu’il estimait.

Par curiosité Fenris s’approcha de la maison de Seior, vérifiant qu’il n’y avait personne. Le portail était fermé et les volets de bois recouvrant les fenêtres ne laissaient rien voir de l’intérieur, ce qui confirma ce qu’il savait déjà. Ils étaient partis, et il n’avait pas la moindre idée de leur destination. La maison était vide. Si vide que cela lui avait fait un choc de voir que son frère avait suivi ses conseils pour la première fois depuis des lustres. Dommage que l’éternel bon sens de son jumeau n’engendre qu’amertume dans son sillage, un dernier contrecoup qu’il se prenait en pleine face à la vue tu terrain familial et de l’atelier, tous deux déserts. Même le jardin si soigneusement entretenu était dépouillé des jouets d’enfants qui y trainaient d’ordinaire, ce qui finit d’enfoncer le clou. Tournant le dos à la scène, il chassa un caillou du bout de sa botte et se mit à observer la ligne d’horizon, repoussant le moment fatidique où il devrait regarder ce qu’il y avait en-dessous. Hélas il n’eut pas le cœur à esquiver la réalité trop longtemps, et les toits clairs brillant sous le soleil lui rappelèrent la tragédie.
Le village et le port tout particulièrement, étaient méconnaissables. Il ne restait qu’un pâle fantôme de la petite communauté tranquille qui vivait là. Les bâtiments utilitaires principaux comme la forge, l’auberge et le comptoir de la marine avaient été réaménagés en urgence de sorte à rouvrir le port dans les plus brefs délais, mais les cicatrices laissées par les vagues géantes étaient encore visibles un peu partout. Presque toutes les cabanes de pêche les plus frêles avaient été arrachées à leur pilotis et balayées vers l’intérieur des terres, où les habitants avaient essayé de trouver refuge dans les hauteurs. Fenris avait entendu dire que des religieux, dont une prêtresse de Kron, avaient essayé de pousser la foule à tenir bon en cette épreuve, mais personnellement il était trop occupé à assister ce bon vieux Brom pour se soucier du reste. Se laisser par les Eclaris sûrs de leur fait et les égorgeurs de chevaux ce n’était pas vraiment la meilleure méthode de survie qu’il connaisse.

Du haut de la colline il apercevait toujours la dernière œuvre de la main de Bor, un brise-vague fait de tout et de rien à la solidité incroyable, que les locaux n’avaient pas osé déplacer ou détruire de peur que d’autres vagues ne surviennent. Ce monument qui n’avait pourtant rien d’esthétique avait depuis fait office de point de repère pour les étrangers et d’autel où l’on déposait des offrandes, tantôt pour les disparus d’El Bahari et les civils tués par la catastrophe, tantôt pour tous ces dieux dont on espérait apaiser le courroux. Fenris soupira. Cela ne lui ferait sans doute pas de mal de se recueillir un peu avant de se décider sur la meilleure marche à suivre. Il pourrait retrouver la trace de Seior en utilisant le lien qui les unissait, ou il pourrait chercher à se porter volontaire à bord d’un des bateaux qui partaient régulièrement à la recherche des Ascans.
Il était dur de ne pas espérer que la tribu de rescapés trouve un moyen de survivre -n’importe lequel, vraiment- jusqu’à échouer quelque part sur la terre ferme. Dur de ne pas souhaiter revoir au moins une partie de ceux qui l’avaient recueilli lors que les flots l’avaient recraché sur l’île à deux reprises, à plusieurs siècles d’intervalle. Sans s’en rendre compte il prit la direction du brise-vagues, ou du mur de Bor, comme l’appelaient désormais les villageois.

Avec ses grandes enjambées le chemin ne fut pas bien long. Les ruelles récemment dégagées du village d’Eliuva furent bientôt en vue, et ce fut avec un nœud au ventre que le borgne retrouva les contours métalliques de ce qui les avait sauvés. Derrière les plaques de métal et de bois le sable avait été comblé de sorte qu’il n’y ait plus de trou, et derrière ce-dernier sur une colonne de pierre brillaient quelques bougies. Une lampe à huile éclairait jour et nuit les quelques fleurs, les dons et les souvenirs des disparus, ce qui donnait à l’atmosphère une nuance de mélancolie tranquille qui n’existait pas auparavant.
Le bras gauche en écharpe et la main libre posée sur le chapeau, Fen baissa le bord jusqu’à couvrir ses yeux des soleils. Ses inquiétudes et son introspection cessèrent aussitôt qu’un gamin du village l’aborda, lui demandant s’il allait mieux aujourd’hui. Il lui répondit d’un sourire espiègle et plusieurs plaisanteries sans conséquence pour éviter de répondre. Il allait mieux ouais, mais ce n’était pas encore la grande forme. Son abdomen et son flanc portaient encore des traces fraiches suite à ses blessures, et surtout son épaule démise se remettait doucement du choc. Il pouvait bouger le bras, seulement il avait promis de prendre soin de lui et craignait de se faire assassiner par sa soigneuse si jamais elle apprenait qu’il avait joué aux cons en son absence. Néanmoins il avait bon espoir de pouvoir rapidement se remettre au travail, et cela passait par la recherche active de petits boulots ou de recrutements chez les marins. Aussi il interrogea le gamin qui lui fit indiqua qu’un équipage cherchait à compléter ses effectifs.


« C’est un beau navire mais je me souviens pas de l’avoir déjà vu dans le coin. Enfin j’sais pas les distinguer de toute façon. Euh je crois… » Le garçon d’à peu près douze ans le toisa, intéressé par tout ce qui touchait à la mer mais trop occupé à apprendre la cordonnerie avec son père pour rêver de navigation.
« Est-ce que tu aurais vu son capitaine ? »
« J’sais pas qui c’est, m’sieur. Mais j’ai vu un gaillard sur le bateau, et il m’a vraiment flanqué les chocottes. Même qu’il grommelait si bizarrement que j’ai rien compris à sa langue. J’crois qu’il était agacé que je reste à le regarder pendant si longtemps. Ensuite il m’a crié de foutre le camp, alors j’suis pas resté m’voyez… »
« Il était comment, ce fameux type ? » Avec un peu de chance, ça lui donnerait une indication sur son identité. Après tout le milieu des marins avait souvent tendance à mettre les mêmes personnes sur sa route.
« Euh grand, très grand. Presque autant que vous. Avec une longue barbe et un tricorne sur la tête. Et… Z’allez pas me prendre pour un fou, hein ? Sa barbe… je l’ai vue bouger ! Si, j’vous jure que c’est vrai ! » Fenris sourit pour le rassurer mais ne se moqua pas. Il lui avait bien semblé reconnaître la silhouette d’un navire depuis la colline. De là à imaginer qu’il retomberait sur le Mirage ici…

« Merci p’tiot… Je vois tout à fait qui c’est. Et tu n’as pas rêvé, sa barbe bouge bel et bien. C’est Clegane, tu as déjà entendu son nom ? » L’adolescent blêmit tout à coup, acquiesçant avec hésitation. « Alors ne t’approche pas trop de lui sans être sûr de toi, et sans une bonne raison. Parfois c’est plus sage. » Le blond posa une main amicale sur sa tête et lui tendit un dias pour le remercier du tuyau, avant de marcher résolument en direction de l’ouest du port. Myriam n’était pas du genre facilement reconnaissable… mais elle ne pouvait échapper à son flair de loup ni dissimuler le lien amicalement compétiteur qui les unissait. Et en cas de doute, il était toujours possible de chercher Flynt et le suivre jusqu’à ce qu’il retourne auprès de sa maîtresse. Fen sourit par-dessous son chapeau. Dame Fortune venait peut-être de lui sourire à nouveau.



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MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Mer 22 Juil - 12:18


Le ciel d'Argyrei, pendant la saison de Enkilil, était un spectacle à lui seul. Tout le jour, de fins nuages, pareils à des morceaux de tissu immaculés, embellissaient la voûte céleste, déjà bariolée de couleurs chatoyantes, animée par les vents chauds en provenance du sud. Son sol, un plancher de sable rouge et brûlant, s'étendait doucement vers la mer turquoise, qui l'entretenait par ses vagues douces et fréquentes, s'étirant sur la rive comme une étreinte sensuelle.

Tout était calme. En fait, tout était mort.

Un silence morbide s'était emparé des Berges Dorées ; seuls les gémissements pénibles des matelots, les sanglots étouffés des mères de famille, les inquiétudes des enfants secouaient le calme plat des rives rouges, comme les appelaient Myriam Valombre. Une violence inouïe s'était réveillée il y a une semaine, sous la forme d'une bête de légende, d'un monstre marin ignoble. Sous la forme de Kron, qui avait répandu son voile noir sur les trésors des Berges. Les ports, constructions diverses et habitations en bord de plage avaient été emportés, anéantis sous des raz-de-marée surpuissants, les habitants noyés dans les eaux déchaînées, écrasés sous les décombres de leur village. Le destin avait frappé aux portes d'Argyrei. L'horizon inéluctable s'était révélé aux âmes du pays maudit.
Un tel désastre avait laissé derrière lui cette sublime désolation, un calme soudain et paradoxal, un site paradisiaque. Les vents s'étaient calmés, la chaleur apaisée et une brise légère rafraîchissait l'atmosphère, des couleurs vives et une aura détendue sillonnaient les rives. Tel était le sillage de la mort. Divin.

Quelque part aux abords d'un port de planches réarrangées, de tôle ligotée et de cordages emmêlés, un navire marchand, tout ce qu'il y a de plus banal, entrepris les manœuvres d'amarrage entre quelques autres embarcations. Aucun nom n'était visible sur la coque, pas même une marque distinctive. Seulement un pavillon, celui des Marins de Noxis.

Une haussière fendit les airs depuis le navire et atterrit aux pieds de deux gamins qui s'occupaient de l’endroit, seuls. Ils s'enquéraient d'entamer le protocole d'amarrage au niveau d'un bollard un peu bancal, quand ils furent surpris par une petite forme qui usait du cordage tendu pour atteindre le pont de bois. Un capucin à la couronne sombre. Un collier supportait une gemme améthyste autour de son cou, luisant légèrement. Le petit singe se posta au sommet du bollard et surveillait les deux jeunes gens qui s'activaient en s'amusant du primate qui les fixait pourtant d'un air austère.
Une coupée de bois s'effondra sur le ponton depuis le pont supérieur de la caravelle, et un homme de très grande taille, aux épaules carrées et à la voix tonitruante la dévala en beuglant :

- Qu'on embosse le navire messieurs ! Et que ça n'traîne pas ! Matelots, au pas de course, débarquez-moi la marchandise de c'fichu rafiot !

Plusieurs marins s'activèrent sur le pont et entamèrent les descentes de tonneaux et de quelques caisses, usant d'une grue ou bien d'un peu d'huile de coude, sous l’œil attentif et pénétrant de celui qui semblait être le maître d'équipage. Le capucin s'était positionné en équilibre sur un cordage tendu, raillant les adolescents qui accouraient pour aider l'équipage du Mirage. Il stoppa court quand des pas plus fermes frappèrent le sol de la coupée, annonçant l'arrivée du capitaine du navire. Venenosa, comme on l'appelait dans le pays depuis quelques années. Elle n'avait pas besoin de se présenter sous une autre forme que la sienne, car ici, elle était chez elle. La Gorgoroth s'arrêta où la coupée était fixée sur le pont, le menton haut, les yeux grands ouverts sur le spectacle qui s'offrait à elle, humant le parfum étrange qui lui parvenait de la plage.

La désolation a toujours autant de cachet (...) Je me souviens de cet endroit, de ce pont qui n'existe plus, de ces enfants dans leurs berceaux, des habitations disparues qui jalonnaient le sommet des sables... Un souvenir sans aucune saveur, comparé à celle de ce nouveau spectacle. Je reconnais là le raffinement de Kron, son affection pour la destruction de masse, son appétit pour les âmes futiles. Voilà qui donne sens. Voilà la réponse à l'absurde condition de feu les résidents de ces plages indolentes. Où sont donc passés les dockers ? Ces êtres comme des machines, à répéter toujours les mêmes mouvements et à scander les mêmes ordres. Les autorités ? Les miliciens, marins et pirates avares de hamacs entre les cocotiers ? Les promeneurs hagards dispersant leurs pas lents dans le sable rouge ? Rappelés à l'ordre par les Dieux donneurs de sens. La vie est passive là où la mort donne l'action : où a-t-on déjà vu autant d'affairement pour reconstruire un pont et protéger les rives d'un mur titanesque ? Une solidarité à toute épreuve ralliant les peuples ? (...) Et dire qu'il a fallut attendre le désastre avant de réagir. La vie est un obstacle au progrès. Il n'y a qu'à voir ce que la mort offre de perspectives aux jeunes gens de ce pays. (...) Mais je divague. Dans quelques mois, tout sera redevenu comme avant. Les gens oublieront. Les gens avanceront. Les gens recommenceront. Sans jamais tirer une seule leçon de leurs erreurs passées. De leur aliénante routine.

Clegane la rejoint rapidement, écoutant ce qu'elle avait à lui murmurer à l'oreille. Il hocha lentement la tête, puis regagna le pont supérieur où il coordonna l'élévation d'une caisse renforcée. Quant à la capitaine, elle observa un moment les adolescents de feu le village des Berges accourir pour aider son équipage. Elle en interpella un au passage :

- Toi ! Viens voir. Sais-tu ce qu'est devenu Monsieur Bill ?

- Euh, il a rejoint l'intérieur des terres m'dame, il a une nouvelle bâtisse à lui, son "usine" qu'y dit !

- Ramène-le moi. Fais savoir que le capitaine Venenosa exige son dû semestriel.

Le capitaine Venenosa ? C'tait qui celle-là ? Et pourquoi elle avait envoyé une gamine de son âge transmettre ses ordres ? Le gamin se demandait pourquoi il avait accepté l'ordre de cette illustre inconnue, puis se souvint du timbre inquiétant de sa voix et de la lueur sinistre dans ses yeux. Il ne lui en fallut pas plus pour accélérer le pas. Il tâcha de mémoriser les mots compliqués que venait de donner l'étrange... femme ? Et courut en direction du village reconstruit plus haut sur les Berges, révisant sans cesse les mots qu'il devait répéter pour ne pas les oublier.

Myriam Valombre claqua des doigts avec sonorité, interpellant Flynt qui s'entraînait au funambulisme sur une amarre tendue. Le capucin accourut et se réfugia sur l'épaule de la Gorgoroth, l'interrogeant du regard.
Caressant sa pierre de sphène du bout des doigts, elle lui confia une petite bourse, qu'il attrapa et qu'elle fixa sur son dos à l'aide d'une cordelette. Elle lui susurra un ordre avant de le regarder détaler en direction des alentours du village reconstruit.
Pour la première fois, une lueur d'inquiétude traversait son regard. Mais elle secoua la tête, et gagna les bâtisses du port pour glaner des informations.

*
*          *

Flynt se dépatouilla comme il put dans le sable chaud, avant de sauter sur le rebord d'un trou faisant office de fenêtre, sur une cabane au devant du village en reconstruction. Il agrippa les pierres qui dépassaient du mur et atteint le toit suite à une acrobatie spectaculaire. Une fois en hauteur, il scruta les maisons en ruine et les maisons nouvelles, les bâtisses affaissées et les bâtisses hautes, les villageois qui passaient. Puis, il sauta sur un autre toit, et entreprit de répéter l'opération de toits en toits tout autour du village, jusqu'à gagner une cabane en plus ou moins bon état, en apparence vide. Alors, il soigna sa démarche pour ne pas alerter les passants de sa venue, et descendit doucement de son perchoir pour atteindre le rebord de fenêtre, là aussi un trou béant. Il observa silencieusement l'intérieur de l'abri et décela une présence dans la pénombre ; un homme, probablement assez jeune, affalé contre un mur, la tête baissée, le corps secoués de sanglots à peine réprimés. Son visage crasseux et la maigreur excessive de ses membres donnaient à penser qu'il ne s'était pas nourri depuis plusieurs jours. Alors Flynt, dont le médaillon luisait toujours d'une faible lueur améthyste, se positionna sur le sol juste au dessous de la fenêtre creusée, dos au mur. Il décrocha la bourse de son dos, et la jeta d'un geste vif au travers du trou dans le mur. Il s'assura qu'elle était bien retombée de l'autre côté, puis disparut. Un hoquet d'étonnement perça dans l'abris. Flynt sut qu'il avait mené sa mission à bien. Il regagna les toits pour s'élancer à nouveau de l'un à l'autre, en direction du port. Pendant ce temps-là, un jeune garçon revenait lui aussi du village, accompagné d'un petit homme ventripotent, à la démarche fiévreuse et au comportement suspect. Il tenait fermés les pans larges de son manteau, comme s'il y cachait quelque chose. Il ordonna au gamin de s'arrêter au niveau d'une bicoque entre le port et la plage, et d'aller prévenir le capitaine de sa présence.

S'exécutant en râlant quelque peu qu'on ne le paye pas pour les services qu'il rendait, le jeune homme traîna les pieds jusqu'à la coulée du Mirage, qu'il monta avant de se stopper et de scruter le pont supérieur. Aucune trace de la jeune fille de tout à l'heure. Il ne reconnut personne, et n'avait aucune idée de ce à quoi ressemblait le capitaine ; ne s'y trouvaient que quelques matelots qui s'activaient encore, et, au centre, un grand gaillard à la stature impressionnante et au tricorne démesuré. Il plissa les yeux quand il crut apercevoir sa barbe se mouvoir contre le torse de l'inquiétant personnage. Ce dernier grommelait en le lorgnant, puis perdit patience :

- Dégage avorton ! Tu n'as rien à faire ici !

Prit de peur, le garçon détala et quitta le port, sans même chercher à retrouver Myriam Valombre. Pourtant, il semblait que sa voix retentissait dans la bicoque où s'était enfermé le bonhomme suspect de tout à l'heure. A l'intérieur, les esprits s'échauffaient.
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Fenris Skirnir

MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Jeu 30 Juil - 22:25

Chapitre VI : L’océan pour seul foyer

Acte II: Smells like Trouble

Depuis les docks Fenris avait presque immédiatement repéré la voilure du Mirage et la silhouette imposante de Clegane, faisant les cent pas sur le pont. Sa voix portait aussi à distance, et bien qu’il soit trop loin pour saisir le contenu de ses beuglements, il était évident qu’il n’était pas de la meilleure des humeurs. Enfin là encore, le poulpe était connu pour être soupe au lait, aussi il n’y avait pas de quoi être surpris. Curieux de savoir ce qui se passait, Fenris choisit de ne pas se présenter tout de suite. Au lieu de ça il resta en retrait en tant qu’observateur discret, histoire de prendre la température et ne pas se coltiner la tempête que représentait un invertébré de mauvais poil.
Un rictus se traça sur son visage fatigué et mal rasé. Sa main glissa jusqu’à la poche du manteau de cuir dont il n’avait enfilé qu’une seule manche. Entre ses doigts la pierre bleutée qu’il avait récupérée il y a une semaine brillait toujours d’un éclat vibrant, par d’étranges oscillations régulières. Il était désormais presque certain que cet éclat -un parmi d’autres ramassés sur la plage- était en fait une espèce de dispositif proche d’une boussole. Et à en juger par la direction en mer qu’il indiquait, il était presque certain qu’il était en résonnance avec le Colosse et les barrières magiques qu’il avait dressées pour s’éloigner. C’était plus ou moins rassurant de savoir qu’il pourrait retrouver la trace d’El Bahari quand il serait remis de ses blessures, mais là encore… Encore faudrait-il savoir quoi faire et comment l’approcher. Il n’avait pas le cul sorti des ronces.

Discrètement il s’installa dans un coin à l’abri des regards, appuyé contre un chargement de caisses disposées en pyramide, dans une position qui lui permettait de surveiller les allées et venues de l’équipage de Miss Venenosa. D’autre part dans son attente il avait le temps réfléchir à toutes sortes de choses, et seul Soulen savait qu’il avait largement de quoi ronger son frein. S’il était privé de son bras d’appui à l’arbalète, c’était entièrement de sa faute. Il avait agi assez impulsivement pendant les faits, sautant au cœur du danger alors qu’il aurait pu tourner le dos et se mettre en sécurité. Seulement passé un certain cap il devenait trop ardu de fermer l’œil qui lui restait, même pour quelqu’un d’aussi dégagé et égoïste que lui. Comment pourrait-il faire semblant de ne rien alors que son île s’était faite tortue géante, que la mer se déchainait et engloutissait les gens d’El Bahari ? Il était borgne, pas aveugle... Ou disons un bon menteur pas systématiquement hypocrite. C’était donc tout naturel de se remettre en question, de se demander ce que l’humanité avait pu faire pour mériter ces apparitions successives de plaies, entre le Myste et la Sarnahroa.

El Bahari était devenue une terre d’accueil pour tous ceux qui avaient échoué là, un îlot tranquille à l’abri des manigances et des complots politiques du continent. Certaines erreurs n’étaient pas à reproduire ailleurs et plus que quiconque il en était conscient, mais s’arrêter de vivre en attente de la prochaine catastrophe revenait à se laisser mourir avant l’heure. Comme les autres, sa superstition et sa foi pouvaient le pousser à être plus prudent que de raison, à anticiper les événements avant qu’ils ne surviennent, quitte à constamment s’attendre au pire. Il avait vécu assez longtemps et vu assez de choses que pour savoir qu’il fallait se forcer à relativiser. S’appesantir sur la panique et le deuil n’arrangerait rien, maintenant que le mal était fait il fallait se relever et rebâtir.
Distrait il se laissa absorber par les pêcheurs assis à l’entrée des cabanes qui avaient reconstruites à la hâte, s’entretenant doucement en des conversations qui évitaient soigneusement le sujet qui attriste. Parfois entre les discussions routinières leurs voix se laissaient aller à quelques chants marins, tandis que leurs mains s’activaient autour du matériel qui avait été charrié par les eaux sans être détruit. Dans cette animation faussement enjouée ils redonnaient au moins un semblant de normalité aux berges dorées encore sous le choc, et Fen leur en était reconnaissant.

Mais alors qu’il se décidait à aller de l’avant et aborder ce bon vieux Clegane, il vit passer une petite silhouette simiesque qui courait avec agilité en direction du Mirage.
‘Le voilà, notre cher Flynt. Encore mieux qu’une balise de repérage ou un marqueur lumineux.’ Fenris eut un sourire de vieux renard, alors qu’il lui emboîta le pas à couvert pour écouter ce qui se passait avant de se montrer ouvertement. Nonchalamment adossé au mur naturel proportionné par le quai de déchargement contigu au navire, il alluma maladroitement une clope et sonda le vent colporteur de secrets.



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MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Dim 9 Aoû - 20:37


- Espèce de sale enfoiré.

Dans la bicoque, un bruit sourd retentit. Quelqu'un venait de s'effondrer sur un mur. La voix de Myriam retentit à nouveau, de son ton impassible mais fort.

- Tes dias sont des contrefaçons, traître.

Alors Clegane, qui avait entendu le remue-ménage depuis le pont du navire, entreprit d'aller voir ce qui se passait, ignorant superbement l'homme borgne qui était adossé non loin, et qui pu à loisir observer la scène à suivre.
Le Yorka ouvrit la porte avec toute la délicatesse qui était la sienne, d'une seule main, la projetant à l'intérieur de la petite bicoque. Contre le mur adjacent, le petit homme au ventre débordant de sa chemise mal boutonnée était écrasé par la force du bras que Myriam Valombre appuyait contre sa gorge, pointant les dagues de son tessen contre son nombril. Le terran suait comme un porc, ses petits yeux globuleux cherchant désespérément une porte de sortie derrière les verres en cul-de-bouteille de ses lunettes rondes.

- D... Dame Venenosa, bredouillait-il, je ne suis qu'une victime dans cette histoire ! Ces dias ne sont pas les miens. Comme vous le savez, je ne fais que les recevoir de votre homme en ville !

- Vous pensez me faire gober ça, Monsieur Bill ? Mon homme ne m'a jamais causé d'ennuis jusque ici. Vous voulez que je vous dise ? Je pense que vous avez gardé ses dias pour vous tout seul, et que vous pensiez pouvoir m'en refourguer des faux. Ni vu ni connu, le bon plan.

- C... Capitaine Valombre, ce n'est plus le même homme !

L'homme s'étrangla sous la pression qu'exerçait sur lui la Gorgoroth. Visiblement contrariée, cette dernière semblait décidée à en finir. Mais Monsieur Bill tâchait tant bien que mal de prononcer quelques mots, frénétiquement, entre deux régurgitations de salive.

- Comprenez-moi, disait-il, ce n'est... Littéralement pas le même homme !

La capitaine relâcha quelque peu son emprise.

- Qu'est-ce que vous me racontez-là ?

Le terran profita de ce moment de répit pour reprendre son souffle, tremblant de peur.

- Votre homme, Davii, il est mort ! Au cours d'un duel. C'est Talyrn Moria qui a pris sa place, c'est lui le nouveau boss. Et c'est lui qui m'a versé la somme de ce mois...

La Gorgoroth se recula, rétractant son tessen. Elle avait l'air intriguée, mais fronçait les sourcils. Elle jeta un regard à Clegane, qui attendait à l'entrée les bras croisés, s'amusant de la scène et se moquant du pauvre homme s'efforçant de reprendre ses esprits.

- Tué ? Lors d'un duel ? Il n'y a décidément nul part où l'on peut faire affaire sans accroc, ou sans crétins comme collaborateurs. Je vais vérifier vos dires, couard. Mais je vous préviens, si vous me mentez Monsieur Bill, je vous retrouverai.

Le terran semblait se ratatiner sur lui même, le menton tremblotant et les lèvres humides. Il lâchait des petits couinements, comme pour répondre le plus docilement possible à la menace de la capitaine. Il hocha plusieurs fois la tête.

- Clegane, tonna-t-elle en se tournant vers lui, s'avançant vers la sortie, trouve-moi des hommes motivés pour une mission à risque. Je n'irai pas seule, mais je compte bien remettre les points sur les i, sur cette plage de malheur.

Le Yorka s'enquit de lui adresser un signe de tête en guise de réponse et tourna les talons, se mettant déjà au travail. Mais après quelques pas vers le Mirage et un examen rapide des alentours, il stoppa net. Face à lui, il reconnut après quelques secondes Fenris. Les deux hommes s'étaient déjà rencontrés, ou plutôt ils avaient déjà collaboré. Clegane croisa les bras en le toisant d'un regard complice, le gratifiant d'un sourire hautain qui, chez lui, était l'équivalent d'un témoignage de sa sympathie.

- Capitaine, s'exclama-t-il sans détourner les yeux du borgne qui clopait adossé à un mur, je crois que je n'aurai plus à chercher bien loin à présent.

Myriam sortait à ce moment de la bicoque, et reconnut instantanément Fenris, elle aussi. Elle fit un signe du menton à son Second, qui signifiait qu'il pouvait disposer. Contrairement à lui, au moment d'approcher l'invité surprise, elle n'esquissa pas la moindre trace d'estime ni de contentement. Elle le toisa de son habituel regard noir et lui adressa la parole comme à n'importe quel membre d'équipage.

- Tiens donc. Voilà un moment qu'on ne vous avait pas croisé. Vous cherchez du travail, ou je me trompe ? Suivez-moi si tel est le cas.

La Gorgoroth, sans témoigner davantage de considération au loup de mer, s'engagea à grandes enjambées en direction du pont supérieur de son navire, les mains tenues dans le dos.
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MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Jeu 13 Aoû - 19:52

Chapitre VI : L’océan pour seul foyer

Acte III: Just another mission

Fenris passa inaperçu aux yeux des matelots qui bossaient sur le pont et plus particulièrement à ceux de Clegane, trop occupé à fourrer son nez gluant dans les affaires du capitaine. La main droite tremblante il se pencha pour se mettre à l'abri du vent et allumer sa cigarette. C'était amusant qu'il n'ait pas à les narguer de sa trompeuse nonchalance. D'un soupir patient le borgne tenta de saisir le contenu de la conversation -ou plutôt l'échange qui avait des contours d'interrogatoire- sans grand succès. Oh il discernait parfaitement la voix de Myriam et celle d'un homme inconnu, seulement ça n'éclairait pas sa lanterne concernant ce qui se passait. La seule chose qu'il pouvait affirmer à ce stade c'est que la demoiselle n'était pas contente, ce qui signifiait que comme d'habitude il faudrait que quelqu'un paie les pots cassés. Dans un recoin de son esprit il projeta l'expression de jeune femme contrariée qu'il lui connaissait, sourcils froncés et air grave sous les mèches noires qui lui tombaient sur le front. Et étrangement il fut ravi de ne pas être la cible de son mécontentement, se demandant même s'il ne valait pas mieux attendre qu'elle soit calmée avant de faire son retour de marin prodigue.
Cela faisait quoi, un an qu'ils ne s'étaient vus ? Il n'en était plus sûr mais ça ne devait pas en être très loin. C'était une séparation relativement courte lorsque l'on avait vécu aussi longtemps, néanmoins l'expérience l'avait rendu prudent, surtout en affaires. Il ferma les yeux et tendit l'oreille. Un nom ressortit des accusations qui allaient crescendo, même si ça ne l'avançait toujours pas. Bill. Hum la communauté était restreinte mais les gens de passage étaient trop nombreux pour qu'il puisse les distinguer, surtout depuis les récentes mobilisations. Cela dit les gros poissons de la région changeaient rarement sans que cela se sache, aussi le plus probable était que ce Bill soit une petite frappe. Un autre aspirant bandit sans envergure ou protection, ce qui faisait de lui une proie désignée pour tout professionnel rôdé.

Mouais. Il manquait toujours de nombreux éléments qui auraient pu l'aider à donner du sens à ce puzzle qu'il essayait de constituer à l'aveugle. De curiosité il jeta une œillade discrète par-dessus le chargement, espérant apercevoir Clegane... qui ne tarda pas à se faire bruyamment mander par sa supérieure. Quelle diligence admirable, pour un gars aussi plein de fierté. Oh en bon invertébré il tenait de l'intelligence tentaculaire des pieuvres, bien que parfois il lui manque l'humour et la finesse retorse des vrais parieurs. Un bon type. Acariâtre et sûrement mou du bulbe sur certains sujets, mais un bon type dans l'ensemble, du moins en comparaison de ce qu'on trouvait dans le milieu.
Fen sourit par anticipation, son instinct -ainsi que la voix maintenant désormais audible de Miss Venenosa- lui indiquant qu'après tout il serait peut-être bon de se montrer plutôt que d'attendre. S'ils avaient besoin d'hommes de main c'était l'occasion parfaite de s'enrôler, et d'éviter ainsi les manœuvres éventuelles visant à baisser sa solde habituelle, plutôt exorbitante sur l'échelle des mercenaires classiques.

De bonne humeur et sa main libre dans sa poche, le Lhurgoyf sortit de sa planque avec le même naturel qu'un passant tout juste arrivé s'approcherait pour dire bonjour. Il aurait probablement été jusqu'à siffloter une chanson à boire s'il n'était pas en train de fumer. Il avait un bras en écharpe mais il ne se sentait pas totalement amoindri pour autant. Sa chère Bianca était conçue pour être maniable à main en cas de besoin, et puis si doute il y avait il lui restait toujours Gleipnir, ainsi qu'une paire d'autres surprises dans sa manche. Enfin là n'était pas la question... l'équipage du Mirage savait qu'il n'avait d'un infirme que l'apparence, ce pourquoi il avait déjà été engagé à plusieurs reprises.
Clope au bec, il leva deux doigts qu'il porta à sa tempe en guise de salut à Clegane. Sans se défaire de sa dégaine insouciante et légèrement moqueuse le blond le toisa en retour, guettant des réactions à son arrivée. Et si quelques matelots se mirent à murmurer sous cape sans oser interrompre leurs tâches en présence de la jeune femme, cette dernière se contenta d'accueillir son invité inattendu avec son impassibilité coutumière. Toutefois il y avait bien eu un éclair fugace de surprise dans son regard, et c'était suffisant à satisfaire son petit plaisir du moment. Avec un rictus à mi chemin entre la provocation et l'innocence il lui emboîta le pas et lui accorda toute son attention, même s'il ne put s'empêcher de combler la gravité pesante par quelques inepties de son cru. Des inepties qui avaient toujours une raison d'être, contrairement à ce qu'on pourrait croire.


« Cap'taine... en voilà des manières d'accueillir un vieil ami ! Moi qui pensais qu'un retour aux sources vous amènerait au moins à me décocher un p'tit sourire... Allez quoi, ça vous fait pas plaisir de me voir ? » Son souffle se fit fumée tandis qu'il la suivit sur le pont supérieur, les sens en alerte. Ce boulot ça devait être du sérieux pour qu'elle fasse le déplacement en personne, et qu'en plus du reste elle l'embarque sans poser de questions. Mais c'était aussi ce qui rendait les choses intéressantes. Un peu de distraction lui ferait du bien, et quoi de mieux pour oublier une chute que de se remettre en selle ?
« Toujours aussi cruelle, à lacérer le cœur des hommes comme on pèle une orange. Vous n'avez pas changé d'un iota, il faut dire. Toujours aussi... » Il posa une main sur le haut de son propre crâne, empêchant son chapeau de s'envoler avec le vent qui se levait. L'odeur iodée de l'océan le prit aux narines comme un agréable souvenir qu'on retrouve enfin. Son oeil améthyste se posa sur Myriam, en attente de consignes. « Aussi zélée. » Il soupira, se doutant bien qu'il ne récolterait probablement pas beaucoup de réponses. « Bon quel est le gagnant du jour ? » Il se trompait peut-être mais cette expédition éclair avait tout d'un règlement de comptes. Non qu'il s'en formalise. Il fallait bien se défouler un peu...



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MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Dim 23 Aoû - 19:02


Le capitaine Venenosa passa d'un pas rapide entre les barils qui traînaient encore sur le pont et que les matelots se hâtaient de dégager sur son passage, caressant du bout des doigts les planches que Ratchet, son gabier multi-tâches, installait et sur lesquels il disposait nombre de marchandises de qualité. Elle arbora l'espace d'un instant un regard inquiet, car il s'agissait de leurs dernières marchandises en provenance d'El Bahari. Ces dernières avaient fait la fortune de Myriam durant la dernière décennie, et elle regrettait les récents événements concernant le devenir de l'"île". Elle se fichait bien du désastre en lui-même et des très nombreuses pertes. Mais elle s'inquiétait pour l'avenir de son commerce, et de ses rentrées de dias qui promettaient de s'amoindrir. Fenris, qui la talonnait et qui se faisait dévisager par la plupart des hommes de Myriam, réagit à l'acidité de son accueil :

« Cap'taine... en voilà des manières d'accueillir un vieil ami ! Moi qui pensais qu'un retour aux sources vous amènerait au moins à me décocher un p'tit sourire... Allez quoi, ça vous fait pas plaisir de me voir ? »

Mais elle ne prit pas la peine de lui répondre. Elle traversa le pont supérieur et descendit les quelques marches en planches de bois qui menaient à la cale, où elle rejoint sa cabine et laissa la porte ouverte pour que Fenris, qu'elle imaginait la suivre, puisse entrer avec elle. Avant de s'asseoir, elle s'empara de sa pipe à opium, posée sur son petit bureau, et tassa la drogue à l'intérieur du compartiment destiné. Elle en proposa à son invité, montrant les autres pipes empilées dans un coin. Toujours sans décrocher un mot. Le mercenaire renchérit alors :

« Toujours aussi cruelle, à lacérer le cœur des hommes comme on pèle une orange. Vous n'avez pas changé d'un iota, il faut dire. Toujours aussi... Aussi zélée.»

- Et vous, vieil ami, vous êtes toujours aussi naïf. Je fais mon travail, simplement, dit-elle en s'asseyant, las. La cruauté est une marque de fabrique, et j'en fais aussi un outil de travail. Vous qui passez vos années à écumer les ports de tous continents, vous devriez être habitué.

Quand elle s'adressait à l'Ascan, Myriam parlait avec une voix plus douce qu'à l’accoutumé (mais l'adjectif "doux", chez Venenosa, avait une consonance particulière). En sa présence, elle n'était pas méfiante et ne s'inquiétait pas de lui. C'était un comportement qu'elle ne réservait qu'à une élite de contacts, en lesquels elle avait toute confiance. Quant à Fenris, qu'elle avait toujours apprécié pour ses compétences remarquables, et ce depuis leur première rencontre, elle n'était pas mécontente de le croiser en ce jour. A vrai dire, elle était ravie. Nul mieux que l'Ascan n'était plus à même de régler le problème qui la tracassait présentement. Elle leva les yeux vers lui, ses yeux d'une profondeur abyssale et d'un gris surnaturel. Elle le toisa avec tout le sérieux du monde, durant une bonne vingtaine de secondes, avant de lui adresser un franc sourire.

- Je suis néanmoins heureuse de vous revoir, Fenris. Voilà bien longtemps que nous ne nous étions pas croisés. Prenez place, dit-elle en lui indiquant le fauteuil face à son bureau. Elle tira une bouffée d'opium de sa pipe fumante avant d'ajouter : l'affaire qui me préoccupe est assez... Délicate, je dois dire. Mais je sais que, si elle vous intéresse, vous saurez en apprécier la teneur.

Elle le toisa à nouveau d'un regard mystérieux, son visage dissimulé derrière un écran de fumée parfumée. Elle ne souriait jamais vraiment, mais feignait des rictus amicaux pour mettre à l'aise les quelques personnes auxquelles elle réservait sa sympathie. Son inquiétude la quittait au fur et à mesure qu'elle se souvenait des talents du borgne. Elle s'était d'abord crispée quand elle apprit le meurtre de Davii, l'un de ses hommes en qui elle avait confiance. Son affaire venait de lui glisser des mains, et voilà qu'un nouvel intriguant tentait de la duper avec de faux dias. Cette histoire l'agaçait au plus au point, car elle signifiait une perte de temps conséquente. Et Myriam Valombre ne supportait pas qu'on lui fasse perdre son temps. Alors, quand Fenris se présenta à l'improviste sur le port, elle s'était aussitôt réjouie de le voir ; même si la surprise ne se lisait pas aisément sur son visage désabusé. Elle ajouta :

- On a essayé de me duper. J'ai donc des comptes à régler, et je compte bien le faire le plus rapidement possible. Je n'ai pas de temps à perdre, des affaires plus urgentes m'attendent. Mais avant de vous en dire plus, je dois savoir si vous êtes disposé à m'accompagner. Elle posa sa pipe à opium sur le coin du bureau et se tourna vers un meuble sur lequel se trouvait un coffre assez haut. Elle trifouilla quelque chose que Fenris ne pouvait voir, car elle lui tournait le dos, puis le coffre s'ouvrit. Elle sembla ranger quelque chose, puis sortit une bourse du coffre, qu'elle déposa face à l'Acsan. La paye reste inchangée, mercenaire. Il s'agit d'une descente musclée ; on parle d'une dizaine d'hommes, armés. Suivez-moi et touchez vos dias dans l'heure qui suit la résolution de l'affaire. Je n'ai rien à ajouter, c'est à vous de me dire ce qu'il en est.

Elle planta ensuite son regard dans celui de Fenris, attendant sa réponse. Mais le connaissant, elle se doutait qu'il ne dirait pas non. Elle avait eu vent de quelques mésaventures qui l'avaient récemment poussé à beaucoup voyager, aussi se doutait-elle qu'il ne pourrait refuser ses dias. De même, le mercenaire n'avait jamais refusé de faire affaire avec Myriam. Cette dernière en était d'ailleurs assez fière, car cela témoignait de son respect quant à ses méthodes. Elle accompagna son offre d'un léger sourire, un rictus d'excitation malsaine, présageant une suite pour le moins mouvementée...
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MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Jeu 3 Sep - 7:42

Chapitre VI : L’océan pour seul foyer

Acte IV: Like good old’ times

Fenris n’était pas vraiment un étranger à bord, même s’il n’avait jamais fait partie de l’équipage à temps plein. Il n’était pas non plus homme à se formaliser de quelques regards en coin, de commentaires ou de réprimandes. Il avait toujours pris un certain plaisir à parler à Myriam avec une relative familiarité, bien qu’il soit assez perspicace pour bien choisir ses moments et connaître ses limites. Cela dit le sérieux imperturbable de la jeune femme, cette conscience qui ne la laissait pas se dérider d’un poil en présence de son équipage, éveillaient des provocations et des excentricités en guise de dernier rempart chaleureux face aux mécaniques calculées de la pirate.
La main dans la poche et l’autre bras contre la poitrine, Fen bloqua la porte qui faillit se refermer sur lui à cause du courant d’air. Il la referma calmement de son bras libre, ce qui les coupa du reste du monde et lui accorda une entrevue privée en un temps record. Avec la permission de son hôte il prit place sur le siège des visiteurs, et comme toutes les fois précédents, refusa poliment la pipe qu’on lui proposait. Il connaissait ces substances addictives comme la paume de sa main pour les avoir souvent négociées et refourguées de par le monde. Assez pour avoir la présence d’esprit de s’en éloigner. Il tiendrait parole et ne toucherait jamais plus à ça, qu’importe s’il payait déjà le prix fort de ses erreurs. Les cigarettes artisanales lui suffisaient amplement et elles étaient bien moins coûteuses aussi.
Avec lenteur il en porta donc une à ses lèvres et l’alluma avec un briquet en silex avant de ranger le petit boitier dans la poche intérieure de son manteau. Enfin lorsque le bout se fit rouge incandescent, le marin prit une profonde inspiration, soufflant un petit nuage de fumée parfumée d’épices après quelques secondes.


« Naïf, c’est un qualificatif que l’on ne m’a pas associé souvent. » D’après lui il fallait une sacrée imagination pour en arriver là, mais il n’allait pas entrer en débat pour si peu. Son sourire s’élargit d’hilarité, ce qui montrait à quel point il était difficile de le vexer. « Et j’ignorais que vous pensiez gagner quelque chose en étant cruelle avec moi. On va dire que c’est une marque d’attachement. » Son rire sonna rauque alors qu’il se penchait en arrière sur cette chaise trop petite pour son gabarit. Il gesticula avec les mains, l’observant de son œil espiègle. « Certains hommes apprécient se faire mener à la baguette par un vis-à-vis féminin, mais comme vous avez pu le constater depuis le temps, ce n’est pas mon cas. En ma présence vous pouvez être vous-même, vous savez... Une femme passionnelle qui cache bien son jeu sous une tonne de formalités et de pragmatisme. » Là encore, il jouait sur la théâtralité et le jeu qui le caractérisaient, sans croire un traître mot de ce qu’il venait de dire. La dame Venenosa était dangereuse à l’état naturel, mais ce n’en était que plus prononcé lorsque l’on avait la bêtise de se fier à son apparence ou à ses bonnes manières. Quelques traits de caractère agréables, qui ne sauraient lui faire oublier que l’accueil éclair auquel il avait exceptionnellement eu droit avait une bonne raison être.

Ainsi quand la demoiselle entra dans les prémices de l’opération, il se fit brusquement sérieux. Malgré ses plaisanteries constantes Fenris était un professionnel consciencieux et discret, et c’est grâce à cela qu’il était arrivé à se faire un nom dans le milieu. Distrait par ses propres divagations, il revint à la réalité lorsque la gorgoroth se leva. Le son métallique que fit la bourse sur le bureau lui rappela quelques bons souvenirs mais ne l’étonna pas outre mesure. Myriam avait toujours été un employeuse réglo, qui payait en temps et en heure même si elle essayait parfois de lui sucrer ses primes. Rien de bien méchant en somme, c’était de bonne guerre. Globalement les souvenirs qu’il avait de la compagnie du Mirage était positifs, et il espérait qu’ils le restent. Nonchalamment il secoua la cendre de sa cigarette dans le cendrier du bureau et haussa les épaules, sous-pesant les dias qui étaient apparus dans sa main à une vitesse impressionnante. Son attitude en disait long... en convalescence ou pas, il était de la partie.

« Qui sont ces types ? » Cela pouvait paraître trop curieux, mais les informations qui l’intéressaient n’étaient pas vraiment celles qu’on pourrait croire. En réalité il se fichait de pourquoi ils y allaient. Ses questions étaient d'ordre purement stratégique. « Des civils, des officiels ? Entraînés ou pas ? Et elle aura lieu où, cette descente ? » Il y avait bien des choses qu’il lui fallait savoir, et il ne doutait pas que Venenosa ait toutes les cartes en sa possession, guettant le bon moment pour les poser. De son côté il n’avait aucun engagement pour le moment, et la seule contrainte qui pourrait conditionner son action, c’était qu’il avait besoin de récupérer quelques affaires,... surtout s’ils allaient sortir faire les beaux dehors. « J’ai juste besoin d’une vingtaine de minutes pour récupérer du matos. Des carreaux supplémentaires et une paire d’autres petites choses. Dix gusses ce n’est pas grand chose, mais je préfère être préparé. Au fait combien on sera ? »



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MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Sam 19 Sep - 18:24


La Gorgoroth observa Fenris prendre place, en se s'asseyant elle-même. En le voyant gesticuler de la sorte, mal à l'aise sur son siège, et parler de sa voix de loup de mer, elle se souvint des nombreux contrats qu'elle lui avait proposé et qu'il avait toujours brillamment conclut. C'était un homme professionnel. Sympathique aussi, mais il ne fallait se fier aux apparence ; car le borgne savait y faire et derrière son apparence tranquille et espiègle, il cachait un grand potentiel, révélé au combat comme dans les négociations. L'efficacité est une vertu que Myriam appréciait grandement. Elle l'avait décelé en lui au cours de quelques affaires délicates qu'ils avaient dû régler ensemble, et où elle eut l'occasion de l'observer sur le terrain. Plus que l'efficacité, c'était la confiance qui les avait sauvés des pires situations. Aussi étrange que cela puisse être, Venenosa avait pleinement confiance en l'Ascan, au même titre que pour Clegane ou ses hommes les plus fidèles. Elle fut tirée de ses souvenirs par le ton joueur de Fenris :

« Certains hommes apprécient se faire mener à la baguette par un vis-à-vis féminin, mais comme vous avez pu le constater depuis le temps, ce n’est pas mon cas. En ma présence vous pouvez être vous-même, vous savez... Une femme passionnelle qui cache bien son jeu sous une tonne de formalités et de pragmatisme. »

- Si je pouvais rire aux éclats, lui confit-elle alors, je le ferai. Mais vous n'avez pas besoin de cette démonstration pour être assuré de ma sympathie.

La Gorgoroth avait prononcé ces quelques mots avec un ton assez décontracté, que Fenris pourrait se féliciter d'avoir provoqué en la mettant à l'aise. Elle était tellement peu ménagée ces derniers temps qu'elle ne prenait même plus la peine de faire attention à ses manières, lesquelles avaient pourtant beaucoup d'importance à ses yeux puisqu'elles garantissaient une cohésion nécessaire entre elle et ses hommes. Elle avait bien besoin de vacances... Mais à y réfléchir, cela ne lui serait pas permit de si tôt. De très grands projets l'attendaient à son retour à Phelgra, et juste après, il lui faudrait déjà retourner préparer l'exécution de ses desseins à Eridania. Un programme très chargé. Alors elle n'avait pas besoin qu'une bande d'inconscients viennent troubler ses projets. Le problème était d'autant plus agaçant que, pour le régler, il lui faudrait aller jusqu'à payer un mercenaire, l'Ascan, alors que ses affaires ne tournaient pas au mieux en ces temps de crise. Heureusement, se dit-elle, qu'elle gardait toujours un fonds pour ce genre de situation et que certains... Amis, l'aidaient toujours promptement, concernant les dias et divers dépannages. En tous les cas, elle contait bien en finir le plus rapidement possible avec cette affaire.

« Qui sont ces types ? » demanda Fenris en se saisissant de la bourse pleine de dias. « Des civils, des officiels ? Entraînés ou pas ? Et elle aura lieu où, cette descente ? »

- Si mes informations sont bonnes, et je me plais à croire qu'elles le sont en effet, ce sont des malfrats assez médiocres mais suffisamment crétins pour tenter de se mesurer à un mercenaire tel que vous, et à moi-même. Ce sont d'anciens pirates, mais je n'ai pas suffisamment de renseignements pour connaître l'identité de leurs anciens capitaines. Quoi qu'il en soit, il faut s'attendre à ce qu'ils soient armés et féroces. Mais nous pourrons compter sur leur manque de discipline, et sur le couardise. Leur chef, en revanche, semble être une tête brûlée ; en revanche je n'ai aucune information à son sujet. Restons sur nos gardes.

« J’ai juste besoin d’une vingtaine de minutes pour récupérer du matos. Des carreaux supplémentaires et une paire d’autres petites choses. Dix gusses ce n’est pas grand chose, mais je préfère être préparé. »

- Très bien, vous savez ce que vous avez à faire.

« Au fait combien on sera ? »

- Je n'espère pas avoir besoin d'être d'une grande violence. Je compte sur l'intimidation, ce pourquoi je ne veux pas rameuter mes hommes. Vous, moi. Il ne sera pas nécessaire que d'autres nous accompagne. S'il faut en venir aux armes, c'est le chef qu'il faudra éliminer. La lâcheté des autres et la crainte que je leur inspirait autrefois suffira à leur rappeler les bonnes manières.

Myriam trifouilla dans les tiroirs de son bureau et en sortit un rouleau froissé et jauni par le temps. Elle le déplia face à elle, l'examina quelques secondes avant de le tourner vers Fenris. C'était une carte, ou plutôt une esquisse du grand village qui terminait la plage. Les dessins représentaient la configuration du hameau tel qu'il était avant les désastres récents, alors il faudrait un peu d'imagination pour se le représenter tel qu'il était à ce jour. Venenosa pointa du doigt l'ébauche d'un grand bâtiment.

- C'est ici que nous les trouverons. Il s'agit du repère d'une guilde marchande peu connue, ainsi que d'une cache pour objets de contrebande. Elle appartient à mes hommes, ceux que nous allons voir et dont le chef a tenté de me duper. La configuration est simple : une entrée principale du côté nord, une porte dérobée à l'arrière, et un toit plat par lequel il est possible de s'infiltrer, pour se cacher parmi les poutres. S'y trouvent de hauts caissons et de longues rangées d'étagères pleines de matériel, il est difficile de s'y repérer si l'on est pas habitué. Vous vous sentez d'attaque ?

La Gorgoroth toisa l'Ascan d'un air de défis, attendant sa réaction et d'éventuelles remarques. Elle rangea ensuite la carte dans les pans de son manteau et entreprit de vérifier l'état de son Tessen. Nul doute qu'il allait bientôt lui servir...
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MessageSujet: Re: L'Océan pour seul Foyer   Ven 30 Oct - 5:50

Chapitre VI : L’océan pour seul foyer

Acte V: Messing around

Fenris avait pour habitude de dire que l’existence était une vaste comédie bourrée d’ironie et de ridicule, que l’hilarité humaine ne pouvait s’éteindre qu’à la mort. De fait à en juger certaines mimiques de la pirate, il avait parfaitement raison. Cette dernière avait développé un sens des affaires remarquable avec le temps, en dépit du fait qu’elle soit probablement bien plus jeune que lui. Cependant son sens de l’humour, lui, avait s’était évanoui en même temps que l’étincelle de sa première vie. Un sourire espiègle naquit sur les lèvres du borgne. Il n’avait pas besoin de s’attirer la sympathie de qui que ce soit à l’heure actuelle et sa nonchalance habituelle n’était pas une simple manœuvre de diversion, quand bien même il en aurait largement été capable.
Au lieu de ça il avait religieusement écouté les informations qu’on lui livrait, tandis que la première partie de sa paie disparut comme par magie entre les pans usés de son manteau de cuir. C’était une belle avance, ce qui signifiait sans aucun doute que la Venenosa serait intraitable sur la réussite totale de l’opération. Là encore, ce n’était pas une surprise. Ses tarifs avaient toujours été d’une générosité proportionnelle à son degré d’exigence, et ce n’était pas plus mal. Son œil se laissa absorber par la description, bien que ses méninges se remuent à toute vitesse. Ce n’était pas la première fois qu’il se précipitait dans la mêlée avec seulement une poignée de détails, et tant que cela payait aussi bien ce ne serait sans doute pas la dernière. Néanmoins lorsque la demoiselle lui révéla qu’ils allaient sur le terrain en petit comité, il fronça les sourcils. D’une part parce qu’il pensait que malgré le besoin de discrétion ils feraient jouer l’avantage de leur nombre, et d’autre part il ne s’était certainement pas attendu à ce que le capitaine soit de la partie.


‘Que d’honneur, tiens. Être chaperonné par la petite despote en personne.’ Autant dire qu’il ne pourrait pas avoir une grande liberté d’action. Il ne put s’empêcher de sourire malgré tout, parce qu’au fond cela rendait les choses encore plus intéressantes. Lui avait besoin d’argent et d’un défouloir, et elle lui proposait de satisfaire ses besoins en aidant ses affaires, le tout en assistant aux premières loges. Sans doute il y avait-il d’autres raisons à sa présence, mais il était peu probable qu’elle veuille les révéler. Se penchant en avant après une bouffée de tabac épicé, Fenris étudia la carte jaunie disposée sur le bureau.

« Je suis surpris que vous ne laissiez pas quelqu’un d’autre me seconder là-dessus. Ce n’est pas votre genre de vous salir les mains à moins que ce soit absolument nécessaire. Se pourrait-il qu’en vous défiant ils aient rendu tout ça personnel ? » La vraie surprise ce ne serait pas qu’elle soit agacée d’avoir été roulée, plutôt qu’elle s’implique d’aussi près. D’un coup d’œil il mémorisa les divers accès, préférant jouer la carte de la prudence, comme à son habitude. On n’était jamais trop sûrs de ce que l’on pouvait trouver au cours d’une descente, surtout qu’ils n’étaient pas à l’abri d’avoir un comité d’accueil plus conséquent que prévu.

Identifiant également les accès plus difficiles à sa corpulence sous cette forme, Fenris se projeta en situation réelle. S’ils devaient surprendre ces types il était possible qu’il puisse monter par le toit et s’infiltrer dans leur dos, de la façon la plus littérale qui soit. S’il était partant ? Bien sûr qu’il l’était. D’ailleurs c’était dommage qu’il n’ait pas vraiment carte blanche pour faire chanter Bianca autant qu’il l’aurait voulu.
« Toujours, capitaine. Toujours. » Il se leva sans attendre et empoigna ses affaires avant d’écraser sa cigarette dans le cendrier. « On se retrouve rue du Cordonnier, derrière la maison qui tient encore, dans mettons... Vingt-cinq minutes. » Fen attendit confirmation et remonta vers le pont, plutôt impatient de reprendre du service. Le plus tôt serait le mieux, après tout il avait pas mal de choses à oublier. Sur un salut insouciant à Clegane et aux autres, il s’en fut en direction de l’auberge. Quelques carreaux en plus ne seraient pas de refus, et il était désormais bien content d’en avoir planqué un certain nombre dans une de ses caches favorites. L’action ne faisait que commencer.




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