Un oiseau dans une caverne

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Sur Istheria, RPG heroic-fantasy issus d'un univers original où de multiples aventures vous attendent.

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• Eryllis: 2
• Ladrinis: 2
• Eclaris: 1
• Prêtresses: 2
• Cavaliers de S.: 2
• Nérozias: 2
• Gélovigiens: 8
• Ascans: 1
• Marins de N.: 2
• Civils: 9

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An 1305 de l'ère obscure

Saison:Béamas Mois:Tiria
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 Un oiseau dans une caverne

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MessageSujet: Un oiseau dans une caverne   Jeu 30 Juil - 17:57

    Il faisait froid. C'était supposé être Béamas, sur Istheria, mais Kimera avait froid. Cimmeria était une contrée froide, la yorka le savait, mais elle n'aurait pas pensé être obligée de porter des vêtements chauds au milieu du mois de Tiria. Chaleur ne semblait pas indisposée par la température, elle en avait probablement connu davantage que sa maîtresse avec son ancien propriétaire. Il n'y avait pas de neige sur les chemins les plus utilisés, ainsi les pattes de la jument étaient à l'abri du froid. Habitué au sud du pays, ou la neige était rare même en plein nivéria, Kim se sentait totalement dépaysé dans ce pays froid, où elle était plus emmitouflée dans ses vêtements que la plupart des gens qu'elle croisait. Secouant ses plumes avant d'enrouler davantage son écharpe autour de son cou, la jeune femme poussa Chaleur vers la cité d'Hellas, qui se dessinait à l'horizon.

    Habitué à vivre parmi les yorkas et n'ayant vu la cité que par ses yeux d'oiseaux, la jeune femme regardait partout, curieuse et méfiante en même temps. La ville se préparait à la guerre, tout sur le chemin le clamait. Les gens étaient nerveux et lourdement armé, ils étaient méfiants envers les étrangers et peu d'enfants jouaient à l'extérieur. La jeune femme croisa presque toutes les races d'Istheria sur son chemin, même si les terrans étaient les plus présents. Les yorkas étaient relativement rare, ce qui troublait un peu la jeune femme qui avait toujours vécu parmi eux. Les gens la regardaient avec méfiance, leurs regards s'attardant sur ses plumes recouvrant sa tête. Kim, pas trop intimidé, leur servait de grand sourire moqueur qui les faisait souvent partir en marmonnant, surtout les hommes.

    La jeune femme croisa le temple de Cimméria, mais l'envie de s'y rendre immédiatement, comme poussé par le destin que Kesha avait mis sur son chemin, fut écrasé par un gargouillis incessants de son estomac. La jeune femme n'avait pas mangé depuis la veille et elle était plutôt affamée. Laissant son cheval dans un box très simplet, mais où le garçon semblait honnête et ne chargeait presque rien pour Chaleur, Kim repartit à pied pour explorer la ville. Les endroits pour se sustenter n'étaient pas rares, mais les faibles moyens de la yorka l'obligeait à continuer son chemin lorsqu'elle croisait ses fabuleuses auberges où les odeurs de nourriture étaient enivrante. Kim n'eut pas trop de difficultés à repérer ce qu'elle cherchait : le quartier plus pauvre de la ville. Beaucoup moins invitant, les rues étaient sombres et mal entretenue et la devanture des commerces manquaient d'amour. Plus la yorka s'enfonçait dans les rues de la cité, moins il semblait y avoir de vie.

    Un insigne bordant ce qui semblait être une taverne attira l'attention de Kimera, qui s'en approcha. Il semblait y avoir du monde à l'intérieur et les grognements d'hommes visiblement saoul ponctuait l'endroit d'une ambiance peu agréable, mais en jetant un œil à l'intérieur, la jeune femme vit une grosse dame avec un vieux tablier noircie sortir celui qu'elle venait d'entendre grogner par une oreille. Amusé par la scène, Kimera poussa la porte de l'établissement, tout de suite assailli par une forte odeur de soupe et par la chaleur presque étouffante de l'endroit. Bondé, presque toutes les tables étaient prises, surtout par de grands gaillards qui semblaient prêts à se battre, de la bière à la main et plusieurs choppes vides autour d'eux. Haussant les épaules, Kim se faufila entre les tables et repoussa sans scrupule les mains qui se tendaient vers elle, pas surprise le moindre du monde des avances de type brutal de ces messieurs impolis. Se glissant souplement sur un banc au comptoir, sa chevelure de plume blanche attira tout de suite l'attention de la tavernière, que Kim reconnu aussitôt comme une yorka.

    Aussi grande que grosse, la femme n'était pas très jolie, car très poilu. Elle avait un petit duvet sous le menton et son visage était encadré par du poil noir distinct. Ses cheveux, cours et noirs, s'accordait avec de petits yeux de la même couleur et dès qu'elle souriait, des dents tout sauf humaine sautaient aux yeux. Visiblement, cette femme était une ourse noire et aucune personne dans l'auberge, même pas cet homme de plus de deux mètres et avec plus de muscle que de peau, ne semblait vouloir contrarier la femme, qui semblait maitresse de son établissement. Ses yeux noirs se posèrent sur Kimera, qui soutint son regard, un petit sourire en coin sur les lèvres. Elles étaient les seules yorkas de l'endroit, mais aussi les seules femmes et la femme-oiseau sentait la curiosité maladive de l'ourse qui l'examinait intensément en essuyant un verre probablement bien sec depuis longtemps avec un vieux torchon. Puis, elle déposa sèchement sa choppe sur le comptoir et s'approcha de Kim sans la quitter des yeux. Cette dernière se redressa et continuant de soutenir son regard, lui sourit sans gêne.

    - Une yorka ici, et un oiseau en plus! Nous avons de la grande visite! Bienvenue dans la Caverne de l’Ouse! Je m’appelle Romaine, qu’est-ce que je te sers?


    - Hé bien bonjour! Il y a toute une ambiance, ici! Tu as quelque chose à manger?


    - Notre repas du jour! Un ragoût de sangliers pour madame! Bouge-toi, Chuck, nous avons de la visite!


    Un cognement suivit d'un grognement se firent entendre en cuisine et une tête surgit de la cuisine. L'homme avait tout d'un terran, mais l'immense panache sur sa tête, visiblement très encombrant, prouvait son appartenance au peuple yorka. Souriant, heureuse de retrouver des gens de son peuple, Kim laissa échapper un croassement étrange qui fit rire la tavernière qui disparue momentanément dans la cuisine pour aider l'homme-caribou. La cloche de la porte tinta alors, laissant entrer un individu faisant aussi tache dans le décor que Kim.

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:: Élue de Soulen ::

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:: Élue de Soulen ::
Kalendra Dogbar
MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Dim 2 Aoû - 14:59

Spoiler:
 

Après des jours de périple maritime, elles étaient arrivées à Hellas le matin même.
Tout d'abord, Aglaë et Kalendra avaient chevauché jusqu'à Gaeaf, encore dévasté par l'attaque du Colosse quelques temps plus tôt, et nouvellement animé par l'effervescence de la guerre. Les deux prêtresses de Soulen s'étaient évertuées à trouver un navire, avant de rejoindre un bâtiment marchand d'importation, monnayant quelques dias. Apparemment, il ne faisait pas bon de voyager ces derniers temps, pour les servantes du Dieu des Mers ; la majorité de l'équipage leur jetait des regards affligés quand l'autre partie se contentait tout bonnement de les ignorer. Si quelques hommes semblaient toujours porter Soulen en estime, ils se faisaient très discrets. Mais Kalendra avait appris à déceler la piété dans les méandres spirituels de tout bord, et elle voyait en eux de multiples preuves de cette dévotion :  elle était dans le nom de son Dieu énoncé par les marins, ou dans les rares paroles presque murmurées de soutien qu'on leur adressait. Et puis, quelques jours plus tard, quand ils accostèrent, les deux jeunes femmes s'empressèrent de déguerpir de là et de quitter le port d'Hellas au plus vite.

Depuis son élection en tant que Haute Prêtresse, l'aquamancienne n'avait eu que peu d'occasions de se rendre à la capitale ; ses venues constituaient majoritairement des visites diplomatiques à son homologue de Kesha ou aux dignitaires de la ville concernant l'affluence du Temple de Soulen. Mais cette fois, il avait fallu jouer un tout autre jeu. Suite aux événements récents, qui avaient vu la popularité de Soulen descendre en flèche, Kalendra avait décidé de prendre les choses en main ; un retour aux méthodes primordiales était nécessaire. Il fallait comprendre ce qui s'était déroulé au Lac Gelé, entendre des récits de l'attaque du Colosse et plus important encore, répandre dans les lieux les plus fréquentés de la cité la foi et la croyance. C'est pourquoi elle avait choisi à ces fins Aglaë, une des prêtresses dont elle était le plus proche, d'une timidité sans égale mais qui n'avait pas son pareil pour prêcher la bonne parole, la déférence lui déliant la langue tel l'alcool. D'apparence seulement sortie de l'adolescence, la jeune femme était un symbole d'évanescence et de pureté, à tel point qu'on aurait pu la prendre pour une prêtresse de Kesha. Pourtant, elle était bel et bien dévolue à Soulen, et aimait, comme Kalendra, montrer à tout Isthéria une image de son ordre aussi rude qu'ingénue. Alors, lorsque Aglaë serait dans les beaux quartiers, la Sindarin arpenterait les ruelles sinueuses de la ville basse ; de cette manière, chacune d'entre elles se ferait les yeux et les oreilles du Dieu des Océans.

Les deux sindarins se quittèrent sur l'une des plus grandes places de la citadelle, portant chacune sur elle une bourse remplie de dias. Aglaë, dont la pâleur maladive irradiait sous l'aube naissante, adressa quelques mots à la Haute Prêtresse avant de se faufiler à pas furtifs dans la foule matinale. Derrière elle, véritable courant marin, sa chevelure d'ébène se faisait feuille jouant avec le vent, ondoyante et irisée. Quand elle eut complètement disparut et que Kalendra ne pût plus la suivre des yeux, elle se surprit à admirer la cité. Mastodonte de pierre dans un cristal de givre, à l'ambiance presque mystique quand le crépuscule glissait sur les neiges, ou quand, dans les quartiers pauvres et les plus longues nuits de Nivéria, les gens n'avaient qu'une malheureuse lanterne de verre, une flamme dans leurs mains, pour les guider. Mais là, à cet instant, les soleils levants jouaient de leurs charmes pour offrir un ballet incessant dans la brume septentrionale, recouvrant chaque homme, chaque femme et chaque maison.

Il y avait quelque chose de distrayant à observer la torpeur dont Hellas s'était emparée. Dans les premières tavernes et auberges que Kalendra visitait, il n'y avait que quelques hommes alcoolisés qui finissaient leur nuit, et les récits qu'ils narraient sur le Colosse étaient si grotesques qu'elle doutait d'y trouver une once de vérité. Pourtant, plus tard, quand les soleils arrivèrent à leur zénith, les langues paraissaient se délier avec plus de véracité, même si les visages étaient graves et la guerre, dans tous les esprits. Elle intervint plusieurs fois, même, quand le débat devenait une question religieuse. L'abandon des Dieux est une fausse question, disait-elle. Car vous ne savez pas interpréter les signes. Car vous ne savez pas voir leur présence dans le monde. Pourquoi les pierres de Sphène brillent pour nous au bon moment ? se remémorant le jour où Soulen l'avait choisie. Pourquoi l'essence divine ou la magie ? Pourquoi le monde, les différences entre nous tous et les Gorgoroths, filles et fils de Kron ? Parce que les Dieux, et parce que chacune de ces questions trouve sa réponse dans la foi. Kalendra avait un avis tranché sur la question de la croyance, mais elle était douteuse quant aux Colosses ; c'est pourquoi elle ne dévoilait cet avis qu'en cas de nécessité. Peut-être les Colosses étaient-ils seulement des créatures qui émergeaient d'un long sommeil. Peut-être que la punition était un tribut vital et qu'il était le prix à payer. Mais s'il y avait une chose dont elle était certaine en revanche, c'est que les protections divines n'étaient jamais absolues et que chaque personne encore vivante actuellement devait sa survie au choix divin.
C'était ce qu'elle leur disait.

Puis, sa besogne presque achevée, les soleils déposèrent sur le monde un suaire sanguin qui para la terre des couleurs du crépuscule. L'or de leurs lumières glissaient sur l'ardoise des avenues, mais pas dans le quartier pauvre d'Hellas où se trouvait Kalendra. Bientôt, les deux astres solaires achevèrent leur cycle et laissèrent se déposer sur Isthéria un linceul noirâtre, fait de poussière, de charbon et d'ébène. Dans la semi-pénombre qui régnait dans l'allée terreuse, la Haute Prêtresse distinguait, grâce à sa vue de Sindarin, des ombres mouvantes qui rasaient les murs. Nulle lumière ne venait éclairer les lieux, ni lanternes ni flammes, seulement un rayon provenant d'une taverne, comme en témoignait la devanture vétuste. Sans hésiter la moindre seconde, observant avec attention le monde dans l'auberge, Kalendra s'y engouffrait au même moment où son vent faisait claquer la porte d'entrée.
L'ambiance qui pesait dans la salle avait quelque chose de familier pour elle, faisant écho à de lointains souvenirs d'enfance. Bringuebalée de port en port, de pays en pays en pays depuis sa plus tendre enfance, au départ tant intimidée qu'émerveillée par le monde, elle s'était émancipée au fil des voyages pour ne plus voir qu'en cette scène de barbarie un tableau convivial. Les chopes claquaient, un discret feu brûlait dans l'âtre et les hommes étalaient leurs faits d'armes avec une fierté toute masculine. En quatre-vingts ans, rien n'avait changé. Mais elle remarqua pourtant que malgré l'humilité de sa tenue, elle détonnait cruellement avec la pauvreté des lieux. De longues mitaines noires couvraient ses mains calleuses jusqu'au haut de ses bras minces, et elle s'était emmitouflée dans une pelisse d'azur clair doublée d'une épaisse fourrure blanche. Malgré la qualité indéniable des étoffes utilisées, et leur propreté, il n'y avait là aucune dorure, aucune broderie. Le seul signe qui trahissait son appartenance à une classe aisée était le médaillon d'argent, bien circulaire, qui pendait à son cou. L'exhibant fièrement, il était piqué çà et là de perles et de pierres, et gravé du symbole de Soulen, ce qui montrait également son lien avec le religieux. Ignorant le léger flottement qui suivit son entrée, elle se dirigea vers le comptoir en faisant claquer les semelles de cuir de ses bottes sur le plancher usé. Les conversations reprirent aussi vite qu'elles s'étaient arrêtées. Après un "J'arrive !" sonore et quelques secondes d'attente à peine, elle vit apparaître devant elle une femme à la pilosité abondante, qu'elle reconnut assez vite comme une Yorka. Avant même que celle-ci puisse élever la voix, elle sortit de sa bourse quelque dias qu'elle déposa sur le bois, puis prit la parole :

"- Votre repas du jour, s'il vous plait.  Elle jeta un long regard sur la pièce et identifia, non loin, une jeune femme -probablement la seule cliente présente ici hormis elle-même- à la chevelure de plumes duveteuse. Une Yorka-oiseau, sans aucun doute. La pointant du doigt, elle reprit. Je suis avec la demoiselle, là-bas."

Une réponse affirmative se fit attendre, mais Kalendra avait déjà commencé à se faufiler entre les bancs. Glissant entre les tables, ignorée ou observée du coin de l'œil, personne ne l'aurait reconnue. Soulagée, elle ne tarda pas à s'affaler sur le banc en face de la yorka-oiseau, dont la chevelure immaculée cascadait sur la nuque avant de s'assombrir. Dès que la Haute Prêtresse s'assit, elle remarqua la dureté de ses traits, et quelques cicatrices qui lui donnaient un air belliqueux. Passant une mèche de cheveux pâle derrière son oreille pointue, elle espérait rassurer la jeune Yorka. Surveillant aux alentours d'éventuelles oreilles indiscrètes, elle prit son air le plus décontracté possible. Son isthar marqué par un léger accent Sindarin, si l'on y prêtait attention, se fit murmure. Elle espérait que ses traits plus émaciés que d'ordinaire par la fatigue n'effraient pas l'étrangère -car elle avait tout d'une étrangère à ses yeux, disons le : l'air absent comme peu habitué.

- Désolée de cette approche un peu abrupte, je suis... Kalendra, prêtresse de Soulen. commença-t-elle, le ton bas, dévoilant délibérant son nom, espérant que la nouvelle venue ne l'ait jamais entendu. Vous me sembliez nouvelle, et seule. Que venez-vous donc faire par ici ?  


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MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Sam 8 Aoû - 2:14


Depuis les événements désastreux du village de pécheur de Gaeaf, Gareth entretenait une relation toutes particulière avec les habitants d’Hellas et de Cimméria dans son ensemble. Bien entendu, il continuait à converser par missive avec la Masure des Eclaris, ainsi que Canopée, auxquels il rapportait ses actions et exactions par l’intermédiaire de messages dont le cryptage n’était connu que d’une poignée de ses confidents. Il eut rapidement l’occasion de converser avec le fameux Général aux manières tout à fait originales, et il faut dire que l’opiniâtreté qui l’animait lui donnait matière à débattre et titiller son âme et son érudition. Le Colosse fut l’occasion, pour lui, de tester des principes technologiques, alchimiques et purement magiques qui lui étaient interdit jusqu’à présent, tant les occasions se faisaient rares. Mais bien au-delà de ces basses intentions, le désastre du Lac Gelé confirmait ses positions. A trop se faire passif d’un dessin supérieur et d’un Destin tracé dans les étoiles, les Hommes s’assuraient une fin lente et douloureuse … L’assaut n’était probablement pas la meilleure réponse à apporter aux mystères des temps passés, toutefois, le choix ne leur avait pas été laissé. Aurait-il fallu laisser les entrailles de Soulen se jouer de leur sort sans fournir une réponse d’une intensité équivalente ? A Pharis, le choix s’avéra encore plus limité, il ne s’agissait plus que de survivre et limiter les dégâts. Le continent venait bel et bien de perdre une part riche de son patrimoine, celui-ci voguait à volonté sur les mers inconnues de la frêle civilisation. El Bahari reviendrait peut-être un jour, tout comme elle était apparue.

Tous ces mystères perturbaient Gareth dans ses travaux, ils nécessitaient une réponse franche qu’il se voyait incapable de formuler correctement. Dans son carnet sanglé d’une lanière de cuire, tout un ensemble d’hypothèses et de théories venaient s’amonceler à une vitesse qui dépassait sa propre tolérance. Il referma le carnet d’un geste de brusque, pour contempler son environnement. Iona, une prêtresse de Kesha, s’employait à le sortir de sa torpeur et limiter l’usage de sa magie dont-il faisait un usage outrancier depuis quelques temps. Ils se trouvaient dans une grotte, à quelques heures d’Hellas. Gareth éclairait les lieux au moyen de feux follets de faibles intensités, Iona insistait pour qu’il ne trouble pas la pousse des herbes médicinales de la grotte et par conséquent, l’œuvre de Kesha. Il ne répondit pas face à la croyance dévouée de la douce prêtresse. En réalité, la moiteur de la grotte, les parois granitiques, le sol riche en minéraux et la lumière tamisée par la nature cristalline des interstices par lesquels filtrés la lumière du jour, suffisait amplement à favoriser la diversité de la flore diurne de ces lieux. La divinité du temple n’interférait en rien en ces lieux, si ce n’est influer la force d’y parvenir aux prêtresses de son Ordre. La foi, diraient certains.
Iona vagabondait entre les herbes buissonnantes, les rochers et les stalagmites qui se formaient à mesure que des gouttelettes salées venaient mourir sur ses flans. Ci et là, elle arrachait quelques mauvaises herbes et en récoltait d’autres qui serviraient à l’élaboration de ses élixirs, de ses baumes, de ses onguents et autres médicaments. Chaque herbe se voyait couper à l’aide d’une serpe forgée d’une matière inerte, à une juste distance du bulbe. Cette délicatesse offrait une nouvelle vie à la plante qui repousserait de plus belle. A mesure qu’elle évoluait en épongeant les gouttes de sueur qui perlaient sur son front, elle jetait quelques coups d’œil à Gareth, il tenait son épaule mais ne souffrait visiblement pas, son regard se perdait tantôt dans les flammes, tantôt sur une fleur, parfois même sur un cristal de sphène formé à la surface des parois rocheuse. La moiteur du lieu ne semblait pas le déranger et elle discernait au creux de ses pupilles, ce pétillement caractéristique de réflexion qu’il valait mieux ne pas troubler. Pendant ces quelques jours en sa compagnie, Iona s’était afférée à le cerner avec brio, pourtant elle se risqua à l’interpeller fébrilement. Elle choisit de l’invectiver avec la pudeur et la distance de leur rang respectif, le Sindarin balaya son respect en fronçant des sourcils. Elle sursauta, mais il ne lui laissa pas le temps d’une nouvelle tentative.

« Iona, cesses donc tes enfantillages ! Viens en au fait, que veux-tu ?
─ Je me demandais simplement si votre épaule vous faisait souffrir … Il ne me manque qu’une herbe et j’allumerais un feu pour préparer un onguent. » L’Eclari claqua des doigts pour faire germer un feu au creux de quelques buchettes disposées quelques minutes plus tôt dans un âtre fait de roches noircies par l’usage. « Ne faites pas trop de lumière ! Les plantes ne résisteraient pas à …
Kesha me laisserait-elle user de magie dans un lieu saint, si elle ne me jugeait pas digne et surtout capable de respecter ces lieux ?
─ Je ne vous pensais pas si pieu » dit-elle avec une pointe d’étonnement dans la voix tout en s’approchant du feu pour y préparer l’un de ses mystères d’herboristerie. « Et animé d’une telle foi, pourquoi ne pas m’en avoir parlé dans vos récits ?
Parce que je ne le suis pas Iona, je ne voulais pas te froisser. Et, là, je ne fais que te retourner ta foi, dit-il en s’excusant. Je ne t’enseigne pas parce qu’une divinité me souffle de nobles pensées à l’oreille, non … Je le fais pour ton potentiel et je ne sais pas refuser quoique ce soit à un si joli minois, conclut-il en mentant de la façon la plus outrageuse qui soit. Pas sur son minois, plutôt sur sa capacité à envoyer paitre n’importe qui, qu’importe son charme ou son rang.
─ Vous me flattez, susurra-t-elle en remuant son baume les joues rosies, flattée. Mais vous ne croyez pas le moins du monde dans la bienfaisance de Kesha ? Pas du tout ?
Comment expliquer … Je ne crois pas dans l’existence d’une entité intangible qui nous guiderait. Et sauf preuve du contraire, rien ne nous assure de son existence, il y aurait même bien des contre-exemples à développer. Par contre, je peux éventuellement croire dans ce que représentent les divinités et la foi chez les croyants. La croyance ne se limite pas simplement en la foi à un dieu, je crois plus dans ce qu’ils représentent et en ce que leurs « histoires » peuvent influer les peuples. Mais, et pardonnes-moi d’avance si j’offusque ta foi dans un lieu béni, un dieu païen vaut tout autant à mes yeux que Kesha, Soulen, Fen et tous les autres. »

Iona retint un léger hoquet difficilement interprétable, le choque ou l’étonnement, peut-être même un peu d’incompréhension. Elle lui fit signe de se retourner et de retirer sa cape et sa chemise. A califourchon sur une vieille chaise laissée à disposition dans la caverne, l’Eclari se laissait faire. Une précédente altercation avec une Prêtresse lui laissait le goût d’un massage énergique et plutôt désagréable … Mieux valait laisser jouer son doigté. Il sentit tout d’abord une chaleur réconfortante sur la plaie qui cicatrisait petit à petit, puis le froid intense de l’onguent refroidi à même la glace. Parcouru d’un intense frisson, les poils de son torse et de son bras se hérissèrent alors qu’il laissait échapper un râle de soulagement qui venait briser sa carrure d’homme fort. Tout en faisant pénétrer la crème avec une profonde délicatesse – tout l’inverse des précédents soins qui lui avaient été prodigués –, elle reprit leur discussion.

« Moi, je pense que les dieux nous observent, et même si nous ne sommes pas capable de comprendre leur dessin, ils nous guident d’une manière ou d’une autre. » Gareth n’entreprit pas le moindre argumentaire, de peur qu’elle ne se fâche et ne le masse plus. « Je préfère croire qu’ils nous laissent à tous le choix, un libre arbitre qui laisse notre âme pencher vers le Bien ou vers le Mal.
Et qu’est-ce que le Mal en question, Iona ? Sharna représente-t-il juste le Mal ou plutôt la part sombre qui nous habite tous ? » Comme il l’avait prévu, la Terran mit fin à ses soins pour pointer son menton du doigt, dans une profonde réflexion.
« Je ne sais pas, tout cela nous dépasse probablement, Messire Alchimiste.
Je t’ai déjà demandé de ne plus m’appeler comme ça. J’ai un prénom et il me convient. »

Elle rit ou plutôt elle se moquait de lui. Alors même qu’il s’apprêtait à rebouter sa tunique de lin, elle le stoppa nette pour frotter un autre de ses fameux baumes sur son torse, il sentait fort l’eucalyptus et lui libérait les bronches. Puis elle s’attarda sur une cicatrice présente sur l’épaule qu’elle venait de soigner. Rouge vive, sans vraiment s’en plaindre, le Sindarin souffrait du froid nordique qui mordait ces marques d’un passé loin d’être révolu. Il choisit toutefois de ne pas lui laisser le temps de s’y attarder et de reboutonner sa chemise. Au même instant, Iona s’empressait de lui attacher une cordelette de cuir autour du cou, celle-ci était ornée de plusieurs plaquettes de métal brossé portant le signe représentatif de chaque dieu conventionnel, ainsi que quelques divinités païennes loin d’être reconnu par les différents temples. Très clairement, le soin porté à la gravure de Kesha révélait la préférence de la prêtresse. Une fois son office accomplie, elle reculait pour observer comment l’artifice allait à son hérétique préféré. Satisfaite, elle lui accorda un sourire juvénile, presque futile …

« Ca n’a pas la facture de vos ornements. » Dit-elle en pointant les autres pendentifs et catalyseurs qui pendouillaient autour du cou de Gareth. « Mais si votre cou ne vous brûle pas, c’est que les dieux vous protègent, mon ami. » Il lui rendit son sourire niais, sans la contredire. Sans la vexer, son silence faisait office de remerciement. Il lui indiqua un bout de bois charbonneux du bout du doigt, ainsi qu’un petit éclat de pierre de sphène à terre. Le bout de charbon et le fragment dans sa main, il reprit un ton cérémonieux, après tout si elle le soignait, lui il lui enseignait.
« Vois-tu Iona, les richesses n’ont pratiquement aucune valeur pour les gens comme nous. Nous ne sommes pas tous capable d’ériger d’immense structure ou bien de permuter la nature des éléments avec facilité, tout cela te demandera des années de pratique. Mais la valeur des choses dépasse souvent le caractère purement matériel … » De ses doigts jaillirent une lueur bleutée, irisée de couleurs indescriptibles. Devant leurs yeux, le charbon se dématérialisait pour former une coque de carbone bien organisée et parfaitement cristalline autour de l’éclat de sphène pour former un petit diamant incluant l’éclat en son centre. Il le tendit à Iona qui s’en saisit alors qu’il se levait pour épousseter son veston et sa cape. « Pour les mages de notre catégorie, l’or n’a qu’une valeur symbolique, seule notre intention et nos choix nous limitent. Dans ton cas, Iona, ta foi est ton bien le plus précieux, préserves-la sans jamais l’opposer à la raison, ni la logique … L’un comme l’autre peuvent s’accorder avec un peu de discernement.
─ Et vous votre bien le plus précieux ?
Ma mémoire, mais on m’en a déjà volé une parcelle, je cherche une chose plus précieuse encore pour combler les vides. » Elle l’observait pleine de doutes. « Gardes cette pierre, Iona, dans quelques années observes-la à nouveau et tu comprendras où je veux en venir. Mais pour l’instant, rentrons ou nous finirons comme ces stalagmites, éternellement figés au sol. »

Sur le pas de la caverne, Iona lui fit promettre de ne jamais revenir dans ces lieux sans elle, sans son approbation et surtout avec un inconnu. La main plaquée sur le cœur, il jura. Pas sur Kesha, ni sur Soulen, ça n’aurait aucun intérêt en plus d’être injurieux, il jura simplement … Sans plus de fioriture, dans tous les cas, sa parole ne pesait pas grand-chose face à la fureur qu’elle pourrait déferler à son encontre, ou pire la fureur dont Irina Dranis – Haute-Prêtresse de ces lieux – userait pour lui faire pénétrer la foi dans la chair.
De retour au temple, elle lui tendit une première boite qui contenant quelques cachets à prendre « au levé et au couché » qui préserverait son âme et son corps de la rage, du typhus ou toutes autres saloperies que la bestiole à l’origine de sa blessure aurait pu lui transmettre. Il la saisit en la remerciant bien bas, même s’il ne saisissait pas bien comment une maladie pouvait résister à la déferlante d’essence divine qu’elle venait de lui administrer. Une fois le pilulier dans l’une de ses poches, elle lui transmit un second récipient contenant de l’eau de source bénie dans laquelle infusée quelques herbes médicinales assurant une bonne circulation du sang dans les membres inférieurs.

« Je sais, je me plains de votre climat à la noix, mais mon sang afflux chacun de mes membres.
─ Vous n’êtes pas très dégourdi pour un maitre Eclaris, cette décoction n’est pas pour vous, Gareth …
─ J’aime quand vous m’appelez Gareth, lui dit-il un poil taquin.
─ Cessez donc de charmer la pauvre religieuse que je suis et …
Kesha force-t-elle ses disciples à toutes les formes de piété … Bon dieu ! » Elle lui sourit en retenant un rire qui n’avait pas sa place à l’entrée du temple, puis elle lui frappa l’épaule avec la poigne d’un bucheron.
« Cessez donc vos provocations, dois-je vous rappeler le sol que vous foulez ? » Il se tue, pour ne pas offusquer les disciples de Kesha. « Portez cette fiole à Romaine, tavernière de la Caverne de l’Ourse. La pauvre souffre terriblement pendant ses longues soirées à servir des ivrognes. Tachez de ne pas vous y enivrer de façon outrancière, votre état ne vous le permet pas.  
Iona, je ne suis pas coursier, dit-il en grimaçant. Accompagnes-moi, je ne suis pas médecin.
─ C’est sur votre chemin, ne faites pas l’enfant. Nous nous reverrons, il me reste bien des principes à apprendre pour égaler votre Alchimie.
Hooo Iona, tu flattes mon ego. »

Mais déjà, elle s’éloignait en pénétrant dans le domaine de Kesha. Aucun éclair à l’horizon pour le foudroyer, lui et son badinage. Tout en marchant vers la ville basse, drapé d’une cape doublée de fourrure, une large écharpe rouge autour du cou, Gareth observait la fiole, elle ne donnait vraiment pas envie, d’apparence comme d’odeur. Il la fourra dans l’une de ses poches, non loin du pilulier à l’effigie du temple d’Hellas. Sur son chemin, il salua quelques citadin avec lesquels il avait eut le temps de discuter de tous et de rien, du Colosse de Gaeaf, de la tension dans l’air … du beau temps qui se faisait languir. Au détour d’un coupe gorge, il dévia de sa route pour éviter son aubergiste, elle tenait toujours son marteau à la main. Vraisemblablement son mobilier n’avait pas survécu aux soulards de la nuit dernière. A tous les coups, elle devait le chercher pour qu’il use de sa technique sur du chêne et de l’ébène, mais le Sindarin n’en avait aucunement l’intention.

Quelques dix minutes plus tard, il poussait la porte de la Caverne de l’Ourse, en s’ébrouant comme pour se débarrasser d’un froid tangible, particulaire, qui s’écoulait le long de son corps. La moitié de son visage était encore masquée par l’imposante écharpe couleur carmin qui protégeait son larynx plus habitué au climat tempéré de Canopée ou à la chaleur haletante d’Argyreï. Romaine lui sourit de toutes ses dents alors même qu’elle ne pouvait définir si les intentions de son hôte seraient bonnes ou mauvaises. Le coursier de ses dames s’approcha du comptoir en zigzagant entre les chaises et la table, aujourd’hui comme chaque jour, la taverne était bondée de monde. Un monde plus ou moins respectable, plus ou moins adapté au lieu, plus ou moins âgé, plutôt juvénile pour quelques garçons déjà portés sur le houblon. Une fois à la hauteur de Romaine – s’il est toutefois possible de parler d’hauteur, étant donné la stature imposante de la Yorka – il sortit la fiole odorante de sa poche sous les regards méfiants de la dame. Il se ravisa en préférant se débarrasser de son écharpe en bandoulière sur son épaule. Il lui sourit, d’un rictus plein de bonnes intentions. Puis il lui remit la fiole portant l’insigne de Kesha et l’écriture toute particulière de Iona.

« Une goutte matin, au levé et une de plus au soir avant de dormir, expliqua-t-il en reprenant les mots exactes de la prêtresse. Vous en avez bien pour un ou deux mois, un vrai remède de cheval … Enfin d’ourse … Enfin vous comprenez c’que j’veux dire. » Elle rit de plus belle.
« Comment que vous vous appelez mon bon coursier ! Blond comme le houblon, vous n’avez pas la gueule d’un Cimmérien d’base vous.
Touché ! Je ne suis pas du pays, Romaine. Gareth pour vous servir, Ma-Dame, finit-il à grand renfort de formes tout à fait ironiques. Bonne vivante, elle rit de plus belle en lui tapant sur l’épaule avec la force d’un ours des montagnes.
─ Un collègue tavernier de Gaeaf, les dieux les gardent ! » Elle avait un léger pincement dans la voix, l’Eclari abaissa la tête respectueusement pour participer au devoir de deuil. « Il m’a parlé d’un Gareth blond comme les blés, un plaisantin qui lui a consolidé ses fondations et érigé quelques murs et toitures comme par magie. Ce n’serait pas le gaillard qui me fait face par hasard.
Je ne sais pas, mais celui-là devait être un idiot heureux et assoiffé, pour s’épuiser dans une tâche de maçonnerie. » Elle lui tendit une chopine en retenant un nouveau rire tonitruant et elle lui indiqua une table où il pourrait s’asseoir.
« J’vous y mets un plat du jour, la chopine c’est pour te mettre en appétit et t’réchauffer, tu m’as l’air gelé de l’intérieur. On n’a pas beaucoup d’place aujourd’hui, mais ces damoiselles m’ont l’air d’une bien bonne compagnie.
Humm … Je ne comptais pas m’attarder, Romaine … Mais c’est difficile de refuser une telle invitation, et encore plus la boisson !
─ Haa ! Voilà c’que l’on aime entendre à la Caverne de l’Ourse. »

Il s’écarta du comptoir dans un geste de la main pour se diriger vers la chaise encore libre. Il faillit déverser le contenu de sa chope sur le dos d’un citadin. Ceci dit, il n’aurait probablement pas fait la différence entre la tâche et le tissu jauni de son veston. Gareth lui mit une petite tape dans le dos en lui faisant remarquer qu’il venait d’éviter une douche, l’homme lui fit remarquer que la mousse ne lui ferait pas de mal, voir même qu’elle lui décrasserait les oreilles, et il pouffa bruyamment en frappant du poing sur la table. En voilà des bons vivants, pensa-t-il en tirant sa chaise. Au centre de Canopée, il en connait quelques uns qui l’aurait défié en duel pour moins que ça … Ces quelques Canopéens rêvaient de lui mettre une rouste, lui le fils aîné du Chevalier Ezéchiel. Lui mettre la honte à lui et son gratte papier de rejeton et finalement, Gareth n’était pas contre faire tâter du plat de son épée le fondement de quelques échauffés … Mais voilà, le bon Chevalier préférait rappeler les damoiseaux à leurs obligations, leurs rangs et leur dignité … Surtout leur pompeuse dignité. Rien qu’à cette pensée, le Sindarin grinçait des dents.
Il tira la chaise pour s’y installer, puis déposa sa chopine sur un rond de table – pour ne pas frustrer la tavernière – et il décrit ses compagnes de table, qui entamaient déjà les discussions quelques minutes plus tôt. La première était une Yorka, ses plumes ne laissaient aucun doute sur sa nature. Pourquoi n’avait-il pas invité le sergent Evans ? A n’en pas douter un fier albatros comme lui y aurait trouvé une charmante compagnie. La seconde avait le teint plus pâle, une chevelure d’un blanc immaculé. Elle n’avait décidément rien d’une Cimmérienne, elle non plus et la légère pointe de ses oreilles venait confirmer ses dires. Malgré sa tenue, ses apparats ne laissaient aucun doute quant à sa posture. La Sindarine était probablement plus habituée à ce pays qu’il ne l’était lui-même et très attachée au culte de Soulen à en croire l’inscription qu’il observait sans en donner l’impression. A vrai dire, elles avaient quelques choses que l’Eclari reconnaissait. Il restait une trace de chacune d’elles dans sa mémoire, à croire qu’il les avait peut-être déjà croisées au détour d’une rue ou bien à Gaeaf … Ou peut-être bien qu’on les avait simplement évoquées l’une comme l’autre. Une jeune femme dont la chevelure semblait faite de plume et une Sindarine aux cheveux dépigmentés. Il se sentait incroyablement banal, avec son teint hâlé par le soleil chaud du sud. Il but une gorgée de sa boisson qui éveilla ses sens, alors qu’un Terran éructait avec la virilité d’un guerrier tout en évoquant des combats violents contre des hydres et des dragons imaginaires. Gareth sourit en secouant discrètement la tête de gauche à droite. Les hommes ne changeraient donc jamais, les siècles n’y font rien. Son verre à nouveau sur son rond de table, il se saisit de la petite boite à l’insigne du temple de Kesha pour avaler son cachet du soir, d’une traite, sans détailler ce qu’il pouvait contenir. Son écharpe attachée à sa chaise, il déboutonna le col de sa chemise laissant apparaitre son cou et ses propres apparats dont une clé d’entrée à la masure et le cadeau offert par Iona pendant leur aventure. Une chaleur de plomb régnait en mettre dans cette taverne, à moins que le typhus ne le gagne. Il posa le petit boitier près de son verre et son regard sur les deux invitées de l’auberge. Elles n’avaient vraiment pas la dégaine des filles de la ville basse.

« Vous m’excuserez, Romaine ne tient pas à me laisser sortir dans le froid avant un bon repas chaud. » Il entendit un client hurler en faisant claquer deux chopines.
« Héé tavernière ! Ma belle Romaine ! Deux de plus sur ma note !
─ Pas de note pour toi, tu paies cache ou tu dégages, rétorqua-t-elle probablement habituée aux notes impayées.
Tout l’intérêt de ces tavernes, c’est bien les rencontres impromptues. Je me nomme Gareth Ezéchiel, et à quoi bon se le cacher il est évident que je ne suis pas du pays, mais ravi, mesdemoiselles. »

Il conclut sur une pointe humoristique, presque provocatrice.

« Que peuvent bien faire deux jeunes demoiselles dans les ruelles … Charmantes et chaleureuses, appuya-t-il en haussant légèrement le ton sur la fin avant de reprendre sur un ton plus privé … dans les ruelles des bas quartiers d’Hellas, et en si petit comité qui plus est. Vous vous êtes perdues ? »

Il finit le coude sur la table, en retenant sa tête dans sa paume. Il eut un nouveau rictus lorsqu’un des hommes de la table voisine fit tinter ses couverts pour expliquer comment ils avaient, lui et ses gaillards, vaincu l’un des deux Léviathans de Gaeaf. Il n’y avait aucune chance pour que les choses se soient passées comme il le disait et pour cause il s’y était trouvé et relaté actuellement le récit dans l’un de ses carnets de voyage. Certains détails resteraient à jamais du domaine de la légende … Dénaturés par une virilité trop prégnante.
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MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Dim 9 Aoû - 22:21

    La femme qui venait d’entrer attira les regards encore plus que Kim l’avait fait. Celle-ci, frêle, petite, mais véritablement magnifique détonnait de manière étonnante avec l’endroit. Les tissus de ses vêtements, parfaitement entretenue, ainsi que le médaillon visiblement de valeur qu’elle portait sur sa poitrine démontrait l’appartenance de la femme a une classe sociale bien différente de celle des clients de l’endroit. Pourtant, elle ne semblait ni intimidé, ni surprise de l’allure de l’endroit, et ne semblait qu’une cliente ordinaire de par son attitude décontracté. Celle-ci, après avoir parlé à Romaine qui était rapidement sortie de la cuisine à son entrée, se dirigea vers Kimera, qui la regarda approcher d’un air neutre.

    Cette femme, de près, ne semblait pas aussi à l’aise que lorsque Kim l’avait aperçu du coin de l’œil et ses regards fréquent autour d’elle dévoilait plus de nervosité que de curiosité. Délivrant délibérément la pointe de ses oreilles pointues de ses cheveux, la femme se présenta avec un léger accent sindarin, dévoilant son appartenance aux prêtresses de Soulen. N’ayant que peu de connaissance des gens d’importances du monde en général, Kim ne vit en Kalendra qu’une prêtresse ordinaire mais aisée. Celle-ci la questionna et la yorka hocha brièvement la tête, sans être vexé le moindre du monde de son approche un peu abrupte.

    – Tu ne te trompe pas! Je viens tout juste d’arriver à Hellas, j’ai entrepris un long voyage pour répondre à l’appel de Kesha, et j’ai atterri dans ce charmant endroit à la recherche d’un bon repas. Je suis Kimera, mais tu peux m’appeler Kim.

    La yorka fut distraite par le son de la porte, qui attira son attention. Un homme entra, détonnant lui aussi avec l’endroit. Cependant, celui-ci semblait prêt à remplir une mission et se dirigea rapidement vers Romaine, qui semblait bien se douter de la raison de la présence du garçon dans son établissement. N’entendant pas leur conversation par le bruit assourdissant que faisait les voix des hommes présents et les tintements des choppes et des assiettes, Kim remarqua l’échange d’une petite fiole, suivit d’une conversation qui semblait bien amusante vu les rires qui la ponctuait. Après avoir reçu sa chopine, Kim vit l’homme approcher du couple étrange que formaient les deux femmes. La yorka reporta son attention sur sa voisine pendant un instant, juste le temps que celui qui avait tout d’un sindarin se présente a leur côté.

    Il prit une place à leur table sans aucune gêne, et Kim se retint de lancer une remarque sur le manque de politesse de l’homme alors qu’il expliquait sa présence à l’auberge sans justifier sa présence à leur table. Plus curieuse qu’autre chose, la yorka se contenta d’attendre la suite, fixant le nouveau venu d’un regard perçant, sans pour autant être insistant. La suite des paroles du sindarin, ironique et amusé, fit aimer tout de suite le côté franc du visiteur à la yorka, qui lui servit un petit sourire en coin.

    – Pour quelqu’un qui nous reproche de s’être perdus, tu ne sembles pas non plus être à ta place ici, mon cher Gareth, dit Kimera d’un ton amusé, voir moqueur.

    Relativement beau, lui aussi, et ayant ces oreilles caractérisant les membres de leur race, les deux sindarins se ressemblaient presque par leur fine taille et leur chevelure presqu’aussi blanche que les plumes de la yorka. L’homme, finement musclé, semblait plus détendu que la plupart des membres de cette race que la femme-albatros avait rencontré jusque là, ce qui lui plaisait bien. Désignant Kalendra d’un geste désinvolte, Kim prit de nouveau la parole, plus sérieuse. Elle évoqua ses croyances sans gêne, connaissant le côté souvent religieux des sindarins.

    – Nous ne sommes pas ensemble, cette femme vient tout juste de se joindre à moi, dit-elle en offrant l’un de ses rares sourires à celle-ci. Je viens pour ma part de loin pour répondre à l’appel de Kesha et rejoindre les prêtresses de ce lieu. Pour ce qui est de ma présence dans cet établissement, je dois avouer que l’appel de mon estomac a dépassé l’espace d’un instant celui de ma déesse.

    Dans un fracas accompagnée d’une délicieuse odeur de nourriture, trois assiettes se posèrent devant eux, remplit d’un ragoût bien chaud qui fit aussitôt saliver la yorka. Elle s’empara de ses couverts avec un peu trop d’empressement, renversant maladroitement le verre d’eau accompagnant son repas sur la table en éclaboussant du même coup ses deux compagnons de table. Laissant échapper un juron et marmonnant sur sa maladresse légendaire, Kim tenta de réparer les dégâts, avant de se lever d’un bon et d’aller chercher un bout de tissu pour essuyer la table et ses vêtements trempés. Soupirant, la yorka jeta un regard meurtrier aux deux sindarins, ne voulant pas entendre de commentaire sur cet événement idiot.

    Prenant finalement une bouché de son repas, la femme retrouva sa bonne humeur presque immédiatement, heureuse d’enfin pouvoir manger à sa faim. N’entendant des gens derrière eux qu’un vaste bourdonnement de voix, la jeune yorka ne prêta que peu d’attention aux paroles échangés qui ne l’interpellait pas, captivé par ce premier repas depuis la veille qu’elle englouti rapidement malgré la viande un peu caoutchouteuse. L’oreille ouverte, elle était toutefois attentive a ses deux compagnons de table et prête a rejoindre cette conversation qui avait tout pour devenir intéressante.
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Kalendra Dogbar
MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Ven 14 Aoû - 1:14

HRP:
 

Kim, la Yorka-albatros.
Cela sonnait fichtrement bien aux oreilles longues de la Sindarine. Le tutoiement que l'emplumée lui adressa, inhabituel, ingénu, la déconcerta un instant mais ne l'offusqua pas tant son air chaleureux l'occultait. Elle avait oublié un instant où elle se trouvait -non pas que son interlocutrice eut l'attitude d'une femme de basse extraction- juste que les conversations en arrière-plan lui parvenaient désormais comme derrière une vitre opaque. Ainsi, elle était une femme de religion, ou du moins, allait le devenir de manière officielle ; peu importait aux dix Dieux les groupuscules pieux, seule la foi comptait. Et de foi, cette yorka devait en être imbibée ; elle parlait même de cette piété comme... Un appel. Elle-même avait autrefois désignée sa déférence comme une voix qui la guidait, comme une voix omnisciente et omnipotente qui la menait entre les chemins sombres, allégories des possibilités de choix et de vie, comme une voix qui ne voyait qu'elle dans ses espérances. Comme une voix divine, femme ou homme, déesse de magnificence ou dieu de mensonge, déesse sans ignorance ou dieu des eaux qui nous rongent.

Plongée dans les yeux de Kimera, elle reporta son attention sur l'entrée quand la cloche sonna. Brièvement, les regards se tournèrent vers l'homme, visiblement un Sindarin, comme ils l'avaient fait précédemment pour elle. D’œillades discrètes, elle parvint à l'observer sans toutefois trop montrer de sa vigilance, contrairement à sa voisine qui ne paraissait pas se cacher. Grâce à son ouïe sindarine, Kalendra décrypta avec aisance la conversation qui se tenait au comptoir, et tout ses autres sens maintenus en alerte étaient à l'affût du moindre élément perturbateur ; à moins que les éléments perturbateurs ne soient déjà sous ses yeux, ou elle-même. La tavernière -Romaine- les pointa du doigt, ce après quoi elle fit mine de les ignorer, suivant malgré tout les pas légers de l'homme à travers le brouhaha ambiant. A la dernière seconde pourtant, avant qu'il ne décide de prendre place auprès d'elles, la prêtresse tourna la tête.
Il était indubitablement un sindarin, preuve par ses oreilles pointus, mais il avait aussi l'air altier et la démarche aérienne caractéristiques des natifs canopéens. Ses traits parfaitement dessinés et fins lui rappelèrent un instant sa sylve originelle, dans un élan presque patriotique, où elle se demanda si elle l'avait déjà croisé. Mai non, il était bien plus âgé qu'elle. Si un terran ou une personne inexpérimentée les avait observés, il n'aurait sûrement estimé leur écart d'âge qu'à une quinzaine ou dizaine d'années. Pourtant, Kalendra avait deviné qu'il était déjà plusieurs fois centenaires, elle qui venait tout juste d'atteindre ses 104 ans.  
Cependant, quand elle l'observa prendre place à la table, sans qu'elle ne montre la moindre émotion ou énonce le moindre mot, elle put voir sur lui différents objets clairement dédiés aux religieux. D'abord, le collier qu'il portait présentait les symboles de tous les Dieux du Panthéon. Ils y étaient tous, sans exception et plus encore. Soulen, Bor, Sharna, Téneis, Gréis, Délil, Fen, Kron, Aléa, Kesha... la gravure vouée à cette dernière était d'ailleurs parfaitement réalisée. Par la suite, il sortit une boîte elle aussi estampillée du symbole de Kesha. La déesse de la féminité, mère des Sindarins, avait-elle sa préférence ? Sans aucun doute. Pourtant, quand il posait les yeux sur toutes ces effigies, il ne semblait pas y avoir d'étincelles dans ses yeux ; comme il y en avait dans les yeux de Kalendra quand elle-même regardait son médaillon d'argent. L'homme avait le regard posé, profond et scrutateur des savants, leur air calme en toute circonstance et leur langage placide.

Mais le silence était d'or et Kalendra savait garder le sien. Si ses deux compagnons d'infortune commençaient d'ors et déjà une conversation, elle se contentait d'observer et d'emmagasiner un maximum d'information ; le savoir était rarement ce que l'on croyait être vraiment, ou alors, on n'en avait qu'une définition incomplète et condensée. Quand on évoquait le savoir, le premier mot qui venait sans force à l'esprit était connaissance. A cette pensée, la servante de Soulen songea à tout le plaisir ou l'horreur qu'elle avait eu à rencontrer des Eclaris jusqu'à présent. Son avis sur eux était particulièrement incertain. Si certains pouvaient s'avérer violents, destructeurs, intolérants, d'autres pouvaient aboutir à des recherches concrètes sans déranger personne, et en plaçant le religieux en haut de la pyramide en guise d'inconnue. Elle se rappela cet idiot qui lui avait rétorqué que la magie n'avait rien de divin en levant les yeux au ciel. Il n'avait fait que former des hypothèses sans regarder les faits, fermant à lui alors de centaines de possibilités. La seule proposition qui répondait vraiment à toutes les questions qu'on se posait était la foi. Vraiment, il n'y avait que cela.
Alors qu'elle détaillait attentivement Kim et Gareth -son nom selon ses dires- elle fut tentée de les comparer l'un à l'autre et avec elle-même. Dans la taverne de l'Ourse, chacun d'entre eux détonnait à sa propre manière de l'endroit ; ils n'auraient pas mieux fait s'il s'étaient vêtus de couleurs criardes et chantantes. Kim paraissait être un véritable petit oiseau moqueur, insouciant et plein de franchise. Gareth quant à lui, avait plutôt l'étoffe des hommes de savoir, malgré tous les artifices religieux dont il se parait. Leurs réflexions respectives lui tirèrent un de ses rares sourires. Chacun avait l'air d'être plein de répondant et de bonnes attentions.  

Alors que Kalendra s'apprêtait à prendre la parole, après qu'ils aient été servis, la femme plumée eut un geste malencontreux qui déversa le contenu de son verre sur la table. Le liquide, onde iridescente, parcourut le bois jusqu'à eux et quelques tâches se formèrent sur le tissu de ses vêtements. Regardant, stoïque, le déplacement ondulé de l'élément aqueux, elle ne remarqua pas tout de suite la réaction agacée de Kimera face à sa propre maladresse. Relevant la tête, croisant le regard d'acier de la Yorka qui leur intimait de se taire, véritable pic de glace, elle lui adressa en retour un sourire franc (d'apparat comme elle l'appelait, juste utile à détendre les autres) avant d'activer son essence divine. La sentant affluer dans ses veines et sans quitter la femme des yeux, un vent fort se mit à souffler sur la mage, asséchant un maximum des tâches sombres sur les tissus. L'agacement qui avait animé Kimera quelques secondes plus tôt lui rappelait sa propre colère. Dans l'esprit de la haute prêtresse, son énervement était une vague gigantesque que l'hérésie et l'ignorance abreuvaient, tout comme son manque de contrôle, et qui tremblait comme un feu follet. Si la vague était la représentation parfaite de son agitation intérieure, c'était aussi parce que son Dieu semblait l'avoir faite à sa manière - ce qui en réalité la portait et la troublait en même temps. On disait Soulen colérique par instant - un Gélovigien n'aurait sans doute pas mieux décrit Kalendra. Mais ce qui la troublait davantage même que cela en ce moment, était la ressemblance qu'elle discernait dans chacun de ses compagnons. Chez l'un, elle retrouvait la beauté et les caractéristiques de leur race ; chez l'autre, le comportement qu'elle avait et avait eu, et l'animation par la foi.

Soudain, alors qu'elle goûtait tranquillement le ragoût -viande insipide mais habilement relevée pour en cacher le manque de goût-, elle se souvint avoir voulu parler, et ne pas s'être présentée encore. Alors, se raclant la gorge avec le plus de discrétion qu'elle ne le put, l'aquamancienne se tourna vers Gareth et éleva à travers le brouhaha un alfari parfait.

- Kalendra, prêtresse de Soulen. Ravie de rencontrer ici un compatriote sindarin. Personnellement, je viens du Temple, j'ai été envoyée ici pour des raisons purement diplomatiques, engagea-t-elle, sans plus montrer de détails quant à sa mission. Plus loin, à quelques tables de là, les hommes se battaient leurs actes lors de la bataille de Gaeaf, ce qui eut le don d'exaspérer Kalendra. Un sourire mesquin sur les lèvres, elle tenta sa chance. Jetant un œil à Kimera, elle reprit en un isthar plus familier pour ne pas la perturber ni ne la mettre à l'écart. Alors, comme cela, vous n'êtes pas d'ici, tous les deux ! Avez-vous eu vent des évènements récents, à Gaeaf ? Et de la Guerre... Bien sûr, ces deux questions étaient rhétoriques, et leur seule vocation était d'engager une conversation qui promettait des avis hétéroclites et pour le moins divergents.


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MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Lun 17 Aoû - 3:17


Tout au long de sa marche hésitante et légère entre les tablées, bondées, parfois très odorantes, parfois sujet à des discussions tout à fait sérieuses – mais toujours rigolardes –, il remarquait l’insistance de ses futures compagnes de table, au moins pour cette soirée. Une fois assis, si l’une n’hésitait pas à soutenir son regard avec opiniâtreté, la seconde détournait le regard faisant mine de ne pas s’intéresser à ce qu’il se passait sous ses yeux, face à elle. A quelques dizaines de centimètres, pas plus. Il connaissait bien cette façon de faire, assez courante à la Cour des Nobles, qu’elle se tienne à Canopée ou ailleurs. Ce petit jeu visait à définir les intentions de ses interlocuteurs d’un soir ou de longue date et bien sûr à déceler toutes les informations qui pourraient être utiles dans les heures qui suivraient. Au cours des cents dernières années, à Canopée et bien avant à la Cour de Nyx et même dans les lieux les moins évidents, Gareth avait eut l’occasion d’observer la plupart des techniques d’informations, certaines fines d’autres moins, même dans les tavernes. Oui, oui … l’extraction n’a jamais défini la perspicacité. La sagesse d’un « paysan » ou d’un enfant recouvert d’une boue sèche et craquelée.

Par ailleurs, il ne lui en tenait pas la moindre rigueur, lui-même portait une grande importance à l’analyse et la compréhension de ses partenaires que ce soit dans un salon de discussion, dans une taverne ou au balcon d’une charmante dame. Aussi, il lui laissait tout le temps de l’observation, il n’avait rien à cacher sur lui-même, qu’il s’agisse de considérations religieuses ou bien d’école de pensée. La clée, symbole de son appartenance à la Caste des Eclaris pendouillait fébrilement à son cou et démontrer toute la transparence qui l’animait. Pour autant, il s’enorgueillit de ne jamais s’être délibérément aligné à une quelconque école, préférant de loin user d’un sens aiguisé de la critique, son libre arbitre le plus total et par-dessus tout une ouverture d’esprit qu’il recherchait chez lui comme chez les autres. Par ailleurs, même si cette jeune Sindarine s’avérait pourvue d’un don de télékinésie, il lui faudrait bien du temps et des efforts avant d’en tirer quoi que ce soit de probant. Pur mécanisme d’auto-défense. Il choisit délibérément de jouer son jeu, faisant mine de ne rien y voir de plus qu’une timidité effarante et il s’intéressa de plus près à la Yorka dont le verbe portait tout un calque de mélodies. Suite à son intervention juste après s’être assis, il se tut portant son attention sur les mots de l’albatros, souriant toujours aux allégations des criards. Le petit boitier au creux de sa main libre changeait de teinte en voyageant entre ses doigts, dorée puis argentée avant de reprendre sa nature céramique. Focalisé sur l’histoire de Kiméra, il ne s’en rendait même plus compte … une véritable manie.  
En quelques mots, la jeune Yorka lui livrait son patronyme et bien plus sur son histoire qu’il n’en espérait, en si peu de temps. La demoiselle n’était pas native du continent et venait probablement d’arriver dans ces contrées gelées pour intégrer l’autel de Kesha et intégrer le clan particulier des Prêtresses de Cimméria, ou peut-être de Kesha … moins politiquement ancré à Cimméria. Le doute persistait et persisterait encore quelques temps, l’information ne changeait rien à la foi qui la poussait à subir un tel climat pour s’adonner au rite de la déesse. Il lui sourit, admiratif de son parcours et plus encore de sa détermination, puis lui indiqua quelques mots.

« Mais ce n’est pas un reproche, loin de-là. Se perdre, voilà une aptitude tout à fait charmante … Voyez-vous, se perdre c’est commencer à découvrir tout un monde qui nous est inconnu. » Il lui sourit, en plissant légèrement des yeux sa tête reposant toujours dans le creux de la main, il se saisit de sa fourchette pour goûter une bouchée du ragout à la Romaine. « Ha ! Vous intégrez donc le temple de Kesha. Si vous en avez l’occasion et le temps, remerciez Iona Maldor de ma part, nous nous sommes quittés sans que j’ai véritablement le temps de la remercier pour ses soins et sa compagnie. » Il lui tardait de revoir son apprentie alchimiste en herbe. « Vous avez un référant dans l’Ordre ? »

Avant qu’il n’ait le temps d’entretenir un peu plus ce frêle échange, leurs plats firent irruption et la maladresse de la prêtresse la conduit à renverser son verre provoquant quelques légères inondations entre leurs assiettes. L’incident lui en fit glisser son boitier des doigts, désormais mi-argent mi-porcelaine. Gareth sentit un léger souffle, une brise effleurait le napperon, asséchant ainsi la toile imbibée du liquide doucereux. De son côté, le Sindarin s’employa à rallumer les quelques bougies éteintes par l’incident en passant sa main rougeoyante au dessus. La chaleur exaltait l’odeur de paraffine et des effluves d’absinthe qui embaumaient la salle à mesure que la nuit s’y écoulait. Il s’autorisa une expression en terrania qu’il avait souvent entendu dans les tavernes et qui ne trouvait pas de véritable traduction en isthar, si ce n’est « A vot’e santé ! ». Il fit signe à un serveur de leur apporter un nouveau verre, sans ironiser plus que cela sur ce malencontreux incidents qui fustigeait la demoiselle. Ce n’était pourtant ni la première, ni la dernière fois qu’un verre laissait son contenu s’échapper ailleurs que dans un gosier, et cela dans toutes les tavernes du monde.

Suite à un balbutiement coupé par l’incident sans impact politico-social, la Sindarine au teint d’albâtre lui adressa quelques mots en alfari, la langue natale des Sindarins. Autant dire que ses quelques mots lui arrachèrent quelques pétillements pupillaires … En considérant son âge, son patronyme loin d’être le plus répandu – même dans les contrées sylvestres – et les longues discussions sur les lignées Canopéennes de son paternel, Gareth fit rapidement le ménage dans ses questionnements pour conclure que ce soit sur le rang de la Sindarine ou sur la nature de ses « raisons purement diplomatiques ». Par le passé, il y a plus d’un an de ça, il avait prit grand plaisir à discuter avec une prêtresse et un prêtre de Soulen en expédition au Lac Gelé, où il se trouvait lui-même pour observer les étoiles. Les légendes et faits religieux qu’ils lui avaient inculqués au cours de ces quelques nuits le laissaient encore songeur. Pas déterminé du tout quant à l’existence des dieux, l’échange réciproque eut le mérite d’animer le feu de camp. Ils se quittèrent d’ailleurs en bons termes. Une fois que Kalendra eut fini de l’interpeller discrètement, il lui répliqua dans un sourire avenant, parfaitement charmant et toujours en alfari :

« Enchanté, Haute-prêtresse de Soulen … Je vous ai probablement croisé dans votre petite enfance, bien que vous ayez quitté Canopée très rapidement. Je ne vous en blâme pas, j’ai fait de même … D’une manière plus ou moins forcée, certes, mais les voyages forgent le caractère. Toutes mes félicitations pour votre accession au trône de Soulen … » Sans un mot de plus, il espérait quelle entrevoit dans son intonation et son regard – elle semblait parfaitement à l’aise dans ce domaine – qu’il n’ébruiterait pas son rang, chacun ses petits secrets qu’importe la confusion.

Lorsque Kalendra fit allusion à Gaeaf et à la Guerre qui grondait, sans la discrétion qui l’animait plus tôt, il y eut comme une brise glacée qui parcourut la salle. Loin d’un silence pesant, les tables environnantes se firent moins bruyantes. Sans relever la tête, Gareth se remémorait Gaeaf le regard perdu dans la flammette qui émanait de la bougie. Puis son excursion avec Léogan à travers Hellas … Puis toutes les informations qui lui parvenaient d’Argyreï, de proches, de la Masure, de bédouins … Il soupira longuement, en se demandant quand l’Ere de Providence viendrait achever l’actuelle … Il l’attendait impatiemment. El Bahari avait définitivement disparu … Gaeaf était ravagée, mais les Hommes reconstruiraient les bâtisses, les morts par contre …
Soudain, un homme se leva avec sa chopine à la main, il l’engloutit cul sec pour se donner du courage avant de s’approcher de leur table et de frapper violement du poing. Gareth vit son assiette bondir deux ou trois fois au rythme des coups du butor, le contenu de sa chopine oscillait en surface. Il sentait presque l’haleine du Terran et entendait le rythme saccadé des battements de son cœur.

« On leur a foutu une branlée monstrueuse à ces abominiminations de Soulen, hoqueta-t-il. J’m’en vais bien vous y raconter comment on a transpercé un Leviathan, coupé la tête du second … Et explosait le monstre au large. » Sans était trop.
« Retournez-vous asseoir, mon brave, je vous offre votre dernière chopine de la soirée. Détendez-vous, vous savez bien que ça ne s’est pas passé comme vous l’indiquez. Lui rétorqua le Sindarin d’un ton avenant. Le Terran les observa en titubant légèrement.
─ Et comment qu’vous pouvez l’affirmer, oreille-en-pique. On a pas b’soin d’vous autres les elfes planquaient dans vos forêts, retournez-y ! Et encore moins d’vos sermons d’religieux de culs bénis à vous aut’e là ! Nous on trinque ! » Face au soupire du Sindarin, il tenta de le saisir par le col … mais n’y parvint pas, encore enivré.
« Nous ne voulons pas d’ennuis, et vous en voulez encore moins. Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Etes-vous mort ? Avez-vous subit le contrecoup de l’apparition du Colosse ? Avez-vous participé à la bataille ? Votre femme et vos enfants ont-ils un toit pour dormir ce soir ? Oui … Alors allez-donc les rejoindre et bénissez les dieux pour ce que d’autres non plus actuellement … Vous n’êtes pas déracinés et encore moins à la rue, vous avez même de quoi vous payer de la bière et du chanvre. Alors mon brave homme, nous vivons tous des temps troubles et les raisons nous échappent encore … Mais ne me parlez pas de qui trinque et qui ne trinque pas. Je sais parfaitement qui a le plus trinqué dans l’affaire. Et vous savez quoi ? » Le Cimmérien qui retrouvait progressivement sa sobriété lui entonna de poursuivre. « Les gens de Gaeaf, oui, les soldats, oui ... Mais certainement pas vous.
─ Je m’en vais te d’mander pourquoi t’es si certain d’ton affaire le non-humain ! Et si la raison n’est pas satisfaisante je te frappe de mon os !
La raison de ma certitude ? Je suis informé. J’y éta … Le Terran lui coupa la parole, avant qu’il ne termine.
─ Et alors moi z’aussi … Pourquoi les informations de Messire vaudraient plus que les miennes.
Bran ! Tu regagnes ton siège, tu arrêtes tes jérémiades et tu décuves en silence ou je te fous dehors à coups d’pied au cul ! Grogna Romaine en saisissant un objet contondant sous son comptoir, sans le montrer pour autant. Et fait bien gaffe à c’qu’y va sortir de ta gueule d’ivrogne, ou je m’en vais informer ta femme de tes dettes de jeux mon couillon ! » Le silence de la tavernière qui s’approchait de la table. « Dans mon établissement je ne veux pas de sang ! Si tu veux t’échauffer, vas donc flirter avec les cabots sauvages ! Compris ! »

L’homme s’en retourna s’asseoir à sa place, en grognant légèrement. La remontrance sévère de la Yorka-ours venait de mettre un terme à son enivrement. Elle s’adressa au petit groupe, les observant l’un après l’autre et en apposant la main musculeuse sur l’épaule de Gareth qui gardait la main sur la garde de son arme. Il se détendit avant de saisir son verre à moitié vide. Toute la mousse de sa boisson s’était affaissée comme si la tension dans l’air avait suffi à conjurer les bulles de sa boisson.

« Excuses-moi, Romaine. Vous aussi ... dit-il à l'intention des deux prêtresses. Je n'aurais pas du m'emporter ! Offres une tournée générale, je te paierais généreusement pour les désagréments et je peux déguerpir si ma présence est source de problèmes.
Vous entendez les poivrots ! La boisson vous est offerte. » Elle ravisa son ton pour des octaves plus bas, en forçant sa position assise de sa poigne sur ses épaules. « A la Caverne de l’Ours, on ne part pas pour de petits malentendus. Tout va bien ? »

Romaine conclut en accordant un regard chaleureux aux deux prêtresses. Son verre à la main, Gareth soupira silencieusement un long moment, il aurait peut-être été préférable qu’il se taise et laisse l’ivrogne salir la mémoire des victimes de sa vantardise héroïque ridicule entrecoupée de rots … Non, au final, la misère d’Hellas n’autorise en rien les attaques … et pis encore, la bêtise.

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MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Mar 18 Aoû - 3:09

    – Se perdre peut en effet devenir une aventure très enrichissante, je te l’accorde. Je n’ai toutefois pas la chance de m’être égaré aujourd’hui et ma présence en cet endroit, bien que fortuite, est tout à fait volontaire et ne provient pas d’un désir de trouver mon chemin.

    Kimera lui servit un regard entendu. Ce Gareth lui rappelait Assimer, son maître, qui avait cette étrange manie de la faire réfléchir lorsqu’elle parlait avec l’insouciance qu’elle avait manifesté quelques secondes plus tôt en répondant au sindarin. Celui-ci ne semblait toutefois pas surpris de la réponse de la yorka et lui avait répondu avec l’habileté que profère l’habitude. Plein de sagesse, l’homme devait être beaucoup plus âgé que son mentor, mais la jeune femme en connaissait assez sur les races de ce monde pour ne pas se risquer à évaluer l’âge de son compagnon. Les sindarins étaient un peuple fier et bien que Kalendra paraissait plus jeune que Gareth, elle n’aurait pas prit le risque non plus d’évaluer l’écart d’âge qui les séparait, celui-ci devant être beaucoup plus élevé que ce que les yeux d’une simple yorka pouvait entrevoir. Elle était toutefois certaine que ces deux sindarins étaient beaucoup plus âgé qu’elle.

    Suite à l’accident que sa maladresse avait provoqué, Kim jeta un œil à ses deux compagnons de table, qui ne relevèrent pas l’incident, mais réglèrent les problèmes qu’il avait causés d’une manifestation d’essence divine. Voyant l’homme se servir de pouvoir qu’elle aurait elle-même pu utiliser, Kim se maudit de ne pas y avoir pensé avant, mais se refusa de s’attarder plus longtemps sur l’évènement, surtout que Kalendra s’anima enfin, elle qui était resté passive durant l’échange précédent. Elle choisit pourtant de s’exprimer a alfari, ce qui fit grimacer la yorka qui se concentra pour comprendre les quelques mots que ses deux compagnons échangèrent. Assimer parlait couramment l’alfari et lui avait appris cette magnifique langue. Kim le parlait d’ailleurs assez bien, tout comme bien entendu l’isthar et le terrania, mais aussi et plus étonnamment le goyfar. Ayant beaucoup de facilité avec les langues, la jeune femme avait même réussi à apprendre quelques mots d’ellendë lors de son séjour près de la cité des sylphides. Elle n’eut toutefois pas le temps de le faire savoir à ses compagnons.

    Que Kalendra soit la Haute Prêtresse de Soulen ne changeait rien a ce que pensait la yorka de la jeune femme, et ce malgré les éloges de Gareth a son propos. Si la jeune femme connaissait l’histoire générale du monde, elle n’avait aucune éducation politique et n’avait rien à faire des considérations éthiques des autres peuples. Selon la femme-albatros, seul les actions et les choix de chacun avait une importance et le plus important n’était pas le respect des règles des communautés, mais le respect de la liberté de chacun, et surtout de la sienne, en vérité. La suite des paroles de la sindarine, qui parlait de nouveau en isthar, piqua la curiosité de l’albatros qui se redressa sur sa chaise en même temps que la plupart des gens assit près d’eux, qui calmèrent le bruit de leur conversation pour s’intéresser à la discussion qui s’entamait. Kim avait vaguement entendu parler sur les routes de l’horreur qui s’était déroulé a Gaeaf.

    Visiblement, cet homme ne semblait pas seulement intéressé par le sujet, mais complètement en colère. Visiblement très éméché, celui-ci insultât allègrement Soulen, ce qui eu pour effet de faire tiqué la future prêtresse. N’étant pas une fervente défenderesse de ce dieu, elle le respect tout au moins et ne supportait pas qu’on les critiques de cette façon, que l’homme soit croyant ou non. Elle respectait parfaitement que certaine personne n’ait jamais entendu l’appel d’un dieu et que ceux-ci ne croient pas a leur existence, mais elle attendait par contre le même respect des autres envers elle. Gareth s’en mêla rapidement, évitant a Kim de le faire, mais l’homme, loin de se calmer, choisis plutôt de s’attaquer directement au peuple sindarin, ce qui ne sembla pas énerver Gareth le moindre du monde, qui se mit toutefois à vider son sac. Celui-ci était visiblement très conscient des évènements de Gaeaf et ne supportait pas qu’on tourne au ridicule cette tragédie, ce qui était très compréhensible vu l’horreur que rapportait les rumeurs.

    Il avait également insulté les deux jeunes femmes, mais voyant que Gareth avait la situation bien en main, Kim se retint d’intervenir, elle dont les plumes s’étaient ébouriffé pour répondre a l’attaque verbale de l’ivrogne. Elle se tenait toutefois sur ses gardes, ne souhaitant pas permettre à l’homme de prendre le dessus sur son compagnon. Elle n’eut toutefois pas besoin d’intervenir, car le silence qu’avait causé l’accrochage dans l’établissement, combiné aux éclats de voix, attira Romaine, qui rappela rapidement qui décidait dans cet établissement. Connaissant visiblement le mauvais caractère de la patronne, l’ivrogne retourna à sa place sous la menace de celle-ci, qui s’excusa auprès de leur table. Gareth paya la tourné et Kim ne vit aucune raison de refuser un verre. La boisson lui redonna le sourire et dans un geste irréfléchi, la jeune femme se mit à lisser ses plumes, leur faisant reprendre leur apparence d’origine.

    – Tu n’as pas à t’excuser, au contraire. La fin aurait probablement été plus explosive si je m’en étais mêlé, j’avoue ne pas avoir autant de retenue que toi!

    Kim souleva son verre avant de prendre une gorgée. Oubliant les conventions et redevenant elle-même, la yorka n’avait pas de gêne à se comporter avec peu de classe, perdant la retenu toute féminine qui l’animait un peu plus tôt. Maintenant à l’aise avec ses deux amis, Kim se souvint de la conversation en alfari qui s’était déroulé entre les deux sindarins quelque minute plus tôt. Elle choisit d’y faire allusion, ne souhaitant pas cacher sa compréhension de leur langue a ses deux compagnons. Elle s’exprima donc dans leur langue, dévoilant un accent très prononcé, assez criard, qui détonnait avec le ton habituellement utilisé lors de conversation dans cette langue. S’adressant a la prêtresse, Kim s’exprima avec douceur.

    – Il faut être prudent, on ne sait jamais qui peut nous comprendre. J’ai une plus grande éducation que je ne le laisse paraître. Ton statut ne change rien pour moi, ce qui ne m’empêchera pas de garder ce secret, si tel est ton désir.

    Ne laissant pas le temps à ses compagnons de répondre à son affirmation, la femme revint rapidement sur le sujet de conversation précédent, reprenant la langue d’usage.

    – Je ne suis pas au courant de ce qui est arrivé à Gaeaf, sauf pour les quelques rumeurs que j’ai entendu en me rendant jusqu’ici, qui doivent être aussi déformé que possible. J’ai cru comprendre que tu avais été impliqué d’une façon ou d’une autre dans cette tragédie, dit-elle en s’adressant à Gareth. En sais-tu davantage de ton côté? Elle s’adressait cette fois à Kalendra, qui avait abordé le sujet la première.



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Kalendra Dogbar
MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Mar 1 Sep - 19:48

HRP :
 

Décidément, cette soirée allait de surprise en surprise. Des surprises plus ou moins nuancées, plus ou moins réjouissantes, plus ou moins... Surprenantes. D'abord, quand Gareth lui avait répondu, toujours dans leur langue natale, il avait habilement souligné et dévoilé son titre ; cela ne l'étonna pas ni ne la choqua. À son ton neutre, Kalendra devina qu'il ne dirait rien ; mais la suite de ses paroles l'intéressa davantage. D'une certaine façon, ils étaient semblables pour leurs choix, ou du moins pour leur parcours. Leurs routes pouvaient se faire et se défaire ; leurs voies, l'opposé l'une de l'autre. Pourtant, le Sindarin était courtois, et doté d'une formidable capacité de déduction - ou d'une mémoire persistante. Peu impressionnable, cela cependant eut le don d'informer la haute prêtresse sur la dextérité spirituelle de son interlocuteur. Dans tous les cas, son estime pour Gareth ne cessait de grimper jusqu'à ce que la prêtresse ne perçoive sur lui un éclat lumineux familier. Un pendentif, qu'elle n'avait jusqu'alors pas vu, sûrement caché par l'autre, pendait à son cou ; mais ce bijou, Kalendra le connaissait bien. C'était la clé de Tennan, presque caractéristique des Eclaris, que l'homme avait mis en exergue comme son propre médaillon. Sa forme, bien spécifique, était reconnaissable entre toutes, et la Gélovigienne avait appris à distinguer cet atour parmi les autres. Elle fit taire, en un instant, ses craintes et avertissements intérieurs. À un moment très bref de son existence, ce devait être il y a une cinquantaine d'année, elle aurait souhaité être dans son cas. Intéressée par la culture et l'étude de certains phénomènes, Kalendra avait rencontré dans sa jeunesse nombre d'intellectuels qui l'avait fascinée. Ainsi, elle aurait presque voulu en être. Comme quoi, en une poignée de secondes, de jours ou de mois, un personnage pouvait changer du tout au tout. Mais c'était un éclari. Un éclari sindarin. Un éclari sindarin qui portait sur lui des symboles divins. Un éclari sindarin, avenant au possible, mais dont la transparence occultait sans doute tout un tas de secrets enfouis sous des dizaines d'années.

Puis ce fut à son tour de parler. Belle tentative ratée.
Il s'imposa, dès qu'elle eut baissé la voix et achevé ses phrases, un silence glacial qui aurait fait tremblé tous les tréfonds d'Hellas. Interdite, Kalendra balaya de son regard de la salle avant qu'un homme, de haute stature (bien plus haute qu'elle, au moins) mais la démarche titubante, se lève. S'approchant, il abaissa un poing rageur sur la table, qui fit trembler ses assiettes, ses couverts et son verre. La mage n'avait pas peur. Elle leva sur l'ivrogne un regard où se mêlaient améthyste, saphir et fer ; couleurs abyssales, teintes célestes et intransigeance métallique. Mais lui avait le regard vide. Quand il tint des propos blasphématoires, insultant Soulen avec la même légèreté qu'il avait dû engloutir son pichet d'hydromel ou sa chope de bière, elle eut un hoquet. Kalendra, ses ongles enfoncés dans le bois de la table, esquissa le geste furieux de se lever mais se ravisa vite ; la situation dérapait. Alors qu'elle s'apprêtait elle-même à répondre à l'homme, Gareth prit les rênes de la discussion. Fébrile, elle l'entendait disserter avec d'étonnantes capacités oratoires, et elle s'étonna d'être pourtant toujours dans la taverne. Là où l'érudit employait un ton posé et calme, et servait des répliques irréprochables, son interlocuteur paraissait s'efforcer d'être le plus insultant possible dans chacune de ses phrases. Qu'il s'en prenne à sa race passe encore, mais que son Dieu et sa Voie soient critiqués, elle ne pouvait le laisser faire. Elle sentait en elle un océan rouge de colère bouillonnante, où les vagues étaient vermeilles et l'écume de sang. La houle atteignait le ciel crépusculaire et ses soleils aux rais pourpres, menaçant d'engloutir son monde et tout son être sans espoir d'accalmie. Aussi, elle chassa de cet esprit cette mer de violence ; Gareth semblait avoir la situation bien en main, et faisait montre d'une stabilité remarquable malgré tout. Malgré tout, et surtout malgré l'odeur affreuse que l'ivrogne dégageait. La pestilence de son haleine, profondément imprégnée d'alcool, se confondait aux effluves, salées et épicées, du ragoût qui embrumait la taverne entière - et perturbait l'odorat de la sindarine.
Très vite, il devint évident que l'Eclari était relativement bien informé sur l'événement. Les faits lui avaient-ils été dictés, du fond de la Masure, ou y avait-il participé ? Jetant un œil à Kimera, Kalendra pût constater avec soulagement qu'elle aussi était sur le qui-vive, prête à agir en cas de pépin. Ses sens de sindarin activés, sa conscience à son paroxysme, elle se concentra un instant sur les alentours de l'altercation. Les compagnons de l'homme enivré se soûlaient avec la même allégresse, appuyant par des balbutiements les propos de Bran. Car, quelques secondes plus tard à peine, Romaine surgissait de la cuisine et rétablissait l'ordre dans la taverne ; elle écouta aussi avec attention les excuses de Gareth. Pourtant, elle ne trouvait pas tout cela légitime. Il avait agi en homme responsable et respectueux sans jamais se départir de sang-froid. Ainsi, la Gélovigienne refusa poliment l'alcool qu'on lui proposa : elle souhaitait garder les idées claires.

- Kimera a raison, souligna le plus doucement possible Kalendra. Tu n'as pas à t'en vouloir de l'idiotie et des incartades des autres.

Et il n'y avait rien de plus vrai. Elle avait d'ailleurs presque retrouvé un semblant de sérénité après l'intervention de Romaine. Pourtant, la Haute Prêtresse avait eu beaucoup de mal, à son arrivée dans le monde hors de Canopée, à s'accommoder à ces changements brutaux de situation ; là où chez les sindarins, tout se faisait en lenteur et en dizaines d'années, les terrans n'avaient que quelques souffles pour profiter de la vie. Mais maintenant, il n'y avait plus aucun problème. Et même, quand la Yorka-oiseau commença à parler en alfari, Kalendra leva distraitement la tête sans vraiment se rendre compte.
Elle n'était pas étonnée que Gareth ait deviné son statut. En revanche, que Kimera sache manier leur langue, bien que d'une manière rudimentaire, était plus étonnant. Qu'elle la comprenne et l'applique, et d'une rapidité déconcertante vu le fil de la discussion, la surprit plus encore. A la réponse de la future prêtresse, elle sourit. L'œil de Soulen ne souhaitait pas montrer qu'elle était déconcertée. Car en vérité, elle ne l'était pas. Elle se sentait un peu honteuse d'avoir négligée Kimera, il est vrai, mais pas plus d'émotions ne se bousculaient en elle. Jamais elle ne gaspillait une occasion d'user de sa langue natale. Prête à lui répondre, la Yorka changea néanmoins de sujet sans crier gare, reprenant la conversation précédemment abordée.

- A vrai dire, je crains de ne pas en savoir plus que toi, Kimera. Elle faisait tourner dans ses doigts la chope qu'elle fixait d'yeux vides. C'est en fait la raison de ma venue ici. Et comme vous pouvez l'observer, elle leva alors sur eux deux ses prunelles mauves, il n'y a rien qui ne se soit avéré très concluant. Mais apparemment, continua-t-elle en posant son regard sur Gareth, nous ne sommes pas tous dans l'ignorance concernant... Ce jour à Gaeaf.


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MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Mar 15 Sep - 2:51


Après quelques minutes pendant lesquelles elle cherchait à dissiper le malentendu, engourdissant de ses mains charnues les épaules de l’Eclari, Romaine finit par rejoindre son comptoir pour y échanger quelques mots avec son second. Gareth se renfrogna quelque peu. Le bref cliquetis de son arme rejoignant son fourreau ne se fit entendre que comme un murmure étouffé, puis la paume de sa main délaissa enfin la garde de la lame. Il s’affaissa sur la chaise en s’étalant de tout son long dans une position propice au repos de ses lombaires. Les bras croisés, il semblait réfléchir avec profondeur, son regard sévère fixait le boitier floqué de l’insigne de Kesha, il le saisit avec légèreté et rectifia la nature de sa matière du bout de son doigt, petit à petit dans le crépitement d’étincelles énigmatiques l’argent redevenait céramique. Tout cela n’était que futilités, mais à défaut de pouvoir rectifier son assaillant, corriger sa propre aberration avait le don de calmer ses nerfs et d’adoucir son tempérament. Avec le temps et l’expérience, le sindarin apprit à dissocier ses envies de ses actes, si bien qu’il pouvait garder un calme impassible et raisonné face à la bêtise, tout en la corrigeant avec force, vigueur et bienveillance. Il sentait encore l’haleine chargée de Bran dans son dos et son regard le percer. S’il sortait maintenant, l’ivrogne le suivrait sans aucun doute … Partagé entre l’envie d’en découdre et l’insupportable vérité, il s’ancra férocement dans son siège pour refouler ses plus bas instincts. La triste vérité, c’est que Bran n’avait pas tout à fait tort, l’impuissance des protecteurs du peuple faisait peine à voir et il n’était pas mieux positionné dans cette hiérarchie. Il ne comprenait pas encore la raison profonde de ces désastres et il avait encore moins une réponse tranchée quand à la manière la plus efficace pour s’en prémunir. Toutes les classes sociétales de Cimméria, sous le choque, cherchent des réponses et plus particulièrement comment éliminer les menaces. Quelques esprits de la capitale sous-entendaient déjà la nécessité d’éradiquer toutes les horreurs que peuvent receler les fonds marins, d’autres proposent d’ériger un mur, une protection magique permanente autour du pays … De telles inepties l’auraient probablement fait rire, si elles ne trahissaient pas la radicalisation des peuples sur lesquelles se fracassaient les « malédictions ». Ils n’étaient pas rare ceux qui supposaient une intervention extérieure, une menace voisine. Là aussi, le simple fait d’imaginer qu’une bête animée d’une telle rage puisse être sous le contrôle d’Hommes n’avait aucun sens. Non, pour l’heure seule la coïncidence expliquait efficacement ces tristes événements … Une coïncidence frappant simultanément les extrémités du continent. Même en s’acharnant pour s’en convaincre, l’absurde ne faisait qu’un tour dans son esprit d’érudit.

Bien qu’il semble ailleurs et déconnecté de l’échange qui venait de reprendre dans leur petit groupe, il acquiesça un sourire lorsque Kimera se fit l’audace de répondre à leur messes basses dans leur propre langue de sindarins. Orgueilleux, présomptueux et cupides individus, interdit au partage. Il la salua en abaissant le menton, comme pour la féliciter de son aplomb et de la façon par laquelle elle leur faisait bien comprendre qu’elle s’entendait concernée par tout ce qu’il pourrait se dire. En voilà, une personnalité pleine de ressources et de fougue, de quoi survivre – ou songer survivre – à la tornade rousse, pensa-t-il. Pourtant il en était convaincu, répondre à l’ignorance admise, la vantardise perfide et la bêtise par la violence n’avait de sens que dans un affrontement directe. Là, ce n’était pas le cas. Entre eux et l’ivrogne, il y avait quelques grammes d’alcool et une rancœur profonde très probablement partagée par une large propension du peuple présent ce soir-là. Et, il serait difficile de leur en vouloir.
Au final, l’une comme l’autre revinrent au sujet principal de leur préoccupation, celui qui avait déclenché les hostilités et la fureur d’un cimmérien désinhibé. Toujours focalisé sur son office et la restauration de son boitier, il fut tout de même surpris d’apprendre que l’une comme l’autre ne sache pour ainsi dire rien. Que la disparition d’El Bahari et le désœuvrement des Ascans leur échappent, il le comprenait et l’admettait parfaitement, on ne peut se sentir concerné par ce qu’il se passe à l’autre bout du continent sans s’y trouver impliqué. Mais à Gaeaf, au Lac Gelé, il n’est pourtant pas si loin du temple de Soulen et le gouvernement du Maire n’avait donc pas informé ses administrés … La vision de Bellicio sirotant un thé avec le Duc Seh face au désastre surgit soudainement des tréfonds de sa mémoire. Au final, ce n’est pas si incompréhensible … Conclut-il dans un élan de lucidité.

Entre ses doigts, il fit pivoter la boite avec satisfaction, puis il la fourra dans une poche intérieure de sa cape et se saisit de sa chopine pour s’abreuvoir et échapper au regard acide de Bran. Il lui fit un bref signe discret de la main, comme pour lui faire comprendre qu’il n’oubliait pas mais plus encore qu’il ressentait son énervement à dix mètres, qu’il n’était donc plus nécessaire qu’il le dévisage, au méprit des somptueuses terrans qui allaient et venaient. Qu’importe l’ethnie ou l’extraction pour tous les hommes, un geste clair se suffit parfois à de longs discours. Libéré d’un poids, il croisait à nouveau ses bras sur son torse, malgré tout il ne sentait plus sa parole aussi libérée qu’au départ. Et l’absence d’informateurs au temple de Soulen le troublait, bien que cette défaillance de l’appareil politique explique la présence de la Haute Prêtresse dans les rues d’Hellas. Une question lui traversa l’esprit, s’était-elle – elle et sa délégation – arrêtée à Gaeaf pour y récupérer les précieuses informations qui se diluaient irrémédiablement dans les rues de la Capitale … ? Bien qu’elle le taraude, il la conserva au fond de sa gorge.

« Exploser de colère ne rimerait à rien ici, Kimera. Et je vous rassure, en terme de colère j’ai mes propres limites. Je peux comprendre que vous ne supportiez pas ou plus l’arrogance et les insultes. C’est tout à fait admirable de votre de part que vous défendre et défendre ceux qui n’en ont pas la force. Mais ces gens sont des victimes, ils subissent une colère qu’ils ne comprennent pas et craignent pour le futur sans pouvoir concevoir d’avenir. » Il n’y avait rien de moralisateur dans sa voix, elle était plutôt neutre et froide … dénuée de la moindre émotion, il faisait le constat d’une réalité. « Toutefois, il est toujours bon de replacer le malheur dans son contexte, qu’il souhaite me fracasser le nez m’importe peu, si mes mots ne provoquent même qu’un début de prise de conscience chez lui, il est probable que cela se répercute aux alentours. » Il but à nouveau, en repensant aux jours passés. « Les cimmériens sont fatigués … Et cette homme n’est qu’une manifestation d’une forme de fatalisme. Un coup de garde lui aurait peut-être diminué ses ardeurs mais pas sa rancœur. Ils sont fatigués, fatigués et fiers. »

Pour conclure, il leva les yeux au ciel, ses trois-cents ans ne lui réussissaient pas. Un siècle plutôt, il aurait probablement trainé cet idiot par le col pour corriger ses ardeurs. A croire que l’adage se vérifie, la sagesse vient avec l’âge. Quoi qu’il fut rassuré de voir ses réflexes conservés mais inquiet pour sa grande gueule

« Le temple manque d’informateurs, ma foi, dit-il à la prêtresse avec une légère ironie dans la voix. Nous sommes tous plus ou moins impliqués, ou du moins vous y êtes impliqués par votre appartenance au culte de Soulen et Kesha. Votre présence pendant ces quelques heures importe peu, c’est le symbole qui joue dans l’inconscient. Pour ma part, je ne suis pas cimmérien, je ne suis pas directement impliqué dans l’appareil de votre état. Je n’ai donc pas le droit de parole pour une grande majorité des personnes touchées … En gros, pour les cimmériens. »

Il haussa les épaules, à vrai dire il comprenait parfaitement leur comportement et ne cherchait pas la reconnaissance. Les résultats auraient peut-être été les mêmes, meilleurs ou pires s’il n’avait pas été là. Eut-il fallu être prophète pour conclure sur ce point. Comment savoir. Il observa ses mains un instant, il semblait y voir encore les résidus de poudre et de chimie, il ressentait encore le picotement au bout de ses doigts, l’eau glacée et ce sentiment d’agir dans l’empressement dans des calculs probabilistes purement approchés. Le sel, le gré, l’acidité de l’air lui brulaient encore la peau, comme un souvenir irrémédiable. Il n’avait pas encore assimilé tout ce qui s’y était passé et ce qui suivit. Pourtant, il ne regrettait rien, pas encore du moins. Il leur répondit sans trop savoir ce qu’elle cherchait à découvrir.

« Non, vous avez raison Kalendra … Mais que voulez-vous savoir au juste ? Le désespoir des pêcheurs, la propension d’enfants arrachés à leur mère par le déchainement des eaux ou bien la mobilisation soudaine et spontanée d’un groupe d’individus face à une mort certaine … De ce point de vue, il n’y a rien à expliquer, le chaos est le même qu’importe le déclencheur … » Il parlait avec honnêteté. Rien ne différenciait le chaos du nord de celui du sud. Le bout de son doigt caressait l’encolure de son verre, il semblait chercher la synthèse au fond du liquide jaunâtre, il grimaçait et n’y parvenait pas encore. Maintenant il comprenait pourquoi son carnet de voyage recelait plus de ratures que de mots. « Des morts, la panique … Et du monde qui se disputent, s’affrontent mais s’organisent envers et contre tout. Une bataille impossible. » Conclut-il en déposant la chopine sur la table.

Au bout de la pièce, un nouveau protagoniste fit son apparition. Le terran de petite taille fit irruption sous une cape bleue indigo en velours délicat. Une idée saugrenue dans ce pays au temps aussi clément que le derrière d’une vache. Installé au bar, Gareth n’en vit qu’une main, mais il poursuivit son observation de sa vision périphérique, sa position lui facilitait tant la tâche qu’il aurait été criminel de ne pas en profiter. Sa main fine, féminine, décrivait des arabesques dans les airs qui semblaient conquérir l’âme et l’esprit de la tavernière. Romaine, lui indiqua une petite estrade au fond de la pièce, un siège haut y trônait sur quelques planches de bois rongées par le temps. Elle – de toute évidence une terran – virevolta entre les bancs, les hommes, les femmes et les tables gorgée du houblon de la nuit. Sa démarche était altière, gracieuse, sautillante et sa taille fine, galbée, subtile. Elle rejoint rapidement la modeste scène et sortit une sorte de luth – un instrument à corde en tout cas – taillé d’ébène et soigneusement verni de sous sa cape, pour en tendre les cordes et accorder chaque note. La tête penchée et couverte jusqu’au nez, il ne voyait que ses lèvres teintées d’un carmin sombre. Toutefois, une gestuelle lui mit la puce à l’oreille. Avant d’adopter une posture droite, elle tapota de sa chaussure gauche en rythme puis elle en frotta le bout trois fois contre son mollet droit. Gareth étira son cou pour mieux voir. Lorsqu’elle leva les yeux pour observer son public, sa capuche pivota sur sa nuque laissant ainsi apparaitre une chevelure obsidienne ondulant au rythme d’un léger courant d’air. Son regard était rouge comme le feu, pétillant d’ambre, fugace et vif à la fois. Dans un « Ha ! » étouffé, l’Eclari s’effaça dans le col de sa cape. Il ne faisait aucun doute qu’en dix années, Essi Öven avait changé, elle avait muri mais il ne doutait pas qu’elle ait conservé son caractère et son don pour fouiner partout où il ne faut pas. Même dans les sphères privées. De la même façon, il ne faisait aucun doute, que même ces citadins isolés dans le froid aient déjà entendu quelques unes de ses balades, de ses comptes fictifs fortement inspirés par des faits réels … Gareth l’aimait, il l’appréciait, il admirait son verbe comme sa beauté, mais il ne supportait pas son caractère de fouine, pourtant en cela ils se ressemblaient étonnement. Si elle savait son implication et il ne doutait pas non plus qu’elle soit là à ce sujet passionnant que son les morts de Gaeaf, elle le débusquerait et le presserait comme un citron trop mur. Non, peut-être pas finalement, Essi a un don pour discerner la vérité du mensonge et reconstituer les brides scénaristiques de la vie. Prophétesse à ses heures, ses balades ont parfois cette impression de déjà-vu ou un caractère prémonitoire …
Quel pouvait être le sujet de son chant. Il en avait une idée bien précise, et à vrai dire il préférait qu’elle se cantonne à l’actualité.

Tout en jetant un œil sur ses camarades d’un soir, il engloutit un quignon de pain avant de s’étouffer comme un brave. Essi chanterait en Ishtar, bien qu’elle préfère le mélodieux Alfari ou la richesse de l’Ellendë, pour toucher ce peuple disparate, il lui fallait l’homogénéité du langage continental. Pendant quelques minutes, elle tapota en rythme sur les cordes, comme pour se remémorer et ne pas se tromper. En joignant successivement à son pouce chaque doigt de sa main pour mimer son rythme, le sindarin cherchait à identifier l’air avec un peu d’avance. Un jeu de mélomanes, en privé et en d’autres circonstances, il se serait levé pour la couper dans son élan et hurler le nom de l’air. En Ishtéria les compositeurs ne courent plus les rues ces dernières années, le travail de la terre ou du fer rapportent bien plus même en appauvrissant l’âme.

Finalement à la première note [ musique jouée par Essi (clique) ], le bouquant propre aux tavernes s’essouffla pour se taire définitivement. Quelques têtes dodelinèrent de droite à gauche, d’autres se penchèrent en avant ou en arrière d’un air suspendu à la mélodie de ses doigts et de sa voix.

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MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Mer 21 Oct - 22:20

    Kim se balança sur sa chaise, intrigué. La jeune yorka n’était arrivé dans la ville que très récemment et elle s’était retrouver jusqu’alors à l’extrémité sud du continent, dans un lieu somme toute très isolé du reste du monde. Elle n’avait donc aucune honte à ne rien savoir des évènements qui s’était déroulé dans ce pays de neige. Que Kalendra, qui était pourtant dans le coin depuis beaucoup plus longtemps, n’en sache pas plus était par contre plus surprenant, et cela révéla a Kimera le manque d’information donné à la population concernant ces évènements. Si même la Grande Prêtresse de Soulen n’avait pas plus d’information sur ces informations, il serait étonnant qu’elle-même puisse en connaître les détails. Cependant, la jeune albatros était curieuse et elle avait une intuition qui lui disait que la suite serait vraisemblablement plus intéressante, car si Kalendra n’en savait pas plus, elle était convaincu que l’information que détenait Gareth était on ne peut plus complète et surtout, fidèle aux évènements. Elle s’exprima sur sa propre connaissance des évènemnts, précédent Gareth qui semblait sur le point de parler.

    - Ces gens sont des victimes de leur ignorance. Ils parlent sans savoir, ils ont peur sans en connaître la raison. Ils sont fatigué, certes, mais fatigué d’être tenu dans une ignorance si profonde que même Kalendra, qui devrait pourtant en savoir plus que la moyenne, est tenu dans l’ignorance. J’ignore les raisons de ces cachoteries, mais je les déplore. Les gens ont droit de savoir, quel qu’ils soient. Je viens de loin, alors je n’ai rien vu, rien ressenti, rien vécu de ce tragique évènement. Au mieux, j’en aie eu les échos. Un colosse, la destruction d’un village, les morts et les blessés. C’est tout. Pour le reste, ce sont des rumeurs, et je n’accorde aucun crédit aux rumeurs.


    Kimera sourit d’un sourire dur qui n’avait rien de complaisant. Le ton de la conversation était étranger à ce dont elle avait l’habitude, mais elle avait la chance d’avoir l’éducation pour tenir cette conversation. Elle le déplorait pourtant. Le ton était officiel, suave et flou, et cela lui déplaisait. Elle avait toujours préféré l’action aux paroles et elle détestait tourner autour du pot. Elle comprenait toutefois que côtoyer les sindarins nécessitait de la patience. Ceux-ci, vivant autrement plus longtemps que les hommes ou les yorkas, allaient dans la lenteur et ne voyait jamais d’inconvénient aux secrets et aux énigmes. Kim soignait son langage, réfléchissait, et il lui faisait un bien fou, sans qu’elle ne veule se l’admettre, de devoir se creuser la tête. Elle n’invectiva donc pas Gareth lorsqu’il choisit de s’exprimer à demi-mot, choisissant plutôt de réfléchir à ces paroles qui semblaient cacher beaucoup plus que ce qu’elles exprimaient au premier abord.

    « Du monde qui se disputent, s’affrontent mais s’organisent envers et contre tout. Une bataille impossible. » Ces paroles résonnait et tournai dans la tête de Kimera. Des complots? Le résultat d’une bavure humaine? Un simple hasard? La yorka écarta rapidement cette dernière option. Deux colosses s’étaient éveillés au même moment, et cela ne pouvait pas relevé du hasard. Cela ne relevait pas pour autant des peuples de ce monde, et pouvait très bien être le résultat d’une perturbation naturelle. Cela serait par contre assez surprenant. Elle ne connaissait rien de ce deuxième colosse, sinon qu’elle avait entendu qu’il y en avait eu un deuxième. La tête lui bourdonnait, et elle était si plongé dans ses pensées que l’arrivé de la terrane ne lui fit pas relever la tête. Elle était, de toute façon, entrée dans l’établissement avec tant de discrétion que les conversations ne s’était pas modulé en fonction de son arrivé, contrairement à ce qui s’était déroulé à chacune des arrivés des personnes assises a cette table.

    Elle connaissait cette mélodie, et elle connaissait Essi Öven. Difficile de ne pas connaître cette barde incroyable. Elle la voyait pourtant pour la première fois, et elle s’attarda un instant sur elle. Il n’y avait aucun doute sur son identité. Elle était tel que dépeinte, sa mélodie étant sa signature. Que venait-elle faire dans cet endroit? Pourquoi celui-ci plutôt que l’une de ces petites auberges lumineuses qu’elle avait rencontré en venant ici? Kim se secoua et choisit plutôt de se replongé dans ses pensées, sans se douter une seconde que la chanson qu’offrait Essi Öven aurait pu répondre a beaucoup de ses questions. Pour l’instant, tout restait flou.


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Kalendra Dogbar
MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Dim 25 Oct - 19:27

HRP:
 

- Une bataille impossible, oui. Des échos, aussi, comme l'a dit Kimera. Ce qui nous manque, ce sont les détails. Nous savons des choses : mais rien n'est jamais exact. Comment s'est-elle, justement, déroulée, cette bataille impossible ? La panique et la peur, la mort et l'angoisse, cela déforme les paroles. On n'a pas pu se fier à d'aussi peu fiables témoignages. Pourtant, onaurait dû m'informer. On aurait dû... Une pointe de vexation était clairement discernable dans ses propos : Kalendra aurait-elle perdu de son sang-froid ? Elle doutait que ses compagnons comprennent de quoi elle parlait, mais peu importait. Les gens sont flous, comme s'ils craignaient qu'on revienne les hanter, comme si le simple fait d'évoquer l'événement lui donnait plus d'ampleur. Les courriers... Les courriers étaient encore moins informatifs que tout ce que j'avais pu voir. Elle a ri jaune, puis grincé des dents.

La prêtresse ne se sentait plus du monde qui l'avait élevée au-dessus des autres. Elle était retournée dans une taverne miteuse pour la première fois plusieurs années. Elle avait retrouvé le contact avec le peuple. Même si elle se sentait au pied du mur, accablée par le Chaos, elle s'était rarement autant dévoilée, surtout auprès d'inconnus.
Les Dix, la piété, les Gélovigiens... Les guerres intestines étaient monnaie courante dans une caste de pureté. C'était un jeu où la naïveté n'avait pas sa place, un jeu où la puissance était de dias, d'or, de pouvoir, et non pas de divin comme on pouvait le prétendre. Chacun d'entre eux, chacun des dix Hauts-Prêtres avait une certaine force, qu'elle soit physique ou d'essence divine. Cependant, ce n'était pas leur personne propre qui comptait. C'était leur église avant tout, qu'ils représentaient ; qu'elle représentait, en cet instant, dans ce lieu de débauche comme certains l'auraient nommé, fait d'un bois vermoulu qui tombait presque en miettes. Oui, chacun de ses confrères était différent, chacun, en réalité, avait une philosophie de vie différente. Certains auraient considéré cette taverne avec dédain, avec l'air hautain des hommes d'en-haut. D'autres y seraient entrés, pris d'une allégresse particulière, connus et respectés par la populace et dans les entourages. À cette évocation, Kalendra avait des images bien précises à l'esprit. Lentement, sans presque être consciente de son geste, la Gélovigienne a passé une main ou deux dans ses cheveux ; elle en retenait les mèches blanches avec ferveur, s'y cramponnant pour ne pas les perdre, comme du sable qui s'écoulerait à pleine vitesse.

Puis, elle a débarquée.
Ce furent quelques œillades, discrètes, de Gareth vers l'entrée, qui mirent la puce à l'oreille de la Gélovigienne. Au départ, magnétique et discrète, la jeune barde a très vite attiré l'attention de l'entière taverne, avec sa démarche bondissante, virevoltant entre les tables. Sans plus attendre, Essi Öven, la renommée, a pris place sur l'estrade vétuste et grinçante qui l'attendait. La servante de Soulen connaissait plutôt bien, indirectement, Essi Öven. Elle l'appréciait pour la richesse de ses textes, mais davantage encore pour sa capacité à capter l'ambiance d'une pièce. Alors, elle la croisait pour la deuxième fois, la première ayant été à Hesperia, en Eridania. Était-ce il y a quelques mois, quelques saisons... ? Elle ne se souvenait plus exactement. Les années, pour les Sindarins, étaient des jours pour les Terrans. Ainsi, elle ignorait ce que la musicienne et compositrice hors pair venait faire ici, sur le continent gelé, alors même que le moment, le contexte n'était pas propice, entre la guerre à venir, les colosses, et la monotonie désespérante du pays des glaces.
Mais tout compte fait, le contexte devait être parfaitement adéquat pour Essi Öven. Les péripéties que le peuple cimmérien allait rencontrer était du pain béni pour la jeune Terran, tout un terrain sur lequel il serait bon de bâtir. Alors, elle était là, éblouissante et radieuse sur cette scène boisée, presque couverte de poussière tant les bardes se faisaient rares en ces lieux. Il était, en ce moment, un paysage hétéroclite qui se dessinait sous les yeux de cette audience improvisée ; une femmelette brune dardant son public d'un regard ambré, couverte d'étoffes précieuses, veloutées, tenant dans ses mains un instrument de facture extraordinaire, s'opposant à la décomposition presque en cours, des lieux. La richesse d'Essi Öven offrait un contraste presque terrifiant avec son arrière plan, plus délabré et décrépit. Le brouhaha de la taverne s'était presque éteint, étouffé par l'excitation ambiante. L'impétueuse compositrice a plaqué ses premiers accords, dans une mélodie familière aux oreilles de la Haute-Prêtresse.  

- Du haut des falaises gelées, les Dieux, eux, rient
Contemplent le peuple glacé, qui, lui, s'enfuit
Car il est d'armes qu'on ne peut pas combattre
Dont on dit, toujours, "jamais trois sans quatre" ...


Essi Öven a fait trembler la salle de notes et de paroles. Le sujet de l'incident à Gaeaf, si prévisible soit-il, était abordé avec finesse, et presque inconsciemment, le public a paru rapidement faire abstraction de l'extérieur. La musique était profonde, la mélodie, grave ; les protagonistes et antagonistes étaient présentés succinctement en un ou deux vers assez incertains. Chacune de ces descriptions brèves prenait forme dans l'esprit à une vitesse déconcertante, pour constituer une histoire nouvelle. Oh bien sûr, cette ballade paraissait largement inspirée des événements récents, tout en demeurant bien plus épique. En étant parvenue au corps de sa chanson, la jeune Terran a fait étal de toute son éloquence et de son verbe taquin. Les piques et les critiques étaient nombreuses et acérées dans ses vers, autant envers les Dieux, qu'envers les hommes de son récit. Il y avait le Monstre, le Fou, le Sage, l'Érudit, la Sainte... Pléthore de personnages qu'Essi se fit un plaisir de torturer et dépouiller de tout artifices. Qu'ils soient réels ou fictifs, Kalendra s'en moquait un peu : ce n'était pas cela qui l'intéressait. Et c'était suffisant pour comprendre ce qui s'y était déroulé. Au final, elle n'avait rien appris de supplémentaire qui soit concret, juste un combat sur plusieurs fronts, une issue incertaine et des morts : beaucoup de morts et de vies arrachées. Pourtant, (et c'est là que l'aquamancienne a vraiment reconnu son talent) la barde avait su donner une résonance dramatique à sa composition tout en y ajoutant des touches plus burlesques. Plusieurs ambiances se succédèrent avec délicatesse, et pendant ces quelques minutes, le quotidien se fit plus doux pour les ivrognes, les veuves et les habitués, et même pour Kalendra qui était attablée là.
Celle-ci, battant des cils, a eu l'air de reprendre conscience tout d'un coup, s'animant et observant autour d'elle. Le temps était comme en suspens. Tous les hommes, toutes les quelques femmes, et meme Romaine à son comptoir, étaient pendus, suspendus aux lèvres d'Essi Öven, captés par son flot de justes paroles. Tous étaient immobiles, pas même un murmure n'osait rompre l'harmonie qu'apportait la mélopée. Cette même odeur, de ragoût, d'égouts et de sueur mêlés, qui faisait le propre de la ville-basse, flottait dans l'air : cette fois pourtant elle était altérée par la suavité de la barde, et par toutes ces ondes sonores qui faisaient vibrer l'atmosphère. Elle jouait avec son public, le terrifiant et le fascinant tour à tour, tantôt joueuse, tantôt sombre. La Gélovigienne s'est un peu plus enfoncée dans ses fourrures, et s'est laissée importée, de nouveau, par ce fleuve de notes et de paroles qui venait à s'estomper.

- ... Perdu à cette heure dans les mers sombres,
Perdu telle une empreinte sanglante qu'on eut brodé
Sur des vies faites d'acier, de fer, de pénombre  
Sur une Neige si pure que l'air la corroderait.


Le silence a envahi la taverne, et il s'est fait pesant, s'abattant sur tous les clients comme une chape de plomb. La réaction s'est faite attendre, et pour cause : elle était nulle, inexistante. Les figures qu'on observait autour étaient et rougies et pâles, par la peur et le jugement. Quelques-uns des ivrognes, à quelques mètres, ont osé applaudir, sans aucune retenue.
Kalendra, toute en passivité, a détaillé ses compagnons.


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