Un oiseau dans une caverne



 
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 Un oiseau dans une caverne

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Kalendra Dogbar

MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Dim 2 Aoû - 14:59

Spoiler:
 

Après des jours de périple maritime, elles étaient arrivées à Hellas le matin même.
Tout d'abord, Aglaë et Kalendra avaient chevauché jusqu'à Gaeaf, encore dévasté par l'attaque du Colosse quelques temps plus tôt, et nouvellement animé par l'effervescence de la guerre. Les deux prêtresses de Soulen s'étaient évertuées à trouver un navire, avant de rejoindre un bâtiment marchand d'importation, monnayant quelques dias. Apparemment, il ne faisait pas bon de voyager ces derniers temps, pour les servantes du Dieu des Mers ; la majorité de l'équipage leur jetait des regards affligés quand l'autre partie se contentait tout bonnement de les ignorer. Si quelques hommes semblaient toujours porter Soulen en estime, ils se faisaient très discrets. Mais Kalendra avait appris à déceler la piété dans les méandres spirituels de tout bord, et elle voyait en eux de multiples preuves de cette dévotion :  elle était dans le nom de son Dieu énoncé par les marins, ou dans les rares paroles presque murmurées de soutien qu'on leur adressait. Et puis, quelques jours plus tard, quand ils accostèrent, les deux jeunes femmes s'empressèrent de déguerpir de là et de quitter le port d'Hellas au plus vite.

Depuis son élection en tant que Haute Prêtresse, l'aquamancienne n'avait eu que peu d'occasions de se rendre à la capitale ; ses venues constituaient majoritairement des visites diplomatiques à son homologue de Kesha ou aux dignitaires de la ville concernant l'affluence du Temple de Soulen. Mais cette fois, il avait fallu jouer un tout autre jeu. Suite aux événements récents, qui avaient vu la popularité de Soulen descendre en flèche, Kalendra avait décidé de prendre les choses en main ; un retour aux méthodes primordiales était nécessaire. Il fallait comprendre ce qui s'était déroulé au Lac Gelé, entendre des récits de l'attaque du Colosse et plus important encore, répandre dans les lieux les plus fréquentés de la cité la foi et la croyance. C'est pourquoi elle avait choisi à ces fins Aglaë, une des prêtresses dont elle était le plus proche, d'une timidité sans égale mais qui n'avait pas son pareil pour prêcher la bonne parole, la déférence lui déliant la langue tel l'alcool. D'apparence seulement sortie de l'adolescence, la jeune femme était un symbole d'évanescence et de pureté, à tel point qu'on aurait pu la prendre pour une prêtresse de Kesha. Pourtant, elle était bel et bien dévolue à Soulen, et aimait, comme Kalendra, montrer à tout Isthéria une image de son ordre aussi rude qu'ingénue. Alors, lorsque Aglaë serait dans les beaux quartiers, la Sindarin arpenterait les ruelles sinueuses de la ville basse ; de cette manière, chacune d'entre elles se ferait les yeux et les oreilles du Dieu des Océans.

Les deux sindarins se quittèrent sur l'une des plus grandes places de la citadelle, portant chacune sur elle une bourse remplie de dias. Aglaë, dont la pâleur maladive irradiait sous l'aube naissante, adressa quelques mots à la Haute Prêtresse avant de se faufiler à pas furtifs dans la foule matinale. Derrière elle, véritable courant marin, sa chevelure d'ébène se faisait feuille jouant avec le vent, ondoyante et irisée. Quand elle eut complètement disparut et que Kalendra ne pût plus la suivre des yeux, elle se surprit à admirer la cité. Mastodonte de pierre dans un cristal de givre, à l'ambiance presque mystique quand le crépuscule glissait sur les neiges, ou quand, dans les quartiers pauvres et les plus longues nuits de Nivéria, les gens n'avaient qu'une malheureuse lanterne de verre, une flamme dans leurs mains, pour les guider. Mais là, à cet instant, les soleils levants jouaient de leurs charmes pour offrir un ballet incessant dans la brume septentrionale, recouvrant chaque homme, chaque femme et chaque maison.

Il y avait quelque chose de distrayant à observer la torpeur dont Hellas s'était emparée. Dans les premières tavernes et auberges que Kalendra visitait, il n'y avait que quelques hommes alcoolisés qui finissaient leur nuit, et les récits qu'ils narraient sur le Colosse étaient si grotesques qu'elle doutait d'y trouver une once de vérité. Pourtant, plus tard, quand les soleils arrivèrent à leur zénith, les langues paraissaient se délier avec plus de véracité, même si les visages étaient graves et la guerre, dans tous les esprits. Elle intervint plusieurs fois, même, quand le débat devenait une question religieuse. L'abandon des Dieux est une fausse question, disait-elle. Car vous ne savez pas interpréter les signes. Car vous ne savez pas voir leur présence dans le monde. Pourquoi les pierres de Sphène brillent pour nous au bon moment ? se remémorant le jour où Soulen l'avait choisie. Pourquoi l'essence divine ou la magie ? Pourquoi le monde, les différences entre nous tous et les Gorgoroths, filles et fils de Kron ? Parce que les Dieux, et parce que chacune de ces questions trouve sa réponse dans la foi. Kalendra avait un avis tranché sur la question de la croyance, mais elle était douteuse quant aux Colosses ; c'est pourquoi elle ne dévoilait cet avis qu'en cas de nécessité. Peut-être les Colosses étaient-ils seulement des créatures qui émergeaient d'un long sommeil. Peut-être que la punition était un tribut vital et qu'il était le prix à payer. Mais s'il y avait une chose dont elle était certaine en revanche, c'est que les protections divines n'étaient jamais absolues et que chaque personne encore vivante actuellement devait sa survie au choix divin.
C'était ce qu'elle leur disait.

Puis, sa besogne presque achevée, les soleils déposèrent sur le monde un suaire sanguin qui para la terre des couleurs du crépuscule. L'or de leurs lumières glissaient sur l'ardoise des avenues, mais pas dans le quartier pauvre d'Hellas où se trouvait Kalendra. Bientôt, les deux astres solaires achevèrent leur cycle et laissèrent se déposer sur Isthéria un linceul noirâtre, fait de poussière, de charbon et d'ébène. Dans la semi-pénombre qui régnait dans l'allée terreuse, la Haute Prêtresse distinguait, grâce à sa vue de Sindarin, des ombres mouvantes qui rasaient les murs. Nulle lumière ne venait éclairer les lieux, ni lanternes ni flammes, seulement un rayon provenant d'une taverne, comme en témoignait la devanture vétuste. Sans hésiter la moindre seconde, observant avec attention le monde dans l'auberge, Kalendra s'y engouffrait au même moment où son vent faisait claquer la porte d'entrée.
L'ambiance qui pesait dans la salle avait quelque chose de familier pour elle, faisant écho à de lointains souvenirs d'enfance. Bringuebalée de port en port, de pays en pays en pays depuis sa plus tendre enfance, au départ tant intimidée qu'émerveillée par le monde, elle s'était émancipée au fil des voyages pour ne plus voir qu'en cette scène de barbarie un tableau convivial. Les chopes claquaient, un discret feu brûlait dans l'âtre et les hommes étalaient leurs faits d'armes avec une fierté toute masculine. En quatre-vingts ans, rien n'avait changé. Mais elle remarqua pourtant que malgré l'humilité de sa tenue, elle détonnait cruellement avec la pauvreté des lieux. De longues mitaines noires couvraient ses mains calleuses jusqu'au haut de ses bras minces, et elle s'était emmitouflée dans une pelisse d'azur clair doublée d'une épaisse fourrure blanche. Malgré la qualité indéniable des étoffes utilisées, et leur propreté, il n'y avait là aucune dorure, aucune broderie. Le seul signe qui trahissait son appartenance à une classe aisée était le médaillon d'argent, bien circulaire, qui pendait à son cou. L'exhibant fièrement, il était piqué çà et là de perles et de pierres, et gravé du symbole de Soulen, ce qui montrait également son lien avec le religieux. Ignorant le léger flottement qui suivit son entrée, elle se dirigea vers le comptoir en faisant claquer les semelles de cuir de ses bottes sur le plancher usé. Les conversations reprirent aussi vite qu'elles s'étaient arrêtées. Après un "J'arrive !" sonore et quelques secondes d'attente à peine, elle vit apparaître devant elle une femme à la pilosité abondante, qu'elle reconnut assez vite comme une Yorka. Avant même que celle-ci puisse élever la voix, elle sortit de sa bourse quelque dias qu'elle déposa sur le bois, puis prit la parole :

"- Votre repas du jour, s'il vous plait.  Elle jeta un long regard sur la pièce et identifia, non loin, une jeune femme -probablement la seule cliente présente ici hormis elle-même- à la chevelure de plumes duveteuse. Une Yorka-oiseau, sans aucun doute. La pointant du doigt, elle reprit. Je suis avec la demoiselle, là-bas."

Une réponse affirmative se fit attendre, mais Kalendra avait déjà commencé à se faufiler entre les bancs. Glissant entre les tables, ignorée ou observée du coin de l'œil, personne ne l'aurait reconnue. Soulagée, elle ne tarda pas à s'affaler sur le banc en face de la yorka-oiseau, dont la chevelure immaculée cascadait sur la nuque avant de s'assombrir. Dès que la Haute Prêtresse s'assit, elle remarqua la dureté de ses traits, et quelques cicatrices qui lui donnaient un air belliqueux. Passant une mèche de cheveux pâle derrière son oreille pointue, elle espérait rassurer la jeune Yorka. Surveillant aux alentours d'éventuelles oreilles indiscrètes, elle prit son air le plus décontracté possible. Son isthar marqué par un léger accent Sindarin, si l'on y prêtait attention, se fit murmure. Elle espérait que ses traits plus émaciés que d'ordinaire par la fatigue n'effraient pas l'étrangère -car elle avait tout d'une étrangère à ses yeux, disons le : l'air absent comme peu habitué.

- Désolée de cette approche un peu abrupte, je suis... Kalendra, prêtresse de Soulen. commença-t-elle, le ton bas, dévoilant délibérant son nom, espérant que la nouvelle venue ne l'ait jamais entendu. Vous me sembliez nouvelle, et seule. Que venez-vous donc faire par ici ?  


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MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Ven 14 Aoû - 1:14

HRP:
 

Kim, la Yorka-albatros.
Cela sonnait fichtrement bien aux oreilles longues de la Sindarine. Le tutoiement que l'emplumée lui adressa, inhabituel, ingénu, la déconcerta un instant mais ne l'offusqua pas tant son air chaleureux l'occultait. Elle avait oublié un instant où elle se trouvait -non pas que son interlocutrice eut l'attitude d'une femme de basse extraction- juste que les conversations en arrière-plan lui parvenaient désormais comme derrière une vitre opaque. Ainsi, elle était une femme de religion, ou du moins, allait le devenir de manière officielle ; peu importait aux dix Dieux les groupuscules pieux, seule la foi comptait. Et de foi, cette yorka devait en être imbibée ; elle parlait même de cette piété comme... Un appel. Elle-même avait autrefois désignée sa déférence comme une voix qui la guidait, comme une voix omnisciente et omnipotente qui la menait entre les chemins sombres, allégories des possibilités de choix et de vie, comme une voix qui ne voyait qu'elle dans ses espérances. Comme une voix divine, femme ou homme, déesse de magnificence ou dieu de mensonge, déesse sans ignorance ou dieu des eaux qui nous rongent.

Plongée dans les yeux de Kimera, elle reporta son attention sur l'entrée quand la cloche sonna. Brièvement, les regards se tournèrent vers l'homme, visiblement un Sindarin, comme ils l'avaient fait précédemment pour elle. D’œillades discrètes, elle parvint à l'observer sans toutefois trop montrer de sa vigilance, contrairement à sa voisine qui ne paraissait pas se cacher. Grâce à son ouïe sindarine, Kalendra décrypta avec aisance la conversation qui se tenait au comptoir, et tout ses autres sens maintenus en alerte étaient à l'affût du moindre élément perturbateur ; à moins que les éléments perturbateurs ne soient déjà sous ses yeux, ou elle-même. La tavernière -Romaine- les pointa du doigt, ce après quoi elle fit mine de les ignorer, suivant malgré tout les pas légers de l'homme à travers le brouhaha ambiant. A la dernière seconde pourtant, avant qu'il ne décide de prendre place auprès d'elles, la prêtresse tourna la tête.
Il était indubitablement un sindarin, preuve par ses oreilles pointus, mais il avait aussi l'air altier et la démarche aérienne caractéristiques des natifs canopéens. Ses traits parfaitement dessinés et fins lui rappelèrent un instant sa sylve originelle, dans un élan presque patriotique, où elle se demanda si elle l'avait déjà croisé. Mai non, il était bien plus âgé qu'elle. Si un terran ou une personne inexpérimentée les avait observés, il n'aurait sûrement estimé leur écart d'âge qu'à une quinzaine ou dizaine d'années. Pourtant, Kalendra avait deviné qu'il était déjà plusieurs fois centenaires, elle qui venait tout juste d'atteindre ses 104 ans.  
Cependant, quand elle l'observa prendre place à la table, sans qu'elle ne montre la moindre émotion ou énonce le moindre mot, elle put voir sur lui différents objets clairement dédiés aux religieux. D'abord, le collier qu'il portait présentait les symboles de tous les Dieux du Panthéon. Ils y étaient tous, sans exception et plus encore. Soulen, Bor, Sharna, Téneis, Gréis, Délil, Fen, Kron, Aléa, Kesha... la gravure vouée à cette dernière était d'ailleurs parfaitement réalisée. Par la suite, il sortit une boîte elle aussi estampillée du symbole de Kesha. La déesse de la féminité, mère des Sindarins, avait-elle sa préférence ? Sans aucun doute. Pourtant, quand il posait les yeux sur toutes ces effigies, il ne semblait pas y avoir d'étincelles dans ses yeux ; comme il y en avait dans les yeux de Kalendra quand elle-même regardait son médaillon d'argent. L'homme avait le regard posé, profond et scrutateur des savants, leur air calme en toute circonstance et leur langage placide.

Mais le silence était d'or et Kalendra savait garder le sien. Si ses deux compagnons d'infortune commençaient d'ors et déjà une conversation, elle se contentait d'observer et d'emmagasiner un maximum d'information ; le savoir était rarement ce que l'on croyait être vraiment, ou alors, on n'en avait qu'une définition incomplète et condensée. Quand on évoquait le savoir, le premier mot qui venait sans force à l'esprit était connaissance. A cette pensée, la servante de Soulen songea à tout le plaisir ou l'horreur qu'elle avait eu à rencontrer des Eclaris jusqu'à présent. Son avis sur eux était particulièrement incertain. Si certains pouvaient s'avérer violents, destructeurs, intolérants, d'autres pouvaient aboutir à des recherches concrètes sans déranger personne, et en plaçant le religieux en haut de la pyramide en guise d'inconnue. Elle se rappela cet idiot qui lui avait rétorqué que la magie n'avait rien de divin en levant les yeux au ciel. Il n'avait fait que former des hypothèses sans regarder les faits, fermant à lui alors de centaines de possibilités. La seule proposition qui répondait vraiment à toutes les questions qu'on se posait était la foi. Vraiment, il n'y avait que cela.
Alors qu'elle détaillait attentivement Kim et Gareth -son nom selon ses dires- elle fut tentée de les comparer l'un à l'autre et avec elle-même. Dans la taverne de l'Ourse, chacun d'entre eux détonnait à sa propre manière de l'endroit ; ils n'auraient pas mieux fait s'il s'étaient vêtus de couleurs criardes et chantantes. Kim paraissait être un véritable petit oiseau moqueur, insouciant et plein de franchise. Gareth quant à lui, avait plutôt l'étoffe des hommes de savoir, malgré tous les artifices religieux dont il se parait. Leurs réflexions respectives lui tirèrent un de ses rares sourires. Chacun avait l'air d'être plein de répondant et de bonnes attentions.  

Alors que Kalendra s'apprêtait à prendre la parole, après qu'ils aient été servis, la femme plumée eut un geste malencontreux qui déversa le contenu de son verre sur la table. Le liquide, onde iridescente, parcourut le bois jusqu'à eux et quelques tâches se formèrent sur le tissu de ses vêtements. Regardant, stoïque, le déplacement ondulé de l'élément aqueux, elle ne remarqua pas tout de suite la réaction agacée de Kimera face à sa propre maladresse. Relevant la tête, croisant le regard d'acier de la Yorka qui leur intimait de se taire, véritable pic de glace, elle lui adressa en retour un sourire franc (d'apparat comme elle l'appelait, juste utile à détendre les autres) avant d'activer son essence divine. La sentant affluer dans ses veines et sans quitter la femme des yeux, un vent fort se mit à souffler sur la mage, asséchant un maximum des tâches sombres sur les tissus. L'agacement qui avait animé Kimera quelques secondes plus tôt lui rappelait sa propre colère. Dans l'esprit de la haute prêtresse, son énervement était une vague gigantesque que l'hérésie et l'ignorance abreuvaient, tout comme son manque de contrôle, et qui tremblait comme un feu follet. Si la vague était la représentation parfaite de son agitation intérieure, c'était aussi parce que son Dieu semblait l'avoir faite à sa manière - ce qui en réalité la portait et la troublait en même temps. On disait Soulen colérique par instant - un Gélovigien n'aurait sans doute pas mieux décrit Kalendra. Mais ce qui la troublait davantage même que cela en ce moment, était la ressemblance qu'elle discernait dans chacun de ses compagnons. Chez l'un, elle retrouvait la beauté et les caractéristiques de leur race ; chez l'autre, le comportement qu'elle avait et avait eu, et l'animation par la foi.

Soudain, alors qu'elle goûtait tranquillement le ragoût -viande insipide mais habilement relevée pour en cacher le manque de goût-, elle se souvint avoir voulu parler, et ne pas s'être présentée encore. Alors, se raclant la gorge avec le plus de discrétion qu'elle ne le put, l'aquamancienne se tourna vers Gareth et éleva à travers le brouhaha un alfari parfait.

- Kalendra, prêtresse de Soulen. Ravie de rencontrer ici un compatriote sindarin. Personnellement, je viens du Temple, j'ai été envoyée ici pour des raisons purement diplomatiques, engagea-t-elle, sans plus montrer de détails quant à sa mission. Plus loin, à quelques tables de là, les hommes se battaient leurs actes lors de la bataille de Gaeaf, ce qui eut le don d'exaspérer Kalendra. Un sourire mesquin sur les lèvres, elle tenta sa chance. Jetant un œil à Kimera, elle reprit en un isthar plus familier pour ne pas la perturber ni ne la mettre à l'écart. Alors, comme cela, vous n'êtes pas d'ici, tous les deux ! Avez-vous eu vent des évènements récents, à Gaeaf ? Et de la Guerre... Bien sûr, ces deux questions étaient rhétoriques, et leur seule vocation était d'engager une conversation qui promettait des avis hétéroclites et pour le moins divergents.


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Kalendra Dogbar

MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Mar 1 Sep - 19:48

HRP :
 

Décidément, cette soirée allait de surprise en surprise. Des surprises plus ou moins nuancées, plus ou moins réjouissantes, plus ou moins... Surprenantes. D'abord, quand Gareth lui avait répondu, toujours dans leur langue natale, il avait habilement souligné et dévoilé son titre ; cela ne l'étonna pas ni ne la choqua. À son ton neutre, Kalendra devina qu'il ne dirait rien ; mais la suite de ses paroles l'intéressa davantage. D'une certaine façon, ils étaient semblables pour leurs choix, ou du moins pour leur parcours. Leurs routes pouvaient se faire et se défaire ; leurs voies, l'opposé l'une de l'autre. Pourtant, le Sindarin était courtois, et doté d'une formidable capacité de déduction - ou d'une mémoire persistante. Peu impressionnable, cela cependant eut le don d'informer la haute prêtresse sur la dextérité spirituelle de son interlocuteur. Dans tous les cas, son estime pour Gareth ne cessait de grimper jusqu'à ce que la prêtresse ne perçoive sur lui un éclat lumineux familier. Un pendentif, qu'elle n'avait jusqu'alors pas vu, sûrement caché par l'autre, pendait à son cou ; mais ce bijou, Kalendra le connaissait bien. C'était la clé de Tennan, presque caractéristique des Eclaris, que l'homme avait mis en exergue comme son propre médaillon. Sa forme, bien spécifique, était reconnaissable entre toutes, et la Gélovigienne avait appris à distinguer cet atour parmi les autres. Elle fit taire, en un instant, ses craintes et avertissements intérieurs. À un moment très bref de son existence, ce devait être il y a une cinquantaine d'année, elle aurait souhaité être dans son cas. Intéressée par la culture et l'étude de certains phénomènes, Kalendra avait rencontré dans sa jeunesse nombre d'intellectuels qui l'avait fascinée. Ainsi, elle aurait presque voulu en être. Comme quoi, en une poignée de secondes, de jours ou de mois, un personnage pouvait changer du tout au tout. Mais c'était un éclari. Un éclari sindarin. Un éclari sindarin qui portait sur lui des symboles divins. Un éclari sindarin, avenant au possible, mais dont la transparence occultait sans doute tout un tas de secrets enfouis sous des dizaines d'années.

Puis ce fut à son tour de parler. Belle tentative ratée.
Il s'imposa, dès qu'elle eut baissé la voix et achevé ses phrases, un silence glacial qui aurait fait tremblé tous les tréfonds d'Hellas. Interdite, Kalendra balaya de son regard de la salle avant qu'un homme, de haute stature (bien plus haute qu'elle, au moins) mais la démarche titubante, se lève. S'approchant, il abaissa un poing rageur sur la table, qui fit trembler ses assiettes, ses couverts et son verre. La mage n'avait pas peur. Elle leva sur l'ivrogne un regard où se mêlaient améthyste, saphir et fer ; couleurs abyssales, teintes célestes et intransigeance métallique. Mais lui avait le regard vide. Quand il tint des propos blasphématoires, insultant Soulen avec la même légèreté qu'il avait dû engloutir son pichet d'hydromel ou sa chope de bière, elle eut un hoquet. Kalendra, ses ongles enfoncés dans le bois de la table, esquissa le geste furieux de se lever mais se ravisa vite ; la situation dérapait. Alors qu'elle s'apprêtait elle-même à répondre à l'homme, Gareth prit les rênes de la discussion. Fébrile, elle l'entendait disserter avec d'étonnantes capacités oratoires, et elle s'étonna d'être pourtant toujours dans la taverne. Là où l'érudit employait un ton posé et calme, et servait des répliques irréprochables, son interlocuteur paraissait s'efforcer d'être le plus insultant possible dans chacune de ses phrases. Qu'il s'en prenne à sa race passe encore, mais que son Dieu et sa Voie soient critiqués, elle ne pouvait le laisser faire. Elle sentait en elle un océan rouge de colère bouillonnante, où les vagues étaient vermeilles et l'écume de sang. La houle atteignait le ciel crépusculaire et ses soleils aux rais pourpres, menaçant d'engloutir son monde et tout son être sans espoir d'accalmie. Aussi, elle chassa de cet esprit cette mer de violence ; Gareth semblait avoir la situation bien en main, et faisait montre d'une stabilité remarquable malgré tout. Malgré tout, et surtout malgré l'odeur affreuse que l'ivrogne dégageait. La pestilence de son haleine, profondément imprégnée d'alcool, se confondait aux effluves, salées et épicées, du ragoût qui embrumait la taverne entière - et perturbait l'odorat de la sindarine.
Très vite, il devint évident que l'Eclari était relativement bien informé sur l'événement. Les faits lui avaient-ils été dictés, du fond de la Masure, ou y avait-il participé ? Jetant un œil à Kimera, Kalendra pût constater avec soulagement qu'elle aussi était sur le qui-vive, prête à agir en cas de pépin. Ses sens de sindarin activés, sa conscience à son paroxysme, elle se concentra un instant sur les alentours de l'altercation. Les compagnons de l'homme enivré se soûlaient avec la même allégresse, appuyant par des balbutiements les propos de Bran. Car, quelques secondes plus tard à peine, Romaine surgissait de la cuisine et rétablissait l'ordre dans la taverne ; elle écouta aussi avec attention les excuses de Gareth. Pourtant, elle ne trouvait pas tout cela légitime. Il avait agi en homme responsable et respectueux sans jamais se départir de sang-froid. Ainsi, la Gélovigienne refusa poliment l'alcool qu'on lui proposa : elle souhaitait garder les idées claires.

- Kimera a raison, souligna le plus doucement possible Kalendra. Tu n'as pas à t'en vouloir de l'idiotie et des incartades des autres.

Et il n'y avait rien de plus vrai. Elle avait d'ailleurs presque retrouvé un semblant de sérénité après l'intervention de Romaine. Pourtant, la Haute Prêtresse avait eu beaucoup de mal, à son arrivée dans le monde hors de Canopée, à s'accommoder à ces changements brutaux de situation ; là où chez les sindarins, tout se faisait en lenteur et en dizaines d'années, les terrans n'avaient que quelques souffles pour profiter de la vie. Mais maintenant, il n'y avait plus aucun problème. Et même, quand la Yorka-oiseau commença à parler en alfari, Kalendra leva distraitement la tête sans vraiment se rendre compte.
Elle n'était pas étonnée que Gareth ait deviné son statut. En revanche, que Kimera sache manier leur langue, bien que d'une manière rudimentaire, était plus étonnant. Qu'elle la comprenne et l'applique, et d'une rapidité déconcertante vu le fil de la discussion, la surprit plus encore. A la réponse de la future prêtresse, elle sourit. L'œil de Soulen ne souhaitait pas montrer qu'elle était déconcertée. Car en vérité, elle ne l'était pas. Elle se sentait un peu honteuse d'avoir négligée Kimera, il est vrai, mais pas plus d'émotions ne se bousculaient en elle. Jamais elle ne gaspillait une occasion d'user de sa langue natale. Prête à lui répondre, la Yorka changea néanmoins de sujet sans crier gare, reprenant la conversation précédemment abordée.

- A vrai dire, je crains de ne pas en savoir plus que toi, Kimera. Elle faisait tourner dans ses doigts la chope qu'elle fixait d'yeux vides. C'est en fait la raison de ma venue ici. Et comme vous pouvez l'observer, elle leva alors sur eux deux ses prunelles mauves, il n'y a rien qui ne se soit avéré très concluant. Mais apparemment, continua-t-elle en posant son regard sur Gareth, nous ne sommes pas tous dans l'ignorance concernant... Ce jour à Gaeaf.


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Kalendra Dogbar

MessageSujet: Re: Un oiseau dans une caverne   Dim 25 Oct - 19:27

HRP:
 

- Une bataille impossible, oui. Des échos, aussi, comme l'a dit Kimera. Ce qui nous manque, ce sont les détails. Nous savons des choses : mais rien n'est jamais exact. Comment s'est-elle, justement, déroulée, cette bataille impossible ? La panique et la peur, la mort et l'angoisse, cela déforme les paroles. On n'a pas pu se fier à d'aussi peu fiables témoignages. Pourtant, onaurait dû m'informer. On aurait dû... Une pointe de vexation était clairement discernable dans ses propos : Kalendra aurait-elle perdu de son sang-froid ? Elle doutait que ses compagnons comprennent de quoi elle parlait, mais peu importait. Les gens sont flous, comme s'ils craignaient qu'on revienne les hanter, comme si le simple fait d'évoquer l'événement lui donnait plus d'ampleur. Les courriers... Les courriers étaient encore moins informatifs que tout ce que j'avais pu voir. Elle a ri jaune, puis grincé des dents.

La prêtresse ne se sentait plus du monde qui l'avait élevée au-dessus des autres. Elle était retournée dans une taverne miteuse pour la première fois plusieurs années. Elle avait retrouvé le contact avec le peuple. Même si elle se sentait au pied du mur, accablée par le Chaos, elle s'était rarement autant dévoilée, surtout auprès d'inconnus.
Les Dix, la piété, les Gélovigiens... Les guerres intestines étaient monnaie courante dans une caste de pureté. C'était un jeu où la naïveté n'avait pas sa place, un jeu où la puissance était de dias, d'or, de pouvoir, et non pas de divin comme on pouvait le prétendre. Chacun d'entre eux, chacun des dix Hauts-Prêtres avait une certaine force, qu'elle soit physique ou d'essence divine. Cependant, ce n'était pas leur personne propre qui comptait. C'était leur église avant tout, qu'ils représentaient ; qu'elle représentait, en cet instant, dans ce lieu de débauche comme certains l'auraient nommé, fait d'un bois vermoulu qui tombait presque en miettes. Oui, chacun de ses confrères était différent, chacun, en réalité, avait une philosophie de vie différente. Certains auraient considéré cette taverne avec dédain, avec l'air hautain des hommes d'en-haut. D'autres y seraient entrés, pris d'une allégresse particulière, connus et respectés par la populace et dans les entourages. À cette évocation, Kalendra avait des images bien précises à l'esprit. Lentement, sans presque être consciente de son geste, la Gélovigienne a passé une main ou deux dans ses cheveux ; elle en retenait les mèches blanches avec ferveur, s'y cramponnant pour ne pas les perdre, comme du sable qui s'écoulerait à pleine vitesse.

Puis, elle a débarquée.
Ce furent quelques œillades, discrètes, de Gareth vers l'entrée, qui mirent la puce à l'oreille de la Gélovigienne. Au départ, magnétique et discrète, la jeune barde a très vite attiré l'attention de l'entière taverne, avec sa démarche bondissante, virevoltant entre les tables. Sans plus attendre, Essi Öven, la renommée, a pris place sur l'estrade vétuste et grinçante qui l'attendait. La servante de Soulen connaissait plutôt bien, indirectement, Essi Öven. Elle l'appréciait pour la richesse de ses textes, mais davantage encore pour sa capacité à capter l'ambiance d'une pièce. Alors, elle la croisait pour la deuxième fois, la première ayant été à Hesperia, en Eridania. Était-ce il y a quelques mois, quelques saisons... ? Elle ne se souvenait plus exactement. Les années, pour les Sindarins, étaient des jours pour les Terrans. Ainsi, elle ignorait ce que la musicienne et compositrice hors pair venait faire ici, sur le continent gelé, alors même que le moment, le contexte n'était pas propice, entre la guerre à venir, les colosses, et la monotonie désespérante du pays des glaces.
Mais tout compte fait, le contexte devait être parfaitement adéquat pour Essi Öven. Les péripéties que le peuple cimmérien allait rencontrer était du pain béni pour la jeune Terran, tout un terrain sur lequel il serait bon de bâtir. Alors, elle était là, éblouissante et radieuse sur cette scène boisée, presque couverte de poussière tant les bardes se faisaient rares en ces lieux. Il était, en ce moment, un paysage hétéroclite qui se dessinait sous les yeux de cette audience improvisée ; une femmelette brune dardant son public d'un regard ambré, couverte d'étoffes précieuses, veloutées, tenant dans ses mains un instrument de facture extraordinaire, s'opposant à la décomposition presque en cours, des lieux. La richesse d'Essi Öven offrait un contraste presque terrifiant avec son arrière plan, plus délabré et décrépit. Le brouhaha de la taverne s'était presque éteint, étouffé par l'excitation ambiante. L'impétueuse compositrice a plaqué ses premiers accords, dans une mélodie familière aux oreilles de la Haute-Prêtresse.  

- Du haut des falaises gelées, les Dieux, eux, rient
Contemplent le peuple glacé, qui, lui, s'enfuit
Car il est d'armes qu'on ne peut pas combattre
Dont on dit, toujours, "jamais trois sans quatre" ...


Essi Öven a fait trembler la salle de notes et de paroles. Le sujet de l'incident à Gaeaf, si prévisible soit-il, était abordé avec finesse, et presque inconsciemment, le public a paru rapidement faire abstraction de l'extérieur. La musique était profonde, la mélodie, grave ; les protagonistes et antagonistes étaient présentés succinctement en un ou deux vers assez incertains. Chacune de ces descriptions brèves prenait forme dans l'esprit à une vitesse déconcertante, pour constituer une histoire nouvelle. Oh bien sûr, cette ballade paraissait largement inspirée des événements récents, tout en demeurant bien plus épique. En étant parvenue au corps de sa chanson, la jeune Terran a fait étal de toute son éloquence et de son verbe taquin. Les piques et les critiques étaient nombreuses et acérées dans ses vers, autant envers les Dieux, qu'envers les hommes de son récit. Il y avait le Monstre, le Fou, le Sage, l'Érudit, la Sainte... Pléthore de personnages qu'Essi se fit un plaisir de torturer et dépouiller de tout artifices. Qu'ils soient réels ou fictifs, Kalendra s'en moquait un peu : ce n'était pas cela qui l'intéressait. Et c'était suffisant pour comprendre ce qui s'y était déroulé. Au final, elle n'avait rien appris de supplémentaire qui soit concret, juste un combat sur plusieurs fronts, une issue incertaine et des morts : beaucoup de morts et de vies arrachées. Pourtant, (et c'est là que l'aquamancienne a vraiment reconnu son talent) la barde avait su donner une résonance dramatique à sa composition tout en y ajoutant des touches plus burlesques. Plusieurs ambiances se succédèrent avec délicatesse, et pendant ces quelques minutes, le quotidien se fit plus doux pour les ivrognes, les veuves et les habitués, et même pour Kalendra qui était attablée là.
Celle-ci, battant des cils, a eu l'air de reprendre conscience tout d'un coup, s'animant et observant autour d'elle. Le temps était comme en suspens. Tous les hommes, toutes les quelques femmes, et meme Romaine à son comptoir, étaient pendus, suspendus aux lèvres d'Essi Öven, captés par son flot de justes paroles. Tous étaient immobiles, pas même un murmure n'osait rompre l'harmonie qu'apportait la mélopée. Cette même odeur, de ragoût, d'égouts et de sueur mêlés, qui faisait le propre de la ville-basse, flottait dans l'air : cette fois pourtant elle était altérée par la suavité de la barde, et par toutes ces ondes sonores qui faisaient vibrer l'atmosphère. Elle jouait avec son public, le terrifiant et le fascinant tour à tour, tantôt joueuse, tantôt sombre. La Gélovigienne s'est un peu plus enfoncée dans ses fourrures, et s'est laissée importée, de nouveau, par ce fleuve de notes et de paroles qui venait à s'estomper.

- ... Perdu à cette heure dans les mers sombres,
Perdu telle une empreinte sanglante qu'on eut brodé
Sur des vies faites d'acier, de fer, de pénombre  
Sur une Neige si pure que l'air la corroderait.


Le silence a envahi la taverne, et il s'est fait pesant, s'abattant sur tous les clients comme une chape de plomb. La réaction s'est faite attendre, et pour cause : elle était nulle, inexistante. Les figures qu'on observait autour étaient et rougies et pâles, par la peur et le jugement. Quelques-uns des ivrognes, à quelques mètres, ont osé applaudir, sans aucune retenue.
Kalendra, toute en passivité, a détaillé ses compagnons.


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