Murmures d'un Corbeau



 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Murmures d'un Corbeau

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar Invité
Invité


MessageSujet: Murmures d'un Corbeau   Mar 15 Sep - 0:09


Plus tôt en 1304

Missive:
 

Myriam Valombre se tenait debout, bien droite, les mains croisées dans le dos, face à la mer, les yeux plongés dans l'horizon. Seule sur un long ponton du port le plus impressionnant du monde, elle laissait la brise nocturne soulever légèrement les pans de son manteau, dévoilant un veston simple, mais aussi des bottes de grande qualité. Quelque chose n'était pas habituel dans son apparat. Ce manteau en provenance et aux couleurs d'Eridania, ces bottes de manufacture cimmérienne, ces gants de marchand phelgran... L'ensemble paraissait paradoxalement assez uni, mais aucun élément ne permettait d'en déduire quoi que ce soit sur la provenance de la jeune femme, ni même sur son métier. D'ailleurs avait-elle l'apparence d'une jeune femme, ce soir ? A en juger par sa courte chevelure sombre, à ses oreilles carrées et à ses traits fermes et austères, on dirait plutôt un homme. Un terran approchant de la quarantaine au premier coup d’œil. Ou bien plutôt un Gorgoroth, à en juger par les cicatrices et l'air impassible qui flottait dans ses yeux mornes ? Peut-être un marchand, un marin sans doute, car un étrange filet d'eau, presque imperceptible, coulait doucement depuis sa chevelure. Un homme mystérieux, pour le moins. Il fixait le bord du monde, si lointain, avec un regard lui aussi éloigné. La lueur des souvenirs brillait dans ses pupilles noires. Des souvenirs datant d'une nuit de Langdum, à l'autre bout d'Istheria, où sur une plage des Berges Dorées avait lieu une rencontre décisive entre une jeune Gorgoroth et un mystérieux personnage au corps recouvert de bandelettes. C'était il y a 27 ans. Les rencontres s'étaient multipliées depuis... Et les missions, aussi. Des missions que Myriam considérait davantage comme des opportunités. Des occasions essentielles où elle pouvait mettre en acte tout son potentiel, et ce pour la cause en laquelle elle croyait. Une cause noble, à ses yeux, mais qui serait inintelligible pour une bien belle majorité du monde... Il était question de desseins divins, de sens, d'action... Et d'Oiseaux. De corbeau, en particulier. Pas n'importe lequel. Mais de ceux qui sillonnent le monde, se fraient un chemin au sein de tous les continents, posent leur regard sur toutes les cités, et sur chacune des personnes qui y résident. De ces étranges corbeaux qui, quand ils décèlent cette lumière si particulière nichée dans le cœur des hommes, savent la révéler. Ce sont les corbeaux qui savent, puis qui rallient. Myriam les connaissait bien, elle était le Corbeau.

Ce soir encore, c'est lui qu'elle incarnait. Voilà des années qu'elle essayait son corps, qu'elle utilisait ses mimiques, se souvenait de ses paroles, et les prononçait à son tour. C'était William. Elle ne lui avait pas donné d'autre identité que celle-ci, à ce cadavre de noyé qu'elle avait aperçu sur les rives d'El Bahari, un matin. Elle l'avait observé pendant des heures, pensive... Puis elle était revenue, tous les jours, pour le voir encore, l'examiner sous toutes les coutures, en connaître les moindre secrets. Elle l'avait côtoyé auparavant, ce 'pirate d'eau douce', et il portait un autre nom, mais il lui sembla qu'elle le connaissait bien mieux dans la mort que de son vivant. Maintenant, elle était devenue William. Pour le temps de cette soirée, même ses pensées ne seraient plus celles de Myriam. Elles étaient celles du Corbeau. Celles de la cause.

Aucun navire à l'horizon. Elle avait choisit un endroit à l'extrémité du port, où les marchands ne voient pas l'intérêt de mouiller. Ici, seule une fine couche de brume dissimulait les ombres immobiles de la nuit ; celle de Myriam - ou plutôt de William - et celles de trois hommes encapuchonnés, répartis en triangle sur le quai, non loin du ponton. Ils se tenaient immobiles eux aussi, à l’affût. Ils guettaient l'arrivée d'individus très particuliers... Et ils avaient pour ordre de les laisser passer. Eux et seulement eux. Aucun autre ne devait franchir la ligne qu'ils formaient. Ainsi le secret de la discussion à venir serait conservé, et rejoindrait le silence de la nuit phelgranne, noyé dans ses eaux sombres. Ces hommes avaient été payés. Suffisamment pour qu'ils ne posent aucune question. Ils ne se connaissaient pas entre eux, ne connaissaient pas Myriam, et d'ailleurs ne l'avait aperçu sous aucune de ses formes habituelles. Elle n'était, à leurs yeux, littéralement personne. Aussi étaient-ils sûrs qu'ils ne seraient pas dérangés par les autorités portuaires. Minuit étant passé, les hommes d'Obediah étaient les seuls à garder le port, et Myriam s'était arrangée avec un passeur pour que sa visite n'apparaisse nul part. Ainsi, ils seraient seuls.

Ne restait plus qu'à attendre.
Revenir en haut Aller en bas
avatar Invité
Invité


MessageSujet: Re: Murmures d'un Corbeau   Sam 19 Sep - 15:49



Une simple lettre avait arraché le Tourmenteur de sa tanière obscure de Thémisto. Lui qui était si pris par la guerre qu'il préparait au nom d'un Grand Maître presque indolent ne trouvait que peu de temps pour ce genre de petites escapades nocturnes, et en d'autres circonstances il aurait simplement refusé l'invitation. Mais les mots avaient su trouver une oreille intéressée, ainsi que réveiller un sentiment étrange dans le coeur pourri du Gorgoroth : l'intrigue. Un partisan de Phelgra ... ? Sur le papier, ça sonnait bien. Mais dans la réalité qu'en était-il ? La lettre n'avait rien eut d'agressif ou d'inquiétant mais Wode avait toujours été d'un naturel très méfiant. Qui était ce mystérieux expéditeur ? Quels étaient ses moyens ? Et plus important encore, quels étaient ses véritables intentions ? Un partisan de Phelgra, pourquoi pas, toutefois c'était encore à lui d'en juger.
Sans avertir ses pairs, il partit avec quelques-uns de ses Cavaliers les plus proches et les plus fidèles, ainsi qu'avec une petite poignée de Réprouvés qui se chargeraient, pour la plupart, de ratisser le périmètre du lieu d'invitation, histoire d'éviter toutes embuscades hypothétique. On n'était jamais trop prudent. Il quitta donc Thémisto dans un silence administratif qui passerait inaperçu - après tout il était celui qui dirigeait cette administration - et se rendit au port de Mavro Limani. Cette ville qui faisait la fierté de Phelgra, le port le plus important d'Isthéria ... Bien que Wode avait toujours préféré à l'océan la terre ferme, il savait mieux que la plupart combien cette cité était vitale au continent sombre. Il arriva en pleine nuit, une nuit sombre comme l'eau de la baie que seule quelques rayons de lune venaient éclairer au grès des nuages qui roulaient dans le ciel. Menant sa troupe de guerriers, le Tourmenteur avançaient sur les docks désertés, cherchant du regard le point de rendez-vous et par la même occasion, son mystérieux contact. Les seules âmes qu'il put croiser étaient des hommes encapuchonnés qui semblaient se vouloir menaçant. Ceux-ci laissèrent passer les Cavaliers sans le moindre accroc, portant simplement quelques regards à leurs armures impressionnantes, puis ils maintinrent leurs positions sans doutes pour éviter à quiconque de venir interrompre l'entrevue. Visiblement, son hôte y avait mis quelques moyens, malheureusement ceci ne fit qu'augmenter la méfiance du Second. Il pouvait encore s'agir d'un piège mal ficelé ... Cela dit, il avait aussi prévu son coup et ses Cavaliers d'élites ni même ses Réprouvés infiltrés ne formaient sa seule défense. Ce soir là, Wode avait revêtis sa sinistre Egide de l'Angoisse.

Les sons métalliques et cadencés des pas lourds des Cavaliers précédaient leurs venus et il ne fallut plus très longtemps à leur chef d'atteindre sa destination : un des plus longs ponton de Mavro Limani au bout duquel, à moitié avalé par la brume, il pouvait distinguer une silhouette. Un homme, visiblement, à la stature plutôt droite. Il arriva aux abords de l'élancée de bois qui s'avançait au milieu des eaux sombres. Il laissa la majorité de ses quelques hommes en arrière, protégeant eux aussi le périmètre ainsi que l'accès à la jetée tandis que lui s'avançait sur les planches craquantes qui grinçaient sous ses pas pesants. Deux Réprouvés marchaient en avant, dirigeant leurs visages masqué de fer dans toutes les directions. L'un d'eux sorti ses crochets et passa sous le bois, semblant chercher quelque chose tandis que le second humait l'air, guetant le moindre signe suspect jusque dans l'air marin. Rien n'était laissé au hasard, surtout avec Wode, l'organisation avait toujours été l'un de ses points forts. Les attentats et les tentatives d'assassinats contre les personnes politiques étaient toujours si vite arrivés ... Aussi préférait-il mettre toutes les cartes de son côté.
Tandis que les créatures continuaient leur travail méticuleux de détection, passant devant l'hôte sans même lui adresser un regard, Wode s'avança vers lui, l'observant de plus prêt. Pour un partisan de Phelgra, son accoutrement était bien disparate ... Ceci lui arracha une moue réprobatrice, masqué par son heaume mortuaire. Il regarda l'homme de la tête au pied, silencieux, puis plongea son regard de glace dans le siens, sa voix profonde tranchant le silence.

- J'espère que je ne me suis pas déplacé pour rien.
Revenir en haut Aller en bas
avatar Invité
Invité


MessageSujet: Re: Murmures d'un Corbeau   Lun 28 Sep - 0:12


Myriam Valombre avait fermé les yeux. Tournée vers l'horizon, dévorée par la brume nocturne, elle demeurait silencieuse. Elle méditait, prenant de profondes inspirations - sans que cela ne lui soit d'aucune utilité physiologique. Mais cela l'aidait à se concentrer. C'est ce qu'elle faisait dans deux types de situations : quand elle se rendait au temple de Kron, à Argyrei, et quand elle s'apprêtai à jouer le rôle du Corbeau. Cet état de calme lui permettait de tenir plus longtemps lorsqu'elle utilisait ses pouvoirs. Elle en usait fréquemment, même seule, afin de pouvoir gagner en expérience. Ses pensées étaient toutes tournées vers l'entretien à suivre ; elle avait rejeté tous ses tracas administratifs, toutes ses préoccupations commerciales, toutes ses idées de paperasse pour les Affaires. Peu importe la charge de travail qui l'attendrait à son retour, seule la mission que la Chimère lui avait confié comptait. Elle et rien d'autre. Aucune pensée ne devait la troubler, aucun lien avec l'extérieur la déconcentrer. Elle devait être en pleine possession de ses moyens. Alors elle respirait, sans sentir l'air qui gonflait ses poumons atrophiés, sans goûter à la douce fraîcheur du vent qui caressait son visage, sans pouvoir humer le parfum de l'océan.

Une agitation la réveilla de sa transe. Quelque part dans le port, des hommes en armure avançait vers le ponton. Le son de leurs pas lourds et métalliques parvenait jusqu'aux oreilles de la Gorgoroth, qui ne su distinguer combien ils étaient, mais peu importait : il était là. Nul besoin de vérifier si sa silhouette se dégageait bien de la brume, c'était une certitude. La Chimère lui avait prédit la venue de Wode le Tourmenteur. Il devait donc être là. Myriam ne prit donc pas la peine de se tourner vers ses hommes, qui avaient pour consigne de laisser passer les Cavaliers. Elle gardait les yeux clos, se récitant mentalement quelques maximes pour se rappeler différentes modalités à savoir restituer le moment venu.

Ses hommes n'avaient pas moufeté. Des pas s'approchaient. Des Cavaliers, et d'étranges sous-fifres. Myriam n'en avait cure. Seul le Tourmenteur était digne d'intérêt ce soir. C'était Myriam Valombre qui ferma les yeux quelque minutes plutôt ; mais c'est le Corbeau qui les rouvrit à présent. William se tourna vers le Cavalier de Sharna qui venait de stopper son avancée sur le ponton. Ce dernier semblait le scruter sous tous les angles. Mais le Corbeau ne détourna pas les yeux, pas même pour constater la présence des Réprouvés qui faisaient leur travail. Il attendit que le Tourmenteur ouvre la bouche avant de desserrer ses lèvres.

- J'espère que je ne me suis pas déplacé pour rien.

- On ne se déplace jamais pour rien quand on vient s'adresser au Corbeau, répliqua William.

Son invité était un être effrayant, mais la Gorgoroth déguisée ignorait l'angoisse. Ce pourquoi, quand elle fit répondre William, il n'était apparut aucune trace de sursaut dans sa voix. Elle était claire et intelligible, suffisamment forte et assurée pour témoigner du sérieux de son propriétaire. William effectua ensuite une légère révérence, très sobre - afin de ne pas paraître indécent ou déplacé. Il aperçut durant son geste respectueux l'armure extraordinaire de Wode - un chef d'oeuvre. On y voyait l'élégance d'un Cavalier de Sharna et l'aspect du démon qui se cachait sous ses plaques. Wode le Tourmenteur. Combien de fois la Capitaine avait songé à cet être, si noble, si puissant... Bien sûr, il n'avait rien pour faire rêver. Mais pour une dévouée de la cause phelgrane et une fidèle de Sharna, cela signifiait beaucoup à ses yeux. Mais elle ne laissa rien paraître sous les traits de son enveloppe masculine.

- Ni vous ni le Corbeau n'avez de temps à perdre, commença William en parlant à la troisième personne. Il leur faut passer au cœur du sujet qui les amène en cet endroit. Au Cœur mort de ce sombre port, le plus grand du monde, et certainement le plus indolent. Les mains de ces marins et pirates ne sont pas celles de fins calculateurs. Il faudrait un esprit avisé pour les guider, une âme forte pour faire de cet endroit le Cœur palpitant qu'il doit être : la fierté du Continent Noir. Phelgra est une mère dont les petits ne demandent qu'à se nourrir pour grandir. Certains s'en vont déjà rouler sur les vagues glacées du nord du monde, d'autres ne demandent qu'à rendre à leur patrie ce qu'elle leur a donné : une nouvelle vie, une existence resplendissante et un avenir aussi assuré que possible. Le nid ne doit pas rester la couveuse de ses oisillons, Grand Seigneur, il doit s'élargir sur les frontières de nos voisins. Une telle lumière ne doit pas restée étouffée dans sa brume, mais se donner à la vue du monde, rayonner de son éclat jusqu’au nord et au sud, de l'ouest à l'est, et finalement ne faire qu'un avec Istheria.

Aucun des mots que prononçait William n'avait été choisi à la légère. Les métaphores cachaient des suggestions bien réelles et derrière la poétique de son discours, le Corbeau dévoilait l'ambition du réseau qu'il représentait, exposant à l'esprit du Tourmenteur les perspectives d'un avenir en partenariat avec les Oiseaux phelgrans. Il fit une pause dans l'articulation fine de sa tirade, avant de reprendre de plus belle, élargissant le domaine de réflexion.

- Les eaux Istheriènnes ne doivent pas être négligées si l'on veut que le Cœur batte, mais pour qu'il pulse davantage il faut le tourner vers les autres organes qu'il sert... Le monde est blessé d'autant de frontières qui sont ses cicatrices. C'est un baume puissant qu'il lui faut pour guérir, et Sharna est le Dieu salvateur. Sa méthode est celle d'un médecin de grand talent, et son traitement porte le doux nom de Chaos. C'est celui-là qu'il faut appliquer à nos voisins souffrants. Celui-ci qui sauvera Istheria de son Mal. Phelgra est le berceau du nouveau-monde, et le Corbeau qui vous sert en cette nuit est le fidèle serviteur du Dieu salvateur, Votre Seigneurie. Et parce qu'il est soucieux de mener à bien sa mission, il dispose d'outils fort utiles. A votre humble serviteur, Seigneur Tourmenteur, il ne manque qu'un esprit digne pour manœuvrer l'entreprise d'un avenir radieux.

William baissa légèrement la tête et tendit modestement ses mains vers Wode. L'Outil désignait l'Esprit à même de l'utiliser. Mais avant d'exprimer plus de détails, il fallait au Corbeau la réponse qu'il attendait de la part du Tourmenteur. Il se permit toutefois d'ajouter :

- Au Chaos il faut un héraut, et à ce héraut il faut les forces de s'exprimer. Et pour déployer ses ailes, l'Oiseau Renaissant ne peut s'y prendre seul...
Revenir en haut Aller en bas
avatar Invité
Invité


MessageSujet: Re: Murmures d'un Corbeau   Sam 3 Oct - 17:40



Les premiers mots de l'inconnu lui arrachèrent une mine de mépris, un simple haussement de "sourcils" - si l'on pouvait vraiment parler de pilosité chez un Gorgoroth de plus de huit siècles. Allons bon, le Corbeau ? Rien que ça ? La conversation commençait à peine, et déjà Wode sentait l'impatience lui monter au nez, un sentiment dont il avait une sainte horreur. Tout le monde savait à Phelgra qu'il ne valait mieux pas exciter l'ire du Tourmenteur, mais ce dernier prit sur lui et écouta attentivement la suite du discours de ce fameux "Corbeau". Semblable à un bloc taillé dans la glace la plus dure, il ne laissait rien transparaître ni de ses pensées ni de ses émotions, pourtant à l'intérieur de son être, les mots et les idées résonnaient et tentaient de trouver une prise, de capter son intérêt. L'homme semblait savoir parler, certes, mais ce n'étaient pas les beaux parleurs qui écrivaient l'histoire, Wode en était bien conscient. Restait à savoir si le message que transportait ce corbeau était digne de son intérêt et, à travers sa personne, de l'intérêt de Phelgra.
La forme était peut-être ... Mal choisie pour quelqu'un d'aussi terre-à-terre que l'était le Second de l'Impérial. De belles tournures, presque poétiques, des arabesques lyriques peuplés de métaphore digne des prêtres de Fen eux-même - personne qu'exécrait le Tourmenteur. La poésie n'avait jamais été sa tasse de thé, et il lui fallut faire un effort pour rester concentrer sur le fond du message plutôt que se laisser distraire par le dégoût que lui inspirait la forme : celle utilisée par les manipulateurs qui, n'ayant pas grand-chose à dire, font au moins l'effort de bien le tourner. Heureusement, il savait se maîtrisé et si son agacement était visible dans son regard, il n'interrompit pas son interlocuteur - bien que l'envie ne lui manquait pas. Il aurait pu, sans autre forme de procès, stopper le beau discours sans doutes préparé veille au soir non sans une application toute scolaire. Balayer les métaphores d'un revers de la main pour insister sur le pur, le brute, en un mot, le concret.

Mais il n'en fit rien. Pourquoi cela ? Car malgré son agacement sous jacent, Wode ne pouvait nier que si les mots rataient leur cible, les idées elles touchaient juste. Ne pas aimer la poésie ne signifie pas pour autant ne pas la comprendre et le Cavalier voyait bien où son hôte voulait en venir, aussi les perspectives soulevées lui plaisaient. Il était question d'expansion, de grandeur et de faire briller Phelgra à travers Isthéria. Sous la tutelle de Démégor, le continent sombre s'était depuis quelques temps enfoncé dans la misère, l'immobilisme et l'ennui, une situation qui rongeait le fanatique et patriote qu'était Wode de l'intérieur. Il n'avait pas besoin qu'un quelconque corbeau vienne lui susurrer ses mots doux à l'oreille pour lui mettre ces idées en tête, la parole comme une brise légère ne faisait qu'attiser la flamme qui couvait au fond de son coeur déliquescent.
Et la flamme grandissait peu à peu, quoiqu'invisible de l'extérieur si ce n'était dans le regard mauvais du Gorgoroth. La deuxième partie du discours réussit davantage à toucher son âme car il était question de sa religion, de ses conviction et de son dieu. Ô Sharna, Toi seul mène la danse du monde et un jour ton influence sera si vaste, ton domaine si grand, que jamais le soleil ne se couchera sur lui. Un sourire mauvais, caché sous son heaume, s'étira sur les lèvres émincées du non-vivant. Oui, les mots touchaient bien plus juste cette fois, l'approche avait été hasardeuse au début mais l'intérêt avait été capté. Restait encore à déterminer s'il y avait vraiment matière à s'intéresser. Les idées étaient bien là, mais le concret manquait toujours à l'appel.

Calmant ses ardeurs fanatiques pour garder l'esprit clair, faisant souffler sur son coeur ardent une vent glacé pour l'atténuer quelque peu, le temps d'une discussion, le Tourmenteur considéra le discours qu'on venait de lui faire. Il en avait trop entendu pour tourner les talons maintenant, pas assez pour être convaincu. Toujours aussi impassible dans sa posture, son regard planté dans celui de ce "partisan de Phelgra". Il ménagea une petite pause, toisant son visage pour y déceler le moindre tique, la moindre expression défiante ou étrange. Et puis de nouveau sa voix d'outre-tombe sortie de sous son masque mortuaire :

- Et j'imagine que vous disposez de ces "forces" ... ? Ne tournons pas davantage autour du pot : dans quel mesure pouvez- vous contribuer à cette ... ambition ? Quels sont vos moyens ? Votre prix ? Venez-en au fait, Corbeau.
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé


MessageSujet: Re: Murmures d'un Corbeau   

Revenir en haut Aller en bas
 
Murmures d'un Corbeau
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Enfin ! Baptême Petit Saule / Petit Corbeau
» Embuscade maritime [Corbeau des Mers]
» Nalim, Le Corbeau d'Umbar
» The Crow, Le corbeau et la mythologie
» Arkawel Le Corbeau.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Istheria, le monde oublié :: La Communauté & ses échangesTitre :: Corbeille :: Les vieilles aventures-
Sauter vers:  

(c) ISTHERIA, LE MONDE OUBLIE | Reproduction Interdite !