Les chemins de la renaissance

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• Prêtresses: 2
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• Nérozias: 5
• Gélovigiens: 7
• Ascans: 2
• Marins de N.: 6
• Civils: 14

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An 1305 de l'ère obscure

Saison:Langdum Mois:Cobel
[Janvier/Février en temps réel]

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Thimothée
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 Les chemins de la renaissance

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Othello Lehoia
MessageSujet: Les chemins de la renaissance   Sam 4 Juin - 23:50

La façade de la bâtisse s’élevait comme une géante au fond de la longue ruelle étroite. Elle ne présentait ni fissures, ni lézardes, ni écaillures, comme si, par miracle, l’édifice avait été épargné de la folie qui venait de toucher la ville et ses habitants. Cela faisait une poignée d’heures, maintenant... Et l’on avait encore l’impression de marcher en plein rêve. Il était si dur de réaliser, de comprendre ce qu’il s’était passé. Au centre de la ville, là où le colosse s’était posé, la place avait des airs de champ de bataille. La vision terrible ne laissait plus la place à l’espoir : Hesperia était tombée face au monstre, et il ne restait d’elle qu’une femme blessée, éventrée, un monde de ruines. Pendant de très nombreuses minutes, les blessés avaient erré comme des morts au sein de rues édentés, jusqu’à ce que finalement, un semblant d’ordre ne les rassemble. Mais la scène était encore dure, nul doute qu’il faudrait du temps à la ville pour se relever de ses cendres. Les gens reprendraient leurs vies, pour ceux que le colosse n’avait pas trop abîmés. Et pour les autres... De l’aide, et des prières.
L’attaque n’en avait laissé aucun indemne. Le jouc du monstre avait fauché tout le monde, chacun d’une façon différente, plus intime, plus intime, plus singulière. C’est ce que le spectre blanc constata en traversant la ville et ses rues dévastées. Et dans cet infâme mécanique, chacun trouvait son rôle à jouer.

Pendant de longues minutes, Elië et Othello avait marché côte à côte dans les rues désertées, sauf par les blessés, et quelques âmes hagardes qui comme elles cherchaient des proches.  L’ondine avait déjà usé de ses pouvoirs à s’en faire trembler les mains, aussi se contint-elle pendant le trajet d’apporter son aide. De toute façon, sa résolution était prise : elle resterait le temps qu’il faudrait pour aider tous ces pauvres gens. Mais chaque chose en son temps. Sur les bas-côtés, il était commun de rencontrer un cadavre, en état plus ou moins reconnaissable. Parfois, la prêtresse avait même la sensation de se promener sur un champ de bataille. La guerre de Cimméria encore toute fraîche, l’amalgame était facile à faire. Et à chaque pas qu’elles faisaient vers l’herboriste qui les attendait, au cœur même de la bataille, une pensée commençait à peser lourd sur son esprit : le devenir de ses amis. Le Marin comme le colonel avaient disparus sans laisser plus de traces, à part une traînée de cadavres et de sang. Sans plus de nouvelles. Et Elza qui s’était aussi lancé dans la bataille. Et qu’était-il arrivé à la novice qui faisait partie de sa suite, la jeune Kimera ? Elle l’avait perdue dans son miroir après l’avoir suivie du regard, l’étrange figure luminescence, les bras déployés comme pour voler autour de la foule et de Fenris qui s’agitait.

Ce ne fut que de nombreuses minutes plus tard qu’un événement providentiel n’advint, entre deux maisons à moitié écroulées... Et entre-elle, un Léogan, seul, qui n’était pas dans un état plus brillant. Bien sûr, la jeune femme n’osa reconnaître qu’elle avait légèrement modifié leur itinéraire vers le passage qu’ils avaient emprunté, suivant les corps, espérant les retrouver sur le chemin. Bien sûr, quand elle commença à constater que certaines briques, voir certains murs étaient recouverts de traces de suie, comme touchés par les éclairs, elle constata qu’elles suivaient la bonne piste. Mais elle n’osa prévenir Elië, ou le corbeau de Duscisio qui les accompagnait, de ses desseins un peu trop personnels. Et puis, quelque chose en elle tardait à se reconstruire... Une âme, un sentiment, sûrement. Comme si la sirène agissait par simple automatisme, et non plus par instinct, ou par émotion. Dés qu’elle eut le sindarin en vue, elle accourut vers lui, constata rapidement l’ampleur de son état, de ses blessures, et le soigna sans plus penser. Ils échangèrent quelques mots. Brefs. Evidemment, il voulait retrouver sa famille, s’assurer de leur état. Othello passa quelques minutes à bénir son frère, et à lui vanter sa bienveillance.
Ce ne fut que quand Léogan alla mieux qu’elle osa poser la question qui lui brûler les lèvres. Volontairement, elle s’assura qu’ils ne seraient pas écouter, car elle avait compris en voyant la tuerie que le sujet serait délicat. Puis, doucement, elle lui demanda la peur au ventre ce qu’il était arrivé au grand Loup... Ce fut bref. Une poignée de mots. Mais Othello su ce qu’elle avait à faire. Sans plus de convenance, ils se laissèrent aller, le respect tacite qui les unissait les empêchant de s’épandre en retrouvailles tragiques. De plus, elle savait qu’ils se reverraient très vite, car ils avaient tous deux quelqu’un qui leur était cher, qui était dans la plus délicate des positions. C’est avec un simple peut-être, et une adresse, que l’ondine retrouva l’herboriste...


Les minutes, les heures s’étaient doucement écoulées. La cohue s’était mutée en une étrange cérémonie, et les autorités avaient repris le dessus sur le chaos de la foule. Dès qu’elle l’avait pu, Othello s’était séparée de l’albinos pour se rendre dans l’auberge indiquée, un peu revigorée de ses multiples soins, et prête à venir en aide au Llurghoyf dès qu’elle apercevrait son oeil brillant. Pendant de longues minutes de marche, elle avança dans des ruelles plus ou moins déserts, avec pour seuls repères les indications de quelques rescapés. Son pas était tremblant, mais volontaire. Pour tout dire, la jeune femme était portée par une force novatrice qui lui était différente, comme si la vie du marin en dépendait. Elle priait pour qu’il soit en vie. Du fond de son cœur, elle priait. Bien que, par moment, des images de la tuerie lui revenaient en tête, elle se refusait à y penser pour l’instant. Il n’était pas l’auteur de ces meurtres... Ou du moins, elle n’en était pas sûre. Elle se devait d’aider son ami, avant tout. Comme il l’avait fait pour elle, quitte à devenir une paria, à être accusée par la couronne de traîtrise.
Rapidement, elle pénétra un quartier de la ville qui lui était totalement inconnu, et qui semblait comme par miracle épargné des attaques. Pour les bâtiments au moins... Et petit à petit, elle sentit la fatigue la suivre comme une ombre. Pourtant, elle poursuivait, se promettant de se reposer quand elle saurait Fenris en vie et sain et sauf. Elle lui devait bien cela, et tellement plus. Au bout d’une quarantaine de minutes, elle aperçut finalement la fameuse adresse.

A présent, elle s’avançait doucement vers l’auberge, son regard d’ébène regardant vaguement les alentours, creusé et lourd d’inquiétude et de fatigue, et ses doigts sibyllins crispés sur son sac pour éviter qu’ils ne tremblent trop. La vue de la porte lui arracha soudain autant de soulagement que de crainte. Qu’allait-elle découvrir de l’autre côté ? Son souffle se mit doucement à devenir plus froid, plus saccadé, alors que la jeune femme s’imaginait que le marin n’avait pas pu arriver jusque-là. Derrière ses yeux, elle pensait le géant gisant, l’œil opaque et vide, blanchâtre, ses mains rouges de sang tournées vers le ciel dans des angles cadavériques, non loin des corps éventrés qu’il avait contribué à tuer... Othello s’arrêta brusquement, se laissant tomber à terre, les mains sur son ventre. Pendant plusieurs secondes, elle essaya de maîtriser son souffle, alors qu’elle fut prise de violents hauts le cœur qui lui firent tourner la tête. La fatigue et le choc prenaient finalement le pas sur ses dernières forces. Ses mains s’agrippèrent vainement aux plis de tissus de sa robe blanche, et elle leva les yeux vers une dalle arrachée non loin, pour mieux se concentrer. Les nausées commençaient à se faire plus violentes, et la sirène finit par laisser tomber lourdement sa tête sur ses genoux. Ses petites dents saisirent sa lèvre orangée, et elle se mordit jusqu’au sang, respirant profondément jusqu’à ce que la sensation passe. Ce n’est qu’alors qu’elle remarqua que dans l’agitation, elle en avait oublié de remettre sa paire de chaussure... Enveloppée de ses cheveux comme d’une cape, traînant par terre, la robe déchirée aux coudes et aux genoux, et les pieds complètement nus... Et elle voulait faire croire être la Haute-Prêtresse de Kesha. Navrant.

Une main se posa brusquement sur son épaule. Alarmée, Othello leva brusquement les yeux, pour tomber sur un visage bourru et vieux, dont le menton était recouvert d’une forte barbe. Le fixant sans comprendre, le visage inexpressif et froid, elle n’entendit pas clairement ce qu’il lui disait. Elle remarqua alors que ses oreilles sifflaient, et que les sons lui parvenaient difficilement. Baissant le regard sur l’établissement au bout de la ruelle, elle discerna une lueur chaleureuse, provenant du cadre de la porte que l’on avait ouverte. Ce ne fut pas dur de faire le rapprochement. Quand elle regarda l’homme de nouveau, il adopta un visage plus doux, n’en dit pas plus, mais l’encercla d’un bras puissant qu’il fit passer sous ses épaules pour l’aider à se lever. La sirène contint une nouvelle fois un vertige, et se retrouva debout du bout des pieds. Sa tête s’alourdit. Elle eut envie de dormir. Mais le passant la poussa doucement à marcher avec lui pour accéder au bâtiment. Avant de passer la porte, elle regarda une dernière fois le ciel au-dessus de la cité. De grands nuages sombres avaient commencé à y prendre place, éparses et cotonneux, et il lui sembla sentir sur son bras quelques lourdes gouttes de pluie.

Il l’installa dans la salle, sans prendre le temps de lui demander ce qu’elle voulait. Il n’y avait avec elle que trois ou quatre personnes, et l’établissement ne semblait pas actif comme il l’aurait dû l’être. Très vite, on l’installa sur une chaise et on lui présenta alors une ou deux pommes coupées en morceau, et un verre de vin rouge.

« - Tenez, mangez. Ca vous requinquera un peu. » L’homme regarda le contenu de l’assiette quelques secondes, comme navré de la qualité de sa carte du soir. « J’suis bien désolé, je sais que c’est pas brillant... Mais on n’a pas grand-chose d’autre, vous voyez. »
Othello secoua sa tête, les larmes lui montant presque aux yeux. Elle n’avait pas prêté attention à son ventre tordu de faim. Et, alors qu’une pluie torrentielle se mit à frapper aux carreaux, elle regarda les fruits comme un cadeau du ciel.
« - Merci Monsieur, vous n’avez aucune raison de vous apitoyer. C’est déjà trop, merci. » Cependant, elle ne toucha pas à un morceau de ce qu’il lui était présenté. La priorité n’était sûrement pas le contenu de son estomac, mais bel et bien le Lupin. Son impatience s’était mutée en une ardente inquiétude, qui était elle-même devenue une peur grandissante. « Je recherche quelqu’un. Un homme très grand, blond, presque blanc. Un marin. » Elle savait qu’elle donnait des informations vagues. Mais maintenant qu’il avait commis un carnage, mieux valait ne pas s’épancher sur les détails. Qui plus est, il devait déjà le connaître, si Fenris fréquentait déjà cet établissement. « Est-il déjà ici ? »

Pendant de nombreuses secondes, elle observa son visage velu à travers la lueur des bougies qui parsemaient l’endroit, malgré que la journée ne fût pas encore finie. Elle attendit une réponse, un bref espoir qu’il lui dise qu’il était alité dans une chambre et qu’elle pourrait aller lui porter secours sur le champ. Néanmoins, elle reçut pour seul réponse un regard dans le vague, et un non de la tête. La sirène pencha la tête, décontenancée, ne sachant quoi penser, le sang battant à ses tempes. Doucement, elle avança la main et saisit un quartier de pomme qu’elle croqua sans force. Il n’était sûrement pas encore arrivé, ça ne pouvait être que cela. Les images lui revinrent brutalement en tête, et le morceau de fruit resta coincé dans sa gorge. Oui, ça ne pouvait être que ça... Elle avala.
Le patron et la sirène avait l’air aussi perdu l’un que l’autre, à attendre tous deux quelqu'un, quelque chose. De toute façon, tout n’était plus que ruines, et ravages, où qu’ils soient, quoiqu’ils fassent.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Ven 10 Juin - 3:33

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte I: A beast in shame


Une maison abandonnée et silencieuse d'Hespéria, un corps replié sur lui même dans un angle improbable, vulgaire cabot enroulé dans sa fourrure disparue et rougie. Le seul habitant vivant. Ou presque.
Ses membres étaient blessés et étrangement immobiles, ses traits se contorsionnant parfois en des expressions malhabiles au gré des cauchemars qui le tourmentaient. Les chaînes en acier suspendues à ses poignets et ses chevilles tintaient parfois lorsqu'un spasme plus violent les secouait, en unique preuve qu'il respirait encore.

Dans son monde rouge et noir tout était opaque et lourd, comme s'il voyait à travers un épais écran de fumée. Il marchait inlassablement à la recherche de quelque chose, sans être certain de savoir ce qu'il convoitait exactement. Un brouillard immense l'empêchait de voir plus loin que le bout de son nez et le faisait souvent tituber. Des ombres le percutaient et le traversaient de part en part, s'accrochant à lui en demandant à l'aide.
Quelques visages familiers le dévisagèrent avec désespoir et cruauté, avant de tourbillonner et disparaître avant qu'il ne puisse les saisir ou les aider. Il se mit à courir pour les rattraper, sans succès. Puis poussé par la culpabilité et la honte changea de direction et continua de courir à grandes enjambées pour fuir leurs regards, pour fuir leurs reproches, leur rancœur, leur souffrance. Fen trébucha à nouveau, perdit l'équilibre, et tomba dans un gouffre sans fond. Un hurlement brisa le silence.

Péniblement Fenris ouvrit l'œil, s'arrachant au sommeil qui tenait plus d'un profond coma que d'un repos bien mérité. Chacun de ses muscles jugea bon de lui rappeler son existence quand il tenta de se redresser et ce fut sans surprise que ses jambes cédèrent lamentablement sous lui. Dans un grognement de frustration il maudit sa faiblesse et tenta de nouveau sa chance. Le bois d'une vieille poutre grinça contre son dos quand il s'y appuya sans douceur aucune pour garder l'équilibre, avant de s'écraser sur les fesses dans une semi victoire.
Un regard alentour de l'aida pas à reconnaître le salon modeste dans lequel il se trouvait. Le plancher était recouvert d'un tapis rapiécé par endroits et la décoration ne lui disait rien du tout. Ce n'était pas chez lui ni chez Ilyan et Elza, ni aucune autre de ses connaissances. Non, décidément il n'avait aucune idée d'où il se trouvait ou ce qu'il faisait là. Une odeur forte lui irritait les narines mais il mit ça sur le compte de son état.
Sonné et épuisé il se passa une main sur le visage, fronçant les sourcils pour essayer d'améliorer sa vision encore instable. Par ailleurs il constata avec dépit l'absence de son cache-œil et ferma sa paupière gauche dans l'espoir que cela lui faciliterait la vie, sans grand résultat.

Son premier réflexe fut de porter une main à sa ceinture pour retrouver le contact réconfortant de son épée... disparue. Instant de panique totale alors qu'il cherchait à tâtons autour de lui, pour finalement ne constater que sa propre nudité. Cela ne pouvait signifier qu'une chose. Le vide se fit dans son esprit confus suivi d'un électrochoc qui lui vrilla l'échine. Mu par l'horreur qui lui revenait en pleine figure à toute vitesse, il se releva sur le champ et faillit tomber sur le cadavre d'un quarantenaire fraîchement éventré qui gisait de l'autre côté du canapé.


«  Gaakfynr. »

Le juron ne tarda pas. Il s'était levé vite, beaucoup trop vite. Une nausée lui retourna l'estomac et il dût se retenir pour ne pas vomir tripes et boyaux. Prenant de grandes inspirations pour garder son calme, il se précipita dans la pièce d'à côté avec l'équilibre précaire d'un homme ivre mort. Des images sanglantes lui revinrent en mémoire, alternant avec des bruits de gargouillis immondes et un arrière-goût de chair exposée. Les souvenirs de son Autre. Ses souvenirs. Un haut le cœur le fit déserter aussi vite que possible, dans une tentative naïve d'échapper à ce qu'il avait fait.

Il secouait la tête de désarroi, laissant la colère contre lui-même et son manque de contrôle détruire ce qu'il restait de la maisonnée. Un revers de bras rageur envoya valdinguer les babioles qui traînaient sur la commode la plus proche. D'un cri rauque il claqua sa paume sur le meuble, ses ongles griffus dessinant de profonds sillons dans le bois. Le retour à sa forme humaine n'était pas encore terminé et ses mains ainsi que son visage gardaient encore des traces lupines. Toutefois une seule urgence lui restait tatouée sous la peau, une obsession dévorante qui ne se calmerait pas : partir. Loin de préférence.

Machinalement Fenris se dirigea vers la garde-robe de la chambre et entreprit d'y chercher des vêtements qui lui permettraient de ne pas attirer l'attention une fois à l'extérieur. Se saisissant de sous-vêtements et d'un pantalon propres, il s'habilla rapidement. Ce dernier était trop court et lui couvrait à peine les tibias mais ferait l'affaire faute de mieux. La chemise par contre était bien trop étroite pour sa carrure d'épaules aussi il finit par l'enlever. Jugeant impossible de faire rentrer ses pattes dans les souliers du mort, le Lhurgoyf pesa les options qui lui restaient. Léogan serait pris en charge par sa famille, et il ne risquait pas de se faire arrêter pour des dizaines de meurtres de sang froid.
Fen grinça des dents. Il devrait se concentrer sur sa propre sécurité. La Couronne chercherait forcément à lui mettre la main dessus et si elle y arrivait ça chaufferait pour son matricule. La cavale avait repris malgré lui, on dirait...

Un instant il s'arrêta de bouger et s'interrogea sur ce qu'étaient devenus les autres. Les Jézékaël et leur adorable bébé, Léo bien sûr et... Othello. Le soulagement d'avoir réussi à se maintenir loin d'eux laissa sa place à la honte d'avoir été vu sous cette apparence, dans un accès de violence aussi horrible que libérateur. Le borgne se mit à fébrilement rincer le sang qui tâchait sa peau dans une bassine d'eau claire, sachant pertinemment que même si le carmin s'en allait de ses brûlures il continuerait de hanter ses nuits pendant longtemps.
Ignorant la douleur qui parcourait ses muscles parfois noircis par la foudre, Fenris remarqua les profondes marques là où le métal de ses chaînes avait été en contact avec sa chair meurtrie. Cela dit il se jugea chanceux de n'avoir aucune autre séquelle sérieuse après le combat qu'il avait livré. Des hématomes, des contusions et une blessure ouverte à la tête qui devait être l'origine de la migraine colossale qui l'empêchait de réfléchir, c'est tout. Le souvenir improbable d'un oiseau armé d'une pierre lui revint brièvement avant qu'il ne s'en débarrasse, jugeant que son esprit lui jouait des tours.
Résolu à prendre la poudre d'escampette tant qu'il le pouvait encore, Fenris s'empara d'un poignard émoussé qu'il avait trouvé dans un tiroir et quitta les lieux après avoir sommairement recouvert ses traces. Ce n'est pas comme si une touffe de poils pouvait suffire à l'incriminer de toute façon.

Le vent lui fouetta le visage et masqua en partie l'odeur de mort qui semblait le suivre partout. Les rues de la capitale étaient à nouveau désertes, seulement parcourues par quelques âmes en peine, qui tout comme lui ne savaient pas trop ce qu'elles faisaient là. C'était sûrement le calme après la tempête, le temps que la milice royale reprenne le contrôle de la situation et ne se montre à nouveau dans leur habituelle fanfare métallique.
Alors qu'il retitubait sur les pavés inégaux du quartier de la forge, Fenris se remémora avoir entendu des citoyens mentionner le combat entre l'armée et le Colosse ailé avant de s'être réfugié et avoir perdu connaissance. Les choses étant beaucoup plus calmes maintenant il en déduisit que la créature avait été repoussée ou tuée, ce qui faisait au moins une bonne nouvelle.

Les passants pressaient le pas sans s'attarder sur le pas de leurs portes, et quoique moins paniqués qu'auparavant, ils étaient encore loin d'être rassurés. C'était le même traumatisme pesant que sur les côtes de Pharis, le même deuil insupportable qui précédait la reprise de la normalité. Le monde avait continué de tourner pendant son sommeil et il ne s'arrêterait pas, qu'importent les pertes. L'atmosphère était toujours chargée de la perturbation étrange -presque ésotérique?- qui l'avait animé d'un mauvais pressentiment il y a de ça plusieurs heures. Il ne saurait cependant déterminer ce qui le causait, et pourquoi il n'avait pas agi.
En outre le chaos total qui animait la cité attestait que son instinct ne l'avait pas trompé. Il n'était pas fou, pas encore. Une piètre consolation que d'avoir raison en de telles circonstances, alors qu'il n'avait rien fait pour éviter le désastre... Pour ce que ça aurait changé de partager son sentiment et être pris pour un détraqué, pieds et poings liés devant une catastrophe d'une telle ampleur.

Fen soupira profondément et s'arrêta, pris au dépourvu par un point de côté qui le fit grimacer. Ignorant les regards circonspects des gens qu'il croisait en sens inverse, il n'eut aucune réaction. Son apparence ne devait pas être des plus flatteuses avec ses blessures apparentes et son corps tatoué au dos, au bras et au cœur recouvert de crasse. Un cul terreux parmi tant d'autres si ce n'est qu'il était plus grand, plus imposant et avait l'air à cran...
Un vrai dandy, l'incarnation de tous les fantasmes féminins.
Peu importe. Il était trop épuisé pour prêter cure aux regards et autres critiques, d'autant plus que ses cheveux en bataille retombaient à moitié sur ses yeux, cachant au monde les restes de son autre forme. Une paupière close, un œil à l'éclat doré et las étaient ses seuls repères ; ce qui rendait la progression difficile sans se vautrer la tête la première ou se prendre les pieds dans quelque chose. Il pria dame Fortune de ne pas marcher sur une lame ou un bout de verre avec ses pieds nus et prit naturellement la direction de l'Égide du Lion, une auberge discrète où il pourrait trouver refuge... si le vieux bâtiment avait résisté à l'attaque.

Une quinzaine de minutes et pas mal d'aventures d'équilibriste furent nécessaires à trouver son chemin, bien qu'il ne soit pas si loin de son point de repli. Cela dit il était trop soulagé d'apercevoir enfin l'enseigne familière pour penser à quoi que ce soit d'autre. Ne voyant personne à l'entrée il zieuta par la fenêtre et y entrevit des silhouettes, ce qui lui arracha un souffle apaisé. Se tenant les côtes et traînant la patte, il finit par s'armer de courage et franchir la porte de l'établissement. Cillant à plusieurs reprises pour se faire au changement de luminosité, il mit quelques longues secondes à s'adapter.


« Ürosh, t'es là ? »

Tâtonnant à la recherche du mur le plus proche il appela un des employés de l'auberge, un ami de longue date. Il faisait noir comme dans un trou là-dedans, du moins pour quelqu'un qui venait de s'infliger la luminosité agressive du dehors avec une vue déjà défaillante. Sa main se referma sur du vide et il s'écrasa à moitié sur la table la plus proche, inoccupée heureusement.

« Je... quelle journée de merde. J'aurais besoin d'un remontant, vieille bique. » La tête lui tournait horriblement et ça risquait de ne pas s'arranger s'il buvait, mais il lui fallait au moins ça. S'affalant sur une chaise, il pencha la tête en arrière et tenta de se remettre. Il avait sommeil à nouveau, seulement quelque chose lui disait que c'était pas une bonne idée d'y céder. Enfin un Yorka entre deux-âges sortit de l'arrière-salle et se pencha en sa direction, inquiet. Fenris sembla s'assoupir un instant, de telle façon que les mots lui parvinrent étouffés et lointains.

« ...Quelqu'un pour toi. »
« Hein, quoi ? » Il tenta de se redresser pour discerner de qui il parlait mais dut porter une main à sa tempe qui était transpercée d'un poignard invisible. « Et dire que j'ai même pas encore bu. » Forçant son œil unique toujours à moitié animal il aperçut Othello, une masse cotonneuse de soie blanche, un nuage éthéré fait de plaisir coupable et d'une douceur qu'il ne méritait pas. Interdit il ne sut que dire et baissa les yeux.
« Oh. Je... Othello. »





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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Mar 14 Juin - 22:14

L’assiette était à moitié vidée, et l’on distinguait maintenant une trainée rouge sur le rebord du verre de vin quand la porte s’ouvrit en grand fracas, provoquant chez l’assistance un sursaut violent. Pour la sirène, habituée aux situations brusques, seules ses oreilles présentèrent une surprise violente, se dressant comme deux gardes sur le côté de son visage de poupée, alors que ses yeux glissèrent comme des billes jusqu’au cadre de la porte. Depuis quelques minutes, l’attente l’avait plongée dans une troublante léthargie, comme si tout cela n’avait été qu’un très mauvais rêve. Aucun de ses sens n’arrivait à lui prouver un brin de réel. Ni le goût des fruits qui paraissaient insipides sur sa langue curieusement sèche, ni l’odeur moite et humide des poutres qui parsemaient la salle, ni la vue du bois de la table, dont les rainures coulaient comme des rivières sous une épaisse couche de vernie. Cependant, comme un pressentiment qui la tirait hors de son songe, elle éprouva une étrange appréhension en tournant ses yeux vers la porte, comme si elle s’apprêtait à surprendre une scène terrible.
Quand enfin elle vit de façon claire la silhouette qui s’approchait, l’ondine oscilla soudain entre un profond soulagement et une étrange peine. Ou plutôt, une brûlante inquiétude, alors que ce qui semblait être Fenris tenait à peine debout, et s’écroula sur une table après que sa main ait manqué un soutient imaginaire.

Et dire qu’il n’y avait que quelques heures, ils étaient tous assis côte à côte sur un même sofa. La jeune femme serra le poing. Elle sentait presque la rigueur du cuir dans le creux de sa paume... Et l’enviait soudain plus que ce qu’elle n’osait avouer. Ses yeux regardèrent le lupin prestement, néanmoins, et, aussi surprise que le serveur à son côté, elle ne baissa jamais le regard. Elle voulait le voir, la réalité de son état, de ses blessures. C’était le premier pas de son travail, et un saut d’humeur ne l’empêcherait pas de faire son œuvre correctement. Mais néanmoins le spectacle était dur à contempler. Le marin n’avait rien de celui qui l’avait retrouvé en Cimméria, il y avait de cela quelques mois. Il n’avait même plus un aspect très... Terran. Quelque chose d’animal en lui avait prit le pas sur son corps de voyageur, et il avait l’air bien plus yorka qu’humain, à l’heure où elle le regardait. Etrangement, elle ne trouva en cette forme rien de repoussant, car c’était un mélange d’entité qu’elle connaissait bien.
Son bienfaiteur et elle échangèrent alors un regard obligé, et le tenancier partit immédiatement à la rencontre de Fenris. La sirène n’avait pas bougé, sachant très bien que le moment n’était pas encore venu. Il était évident qu’il était dans un moment de trouble. Se jeter sur lui n’aurait en rien aidé.

Pourtant, le quarantenaire lui adressa discrètement un petit geste de la main, qu’elle crut pendant un instant être un fruit de son imagination. Regardant, impassible, le tavernier du coin de l’œil, il reprit son étrange code et elle comprit alors qu’il voulait qu’elle se lève et le suive. Othello s’exécuta, non sans un certain pincement au cœur qui l’entraînait bizarrement vers l’arrière, et, dans le même temps, la poussait vers l’avant. Plus elle s’approchait, plus une odeur de cuivre et de roussie s’infiltrait dans ses narines, comme si elle émanait du marin qui avait trouvé un peu de confort sur la chaise en bois qui l’avait accueillie. Sa main se crispa doucement, mais à présent, elle était décidée à lui venir en aide.
Soudain, entre deux pas, elle se souvint brusquement des chaînes que le grand cyclope emmenait avec lui où qu’il aille, tel un condamné, obligé de les porter comme ses ombres maudites. Elle se souvint de leur touché rugueux, de leur poids, de l’impression glacé qu’elles avaient laissées sur le bout de ses doigts... Tout prenait sens, désormais. Si elle avait su... Jamais elle n’aurait commis ce geste, il avait dû se sentir si brusqué. Cela avait était déplacé, après tout...

A présent, elle était presque à leur hauteur, tant et si bien qu’elle entendait à bas oreilles les mots mâchés de Fenris. Sa voix avait à présent un roulement fatigué, un graille abîmé que l’on attribué aux blessés ou aux fumeurs de longues haleine, ainsi qu’une certaine inflexion trouble et malhabile. C’était comme si il avait déjà bu, lui qui demandait un verre. Pour cela, elle ne pouvait le juger, et le comprenait bien, au contraire. Bien que ses vœux ne lui imposent rien quant à l’alcool, elle n’avait jamais ressentie une attirance outre mesure pour la boisson. Cependant, et pour avoir côtoyé des soldats dans des états abominables, elle reconnaissait à la liqueur des vertus thérapeutiques surprenantes, et surtout un aspect rassurant inégalé, sauf pour la main d’une amante que beaucoup avait laissé derrière eux. Etrange... Aussi, elle observa le tavernier des yeux, s’attendant à ce qu’il s’empresse d’aller lui chercher sa meilleure gniôle pour lui remplir un revigorant fond de verre... Et pourtant, il n’en fit rien. Au contraire, son bras agrippa gentiment le sien pour la pousser un peu plus près d’eux, et elle l’entendit l’introduire d’une façon plus ou moins habile. Il était vrai qu’elle ne s’était pas présentée...

Etait-ce une façon de se déchargé, ou alors par simple politesse ? Elle le regarda dans les yeux et comprit qu’il était empli de nobles intentions. D’un geste de tête, elle le remercia, et il partit vers le bar, sa supposition était qu’il allait lui chercher le remontant tant désiré. Othello fut alors pour la première fois face à lui, et fut prise de court par son apparence troublante qu’elle décoda lentement, le regardant doucement. Son corps portait tant de stigmates des dernières heures qu’il lui fallut quelques instants pour discerner les vrais heurts des effets de sa transformation. Sa tête semblait peser des tonnes sur ses épaules larges, qui présentaient nettement des traces de brûlures qui mâchaient allègrement des tatouages marins. Hmpf, Léogan et ses éclairs... Il n’avait pas dû y aller de mains mortes. Elle se remémora alors Fenris sous son autre forme – originelle ou non, elle ne savait pas très bien – et les carnages qu’il avait fait dans les boyaux de la ville... Finalement, c’était peut-être justifié. Méthodiquement, elle l’observa un peu plus. Ses avant-bras étaient plus volumineux qu’à l’accoutumés, et il lui sembla qu’il avait une pilosité abondante, même pour un marin. Et sur son visage... Son museau, ou son nez étaient encore entremêlés en un étrange résultat, et son œil – l’autre étant découvert – luisait d’une lueur animal qu’elle n’avait encore jamais vu.

La jeune femme fut décontenancée par l’image qu’il renvoyait, mais ce ne fut qu’alors qu’elle constata son état remarquable de lucidité, et ce simple éclair lui apporta un profond soulagement. Une autre pensée la surprise : c’était la première fois qu’elle le surprenait torse nu. D’un aller-retour des yeux, elle constata que son pantalon paraissait très petit, et lui serra les mollets et les cuisses. D’où qu’ils viennent, les vêtements qu’il portait n’étaient pas les siens. L’ombre d’un instant, elle s’imagina retracer ses faits et gestes, mais trouva ça bien inutile face à la faiblesse de son ami. Elle s’avança doucement, ne sachant par où commencer, commençant à l’ausculter méthodiquement du regard quand soudain...
Sa tête retombant lourdement contre sa poitrine. Il eut l’air défait dès qu’il l’eut vu avec surprise, mais aussi... Une pointe de déception ? La jeune femme en resta sans voix, le regardant sans comprendre alors qu’il regardait ses pieds. Il ne souhaitait pas la voir ? Othello rouvrit sa main, ne sachant ni où se mettre, ni que dire, ni quoi penser de son attitude. Elle repassa le fil des évènements pour savoir où elle lui avait manqué de respect, si elle avait eu un geste déplacé... Peut-être avait-elle était trop présente, ou même avait-elle mépris le lien qu’il y avait entre eux. Ou peut-être avait-il seulement autre chose en elle que de la materner comme une enfant... Brusquement, la jeune femme devint impassible, aussi sourde et absente que la glace, dont il lui sembla qu’elle était issue.

Si elle cherchait des mots, alors elle n’en trouvait aucun. Que faire ? Elle avait la sensation d’être repoussée, bien qu’il n’en fût certainement rien. Cela pouvait se comprendre. Ce lieu était sûrement un de ses pied-à-terre, et il ne devait il y avoir que des amis autour de lui. Le marin voulait sûrement les retrouver sans avoir à supporter sa présence.  Elle l’avait remarqué lors de leur voyage avec le colonel sylvestre : il était de ces hommes spontanés et joviaux qui semblent pouvoir se lier d’amitié avec la terre entière. Peut-être voulait-elle retrouver cette intimité qu’il devait trouver en ces lieux. Et si c’était pour son inutilité ? Dans une longue et inexorable chute, ses yeux sombres retrouvèrent ceux du Llurghoyf sur le sol. Ses cheveux légèrement moites de la pluie du dehors dégageaient une sourde odeur de sel qui se mêla à l’odeur de cendre qui tapissait la peau du marin, dans un mélange étrange.
Sa tête semblait si lourde... On aurait dit que le marin, les cheveux en bataille, l’œil trouble, avait le mal de mer, et qu’il n’avait pas quitté le bateau tant il tanguait. Othello était résolu. Qu’importe qu’il ne veuille pas la voir, qu’il avait d’autre chose à faire, qu’elle ne méritait plus son regard. Elle s’était promis de lui venir en aide... De repayer sa dette. Et, en son âme et consciente, elle ne pouvait se permettre de le laisser dans cet état, l’ombre de celui qui avait pousser les portes de sa petite boutique pour lui venir en aide, également.

Elle ne commit aucun geste, ne bougea à peine, pour ne pas le brusquer d’avantage. Sa tension s’évanouit avec la froideur qui enveloppait son visage, et elle se présenta plus douce, plus sereine. Qu’importe sa réaction, sa déception. Elle le soignerait.

« Fenris, vous... » Elle se ravisa immédiatement. Ce visage baissé... Non, elle ne savait pas comment le prendre. « Je suis là uniquement pour vous venir en aide. Si vous ne souhaitez pas de ma présence, je m’en irai sur le champ. Mais laissez-moi seulement vous soigner. » Othello releva brusquement le regard, lui faisant pour la première fois face, forte d’un mélange d’a prompt qui ne lui ressemblait pas, et d’une tendre bienveillance.  

Elle le fixa pendant quelques secondes, les mains prêtes à le retenir si il partait en arrière – et confiante de cela, malgré sa carrure menue et ses bras tremblants. « Je suis heureuse de vous retrouver vivant » pensa-t-elle à faible voix, certaine qu’il n’entendrait rien, que ce fut dans son esprit ou dans sa faible voix. Mais elle espérait sincèrement qu’il accepte ce compromit, ne serait-ce que pour qu’il puisse enfin être remis sur pied.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Jeu 16 Juin - 6:18

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte II: Unspeakable Deeds


Le silence était retombé après qu'il ait prononcé le prénom de la prêtresse, ravalant la suite de ce qu'il aurait voulu dire. Comme un crétin il était resté là, le cerveau aux abonnés absents, à regarder dans sa direction faute de pouvoir la distinguer clairement à travers ses mèches blondes. Les mots avaient fait défaut à la fois çà son esprit ankylosé et à ses lèvres exsangues. Il aurait tout donné pour trouver une explication légitime pourtant, il aurait voulu exposer un baratin bien pensé qui le tirerait d'affaire comme il l'avait déjà fait des milliers de fois. Mais rien ne venait.
Il était impossible de justifier ce qui s'était passé. Rien ne pouvait effacer ce qu'il avait fait après avoir quitté la demeure des Jézékaël, déchaînant sa furie sur les passants. Il ne pourrait pas revenir en arrière et encore moins faire semblant de rien alors que le goût, les sons et les odeurs de ses proies étaient encore marqués au fer rouge dans ses souvenirs encore vifs. Il s'était sauvagement repu des Hespériens qui avaient eu l'infortune de croiser son chemin, prenant leurs vies pour la simple raison qu'ils s'étaient trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Le déclic avait opéré lors du cri du monstre ailé, tel un leurre de chair suspendue sous son museau, et avait suffi pour que la bête reprenne le dessus et écrase l'homme de sa rage.

Sa dernière pensée rationnelle avait été l'urgence de se tenir aussi éloigné que possible des gens qu'il chérissait, par conséquent il était consolateur de voir qu'Othello allait bien. Aucun autre fou furieux ne s'était pris à elle, au moins. Il entendit bien quelques bruits dans l'établissement mais il était trop fatigué pour y prêter attention. Son instinct n'avait pas encore crié au danger et en de telles circonstances il n'avait d'autre choix que de s'en remettre à lui. Il posa une main sur son flanc douloureux, ne se sentant pas encore le courage de se redresser.


«  Les autres vont bien aussi ? » C'était maladroit et de mauvais goût après ce qu'il avait fait, mais il se souciait davantage de cette poignée de personnes que de des trois dizaines qu'il avait charcutées dans la rue. Mes bonnes intentions ne peuvent plus rien pour eux, désormais. Se dit-il avec cynisme, sans toutefois vraiment le penser. La vérité était toute autre et il aimait mieux ne pas y réfléchir pour le moment. L'heure des regrets devrait être rapportée à plus tard.

Le fait est qu'il serait incapable de regarder la demoiselle dans les yeux même si son œil le lui avait permis. L'idée qu'elle ait été installée aux premières loges pour assister à sa boucherie faisait courir des fourmis sur sa peau. C'est pourquoi quand elle se montra aussi indulgente malgré la peur et le dégoût qu'elle devait sûrement ressentir, Fenris agita la tête, confus. Comment pouvait-elle s'en tenir à vouloir le soigner ? « Euh attendez... ? » C'était une question sans queue ni tête, une demande d'explication proche du charabia d'un homme ivre. « Je ne refuse jamais de la bonne compagnie... Mais comment... Après tout ça ? »

Le borgne avait envie d'inviter la sirène à regagner le confort de la maison Jézékaël, là où elle pourrait tranquillement se reposer et se remettre de ses émotions. Il avait égoïstement envie de la savoir en sécurité et de lui épargner cette vision pathétique. Perdu, il passa une main sur ses bras, toujours poisseux de pluie et de la poussière qui y avait laissé des sillons grisâtres. Son épaule gauche était gonflée par les coups, ce qui donnait un étrange relief à sa peau tatouée. Le dessin vieux de deux siècles descendant jusqu'à son biceps était intact... malgré la macabre connotation qu'il avait pris aujourd’hui. C'était bien éloigné de ses origines tribales, traditionnellement liées à El Bahari...

« Je n'entends plus les cris de la créature et je n'ai plus de visions non plus. Si elle est partie, je devrais pouvoir garder le contrôle. »

C'était la condition à laquelle Fenris accepterait de se laisser approcher. Ce n'était pas tant qu'il veuille quelle parte, c'est plutôt qu'il ne se faisait pas confiance et n'était pas prêt à courir de risques. Prenant appui du bras droit sur la table, le lhurgoyf se concentra afin d'accélérer la fin de la métamorphose. L'avantage du changement de forme c'est qu'il n'avait pas eu à user de ses réserves d'essence divine aussi sa fatigue n'avait rien de surnaturel.
En réalité il était plus inquiet de ce que pouvait penser la protégée de Kesha. Léogan connaissait parfaitement son autre forme, Ilyan était au courant de son existence sans l'avoir jamais vue en personne. Mais Othello... Il avait ardemment espéré qu'elle n'ait jamais à en faire la rencontre. Et dire que toutes ces années il avait plus ou moins réussi à se tenir à carreau. Tout ça pour perdre les pédales en pleine capitale. Magnifique.
Il murmura à Ürosh de se grouiller, groggy.

En outre Fen avait senti la précaution féminine et l'avait interprétée comme un signe de méfiance. Il se sentit sourire avec amertume. Difficile de lui en vouloir d'être sur la défensive après sa démonstration de violence. Il inspira et les divers os de son visage se mirent à bouger et craquer désagréablement, ses traits retrouvant leur humanité. Il grogna tout bas, la tête toujours basse, la respiration retenue sous l'effort. Ce ne fut qu'après une paire de longues secondes qu'il répondit enfin.


« Je suis content que vous n'ayez rien. Je ne saurais me pardonner si je vous avais blessée. » Et il l'avait sûrement blessée quand même, autrement que par des blessures physiques. Sentant qu'elle s'approchait, il poursuivit. « Vous n'avez aucune dette à mon égard, Othello. Je ne veux pas que vous vous sentiez obligée de faire quoi que ce soit, ni que cela devienne une mission sainte de panser mes blessures. Vous êtes épuisée et je suis sûre que d'autres méritent vos dons plus que moi. »




Sinking deeper into danger every day
Cut through all their shit with a brazen wit
Moulding puppets from their minds of clay
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Dim 19 Juin - 14:05

Entre une poignée de mèches en bataille, après un effort subtil pour dénicher, entre deux cheveux de pailles, une lueur, Othello distingua soudain un éclair violet venant de son œil unique. Cela lui arracha un soupir rassurant, autant qu’un haut-le-cœur compatissant pour le marin. Bien que son regard fût tourné dans sa direction, il semblait vague, et terriblement distant. Elle s’imagina alors que Fenris était là, mais que son esprit était loin, très loin au fond de son âme, dans un monde qui n’appartenait qu’à lui, et qui devait être en ruine. La jeune femme redoutait cette pensée : il était comme la ville, un être écorché vif qui se noie dans ses remords, dans ses plaies, dans sa douleur qui ne semblait pouvoir être soignée qu’avec le temps, qu’avec des déambulations troublées et sans but. Jusqu’à ce qu’il se retrouve.
Sa voix, néanmoins, sembla curieusement présente quand il s’enquit du sort de ses amis – ce qu’elle trouva logique, normale même, mais étrangement déplacé dans le contexte qui était le leur. C’est alors qu’elle commença à dévisager la chaise qui se trouvait devant elle, sur le côté de la table, à la gauche du loup. D’une main hésitante, elle toucha le bois du bout des doigts, n’osant encore la tirer vers elle. Bien qu’il eut fait un pas, elle ne voulait l’exaspérer plus. Le contact rugueux et brut laissa sur ses pulpes une sensation de chaleur inexpliquée qui la réveilla soudain. Finalement, elle se contenta d’hocher la tête sans grand enthousiasme. Inutile de venter la bonne fortune de tous : elle ignorait encore le sort de tant de monde, et cela était si injuste de s’attarder sur la santé des chanceux.

« - Léogan va bien. » Dit-elle simplement, ses mots se voulant apaisant. Elle ne dévoila rien de son état, sachant avancer sur une corde sensible particulièrement glissante. Il était inutile de l’accabler pour rien. Sa peau d’ivoire refléta la brusque lumière d’un éclair au dehors, qui fit chatoyer sa crinière de lune comme le fond d’une rivière limpide. Elle pinça imperceptiblement ses lèvres : le destin pouvait avoir un sens du dramatique douteux. Ses yeux se perdirent alors sur les carreaux troubles des vitres. « Je l’ai retrouvé peu après la fin de... » Les mots s’affaissèrent comme les plaques boueuses qui recouvrent les flancs de montagne et qui s’écroule au moindre orage. Othello resta impassible. Elle ne savait absolument pas quoi dire... Comment décrire ce qu’il s’était passé ? « ... De la créature. Il est sur pied, et a pu retrouver sa famille. Ils vont également bien, Ilyan m’a beaucoup aidé. » Ses mots n’étaient pas tout à fait sincère : quand elle avait quitté la demeure, seul Ilyan et son enfant était encore sur place, Elza était encore dans les rues pour aider les passants déroutés. Une intuition lui disait néanmoins qu’elle était en sécurité.

Les souvenirs de ce moment lui revinrent comme une lame qui perforait son cœur. Depuis l’incident, elle n’avait pas encore repensé à ce qu’il s’était passé, aux spectres qui avaient marchés parmi les vivants pendant un instant qui lui parut un an. Son esprit s’embruma, coula comme une pierre. Les visages d’outre-tombe, les ombres, les yeux vides et les cheveux blancs, les oreilles épineuses semblables aux siennes, la lame... Ses tripes se serrèrent, ses boyaux éructèrent un vague douloureuse qui secoua tout son ventre d’un spasme désagréable. Face à cette marée obscure, elle referma la boîte de tous ses souvenirs. Il y aurait un temps pour cela, comme un moment pour savoir ce qu’elle devait faire, ce qu’elle voulait, une fois que le lupin irait mieux. Pendant une petite seconde, un papillon de ses pensées s’envola vers la cimméria, vers ses deux félins, laissés entre de bonnes mains. Il lui faudra trouver un moyen de les rapatrier au plus vite – l’administration et les questions de logistique lui passaient au travers de la gorge. Elle voulait simplement les revoir.

Sa surprise la déstabilisa aux premiers abords, si bien qu’elle ouvrit la bouche pour ne rien dire, le fixant sans vraiment comprendre. Bien sûr qu’elle souhaitait le soigner, elle trouvait cela normale. Après tout, ils avaient tous subît leur corps, leur nature pendant cette attaque, et Fenris tout comme eux. Othello avait bénéficiée d’une main tendue. Pourquoi lui ne méritait-il pas la même chose ? Pour la monstruosité de ses actes ? Interdite, elle ne souhaitait pas encore s’aventurer sur ce terrain. C’était encore trop chaud, trop soudain pour qu’elle défit sa bonne volonté avec un quiproquo moral qui ne leurs ferait aucun bien. Une chose était sûre, il n’avait pas été lui-même, et c’était une raison suffisante pour elle de vouloir agir à son profit. Maladroitement, sa main s’enroula sur le dossier de bois et elle tira la chaise à elle, silencieuse, mais déterminée à lui prouver qu’elle ne lui voulait aucun mal. A présent plus proche, l’odeur qu’il véhiculait devint sourde à ses narines, et elle y reconnu du sang, de la chair, de la sueur, de la cendre. Mais elle ne broncha pas, inaccessible ondine, qui tournoyait dans les abysses pour repêcher le marin se noyant. Son visage trahissait sa faiblesse : elle crut un instant qu’il avait le vertige.

Quand il évoqua la créature, elle acquiesça simplement. Il n’avait effectivement plus aucun soucis à se faire, mais il devait sûrement le sentir en son for intérieur. Elle le ressentait aussi, ce vide, ce calme, cette impression de n’avoir plus aucune pression qui poussait les écailles sous sa peau, les nageoires à ses pieds. Plus d’entraves ni de chaînes qui la liait à ce corps handicapant. Elle l’observa du coin de l’œil bouger ses doigts sur sa peau, s’aventurer à parcourir ses bras, et s’en voulut immédiatement de ne pas le retenir. D’un autre regard, elle chercha le serveur, souhaitant le presser à accomplir sa besogne sans pour autant le formuler. C’est un craquement sépulcral qui l’attira à lui de nouveau. Une image violente de l’entrée des Jézékaël lui revint brutalement, et elle revit distinctement Léo traîner Fenris par la taille, lui qui se tordait dans des courbes impossibles alors que ses os semblaient se briser un à un. Son cœur s’arrêta un fragment de seconde, où, dans un sursaut, elle se retourna brusquement. Il était de nouveau lui-même, le marin qu’elle avait rencontré au port. C’est avec honte qu’elle regarda doucement la table, pensive. Pendant un instant, c’est la bête qu’elle avait redouté de voir...
Dans un appui mesuré, il respira de nouveau, soufflant un air trop chaud qui parcourut la nuque de la jeune femme comme un parfum enveloppant, porteur tant d’apaisement que de peur. Doucement, elle le vit parler, et comprit alors qu’il se ronger les sangs. Touchée, elle l’écouta, petite, insignifiante, une poupée de porcelaine posée à côté d’un géant d’argile, aux bras abîmés, fissurés, à la tête pendante. Toute cette inquiétude, cette culpabilité. C’était honorable qu’il se sente ainsi, et rassurant à petite mesure. Si cela avait été l’inverse, elle se serait sûrement levée pour partir. Mais la précaution qu’il avait à son égard l’assit plus sûrement sur sa chaise, et elle s’avança un peu plus en avant, penchant le visage pour retrouver son regard, son oeil apparemment flou. Circulant entre ses mèches, elle constata l’humeur troublé, et ses pupilles si dilatées qu’elle aurait pu plonger dedans.


« - Vous savez, d’autres n’ont sûrement pas eu à affronter Léogan au détour d’une ruelle. J’ai vu ses éclairs à l’œuvre, il sait s’y prendre quand il est énervé. » Bon, il était vrai que le colonel n’avait pas été au sommet de sa forme. Mais la marque de ses chaînes électriques parcourait encore la peau du marin, tant et si bien qu’elle se demanda ce que cela aurait donné si il avait été en pleine possession de ses moyens. Elle posa ses bras sur la table, laissant une partie de ses cheveux se poser avec eux, essuyant les gerbes de l’orage avec courage. « Et ne soyez pas inquiet, je ne suis pas obligée... » Une mission sainte... L’ombre d’un instant, elle se demanda quelle valeur ecclésiastique prendraient ses actes, elle qui manquait déjà à toutes les convenances. Certainement pas pieux aux yeux des dévots. Alors l’idée qu’elle menait une croisade personnelle lui parût aussi vaporeuse que celle d’agir avec obligation. La sirène sentit son visage lourd hésiter à plonger entre ses coudes, mais elle se retint.

Finalement, le yorka revint de son périple avec la fameuse liqueur qu’il posa avec une étonnante douceur sur la table, et la demoiselle poussa le récipient dans la direction du blessé avec les mêmes précautions. L’ombre d’un instant, elle se perdit dans le liquide ambré, qui promettait une douce chaleur, et un faux apaisement. L’envie d’y porter les lèvres était alléchante, et elle hésita à en demander un, à son tour. Mais c’était une mauvaise idée. La fatigue la hantait déjà comme une ombre néfaste, une vieille harpie qui attendait la première faille pour l’enrouler de ses bras faméliques et l’attirer vers un sommeil lourd. Elle échangea un regard avec le lupin. La même sorcière le guettait, mais il n’avait pas à lui résister. La jeune femme expira un souffle glacé qui enveloppa le verre de liqueur, l’entourant d’une agréable couche de givre. Sans être une grande connaisseuse, elle savait que les hommes appréciaient leurs alcools frais.


« - Vous méritez de l’aide autant que les autres, Fenris. » Lui dit-elle à demi-mot, ses yeux bruns regardant doucement vers le verre, sa tête curieusement penchée, reposant entre deux airs faute d’épaule pour l’accueillir. « Le temps des questions viendra, comme celui des regrets. Mais vous n’êtes pas dans l’état de vous impliquer ni dans l’un, ni dans l’autre. » Elle regarda consciencieusement autour d’elle, avant de poursuivre à voix plus basse : « Je n’ai pas peur de vous, j’ai confiance. » Cela était vrai, elle ne craignait pas pour sa vie, ou du moins tant qu’aucun autre colosse faiseur de calamité n’était à proximité. Il n’y avait aucune rancœur, aucune peur ni dans sa voix ni dans son corps tourné vers lui. Pour ce qui est de l’avis qu’elle avait sur la bête, elle songea alors qu’il n’était pas pertinent d’y penser... Voir même de s’en faire un. Et finalement, avec un ton un peu plus ferme, elle lui dit calmement, le regard vers le verre. « Buvez, cela vous fera sûrement du bien... » Elle regarda son épaule, pensive, priant que sa magie tienne le coup pour tout guérir... Sinon, il faudrait user d’autres techniques, plus douloureuses que les blessures elles-mêmes, et la prêtresse redoutait cela plus que le marin lui-même.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Mer 22 Juin - 20:16

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte II: We are the Others


Fenris connaissait bien l'hésitation contrite de celui qui ne sait quoi dire, l'amertume coupable de celui qui a merdé plus que les mots ne peuvent le décrire. Il connaissait ce regard comme un déjà-vu familier, une incertitude dans les yeux témoins de ses travers qui le plongeaient dans une hésitation contrite. Que restait-il à dire, que faire ? Il n'y avait pas de pardon pour ce qu'il avait fait, et il n'en voulait pas de toute façon. Son regard regagnait doucement le monde des vivants, bien qu'un chaos profond se déchaîne encore dans sa tête.
De tout son être lâche il désirait que cette bête tapie sous sa peau soit une créature indépendante, il voulait pouvoir prétendre qu'ils n'étaient pas une seule et même personne, une seule volonté. Ce serait tellement plus facile de se dire que tout ça n'était pas complètement de son fait, trop facile. Une partie de lui avait pris plaisir à ce bain de sang et bien que sa rationalité s'insurge à cette seule idée, il ne pouvait la faire disparaître. Ses jours tranquilles de monsieur tout le monde, ses voyages au gré des petits boulots étaient terminés à Eridania, voire sur une bonne partie du continent si la nouvelle se répandait. La brutalité de cette évidence lui coupa le sifflet. Il fallait de toute urgence qu'il commence à réfléchir à une porte de sortie avant qu'on le foute en taule ou plus probablement au bout d'une corde. Quel merdier.

En pareille situation Fenris se raccrochait à ce qu'il pouvait, naufragé largué au milieu d'un océan d'émotions conflictuelles. Apprenant que Léogan et sa famille allaient bien, il souffla sans s'en rendre compte malgré tout. C'était un poids qui s'envolait de ses épaules voûtées par la gravité et les remords, seule bonne nouvelle depuis son réveil. Néanmoins il redressa légèrement la tête, observant la sirène entre le rideau de mèches qu'il était trop paresseux pour dégager. Il faut dire que ça l'arrangeait bien d'imaginer qu'il pouvait se faire oublier.
D'un autre côté le trouble d'Othello lui était aisément sensible à une telle distance, d'autant plus qu'il lui semblait distinguer plus que du ressentiment. Il y avait autre chose, une vieille ancre jetée dans les profondeurs, remontée en même temps qu'une dose de mélancolie et d'autres émotions emportées dans son sillage. De la perte et du chagrin peut-être ?
D'instinct Fen leva une main se voulant apaisante en sa direction, mais la laissa retomber mollement. La demoiselle n'avait certainement pas envie de se laisser approcher, et à ce stade il n'était pas non plus certain d'être capable d'autre chose que de blesser. Si jamais elle voyait à travers du Loup, elle ne lui adresserait plus jamais la parole. Sa mâchoire se crispa d'une tension nouvelle et de la peur de la voir partir maintenant qu'elle était là.

Gorge nouée, il passa une main nerveuse sur sa joue redevenant râpeuse petit à petit. Il lui semblait que la réunion de famille dans le salon d'Ilyan avait eu lieu il y a une éternité, mais il ne saurait dire combien de temps s'était écoulé. Tous ses repères étaient troubles et confus, comme s'il les voyait à travers une vitre embuée. Le borgne posa une main à plat sur la table, sa prise s'intensifiant plus les secondes passaient.
Il sentait l'inquiétude et la bienveillance sincères de la prêtresse, seulement loin de le réconforter elles étaient du sel dans ses plaies ouvertes. Il ne voulait pas être protégé, il ne voulait pas être excusé, il ne voulait même pas être soigné. Une colère effroyable fermentait au fond de sa poitrine ; se soulevant contre lui-même, contre sa stupidité, ses pulsions, la violence de ce qu'il était. Contre ce putain de destin qui devait toujours le rattraper pour le faire retomber dans ses travers et tout ce qui allait avec.
Il n'y avait rien d'honorable dans sa culpabilité. Ça n'avait rien à voir avec la morale, d'ailleurs qu'est-ce que ce mot pouvait bien vouloir dire ? Ce n'était qu'une planque, un masque, une épée servant à condamner et non à défendre. Il n'avait jamais eu cure de la morale et des bonnes mœurs, et ce n'était pas en vivant des journées comme celle-là que les choses changeraient.


« Léo n'a rien fait que je n'aie pas amplement mérité et incité en toute connaissance de cause. » Le sindarin avait protégé les passants en l'emprisonnant dans sa cage de foudre, ce pourquoi il avait sa reconnaissance. De plus malgré son handicap temporaire ce dernier s'était retenu de céder aux provocations macabres de la bête, sachant qu'une décharge trop forte aurait tôt fait de le court-circuiter mortellement à cause du métal de ses chaînes. En réalité ces marques éparses, quoique douloureuses, n'étaient rien de très sérieux... autrement dit peu cher payé pour des dizaines de vies. Distrait il baragouina un merci à Ürosh et lui demanda de servir également la prêtresse. Au pire si elle n'en voulait pas, ça lui ferait un verre de réserve.
Fenris dégagea enfin quelques mèches de son visage, brûlant intérieurement face à cette tolérance inexplicable. Les religieux étaient réputés pour prodiguer la capacité à pardonner et ne pas condamner son prochain, mais ça... ça c'était de la folie. De la folie ou une hypocrisie comme il n'en avait jamais vue. Difficile de dire ce qui était pire entre les deux. Il s'insurgea d'une voix qui n'avait pas vraiment de force et encore moins de l'agressivité mais demeurait fermement convaincue. Mu par cette révolte intestine il la regarda dans les yeux pour la première fois. D'un œil calme mais dur.


« C'est faux et vous le savez aussi bien que moi. » Il n'y avait pas besoin d'élaborer pendant des heures, ils savaient tous les deux qu'il y avait là dehors des blessés plus graves et plus méritants. À commencer par tous les gens qui n'étaient pas recherchés par la Couronne pour avoir réduit leurs semblables à des traces rouges sur les pavés... Une liste sacrément longue. « Je ne suis ni assez faux-jeton ni assez ingrat pour vous dire de partir alors que rien ne vous obligeait à venir pour moi. J'espère juste que vous savez ce que vous risquez. »

Ürosh déposa un deuxième verre devant la jeune femme et s'en fut sans tarder, sentant bien qu'il valait mieux ne pas les interrompre. Fenris lui fit un signe de tête pour le remercier, trop absorbé pour verbaliser. Il porta le verre à ses lèvres et en but une bonne goulée, ignorant l'ardeur qui descendait dans sa gorge. Il apprécia la chaleur qui se propageait dans son corps, croisant les doigts pour ne pas s'être fait suivre jusque dans sa planque. Après tout si l'armée apprenait où il était il finirait pendu et Othello... il préférait ne pas penser au scandale que ce serait pour la jeune Haute Prêtresse. « Je pense pas que ce soit très sage de votre part. Je ne vous ferais jamais de mal volontairement, c'est certain. Pour ce qui est du reste... » Il soupira et laissa tomber, incapable de batailler alors que sa tête lui faisait horriblement mal. De plus voir un visage amical était une bénédiction. Les liens émotionnels étaient pour lui le meilleur garde-fou en cette période où il doutait souvent de ses capacités et sa santé mentale.

« J'apprécie le mal que vous vous donnez, je ressens à quel point vous êtes lasse. Longue journée, hein ? » Il dodelina de la tête et lui indiqua le deuxième verre. « Abandonnez l'idée d'utiliser la magie, vous tenez à peine debout. Mes plaies ont juste besoin d'être nettoyées, le reste guérira tout seul. » Le but n'était pas de lui donner des ordres, seulement il n'était pas non plus question qu'elle s'épuise encore. La connaissant elle avait déjà trop tiré sur la corde, à l'heure qu'il est. Ils avaient tous les deux besoin de repos avant tout. Oui,... du repos, un p'tit verre et peut-être un repas pour reprendre des forces.




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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Dim 24 Juil - 22:16

« Léo n’a rien fait ». Ses paroles sonnaient dans sa tête comme résonne une cloche depuis plusieurs secondes. Frappé par ses mots durs, par la force de son ton et son assurance, sûrement brutal, Othello avait mécaniquement regardé ailleurs, plutôt la table, pour échapper à son regard faible mais juge. De sirène, elle se sentit souris, attrapé le museau dans le fromage, prête à être jetée dehors, ou pire. Etouffée dans un piège par une arrête métallique, abattue si fort que sa fragile nuque n’y aurait pas survécu.
Evidemment que Léogan avait pris la bonne décision. Evidemment qu’il avait mis sa vie en danger pour lui, pour eux, pour tous. Et qui était-elle pour juger, elle qui n’avait rien vu, rien vécu, rien comprit ? Jamais elle n’avait pensé par son commentaire dévaluer son acte héroïque, et le faire passer pour le méchant. La demoiselle se sentit pris à parti pour des raisons idiotes, et cette sensation âpre d’être la méchante lui fit monter la bile au fond de la gorge. C’était sûrement un jeu de la fatigue, rien de plus... Mais son ventre se creusa de l’amertume qui coulait dans sa gorge, et elle ne parvint pas à se débarrasser de cette affreuse sensation de culpabilité.

Alors que le marin sembla s’évaporer avec le verre de liqueur, la jeune femme plongea un peu plus dans des abysses inaccessibles qui n’appartenaient qu’à elle. Sûrement entre deux gouttes de l’alcool brûlant, où elle se prit à nager dans un rêve éthylique, se noyant avec ivresse dans les vagues d’hydromel.
Quelque chose devait être dite, faite, un geste, un murmure. Les bonnes paroles, les bons actes afin de tirer le loup de sa sourde introspection. Rien ne pourrait l’aider à comprendre ce qu’il se passait sous ces mèches de blés, ces tristes pommettes enflées et légèrement bleuâtre qui suintaient encore les traces de coups. Et elle n’aurait jamais l’arrogance de seulement prétendre pouvoir le comprendre. La pensée vint caresser sa peau avec une douce tristesse, qui s’envola de nouveau dans ses volutes aqueuses du tourbillon de son esprit. Alors qu’elle vit le loup s’assombrir, elle comprit peu à peu l’intensité de son malaise, de sa peine, et de sa colère. Dans un élan retenu, elle eut envie de se lever et de partir, pour ne plus avoir à lui lancer à la figure ses vieilles utopies idiotes, le laisser à la réalité dure et froide, pour lui, comme pour tous.
Othello était une femme étrange, jamais tout à fait saisissable, ni tout à fait compréhensible par le commun de son monde. Mue par une volonté sourde de voir le monde tout en blanc, une forme de faiblesse maladive que certains prenaient pour une forme d’espérance, mais qui ressemblait bien plus à une perpétuelle lutte contre les souillures de ce monde – doublé d’un aveuglement pathologique qui l’avait poussé dans les bras des dévots. Fenris n’avait rien de cette naïveté, rien de cette surdité. Et il avait la franchise de le lui dire, en face, clairement, dans les dents et sans passer par une pléiades de chemins, pour lui démontrer par A plus B que non, le monde n’était pas fait de gens biens, qui, de temps en temps, font quelque chose de méchant. Ce serait un long processus de réalisation, mais Fenris pourrait bien être celui qui lui ouvrirait les yeux, et cela, elle commençait simplement à le comprendre. Comme une coquille se fissure au gré des vagues, elle comprit que quelque part, son attitude n’avait pas lieu d’être.

Cependant, elle n’haussa pas un cil blanc. Et quand il s’adressa à elle avec plus de gravité encore, elle ne broncha pas. Elle commençait à digérer la pilule, doucement, à apprécier ses actes pour ce qu’ils étaient, à reconnaître que ce n’était pas les liens qui les unissaient qui devait changer la valeur de ses prochains, la gravité de leurs blessures. Et elle n’essayait en aucun cas de les renier. Fenris la regardait avec une gravité fiévreuse, et répéta ses paroles – qui avait des airs de menace. Mais la jeune femme ne bougea pas, ne reniant pas sa peur, mais l’acceptant pleinement. Urösh revint comme une ombre, ce qui fait qu’elle ne distingua sa présence que quand il fut parti, et qu’elle trouva sous ses yeux le récipient rempli de l’élégante liqueur. Si ça n’avait pas été par l’odeur, on aurait juré de l’eau.
Prenant sur elle, elle leva la main jusqu’au verre et le fit jouer entre ses doigts. Certains auraient crié au scandale, tant un alcool chaud pouvait être un sacrilège. Cependant, l’hybride pouvait se targuer d’être un modèle d’hypothermie, et puis, par des temps aussi sombres, il y avait bien pire que cela. Elle regarda le loup une dernière fois. Les gens cherchaient sûrement de l’aide dehors... Mais elle ne broncha pas. Et si elle prenait peu à peu conscience de tous les risques, personne ne l’a vit se lever et rejoindre la porte. Même si il avait tué, et même si il y avait encore un risque, personne ne mérite de rester seul et vulnérable. Mais ça, elle serait bien incapable de lui dire. De même, après son apparente culpabilité, elle n’était pas sûre que ce fut une bonne chose.
Du coin de l’œil, elle le vit porter le verre à ses lèvres violettes. Elle n’était pas certaine de la pertinence médicale de son geste, mais elle n’était personne pour le retenir. Elle soupira, vaporisant sur le verre une couche de givre qui s’écailla comme la coquille d’un œuf. Léogan aurait été bien plus doué qu’elle pour le remettre sur pied, peut-être pas physiquement, mais au moins, il lui aurait redonné un peu de baume au cœur. Quand il eut déposé son fond de verre sur la table, le bruit sonnant la poussa à lever à son tour son verre. D’un œil vitreux, elle regarda le renard, cherchant tant son accord que ses conseils, tant elle n’était qu’une bleue dans l’exercice. Finalement, après une profonde hésitation, elle en avala une grande lampée dont elle suivit la coulée jusque dans son estomac.

Ce ne fut pas la brûlure qui la surprit le plus, mais bien le goût sucré de cet alcool qui lui chatouillé la langue. Quand elle rouvrit ses yeux, ils étaient pleins de larmes, et elle reposa brutalement la récipient sur la table en toussant nerveusement.
« Grand Dieux !... » Laissa-t-elle échapper dans sa quinte, et cela lui valut les regards en coins et les ricanements de quelques autres convives. Ce que c’était fort. La sirène ne se rappela pas avoir goûté un hydromel aussi puissant de sa petite vie.
Longue journée ? Ah ça. Elle leva les yeux vers lui. Il n’était pas le dernier à plaindre, et ces mots sonnaient jaunes venant de sa voix fatigué. Mais c’était bien vrai, que la journée avait était éprouvante.


« - Je ne vous le fait pas dire... » Dit-elle, hésitant à ressentir une nouvelle fois la morsure de l’alcool. La nuée de souvenirs lui occupa quelques secondes l’esprit. Et soudain, comme par réflexe, l’image des spectres se présenta à elle comme un cauchemar qui revient vous hanter. Regardant Fenris, son œil troublé, elle se demanda alors si il les avait vus, lui aussi, ou si cela n’avait pas été qu’un pur produit de son imagination, ou sils n’étaient pas issus de la magie du miroir. En battant des yeux, une larme translucide coula sur sa joue. Cet énigmatique apparition était peut-être lié à la présence du colosse, et elle eut envie de demander au marin son opinion. Cependant, l’instant était très mal choisi pour évoquer les évènements de la journée. Doucement, elle s’autorisa une petite gorgée du sulfureux liquide. Pour le reste, il avait amplement raison.
« - Je ferais comme vous dites... Pour l’instant. Quand j’aurais recouvré quelques forces, je pourrais les refermer. Sentez-vous des plaies plus profondes, d’autres blessures ? » Dans l’état où il était, elle n’osa pas lui demander de l’examiner – et il ne se serait certainement pas laissé faire. Aussi n’insista-elle pas. Elle voulut aussi lui demander quand il avait mangé pour la dernière fois. Mais l’idée de lui rappeler amèrement la réponse ne lui plaisait guère.
« - Vous devriez manger quelque chose, peut-être. » Dit-elle poliment. « Je vous rafistolerai quand vous aurez finis. » Cela lui ferait aussi du bien de se reposer quelques secondes, même en restant assise sur une chaise. « Et dire qu'il fallait que je rencontre le roi... Ça va devoir attendre. » Tout devra attendre. Mais elle était prête à prendre le temps. L’alcool avait jeté sur son esprit un poids étrange dont elle distinguait à peine la masse. Mais qu’importe, il y avait bien pire.

La pluie battante qui frappait aux carreaux se calma, et elle plongea une nouvelle fois dans son verre de liqueur. L’heure était à l’avancement, et plus au passé. Elle laissa les secondes s'effiler, s'envoler doucement
« Je... Crois que je vais trouver une maison ici. Pas une auberge ou une chambre, un logement d’où je pourrais être utile, pour participer aux secours. » Las, elle laissa ses doigts couler sur la table, danser comme deux cygnes jusqu’à son verre, qu’elle finit en quelques douloureuses gorgées qui lui firent perler plus de larmes encore autour de ses deux yeux noires. C’était une idée folle, certes. Mais ses mots avaient dépassés ses pensées, anticipés, même, ce qu’il fait qu’elle s’interrogea même su la viabilité de ce projet insensé. Comme pour chercher son aval, et pour oublier la sensation étrange d’engourdissement qui s’emparait de ses lèvres, elle observa le marin, espérant le voir un peu mieux, en cherchant un peu de force éclairait de nouveau son regard.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Jeu 11 Aoû - 22:44

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte III: Burning on the Inside

C'était sûrement l'inquiétude et la volonté de bien faire qui avaient amenée Othello à le suivre et se soucier de son état, mais désormais une peur tenace s'était infiltrée dans son regard fuyant. Fenris n'avait pas besoin de la regarder en face pour savoir que sous le front féminin les eaux n'avaient rien d'un fleuve tranquille. Toutefois et parce qu'il était l'un des plus gros imbéciles qu'Isthéria ait jamais porté, il ne pouvait rester indifférent face à ce trouble dont il était clairement à l'origine.
Il était plus sain qu'elle garde les pieds sur terre et les yeux ouverts sur la réalité, bien que cela détériore encore le jugement qu'il se portait. Lui faire peur n'était pas dans ses projets et pourtant cette dernière était la seule chose qui puisse la protéger.

C'était là la raison première de son choix en demi-teinte, de cette réaction de bête acculée qui ne sait où planter les crocs. Il n'avait pas la force de volonté de tenir la prêtresse à l'écart, tandis que ses scrupules le forçaient à l'avertir du risque, en espérant qu'elle ferait preuve de plus de bon sens qu'il n'en aurait jamais. Othello était une femme qui avait la vie devant elle, une personne qui avait de la force et de l'avenir. C'est pourquoi il ne lui appartenait pas de la dévier de sa route ou de gâcher ses projets des erreurs qu'il finirait forcément par commettre tôt ou tard.
Du coin de l’œil il l'observa hésiter devant son verre, sûrement à regretter d'être venue et être accueillie de façon ingrate. Quoi qu'il en soit l'expression du Lhurgoyf se détendit un peu, l'alcool aidant probablement à lisser les vagues de reproches existentiels qui faisaient écho dans son crâne à moitié vide. Pris dans ne contemplation absente quoique compromise par la fatigue qui ralentissait son train de pensée, il fut tiré de sa torpeur par une soudaine quinte de toux.

« Doucement, vous allez vous étouffer. »

Il fronça les sourcils et se retint de poser une main sur son épaule. Le geste naturel avait été retenu de justesse, le borgne étant toujours effrayé que le contact fasse voir ce qu'il ne fallait pas à la demoiselle.
Ce n'était pas qu'il se méprenne sur son compte. La file de personnes qui venait quotidiennement consulter sa boutique à Hellas témoignait de son don si tant est que quelqu'un le remette en question. La gentillesse seule, certes denrée de plus en plus rare sur le continent, ne suffisait pas à justifier la fidélité de sa clientèle ni sa proximité avec la grande prêtresse. Sa compétence lui apparaissaient comme une évidence. En outre Fen ne doutait pas qu'Othello ait déjà vu un lot condensé d'atrocités le long de sa jeune carrière, ni qu'elle soit apte à garder son sang-froid dans le vif de l'action. Néanmoins et heureusement, il y avait une énorme différence entre tenter de sauver un homme tripes à l'air et éprouver une macabre satisfaction à s'en repaître.

Luttant pour ne pas replonger dans ses souvenirs, Fenris se trouva mal à l'aise et laissa la première banalité trébucher hors de ses lèvres pâteuses, en l’occurrence une remarque sarcastique et peu intelligente sur le bilan de la journée, un euphémisme de mauvais goût qui visait à maladroitement dédramatiser. Autant dire que son sens de l'humour avait aussi du plomb dans l'aile pour tomber aussi bas. Sans savoir comment rattraper sa bourde, il préféra éviter les sujets épineux tant que possible. S'en remettant à jauger ses blessures, il prit la peine de réfléchir avant de répondre. À mesure que l'adrénaline le quittait la douleur commençait à se faire sentir plus intensément, ses membres lourds couvant sûrement des hématomes qui apparaîtraient bientôt. À priori rien de majeur cela dit.

« Juste ma tête, je crois. » Il tâta à l'aveugle entre ses mèches emmêlées, trouvant sans mal la source de la douleur. C'était une plaie peu profonde longue d'un pouce et couverte de sang séché, accompagnée d'un œdème qui se formait déjà à côté. « J'ai pas mal saigné sur le coup, mais c'est sans doute rien de grave. Ça ira tant que je n'ai pas à me déplacer dans les prochaines heures. Les vertiges auraient sans doute raison de ce qui reste de mon estomac. »

Et Soulen seul savait qu'il avait été malmené après le réveil précipité qui avait bien failli le faire vomir corps et âme. Peu importait en soi que son organisme de prédateur soit capable de digérer ce que la bête avait avalé, il préférait ne pas y repenser. De plus c'était vrai que malgré le dégoût que lui inspirait la nourriture il avait besoin de reprendre des forces et une énergie que la chair crue consommée ne pouvait lui procurer. Il fit donc signe à l'aubergiste de leur apporter quelque chose, et ce dernier opina du chef avant de disparaître dans ses cuisines. L'expérience lui avait appris qu'en ces circonstances se forcer à manger c'était comme remonter en selle juste après avoir été éjecté par sa monture : il ne fallait pas se laisser le temps de réfléchir sous peine de perdre face à l'appréhension.

« Je ne saurais refuser le doux toucher d'une gente dame, ce serait inconvenant. »

Haussant les épaules avec une légèreté qu'il était loin de sentir Fenris continua sur sa pente de plaisanteries douteuses. Maintenant qu'il était lancé c'est pas comme si ça pouvait faire une différence, c'était un peu tard pour sauver les bonnes apparences de toute façon. Othello et lui étaient quittes depuis qu'ils s'étaient vus sous leurs formes non-humaines, ce qui quelque part lui faisait bien plus drôle que s'il avait dû se montrer nu. Non, en vérité il aurait mille fois préféré se trimballer dans sa plus simple tenue et passer pour un détraqué exhibitionniste que de laisser quiconque voir ce qui le dévorait de l'intérieur.
Au milieu du brouillard qui recouvrait sa vision et ses pensées, Fenris tiqua à la mention royale. Un frisson d'horreur lui parcourut l'échine alors qu'il se rappelait de sa condition de fugitif. Il déglutit péniblement et s'offrit une longue gorgée d'alcool histoire de faire passer la pilule. Non que ça aide réellement, mais quand même.


« Le Roi ? » Il répéta bêtement, s'interrogeant sur quel genre d'affaires pouvait bien valoir une entrevue avec le Thimothée en personne. Cependant il n'osa demander des précisions, peu certain de vouloir savoir ce dont il s'agissait. L'ignorance avait parfois du bon et quelque chose lui disait que dans ce cas c'était mieux de ne pas creuser. D'un autre côté il aurait besoin de connaître l'état des choses avant de planifier son départ d'Hespéria.
« Hmm je ne suis pas sûr que ce soit judicieux de me faire passer avant lui, quoi que ce soit un ordre de priorités flatteur pour moi. »
Dans son œil brilla une once d'espièglerie qui rappelait le Fenris habituel. Il hésita, faisant tourner le verre entre ses doigts roussis. « Vous savez si... » Il agita la tête pour y mettre de l'ordre, sans grand résultat. « Si l'armée, la garde et les autres... » Sa main dansa négligemment dans le vide, comme si elle pouvait servir d'explication. « s'ils nous cherchent ? Je veux dire, hm, ceux qui ont changé de forme et perdu le contrôle ? »

C'était trop tôt pour qu'il parle explicitement de ses crimes, aussi vifs soient-ils présentement dans sa conscience malmenée. Le désespoir lui donnait tout juste l'obstination de planquer sa tête sous le sable et tenter d'ignorer la tempête au moins le temps d'être remis sur pieds. Se martyriser en ruminant ce qui c'était passé serait son arrêt de mort en ces circonstances où il risquait d'être abattu à vue. Il n'avait pas le temps pour ça, pas maintenant. De plus s'il y avait un art dans lequel il excellait c'était celui du mensonge, alors pourquoi ne pourrait-il se leurrer lui-même ?

Adossé à sa chaise, il tâtonna instinctivement ses poches à la recherche de sa poche à tabac. Évidemment il ne trouva rien dans ces habits empruntés et trop petits, ce qui le fit soupirer de frustration. Il aurait tout donné pour une clope, un peu de tabac à mâcher ou n'importe quel autre substitut. Regrettant de ne pas avoir la liberté d'aller et venir à sa guise, il réprima l'envie de descendre dans le quartier des tanneurs pour trouver un fournisseur de cindine. Pour l'heure la fatigue le taraudait et l'envie de se faire oublier du monde prenait le pas sur les démons de sa lâcheté.
Fenris renifla doucement, laissant le sucré de la liqueur se mêler au vieux bois et à l'odeur de pluie dans ses poumons. Il était stupéfait de voir que la yorka pensait déjà à soigner alors qu'elle n'était pas en forme non plus. Certes elle ne semblait pas blessée ou du moins sérieusement, du peu qu'il pouvait voir... mais ses traits trahissaient une grande fatigue et nombre de choses semblaient lui trotter dans la tête. À la fois admiratif et peu convaincu par l'idée, le mercenaire se fit réservé.


« Vous allez quitter Hellas ? Hm, je peux pas vraiment vous blâmer de fuir le temps du nord, remarque. Pensez à bien vous reposer avant de vous lancer, par contre. Et puis si vous savez ce que vous cherchez je devrais pouvoir trouver une ou deux adresses. Pas des maisons mais euh... des gens qui pourront vous dégoter des propriétés correctes pour pas trop cher. » Il se gratta la nuque et grimaça en bougeant son bras. Son regard était moins voilé qu'auparavant et son visage moins fermé. « Je connais un herboriste qui va sauter de joie en apprenant la nouvelle. » Son ton était mi-sérieux mi-ironique, amusé au fond quoiqu'il soit difficile à dire ce qu'il pensait vraiment. Il laissa la boutade planer dans l'air sans préciser d'où il tenait l'information, guettant simplement la réaction de la sirène avec curiosité. Il en fallait bien peu pour amuser un homme au bout du rouleau...




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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Sam 27 Aoû - 19:45

Dans une brève étincelle, on alluma une bougie dans un coin de la pièce. Dans une bouffée d’air, les petites narines d’albâtre avalèrent d’une traite l’odeur sourde de fumée et de cire. Puis, dans une fine pirouette d’esprit, Othello, comme son joli nez, retrouva sa place dans la conversation qu’ils commençaient à renouer. Elle avait remarqué que, comme la mèche incandescente, l’atmosphère semblait se réchauffer un peu. Le grand renard blond recouvra un peu de sa conversation, et d’une lueur plus éclairée dans son œil unique, qui reprit quelques couleurs.
Une petite plaie, donc. Dans un regard plus ou moins concentré, elle l’observa fouiller entre ses mèches docilement, attendant son propre diagnostique. Les années passant, elle avait vu de nombreux collègues se méprendre sur la capacité des patients à s’auto-diagnostiquer. Ils étaient pour beaucoup tout à fait capables de comprendre leurs symptômes. Voir même mettre des noms sur leur maladie. C’était sûrement un outrage que de ne pas savoir les écouter correctement. Pour le marin, qui avait de nombreuses années derrière lui et sûrement vu bien pire, son expertise n’était certainement pas à dévaluer, et elle imaginait bien qu’il devait être bien plus maître qu’elle sur ce domaine. Aussi haussa-t-elle doucement le visage quand il lui expliqua ce qu’il ressentait. Elle le regarda alors, un œil un peu plus critique se penchant sur ses cheveux par endroit incarnats. Nul doute qu’il devrait se méfier des vertiges... Avec un coup pareil, son oreille interne avait dû en prendre un coup. C’était déjà surprenant qu’il ait pu se déplacer jusqu’à l’auberge sans s’évanouir dans la rue. Avec un respect tacite, elle salua sa résistance, et répondit à sa prochaine phrase par un sourire poli, sentant poindre un réflexe cavalier qu’elle lui avait remarqué.

Conservant par réflexe mécanique ce sourire quelques minutes, elle sentit peu à peu une présence penaude et malveillante s’installer dans un coin de sa tête, et commençant à faire peser sur ses pensées un trouble léger. Plissant les yeux pendant que Fenris parlait, elle pinça doucement ses lèvres qui commençaient à s’engourdir légèrement. Essayant de retrouver son sourire, mais sans succès, elle tendit l’oreille au son du verre sur le bois. Ceux qui ont changé de forme... C’était tout justifié, comme question. Et, même si elle était surprise par la rapidité de son questionnement, elle fit rapidement le lien entre sa mention du pouvoir en place, et ses craintes. Le lupin avait tout à fait raison de se poser la question. La sirène en plongea dans une profonde introspection, quelque part entre le verre du marin et le sien. Une de ses mèches blanche tomba sur son front. Son extrémité se détacha du peloton pour tomber mollement sur la table.
Il lui fallait se creuser l’esprit, entre fatigue et prémisse de l’ivresse, mais elle était sûre d’avoir entendue quelque chose à ce propos. C’était avec Elïe... Non, un peu plus tard. Elle allait arriver à l’herboristerie, et venait de quitter la belle rousse. Deux garde, l’un très grand et l’autre tout petit, venaient de s’effondrer – c’était le mot juste – sur la petite place. Ils avaient tous les deux l’air très hagard, et complètement perdus. Le plus petit avait des joues rougies par l’effort : il sortait d’une course effrénée que n’avait pas subit le grand benêt qui le suivait, tout chose. La naïade ne fit que passer lentement devant eux, mais ses oreilles d’ondin en saisirent suffisamment pour être troublée.
Maintenant que les choses allaient mieux, elle se demanda pourquoi elle n’y avait pas pensé avant. Cela aurait sûrement soulagé le loup bien plus que tout autre veine tentative de réconfort.


« - Je ne suis pas sûr mais... Le roi a apparemment préparé des mesures à la hâte. Rien n’est encore confirmé, cependant. Mais il semblerait qu’il veuille grâci... Pardonner à ceux qui auraient commis des crimes à cause du colosse, contre services rendus à la couronne. » Ses mots tombèrent comme des gouttes de pluie sur leur conversation. Mais comme pour éviter de donner à tort et à travers des faux espoirs, alors qu’elle n’était elle-même pas sûre de ses souvenirs, elle s’empressa de rajouter : « Cela reste à confirmer, bien sûr. » Inopinément, elle retrouva son sourire énigmatique, comme pour célébrer la bonne nouvelle, essayant de gratter une des couches de malaise qui pesait sur leur table.
Cela tombait sous le coup de la logique et elle revoyait très bien le petit joufflu le dire au grand cadet entre deux inspirations. Bien que le roi se fasse célèbre pour s’essayer à de nouvelles politiques, ce décret tombait plutôt bien, si la mémoire de la dévote était bonne. Il était assez évident que le colosse avait eut l’effet d’un inhibiteur, et ceux pour tout le monde. Llurghoyfs, comme yorkas, comme terrans. Chacun s’était vu affecté à contre cœur et même si la jeune femme ne disposa pas des connaissances adéquats sur le psychisme des races, elle savait que cela pouvait foncièrement influencer l’attitude d’une personne. Pour les yorkas, tout dépendait bien sûr des individus. Chacun était plus ou moins sous le contrôle de son instinct, et la présence animale se faisait sentir à différentes échelles. Pour certains, c’était constant. Pour d’autres, c’était à peine visible. Mais une fois passé sous sa deuxième forme, il s’agissait presque d’une omniprésence de la bête qui définissait une toute nouvelle forme de réaction, et donc de comportement. Si Othello n’avait abandonné cette forme, elle aurait elle aussi cédée à la bête en elle. D’après ses études, les llurghoyfs obéissaient à la même logique, cependant d’une toute autre façon. Mais elle secoua la tête, et poussa ce débat interne d’un geste de la main. Elle se sentait plus légère, et trop embrumée pour penser à des choses pareilles.
Alors qu’elle pensait, on déposa sur la table deux assiettes pleines, deux petits verres à ballon et une carafe dont elle ne regarda pas le contenu. Cependant, les vapeurs qui s’élevaient de son assiette chaude retinrent son attention. Devant ses yeux, patates, oignons et quelques lardons flottaient dans un gruau limpide. La soupe était claire et sentait fortement. On lui avait donné une cuillère en bois qu’elle trempa dans le liquide, attrapant au passage un bout de chou. Ce n’était guère appétissant, et pourtant ça lui donnait très envie.

Elle remplit sa cuillère d’un juste mélange de bouillon et de pomme de terre, et souffla doucement dessus pendant que Fenris prenait la parole. Elle acquiesça. Après tout, elle ne connaissait qu’une poignée de monde à la capitale, et ce ne serait sûrement pas facile de trouver un endroit où vivre dans un climat pareil. Toute aide serait la bienvenue. Fenris semblait serein, un peu plus ouvert et bavard. Othello se demanda brièvement s’il connaissait Hesperia, et à quel point. C’était évident. Cependant, il devait connaître la mer plus que la terre, tout comme elle se repérait plus agréablement dans les fonds marins que sur les chemins poussiéreux. Une nouvelle vape de feu et de suie emplit ses narines avec gourmandises. Ses petites mains pâles battaient une mesure imaginaire. Son esprit était curieusement aérien, et elle savourait déjà la soupe à l’oignon des yeux, heureuse de pouvoir reprendre quelque force. Quand elle estima que ce fut suffisamment froid, elle ouvrit la bouche et... Manqua de s’étouffer avec la soupe brûlante, qui ne fit qu’un tour jusqu’à son nez, l’autre partie du liquide manquant de peu de couler dans son larynx pour aller nourrir ses poumons, alors que ses oreilles se dressèrent de surprise.
Dans un bruit sec, elle reposa la cuillère sur la table, regardant le marin dans l’œil en y cherchant ses intentions. Elle n’y distinguait rien de fixe, que des sentiments allants et venants, semi-rieurs, semi-sage, semi-sérieux... Impossible de savoir quelles motivations l’animaient... Mais... Etait-ce une sensation ou sa vue était moins bonne ? Il lui sembla que le fond de la salle devenait flou, et qu’elle devait fournir un plus gros effort pour voir les détails des choses et des gens. Mais là n’était pas la question. Comment avait-il su ? Othello se ravisa immédiatement, sentant poindre le rouge sur ses joues diaphanes, et tentant de le maîtriser sagement. Elle qui pensait que c’était le secret le mieux garder de la création... Ou du moins, faisait-elle son possible pour empêcher qu’il ne s’ébruite. Ce serait le comble qu’elle découvre soudain que tout le monde savait les sentiments cavaliers de Duscisio Balibe envers elle, alors qu’elle pensait être la seule.
Docilement, elle prit une deuxième cuillerée de potage qu’elle mâcha très lentement, scrutant Fenris d’un air sérieux, qui devait être assez amusant à regarder. Ses yeux étaient plissés pour mieux voir, et elle avait, en mâchant, une curieuse façon de plisser ses lèvres de méfiance. Peut-être se fourvoyait-elle tout simplement. Cependant, l’air de Fenris à demie rieur semblait clair. Et puis, il n’y avait pas de quoi avoir honte. Elle avala doucement la fin de sa bouchée, en avala une autre, puis répondit doucement :


« - Certainement... Espérons-leUn choix de mot énigmatique qu’elle ne pouvait s’expliquer. Le fond de l’histoire était bien plus compliqué, cependant. Mais ce n’était pas un sujet qu’elle aimait mettre sur la table, aussi ironique fut-il, et même si il trouvait sûrement sa place entre deux assiettes de soupe à l’oignon. Il lui manquait encore un ou deux verres pour pouvoir en parler calmement. Candidement, elle se dandina un peu sur sa chaise, pour se remettre les idées en place, et aussi chasser cette étrange sensation de gêne qui l’avait saisie. Cela lui permit de chercher un chemin plus sûr à emprunter pour rapidement changer le sujet de la conversation.

« - Je serais heureuse de bénéficier de votre aide, merci. Mais rien ne presse, n’est-ce pas ? Et, hm... Je ne connais rien à la capitale... Connaissez-vous bien les lieux ? » C’était bien plus maladroit que ce dont elle était capable d’habitude, mais cela ferait l’affaire en attendant une nouvelle idée. Il n’était sûrement pas dans l’état de s’enquérir de lui trouver une masure. Et elle se sentit sotte de le déranger avec ça. Soudain, elle eut au bout des doigts une impression pâteuse. Puis des petits picotements. Avalant brusquement, Othello se redressa soudain, un air un peu plus sérieux au coin des yeux. « C’est peut-être prématuré, mais... Si le roi a bien prit sa décision de vous gracier, qu’allez-vous faire ? » Demanda-t-elle très doucement, pour qu’il n’y ait que ses oreilles qui puissent l’entendre. Ses mots étaient vides de gravité. Cependant, elle était curieuse de voir si Fenris choisirait de se soumettre à la couronne. Quelque part, elle connaissait déjà la réponse.
Le contour du géant des mers se dessinaient finement à la lumière d’une lointaine fenêtre. Et soudain, son œil unique et brillant disparut alors dans une nuée de vapeur : une vapeur d’oignon.

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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Dim 28 Aoû - 6:29

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte IV: Blind Shot

Fenris était resté muet et appréhensif face au silence qui avait suivi ses questions. Il ne saurait dire si la jeune femme essayait de rassembler ses souvenirs ou si elle réfléchissait à un moyen de lui annoncer une mauvaise nouvelle, ce qui en rajoutait à son angoisse. La réponse ne vint pas immédiatement et il fit nerveusement courir ses doigts sur la table. D'ordinaire il n'était pas du genre à tout prendre au sérieux et s'inquiéter rapidement, néanmoins dans ces quelques mots pouvait se trouver sa vie suspendue par un maigre fil. C'était très difficile de rester calme et serein dans l'attente du verdict capable de dicter tout un avenir. Fen déglutit et se pencha un peu en avant, même si son ouïe perçante lui permettait d'aisément entendre les murmures de la prêtresse.

La confusion et le scepticisme furent bousculés par la surprise. Le Roi aurait décidé de gracier les civils qui avaient perdu le contrôle en échange de services rendus ? Son œil s'écarquilla en grand avant qu'il ne se morde la lèvre. Il était certainement question de travaux d’intérêt général ou quelque chose du genre, encore que ce genre de mesure soit exceptionnel. Il avait connu nombre de dirigeants qui avaient précédé Thimothée, qu'ils soient maires ou souverains, et de mémoire il n'avait jamais entendu parler d'une chose pareille. Sa main s'immobilisa et encercla son verre par instinct. D'un autre côté il connaissait des gens qui étaient deux fois plus âgés que lui et nul n'avait souvenir des colosses qui attaquaient Isthéria, ni de leur origine.

Sous le choc de l'éventuelle porte de sortie, ses neurones léthargiques s'agitaient dans tous les sens à la recherche d'une solution. Ses crimes étaient probablement parmi les pires que la cité ait connus ce jour-là, mais s'il arrivait à se présenter à la couronne sans qu'on associe son nom à autant de meurtres il avait peut-être une chance de passer entre les mailles du filet. C'était un pari pour le moins risqué... mais à ce stade que lui risquait-il à perdre, si ce n'est la tête ? De toute façon il préférait être mort que privé de sa liberté. À côté de ça quelques services à la couronne lui faisaient l'impression d'une période de vacances au soleil. Son regard se durcit de détermination, quoi qu'il se garde de trop vite s'accrocher à cet espoir.
Si cette information était correcte, il devrait faire un choix entre se présenter de lui-même aux autorités ou accepter d'être traqué sur tout le continent. Dans son état ce serait simplement une question de temps avant qu'il ne se fasse choper, après tout les Eridaniens n'étaient pas réputés pour blaguer avec ces choses-là ; surtout depuis qu'ils s'entendaient à nouveau avec Cimméria, qui ne manquerait pas de livrer des criminels recherchés. Le borgne respira profondément, repérant le fumet alléchant de leurs assiettes. Distrait par toutes ses conjectures, il en revint à leur conversation une fois qu'ils furent à nouveau seuls. Il aurait le temps d'y penser plus posément plus tard.


« Je vais me renseigner avant de faire quoi que ce soit. Merci, dans tous les cas. »

Fenris reporta son attention sur son assiette, plus si sûr de vouloir manger. Il le fallait pourtant. Sa peau pâlit visiblement, sa main immobilisée sur sa cuillère. Son estomac commença à s'affoler dans un manège douloureux, aussi il il compta silencieusement jusqu'à dix et observa Othello afin de ne pas céder. Au moins il y avait un certain amusement à voir son innocente réaction à ce qui n'était qu'une audacieuse boutade de sa part. Un tir à l'aveugle qui lui apprenait bien plus que ce qu'il ne savait au départ. Fen rit tout bas, espérant qu'elle ne lui en voudrait pas trop.

« Je n'ai pas pu m'en empêcher, désolé. » Ce n'était pas tout à fait vrai, mais ça ne coûtait rien de le dire. Son sourire était toujours pâle, quoique sincère.
« J'ai l'impression que vous n'en êtes peut-être pas aussi heureuse ou pas de la même façon que lui, tout du moins. » Il était toujours à fourrer sa truffe là où il ne fallait pas c'est vrai, mais sa curiosité était un bien moindre mal par les temps qui couraient. Ayant trifouillé les affaires d'autrui plus que nécessaire, il n'insista pas plus malgré l'envie.

« Bien sûr, rien ne presse. Sachez seulement que mon offre tiendra le temps qu'il faudra. Puis j'aimerais autant que vous repreniez des forces avant de vous lancer là-dedans. Vous avez tendance à trop vous soucier des autres et pas assez de vous-même. » Fenris joua avec sa cuillère, comme un enfant capricieux qui tente d'éviter l'heure du repas. La vérité était pourtant plus complexe.

« Depuis toujours j'évite les capitales tant que possible, car les villes de cette dimension ne font pas mon genre. Hellas est proche du port, ce qui rend les choses supportables en dépit du temps. Tyrhénium est la seule autre exception. Pour les gens comme moi le travail abonde toute l'année pour peu qu'on s'en donne la peine. Les habitants sont moins vaniteux, moins arrogants, plus conscients qu'il leur faut profiter de la vie au jour le jour. » C'était une ville hétéroclite de jeu et de fête, d'une démesure hédoniste parfois... une ambiance bien différente de l'Hespéria mondaine de Thimothée 'le Repenti'. « Je suis souvent venu, cependant de toute ma vie il me semble ne jamais m'y être attardé plus de six mois d'affilée. Oh, je sais me repérer, oui. Je n'irais pas jusqu'à dire que je connais les lieux plus que ça. Par contre je connais pas mal des gens du coin, des gens qui devraient pouvoir vous aider. » Bon certes il lui faudrait faire un bon tri dans la liste pour ne garder que les gens décemment fréquentables...

Timidement il goûta enfin la soupe qu'il commença à boire sans se presser ou se plaindre. Le goût n'avait pas d'importance tant que ça ne ressemblait pas à ce qu'il avait mangé dernièrement. La question le prit néanmoins au dépourvu, et il lui fallut un grand trait de son deuxième verre pour trouver quoi répondre. Le Lhurgoyf grimaça à la brûlure dans son œsophage, s'éclaircit la gorge et rétorqua enfin.

« C'est encore trop tôt pour le dire. Si ce que vous m'avez dit s'avère vrai, il est possible que j'accepte. » Ce n'était pas le travail qui lui ferait peur, alors que même la pendaison ne l'effrayait pas. Son problème était ailleurs. « Si c'est une ruse pour foutre les gens en taule... » Le silence retomba. Othello n'était probablement pas prête à entendre la vérité, seulement mentir n'avait pas de sens. Autant lui éviter la déception plus tard. « Je n'accepterai pas d'être enfermé et ferai ce qu'il faudra pour m'échapper si jamais je me fais prendre. » Il se pencha en avant et posa ses avant-bras sur la table, l'habituel tintement métallique venant compléter sa phrase. Une paire de chaînes c'était déjà une de trop.



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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Dim 28 Aoû - 20:46

Le loup n’avait pas l’air d’avoir très faim... Du coin de l’œil, l’ondine l’observait jouer avec le bout de sa cuillère. Elle avait un jour surpris Aemyn faire de même. Pourtant sa peau était d’une pâleur opaline, et ses lèvres si violettes que l’on avait du mal à les distinguer sur son visage fatigué. En penchant la tête, elle put comparer leurs deux assiettes. Celle du renard était encore pleine, et la sienne... Mise à part le bouillon et les lardons, il ne restait en tout que trois feuilles de chou, quatre bouts de pommes de terre, et deux oignons. Pour un petit bout de femme, elle était particulièrement vorace. Poliment, elle reposa la cuillère sur le côté de l’assiette pour attendre que le marin mange un peu – s’il mangeait.
Cependant, elle avait remarqué que son attitude avait pris un tournant pour le mieux, si elle avait vu juste. Il semblait déjà plus impliqué. La bonne nouvelle semblait lui avoir donné une bouffée d’air frais. Mais son attitude révéla stupeur et surprise, et elle comprit vite que ses neurones pensaient déjà à la marche à suivre. Quelque chose lui dit qu’elle lui avait donné un peu d’espoir. Rassurée, elle se laissa aller à attraper le manche de la carafe posée à côté d’elle. Mais se retint quelques secondes de la soulever... Espérons que ses oreilles ne l’avaient pas trompé. En guise de réponse, elle baissa le visage dans un salut amical. Il n’y avait encore rien à remercier. Sans mot dire, elle se promit elle-même de mener l’enquête un peu plus tard. Quelque chose lui disait qu’elle pourrait profiter de sa pleine liberté de mouvement un peu plus tôt que le lupin, et elle en profiterait bien pour avoir des nouvelles de la ville.

Il sourit tout bas, rit un peu dans sa barbe. La sirène se redressa penaude, puis sourit à son tour, quoiqu’un peu défaite, comme la souris qui est prise au piège par le fromage. Bien évidemment, elle ne lui en voulait pas le moins du monde, et elle ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi il s’excusait ainsi. Son rire bon enfant témoignait de son innocence, elle n’avait besoin de rien de plus. Mais quelque chose la prenait à partie, sans qu’elle ne puisse distinguer le pourquoi. Gêné, Othello baissa les yeux sur une bougie au fond de la salle. Elle ne se sentait pas à sa place pour s’épancher sur ce sujet-là. Mais en profita quand même pour remplir son verre. Sa main fut un peu trop lourde. Elle remplit le verre au-dessus de la moitié, et se fit penser à le boire très, très doucement.
Elle approcha le verre de ses lèvres et en bu deux gorgées, se concentrant d’avantage sur la dureté du verre que sur la rudesse du liquide. Il avait vu juste. Ce n’était guère une situation qui la rendait folle de joie. Mais elle appréciait néanmoins de retrouver l’herboriste, et de pouvoir le revoir plus fréquemment. Seulement... Finalement, elle but deux gorgées de plus. Chacune d’entre elle la rendait plus légère que la précédente.


« - Je vous remercie Fenris. Ne vous en faites pas, je ne compte pas foncer là-dedans tête baissée...  Ca n’aurait rien de bons pour les patients. » Elle avait dit ça avec un calme chirurgical qui faisait froid dans le dos. Elle s’en aperçut, et tenta de rectifier le tir en souriant poliment. « Et rien de bon pour moi non plus, c’est vrai. » Du coin de ses yeux d’ébène, elle le regarda faire avec sa cuillère. Ce devait être dur pour lui... Ce n’était jamais facile de remplir un ventre vide... Ou partiellement. Surtout après un choc. Mais c’était nécessaire qu’il avale quelques bouchées pour reprendre quelques forces, et réhabituer son estomac. Elle le couva d’un regard compatissant, essayant de l’encourager des yeux. Mais ce n’était sûrement pas une bonne idée, et elle se ravisa vite.

Prenant son verre entre ses doigts, elle se recula sur sa chaise. Cela ne l’étonna pas du tout quand il évoqua son désamour pour les grandes villes. Il était un marin épris de liberté, d’espace, de la fougue du vent et du sel... Les villes étaient comme des femmes sans cesse insatisfaites, arrogantes. Vous pliez sous le poids des responsabilités et des obligations qui tombent perpétuellement comme des mouches à vos pieds. Oh, certains s’y faisait très bien. Duscisio ou Elïe en maîtrisaient toutes les arcanes. Mais quand on aime prendre ses propres décisions, ne dépendre de personne, cela devait rapidement être étouffant. C’était étrange, mais elle imaginait difficilement le grand homme blond déambuler dans les rues, l’air un peu perdu, dépassant tout le monde d’au moins deux têtes. Elle le voyait pleins plus dans les plaines sous un vent battant, ou voguant à travers les mers, comme quand il l’avait tiré de leurs filets.
Au son de Thyrénium, elle haussa ses cils blancs. Elle ne connaissait que très peu de choses sur cette ville, elle n’y avait passé qu’une ou deux journées dans son existence. Appréciant l’ambiance qu’il y régnait, néanmoins, elle avait regretté de ne faire que passer là. Ouvrant sa paume avec amertume, elle se dit qu’elle aurait mieux fait d’écouter son instinct ce jour-là, et passer quelques jours de plus pour faire un peu de tourisme. Le Lupin avait aussi l’air d’apprécier cette ville. Ou il la tolérait, elle ne sut faire la différence. Par contre, qu’il n’y reste pas plus de six mois... Cela n’était pas pour la rassurer beaucoup. Mais elle appréciait sa volonté à l’aider, et elle acquiesça de nouveau avec reconnaissance.

A présent qu’il mangeait enfin, elle regretta immédiatement d’avoir jeté un pavé dans la marre en posant sa question. Il sembla prit à la gorge – qu’il désaltéra d’ailleurs – et chercha longuement ses mots. Elle s’attendait à ce qu’il choisisse le pourparler, mais qu’il songe à accepter ne la surprit pas. Il avait l’air si torturé et coupable quand elle l’avait retrouvé qu’elle avait même douté qu’il se rende, même sans négociation.
S’allongeant un peu plus sur son dossier, elle écarta ses mèches avec trois longs doigts graciles qui vinrent soutenir son visage lourd, alors qu’un sourire triste éclairait son visage opalin. Il y sembla l’ombre d’un instant avoir pris quelques couleurs, mais ce n’était peut-être que les vapeurs d’alcool qui lui donnait chaud. Le cliquetis du métal vint donner un ton sépulcral à ses paroles, alors que le renard déposait son bras sur le bois de la table.  Ses chaînes... Elle n’y avait pas songé depuis longtemps. Mais à présent, elle comprenait tout. Le symbole de son autre, son fardeau à porter inlassablement et qu’il devait supporter... Et sa captivité à la bête. Ce son lui évoqua soudain celui malédiction macabre, et elle se sentit bien penaude avec sa petite marque ridicule comparée à ces deux poids.  

« - Je comprends. » Dit-elle simplement après un long silence. Elle fit tourner l’alcool dans son verre dans un geste captivé. « C’est étrange mais... Je m’en doutais un peu. » Elle laissa encore couler quelques secondes, avant de dire simplement « Si c’est bien le cas, je... » Elle pinça ses lèvres. Sa tête commença à s’alourdir, à peser plus sur ses petits doigts de verre. Ce qu’elle voulait dire, c’est qu’elle n’était pas certaine de pouvoir l’aider. Mais il devait le savoir très bien. Et puis... Quelque chose lui disait que Léogan serait sûrement le premier à organiser une unité de secours.  
Elle se redressa un peu, mais le poids de son corps la poussa vers l’avant. Comme le marin, elle reposa ses bras sous elle, les croisant simplement pour se redresser sur sa chaise. Elle commença a ouvrir la bouche, quand un mouvement dans le fond de la salle attira son attention.
« Ecoutez, demain j’irai... » Commença-t-elle mot à mot, prenant un temps infini à parler et à articuler chaque syllabe. Elle avait clairement l’esprit ailleurs. Derrière eux, la porte venait de s’ouvrir en fracas. Dans la foulée de la porte, trois hommes venaient de s’engouffrer dans la salle, dégageant une odeur de tissu mouillé. Il avait dû recommençait à pleuvoir. Elle plissa un peu les yeux, des détails sur leurs costumes attiraient sa curiosité. Et soudain... Elle blêmit brusquement, devenant blanche comme un linge. Elle se retourna vers Fenris, ne bougeant pas les  yeux, mais tendant son dos droit comme un i.

« - Des gardes. Trois. Ils viennent de passer la porte. »

Délicatement, elle porta le verre à ses lèvres mais sans boire. Ils avaient l’air aussi déconfit qu’eux, et semblaient aussi avoir l’air abattus. L’un d’eux avait même du sang séché sous la tempe. Ils étaient là pour la même raison qu’eux, sans doute. Finalement, Othello tourna son regard vers l’œil brillant de Fenris. S’ils restaient discrets, personne ne se douterait de rien...
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Ven 9 Sep - 20:43

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte V: Brave Enough

Fenris avait ouvert la bouche pour s'insurger face à l'abnégation et l'indulgence déraisonnables de la prêtresse, quand celle-ci se rattrapa in extremis. Se donnant pour satisfait qu'elle comprenne qu'il lui était impossible de s'en tirer à si bon compte, il n'insista pas sur sa santé négligée. Il fallait bien reconnaître qu'il se souciait davantage de son bien être que de celui du reste de la ville. À quoi bon s'inquiéter pour toutes ces bonnes gens déjà protégées ?

Après tout en ces nobles terres hespériennes il y avait toujours de ces héros magnifiques, auréolés de magnanime puissance, couverts de bonté et de vaillance, brûlant de faire leurs preuves quitte à se jeter tête la première dans les ennuis. Oh quelle grandeur que celle de l'altruïsme désintéréssé ! De quoi redonner espoir à ce monde pourri, vraiment ! Fen grimaça, l'ironie lui piquant la langue.
Oui, il y avait ce genre de personnes. Et puis il y avait les clampins sans prétention comme lui, qui faisaient tout leur possible pour mener une vie normale, quitte à devoir se carapater avec un baluchon sur le dos et un proche récalcitrant assommé sous le bras. Tout et n'importe quoi dans le seul but de rester loin des embrouilles... Dommage seulement que les embrouilles finissent toujours par le suivre où qu'il aille.
Après autant de temps et de temps et d'épisodes de malchance répétée -frisant le dramatique ou le comique de répétition, au choix- Fen avait dépassé le stade où on se posait des questions. Il avait une telle propension à se retrouver dans la panade la plus incroyable que ce n'était même plus une surprise. En fait la seule chose qui restait encore à déterminer c'était si ce n'était qu'infortune consécutive, une sacrée dose de coïncidences lamentables, ou si les dieux avaient vraiment jeté sur lui leur dévolu lorsqu'ils avaient pioché dans le sac des abonnés à vie à l'étiquette de tête-à-claques.
En conséquence, certaines préféraient ne pas découvrir ce dont il retournait, dont plusieurs équipages qui l'avaient recalé après avoir eu vent de ses divers naufrages. Fort heureusement le milieu était bien assez grand pour qu'il se fasse oublier moyennement du temps, de l'or et de la bonne picole.

Penché sur sa soupe, Fenris risqua un regard de l'autre côté de la table. Touché par l'encouragement silencieux vite réprimé, il mâcha ses légumes en compensant le manque de conviction par l'envie de ne pas inquiéter. D'ailleurs c'était à se demander pourquoi c'était devenu important. Confus, l'Ascan rassembla ce qui restait de ses neurones. Tout ce qu'il savait c'est que la femme secrète qui lui faisait face était très différente de celles qu'il avait pu rencontrer au fil des ans, ce qui en soi n'était pas peu dire.

Si les profondeurs cachées dans ses prunelles marines et l'apparence opaline avaient de quoi fasciner un amant de l'océan, ce n'était pas la seule chose qui retienne son attention. Il ne saurait analyser ou comprendre ça dans son état, néanmoins le seul fait qu'elle se soit souciée de son sort et donnée la peine de le rejoindre en dépit des conséquences était un début d'explication. C'était rare de rencontrer quelqu'un capable de prendre des risques aussi inconsidérés par simple... inquiétude, gratitude, égards ? Ce que c'était il ne saurait le dire mais c'était un changement agréable, pour une fois.
Il fit pensivement rouler le verre entre ses doigts, déçu de ne pas avoir sa pièce fétiche à la place. Des fois il vallait mieux se distraire, histoire de s'occuper l'esprit et éviter de réagir à chaud. Ça ne lui arrivait pas souvent, mais il savait pourquoi il l'évitait à tout prix. Généralement ça ne donnait jamais rien de bon.


« C'est hm... Je m'emballe vite sur le sujet. » Il toussa et s'éclaircit la gorge. « Je ne veux surtout pas vous attirer des ennuis. »

L'expression calme d'Othello fut un contraste d'autant plus marqué avec sa réaction impulsive. Lentement il se détendit et deserra les poings, conscient d'avoir été mis sur la défensive par la question désarmante de la prêtresse. Le sujet avait de quoi mettre le feu aux poudres avant même qu'il ne s'en rende compte. Des demi-lunes rougirent sa paume contractée lorsqu'il posa les mains à plat sur la table, se forçant à respirer profondément. À cran, il avait montré les crocs bien que ça n'ait finalement rien de personnel. C'était tout à fait normal de l'interroger sur ses choix futurs, d'autant plus au vu des derniers ragots d'amnistie et des choix qui pouvaient en découler. C'est lui qui venait de s'emporter sous le coup de la surprise et de la peur, comme si on attentait à son libre arbitre.

C'était plus fort que lui. Parler de prison ou de restrictions c'était comme presser un fer chauffé à blanc contre une plaie ouverte: ça avait le don de faire hurler son instinct et le faire réagir en bête menacée plutôt qu'en homme pensant.
Fenris n'avait jamais connu la prison à proprement parler, du moins rien de plus sérieux que quelques séances de décuvage après une soirée trop arrosée, ou des séjours mineurs dont il s'était vite tiré. De plus il n'avait pas besoin d'être enfermé pour savoir ce que c'était d'être prisonnier. Trois cents ans n'avaient pas été assez longs pour enfin s'affranchir de lui-même, aussi il ne pourrait supporter que ses chaînes s'alourdissent encore. À vrai dire en des journées comme celle-là, il se demandait parfois si la seule libération à sa portée n'était pas d'exprimer ce qu'il semblait être vraiment... Ce démon retenu si désespérement, dans l'espoir fou d'effacer son existence.

Perdu qu'il était dans le nuage cotonneux de l'alcool, il mit deux bonnes secondes à réaliser à ce que venait de lui dire la yorka, visiblement aussi fatiguée que lui. Des gardes. Dans l'auberge. Là, maintenant. Le danger remonta dans son échine comme s'il avait été foudroyé. Retenant sa respiration, Fen prit son temps pour se redresser sans attirer l'attention. Tout doucement il tenta de recouvrir ses poignets avec les pans de sa chemise. Feignant de se pencher vers sa compagne pour lui parler à voix basse, il remercia le ciel du fait que son angle mort soit du côté opposé à l'entrée. De cette façon et s'il ne bougeait pas trop, son champ visuel lui permettait de les surveiller.
Par prudence il sonda leurs état émotionnels. Deux des gardes étaient écrasés par la fatigue, l'envie de fêter la survie et le désir simple de tout oublier dans l'alcool, tandis que le troisième ne cessait de penser à une femme blonde et une petite fille. Suite à l'attaque du colosse le brun avec un épais bouc avait ordonné à sa famille de s'enfermer à double tour, ce qui ne l'empêchait pas de se faire un sang d'encre depuis qu'il était parti en patrouille. Le fait est que l'accès à son quartier ayant été bouclé, il était dans l'impossibilité de rentrer pour le moment. Le moins qu'on puisse dire c'est que la journée avait été éprouvante pour tout le monde...

Et ces gaillards risquaient de vouloir faire la conversation -même anodine- aux autres présents pour passer le temps. C'était souvent comme ça. Des catastrophes de cette ampleur rapprochaient les gens qui d'ordinaire ne ce seraient sans doute même pas adressés la parole, que ce soit par sympathie sincère ou juste par solitude. Or il ne tenait pas vraiment à bavasser avec des inconnus, encore moins avec des inconnus qui pouvaient foutre sa vie en l'air s'ils venaient à le reconnaître. Sa voix n'était plus qu'un murmure.


« Si on ne trouve pas de quoi les tenir à l'écart, l'un d'eux viendra. Il s'inquiète pour son épouse et sa fille. S'il vous reconnaît comme médecin, il viendra sûrement vous demander si vous vous êtes occupée d'une d'elles. » La ville était énorme et il était peu probable qu'Othello les ai vues, seulement un père inquiet ne verrait pas les choses du même œil. Son cerveau se mit à griller à force de chercher un moyen de les tirer de là.

« S'il approche, je réfléchirai à un bobard. » Il déglutit de sa propre audace mais posa une paume possessive sur la main libre de la jeune femme. Le contact de sa peau froide n'en fut pas moins réconfortant, et heureusement il parvint à tenir ses souvenirs en laisse. « Je peux passer pour un yorka loup sans trop de problèmes et ça sera moins suspect. Je suis désolé de vous faire mentir pour me couv... »

Merde. Le borgne se tut en voyant l'homme au bouc quitter la table pour aller vers le comptoir. Il sentait son regard hésitant les observer au loin, dans l'attente de déterminer s'il pouvait les interrompre. Ou peut-être le reconnaissait-il comme la bête déchaînée qui avait saccagé les rues de la cité. Fen espéra que ses bonnes manières le dissuaderaient de leur parler, mais finalement ce dernier sembla prendre son courage à deux mains et aller de l'avant. En entendant le bruit toujours plus proche de bottes sur le plancher, Fenris cessa de réfléchir et posa une main en coupe sur la joue féminine, tout en la regardant dans les yeux. Dans l'améthyste unique de son regard brillait une étincelle de panique et d'adrénaline. Si cet homme connaissait son identité, il était fini.
Son esprit s'envola en une fraction de seconde, poussé par la peur et l'eau de vie qui coulaient dans ses veines bouillantes. Ce n'était pas un jeu et s'il avait déjà considéré l'idée de faire ce pas en avant, toutefois il n'aurait jamais pensé avoir le courage de le faire soudainement ou dans ce genre de circonstances. C'était lui tout craché, ça... Prendre un pari complètement improbable, tout ça parce qu'il était poussé dans ses retranchements. Le cœur battant comme un tambour, il avança son visage mais s'arrêta à quelques millimètres de ses lèvres. Hélas il avait trop de scrupules pour voler ce baiser sans consentement. Il ne lui appartenait pas d'imposer ce choix. Au pire il lui faudrait trouver une autre distraction si jamais elle lui mettait une claque bien méritée.




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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Jeu 15 Sep - 16:39

Son dos ne tarda pas à se détendre. Les trois bougres étaies assis à une table, et seraient bientôt servis en boisson et en nourriture. Fenris se pencha alors vers elle. Ses oreilles durent se tendre à l’extrême pour arriver à saisir ses paroles. Elle n’osa imaginer à quel point il devait être pris entre deux feux. Mais sa voix était mesurée, et son analyse fine. Il avait tout à fait raison, ils ne tarderaient pas à faire le tour de la salle. Ils étaient une petite dizaine au complet et bien qu’ils aient tous six pieds de long, cela ne les empêcheraient pas de vouloir se mêler joyeusement les uns aux autres pour fêter la mort de la bête. Elle expira largement par le nez, relevant les yeux dans une plainte angélique. Elle avait du mal, à présent, à sentir ses lèvres glacées, comme le bout de ses doigts qu’elle avait du mal à sentir. Mais elle tâcha de rester stoïque, regardant le loup avec intérêt malgré le mélange d’alcool et de fatigue qui commençait à peser violemment sur son esprit. Sa femme et sa fille... Du coin du regard, elle repéra le garde égaré. Cela expliquait son comportement un peu hagard. La jeune femme pinça un peu ses lèvres pâles. Il n’était certes pas de leur côté mais... Elle ne pouvait s’empêcher d’avoir de la peine pour lui. La jeune fille ondula ensuite son visage de l’autre côté avec une fluidité aquatique. La reconnaître comme une médecin... C’était étonnant comme phrase. Elle ne savait pas que son métier était visible sur sa figure pâle... Elle resta figée quelques secondes, prenant le temps d’entendre le souffle de voix qui lui murmurait dans le creux de l’oreille.  

Pour l’instant, les soldats s’étaient attablés. Ce ne serait pas trop difficile de trouver un mensonge pour les éloigner, le marin avait raison. Cependant, elle craignait qu’ils sentent leur réticence et se demandent pourquoi ils ne souhaitaient pas se mêler à la plèbe. La petite ondine haussa les sourcils, commençant à chercher difficilement un fil rouge dans ses pensées. Fenris semblait devenir de plus en plus tendu. Elle sentit son état se dégrader. Ses muscles se tendre dans une crispation involontaire, et son cerveau qui devait bouillir d’idées pour s’échapper de ce mauvais pas. La sirène compatissait sincèrement. Son œil unique brillait d’une lueur abattue. Il devait peser les enjeux dans l’éventualité qu’ils le reconnaissent... Son cœur de glace commença a accélérer sa cadence dans sa petite cage d’os et de verre, alors qu’une crainte lancinante se mêlait à la liqueur dans ses veines de papier. Brusquement, elle sentit une chaleur familière se déposer jalousement sur sa main qui traînait seule sur la table.
Ce contact la projeta loin, très loin, sur une petite chaise de paille et d’osier dans une maison de thé aux senteurs boisées, sous une lumière blanchâtre qui annonçait les neiges prochaine. Loin d’être offusquée, elle apprécia la sensation de sa paume, ressentir sur sa peau les reliefs de ses empreinte, les plis qui irisaient ses articulations, la callosité dû à l’ouvrage. Cela lui rappela d’agréables souvenirs. Mais après quelques secondes, elle y ressentit aussi la crainte, la peur... Elle releva vers lui des yeux interrogateurs, serrant comme elle pouvait ses longs doigts marins.

Son idée de passer pour un yorka était très bonne. Il avait beaucoup de traits qui orienteraient n’importe qui sur le chemin des hybrides. Elle-même, se tenant à côté de lui, les guiderait dans cette voie : les yorkas avaient tendance à apprécier la présence d’individus de même race. Mais quelque chose dans sa voix commençait à fluctuer, comme la voile soumise au vent sur un navire à la dérive. Il y avait du mouvement. Le bruit sec des bottes sur le planché attira brusquement son attention, dressant ses oreilles avec une fougue surprenante. Le garde s’était levé de sa chaise. Othello regarda soudain dans sa direction. Un peu trop vite, bien plus vite qu’elle ne l’avait imaginé. Si vite que quand elle se fixa sur le garde, il avait les yeux rivés sur elle. Ils croisèrent leurs regards.
Une large sueur froide s’empara d’elle, et une vague glacé de frisson lui coula dans le dos. L'homme au bouc allait vers eux. La jeune femme braqua son regard sur la table, sur le bois, dans les verres, espérant pouvoir chasser le garde par son indifférence. Si elle ne l’avait pas regardé... Elle s’efforça de chercher une solution, se demandant s’il ne valait pas mieux se lever et allait lui parler directement. Ses oreilles se baissèrent, et sur son cou, on pouvait apercevoir la pulsation frénétique d’une de ses veines bleuté. Ses mains étaient crispées : elle gaina ses jambes, commença à se soulever quand une nouvelle fois, une main l’arracha à ses pensées. Une main anormalement chaude qui l’attira doucement vers un spinelle lumineux et brillant, où elle distinguait un éclair de chaos et de fougue.

Fenris avait l’air paniqué. Dépassé par les évènements. C’était normal, mais... Il approchait son visage du sien, toujours plus près, sans qu’elle ne comprenne clairement ce qu’il voulait faire. La chaleur sur sa joue la berçait doucement, et l’alcool lui faisait tourner la tête, si bien qu’elle voyait le visage de son ami trouble. Il... Il allait... La jeune femme lui rendit un regard interloqué, les oreilles rabattues comme un chiot. Mais il s’arrêta, à quelques millimètres peut-être de ses lèvres. Son souffle les effleurait doucement comme une brise. Le soldat les regardait toujours, arrêté dans sa marche... C’était une solution, c’est vrai, mais... que faire ? Sa tête était pleine de nuage, mais elle reconnaissait le marin dans ce geste incroyable. Impulsif, mais toujours prévenant, lui laissant l’ultime décision. Elle le regarda, complètement perdue, face à ce souffle et cet œil brillant. Le garde les fixait toujours, et se demanderait pourquoi le marin serait éconduit si brusquement si elle restait immobile ainsi. Les secondes tombaient comme des grains de sable dans le sablier de son esprit qui devint un océan profond. Cette légende était vraie : l’alcool était fruit de désinhibition.
Le cœur battant, elle franchit l’ultime vide qui les séparait. Elle ferma les yeux, et plongea dans l’abysse.

Son baiser fut doux, candide, comme pour ne pas le blesser. Comme si, par un trop fort élan, elle risquait de lui couper les lèvres. Elles étaient sèches, et brûlantes. Fiévreuses, même, et cela la prit de court tant les siennes étaient froides et dociles, absentes. Ses sensations, biaisées par l’alcool, rendaient ses mouvements subtils et maladroits. Il se dégageait de la bouche du marin une odeur sauvage, sèche et sucrée, alcoolisée, qui lui rappelait celle de la fatigue extrême, comme pour certains patients qui passaient à Hellas. Et, au bout de sa langue de naïade avait éclos un goût métallique étrange. Celui... Du sang ? Un instant, elle eut peur de l’avoir coupé, mais elle s’aperçut que ce n’était que le bouillon que la liqueur avait corrompu. Sur son visage s’échoua une de ses mèches d’argent. Sa joue était chaude, maintenant. C’était amusant : la sensation de ses lèvres  bleutés lui rappelait les baisers des vagues et de l’écume.

Quand finalement elle jugea que le garde avait dû renoncer, elle recula son visage de celui du loup du sud, les yeux brillants de surprise et de fatigue, les joues rougies, et réalisa qu’elle avait levé sa main vers sa nuque sans pour autant la poser. La peur de lui faire mal l’avait retenue, et elle n’avait fait que l’effleurer du bout des doigts. Penaude, elle baissa son visage opalin vers ses genoux, en abaissant la main téméraire jusqu’à son côté. Que venaient-ils de... ? Espérons que ça ait marché. Othello osa un rapide coup d’œil jusqu’à la table des soldats. L’homme au bouc était reparti, rouge comme une pivoine, et son collègue le regardait avec un sourire pervers. Mission accompli. C’était osé, mais l’étrange plan – si c’était réellement un plan – avait fonctionné. C’est vrai que les effusions en publique avait tendance à rendre les gens mal à l’aise... C’était bien vu.

Rassurée, elle pesait encore ce qu’il venait de se passer quand elle attrapa de nouveau sa cuillère en bois. Mais elle dû admettre que l’appétit l’avait quitté, et que son esprit était de toute façon ailleurs. Manger n’était plus la priorité. Même si le garde s’était assis, elle se doutait que ce n’était probablement que temporaire. A présent, le tavernier était passé, et ils avaient tous devant eux les mêmes verres à moitié pleins, sûrement déjà entamés. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne veuillent faire partager leur joie avec tous les convives. La sirène dû réprimer l’arrière-goût de liqueur au fond de sa gorge qui s’était élevé comme un corbeau sombre de crainte. Ils ne quitteraient sûrement pas les lieux, maintenant qu’ils commençaient à s’amuser. Elle arbora une mine boudeuse, en serrant un peu plus la main du marin. Ses yeux se baissèrent vers le néant de la liqueur qui restait dans son verre. Ils seraient laissés tranquilles pour le moment, mais leur isolement risquerait de leur mettre la puce à l’oreille.
Ne quittant pas son verre des yeux, elle se glissa très doucement contre loup jusqu’à trouver son oreille. Elle ne voulait pas lui imposer trop de proximité, mais elle pensa qu’après un baiser, cela paraîtrait plus logique aux yeux des compères. Doucement, elle poussa ses boucles éthérées du visage masculin – ce serait dommage de l’étouffer avec une vague capillaire fortuite.


« - C’était... Surprenant. Et courageux.  Mais... » Elle murmurait comme il l’avait fait avant, dans une mimique candide.   « Ca a marché, vous nous avez permis de gagner du temps. Mais il risque d’essayer encore, tôt ou tard... » Elle marqua une pause. « Nous devrions être tranquilles pour le moment. Si il essaye de retourner à la charge, j’irai lui parler, le raisonner... » Dans son état, ce n’était peut-être pas gagné. « Mais si ils viennent à plusieurs... Soit nous devrons nous mêler à eux... » Encore une fois, elle s’arrêta. Elle sentait ses lèvres pâteuses, coriaces, et ses yeux se débattaient avec les mèches blondes pour apercevoir les trois agents de la couronne. « Soit, je peux toujours feindre un malaise. » Ca ne serait pas difficile à croire, il lui suffirait de se laisser tomber, et sa figure diaphane sur le sol ferait le travail. Cela obligerait le tavernier à leurs trouver un endroit à l’écart. D’ici là, ils pourraient toujours penser à comment organiser la suite.  

La sirène serra ses doigts de porcelaine un peu plus. Elle devait être honnête : elle n’avait guère de solutions, hormis celle de partir – autrement dit : un aveu, ou alors laisser le grand homme de sable simuler l’évanouissement. Dans ce cas, elle ne donnait pas cher de ses petits bras faméliques pour réussir à le porter.

« - Sauf si vous avez une autre idée, je suis preneuse...  En attendant, vous nous avez fait gagner quelques minutes. » L’alcool avait de plus en plus le goût de la fatigue, et elle remerciait Kesha de pouvoir restée assise. Doucement, elle s’en retourna à sa chaise, souriant calmement, curieusement impassible. Sa main resta immobile, et quand à l’autre, elle enlaça son verre qu’elle finit en quatre douloureuses gorgées. Certaines questions se soulevaient dans les brumes d’éthyle. N’avait-elle pas mis son statut en danger ? Après tout, sa position faisait d’elle une créature du peuple, et elle espéra égoïstement ne pas avoir été reconnue. Elle espéra aussi que Fenris fut rassuré, et que la panique dans son regard s’en était allé. Mais elle savait bien qu’au fond, il restait sur ses gardes. L’enjeu était trop grand pour qu’il se détende maintenant.
Son regard se perdit ailleurs. Le mieux qu’ils pouvaient faire à présent était de profiter un peu de cette période d’accalmie... Le temps que l’alcool et le calme fasse son effet sur les trois gardes. Cela leur laissait quelques minutes de répit. Mais la sirène restait attentive, regardant du coin de l’œil la table coupable. Inconsciemment, elle passa sa langue sur ses lèvres pour y récupérer une goutte vagabonde qui s’y était perdue. Elle ne pouvait s’empêcher de regarder l’homme au bouc avec un œil compatissant. Après tout, c’était une épreuve, pour lui aussi.  
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Lun 10 Oct - 1:36

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte VI: Head First

Othello avait accepté de suivre son instinct en dépit des ses quelques justifications empressées et maladroites, ce pourquoi elle avait son infinie reconnaissance. En compensation Fenris était mystifié -et mortifié- de voir qu'elle lui faisait confiance sans hésitations en dépit de ce qui s'était passé dans la journée, sous le violent auspice du colosse ailé. Néanmoins l'heure n'était pas à la contemplation ou aux sentiments conflictuels inspirés par la prêtresse. L'odeur de chien mouillé de plus en plus proche marquait l'approche du garde, ce qui ne faisait qu'en rajouter au rythme de son cœur déjà emballé.
En outre son bon sens et le reste de son esprit pensant s'étaient quasiment évaporés. Dans la panique la frontière entre l'acceptable et l'interdit n'était plus claire, l'appel à franchir les limites était un chant de sirène devenu impossible à ignorer. Un chant de sirène... oui les mots étaient bien choisis. À la recherche d'une échappatoire, le borgne fut absorbé dans les ombres dansant dans le regard marin, pour n'y trouver finalement qu'une tentation plus grande.
Un pas. Un autre. Tout à coup l'angoisse prit le dessus, jeta aux oubliettes sa culpabilité et la distance qu'il s'était juré de garder depuis que leurs chemins s'étaient recroisés. C'était trop tard, désormais. Quoique de façon différente, Fenris était redevenu une bête imprévisible poussée dans ses retranchements, une grosse boule d'impulsivité et d'égoïsme brûlant de se jeter dans la mêlée qu'importent les conséquences.

Un tourbillon de pensées indécises tempêta sous son crâne et le retint in extremis. Pris dans un dernier reste de scrupules il fut incapable de consumer son geste. C'était au-delà de ses désirs ou de ses coups de tête : il ne pouvait pas prendre ce baiser sans consentement, c'était physiquement impossible pour lui de s'imposer de la sorte à une femme. Pourtant... Pourtant ce n'était pas qu'il n'en ait pas envie. Partagé, il attendit une fausse éternité, au bord de la crise d'angoisse. Sa main ne quitta pourtant pas le visage pâle d'Othello, l'effleurant tendrement du bout des doigts.
Les secondes s'égrenèrent dans un silence insupportable et Fenris se résigna à l'idée de faire marche arrière. Il se préparait mentalement à un cri, des insultes et une gifle qui ne vinrent jamais. Quand tout à coup les lèvres froides de la prêtresse couvrirent les siennes le loup fut si choqué qu'il retint sa respiration malgré la douleur dans sa poitrine.

Malgré la surprise le baiser fut affectueux et évanescent, un léger courant d'air laissant présager une tornade s'ils venaient à le laisser grandir. Le contact avait beau être timide et rendu gauche par l'alcool, Fen ressentait cette douceur dont elle seule était capable envers lui. Ironiquement Othello semblait avoir peur de lui faire du mal et même là, cherchait un moyen de soigner ses blessures visibles comme invisibles.
En réaction il s'enivra du sel de ses lèvres tel un vin capiteux, sans vraiment oser laisser libre cours à sa passion. S'en tenant à la chaleur bienveillante qu'il espérait lui transmettre au moins un peu, il recula d'une profonde expiration teintée de regret. Pendant quelques secondes Fen resta hagard, dans une tentative de réaliser ce qui venait de lui arriver. D'ordinaire son empathie lui donnait une bonne idée de ce que pensaient les gens autour de lui, mais pour l'heure impossible de faire la part des choses.

Il déglutit et souffla de soulagement en constatant que le garde s'était écarté, mais son œil ne quittait pas la prêtresse. Que pouvait-il lui dire, devait-il lui présenter des excuses ? Ce serait assez hypocrite de simuler des remords qu'il ne ressentait pas, après tout circonstances mises à part, ça avait été plus qu'appréciable. D'autre part il n'avait pas agi de façon calculée et la dernière chose qu'il voulait était de lui laisser croire le contraire. Les mots ne lui venaient pas et de toute façon la peur de tout gâcher était trop forte. Il serra gentiment la main de la sirène un peu plus fort, trouvant le réconfort dans sa présence.


« Fou, mais ça en valait le coup. » Il ne put s'empêcher de sourire, espiègle. « Je prendrais presque goût à courir autant de risques. » Son œil trouva le chemin du plancher, parce qu'il avait beau se la raconter, il n'en menait pas large en réalité. « Simuler un malaise c'est une possibilité, mais j'aimerais autant éviter que vous vous fassiez mal. »

Un toussotement marqua son embarras avant qu'il ne continue, murmurant en retour. « On devrait simplement quitter cette pièce avant qu'ils n'approchent à nouveau. » Il regarde en direction du garde qui se faisait toujours railler par ses collègues. « Où qu'on aille je peux rester avec vous aussi longtemps que vous le voudrez de ma compagnie. Je vais demander à Ürosh de vous trouver une chambre pour les prochaines nuits, par contre je doute qu'il en ait plusieurs donc je vais squatter les cuisines ou un p'tit coin quelque part. »

Les solutions à sa portée étaient limitées par ses blessures et son obligation de faire profil bas pour une période indéterminée, mais il était peu probable qu'Othello ait la force d'aller où que ce soit pour l'instant. En outre pas question de la laisser seule à moins qu'elle en manifeste l'envie. Ce serait bien son genre de s'enfuir en catimini dès l'aube, pour aller travailler jusqu'à l'épuisement. Si la seule aide à sa portée était de lui inculquer un peu de bon sens, Fen le ferait avec joie.

« Attendez, je reviens. »

Il tapota sa main pour la rassurer et se leva péniblement, marchant d'un pas lent vers le comptoir, aussi loin des gardes que possible. Les cheveux sur la figure et la main sur les côtes, il serra les dents et retint un grognement de douleur. Ürosh ne tarda pas à ramener sa poire, comprenant l'urgence à son expression. Ils échangèrent quelques mots et le yorka à la peau écaillée acquiesça avant de faire glisser un petit verre en sa direction. C'était une décoction miracle à base d'herbes, une recette de grand-mère contre la gueule de bois et les mauvaises grippes. Fen tapota l'épaule de son ami pour le remercier et but d'une traite ce qui lui avait été servi, renversant la tête en arrière en grimaçant comme un damné. Dommage qu'efficace rime souvent avec dégueulasse.

C'était un chic type et son métier lui avait rapidement appris que parfois il valait mieux ne pas poser de questions. Fenris se jura de lui rendre la pareille dès que les choses iraient mieux. Les sens toujours aux aguets, il fut heureux de constater que personne n'avait osé approcher Othello pendant qu'il s'était éloigné. Son gabarit avait du bon parfois, surtout quand les gens préféraient ne pas tenter le loup, affaibli ou non. Ou peut-être que c'était juste moins vexant de penser qu'ils étaient trop plongés dans leurs propres malheurs pour aborder un type avec une gueule pareille.
Fen posa son verre sur le bar d'un coup sec et sentit un frisson lui parcourir l'échine. Une bonne nuit de repos ne serait pas de trop, seulement la tension accumulée l'empêcherait de dormir tout de suite. Retournant à grand pas vers sa table, le lhurgoyf se permet quand même un sourire.


« Voilà, c'est réglé. Vous avez une chambre au premier, c'est pas très grand mais c'est propre au moins. Vous n'y serez pas dérangée. » Il se tint à ses côtés, les gardes dans son champ de vision. Son faciès était faussement calme quand il regarda par la fenêtre, toujours sur ses gardes. « Il y a un balcon au deuxième étage qui donne une jolie vue sur la ville. Je pense regarder le ciel jusqu'à ce que le sommeil me gagne vu qu'il a cessé de pleuvoir. Voulez-venir, ou bien êtes-vous trop fatiguée ? »



Sinking deeper into danger every day
Cut through all their shit with a brazen wit
Moulding puppets from their minds of clay


Dernière édition par Fenris Skirnir le Mer 16 Nov - 14:24, édité 1 fois
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Mar 11 Oct - 10:24

Au-dessus de son front, elle sentit son œil brillant la fixer, et son visage s’éclaira avec un sourire heureux, vibrant, qui lui fit chaud au cœur. Cela la rassurait de savoir qu’il avait apprécié ce baiser éphémère, malgré les premières intentions de son entreprise pour faire fuir le curieux. La sensation de chaleur n’avait pas encore quitté ses lèvres comme une indélébile empreinte qui marquait sa peau, et son esprit embué avait encore du mal à tout saisir, laissant la sirène comme flottant entre ciel et terre, pendue aux mots du Grand Marin, allongée à la surface bercée par les vagues.
Quitter la pièce... C’était incroyablement simple, si simple qu’elle n’y avait pas pensé. Et pourtant, c’était leur meilleure solution. Ils n’auraient qu’à se frayer un chemin discrètement, et le tour serait joué. Souriant à son tour, elle acquiesça d’abord puis répondit simplement, le sentant sur le départ pour retrouver le tavernier.


« Je serais très heureuse de rester en votre compagnie, si vous supportez la mienne. » Je pourrais veiller sur vous, se dit-elle, mais elle se garda de l’ajouter. « Merci beaucoup pour tout. » Il donna quelques coups amicaux à sa main, dont elle sentit la chaleur disparaître en même temps que sa paume, alors qu’il se leva difficilement. Cependant, elle n’eut pas le temps de pleinement réagir à ses paroles, ni même de toutes les comprendre. Quand finalement elle s’aperçut de sa proposition insensée, il était déjà près du comptoir, à échanger quelques mots avec l’hybride. Dormir dans la cuisine, pour lui laisser la chambre ? L’ombre d’un instant, elle s’imagina Fenris, du haut de sa taille, recroquevillé au milieu des poêles et autres casseroles, difficilement pliés pour convenir à l’endroit. C’était impensable dans son état, et la sirène en pinça ses lèvres orangées dans une mine penaude.

Alors qu’elle se penchait sur la table pour reposer son visage sur sa main, elle le suivit du regard, remarquant sa démarche difficile et douloureuse – sûrement le mélange de fatigue et de tension. Il faisait peine à voir, et la sirène en fut désolée... Il lui sembla qu’il buvait un autre verre... A sa réaction, la liqueur devait être très forte, tant il grimaça. Et elle entendit le bruit du verre sur le comptoir jusqu’à sa place. Le quittant quelques secondes des yeux, elle se risqua à balayer le reste de la salle, se redressant sur sa chaise et descendant ses mains frêles et froides sur ses genoux serrés. Seule, elle se sentit soudain minuscule, les oreilles dressées vers l’arrière, se cachant derrière ses cils et un masque impassible. Religieusement, elle n’osa pas se risquer à regarder la table des gardes, ne souhaitant pas tenter le diable, maintenant que Fenris n’était plus là. Les hommes avaient l’air de célébrer joyeusement, à présent, même le pauvre homme qui avait joué les voyeurs. Soupirant, Othello commença seulement à se détendre un peu quand le marin revint. Le regardant de sa chaise, elle l’écouta, oscillant doucement, absorbée par sa posture, et son air apaisé, se doutant qu’il souhaitait certainement quitter rapidement la présence des royalistes.


« - Je ne suis pas contre un petit peu d’air frais. » Murmura-t-elle en opinant du visage. Elle avait bien le temps pour contempler les étoiles, et plus que cela, l’idée lui plaisait d’assister à ce spectacle avec Fenris. Idiotement, elle n’avait jamais pris ce temps, appréciant  à Hellas bien plus souvent les flocons de neige que le scintillement des astres. Et puis, l’alcool avait la vertu de tout adoucir, la fatigue y comprit, la recouvrant habilement comme un voile que l’on pause sur une table : il épousait les formes de ce qui y était posé, mais le rendait invisible. « Je vous suis. »

Dans un trop plein d’élan, elle se leva de sa chaise, jugeant mal sa force et se retrouvant surprise par sa petite hauteur. Il lui fallut quelques instants pour retrouver son équilibre, et ressentir de nouveau la stabilité du sol sous la plante de ses pieds dénudés. Elle laissa Fenris prendre les devants, le suivant docilement et adressant au passage un signe du visage à leur hôte pour le remercier du repas, et de son hospitalité. Il n’y avait que peu de distance entre eux et l’escalier qui menait aux étages, et elle pria intérieurement de pouvoir marcher droit en évitant les chaises et la table qui empiétait sur son chemin. La table des gardes était encore bien animée, et le garde au bouc était la cible de toutes les moqueries plus ou moins douteuses de son équipe. Un semblant de sourire éclairait son visage, et il avait l’air ailleurs. Elle eut tout de même un frisson quand ils passèrent derrière leur table, mais aucun des hommes ne les arrêta dans leur route, et bientôt elle put observer le dos du marin qui commençait à gravir les marches, et le trouva immense, grandissant marche après marche à mesure qu’il allait de plus en plus haut.
Le suivant comme une ombre, sa crinière d’argent fermant la marche comme une cape lunaire. On n’entendait à peine le bruit de ses pieds sur le bois. Ses jambes tremblaient un peu, mais elle avait recouvré un peu de ses forces en s’asseyant et en mangeant, même si ce ne fut qu’une pomme et quelques gorgées de bouillon. Elle s’inquiétait silencieusement de l’état du grand loup : elle avait remarqué sa démarche saccadée, et espérait secrètement qu’il ne s’effondre pas. Même si il se montrait brave, ses pas étaient lourds, et quand il était allé s’enquérir au comptoir, il lui avait semblé qu’il tenait ses côtes douloureusement.  Bientôt, elle se retrouva au deuxième étage, à suivre Fenris jusqu’au bout d’un couloir.

Petit à petit, guidée par la figure imposante du loup qui clopinait comme elle, son regard commençait à apercevoir des bribes de lumières qui provenaient de la porte vitrée, encadrant la silhouette massive, découpant doucement ses épaules musclées et ses cheveux blonds  d’une lumière nocturne bleuté et spectrale. Derrière lui, elle pressa le pas, et se retrouva à ses côtés pour sortir sur le petit balcon, boudé par les autres clients qui poursuivaient leur soirée dans la salle. Sortir lui fit du bien, et désembua légèrement son esprit de l’ivresse. Si la fraîcheur de l’air la saisit un court instant pour brûler son souffle jusqu’à ses poumons d’un air humide et vivifiant, c’est la vue qui lui glaça le sang, et jeta dans son dos une vague de frissons qui coula le long de sa peau sous la cape de ses cheveux. Ses yeux s’arrondirent, et elle chercha par réflexes les doigts du marin, espérant ne pas le forcer dans sa démarche naïve. La sensation sur ses lèvres l’avait suivi jusqu’aux étages, et elles vibraient toujours d’une douce chaleur.
Là, sous son regard lourd, se trouvait la plaie d’un cratère béant qui défigurait une large place, à quelques rues de l’auberge. Juste devant eux, le palais royal tenait fermement, alors qu’en face étaient amoncelées les briques rouges qui jadis trônaient en face, mais qui avaient été soufflées par l’attaque du monstre. On pouvait distinguer sa tombe, tant l’impact avait dû être violent. Çà et là, des maisons gisaient décapitées, éventrées de leurs toits, alors que d’autres avaient finies effondrées, et laissaient derrière elles une montagne de gravats. On les repérait facilement : certaines rues étaient trouées, comme un sourire dont il manquait certaines dents. Et, par endroit, l’on pouvait voir s’élever les flammes de quelques torchères éparses, certains feux allumés par le désastre et que l’on n’avait pas jugé bon d’éteindre. Ils s’en dégageaient des colonnes de fumées qui grimpaient jusqu’au ciel dans une danse lugubre, éclairées par la lueur crépusculaire des braises pour rejoindre de larges bancs d’étoiles. Quelques nuages sombres traînaient encore par endroit, mais la brise froide du soir les avait, pour la plupart, chassé loin de la cité
.

« - Quel désastre... » Lâcha l’ondine, soufflée par le spectacle désolant. On aurait dit un paysage de guerre, et cela lui rappela les scènes viscérales qu’elle avait pu observer dans la campagne cimmérienne lors de la grande guerre, quelques mois plus tôt.

Des temps sombres s’étaient dessinés sur leur monde comme un orage se forme dans les cieux, et semblaient se propager sur les pays qui sombraient petit à petit sous les vents et la tempête. Elle se rappela un court instant du colosse de Gaeaf, et s’aperçu soudain qu’elle n’avait pas était seule à être confronter au spectre de l’une de ces créatures. Un jour alors qu’ils faisaient le voyage jusqu’à Hespéria, elle avait surpris une conversation entre Léogan et le loup sur les malheurs d’El Bahari.


« - Vous en aviez déjà vu un, n’est-ce pas ? De colosse. » Dit-elle soudain, l’esprit absorbé par les souvenirs. Elle regardait l’horizon sans but précis, se laissant enveloppée par les étoiles scintillantes, bercée par les bras du froid qui encerclait son corps pâle et diaphane. « C’est le deuxième que je vois... La dernière fois, à Gaeaf, j’ai embarqué sur un des navires pour le confronter dans l’eau. Mais là... Je suis restée inutile. Si j’avais pu, je serais venue vous aider. » Cela sonnait étrangement comme un aveu. Puis, prise de remord, elle poursuivit comme si de rien n’était. « Vous devriez prendre le lit. Dans votre état, j’aurais trop de scrupule à vous savoir dormir... Je ne sais où. » L’image du marin, grand et massif, assoupie entre deux marmites lui revint en tête, et elle se rendit compte que c’était vraiment une drôle d’idée. « Je préférerais vous savoir dormir sur un bon matelas, vous en avez autant besoin que moi... » Même plus, voulut-elle ajouter, mais elle commençait à comprendre qu’il était agacé par ce genre de remarques. Anticipant sa réaction, elle savait que le Lupin s’opposerait à cette idée, mais elle ne comptait certainement pas s’en déloger. Bien sûr, elle n’avait absolument pas pensé à un plan de secours pour s’assurer une autre place pour passer la nuit, mais chaque chose en son temps, et elle trouverait bien une solution tôt ou tard. Et quitte à dormir au milieu des casseroles, son gabarit serait sûrement plus facile à ranger.  
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Jeu 3 Nov - 20:34

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte VII: Aftermath

Son visage pâle se détendit visiblement à la réponse positive, un accord de prolonger un peu la soirée loin des yeux indiscrets les ayant déjà observés plus que de raison. Il tendit bien le bras pour soutenir le coude féminin, soucieux de l'emprise de la boisson sur l'équilibre et le bien être de la prêtresse. Finalement après une paire de secondes et un bref regard échangé pour s'assurer qu'elle allait bien il poursuivit, non sans se retourner de temps à autre. Quelque part il regrettait déjà de ne pas avoir fait passer la demoiselle en premier, quitte à devoir la guider dans les couloirs.
Néanmoins soulagé de ne pas la voir fuir sa compagnie suite à ce qui venait de se passer, Fen prit les devants l'esprit ironiquement plus serein. Sans y penser il s'était retranché dans un silence paisible, enveloppé de ce calme nouvellement acquis que le côté éphémère ne rendait que plus appréciable. La décoction sans alcool qu'il avait descendue avant de revenir vers Othello lui piquait encore les papilles mais même ça lui paraissait dérisoire, maintenant. Contrairement à son corps, son esprit était léger.. Il fallait bien profiter, après tout qui sait ce qui arriverait les prochains jours ?

Les marches menant à l'étage lui parurent bien longues, c'est le cœur au bord des lèvres qu'il termina l'ascension, le souffle court et le cœur battant. Un regard en arrière le fit sourire malgré lui, mi nigaud mi ivre, à la fois épuisé et extatique. Othello le regardait de ses yeux expressifs, deux perles sombres et lasses qui lui paraissaient encore plus grandes dans la pénombre, gardiennes de secrets attirant sa curiosité toujours grandissante. Dans sa tête c'était le chaos total et il ne s'en souciait pas plus que ça. Nageant dans un océan de coton, Fenris ignora les diverses portes fermées dans le couloir ainsi que les bruits de conversation filtrant à travers certaines chambres. Un couple se disputait bruyamment quelque part sur la gauche, échangeant accusations et reproches sans pour autant le troubler outre mesure.

Gardant la porte ouverte pour laisser passer Othello, le borgne la referma derrière lui et retrouva avec soulagement l'air frais extérieur. La bise nocturne effleura son visage en charriant une agréable odeur de pluie, le faisant voyager dans ses souvenirs d'El Bahari et sa jungle luxuriante. La sensation le dégrisait un peu de son ivresse, lui apportait même une forme de réconfort dans cette infinité d'étoiles qui brillaient à travers le fin voile de nuages. Il sentit l'effroi chez sa compagne pour la soirée et quoique surpris, entrelaça ses doigts aux siens sans se poser de questions. La froideur de la sirène ne le gêna pas, ni ne couvrit la chaleur émise par son corps fiévreux. Son œil se concentra sur ce ciel ouvert et sans limites, pour finalement retomber avec dépit et regret sur le scénario de désolation en contrebas.

Ça lui en fit profondément mal au cœur. Voir la destruction répandue dans les rues de la capitale saccagée par un géant furieux et invisible lui rappela brutalement qu'il n'était pas étranger à cette catastrophe. Déglutissant avec peine, il se sentit frissonner. Interdit et accablé par la culpabilité, il ne sut trouver la force de prononcer mot. Sa bonne humeur venait de tourner court avec ce dur retour à la réalité. Sa seule consolation fut d'apercevoir le corps inanimé de l'énorme bête ailée, abattue par l'armée. Un relent de haine remonta sa poitrine et le prit à la gorge. Il était responsable de sa faiblesse et de sa soif de sang, mais... c'était cette chose qui lui avait fait perdre la boule. Cela faisait des décennies qu'il se tenait à carreau et se trouver au mauvais endroit au mauvais moment avait suffi à tout foutre en l'air en quelques heures à peine.
Fenris n'avait pas vraiment le courage de regarder en bas en sachant ce qu'il risquait d'y voir, et pourtant son regard était prisonnier de cette scène magnétique et macabre. Instinctivement il serra la main de la jeune femme un peu plus fort, à la fois en soutien pour elle et en réconfort pou lui-même. Sa gorge était nouée et tous les mots qui lui venaient semblaient futiles. Néanmoins il se força à répondre, ne fusse que pour expulser un peu de ce qui couvait dans sa tête.


« J'en ai déjà vu un, oui. Il n'était pas agressif à proprement parler, mais sa seule apparition a causé d'énormes raz-de-marée sur les côtes du sud. En fait... » Il hésita comme si ce qu'il disait n'avait pas de sens encore aujourd'hui. Pourtant il l'avait constaté en première main. « El Bahari, vous savez... l'île... J'y ai échoué et vécu pendant très longtemps. Une centaine d'années en tout, je crois. » Il s'arrête, sa langue pâteuse ne lui simplifiant pas la tâche. À peine monté qu'il se sentait déjà de boire un autre verre.
« Il s'avère que l'île elle-même est en fait un colosse aux proportions inimaginables. Pour une raison que j'ignore, ce dernier a éjecté tous ceux qui y vivaient. Une sorte de répulsion magique sûrement liée au réveil de ses frères, je n'en sais rien. Le fait est que quelques heures après son réveil il a commencé à s'écarter du continent pour définitivement disparaître sous les eaux. » Il se mord la lèvre pour éviter de se laisser submerger par la colère d'avoir tout perdu et la nostalgie de ce qui n'était plus. De nombreux Ascans étaient morts ce jour-là et avec eux leurs traditions tribales finiraient sûrement par disparaître aussi. Le seul point positif dans tout ça, c'était que son frère Seior et sa famille avaient réussi à se mettre en sécurité loin des plages des berges dorées. Fen resta pensif un long moment, l'air perdu, avant de finalement s'extraire aux souvenirs de sa presque noyade. Son voix était assez éraillée.

« C'est déjà fort téméraire -et imprudent- de votre part d'avoir mis votre vie en jeu pour essayer d'arrêter pareille bête dans son élément. Sincèrement je ne crois pas que j'aurais pu avoir ce courage, à moins qu'un proche ne soit en danger. Puis de mon côté je suis resté comme deux ronds d'poil, coincé dans un petit village submergé, à assister le Haut Prêtre de Bor dans la construction d'un... truc qui puisse endiguer les vagues. » Brom se serait probablement indigné du qualificatif accordé à son œuvre, fort solide en plus du reste. « Je m'estime simplement heureux que nous ayons pu préserver quelques vies et que nous soyons encore là pour raconter l'histoire. Avec un peu de chance dans quelques années on s'en souviendra comme de cette première rencontre où on a bu la tasse ensemble. Ouais bon, j'aurais quand même préféré que ce soit moins littéral. »

Il haussa les épaules et baissa la tête vers ses pieds nus qui frôlaient la pierre froide comme s'ils ne lui appartenaient pas. Il se passa une main dans les cheveux toujours un peu poisseux et les rabattit en arrière sans se rendre compte qu'il n'avait plus de cache-œil. Son côté gauche fut alors à découvert, la paupière intacte fermée clairsemée de traces de brûlures inégales jusqu'en dessous du sourcil. Une vieille blessure qui avait relativement bien guéri étant données les circonstances précaires où elle avait été soignée. Toutefois il était loin d'être à son avantage avec sa dégaine de mendiant et ses blessures apparentes.
Se tournant légèrement vers la naïade Fen s'amusa de son entêtement et ne put s'empêcher de la taquiner avec une impudence qu'il gardait d'ordinaire pour lui. Mettez ça sur le compte de l'alcool, de la fatigue, ou de l'ébriété d'un baiser volé puis concédé.


« Hélas ils n'ont qu'une chambre libre et quoique malgré les apparences je sois un homme courtois, je doute que vous vouliez qu'on nous voie quitter la même chambre ensemble, demain matin. Après si ça vous dérange pas, on peut peut être s'arranger. »

Il sourit avec espièglerie en la regardant dans les yeux, laissant bien clair qu'il n'était pas sérieux. Pas entièrement du moins.




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Dernière édition par Fenris Skirnir le Mer 16 Nov - 14:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Mar 8 Nov - 12:14

La pression s’étendit entre ses phalanges, qu’elle accueillit avec bienveillance, posant en retour le bout de ses doigts contre sa peau fiévreuse. La chaleur remonta le long de son poignet comme une longue procession, la faisant frémir tant l’air lui parut froid à ce contact bouillant. Mais dans les braises de sa peau, elle perçut autre chose, un sentiment plus personnel. Sans trop oser se retourner vers le marin, elle comprit que le paysage désastreux avait aussi ses conséquences sur lui, et que ses pensées étaient parties ailleurs. Et, alors qu’un goût de bile amer remontait le long de sa gorge engourdie, elle regretta de lui avoir imposé égoïstement ses souvenirs lugubres.
Doucement, Othello se réfugia entre les boucles de sa crinière opaline. Ses oreilles étaient tendues, attentives à tout ce qu’il était prêt à lui révéler. Consciente d’être en partie responsable de la morosité soudaine, elle ferait de son mieux pour être une écoute docile et délicate, et surtout ne pas lui imposer plus de questions. Ses yeux quittèrent la ville éventrée pour rejoindre le firmament. Une nuée scintillante semblait éclairer le ciel immense, un horizon céleste, un méridien qui séparait la nuit en deux. La brise les entoura, chaude dans sa fraîcheur, et elle écouta.

Bien que la rumeur ait rapportée son existence au travers la Cimméria, Othello n’avait entendu que peu de choses sur le colosse d’El Bahari. Il aurait été immense, avec une apparence aussi monstrueuse que le colosse de Gaeaf, et aurait emporté l’archipel par le fond, dans une attaque aussi soudaine que violente. Se mutant dans un silence respectueux, elle l’entendit raconter son lien avec l’île. Il lui semblait bien l’avoir entendu dire qu’il avait vécu sur l’île lors de leur première entrevue sous les flocons Cimméria. Mais elle était loin d’imaginer qu’il y avait vécu si longtemps. De surprise, ses oreilles se levèrent un peu, elle pour qui atteindre les cent ans n’était qu’une douce utopie. Nul doute qu’il devait être attaché à cette terre, pour l’avoir arpenté pendant cent ans, l’avoir connu, exploré, goûté à ses bienfaits et éprouver ses caprices. Et puis... Sa terre d’adoption, un colosse ? L’image terrible de la bête, de ses rangées de dents, de ses jambes épaisses comme des colonnes, dont la silhouette titanesque mangeait jusqu’à la lumière des soleils, lui revint en tête. La voix de Fenris se faisait rauque, fatiguée.

Dire qu’elle regrettait était un euphémisme. Othello se retranchait de plus en plus dans les bras du vent, tenant la main masculine avec bienveillance. Dans un instant de silence, elle entendit le vent souffler dans leurs oreilles, sa caresse fraîche effleurer ses joues. S’il ne s’était pas confié, elle n’aurait jamais pu deviner ce qu’il avait traversé ce jour-là, et elle se trouva bien penaude avec sa petite baignade, et son rôle plus qu’incertain sur les navires de la flotte
. « Pardon Fenris, je n’aurais pas dû poser la question... » Bredouilla-t-elle, enfouissant son menton dans sa gorge comme pour s’y enterrer, en regardant ses pieds. Cette fois-ci, c’est elle qui serra ses doigts minces, simplement pour le soutenir, pour lui transmettre ne serait-ce qu’un brin de bienveillance à travers sa peau froide. Un nouvelle brise, plus fraîche que la précédente, balaya se cheveux vers l’arrière et vint frapper sa nuque, dévoilant ses épaules et ses clavicules à l’assaut du froid.

Finalement, elle grimaça un peu quand il poursuivit, ne sachant plus sur quel pied dansé. L’amertume de s’être mise en avant pour une simple histoire de vue déplaisante lui retombait dessus, et elle n’avait qu’une envie : s’effacer, s’évanouir. Après tout, contrairement à lui, elle n’avait rien perdu. Au fond, elle n’avait fait que nager en amont des bateaux, pour tâter de l’immensité de la bête, sans avoir conscience ni du courage, ni du danger, simplement dans un oubli de soi et une volonté fébrile d’aider Irina et la force armée à triompher. Si ils n’avaient pas été là, il n’y aurait plus que Gaeaf. Tout cela leur était dû, et ils avaient soufferts assez grandement de l’attaque pour lui faire réaliser qu’elle n’avait rien subit. La vue des marins sur le bateau, brûlant sous l’acide, certains empalés par des débris de bois, lui glacé encore le sang. Elle se mordit les lèvres, et souffla profondément. Finalement, elle se demanda si elle n’avait pas un peu trop l’alcool mauvais, et décida de mettre ses émotions de côté. Elle aurait pleinement le temps d’avoir du vague à l’âme un autre jour.
Dans le clair-obscur, elle observa la buée quitter ses lèvres  et rejoindre les astres pour s’éteindre dans sa course. Sans plus répondre, la sirène écouta la fin de l’histoire, songeant à la seule fois où elle avait pu croiser le Haut-Prêtre de Bor. C’était un individu impressionnant, dont le talent était vanté aux quatre coins du monde. Elle devait avouer que c’était un de ses nouveaux... Confrères qui l’intriguaient le plus. C’était heureux qu’il se soit trouvé lors du naufrage, sinon Fenris n’aurait peut-être pas été là pour lui raconter ce récit, ni d’autres heureux rescapés. En avalant sa salive, Othello se promit de prier pour lui, pour eux, et pour tous ceux qui avaient été victimes de la colère des titans.

Finalement, il lui sembla que Fenris alla mieux. Du coin du regard, elle le sentit s’agiter, chaque bruissement de tissu raisonnant avec un écho presque réel dans l’air de la nuit. Finalement, il se retourna vers elle et la taquina avec allégresse, provoquant chez la petite nymphe un sourire timide, mais amusé. Elle appréciait le fait qu’il lui laisse la possibilité de négocier, même si il n’avait pas tort. Cependant, dans son état et celui de la ville, elle songeait qu’être vue avec un homme serait un moindre mal. Et puis, il y avait bien pire à expliquer, surtout après un baiser échangé sous le regard d’un publique. Ils méritaient tous deux un lit. Elle roula son regard et s’apprêta à lui répondre, se retournant doucement vers lui. Alors que la brise s’acharna une nouvelle fois sur les deux êtres, Othello se figea, ses yeux sombres absents dans la nuit regardant le marin comme si elle le voyait pour la première fois.  Ses cheveux dorés rabattus vers l’arrière lui permettaient de distinguer son visage en entier, et même si elle ne le voyait pas clairement, atténué par la pénombre, elle voyait les contours de son œil à vue et les reliefs ciselés d’une cicatrice. A cet instant, le temps s’immobilisa, et il n’y avait plus que cette vision étrange, limpide sous la voûte céleste.
Peut-être qu’à cet instant, elle perdit tout esprit, désinhibée, hantée par une présence impulsive et candide qui la mût. Comme si, au bout de ses mains, ses épaules, sa tête, de petits fils d’argent, tendus à l’extrême, guidaient ses gestes depuis les astres. Sans quitter des yeux le regard du marin, elle se rapprocha de lui, sentant sa chaleur fiévreuse irradier jusqu’à elle sans qu’elle n’en soit gênée. Son regard était bercé d’un univers d’émotion, un prisme sombre où coulaient ses pensées absentes. Doucement, elle leva sa main libre avec une délicatesse aérienne et la leva secrètement vers lui. Son œil semblait demander une permission indicible qu’elle n’était pas sûre d’obtenir. A mi-chemin entre leurs visage, une lueur douce, secrète, étincela du bout de ses doigts, puis sembla se transmettre comme une traînée obéissante jusqu’à sa paume qui s’embrasa alors d’une petite flamme blanche. Comme une vision prend forme et se révèle, elle découvrit sous ses yeux le visage du marin, dansant dans les ombres du feu de Kesha.

Imperceptiblement, elle avança un peu plus ses doigts vers cet œil mystérieux, écorché. Comme hypnotisée, l’ondine silencieuse dessinait du regard la peau abîmée, les reliefs des blessures, les nervures saillantes, presque effacés, où jadis gisait le rouge d’une plaie. Cessant de respirer, ses doigts effleuraient presque le contour du visage masculin, la chaleur de sa fatigue flottant jusqu’à elle. Avec une délicatesse infinie, elle finit par poser sa main incandescente sur la joue masculine, laissant le bout de ses doigts frôler la cicatrice. Le feu ne brûlait pas. Il n’émettait pas la moindre chaleur... Mais simplement des vagues iridescentes et vibrantes qui ôtaient toute douleur, toute peine, pour ne plus laisser qu’une paix bienveillante et tendre, un sentiment de profonde quiétude.  On aurait pu croire qu’elle avait fait cela pour la lumière qu’elle diffusait. En réalité, elle l’avait invoqué pour lui.
Elle resta ainsi une poignée de seconde, à le regarder doucement sans rien dire, à le voir d’un regard d’abysse où dansait le reflet de la torchère blanche. Le marin venait de tomber un masque, d’une certaine façon. Ce grand géant toujours prêt à rendre service, à rechercher l’absolution pour une part de lui si sombre qu’il essayait de l’enterrer sous un sourire chaleureux, à porter ses cicatrices avec une pudeur discrète dans une quête d’abandon, de rédemption. Pour se perdre dans une liberté enivrante et s’oublier. La vérité à ses poignets était tout autre pourtant : même libre, il restait enchaîner à un poids plus lourd que lui-même.    

C’est la brise qui insuffla en elle la conscience de ses actes, et elle baissa brusquement la main, le regard, s’éloignant comme si toutes les frontières qu’elle avait franchies impunément s’imposaient soudain à ses yeux. Ses lèvres se pâmèrent d’un sourire désolé, un peu maladroit. Regardant sa main en feu, elle se laissa bercée quelques secondes par la marque de Kron, consumée par les gerbes blanches, et l’étouffa prestement avant que Fenris ne puisse parler. Lui imposer une vérité abusive était la dernière des choses qu’elle souhaitait. Reprenant sa place, elle lâcha finalement sa main pour ne plus rien lui imposer. Qu’est-ce qu’il lui avait pris ?


« Je... » Aucun mot ne franchissait ses lèvres. Quelque chose lui disait que demander pardon aurait semblé bien hypocrite. Tournant le visage vers les étoiles, elle essaya de faire bonne figure pour supprimer ce qu’il s’était passé. Et brusquement, elle vacilla un peu et se rattrapa contre le mur. L’utilisation de la magie était coûteuse en énergie, et dans son absence, elle n’avait pas anticipé le contrecoup.
« Vous avez raison. » Finit-elle par souffler. « Pourtant, après ce qu’il s’est passé plus tôt, ça ne serait pas si grave. » Elle osa un sourire. Ce balcon lui donnait l’impression d’être dans une tribune, coupée du monde, éternelle spectatrice de la ville et de sa vie. « Je pense que l’on peut s’arranger. » Elle dit cela à mi-voix, sentant derrière elle l’ombre grandissante du sommeil.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Jeu 1 Déc - 21:28

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte VIII: The Flame Within

Fen se figea à la vue d'Hespéria, la vapeur de sa respiration répandue autour de son visage en un brouillard flouté. Si son œil restait grand ouvert et braqué sur la ville, son esprit consumé prit la fuite vers les eaux azur qui séparaient El Bahari des criques d'Argyrei, vers ces temps lointains où il avait guéri de plus qu'il ne s'était pensé capable de supporter.
De mémoire il survola l'écume en chevauchant les zéphyrs, spectre invisible parmi les oiseaux qui tournoyaient incessamment au-dessus des flots, enfin de retour à sa seule terre d'adoption. Avec force Fen fusa en silence à travers les feuillages chamarrés de la jungle, s'engageant entre les arbres immenses, ces sentinelles d'émeraude qui gardaient les lieux sans jamais trouver le repos. Serpentant entre les branches où toutes sortes d'animaux cohabitaient dans un constant bruit de fond, il s'arrêta un instant pour lever les yeux vers la canopée, souffle court. À une dizaine de pas une couronne de lumière perçait le toit verdoyant de ses rayons, fenêtre naturelle vers les cieux enflammés par l'ambre déclinante à l'horizon.
Instinctivement il prit le sentier battu entre les cacaoyers, baissa la tête pour passer en dessous d'un mur de lianes et arriva à une clairière éloignée du village. Un refuge à deux pas des flots tranquilles de Rimiéna, loin des yeux du monde et de ses dieux si prompts à déverser leur jugement. L'impatience pressa sa marche en course entre la végétation, son cœur serré étant à deux doigts de manquer un battement. Ses yeux ne retrouvèrent le calme que lorsqu'il aperçut les planches inégales de la maison sur pilotis qu'il avait bâtie de ses mains. Les colonnes du porche se tenaient toujours fortes, et les escaliers grincèrent sous son poids quand il les monta, comme d'habitude.

Une voix masculine l'invectiva d'une raillerie familière et l'invita à partager un coin de feu ainsi qu'un bon repas. Un sentiment de profond soulagement remonta dans sa poitrine à cette routine mille fois répétée, sans pour autant effacer la sensation que quelque chose n'allait pas. Il ferma les yeux, rejetant avec difficulté le malaise latent qui rampait le long de sa peau. Son œil se referma avec force et il posa une main sur sa tempe douloureuse.
Les visages défilèrent tout à coup, se déversant comme une rivière intarissable, un flot de souvenirs si forts et précis qu'il ne put les contenir. Isaril et son sourire bienveillant, Miran et son cynisme, Jesnner le cuistot aux blagues pourries,... Jantiss le capitaine pirate au visage noir couvert de rides, son père d'adoption. Léogan. Léogan, sa verve, sa loyauté, sa patience insoupçonnée. Fen cilla en combattant sa mémoire, s'arrêtant soudain dans sa réflexion. Si son frère allait bien, qu'en était-il des autres Ascans ?

Le borgne retint sa respiration, gagnant peu à peu du terrain. Ce n'était ni l'heure ni l'endroit pour se demander quelles vies ce drame stupide avait bien pu prendre. C'est la voix féminine qui finit de définitivement le tirer de son délire, avec sa douceur désolée. Instinctivement il baissa le regard sur la demoiselle, remarquant ses épaules exposées. Fen se mordit la lèvre avec regret. Il lui aurait bien filé de quoi se couvrir seulement il n'avait rien sur le dos non plus. Dans un coin de sa tête fermentèrent une ribambelle de plans, dont la plupart incluait retourner à l'intérieur pour piquer des vêtements. Néanmoins elles furent écartées à cause de la tristesse qui émanait de la sirène, lui paraissant bien plus importante.

« J'ai sciemment choisi de répondre, Othello. Il n'y a pas de raison de vous en vouloir. »

Il savoura le goût du prénom sur sa langue, la regardant sérieusement dans les yeux. Le destin semblait s'amuser à leur faire traverser nombre de choses ensemble, ce qui avait ses avantages. Un jour ils finiraient peut-être par mettre leur culpabilité de côté, conscients de s'accepter mutuellement, avec leurs passés et leurs erreurs.
Gentiment Fenris écarta une mèche d'argent du visage de la prêtresse, ne semblant pas gêné de la main qu'elle tendait vers lui. En confiance le marin ne bougea pas, quoi que la lumière étrange ait un peu surpris son œil par sa brillance. Il redouta bien une brûlure mais rien ne vint, aussi son corps se détendit progressivement. Le toucher d'Othello était moins froid que d'habitude, sans doute car la magie irradiait une sorte d'énergie qu'il ne pouvait identifier. Continuant de la regarder avec tranquillité, Fen était conscient que quelque chose se passait mais était loin de se douter que la lumière de Kesha révélait plus qu'il ne voulait laisser voir.

Un frisson parcourut sa peau et il ne sut si c'était dû au froid où à l'étrange flamme. Inquiet de ce qui venait de se passer et du mouvement de recul soudain, il avança vers elle avant de réfléchir, la retenant par le bras. La moindre des choses serait d'avoir quelques explications... surtout qu'il ne comprenait pas pourquoi elle avait utilisé la magie alors qu'elle était déjà affaiblie. Par chance il était assez proche pour l'aider à garder l'équilibre lorsqu'elle vacilla. Sa langue fourcha à moitié alors qu'il se sentait particulièrement bizarre. Ce n'était pas mauvais... mais bizarre. La vérité de la Kesha levait un voile sur sa retenue.


« L'idée de passer du temps avec vous me ravit, seulement je ne veux pas vous créer des problèmes. » S'il s'écoutait complètement il finirait par agir égoïstement, par laisser l'instinct prendre le dessus sur le bon sens. En outre le fait qu'Othello ne semble pas gênée par ce dilemme -qu'il ne prenait pas la peine de cacher- le laissait franchement pantois. Il n'aurait pas pu être plus transparent, même c'était difficile de ne pas laisser croire à des secondes intentions douteuses parfois...

« D'un autre côté je ne vais pas refuser si vous êtes sûre de ce que vous voulez. » Il déglutit en la regardant droit dans les yeux, continuant de s'exprimer sans filtre. « Je suis hanté par l'idée que demain matin vous vous réveilliez à côté de moi et que vous puissiez penser que j'ai profité de l'emprise que l'alcool a sur vous en ce moment. » Il agite la tête, un peu perdu, puis pose une main sur son épaule, de peur qu'elle parte pendant qu'il s'explique. « Je suis un salaud mais ne suis pas comme ça. Je veux dire je ne suis pas dans un meilleur état, la journée a été dure pour tout le monde et j'aimerais... » Il s'interrompt, voit une étincelle de curiosité dans les yeux de la naïade et perd un peu de ses moyens. Son cœur s'emballe si fort qu'il l'entend battre dans sa tête. Chaque phrase est prononcée lentement, comme s'il lui en coûtait un grand effort.

« Écoutez, tant que j'y suis à dire plus que ce que je devrais... Je... Je n'ai sincèrement pas prévu ce qui s'est passé en bas. Dire que j'ai apprécié serait un euphémisme. Je recommencerais bien ici et maintenant, si j'avais un peu plus de courage. » Il se gratte maladroitement la nuque, réalisant un peu tard à quel point tout cela devait paraître insensé. Son empathie lui disait que l'attraction était mutuelle, mais à ce stade il n'était pas prêt à se faire confiance... surtout pas dans une situation où ses propres sentiments pouvaient ternir son jugement. « Enfin vous devez être fatiguée, on ferait mieux de ne pas rester dehors dans le froid. Tant qu'on se met en route, vous pourriez m'expliquer ce qu'était cette flamme ? »





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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Mer 28 Déc - 21:37

Le feu de Kesha. Dès qu’elle l’ôta de leur vue, l’oubli inopiné des propriétés de son pouvoir, certainement dû à la fatigue et à cette journée grotesque, lui revint à l’esprit tel un retour de flammes. Inquiète, elle l’observa du coin de l’œil alors qu’il la retenait gentiment de la chute. Il avait accepté son geste déplacé, et elle lui en était déjà reconnaissante, chassant par la même occasion la culpabilité d’avoir agi avec impulsivité. Bien souvent elle se laissait guider par ses principes utopistes et un besoin chronique d’apporter la paix et le bien-être, et oubliait bien souvent les effets secondaires que ce pouvoir avait sur les élus... Ou les victimes qui en étaient témoins. Sa main vint envelopper son poignet qui parut si petit sous cette paume immense, et elle vit dans son œil la lueur redoutée. Si elle se retint maladroitement au rebord pour rester debout, aidée du marin, elle voulut s’empresser de lui expliquer, et de lui demander de ne pas prendre la parole, mais les mots sortaient déjà de ses lèvres comme un flot pur et continu.
Et que la vérité pouvait être dure à arrêter... Mainte et mainte fois, Othello se retrouvait dépositaire de secrets jalousement gardés que la flamme faisaient resurgir comme la neige fondue révélait un tapis de verdure. A présent que l’Ascan avait succombé, elle ne pourrait empêcher son exhumation, et se tut, respectueuse, prête à entendre la vérité dans son plus pur aspect. Comme un médecin, elle soutint son regard, consciente d’avoir affaire à un symptôme, et non à une volonté.  Après tout, elle l’avait déclenché. Il méritait ses oreilles compatissantes, et elle était consciente qu’une autre réaction aurait été hypocrite.

Lui créer des problèmes ? Si la sirène restait de marbre, elle eut la sensation de se retrouver face à un des blocs de glace qui jalonnent la mer gelée : si la partie visible lui semblait petite, elle prit tout juste conscience du reste du glacier, immergé sous les abysses obscurs. Elle l’avait déjà deviné particulièrement bienveillant, alerte de ses actes et de leurs conséquences. Il avait la mesure facile et jusqu’alors elle avait pensé qu’il jouissait d’une tempérance désinvolte, le laissant voguer paisiblement sur sa route sans subir outre mesure le résultat de ses actes. Mais la vérité brûla amèrement à ses oreilles, et laissa la sirène muette et penaude. Elle n’aurait jamais pensé être une source de préoccupation pour le marin déjà fatigué, et hanté par des problèmes plus importants. Finalement, elle qui avait souhaité le soulager d’un poids avait fini par devenir un fardeau supplémentaire. Au dépourvue, Othello se mordit la lèvre, à présent consciente du problème et de la pression qu’elle lui imposait à contrecœur à vouloir trop en faire.
Son regard était perçant et ne la quitta pas, et rapidement, elle ne sut plus sur quel pied danser, bousculée par des sentiments contradictoires. Entre une culpabilité naissante et l’incompréhension, bercée par les restes d’éthyle qui coulait dans ses veines, elle eut envie de l’arrêter dans sa course pour l’empêcher de trop en dire, lui qui ne devait rien comprendre non plus. Les mots s’enchaînaient, dessinant les frontières d’un dilemme qui la hantait également, plus qu’elle ne voulait l’accepter, et qui la prit de court. Bientôt elle resta pendue à ses lèvres, cherchant la fin du discours, l’écoutant se remettre en cause en sachant pleinement qu’il n’y était pour rien puisqu’aucune faute n’avait été commise et ne serait commise, et que si il y avait quelqu’un à blâmer, c’était elle pour son insistance. Ses petits doigts s’unirent maladroitement, chaque phalange s’imbriquant adroitement dans les autres comme les pièces d’un puzzle. J’aimerai... La fin ne vint pas. « Dormir » voulu-t-elle conclure, mais l’évidence s’imposa d’elle-même. La brise accompagnait doucement ses paroles, en balayant les cendres de la cité et des poussières invisibles, les mots et les pensées vers des lieux distants, inaccessibles.  
Finalement, de dernières paroles franchirent le cap de ses lèvres pâles, prirent Othello par surprise alors que la main masculine retenait son épaule, bien qu’elle n’ait pas prévu de s’enfuir. Elle sentit le poids de son bras comme le poids de ses mots, tout s’entremêlant pour la troubler un peu plus. L’œil lupin luisait de ce même effort, ce vide de réponse qu’elle connaissait bien, alors qu’il se voyait manipulé par des forces omnipotentes qu’elle avait provoqué inutilement.  

Othello frémit. Comme s’il venait de franchir une frontière, Fenris venait de l’entraîner devant des désirs interdits, des chemins qu’elle n’osait arpenter. Etrangement, elle apprécia son aveu, et en fut soulagée, même. L’ondine détourna subtilement le regard du visage masculin, alors qu’elle se retrouvait devant une boîte de pandore qu’elle gardait scellée. Pour ne pas alimenter le feu, elle n’avait jamais voulu explorer plus avant ce que lui inspirer le marin, le pourquoi elle s’était lancée dans un baiser aussi soudain qu’appréciable, au lieu de s’énerver, toute offusquée qu’elle aurait pu être. Elle avait la clef en main, et pourtant elle ne pouvait se résoudre à la glisser dans la serrure. Cependant, savoir qu’il en avait tiré de la joie était agréable, ne serait-ce que pour se dire qu’elle ne l’avait pas dégoûté.
Rapidement, elle sentit les effets du charme diminuer, et il retrouva la conscience de proposer leur départ, eux que le froid couvait doucement tel des enfants abandonnés par une ville éviscérée. L’idée de quitter sa fraîcheur maternelle ne l’enthousiasma pas plus que de raison, mais elle sentit que c’était la bonne décision à prendre. Et pourtant...
Son regard se fit plus intense. Devant la boîte de pandore, elle restait pensive, indécise, mais son cœur battait plus fort. Ses mots avaient éveillés en elle quelque chose d’instinctif, un désir, une envie qu’elle ne parvenait à taire et que l’alcool rendait plus puissant.

Soudain, elle sembla s’avancer. Son regard trahissait une lueur électrique alors qu’une main timide s’avançait vers la hanche du llurghoyf, relevant doucement son visage vers lui. Toute pensée se brouillait dans un océan déchaîné, alors que son cœur palpitait sauvagement dans sa cage de verre. Bizarrement, si ils avaient déjà franchis la ligne, elle avait l’impression de dépasser une frontière interdite qu’elle n’avait fait que contempler avec méfiante. Son cœur battait si fort, elle se sentait fièvreuse...
Brusquement, elle s’interrompit, baissa le visage, et le reposa sur le torse masculin avec une pointe de regret. In extremis, la raison fut la plus forte sur l’instinct et l’envie. Ses cheveux pâles tombèrent vers l’avant, et la recouvrirent d’un voile bouclé, alors qu’elle recula maladroitement. Elle écouterait la sagesse du loup : l’alcool et la fatigue la poussait peut-être vers des gestes désinhibés, des retranchements gauches et maladroits... Animal.



« Vous n’avez plus à parler » dit-elle en se dégageant finalement, un sourire désolé aux lèvres. Elle se retourna vivement vers la porte pour en saisir la poignée, évitant subtilement tout regard, laissant tomber le sien vers le plancher. Encore chose, elle fit de son mieux pour tuer le bourdon dans son esprit, balayer ses désirs et retrouver ses pensées. Il fallait qu’elle range la boîte, la recouvre. « Je peux parler pour deux le temps que cela s’estompe, il n’y en aura que pour quelques secondes. »

La porte s’ouvrit brusquement, et la chaleur soudaine du dedans la berça plus qu’elle ne l’imaginait, reposa sur son esprit le voile de l’alcool et de la fatigue. Elle referma derrière le Loup, et se retrouva à le guider mécaniquement dans les couloirs alors qu’elle continuait ses explications un peu vague, sourde aux bruits des chambres alentours. La colère du couple se tarissait mais les cris fusaient toujours, et, d’un autre côté, des ronflements sonores trahissaient un repos mérité.


« La flamme de Kesha est un pouvoir étrange. Elle a de nombreuses vertus : elle apaise la douleur, tait les peurs, la tristesse, assagit les tempêtes et la colère. » L’hybride sembla réfléchir un peu, puis ajouta au nez de l’évidence. « En plus d’être une bonne source de lumière. »

Bientôt ils se retrouvèrent devant l’escalier qu’elle hésita à descendre, n’osant encore regarder le marin pour avoir son aval. Finalement elle franchit les marches sans mots dire, décidant de mettre tout cela sur le compte de l’alcool, et de la fatigue, et de cette journée étrange et tempétueuse, en sachant bien que c’était beaucoup plus profond que cela.

« Mais elle a aussi des... Propriétés particulières. Une fois face à elle, on ne peut plus dire que la vérité pendant quelques minutes. Cela ne dure jamais très longtemps, seulement... J’aurais dû vous prévenir. Je ne voulais pas ça, simplement vous soulager un peu de la douleur. » S’excuser encore aurait tenu du pléonasme, et elle s’accorda que son aveu comportait déjà un pardon implicite. Son sourire désolé s’accentua plus encore. « Cela a ses avantages, parfois. Et dans d’autres cas... Pardon de vous avoir bousculé, ce n’était pas volontaire.»  

Finalement, ils se retrouvèrent au premier étage, et arrivée là, la chimère ne sut que faire. Finalement, elle s’adossa lourdement à un mur, en regardant Fenris, soulagée d’avoir pu lui expliquer la nature de son trouble et d’avoir pu s’excuser, même partiellement. Ses yeux roulèrent ensuite vers le couloir sillonné de portes. Mécaniquement, ses yeux allèrent de l’un à l’autre, se demandant s’il y avait encore une marge de négociation. Mais elle enterra le sujet bien vite. Mieux valait ne plus le pousser vers des contrés indélicates, de peur de lui imposer trop de présence, ou trop de pression. Idiotement, elle caressait encore l’espoir qu’il oublie ses valeurs et qu’il agisse égoïstement, en choisissant la chambre pour lui, elle se serait sûrement débrouiller. Mais c’était peu probable, et elle en avait bien conscience. Penaude, elle leva les yeux vers lui :

« Vous... êtes sûr de pouvoir supporter une nuit dans des cuisines ? »
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Lun 6 Fév - 7:25

Chapitre VII: Les Chemins de la Renaissance
Acte IX: Deep Waters
♪ Theme


Drapé dans l'étreinte réconfortante de la nuit, Fenris regardait Othello dans un calme dissimulant sa nervosité intérieure. Pendant de longues secondes il s'était immergé dans les prunelles qui lui faisaient face comme si elles pouvaient lui apporter des réponses, il s'était perdu et noyé dans ces lueurs dansantes d'hésitation et de regret. Paralysé par l'intensité de ses propres envies et le besoin de faire comprendre ce qu'il gardait sous clé dans sa poitrine, il s'était gardé de dire quoi que ce soit. Cela faisait seulement quelques instants qu'il l'avait relâchée et pourtant il craignait déjà de la voire prendre ses distances suite à ce qu'il venait de dire.
Humidifiant machinalement ses lèvres sèches, il fut surpris de la voir s'approcher et surpasser sa timidité en se serrant contre lui. Souriant avec légèreté le borgne sentit un poids invisible quitter ses épaules malgré son cœur battant à tout rompre. C'est vrai que c'était un peu gênant de savoir qu'elle l'entendait peut-être mais il n'osa ouvrir la bouche de peur de tout gâcher. Une main tendre posée sur le haut du crâne de la jeune femme, il expira tout l'air de ses poumons et correspondit sans l'emprisonner.


« Je sais que je suis du genre à trop parler pour combler le vide laissé par le silence. Mais j'aime encore moins quand vous vous en voulez comme ça. Cessez de vous sentir coupable, s'il vous plaît. » Si son sourire était plein d'auto-dérision, son œil était sérieux. On pouvait lui mentir ou le berner seulement à l'image de la flamme de Kesha, son empathie ne connaissait que la vérité. « Et un coup de pouce pour me donner le courage de dire ce que je pense vraiment... ce n'est peut être pas un mal tant que ça ne vous effraie pas. Au moins vous n'aurez pas de raison de douter de ma sincérité. Enfin si ça vous dérange, je ferai attention à l'avenir. »

Ironiquement être contraint de dépasser sa lâcheté émotionnelle compulsive lui semblait davantage un apaisement qu'une contrariété. Ce serait erroné de dire qu'il n'avait rien à cacher car tout un chacun possédait ses propres secrets, néanmoins il était surtout inquiet de la réaction d'Othello. La sirène était-elle prête à entendre ces choses qu'il retenait tant bien que mal, bien au fond ? Peut être pas. Sans doute pas, en fait.
Fenris soupira et glissa les mains dans ses poches et la suivit d'un pas nonchalant, baissant la tête pour ne pas se prendre le cadre de la porte dans la figure. En comparaison de la température extérieure, l'établissement était agréablement chaud. Un peu trop, même.

Ignorant les bruits divers provenant des chambres qui jalonnaient le long couloir, Fenris écouta l'aveu de la prêtresse d'une expression tranquille. Il serait très difficile de lui en vouloir même si elle avait fait quelque chose de grave, aussi au-delà de la soirée tumultueuse il retournait lentement à son flegme habituel. Les prochains jours seraient sans nul doute encore plus agités mais pour l'heure ils avaient besoin de repos avant tout. Et justement le sujet était... encore à négocier, apparemment.
Un léger rire rauque quitta sa gorge tandis qu'il observait sa compagne patauger obstinément avec ses résolutions. La fatigue érodait certainement sa volonté mais sa détermination en prenait un coup. À la voir insister encore avec cette mine préoccupée et cette moue singulière, il finit par fléchir. Autant que possible de son point de vue en tout cas. S'arrêtant devant la porte que lui avait indiqué l'aubergiste, Fenris tira une clé de sa poche et ouvrit la porte à la volée. Cette dernière grinça et laissa place à une chambre en tons bleus, meublée modestement mais d'une propreté tout à fait correcte. S'emparant d'une des lampes à huile laissées dans le couloir, Fen alluma les deux bougies dans la chambre avant de la remettre à sa place.


« Nous sommes tous les deux incroyablement têtus et je peux parier mon œil droit qu'aucun de nous ne voudra céder. Cela veut dire que le seul moyen de trouver un terrain d'entente est de trouver un arrangement... en partageant la chambre. » Il regarde à l'intérieur pour s'assurer que tout est normal puis invite Othello à entrer en premier.
« Après vous. » Elle avait déjà murmuré plus tôt qu'elle acceptait la proposition et pourtant il avait encore du mal à le croire.

Avec un peu de chance ils dormiraient comme une souche après pareille journée. Ou pas. Puissent les Dix l'aider à trouver le sommeil en de telles conditions... À cette idée il déglutit et fit mine d'inspecter les lieux afin de réfléchir à une approche, puis haussa les épaules et décida de se la jouer le plus naturellement possible. Refermant la porte derrière eux, il entreprit de défaire les boutons de sa chemise tout en se demandant à quel moment elle allait changer d'avis et le flanquer dehors. Les mains tremblantes par l'effort musculaire que lui demandait cette tâche ridiculement simple, Fen serra les dents de frustration.
Les fringues étaient propres et il s'était lavé avant de partir aussi il n'y avait plus sur lui que son propre sang, coagulé pour la plupart. Ses plaies rougies à vif sur le flanc droit et les bras n'allaient pas faciliter son repos, mais il fallait bien faire avec. Curieusement les zones tatouées de son corps demeuraient presque intouchées. La tête de loup qui recouvrait son épaule gauche jusqu'à l'avant bras n'avait pas une égratignure, et le talisman tribal Ascan était toujours ancré sur son cœur. Quand à son dos... il ne pouvait pas vraiment s'en assurer mais il lui faisait aussi mal que le reste. Néanmoins heureux que ce soit tombé à un niveau supportable depuis l'utilisation de la flamme, Fenris sourit doucement et se baissa avant de se rappeler qu'il ne portait plus de bottes depuis son réveil.

Dos face à la jeune femme, le Lhurgoyf pose sa chemise sur la chaise derrière la porte et lui laisse tout l'espace de l'autre côté du lit, ce qui comprend une petite coiffeuse en bois sombre et une bassine d'eau claire montée sur un trépied en métal. Prenant une grande inspiration il pose une main sur ses côtes, gardant Othello dans son demi champ de vision.


« Où dois-je dormir ? Avec vous, ou par terre ? » La décision ne lui appartenait pas, seulement une chose était sûre : la laisser dormir sur le sol froid était en dehors de ce qu'il était prêt à accepter.



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MessageSujet: Re: Les chemins de la renaissance   Sam 11 Fév - 17:18

Le grincement de la porte s’étendit dans le couloir tamisé comme un chat s’étire longuement, et au bout de plusieurs secondes, Othello prit sur elle de se relever du pan de mur sur lequel elle s’était adossée. Même si elle gardait le silence, elle dû admettre qu’elle appréciait silencieusement la concession du grand Loup. Non pas qu’elle souhaitait lui imposer sa chétive présence – et sa fatigue palpable. Seulement, savoir qu’il pourrait dormir dans des conditions sereines la rassurait beaucoup plus que de l’imaginer quelque part entre une barrique de liqueur et une pile de casseroles. Les mots échangés sur le balcon lui revinrent à l’esprit comme une bouffée de fumée, et une vague de chaleur naquit au creux de son cou jusqu’au haut de sa tête. Bercée par tant de sensation, la sirène se laissait malmenée par des courants contradictoires, entre onde tranquille et eaux bouleversées, toutes les deux brillantes d’attirance.
Un peu trop volontaire, la sirène accusa un temps un violent coup de sang qui lui donna le vertige, et laissa dans son esprit un bourdon insistant. Mais avec un peu d’effort, elle parvint à retrouver l’équilibre sans trop de problèmes, s’aidant du mur, et prenant appui sur le regard unique et brillant du Lupin qui avait pris les devants. Elle ne savait clairement le distinguer, mais il lui sembla y déceler une lueur vibrante. Une fois la porte franchis, elle remercia le marin en baissant doucement le visage, avant d’examiner la chambre.

Si la pièce n’était pas un modèle de volume, elle n’en était pas moins spacieuse. Les deux bougies aux flammes vacillantes éclairaient la pièce doucement, juste ce qu’il fallait à ses yeux pour apprécier la pénombre tamisée de l’endroit. Othello arpenta rapidement le lieu, balayant du regard le mobilier pratique et propre, procédant bien plus à une découverte qu’à une inspection. Le lit n’attendait qu’un corps pour l’emmener vers le sommeil, avec ses oreillers entourés de toiles de lin qui lui semblèrent, dans l’obscurité, être les plus confortables du monde. A sa gauche, une chaise et une commode de bois brute, et de l’autre côté du lit, une petite coiffeuse avec une bassine d’eau claire. Cela aurait pu être un lagon azuré : Othello y voyait le même attrait. Dans ce petit cocon clos, elle avait la sensation agréable d’enfin distinguer le bout d’une journée étrange, aux virages à la fois plaisants et viscéraux. Si Fenris semblait s’hasardé un peu pour inspecter les lieux, elle se dirigea vers la chaise devant le petit meuble. Son esprit en coton ne lui permettait pas d’émettre des pensées très clairs, seulement des bribes de besoin qui guidait ses actions.

L’eau s’agita légèrement à son approche, et elle n’hésita pas longtemps à y glisser les deux mains pour récupérer le précieux liquide qui ondoya dans le fond de ses paumes. Dans ce miroir limpide, elle croisa soudain son regard rouge et creusé : tout ce qu’ils avaient surmonté depuis la matinée lui revint à l’esprit. Leur arrivé chez les Jézékaël, le rugissement atroce, les craquements sépulcrales qui hurlèrent dans la maison, la tuerie, les spectres, les visions... L’échappée. Brusquement, elle rabattit l’eau sur son visage, l’arrosant de nombreuses fois jusqu’à chasser ces pensées. Le froid la ramena sur terre, comme les gouttes qui s’y effondraient les unes après les autres après avoir ruisselé sur ce visage marmoréen. Elle commençait à se demander si elle parviendrait à retourner pleinement parmi les vivants après ce jour-là. Les bruissements de tissu la tirèrent vers le réel. Soudain, elle prit conscience du bienfait de la présence du marin. L’avoir à ses côtés avait quelque chose de réconfortant, d’humain, même si elle était venu le trouver en premier. Peut-être cherchait-elle quelque part sa bienveillance au-delà du loup, l’homme qui l’avait sauvé derrière la bête sanguinaire. C’était un sentiment précieux que de ne pas être seul. Le visage encore humide, elle se retourna brusquement pour trouver le marin en plein dévêtissement.

Pendant un instant, les yeux penauds, Othello resta hagarde devant le dos immense et musclé, aux sillons finement marqués écorchés par endroit. Un loup massif d’encre noir la regardait depuis sa peau de sable, et dans la pénombre, elle voyait presque le relief des lignes se dessiner. Elle n’avait jamais vu ses tatouages – même si elle n’avait jamais douté de leur existence. Pendant une poignée de secondes, elle resta immobile, incapable de formuler la moindre réflexion. Finalement, la pensée s’imposa d’elle-même qu’il se préparait pour le soir, et elle se demanda si il fallait qu’elle fasse la même chose. Cependant, son regard ne parvenait pas à quitter le marin. De longues marques rouges jaillissaient par endroits éparses, tel des flammes : le sang formait des croutes douloureuses, tandis qu’elle distinguait son flanc à vif. Le coup asséné par Léogan avait laissé sa marque... Même si la blessure était propre, il lui faudrait du temps pour pleinement guérir. Presque malgré elle, Othello serra les poings avant de dévier le regard. Avec seulement un peu plus de force, elle pourrait le soigner, ici et maintenant... Seulement, elle en était bien incapable.
Lentement, ses petits doigts entamèrent de donner à la jeune femme une tenue plus nocturne. Ou du moins, plus viable que ce qu’elle avait sur le dos. Sa jupe détrempée avait pris la couleur de la boue, et s’était déchirée là où les épines de sa queue de sirène avaient jaillies. Ses manches n’étaient pas dans un meilleur état : elle ne pouvait qu’espérer que son déshabillé n’ait pas été éventré de la même façon. Si d’abord elle dégagea ses épaules en récupérant d’une main sa crinière, elle glissa une autre main sur les lanières du lacet qui fermait sa robe. Mais elle s’arrêta dans son geste. Son cœur s’accéléra soudain, prenant pleinement conscience de leur situation, une bouffée d’esprit dans un océan de fatigue. La main close sur le ruban de soie, elle mordit inconsciemment sa lèvre, anticipant certaines conséquences. Prenant sur elle pour mettre un peu d’ordre dans ces bribes chaotiques, elle inspira doucement avant de tirer sur fil d’un coup sec. Ce n’était pas avec ses guenilles qu’elle pourrait dormir. Dans un bruissement soyeux, la robe glissa le long de ses épaules, révélant un déshabiller blanc de tulle sobre et simple, qu’un lacet en corset fermait sur sa poitrine, et qui tombait jusqu’à mi-cuisse. Il avait été déchiré au niveau d’une de ses hanches par une paire d’épines.

Finalement, elle rinça son visage une dernière fois, utilisant les restes de sa robe comme une serviette salvatrice, avant de se lever pour s’assoir silencieusement sur le matelas rédempteur. Etrangement, elle se sentait sereine. La vulnérabilité de son apparence n’était pas si dure à surmonter, et au contraire, ce pas en avant l’avait mis étrangement à l’aise. La fatigue avait certainement son rôle à jouer dans son état un peu second, alors qu’une flamme de bougie dansait calmement dans le regard d’ébène. Une vague de cheveux blancs tombaient indéfiniment autour d’elle, comme une couverture d’argent, dont les boucles épousaient les épaules pâles. Ses yeux mi-clos semblaient sur le point de se fermer, alors qu’elle avait familièrement remonté ses jambes vers elle, pour poser ses bras croisés sur ses genoux. Finalement, Fenris posa la question fatidique, essentielle, mais qui avait échappé à la raison de la naïade.

A cet instant, elle adopta une mine pensive. Son cœur s’emplit d’hésitation, alors les yeux sombres glissaient subtilement vers le parquet. Dormir... Avec elle ? Un frisson parcourut sa peau. De sa vie, elle n’avait jamais partagé sa couche avec un homme. Et même si cela ne lui faisait pas peur, ça restait quelque chose... D’impressionnant. Cela valait peut-être mieux de faire lit à part, après tout. Les mots qu’il avait murmurés lui revinrent en tête, comme d’étranges souffleuses qui chuchotaient à ses oreilles. Ne lui imposait-elle pas cette tentation qu’il semblait redouter ?
Mais n’était-ce pas égoïste que de vouloir garder le lit pour elle ? Et puis... En avait-elle réellement envie ?
Son regard balaya rapidement ses blessures, la brûlure rougit sous ses bras croisés. Et il voulait dormir sur le plancher avec une telle plaie ? Bien évidemment, elle imagina pousser sur les planches l’épais édredon de plume qui recouvrait le matelas, céder tous les oreillers pour soutenir sa nuque sûrement endolorie. De cette façon, le sol serait sûrement plus acceptable.

En même temps, imaginer la blessure au milieu de la poussière empêchait les mots de franchir ses lèvres. Il méritait un matelas moelleux autant qu’elle, si ce n’était plus. Son regard abyssal et grave lui indiquait que cette fois-ci, la négociation était hors de question. Et même si elle l’avait voulu, elle n’aurait sûrement pas su trouver les mots justes pour convaincre le marin. La réponse était simple : le partage était le meilleur compromis.

« Nous pouvons partager le lit. » Elle avait murmuré ces mots dans le silence de la pièce, à moitié camouflé par le crépitement d’une flamme. Sa voix brisa le silence, fut-il un éclair ou un filet de pluie claire.

Il y eut quelque chose de brûlant dans son regard, une fulgurance infime mais électrique qui s’effaça en un battement de cil. La lumière des bougies dessinaient les traits de son visage, de ses hanches. Une fois la phrase tombée, ses yeux sombres plongèrent de nouveau dans les ténèbres du silence. La réalité était qu’elle se surprenait elle-même à concéder la présence du marin entre les draps avec elle. Mais la folie de cette journée avait la vertu d’atténuer la gravité de toute chose, et la tournure des choses avait ravivé cet étrange besoin de proximité que suscitait le lupin. Et à par les leurs, il n’y avait pas d’yeux pour les observer. Alors, à quoi bon se battre pour ses principes ? Ils étaient tous les deux roués de fatigue...  Et de sentiments, si variés soient-ils. Dormir n’était certainement pas un crime, se répéta-t-elle. S’allongeant sur le côté, elle savoura longuement la sensation moelleuse du matelas sous son flanc, du coussin sous son visage, ses cheveux la couvrant comme une énième couverture. Une fois qu’elle sentit la pression sur la place adjacente, elle ouvrit de nouveau les yeux, espérant l’obscurité. C’était étrangement réconfortant de le sentir en face d’elle, alors qu’elle percevait les vagues de chaleur qu’émettait son corps abîmé. Soufflant calmement, elle ne parvenait pourtant pas à ralentir son cœur.


« - Bonne nuit Fenris... » Souffla-t-elle doucement. Elle s’abandonna à la pénombre, au silence et à l’œil unique qui lui faisait face.
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