Le calme après la tempète - Page 2



 
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 Le calme après la tempète

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::  Haute-Prêtresse de Kesha ::

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Othello Lehoia

MessageSujet: Re: Le calme après la tempète   Jeu 13 Juil - 15:16


Comme elle l’avait anticipé, Duscisio avait une mine sombre, triste, sa peau particulièrement pâle semblant vide de lumière. Il ne sembla pas réagir à son approche, resta de marbre là où il se trouvait, l’œil pensif, l’esprit sûrement ailleurs. Il n’avait vraiment pas l’air bien, et même Othello, dont l’empathie était loin d’être son fort, pouvait le sentir de son coin de la pièce, tacite et silencieuse. Avant même qu’il ne lui adresse la parole, elle avait déjà deviné le moindre de ses mots, et cilla, reconnaissant que le débat s’achèverait bien avant de commencer. Il n’y aurait pas grand-chose à dire, au fond : la chose était déjà discutée depuis longtemps, trop longtemps pour dire non. Et puis, elle le connaissait bien maintenant : l’herboriste ne pourrait jamais revenir sur une de ses décisions, son honneur et son respect pour ceux qu’il voulait aider le lui interdirait.

Quand finalement il évoqua les faits, elle acquiesça en silence. Penaude, elle chercha son regard, essayant de toiser son état, mais il ne releva jamais les yeux de l’épée qu’il tenait fermement. Aux méandres de sa voix, elle devina néanmoins un regret, une profonde mélancolie, sinon une profonde tristesse. Mais face à ce pénible spectacle, la sirène se découvrit inerte, incapable de trouver les mots justes, les gestes pour apaiser son ami, et se retrouva défaite à son tour, laissant tomber ses bras sur le côté.
Il n’y avait rien qu’elle puisse faire pour ralentir la machine, ce cheval qui était déjà parti loin devant, au galop. Tirer sur la bride ne le ferait pas ralentir, plus rien ne le pouvait. Duscisio allait partir le lendemain, c’était un fait qu’elle ne pouvait que digérer. « Et vos patients ? » Voulut-elle dire. Mais elle savait bien qu’ils devraient faire sans lui, qu’il n’y avait d’autres choix.

Cependant, et avant qu’il ne parle de nouveau, il y eut quelque chose qui passa dans sa prunelle et qu’elle ne put tout à fait identifier. Une vague, une lame de fond, une déferlante invisible et destructrice qui balaya un temps la tristesse pour laisser sur son passage des doutes, des regrets. Quelque chose d’indicible mais d’existant, des scrupules connus par Duscisio seul. Il y avait quelque chose qu’il ne lui disait pas, quelque chose qu’il gardait jalousement pour lui – de peur de la blesser ? Un secret trop sombre pour être avouable ? Othello dansait autour de ce nuage de vapeur sans pouvoir en dessiner ne serait-ce que les contours. Mais la vague emporta avec elle l’écume des sentiments, et ses traits murent de nouveau pour lui opposer une mine triste et déconfite.

La sirène ne fut pas surprise par son vœu. Elle avait d’ors et déjà la clef du lieu, ses marques, ses habitudes, connaissait déjà l’emplacement des petites choses dans les placards et appartement, de chaque grincement sur le plancher, de chaque murmure du vent dans les combles. Il l’avait choisi pour être la gardienne de sa demeure, et elle accomplirait sa tâche, sans savoir si elle le faisait avec honneur ou l’amère impression de veiller une coquille dépossédée de son essence. Et, sans grande surprise, il lui laissa libre accès à tout le savoir, les possibilités qu’offrait le lieu pour une artisante comme elle. Le jour où elle pourrait lui rendre la pareille, elle se promit de le couvrir de cadeaux, de lui offrir le savoir d’une vie. Mais l’heure n’était pas aux rêves, une gravité lourde et irrespirable, suffocante, empestait l’air qu’ils respiraient, les faisait s’étouffer de non-dits, de secrets. Il était si épais que sa poitrine lui faisait mal, que dans la cage de ses côtes, ses poumons se tordaient douloureusement, comme si les petites poches de chair allaient exploser.
Et pourtant, elle restait figée, incapable de dire quoique ce soit, se sentant piégée dans des filets impalpables contre lesquels elle ne pouvait pas lutter. L’herboriste était comme un être inatteignable, contraint par un pacte que l’on ne pouvait pas défaire.

Silencieusement, elle le vit poser ses affaires, lui indiquer la cuisine où l’attendait un repas, avant de repartir droit vers la salle de bain avec son eau chaude, sûrement pour prendre un bain. Mais quelque chose clochait, un morceau de la peinture n’était pas achevé. Cela faisait longtemps qu’ils se connaissaient, suffisamment pour qu’Othello reconnaisse quand l’herboriste lui offrait un pieux mensonge pour ne pas l’inquiéter, ce qui en réalité ne faisait que l’inverse. Sentant une force flamboyante naître en elle, elle se sentit naître le besoin de le suivre et de lui demander des explications, mais à la place, elle se ravisa, se contentant de le regarder disparaître dans les couloirs. Il avait besoin d’être seul, et le mieux qu’elle puisse faire était de lui offrir ces quelques instants avec lui-même, pour qu’il puisse se reposer un peu. Docile, elle alla dans la cuisine, silencieusement, seulement suivie par sa cape capillaire qui flottait, éthérée, derrière elle, comme un voile spectrale et lunaire.

En retrouvant une assiette soigneusement posée sur la table, elle reconnue bien là la bienveillance de l’herboriste. Il avait trouvé le temps de lui offrir un bon repas, même dans un jour comme celui-ci. Brusquement, comme si elle était prise de méfiance, ses yeux balayèrent la pièce, doucement, à la recherche du détail qui validerait sa douloureuse prémonition. Aucune trace d’une assiette pour lui, d’un couvert usé, ne serait-ce que d’un plus grand plat... Il n’avait rien dû manger.
L’air devenait si irrespirable qu’elle se demandait comment elle pouvait encore respirer. Duscisio devait ployer sous le poids de ses sentiments, et se laisser aller à la peur, sentiment contre lequel la sirène s’insurgeait, et refusait de lui abandonner son ami. Il pouvait tout à fait ce battre, revenir indemne de ce voyage, ce n’étaient que quelque mois à passer, peut-être difficiles, mais supportables.

Avant toute chose, elle souhaita faire honneur aux efforts de l’albinos, et mangea un peu du plat qu’il lui avait préparé sans grande conviction, mais en faisant attention d’en savourer le maximum. Mais son esprit était ailleurs. Un fois qu’elle eut atteint la moitié, elle repoussa l’assiette, et prit sur elle de préparer une large théière dont elle sélectionna tout particulièrement infusion : de la camomille, de la passiflore, et quelques morceaux d’écorces d’aubépine. Parfait pour apaiser les tensions et contenir les inquiétudes d’un voyage à venir. Prenant son temps pour bien faire, elle mit sur un plateau deux tasses ainsi que le contenant de son thé, et patienta, finissant au passage son assiette. Si il s’était ainsi retranché, c’est qu’il devait avoir besoin de solitude, de prendre ce temps pour lui, pour se reposer. Elle se devait de le lui accorder, au moins jusqu’à ce que...
Estimant enfin que les secondes s’étaient assez égrainées, elle se mit en marche, chassant d’un revers de main des scrupules entêtants. Prenant son plateau entre ses mains, la sirène ondula doucement jusqu’à la salle de bain, un spectre iridescent, semblant glisser sur du verre. Arriver à hauteur de la porte, elle se tu un instant, soupira. Et finalement, se lança :

« - Duscisio ?... » Cherchant ou non une réponse, elle poursuivit. « J’ai fait du thé, nous pouvons le boire ensembles si vous le souhaitez. » Même si elle ne le dit pas oralement, elle aurait été heureuse qu’ils profitent de cette dernière soirée pour passer un peu de temps ensembles, et pourquoi pas discuter de son périple à venir.
Comme si son cœur sauta brusquement un battement, ses lèvres semblèrent se figer, se serrer, se réfugier dans un mutisme douloureux. L’ombre d’un instant, elle songea à l’orage qu’elle avait vu dans son regard... Il fallait qu’elle sache.


« -Je n’essayerai pas de vous retenir, mais je sens qu’il y a quelque chose que vous ne me dites pas. Il y a-t-il quelque chose que vous me cachez sur ce voyage ? » Si elle avait pu, elle serait rentrée, mais la décence et la pudeur la retenait par le bras.  Si il s’était retranché ainsi, ce n’était pas pour que la première furie ne vienne le déranger pendant son bain, et surtout pas dans un moment pareille.


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Duscisio Balibe

MessageSujet: Re: Le calme après la tempète   Mar 18 Juil - 10:12

Bercer dans une illusion de fin imminente, la salle de bain semblait à se baigner d'une voile sombre qui recouvrait les murs et les meubles pour ne laisser qu'un néant aussi ténébreux que son esprit.
Ses yeux toujours tourné vers ses poignets, de sinistres pensées l'envahirent. Tel était sa destination finale, le néant était la plus belle représentation du but de ce voyage qui le guette déjà à l'annonce de son départ.
Ses visions et ses cauchemars font partie d'un quotidien qu'il avait oublié en présence de la sirène, car elle lui apportait le réconfort et la présence dont il avait besoin, sauf aujourd'hui.
Comment allait-il pouvoir supporter de se séparer de cette maison, de cette vie, de cette femme aussi soudainement ? Ne se berçant pas d'illusion, il sait parfaitement ce qu'il en résulte de jouer avec les dieux.

Ouvrant la main donc il observait le poignet, un petit nuage de poussière noire, invisible avec le fond de sa vision, tournait autour de ses doigts. Même s'il ne possédait pas son épée à ses côtés, celle-ci vint lentement apparaître dans sa main. Une taille réduite de son épée, sous forme d'un petit couteau à lancer tenant dans la paume.
Que pouvait-il en fait ? L'observer simplement ? L'utiliser ?
Sûrement pas.
La pensée contradictoire de vouloir mourir plutôt que de se séparer d'elle était une absurdité.
S'il en venait à y mettre fin, ça serait une propre contradiction avec ses propres buts et principes : Rester en vie, pour en sauver des centaines d'autres.

L'observer, cette épée qu'il connaissait par cœur dans ses moindres détails. Ce qui lui permet aux fils du temps de la reproduire sans l'avoir en sa possession.
Quel étrange magie.
Aussi longtemps qu'il s'en souvienne, il a toujours su l'utiliser. Mais il maudissait indirectement cette épée. Une arme crée pour semer la mort dont il s'en servait pour se protéger de celle-ci. À l'instant, il y avait pas réellement d'autres solutions, il devait tirer tout ceci au clair afin de pouvoir avancer, mais ses prédictions même sont contre lui à cause de la dangerosité de son acte.

Dans ce monde, il y avait rien qui puisse le sauver, jusqu'à qu'il l'entende, elle.
La seule personne qui contait vraiment pour lui pour toutes les choses indirects qu'elle lui fournissait. De la compassion, une présence, un visage radieux, une aide précieuse.
Gardant le silence, elle proposa un thé, mais il ne répondit toujours pas.

Sa longue hésitation vint à venir ce qu'elle pensait réellement. Elle avait senti que quelque chose n'avait pas été dit. Toujours dans son bain, il cherchais une formule. N'importe quoi pour éviter de la faire entrer ou réagir violemment.
Le voyage consistait à traverser le condamnant vers l'ouest, puis vers le sud, quitter la personne qu'il accompagne après avoir trouvé un artefact et se diriger vers le temple de Kron pour y affronter ce prêtre sadique et ses mots tortueux. Après ceci, il y avait plus aucun projet. Celui du retour était compromis. C'est ce qui le rendait si sombre. Quelle était la meilleure formule ? Quelle était la meilleure phrase à utiliser ?
Immobile à se torturer une fois de plus l'esprit pour trouver les mots juste, la vérité semblait la seule chose à révéler.

Je...

Laissant glisser la lame sur sa peau sans aggraver la coupure son regard vide continuait d'observer les perles écarlates couler à petite goûte dans son bain, avant d'immerger complètement sa main et laissant couler la minuscule épée dans l'eau avant qu'elle ne disparaisse. Détournant ses yeux de la porte comme si elle regardait au travers.

Je ne reviendrai pas vivant de ce voyage.


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Merci Othello pour le Kit

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