De royauté et de foi

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 De royauté et de foi

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Othello Lehoia
MessageSujet: De royauté et de foi   Mer 23 Nov - 13:23

Un craquement sinistre envahit la chambre encore tamisé par un rideau de lin, laissant la lumière grisâtre de l’extérieur pénétrer dans la pièce avec tristesse. Par moment, une averse frappait contre les carreaux de verre avant de s’évanouir. Le silence revenait alors s’installer, déranger seulement par le battement lent et régulier d’une brosse à cheveux qui s’acharnait au travail pour dompter une crinière blanche et opaline qui n’en cessait d’être, et qui semblait ne jamais s’arrêter.
Cela faisait une petite demi-heure que la prêtresse Zella et l’infante de Kesha s’étaient retranchées dans le petit boudoir, loin des yeux des autres prieurs qui attendaient au rez-de-chaussée de l’auberge de pèlerins qui servait de quartier général de fortune à la délégation de la déesse.  Son regard sombre perdu sur le miroir, Othello regardait à peine son reflet se transformer sous les mains habiles de la petite sœur. Celle-ci était bien moins âgée qu’elle, elle ne devait avoir que dix-sept ou dix-huit ans, une tignasse de lion blonde, et de jolies taches de rousseur parsemées sous ses yeux noisettes. Les deux femmes étaient tranchantes de différentes : l’une encensait la joie elle-même, tandis que l’autre, absente et impassible, restait illisible pour le commun du monde.

Arrivés la veille, toute la délégation s’était levée aux aurores, dans un silence religieux, avaient priés ensembles, avant de commencer à se préparer. Très vite, l’émoi et l’excitation avait pris le pas sur la rigueur et le sérieux, et c’est avec un sourire brûlant aux lèvres que les petites prêtresses choisissaient de belles robes, et que les gélovigiens s’arboraient dans le miroir avec un œil brillant. Othello était bien loin de tout cela, et oscillait entre lassitude et patience, contrainte à la présence perpétuelle d’un ou deux prieurs, et à l’assistance de deux prêtresses pour préparer son apparat. Ses yeux d’ébène balayaient parfois la salle, alors que ses lèvres restaient enfermées dans un mutisme mystérieux qui laissait parfois ses interlocuteurs en déroute. Ils la prièrent tous de ses préparer plus vite, que ce n’était pas ainsi que l’on mettait une robe hespérianne, et de si belle facture ! Il faudrait faire les cheveux différemment... Allez donc avec Zella, elle va vous coiffer ! Docile comme une enfant, Othello était monté avec son pas d’oiseau jusque dans la pièce pour retrouver la demoiselle, brosse et peigne à la main.

« - Eh voilà, Dame Lehoia ! Prête pour la cérémonie. »S'exclama Zella joyeusement, brisant les conventions avec un sourire ravageur

La sirène eut du mal à se reconnaître dans le miroir, et eut jusqu’à son départ l’impression de dévisager une inconnue : on avait recouvert son corps fragile et doux d’une longue robe aussi immaculée qu’un tapis de neige frais des montagnes du nord. Un tour de cour de soi et de flanelle retenait un tombé majestueux, laissant ses épaules pâles et graciles à la vue de tous, jusqu’à de longues manches qui tombaient jusqu’à ses mains, entourées de voiles amples. On avait retenu le tombé à sa taille grâce à une belle ceinture ornée d’argent et d’ivoire, qui soulignait sa taille marquée, et laissait imaginer quelques formes qu’elle ne pensait pas avoir. Le long drapé tombait ensuite jusqu’à largement plus loin que ses pieds, et était assisté d’une ou deux couches supplémentaires, créant une ampleur du plus bel effet. Elle distingua çà et là de discrètes broderies d’oiseaux et de fleurs, fêtes en perles de verres si discrètes et raffinées qu’il fallait cligner des yeux pour les voir.

Sa nuque dégageait un fort parfum qu’elle ne reconnaissait pas, tant qu’il était loin de son odeur d’iode et de plante qu’elle diffusait naturellement. Là, elle imprégnait la pièce de senteurs de jasmins et de fleur, laissant derrière elle une vapeur plus lourde qu’une traîne. Si son visage n’avait pas été maquillé outre mesure hormis un peu de bleu sur ses yeux – la haute-prêtresse n’appréciant pas particulièrement les effusions cosmétiques,  ses cheveux avaient été magnifiés en deux tresses épaisses et élégantes, naissant de sa tête et tombant en d’épaisses cordes blanches jusqu’à ses genoux, achevées par deux anneaux légers  faits d’un métal gris, et ornés de gravures. On pouvait voir quelques boucles rebelles essayer de s’échapper du troupeau pour retrouver leur liberté capillaire, en vain. Finalement, un diadème discret mais raffiné avait pris place dans sa chevelure, presque mangé par le volume de celle-ci, mais apportant à sa stature une touche d’élégance féminine qu’Othello dévisagea encore plus.

Il lui semblait être nez à nez avec une princesse ou une noble. La vision était si différente de ce qu’elle était d’habitude, les cheveux dénoués, les robes simples couvertes d’un tablier de chambre pour soigner les blessés, le corps fin semblant vouloir se briser à chaque contrainte. Cette autre elle lui donna des frissons, et elle se retourna vers Zella qui s’extasia devant sa création. L’ondine, elle, trouva la robe trop lourde pour se déplacer, et ses nattes posées sur ses épaules lui semblaient peser son poids. Une question la taraudait, néanmoins. Avec toutes les averses, ne finirait-elle pas par avoir une tenue maculée de boue ? Son visage de porcelaine, aussi impassible que celui d’une poupée, remerciant poliment la jeune fille, et Othello se leva pour retrouver les autres. Toutes ces frasques pour une cérémonie... Mais si ce n’était que cela. La sirène réprima un sourire angoissé. On ne rencontre pas le roi tous les jours, après tout.


Un grand parapluie blanc avait été déployé au-dessus de sa tête, alors que le cortège marchait en silence jusqu’à la place royale, ébranlée par la chute du monstre blanc, quelques semaines plus tôt. Othello avançait en rythme, protégée, au centre de la délégation « pour plus de sécurité, Dame Lehoia. ». Elle avait quand même obtenu que Drasha et Jehyel, ses deux félins, la suivent docilement, tenant les pèlerins trop oppressants à une distance respectable. Les prieurs qui l’entouraient étaient tous de fameux magiciens, et elle restait reconnaissante de leurs attentions pour elle. Mais elle reconnaissait simplement qu’ils faisaient tous une bonne tête de plus qu’elle, et qu’il lui était impossible de voir plus loin que leur dos. Acceptant son sort avec docilité, elle se laissa guider, marchant d’un pas aérien mais las en rythme, sentant à chaque pas les pavés polis et humides, ses laissant bercés par les bruits apaisants de la pluie. Piégée dans cette cage humaine, on aurait dit une colombe, prise à sa liberté, irradiant de pureté et de candeur.

Quand brusquement, le cortège s’arrêta, la nymphe pâle fut prise de court et manqua de bousculer son garde devant elle. Levant les yeux, elle entendit simplement ce qu’un prieur lui souffla discrètement dans son oreille marine aux courbes aquatiques. Des gardes entouraient la place, ne laissant passer que les acteurs de la cérémonie pour le moment. Une fois que tous serait en place, le peuple pourrait se joindre à eux, et la messe pourrait commencer. La jeune femme acquiesça en silence. Le roi devait déjà être sur place, ainsi que de nombreux bras armés, et quelques dignitaires. Cela serait sûrement le cas, bien qu’elle n’ait pas été mise au courant de ce genre de détails. Pour être plus honnête, elle ne souhaitait s’encombrer l’esprit de ce type d’information, préférant garder les idées claires jusqu’à la fin, la prière, où elle pourrait entrer en communion avec l’Esprit et s’embraser se nouveau. Othello n’était pas encore accoutumée à cette pratique, et se laissait souvent guidée par les souvenirs d’Irina, qui excellait dans l’art d’animer une cérémonie. Le seul instant où elle s’abandonnait était dans la prière.
Autour d’eux, l’air était moite, et alourdi par un sentiment dur et grave de deuil, une tristesse palpable qui rongeait la place meurtrie. Soudain, le cortège s’ouvrit en deux dans un geste calculé, et elle se retrouva esseulée, une perle sortant de son huitre pour se retrouver face à la cicatrice béante et supputant de boue. Là, devant ses yeux, le tombeau du colosse, ce cratère immense qui s’étalait de plusieurs mètres, luisant d’argile, et qui avait vu la bête s’éteindre. Elle serra le poing, mais resta inébranlable, son faciès de poupée battant doucement de ses cils blancs. C’est alors qu’elle leva les yeux, et qu’elle le découvrit dans une splendeur palpable, et une royauté transparente : là, au-dessus du cratère, le roi se tenait face à elle.

Une averse naquit de nouveau, et bientôt, la place toute entière était tapissée de pluie.
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Thimothée Mannus
MessageSujet: Re: De royauté et de foi   Mer 11 Jan - 12:02

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Le matin était encore jeune, dans les chaumières la vie naissait à peine sous les premiers bruits du révei. L’origine du désastre et des perturbations actuelles peinait encore à quitter tous les esprits, mais déjà, comme une forme de volonté commune inaltérable, la vie quotidienne avait repris le dessus. C’était notamment le cas dans l’hôtel particulier qui accueillait le roi et sa maisonnée en attendant que le palais se fasse entièrement sûr de nouveau. Mille et uns mains s’affairaient dans un concert incessant de bavardages dont les sujets se faisaient aussi divers que les interlocuteurs. Qui discutait du temps à venir, d’autres de la cérémonie, certaines, plus prosaïques s’intéressées plutôt à la tenue qui allait permettre à la cour de découvrir officiellement la prêtresse de Kesha qui officierait. Si loin dans le sud, les rumeurs sur les dames du nord allaient bon train, supposant que le Grand Temple se trouvait une réunion des plus belles beautés du continent au service de la Mère de Tous.

Au sein de cette foule bruissante de gardes en faction, soldats, serviteurs et autres domestiques, deux figures silencieuses tenaient lieu de point d’équilibre de l’ensemble. Le roi, déjà levé et apprêté par les domestiques de la Chambrée ainsi que son éternelle ombre étincelante, La Tour, observant les environs depuis son heaume clos sans que quiconque ne puisse observer grand chose de lui en retour. Chacun allait à son train, vaquant, discutant, esquivant les autres. La cérémonie ne devait se dérouler que dans un couple d’heures, mais déjà l’excitation ambiante se faisait palpable.

Monseigneur ! Au terme de la cérémonie le conseil aimerait se réunir pour discuter de votre projet. L’approbation n’est toujours pas générale et-…

Interrompu par un geste de la main royale, le grand intendant baissa la tête pour saisir la parole de son monarque. Sans l’aide des magiciens royaux, le souverain aurait en effet dû hausser la voix pour se faire entendre au sein même de sa maisonnée avec le brouhaha ambiant et il ne semblait pas supposer consentir à tel effort.

En ce jour saint de recueillement le roi appartient à son peuple avant d’appartenir à l’état. Si le conseil refuse de nous soutenir alors nous changerons de conseil.

Certes monseigneur, les épreuves vous ont apporté le soutien de la population, mais tous parmi la noblesse n’acceptent pas encore votre menace à leur po-… Bien votre altesse, nous en discuterons plus tard.

Visiblement las de voir revenir sempiternellement les mêmes sujets d’inquiétudes, le souverain avait interrompu son plus proche serviteur d’un nouveau geste de la main avant de se lever.

Nous serons dans la petite bibliothèque le temps que les choses progressent.

Sans attendre de réponse, ni de signal de suivi de la part de son escorte, le seigneur d’Hespéria quitta le salon qui l’avait accueilli depuis le réveil et où les cuisiniers avaient tentés de combattre l’absence d’embonpoint royal pour se diriger vers une pièce à l’écart du reste de l’hôtel. Construit dans un petit bâtiment attenant, les murs épais consolidés de bibliothèques parvenaient avec peine à étouffer la rumeur bruissante de l’activité humaine. C’est là, que les yeux cernés le monarque se laissa choir un instant dans un fauteuil, le visage soutenus par ses longs doigts.

La nuit n’avait pas été de tout repos, de nouveau son sommeil s’était trouvé le sujet de messages et le monarque s’était réveillé une nouvelle fois, la main serrée autour de la chevalière royale dont laquelle émanait une chaleur oppressante…

***


Monseigneur … ?

Ouvrant les yeux, le monarque découvrit un chevalier du dernier cercle lui faisant face. Il n’avait pas entendu son intrusion dans la pièce et supposa sans mal que son bref repos avait été plus long qu’il ne l’avait supposé. Hochant du chef, il se releva avec raideur, sentant chaque muscle tiraillé par la fatigue, maudissant par avance l’état dans lequel il se trouverait au soi.

Il est l’heure, inutile de faire patienter le peuple, nous ne sommes pas un duc en manque de prestige…

Sur cette pique à peine déguisée destinée aux membres les plus avides de sa cour, le monarque emboîta le pas à ce qui se révéla dès la porte de la bibliothèque passée, une véritable escorte réglementaire du prestigieux bataillon.

Le trajet en carrosse, bien que court, n’en fut néanmoins pas moins ralenti par la présence en masse de la foule qui s’était rassemblée sur l’événement. Chaque mine levée avec espoir que le monarque pouvait apercevoir à travers les rideaux de sa voiture se trouvait alors une confirmation de ses rêves, pour celui qui souhaitait gouverner, ce n’est pas avec l’appui des puissants qu’il devait composer, mais celui de ceux qui tenaient les espoirs et croyances de son peuple au creux de leurs mains, sous son règne la spiritualité retrouverait le chemin de la capitale…

***


La griffe sinistre et pâle du monarque se serra brièvement en découvrant de nouveau l’état de la place, accordant un bref regard à son garde du corps. Il aurait dû être récompensé à l’aune des autres héros de la bataille contre le colosse pour avoir tenu le terrain face à cette créature aux dimensions cyclopéenne, mais hélas sa participation s’était fait trop discrète, les coulisses ne donnaient pas naissances aux héros, seulement les coups d’éclats et ce sera un sergent braillards plutôt qu’un chevalier silencieux qui se trouvera acclamé d’ici quelques semaines…

Hôchant du chef à son adresse, le monarque quitta ensuite le refuge de l’habitacle de son véhicule pour aspirer une brève bouffée de cet air si particulier. Il pouvait sentir la tension l’air, celle qui animait tout un chacun, mais également celle, divine, qui précédait aux mouvements du ciel. A son doigt, sa chevalière se réchauffa légèrement comme pour lui donner raison avant de retrouver son froid métallique.

Mais le symbole du pouvoir magique du monarque ne connut pas le calme longtemps, alors que l’escorte royale progressait lentement en direction du siège du rituel, les premières gouttes de larmes célestes vinrent balayer les environs. Aussitôt le bijoux se réchauffa à la volonté du monarque alors qu’un voile invisible en arc cercle venait protéger le chef royal.

L’arrivée de la pluie semblait en effet vouloir coincider avec sa première rencontre avec celle qui se ferait visiblement son partenaire dans sa future lutte pour la restauration d’une Eridania unifiée et purifiée. A la limite du nâcre, la demoiselle, le surprenant par son apparente jeunesse, semblait vouloir se faire une personnification de la grâce et de la pureté attendue des prêtresses de la Mère, elle changeait en celà beaucoup de l’idée qu’il s’en était fait après avoir rencontré la duchesse Dranis dont la chevelure et le caractère semblait vouloir supposer une femme d’action mal à la l’aise dans une robe.

S’approchant à pas lent, les gouttes d’eau créant une arche liquide au-dessus de sa tête en s’écrasant sur son bouclier, il fut le premier à faire une génuflexion face à son interlocutrice, rapidement suivi dans son exemple par son escorte et enfin par le peuple amassé autour de la place.

Madame, le peuple d’Eridania s’incline devant la bonté de Kesha.



Merci à Asnaell pour ce kit magnifique !!
Thème Royal


Parôle ~ #ff6633
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: De royauté et de foi   Ven 20 Jan - 19:15

Une goutte tomba sur son front, ruissela jusqu’au bout de son nez pour tomber sur le coin de ses lèvres. La moiteur ambiante pesait sur son souffle, opaque et brumeux, qui sombrait dans l’évanescence dès qu’il s’échappait de sa bouche. Rapidement, elle sentit ses épaules devenir luisantes, et sa robe se clairsemait de taches sombres. De gros nuages, épais et cotonneux, se poussaient chaotiquement dans le ciel bas et ombrageux. La pluie ne l’avait jamais gênée, au contraire, sa nature hybride faisait qu’elle appréciait plus que de nature son contact. Mais Othello n’en avait guère conscience : elle observait silencieusement la figure royale venir à elle, faisant fi de la distance en quelques pas. Il y avait dans sa démarche quelque chose de volontaire, imposant, une présence magnétique qu’elle mit sur le compte de son titre. De là où elle se tenait, elle ne pouvait distinguer entre les gouttes que ses yeux perçants d’une couleur profonde, d’un ébène vibrant, et une mâchoire marquée qui dessinait bien les prémices du visage du monarque.

Finalement, ce ne fut que quand il arriva à sa hauteur qu’elle se rendit compte qu’une force magique protégeait le souverain de l’averse, formant un bouclier invisible au-dessus de son chef. Absente, elle se perdit quelques instants sur cette vision étonnante, regardant doucement les gouttes s’écraser et s’échouer sur ce mur omnipotent, avant de s’écouler tristement sur sa paroi pour finalement tomber sur le pavé. La barrière devait être l’œuvre du roi, certainement un de ses pouvoirs, à moins que ce ne fut l’œuvre d’un magicien de sa suite. En retrouvant ses esprits, elle regarda légèrement par-delà son épaule sans distinguer aucun mage à l’œuvre, devinant alors que le monarque usait de son pouvoir pour rester au sec. C’est une merveilleuse habilité, se dit-elle. Baissant une seconde le regard, elle finit par le redresser brusquement vers les prunelles sombres, dessinant cette-fois ci tous les contours, les détails de ce visage royal.
En arrivant à Hespéria, elle n’avait que peu entendu parler du souverain. Que quelques mots, quelques phrases sur son caractère, sa force et son autorité, quelques rumeurs sur un passé sulfureux, rien de plus que des bruits de couloir auxquels elle n’accordait pas beaucoup d’attention. Aussi se présentait-elle devant lui dans la plus grande neutralité, sans écouter les aprioris ni plier le dos aux clichés. Les yeux sombres du roi tranchaient sur le ciel grisâtre, comme ses cheveux habilement taillés d’une couleur d’écorce profonde et irisé, semblable au noyer. Si sa peau oscillait entre le pâle et le basané, entre le crème et le sable, elle trahissait l’approche certaine de la trentaine, et lui conférait la force d’un âge de raison et de sagesse. Son menton téméraire bravait un nez droit, des lèvres pâles. Si il ne manquait pas de charme et de charisme, Othello se surprit à trouver qu’il y avait quelque chose en ce visage d’absent, une lueur joviale, heureuse qui ne brillait pas en ce regard très formel. Mais elle n’était personne pour s’autoriser de telles pensées.

Soudain, la jeune femme s’immobilisa, figée, réalisant sa situation. Trempée, elle se tenait devant un roi, tous deux balayés par l’averse : deux mondes se confrontant pour se réunir dans un but commun. Mais que dire, que faire dans une telle situation ? Elle resta impassible, incapable de segmenter ses pensées pour trouver les mots justes à adresser à un monarque, elle qui venait juste de devenir Haute-Prêtresse. Etrangement, sa délégation devait croire que les règles de l’étiquette coulaient tout naturellement dans ses veines, ou qu’elle avait un sens inné de la diplomatie qui les avait dispensés de toutes explications. Devait-elle s’agenouiller ? Embrasser sa chevalière, ses mains ? Pouvait-elle au moins le regarder dans les yeux comme elle le faisait ? Son esprit tempêta de questions, mais elle ne bougea pas pour autant. Ses grands yeux noirs ne quittaient pas ceux du monarque, alors qu’elle se laissait bercer par les bras de la pluie. Finalement, et à sa grande surprise, c’est Timothée qui entreprit de la saluer le premier, avec un respect palpable qui la laissa muette de surprise. Il plia le genou, et s’agenouilla devant elle, bientôt suivit par tous les hommes derrières lui, et, finalement, par sa propre délégation qui avait choisit – très justement – d’imiter le pouvoir en place en s’agenouillant à son tour.

Au milieu de cette place, Othello se retrouva seule debout, perdue, centre de tant d’attention qu’elle ne sut qu’en faire. Ses oreilles marines se dressèrent avec alerte alors qu’elle se figea de surprise. Elle ne savait même pas si elle le méritait... Balayant des yeux tous les sommets de ces crânes qui défilaient, immobiles, devant elle, elle trouva rapidement les yeux perçants de ses deux félins, le tigre stoïque, et le léopard blanc, l’air nerveux, qui se demandaient comme elle ce qu’il se passait. Ne sachant que faire en retour, la jeune femme finit par déposer à son tour un genou à terre, déposant délicatement une main sur l’épaule royale. Ce serait peut-être perçu comme une agression, mais elle n’en avait ni la conscience ni l’intention. Elle attendit simplement de capter de nouveau ce visage, avant de redresser cet homme avec humilité.


« - Votre altesse, vous ne devriez pas vous agenouiller ainsi devant moi, car il faudrait alors que je ploie avec vous devant notre Sainte Mère. Et c’est devant vous que je me dois de ployer. » Joignant le geste à la parole, elle s’agenouilla à son tour, s’abaissant le plus bas qu’elle put. L’odeur humide et chargée de terre, de boue des pavés vint lui enivrer les narines, comme une entêtante vapeur, et lui fit dire qu’elle était à bonne distance du sol pour exprimer tout son respect. Elle avait habilement fait glisser ses tresses infinies dans son dos de façon à ce qu’elles ne touchent pas le sol.

Un bruit de pas catastrophé retentit alors dans son dos, et elle sentit brutalement que la sensation de gouttes sur son crâne avait cessé, et qu’un concert d’impact avait pris sa place. Quand elle leva ses yeux, elle remarqua le pèlerin qui tenait le parapluie, tête baissé, et yeux clos, la poitrine se gonflant dans un rythme chaotique. Il avait dut réaliser son oubli et s’était empressé de rattraper son erreur en couvrant la jeune femme avec un peu de retard. Si Othello ne lui en voulait pas, une expression paniquée ébranlait son visage. Quelque chose lui disait que le roi l’intriguait – ou l’effrayait – plus que de raison. Finalement, Othello se redressa, remerciant doucement le jeune pèlerin pour son aide, avant de se retourner vers le roi.


« - Vous me voyez honorée et reconnaissante d’avoir été conviée aujourd’hui, et je remercie votre altesse pour son attention. » Othello se perdait en mots et en pensées : elle avait l’impression que chaque parole pesait le poids d’une pierre, et pourtant ils s’envolaient comme des oiseaux du bout de ses lèvres jusqu’aux cieux pluvieux. Que dire ? «  Je souhaite adresser tout mon respect et toutes mes prières au peuple Eridannien, aux victimes comme aux soldats, et salue la bravoure et la force de toute cette cité qui sut lutter contre la bête blanche. » Finalement, elle roula les yeux vers le sol, et s’inclina légèrement, docile. « Vous me voyez à votre service, votre altesse, aujourd’hui, et tant que ma présence sera utile et bienveillante pour cette belle nation. »

La sirène s’aperçut qu’elle parlait beaucoup, peut-être n’était-ce pas permis. Les yeux fermés, elle se laissa enveloppée par les bruits de la pluie, ne bougeant plus. Ses cheveux dégageaient une odeur de mer et d’iode significative, trahissant ses affiliations à l’océan avec fragrance. Elle espérait secrètement en apprendre plus sur le déroulement de cette cérémonie, constatant que le roi était venu avec un certain nombre d’individus, et qu’on avait installé sur la place une sorte d’estrade, de promontoire qu’elle n’avait qu’entraperçut. Interdite, elle patienta, priant pour ne pas avoir commis d’impair.  
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