Le géant endormi



 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Le géant endormi

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
::  Haute-Prêtresse de Kesha ::

|| Informations ||
Fonction:
Pouvoirs, spécialités & Don:
Relations & Contacts:
avatar
:: Haute-Prêtresse de Kesha ::
Othello Lehoia

MessageSujet: Le géant endormi   Lun 15 Mai - 11:30

Encore dans son lit, la naïade s’étira longuement, réveillée par une lueur rouge qui passait derrière le rideau usé. La patte félin et mouchetée de la léopard ne tarda pas à effleurer sa joue avec une douceur surprenante, poussant la jeune femme assoupie à se retourner vers le félin. Ses yeux bleus trahirent une faim violente, si violente que la jeune femme n’eut d’autres choix que de se redresser, écartant ses mèches d’argent chaotiquement réparties, et retrouvant son équilibre sur le plancher grinçant. C’était l’aurore : la lumière rouge du premier soleil passait à travers les vitres avec une violente vigueur, et éclairait toute la maison en sommeil avec des couleurs safranées. Jehyel avait l’air en sang, tant le blanc de son pelage aspirait les rayons du matin. Elle gambada joyeusement jusqu’à la cuisine, alors que la sirène ralentie peinait à sortir de sa chambre. Baillant une dernière fois, elle attrapa une robe de chambre épaisse, et ouvrit la porte.
Le froid de Niveria s’était infiltré dans la maison : les fenêtres trahissaient une ruelle enneigée. Le changement de température la tira un peu de sa torpeur, bien qu’elle fût depuis longtemps accoutumée aux réveils dans le froid. Arrivant sur le palier, elle découvrit le corps lourd de Drasha, étalé, qui grommela lourdement à sa vue. Othello le gratifia d’une caresse entre les oreilles. Le tigre ouvrit alors un œil blasé, souleva sa masse, s’étira, et descendit les escaliers. La prêtresse sourit.

Une fois dans la cuisine, elle entreprit de nourrir les félins, sortant deux grosses pièces de viande d’une salière posée là, et constata une nouvelle fois l’ampleur des travaux qui l’attendait encore. La cuisine semblait si vaste, et si vide, avec les meubles rangés là sans grandes convictions. Avec de l’eau sur le feu, elle passa sa main sur le mur, sentant la peinture ancienne s’écailler sous ses doigts. Le croustillant des éclats colorés qui s’effritaient à chaque souffle de vent, ce souffle gorgé de senteur de ses réserves de plantes et du jardin. Elle avait commencé à entasser de quoi se remettre à l’herboristerie : un alambic, des pots remplis de plantes, d’algues, de fleurs à n’en plus voir le plafond, des petits pots de cactus, de vivaces qui prenaient la lumière à la fenêtre. Mais tout traîné dans un stagne chaotique : celui de la rénovation. Et dans tout cela, Othello jubilait. Cette aventure qui avançait pas à pas, prenait forme comme un golem d’argile, lui donnait l’impression heureuse de donner la vie, pierre par pierre. Remettant la manche volage sur son épaule, elle se fit couler un thé, et repartit dans le hall. C’était là le temple de leur œuvre.

Ses pas sonnèrent comme le tonnerre dans cette cathédrale de silence. Des pots de peintures traînaient, ainsi que quelques pots sales d’argiles, des pinceaux et des outils. La danseuse de l’aube se laissa ambuler, virevoltant dans ses mèches rougies par les flammes du soleil, osant s’essayer à un état des lieux de ce qu’il restait à accomplir. Les premiers jours, elle avait retiré toute la poussière, les toiles d’araignées, soulevant sous ces amas de souvenirs de nouveaux problèmes. Un peu ailleurs, elle se retrouva guidée vers la porte d’entrée, la lourde porte en bois, s’attendant presque à ce qu’elle s’ouvre sur une crinière des cheveux blonds. Un instant, elle se demanda s’il allait passer aujourd’hui, sentant un petit pincement nouer sa gorge. Avec ses nouvelles charges, elle ne savait jamais quand elle aurait l’occasion de le recroiser. Rapidement, elle détourna ses pensées vers la tasse fumante et en avala quelques chaleureuses gorgées.
Le sol était fait. Mais les murs étaient pour beaucoup fissurés, et nus de peinture. Dans les chambres, elle avait jeté des tapis épais sur les planchers abîmés, et savait qu’il lui fallait sauter la cinquième marche de l’escalier : elle était vermoulue. Les combles étaient trouées, un sourire édentées de ses tuiles, et le jardin était encore à l’état de jungle épaisse. Mais les murs étaient solides et robustes, les fenêtres en excellente état, et le bois taillé toujours aussi beau. Il ne suffisait que d’un peu d’huile de coude, et la bâtisse serait comme neuve.

Les yeux de la naïade se perdaient dans les méandres d’une fenêtre quand Drasha vint frapper sa tête à son poignée. En réponse, elle enroula sa main sur la tête velu, prit une profonde inspiration, et s’imprégna d’un calme détaché. Il fallait se remettre au travail. Avalant quelques morceaux de pain, Othello repartit d’un pied plus dynamique. La maison sembla brusquement s’animer : le rouge de l’aurore brûlant se vit rapidement rejoint par de nouvelles lumières, plus vibrantes encore, et les vitres resplendirent dans l’or du matin. Alors que la sirène alla rapidement par la salle d’eau en parcourant les couloirs, elle passa devant toutes les choses qu’elle avait fait rapatrier de la Cimmeria, assistée par quelques consoeurs, et qu’elle avait laissé là en attendant de pouvoir les ranger. Ce n’était pas beaucoup de chose : quelques malles contenant des vêtements, des pots et ustensiles, des babioles diverses. Petit à petit, les nouvelles de sa venue en ville avait amené quelques généreux pèlerins à lui offrir quelques meubles : dépareillés, plus ou moins neufs, ils étaient disposés joyeusement çà et là dans un ordre un peu chaotique, mais trouvaient dans cette disposition un charme étrange et atypique.
Sur les commodes et les murs, des lanternes et des bougies à moitié consommés. Elle avait placé devant quelques fenêtres des grands voiles translucides qui tremblaient avec les courants d’air. Sur les bancs, les fauteuils se trouvaient des coussins moelleux. Dans la bibliothèque où le bois attendait, les livres s’empilaient dans les coins des murs, quand ils ne vomissaient pas des malles qui les abritaient. Tous ces gardiens silencieux veillaient sur la demeure, alors que les félins couraient sur le parquet vieillis, et qu’Othello rentrait dans sa baignoire rempli d’une eau à peine chauffée. Dehors, le jour se levait.

Quelques heures plus tard, elle se tenait debout sur un tabouret, une robe usée et tâchée de couleurs sur le dos. Ses cheveux étaient réunis en une épaisse queue de cheval qui tombait derrière elle dans une longue cascade qu’elle espérait à l’abri de la peinture. Un pinceau s’agitait au bout de ses doigts sur le mur de la chambre d’ami. Ses projets pour la journée étaient nuls : elle n’avait pas à aller prêcher, ni à se rendre au palais pour une quelconque mondanité. Et l’hôpital se passerait d’elle aujourd’hui : elle serait entièrement dédiée aux travaux. Une fois qu’elle aurait fini ce mur, elle travaillerait au jardin. Malgré la neige, la terre avait besoin d’être retournée si elle espérait en obtenir quoique ce soit. Si elle avait le temps, elle bêcherait.

Concentrée, elle essuya sa joue avec le rebord de sa main, laissant sur son passage une traînée ocre. Les félins devaient jouer dans la neige, elle avait laissé la porte du jardin ouverte alors que dans le salon, l’âtre de la cheminait ronronnait d’un bois crépitant. De temps à autres, elle regardait la fenêtre par-dessus son épaule, la ruelle, comme si elle allait surprendre une ombre s’hasardant dans le passage. Mais alors, elle se remettait au travail, recouvrant le mur fraîchement refait par une énième couche de peinture. De temps à autres, les combles craquaient, faisant résonné des grincements boisés dans toute la maison : petit à petit, le géant endormie recommençait à respirer.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Le géant endormi
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le parc et ses tâches de rousseur (Faith)
» Jawa endormi cherche à RP
» La lune s’attardait sur leurs corps endormis
» [Admin] Alexandre d'Artagnan
» ¤ Lieux juin/juillet : Les dragons de la cité ¤

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Istheria, le monde oublié :: Eridania, le pays aux mille culturesTitre :: Hesperia, la CapitaleTitre :: Le quartier résidentiel-
Sauter vers:  

(c) ISTHERIA, LE MONDE OUBLIE | Reproduction Interdite !