[MISSION] Between the cat and the devil

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• Prêtresses: 2
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• Nérozias: 3
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• Ascans: 2
• Marins de N.: 2
• Civils: 10

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 [MISSION] Between the cat and the devil

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Mäje
MessageSujet: [MISSION] Between the cat and the devil   Dim 18 Mar - 11:43

Un doigt après l’autre, Mäje abattait ses ongles dans un rythme un brin nerveux sur la table – pour ne pas dire complètement erratique. Bien cachée au fond de cette auberge un peu miteuse, la dame du désert faisait de son mieux pour rester discrète. Il fallait dire que ce n’était pas la tâche le plus dure, dans la mesure où l’établissement s’avérait particulièrement désert, et qu’à part sa tête chevelue, les autres clients se comptaient sur le doigt de la main.
On pouvait la croire en plein exercice de mémoires, à attendre comme ça dans le vide. Quelques goujats seraient bien tenter de vouloir la déranger, d’ailleurs, habillée dans sa longue robe noire en velours, agitant du bout des doigts sa longue tige noire au bout de laquelle se consumait une cigarette – déjà bien entamée. A en juger par les mégots autour d’elle, ce n’était sûrement pas la première qu’elle s’allumait, ni la dernière. Ses lèvres noirs bougeaient parfois sans interlocuteurs, pour prononcer des phrases inconnues...

La réalité était là : Mäje était complètement perdue. Cela faisait trois jours qu’elle avait rejoint la cité profane avec une idée bien précise en tête. Une rumeur s’était répandue chez les eclaris – Hephasteus s’était empressé de lui en faire part, tout émoustillé derrière ses jeunes joues.  Le joailler de renom, Bogor Jakar, avait remis les pieds à Umbriel et cherchait désespérément à remettre la main sur un ancien travail, un bijou conçu dans le passé pour des raisons obscurs. Quiconque l’aiderait dans sa quête recevrait une belle somme clinquante – assez pour travailler la sylphide et la pousser à quitter son fief pour rejoindre la Souterraine. Pour tout dire, de toutes les villes où elle avait bien pu poser un de ses beaux pieds, celle-ci était bien la pire... Même Themisto et Ridolbar trouvait un peu de grâce à ces yeux. Mais l’idée de plonger sous terre pour arriver là : Non, non. C’était au dessus de ses forces que de l’apprécier.

La grâcieuse, en poussant un profond soupir plein de nostalgie et de lassitude, commença à se masser intensément les tempes. Devant elle, un morceau de cuire souillé et usé avec quelques notes gribouillées à la va vite, au fusain ou à la suie. Sur la première face, une estampe de la bague la montrait du dessus, révélant le motif félin qui le caractérisait. Sur l’autre, un message ancien. Le temps l’avait relativement bien épargné, et on distinguait encore assez correctement les écritures en goyfar. Le message était claire : « Nous les avons mis à l’abri : la cargaison est en sécurité. Recherche le Colibri, il te mènera dans les profondeurs. Tu les trouveras là-bas. » Le premier paragraphe semblait indiquer qu’il s’agissait qu’un nerozias, et pourtant Mäje avait du mal à y croire – la caste se serait-elle préoccupée de la production de bijoux magiques, vraiment ?
Les derniers mots parlaient d’eux même : « ... et la prochaine fois, mets une culotte, nom d’un chien. »
Tout un programme.

Dans une violente bouffée, la sylphide expulsa les derniers grains de sa fumée de cigarette qui l’entoura comme un nuage. C’était bien la seule piste qu’elle avait trouvée en donnant une bonne petite somme à un ferrailleur du sud de la ville qui avait semblerait-il aider à faire disparaître quelques pièces. C’était un début... Mais pas assez pour considérer sérieusement le chemin ou même la marche à suivre. Et la dame des sables commençaient à en avoir sacrément la migraine – si elle comprenait au moins le concept, sa relation au corps était légèrement biaisé. Après des minutes de soupirs et de grandes envolées, elle explosa :


- Une piste... Qu’on me donne une piste ! S’exclama-t-elle seule, en gesticulant de ses deux bras, lassée de devoir se creuser les ménages dans le vide. Sinon je pourrais mourir que Jakar n’aura pas son bijou... Et moi mes dias... L’ironie était qu’elle ne pouvait justement pas mourir. Enfin, c’était si son amour de l’argent n’avait pas raison d’elle avant.

Au loin, le gérant du domaine pesta, et regarda étrangement dans sa direction. Mais la sylphide n’en avait pas grand-chose à faire ; Elle avait l’intime sentiment que si on ne venait pas à son aide, rien ne pourrait la mener à bon port : toujours plus de dias. Aaah. Qu’importe, il fallait se remettre en selle. Rallumant une nouvelle cigarette, elle retourna une nouvelle fois le bout de cuir, et le relue, encore, et encore...
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Kreen
MessageSujet: Re: [MISSION] Between the cat and the devil   Lun 2 Avr - 18:52

Spoiler:
 




La Cavalière ne prêtait une oreille que distraite au discours de son collègue, préférant jeter des regards scrutateurs dans tous les recoins. De par son statut de soldate aguerrie et son état aussi exsangue qu'insensible, Umbriel ne lui inspirait ni la crainte ni le dégoût que le monde entier semblait éprouver pour cette cité, mais cela ne l'empêchait pas de se méfier de son environnement.

« – Clairement, c'était la faute du geôlier, et j'ai toujours dit que ces gens étaient des incapables.

– Ah-ha... La Gorgoroth tendit le cou en avant pour mieux inspecter les ombres d'un couloir sur sa gauche. Les allées lugubres de la ville souterraine étaient réputées pour abriter des créatures que même un Cavalier de Sharna aurait préféré voir venir.

– Ce n'est même pas la première fois qu'on m'envoie en renforts pour repêcher un fugitif, tu sais. C'était il y a cinquante, soixante ans... Je suis à peine étonné que ça leur arrive encore. »

Kreen leva un sourcil et daigna adresser à son camarade une œillade intriguée, mais pas à cause de son histoire. Cet imbécile avait oublié que cinquante-sept ans plus tôt, il avait été envoyé en renforts pour repêcher un fugitif... Dans la même escouade qu'elle. Elle acquiesça d’un son guttural et court, comme si elle cherchait à faire le moins d’effort possible pour lui répondre. Leur trajet commençait à se faire long et elle espérait le dissuader de parler davantage, au moins pour un moment.

Le long du chemin, des torches grossières jaillissaient des murs comme des bras rachitiques et jetaient des ombres maigres sur la roche. Les bottes de la combattante claquaient bruyamment sur le sol inégal et le métal de son armure avait parfois tendance à résonner dans les passages déserts. Son accompagnateur, un fourbe Cavalier Noir, était bien plus furtif et ne se gênait pas pour pousser des grognements désapprobateurs chaque fois que l’équipement de Kreen faisait du bruit. Elle ignorait ses plaintes en dissimulant derrière les dents de son casque un sourire narquois. Quelle chance avaient-ils, à deux, de retrouver un criminel connu pour avoir commis les assassinats les plus perfides et être capable de se dérober entièrement aux oreilles d’autrui ? Les ordres étaient des ordres et sortir de Thémisto avait été une perspective bienvenue mais la mort-vivante n’avait que peu de foi en cette mission. Se faire des plus discrètes lui semblait superflu.

Leurs pérégrinations les menèrent finalement à une place où le plafond était plus haut et d’où de nombreux couloirs repartaient. A ce carrefour, la roche semblait avoir été taillée avec un peu plus de soin et l’éclairage était savant. En apercevant quelques âmes errantes de l’autre côté du croisement, la Cavalière ralentit le pas et tendit instinctivement le bras droit vers son accompagnateur en signe de halte. Il lui répondit en se raclant la gorge ostensiblement, alors elle se tourna vers lui, le toisa, et ne dit rien. Il ne s’agissait pas de simples passants épars mais d’un groupe de trois ou quatre individus qui semblaient murmurer nerveusement. Oubliant la tension qui régnait entre eux, les deux guerriers s’échangèrent un regard fugace et le plus sombre des deux s’avança silencieusement. Kreen l’observa un instant puis, quand il se retourna vers elle, lui indiqua une auberge d’un geste preste de la tête. L’autre lui adressa un signe de main et la Gorgoroth se mit en marche. Avant de pénétrer l’établissement, elle fit glisser ses doigts près de ses reins et dégaina le poignard qu’elle cachait au bas de son flanc gauche. Elle le maintint contre son avant-bras rigide, prête à le faire tourner d’un geste du poignet si la gorge d’un impudent venait à croiser son chemin.

A l’intérieur, on l’accueillit d’un silence mortuaire, sans doute autant à cause de son allure qu’à cause du nombre très restreint de clients. Elle balaya la pièce principale du regard avant de faire quelques pas. Deux soûlards dans un coin, un Zélos avachi dans un autre, et une fumeuse aux atours bien trop élégants pour être de la région. Kreen s’attarda un instant sur l’intruse, haussant sensiblement les sourcils sous son casque osseux. Elle n’était pas sans jurer au cœur de ce mobilier bancal, encadrée de murs humides et surplombée d’une ambiance maladive. Cela dit, elle était loin de correspondre à la description du criminel en cavale qu’on l’avait envoyée chercher, à commencer par le fait qu’elle était très visiblement une femme. Après avoir jeté un œil en arrière pour voir où en était son confrère, la combattante s’avança vers le propriétaire des lieux, apparemment très occupé à essuyer des carafes. Une fois suffisamment proche pour pouvoir parler doucement, elle attira son attention en se penchant vers lui et l’obligeant à la fixer.

« – Tu ne dois pas voir passer beaucoup de monde dans ton auberge… Comment vont les finances ? demanda-t-elle sans le ton railleur qui aurait convenu, ni attendre de réponse. Je suis sûre que quelques pièces en plus ne te chagrineraient pas… Le tavernier ne sembla pas complètement déstabilisé, mais devoir regarder la mort-vivante à travers les orbites vides d’un crâne semblait le mettre un peu mal à l’aise.

– Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? grogna-t-il. »

La conversation qui s’engagea se fit à voix basse. La Cavalière ne manquait pas de scruter les lieux régulièrement, naturellement aux abois.




   
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Mäje
MessageSujet: Re: [MISSION] Between the cat and the devil   Ven 27 Avr - 14:36


Du coin de l’œil, la dame aux cheveux d’ébène dessina le trajet d’une femme étrange, à la peau blanche et nervuré comme le marbre, qui ondula dans l’auberge comme un serpent jusqu’au tenancier. Mäje avait depuis longtemps perdu tout espoir, et s’en remettait à ce que les mortels appelaient dieux ou destin pour dénouer sa très cruelle situation. Les bras croisés sur son visage dans une pause plus théâtrale que confortable, elle espérait jouer les jouvencelles en détresse, prête à en arriver à ses dernières facilités pour pouvoir résoudre son énigme. Cela faisait plusieurs minutes qu’elle scrutait tous les passages pour espérer intercepter sur un bout de bras ou de main le tatouage d’un nerozias, et qu’elle avait repérée au fond de l’auberge un zelos à l’air bourru, et à la manche particulièrement tirée sur sa main calleuse. Un signe, un espoir ? Elle se serait bien levée pour aller lui toucher deux mots si une ombre ne s’était pas glissée sur son tableau.

De sa cachette, elle examina de loin l’intriguante : si sa taille ne lui attira pas plus de pensées, sa stature lui en dit autrement. Elle jurait qu’elle pourrait couper son corps artificiel sur ces mollets... Et que dire de ces cuisses ? C’était le genre à pouvoir fendre le crâne d’un homme en un mouvement de jambes. L’étrangère était bien bâtie, et semblait aussi robuste que de la pierre. D’ailleurs, elle avait tout d’un roque : sa peau étrangement lézardée ne ressemblait à aucune autre (ou plutôt à rien de ce que la sylphide ait pu voir en sillonnant le monde). Une yorkas, une terrane ? Et pourtant cette pâleur lui inspirait des choses bien plus funèbres et bien moins vivantes. Outre un corps de guerriers inébranlables, la garde ou la mercenaire semblait avoir assez de caractère pour vouloir conserver son casque (un bel ouvrage, qui plus est) à l’intérieur de la bâtisse, ce qui aida à convaincre la sylphide de se tenir discrète. Elle repéra quelques mèches de cheveux noirs qui en dépassaient, mais n’était sûre de rien avec la distance et la lumière faible qui régnait là.

L’étrangère partie discuter avec le tavernier, à voix basse, sur des sujets qui la dépassaient et qui, honnêtement, passaient au dessus de son joli crâne chevelu. Toute son intention se retrouva de nouveau braqué sur le zelos au fond de la taverne, et les secrets qu’il cachait sous sa gueule anguleuse. Mäje était bien placée pour savoir que c’était une très mauvaise idée de juger quelqu’un sur son apparence. Mais il semblait bien trop discret et sombre pour être fréquentable (si on pouvait parler de fréquentable dans une telle auberge). Prétextant un coup de chaud, elle changea de position, se penchant généreusement sur la table en se cambrant élégamment, agitant ses ongles recouverts d’un vernis noir, aussi sombres que ses lèvres. Du mouvement... Il fallait créer du mouvement. Mais sans trop attirer l’attention. C’était peine perdue dans ce boui-boui où rien ne bougeait !

C’est au bout de plusieurs secondes qu’elle finit par se lever, prendre son courage à demain, et y aller au culot pour foncer droit vers sa cible, tirer la chaise en face de lui vers elle pour y assoir son fessier délicat. Y aller d’hésitations ne l’aurait pas aidé, et l’aurait fait passer pour quelqu’un d’encore plus louche. Et avec la baroudeuse au bar, c’était à éviter. Sa présence semblait encore être une menace... Mais il y avait trop de dias en jeu pour que la vagabonde abandonne son courage. Ce qui n’était visiblement pas du goût de sa victime qui leva vers les des yeux aussi surpris que haineux, comme si elle l’avait réveillé d’une profonde sieste. Anticipant toute la conversation, Mäje le coupa tout de suite, et y alla encore au toupet :

Ne me demandez pas qui je suis, ce n’est pas l’important. Ce qui m’intéresse, en revanche, c’est vous, et c’est le colibri. Joignant le geste à la parole, elle jeta face à elle le morceau de cuir. Autant y aller à la tromperie jusqu’au bout ? Après tout, elle était bonne menteuse.

Le zelos ne bougea pas. Au contraire, il se crispa et ses sourcils se froncèrent, et sa gueule déjà hideuse devint de plus en plus monstrueuse. Pour la sylphide qui aimait avant tout la beauté et les choses bien bâtis, la vue était horrible et elle peina même à garder les yeux lever ! Mais il ne fallait pas baisser le regard, ce serait se vendre. Et ce n’était sûrement pas ce qu’elle voulait.


Alors ? Dit-elle au bout de plusieurs secondes d’un silence empoisonné. Allez, ne faites pas l’idiot.C’est pas comme-ci vous aviez quelque chose à perdre. Le culot, le culot...

Cela suffit à délier la langue du bourru qui souffla, avec une haleine putride :


‘Lui voulez quoi ? J’ai pas que ça à faire et ça fait bien des années que j’ai pas entendu parler de ce trou du...

Seulement des infos. Je cherche le bijou qui est dessiné là et il en possède au moins un. Dites moi ce que vous savez de sa position et je saurai vous récompensez.

Tss... Sa langue siffla contre ses dents et fini par claquer sur son palais. La dernière fois que je l’ai vu il magouillait au quartier des artisans, il avait un marché noir, là-bas, i’ vendait toute sorte de trucs qu’i volait aux gens ; avec ces cons qui lui servaient de sbires. Le zelos se tu brusquement, conscient de trop en dire. C’tout ce que sais.

Une piste ?... C’était bien une piste ? Pendant un instant, la sylphide s’ennivra sur de la douce odeur de son avancée spectaculaire avant d’hocher la tête et de se lever, soucieuse de faire volte-face pour fuir inopinément en priant pour que le bougre ait déjà oublié sa promesse de récompense. C’était sans compter sur l’esprit vif et visiblement aussi vénal que le sien du zelos qui attrapa brusquement son bras avec une sacrée poigne, et se leva de toute sa masse et de son corps boursouflé.

Ma récompense, maintenant... Pensez pas me flouer comme ça ! Sa voix s’éleva brusquement.

La renarde fut plus vive encore : attirant le nerozias par le col, elle l’attira à elle (ouh que c’était écoeurant d’attraper cette peau ignoble !) et souffla dans son nez une bouffée d’une fumée blanche et opaque, volubile et... Psychotrope. Le zelos se figea un instant, son regard se couvrit d’un voile léger, et il retomba tout penaud sur sa chaise. Il ne restait plus à Mäje qu’à attraper son morceau de cuir et à décoller vers le quartier des artisans en toute discrétion. Avec tout ce qu’elle pouvait de silence et de secret, elle serpenta jusqu’à sa table, déposa ce qu’elle devait pour sa consommation, et pria pour sortir sans trop attirer l’attention. Et c’était pas gagné...
Dire que ça ne s’était pas fini comme prévu était un euphémisme mais elle avait gardé la situation relativement sous contrôle. Le cœur serré, elle poussa la porte pour sortir tranquillement. Mais c’était sans compter sur un curieux coup du destin qui allait la rapprocher d’une personnalité bien cavalière, que Mäje ne s’attendait sûrement pas à côtoyer...
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Kreen
MessageSujet: Re: [MISSION] Between the cat and the devil   Lun 30 Avr - 17:34




Le tavernier avait un de ses regards qui mêlaient fatigue et animosité, et une mine que l'on sentait vieillie non pas par les âges mais par le métier. Il était même difficile de savoir de quelle race il pouvait bien être, et la question passa par la tête de Kreen un court instant. Elle le fixait avec neutralité, appuyée sur le comptoir dans une posture peu féminine, à tapoter des doigts sur la pierre.

« – Evidemment que j'en ai entendu parler. Je savais bien que ça m'attirerait des ennuis, d'ailleurs. Il marqua une pause afin de mieux balayer des yeux ses clients. Puis avant de se remettre à essuyer des carafes, il lança: j'ai retrouvé un client crevé dans sa chambre ce matin. Il me manque de la viande... Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ça pourrait être votre gars comme ça pourrait être n'importe qui d'autre. »

Kreen acquiesça intérieurement mais ne bougea pas d'un cil pendant un moment. Le personnel de la prison, même aidé des Cavaliers de Sharna, n'avait que très rarement remis la main sur un de leurs pensionnaires évadés. Umbriel était faite pour échapper à toutes sortes de poursuivants et le pénitentiaire en était sans aucun doute la partie la plus surveillée, alors une fois sorti de là, autant dire que vous étiez libre comme l'air. Elle se doutait bien que les pistes seraient maigres, et comme venait de le faire remarquer son témoin, les larcins et les meurtres étaient le quotidien des travailleurs de la ville. Elle finit par relever un peu le menton et demanda, toujours avec le même ton monocorde:

« – Je suppose que tu as prévenu les autorités en bonne et due forme ? L'ironie ne pointa qu'à travers sa façon de pencher la tête sur le côté. L'aubergiste fronça les sourcils avant de prendre une profonde respiration.

– Ils ne sont pas encore passés, répondit-il d'un ton que Kreen n'eut aucune mal à décoder. Elle feint de sourire en lui adressant une œillade faussement sympathique. Comme pour prouver qu'elle ne le croyait pas une seconde et qu'elle ne le laisserait pas tranquille, elle prit le temps d’encore une fois parcourir l'assemblée du regard, de s'attarder sur les recoins sombres et les accoutrements de ceux qui l'entouraient. Elle constata que l'intruse repérée plus tôt était en mouvement et venait de s'asseoir à la table d'un autre consommateur. La guerrière l'observa une seconde puis, sans cesser de tendre l'oreille, se tourna de nouveau vers le propriétaire des lieux et lui lança d'un engouement peu crédible :

– Quelle chance. Je vais donc pouvoir jeter un œil au cadavre, n'est-ce pas ? »

Avant qu'on ne lui réponde, elle jeta un œil par-dessus son épaule. Clairement, le Zélos et la mystérieuse ne se connaissaient pas, et le premier n'avait pas l'air ravi que la seconde vienne s'imposer à lui. La Cavalière n'avait vraiment que peu de raisons de croire que les manigances de la bourgeoise avaient quoi que ce soit à voir avec son enquête, mais elle se devait de rester aux abois de toute façon. Le tavernier sembla percevoir sa méfiance puisqu'il attendit qu'elle lui accorde de nouveau son attention pour déclarer d'un ton défait et fataliste :

« – Il est plus dans la chambre... Evidemment. Mais si vous me donnez deux minutes... »

Kreen se redressa brutalement et adopta une expression cette fois bien plus menaçante. S'il était possible que le corps en question ait simplement été balancé dans un coin et destiné à poursuivre sa descente dans une fausse commune, il était également probable qu'il soit en train de baigner dans la soupe que l'hôte avait l'intention de servir dans la soirée. Ainsi, la guerrière pouvait aussi bien s'attendre à ce que son interlocuteur cherche simplement à remettre le cadavre à sa place qu'à ce qu'il essaye de détruire les preuves d'un crime bien plus grave. L'aubergiste sembla intimidé par la nouvelle attitude de la Cavalière qui le fixait désormais sévèrement et avait ramené ses mains à sa taille.

La mort-vivante s’apprêtait à l'interdire de quitter son champ de vision lorsqu'elle perçut de l'agitation derrière elle. Elle reporta alors son regard sur les deux bavards dans le coin de la pièce, sans oublier de tourner sa dague vers celui qu'elle interrogeait, lui intimant de ne pas bouger d'un poil. Elle vit alors que l'intrigante jeune femme se dirigeait furtivement mais rapidement vers la sortie et, en jetant un œil au Zélos, constata qu'il n'était plus conscient. Kreen écarquilla les yeux et crut apercevoir une très mince volute blanchâtre disparaître dans ses narines. Elle jura, plus impressionnée que contrariée.

« – Fille de... »

Vive comme l'éclair, elle tendit le bras vers le tavernier, lui attrapa le col, le tira vers elle de sa force entraînée et le cloua au comptoir en y planta sa dague à travers le tissu. Cela le figeait dans une position bien inconfortable et il devrait se tortiller un moment pour se libérer. La combattante se pencha vers lui et souffla :

« – Je te conseille de ne pas bouger, dans ton intérêt. »

Puis elle se rua vers la sortie, poussant la porte avec élan, et attrapa vivement le bras de celle qu'elle suspectait d'avoir assassiné un homme sous le nez d'un Cavalier de Sharna en plein interrogatoire. Elle l'attira à elle avec violence, et la toisa rudement.

« – Décidément, tu n'es pas du coin... Tu t'es mise dans le pétrin, ma jolie, siffla-t-elle en tendant sa main valide vers sa seconde dague. »




   
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