Les venimeuses rencontres

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Saison:Langdum Mois:Cicium
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 Les venimeuses rencontres

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::  Infante de Kesha ::

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Othello Lehoia
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Othello Lehoia
MessageSujet: Les venimeuses rencontres   Mer 28 Nov - 22:25

A peine dérangée par les nuages noirs et sombres qui jalonnaient le ciel Cimmerien, par les flocons blancs et cotonneux qui tombaient dans un silence angélique et poudré, ou même par l’odeur délicat des bulles qui s’élevaient dans une lointaine marmite, une petite herboristerie semblait un des derniers remparts, à Hellas, qui se battaient contre le coucher du jour. A l’extérieur de celle-ci, sobrement située au coin d’une ruelle déjà largement blanche, une lanterne abritait difficilement une chandelle presque entièrement consumée. Une fumée opaque s’échappait d’une petite cheminée dont on discernait la silhouette à travers les nuages, son noir métallique tranchant sur le rouge et le blanc des tuiles enneigées. Les vites fumées trahissaient parfois une ombre… Une ombre blanche et spectrale qui cachait de temps à autres la lumière, déjà rare, du dehors.

Aujourd’hui, comme tous les jours, les clients s’étaient fait rares. Le climat de tension devenait de plus en plus palpable entre les prêtresses et la mairie, et cela semblait renforcé l’habitude nordique de vouloir s’enfouir la tête sous le sable pour éviter les problèmes. Aussi on n’osait plus se déplacer pour un petit rhume, et les médecins et herboristes en souffraient le plus. Pourtant, affairée sur son établi, une jeune yorkas ne semblait pas particulièrement préoccupée par le manque d’affluence : son visage de porcelaine n’indiquait d’ailleurs que peu d’émotions, hormis une lueur intense et concentrée sur son travail. Ses longs doigts fragiles hachaient méticuleusement menthe et sauge, libérant une intense odeur herbacée, rafraîchissante, alors qu’à côté d’elles traînaient une poignée de petits poissons séchés.

Une bougie éclairait par le dessous son visage de poupée : des traits fins, simples, d’une candeur douce et éteinte. Si ce n’étaient pour ses yeux sombres, tout son être transpirait d’une blancheur évanescente, de ses cils à ses lèvres pâles, surplombé par une crinière en cascade de longues boucles argentées qui tombaient le long de son dos comme une cape jusqu’à ses genoux. Seul sa robe usée donnait l’impression d’un minimum de couleur, d’un bleu effacé qui fut un temps vif, mais qui maintenant donnait l’impression de vouloir d’enfuir. Un peu de rose sur ses joues, les membranes humides et rouges qui unissaient les pointes de ses oreilles dressées sur le côté de sa tête, et c’était à peu près tout. Bien qu’elle eut l’air captivée par son travail, d’autres pensées bien plus intrigantes s’accumulaient dans son esprit océan, comme des tâches d’écumes venant troublé une mer trop lisse.

Depuis quelques semaines, le climat de tension venait ternir jusqu’aux sœurs qui tâchaient de maintenir discrètement les apparences de bienveillantes créatures, alors que dans l’ombre Elerinna s’adonnait aux plus venimeuses des pratiques. Cela faisait une petite poignée qu’elle était entrée dans l’ordre, avec des pieuses pensées et sans grande ambitions. Et pourtant le destin l’avait mené vers le plus chaotique des chemins. Repérée par la marionnettiste rapidement pour ses talents avec les herbes, sa discrétion et sa froideur, elle s’était habituée à une vie entre deux eaux, entre le bien et le mal, au nez et à la barbe de tous, comme tant d’autres sœurs que la sindarine appréciait pour divers talents. Certaines étaient espionnes, d’autres des charmeuses, d’autres des assassins pures et simples qui éliminaient tous les problèmes qui se dressaient face à l’ordre, avec un visage d’ange. Othello étaient de celles-là, et gardait tout cela sous clefs sous son masque de givre.

Alors qu’elle débarrassait les herbes hachées dans un petit pot, Othello avait l’air absente, répétant des gestes milles fois commis pendant de longues années de formation et d’expériences. En y repensant, son temps était en majorité consacré à ses plantes et à ses clients dont aucun ne connaissait la nature réelle de ses recherches. Personne, d’ailleurs, à part de rares élus dans le cercle d’Elerinna et ceux qui finissaient macchabée par l’ingestion de ses poisons. Rabattant une mèche capricieuse sur sa tête, elle finit par jeter son ragoût dans une petite marmite d’eau bouillante, les poissons séchés dans un mortier, et son dévolue sur son travaille. Encore quelques manipulations, et elle pourrait enfin finir ces potions. Un ronflement proche lui fit comprendre que Drasha s’était endormi, signe que le jour touchait à sa fin.

Avec un visage impassible, elle entreprit de libérer la chandelle extérieure de son fatiguant fardeau, s’engouffrant sous la neige sans prendre le temps de se couvrir – elle sentait à peine le froid quoiqu’il arrive. Attrapant la lanterne entre ses doigts graciles, elle ouvrit le rabat, inspira profondément, et… N’en crut pas ses yeux. Ils devaient la tromper… Car au fond de la rue, entre les flocons de neige, il lui semblait discerner un réel mirage. Un rhinocéros à Hellas… ? Les vapeurs de sa potion était peut-être plus puissante que prévue…
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:: Le Sage Azuré ::

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Ishdir
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Ishdir
MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Jeu 29 Nov - 22:03

« Merci, bonne soirée ! »

Ishdir sortit de l’échoppe, d’où il venait de demander des indications, et replongea dans ce froid mordant. Ce n’était pas la première fois qu’il venait dans ces terres gelées, mais comme toujours il n’arrivait pas à s’habituer à cette température. Alors qu’il supportait très bien la chaleur d’Argyrei, il ne pouvait s’acclimater au blizzard nordique. Et ce malgré son épais manteau de peau de bête, qui était fait de fourrure de jais voir grisonnante. Sa tête, elle, était couverte par sa capuche qui le protégeait des flocons. Le reste de sa tenue était très classique, des pulls s’accumulaient sur son torse, ses jambes étaient recouvertes d’un pantalon de cuir foncé et ses pieds étaient munis d’épaisses bottes.

Il se dirigea vers son rhinocéros qui pavanait au milieu de la neige, attirant les regards des passants curieux. Il tapota la bête de sa main gantée pour lui signifier de rester sur place, il avait à faire et ne savait pas combien de temps cela durerait. Au loin, il aperçut une silhouette féminine très étrange. En observant un peu plus, il comprit que c’était la blancheur de cet être qui l’avait choqué. Heureusement qu’elle se tenait devant un batiment car il pensait qu’elle pourrait totalement se fondre dans ce paysage d’ivoire. Il était très curieux mais il fallait qu’il se reconcentre sur sa quête. En se rappelant les consignes qu’on venait de lui donner, l’herboristerie devait se trouver … juste derrière elle. Peut être qu’il allait pouvoir satisfaire sa curiosité finalement.

Il se mit donc en chemin, le corps tremblant de froid. Tout en approchant il put petit à petit mieux discerner les traits de cet ange des glaces. Il y trouva là une femme aux charmes flagrants et entourée d’une aura mystique. Et sa tenue la rendait encore plus irréelle. Elle ne portait qu’une simple robe aux couleurs ternes, presque effacés, mais ne trahissait d’aucun signe de froid. L’adaptation au climat et une chose, mais là c’était tout de même assez extrême aux yeux du sindarin. Et cette particularité ne fit qu’embraser sa curiosité. Les personnes les plus atypiques étaient ceux qu’Ishdir appréciait le plus. Une fois à portée de voix il entama la conversation.

« Bonjour mademoiselle, seriez vous Othello ? Othello Lehoia ? »

D’après toute vraisemblance c’était le cas vu qu’elle se trouvait juste devant son échoppe. Enfin d’après les indications qu’on lui avait fournies. Il ne voulait pas paraître trop impoli, mais il répondrait à toute réponse positive par :

« Si ça ne vous dérange pas, je ne serais pas contre de discuter à l’intérieur.» Dit il juste avant de se frotter les mains pour les réchauffer un peu.


Une fois passé le pas de la porte, il remercia son hôte avant de laisser traîner son regard. La pénombre ambiante ne lui permit pas de capter tous les détails, mais il trouva l’endroit plutôt modeste. Il aperçut une marmite bouillonnante dans un coin et en jalousa son contenu, il devait avoir chaud, lui. Ses sens fins se mirent également à humer les odeurs du lieu. Il y reconnut certains parfums mais en découvrit d’autres. Il se reconcentra sur la gracieuse herboriste après ses vagabondages. Il la trouvait plus jeune qu’il ne l’avait pensé et plus belle aussi. Il eut un doute momentané à propos de ses compétences. Mais il n’y avait, de toute façon, qu’une seule façon de vérifier.

« A vrai dire, je suis ici car une amie m’a vanté vos talents d’herboriste. Elle affirme que vous détenez le secret des plantes de la région, mieux que personne. Et cela m’intéresse. Mais où ai-je la tête, le froid me fait oublier les principes élémentaires de politesse. Je m’appelle Ishdir Pal et je suis alchimiste, entre autres. » Il marqua une pause, le temps d’échanger les politesses d’usage.

« Mais je ne suis pas ici pour vous acheter des potions toutes faites, même si je ne dirais pas non à une potion contre le froid … » accompagna t il avec un léger sourire.

« Je recherche des plantes peu communes, plus rares. Un alchimiste est limité par ses ingrédients et j'essaye d'agrandir mes possibilitées. Cela dit je suis encore plus friand de connaissance. En tant qu’éclari, quoi de plus normale. J’aimerais donc pouvoir apprendre à vos côtés, si possible. Peut être avez vous besoin d’un assistant ? Ou bien me laisserez vous, vous observer travailler ? En échange de ce que vous voulez, évidemment. J’ai des Dias qui pourrait vous satisfaire, ou encore des cadeaux venus de contrées lointaines. Je pourrais même vous fournir en plantes provenant d’ailleurs, à l’avenir. Qu’en dites vous ? »

Il était prêt à recevoir un refus, après tout, la connaissance était un pouvoir puissant. Et même les éclaris ne lâchaient pas leurs secrets si facilement.






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::  Infante de Kesha ::

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Othello Lehoia
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Ven 30 Nov - 15:44

L’imposante créature ressemblait à une illusion tirée de ses songes, là, énormes, monumentales au milieu des flocons. Entre deux sphères, Othello ne pouvait la quitter des yeux, comme si le désert avait percuté la banquise dans un rêve étrange. En clignant des yeux, elle s’attendait à voir arriver un zèbre, une girafe, toutes ces créatures imaginaires et exotiques qu’elle croyait à peine pouvoir exister. Et il en fut bien autrement ; éteignant pensivement du bout des lèvres la bougie dans ses mains doucement réchauffées par la chaleur du verre, un individu des plus étonnant se profila à côté de l’animal, et tapota son flanc pour signifier que c’était le sien, enterrant avec son geste son rêve de sables.

L’individu était cependant bien camouflé, aussi couvert que les natifs, mais avec une posture et une attitude qui trahissait un froid polaire plus qu’un calme décontracté. Il était difficile de voir ses traits, entre sa capuche et ses flocons, et, croyant à un touriste lointain qui s’était simplement égaré dans les rues excentrées de la capitale, elle eut vite fait de ne pas plus s’attarder sur l’affaire. Remettant sa lanterne en place, elle fut néanmoins surprise de voir que la silhouette emmitouflée allait dans sa direction. Redressant au passage ses oreilles dans un réflexe animal, elle s’interrogea un temps et attendit patiemment quel a figure ne rebrousse chemin, mais il s’entêta tout de même à aller jusqu’à elle. Etrangement poussée dans ses retranchements pudiques, elle s’attendit à devoir donner une énième fois la direction du temple, mais celui qu’elle comprit rapidement être un homme l’aborda directement, coupant court à toute possibilité de malentendu.

Dans les premières secondes, la sirène s’interrogea, à mi-chemin entre surprise et suspicion, sur les intentions de cette étrange apparition bleue qui apparaissait d’entre la neige comme un fantôme lointain et effacé. Sous une capuche solidement enfoncé sur la tête, sous ce qui semblait être une tonne de fourrure épaisse et grisonnante, elle ne distinguait qu’une peau étrangement pourpre et violacée, et deux pupilles d’or, brillantes comme deux éclairs un ciel d’orage. Une allure tout à fait hors du commun qui interrogea un peu plus la yorka, écoutant attentivement ce qu’un inconnu venu de très loin pouvait bien vouloir à une prêtresse plus que commune… Retenant doucement son souffle, pinçant sa langue contre ses dents, elle prenait garde à chaque mot, comme si le poids d’un passé sombre se cachait derrière cette haute silhouette et la regardait de ses yeux rouges.


« - Oui, c’est bien moi. » Elle le regarda quelques secondes, examinant du bout des yeux le moindre recoin de ce qu’il lui était permis de voir, ne sachant encore si il était prudent de faire entrer en son échoppe un parfait inconnu. Les gens du nord étaient connus pour être un peu trop prudent, et Othello ne dérogeait pas à la règle. Cependant, voir ce grand géant bleu trembler comme une feuille et implorer poliment un abri ne la laissa pas de marbre suscita en elle un élan de bienveillance, et malgré toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête, elle l’invita du regard et les mains jointes à la suivre jusqu’à l’intérieur de sa boutique. Le pauvre avait l’air sincèrement frigorifié, et quoiqu’il désire, il serait certainement mieux à l’intérieur… Au moins jusqu’à ce qu’il se réchauffe un peu.

La boutique était sobre et simple, et elle espérait ne pas l’effrayer par le minimaliste des lieux. Un parquet sombre, des murs blancs à colombage, des étagères le long du mur où s’alignaient des dizaines de pots en verre remplis de toutes sortes de plantes, feuilles, poudres, algues et autres poissons séchés. Le tout dégageait une odeur intense de chlorophylle et d’iode, d’herbes fraîchement coupées et de marée. Invitant son hôte surprise à s’asseoir sur une chaise accoudée à une table de bois massif, elle disparut quelques secondes pour remettre une ou deux buches dans le vieux poêle qui réchauffait péniblement les lieux. Elle supportait très bien le froid aussi ne s’encombrait-elle pas de la fraîcheur de son logis, mais pour le mystérieux invité, c’était une autre paire de manche.
Attentivement située dans un coin de la pièce, recouverte de son épais manteau capillaire et sous ses prunelles sombres, elle observait maintenant l’homme de loin, avec une pudeur néanmoins curieuse. Il avait réellement une couleur atypique, ce qui donnait à son allure de grand voyageur un éclat tout mystérieux, certain dirait même fantasmagorique. Ishdir, donc… Ses mots éveillèrent en elle des sentiments contradictoires, d’abord heureuse que l’on soit curieux de son travail, mais également effrayé de la nature de celui-ci… Et pire encore : qui pouvait la connaître ainsi ? Et pour quelles raisons ? Othello, impassible, était muté dans un silence sérieux, cachant discrètement ses secrètes inquiétudes : que ses secrets soient révélés au grand jour.

Néanmoins, elle prit au mot les désirs de son invité et disparue une seconde dans sa réverse pour en revenir avec un verre d’eau fumante, et un petit coffret métallique qui abritait une épaisse poudre ocre et une cuillère en bois. En versant un peu dans l’eau, elle le tendit poliment à son hôte.


« Buvez lentement, c’est une racine montagnarde qui pousse ici. Elle vous réchauffera vite, mais il ne faut pas tout avaler d’un coup au risque de vous brûlez. » Murmura-t-elle, secouant une petite seconde le mélange jusqu’à ce qu’il devienne opaque. « Bienvenu, Monsieur Pal. Peut-être puis-je vous débarrasser ? » Il était encore recouvert de toutes ses frusques, et elle ne doutait pas qu’après avoir ingéré le liquide, il n’en aurait plus besoin.

Entre curiosité et prudence, elle écouta attentivement ce qu’il lui restait à avouer. Donc son but premier n’était pas le commerce – et il semblait parfaitement sincère dans ses paroles, ce qui lui faisait dire qu’il estimait effectivement plus l’information que les dias qu’ils pouvait obtenir en la partageant. Quoique, il ne devait pas avoir fait tout ce chemin depuis des contrées plus chaudes que par simple altruisme. A moitié rassurée, Othello ne comptait pas s’avancer tout de suite et révéler l’entièreté de ses cartes, sommes toutes peu nombreuses mais assez sombres pour ne pas être montrée. Mais elle devait admettre qu’outre son excès de prudence, elle appréciait néanmoins sa franchise et sa curiosité : ils semblaient partager cet amour de la connaissance.


« Merci d’abord d’avoir fait le déplacement. Je vous avoue être surprise par votre demande et ce qui me vaut tous ces compliments de la part de votre amie. J’espère ne pas trop vous décevoir, et ternir le glorieux portrait que l’on me fait. » Murmura-t-elle doucement, ignorant toujours tout ce qui était dit à son sujet. Elle prit la liberté de s’asseoir poliment face à lui, immobile et calme, éclairée par la flamme timide de la bougie. « Je suis curieuse d'en savoir plus sur votre activité. Alchimiste, donc… De quoi cela s’agit-il ? »

La sirène était piètre oratrice, et encore plus maladroite dans ses rapports à l’autre. Il lui était difficile de s’ouvrir et de se confier, aussi espérait-elle en savoir le plus possible avant de pouvoir dire quoique ce soit, déjà étonnée par sa proposition. Elle qui ne supportait que difficilement la compagnie, avoir un observateur s’avérait une montagne presque infranchissable. Mais se voyant mal le renvoyer immédiatement sous la neige et curieuse de connaître ses motivations, elle n’en dit rien, oscillant calmement dans les vapeurs de menthe et de racines diluées.

« Il n’y a que peu de chose que je désire vraiment, si ce n’est peut-être de nouveaux ingrédients et mener une vie paisible. Mais votre proposition est… » Elle s’arrêta un seconde, contemplant la simplicité éphémère de la flamme de la bougie qui illuminait toute la pièce. « … Surprenante. Permettez-moi de vous demander : à quoi cette connaissance peut-elle bien vous servir ? Que comptez vous apprendre de mon humble travail ? » Sans le regarder de prime abord, elle glissa brusquement son regard sur ces deux mires d’or avec une étrange tenue. Le secret était là, dans ces iris à la lueur de soleil : elle ne comptait pas tourner autour du pot pour savoir ce qu’il espérait de cette connaissance.
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:: Le Sage Azuré ::

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Ishdir
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Ishdir
MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Sam 1 Déc - 16:10

Ishdir avait lancé l’idée d’une boisson revigorante par pure plaisanterie. Il n’avait jamais imaginé qu’elle le prenne au mot et il en fut très agréablement surpris. Alors qu’il s’installait afin d’être plus à l’aise pour discuter, la maîtresse des lieux revenait avec une mixture pour le réchauffer. Il écouta attentivement la voix cristalline de la dame qui lui expliquait ce remède, il n’y décela cependant aucune réelle indication sur sa composition, à son grand regret. Il exposa cette boisson chaude à son nez délicat pour qu’il assimile cette nouvelle odeur.

Avant qu’il puisse même apposer ses lèvres sur la potion fumante, Othello lui proposa de se débarrasser de son épais manteau. Il fut récalcitrant à cette idée, n’ayant toujours pas bénéficier des bienfaits de l’infusion. Mais il ne put refuser, elle avait l’air très sûre de ses talents et l’azuré ne voulait pas se montrer impoli. Il lui fit confiance et lui donna son manteau. Mais ce geste prouvait que l’accueil était des plus agréables. Elle était attentionnée, bienveillante et nul doute que ses clients étaient ravis de se fournir ici.

Tout en annonçant la raison de sa venue, il lapait prudemment le contenu de son verre. Peu à peu ses membres commencèrent à arrêter de trembler et il sentait de plus en plus réchauffé. Cela rassura le sindarin sur les compétences de l’herboriste aux cheveux étincelants.


« Merci d’abord d’avoir fait le déplacement. Je vous avoue être surprise par votre demande et ce qui me vaut tous ces compliments de la part de votre amie. J’espère ne pas trop vous décevoir, et ternir le glorieux portrait que l’on me fait.  Je suis curieuse d'en savoir plus sur votre activité. Alchimiste, donc… De quoi cela s’agit-il ? »

Ishdir était le premier conscient de la demande éhonté qu’il venait de faire. Si un inconnu lui aurait demandé de lui révéler ses secrets, il lui aurait ri au nez. Mais il n’y avait pour lui pas d’autre moyen d’aborder la question qu’une approche directe. Tourner autour du pot lui aurait seulement coûté du temps. Au moins, il serait fixé rapidement, espérait il. Quant aux doutes que la dame portait sur elle même, cela pouvait être une preuve d’une humilité, ce qui irait gracieusement avec cet être élégant. Mais qui pouvait tout autant renforcer les incertitudes que l’éclari portait sur elle. Il ne réussit point à trancher, les charmes des dames lui faisant régulièrement perdre certaines notions. Il n’en fallait pas moins répondre à la question posée.

« Un alchimiste n’est pas très éloigné d’un herboriste, d’une certaine manière. Il utilise des ingrédients, bien souvent naturel comme des plantes ou des minéraux, et leur applique tout un tas de procédés plus ou moins compliqués. Les résultats peuvent être très divers. J’ai pu ainsi inventer une lotion qui protège mieux le métal contre la rouille, ou encore un produit qui conserve mieux que le sel. Et des fois ce sont des concoctions beaucoup plus … explosives ou dangereuses.»


« Il n’y a que peu de chose que je désire vraiment, si ce n’est peut-être de nouveaux ingrédients et mener une vie paisible. Mais votre proposition est … Surprenante. Permettez-moi de vous demander : à quoi cette connaissance peut-elle bien vous servir ? Que comptez vous apprendre de mon humble travail ? »

A l’entendre, elle ne désirait vraiment rien, et cela choqua le marchand itinérant. En voilà une créature bien jeune pour vivre une vie de moine, se disait il. Et puis il se sentait un peu insulté, après tout on l'appelait le Djinn, car il pouvait exaucer tous les voeux.

« Je suis également un peu surpris, vous semblez vouloir une vie bien simple. Et pourtant je ne peux m'empêcher de croire que vous avez des désirs inavoués … Pourquoi pas un beau collier pour compléter votre beauté déjà surprenante ? ...»

Il accompagna ses dires en faisant apparaître un collier d’argent muni d’une pierre fine et couleur de sang en son centre. Avec le miroitant bijou pendant à sa chaîne, le Djinn approcha sa main à côté du visage comme pour visualiser le collier autour du cou de la dame. Il le posa sur la table, pour laisser les yeux marron d’Othello s’y perdre. Il continua son exposé en faisant apparaître un livre cette fois …

« … Ou bien votre grâce vous satisfait déjà amplement et préférez vous plutôt nourrir votre esprit ou vos rêves …  Je peux vous trouver des ouvrages étonnants, qui vous feront miroiter les quatre coins du monde et vous en apprendre les secrets les mieux gardés ...»

L’ouvrage qu’il proposait était un recueil de contes d’Argyrei, nommé “ Mille et une histoire ”. De quoi étayer la curiosité de cette dame qui n’y a peut être jamais mis les pieds.

« … Mais notre ravissante mademoiselle est peut être tout simplement gourmande … Je peux proposer à votre palet des saveurs inexplorées … »

Une assiette de confiserie canopéenne compléta la rangée de cadeaux qui s’était accumulé devant son hôte. Les bonbons aux miels dégageaient une forte odeur florale, qui rivaliserait presque avec un bouquet.

« … Je peux accepter un refus car vous avez nul envie de révéler vos secrets. Mais, sans doute mon arrogance, m'empêche de croire que je ne puisse satisfaire vos désirs.»

Conclut il d’un sourire tout en faisant disparaître toutes les marchandises d’un geste de la main.

« Et pour répondre à votre curiosité, votre connaissance me fera gagner beaucoup de temps. Car en effet, je pourrais peut être acquérir votre savoir après de longues années d’expérimentation, d’observation et de vagabondage dans ces terres inhospitalières. Mais ce serait bien long. Et connaître ses ingrédients et leurs applications est un point de départ primordial pour un alchimiste. Sinon je ne fais pas de la science, mais je mélange des ingrédients au hasard. Et si la question est pourquoi vous plutôt qu’une autre, et bien mon amie éclari m’a affirmé que vous utilisez des ingrédients qu’aucun de vos confrères, ne pourrait juste nommer.»






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Othello Lehoia
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Dim 2 Déc - 22:37

Joignant ses mains entre elles, Othello écouta patiemment ce que son invité avait à lui expliquer, buvant les paroles comme un vin liquoreux. Ses connaissances en alchimie était bien limitée, aussi elle appréciait de pouvoir en savoir plus auprès d’un spécialiste. Alors qu’il commençait à délier sa langue, elle prit de tirer à elle la chaise face à lui, et s’assoir à son tour, dos droit et mains liées sur table. Une mèche capricieuse se dégagea au passage de la masse, et coula, calculatrice, le long de son épaule pour couvrir son torse et son ventre, tombant presque à terre comme le reste de ses mèches bouclées. Son discours semblait clair et limpide, et elle observait de sa cachette pas si discrète l’étrange faciès à présent pleinement visible du géni des sables.

Il avait une carrure étonnante, et même sans ses fourrures, il semblait immense et carré, taillé par les dunes. Pourtant il n’émanait pas de lui la même impression de force brut et de puissant que pour certains des gardes cimmériens qui assuraient leur protection. Ceux-là ne semblaient que pur muscle et discipline martial. Lui était loin de tout cela : un charisme intelligent, une lueur mystérieuse dans la finesse des traits et l’élégance de la silhouette. Pourtant il était dur de savoir de quel peuple il pouvait bien appartenir, et la question maintient la sirène dans une certaine stase pendant quelques secondes. Gorgoroth, peut-être.. Quoique cette couleur lui faisait penser à certains yorkas, mais elle chasse rapidement cette hypothèse, elle l’aurait senti dés son arrivée. Sindarin, peut-être ? Ses oreilles en pointes le lui confirma rapidement, mais elle se garda bien de demander confirmation.

Il était étonnant de croiser un sindarin loin de Canopée, se dit-elle en contemplant le jeu de vapeurs et de fumée qui se dégageaient du verre dans une longue danse serpentine. De ce qu’elle savait, ils avaient cette flamme patriotique et ardente pour leur souverain, ce qui les poussait à s’éloigner rarement de la capitale.
Pourtant, cet être semblait bien loin des stéréotypes qu’elle s’était faite à leurs sujets. Une peau bleue comme la nuit, des yeux dorés, un visage carré et dessiné avec une chevelure pourpre d’encre, sillonné par des mèches pâles, zigzaguant comme des éclairs… Un physique bien atypique qu’elle jurait ne pouvoir croiser nulle part ailleurs que face à elle. Cela souleva une nouvelle poignée de questions qui vinrent attiser la flamme de curiosité qui s’était allumée dans son ventre.


« Vous jouez avec la nature pour sauver et créer, donc, les machines et les objets… Je crois ? » Murmura-t-elle, en le regardant de nouveau dans les yeux. « Par explosif ou dangereux, voulez-vous dire des armes, des grenades ? » Elle le disait sans grands remords, ni sans grandes considérations. Elle savait que ce genre de choses existaient, et pourtant cela ne la concernait pas énormément. Peut-être que l’ignorance lui permettait de fermer les yeux sur les objets néfastes qui entraînaient dans leurs sillages des âmes pour Kron, et quand bien même, son manque d’empathie ne créait qu’une curiosité sincère.

A sa plus grandes surprise, le voyageur eut l’air des plus étonnés face à son manque d’ambition, et pourtant la yorka ne pouvait cacher son manque d’attachement aux choses matérielles. Alors que le djinn tentait de rattraper un semblant de volonté en elle, la naïade s’amusait un peu de la situation, à le voir sourcils haussés et l’air hagard.
Et il semblait effectivement piqué au vif, car les minutes qui suivirent furent dédier à la pratique d’un bien étrange tour de passe-passe, ayant sûrement pour but de susciter chez la jeune femme un besoin insoupçonné ou une envie brusque. Bien plus amusée qu’envieuse, elle le regarda faire avec une grande attention et l’œil candide et vaste d’un enfant qui voit la mer pour la première fois. L’un après l’autre, bijou, pâtisseries et livre se matérialisèrent sous ses yeux sans qu’elle ne devine l’artifice, et elle huma autant les mets qu’elle ne regarda les pierreries briller sous la flamme de la bougie. Mais à la fin de la démonstration, elle eut peur de devoir une nouvelle fois décevoir le génie.


« Quelle bien curieuse magie… » Dit-elle, subjuguée par ces tours d’apparition et de disparition, se demandant si toutes ces apparitions étaient bien réelles ou le fruit d’illusions particulièrement bien réalisées. « Comment fonctionne-t-elle ? » Sa spontanéité était désarmante, sa soif d’en savoir plus aussi.

Alors qu’elle se posait encore milles questions, elle était sincèrement soulagée de constater que le voyageur n’avait effectivement pas l’air d’en savoir plus sur sa vie secrète et celle des sœurs de Cimmeria. Si cette boîte de pandore pouvait rester fermée, alors elle n’avait rien à perdre à apprendre à un de ces confrères, et si cela ne tenait qu’à elle, elle le ferait gratuitement. Mais il semblait tenace, et s’attachait à vouloir lui rendre la pareille de mille façons possibles. Pourtant ni les bijoux, ni les mets ne pouvait la faire voyager, et les histoires ne pouvaient que bercer ses songes la nuit. Après des années de vie en ermite dans les fonds marins, elle avait appris à vivre loin des considérations matérielles, et s’attachait somme-toute à peu de chose. Et bien qu’elle appréciait vraiment sa ténacité et sa patience, elle se voyait mal lui réclamer quoique ce soit alors qu’elle n’avait rien fait.
Pourtant il y avait bien quelque chose qu’elle se voyait demander à l’étrange érudit, et elle se demandait si il serait de son côté capable de satisfaire ce désir. Assez spontanément, elle continua, perdant son regard dans le verre à moitié vide.


« C’est aimable de votre part de me proposer toutes ces richesses, et je suis persuadée qu’elles feront d’une autre la plus heureuse des dames. Pourtant je ne refuse pas votre proposition, et vous demande un échange de bons procédés : je vous apprends ce que je sais, et vous m’apprenez l’alchimie. » Elle se ravisa quelques secondes, avant de poursuivre. « Tout du moins, les bases. » Elle se doutait que cela ne pourrait pas être accomplis en quelques minutes, aussi pourraient-ils prendre pleinement le temps pendant leurs entretiens. « Si ce marché vous va, alors je consens à vous apprendre ce que je sais. »
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Mar 4 Déc - 20:12

« Par explosif ou dangereux, voulez-vous dire des armes, des grenades ? »

Ishdir venait de lui expliquer sa notion d’alchimiste, et il savait que cela pouvait amener sur la question qu’il redoutait un peu. Son activité d’inventeur et marchand d’armes lui avait, à de nombreuses reprises, fermé des portes. Les personnes devenant alors tout d’un coup totalement hermétique et ne voulait plus faire affaire. Des fois, même avoir une simple discussion était devenu impossible pour les plus réfractaires. Depuis il avait toujours une certaine nervosité à annoncer sa réelle activitée. Malgré le fait qu’il n’avait pas réellement besoin de ces personnes dans sa vie pour être heureux, une fois sa curiosité piqué au vif, c’était toujours désagréable de voir la personne qui l’avait suscité s’enfuir. Il ne voulait toutefois pas mentir, il ne voulait pas donner l’impression de s’en cacher. Il devait juste assumer les conséquences de son métier, tout en usant des mots pour embellir la chose.

« Tout à fait, des armes de toutes sortes. C’est triste à dire, mais l’homme n’a pas encore trouvé d’autre utilité pour ces produits ...»

[...]

Le sage azuré avait usé des mots les plus délicats afin de tenter cette dame qui semblait aussi pure que la neige. Il usa de sa magie pour lui faire miroiter des objets qu’elle ne voyait pas beaucoup dans ces contrées. Il espérait lui montrer ses talents et assumer sa réputation de Djinn. Et pourtant …

« Quelle bien curieuse magie… Comment fonctionne-t-elle ? »

Ishdir était sidéré, abasourdi. Il s’était démené pour trouver des pièces et des mots qui pourraient l’enchanter, et sa réponse sonnait dans sa tête comme “oh, vous avez de belles mains”.  Elle était si désintéressé par les trésors qu’il venait de présenter, qu’elle se souciait plus de la magie qui les lui présenta … Il avait connu bien des hommes et bien des femmes, et pourtant c’était bien la première fois que quelqu’un était si imperméable à ses marchandises. En tant que marchand c’était un coup dur, une défaite cuisante. Et toutefois, le Djinn arborait un large sourire sur son visage.

Il avait devant lui un personnage fascinant, autant par sa beauté singulière et angélique, que par sa personnalité si étrange et irréelle. La curiosité dévorante du sindarin s’était embrasé de mille feux, et tout d’un coup la raison de sa venue lui parut très secondaire. Il voulait surtout découvrir plus, sur la créature qu’on appelait Othello Lehoia. Il prit un peu de temps pour encaisser la surprenante réaction de la dame avant de lui répondre.

« Je ne sais pas si je suis supposé vous le dire, il est coutume de dire que les magiciens ne dévoilent pas les secrets de leur tours… »

Il laissa le silence planer un peu, peut être par esprit revanchard. Il ne voulait pas succomber aux désirs de la dame trop rapidement. Cela dit, il ne pouvait s'empêcher de lui répondre tout de même, ses yeux marron pétillaient d’une curiosité qu’il ne connaissait que trop bien, parce qu’il en arborait lui même des semblables.

« Pourtant comment résister face à des yeux si envieux d’une réponse … » Il se frotta machinalement sa barbe bien taillée, un tic qui apparaissait lorsqu’il réfléchissait. « Pour faire simple je suis capable de ranger dans une poche irréelle un certain nombre d’objets, et les récupérer par une simple pensée. Rien de bien extraordinaire en soi.»

L’ange à la longue chevelure platinée continua la discussion, sa curiosité maintenant satisfaite. Elle allait encore une fois le surprendre, mais également gravir encore plus haut dans son estime.

« C’est aimable de votre part de me proposer toutes ces richesses, et je suis persuadée qu’elles feront d’une autre la plus heureuse des dames. Pourtant je ne refuse pas votre proposition, et vous demande un échange de bons procédés : je vous apprends ce que je sais, et vous m’apprenez l’alchimie. Tout du moins, les bases. Si ce marché vous va, alors je consens à vous apprendre ce que je sais. »

Elle confirma son indifférence envers les merveilles qu’Ishdir lui avait fait miroiter, mettant à mal la fierté du sage. Il accepta la défaite, bon perdant, mais cela avait quand même un goût amer dans la bouche, cela restait un échec pour lui. Il fut cependant très surpris par la tournure que prenait la conversation. Il pensait rentrer à l’auberge bredouille, mais elle lui apprit qu’elle acceptait tout de même le marché.

Et pour quel prix ? Du savoir. La denrée la plus précieuse du monde que bien des personnes ne pouvaient apprécier à sa juste valeur. Pourtant la gracieuse jeune femme, qui se tenait devant lui, avait été indifférent aux présents matériels, que bien des gens auraient acceptés, pour se tourner vers le trésor des sages, la connaissance. Il n’avait pas besoin de plus pour être totalement sous le charme. Elle ferait une éclari remarquable, il n’allait pas manquer l’occasion de la recruter lors de leur prochain échange. Aussi, sa défaite lui parut moins amère, tout d’un coup. La connaissance était la seule denrée qui pouvait surpasser ses cadeaux. On avait là une femme de goût et d'intelligence.

« Une connaissance contre une connaissance ? Voilà un échange que j’appelle équitable. J’avais peur de vous arnaquer, avec ces quelques objets de piètre valeur en comparaison de votre maîtrise. Mais je suis ravie de voir que vous estimez votre savoir à son juste prix. J’accepte évidemment votre proposition. Ce sera un réel plaisir pour moi de vous enseigner, mademoiselle.»

Il laissa son regard traîner autour de lui, le temps de prendre conscience que le marché avait été conclu. Il fallait maintenant l’honorer, mais de quelle manière ?

« Hmm, nous sommes parvenu à un accord … Mais comment voulez vous procéder ?»

Ishdir avait bien quelques idées en tête, mais il voulait d’abord entendre l’avis de sa nouvelle associée.






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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Jeu 6 Déc - 13:07

Alors qu’elle patientait secrètement pour avoir sa réponse, il lui apparut que dans cette obscurité sereine et tamisée, elle lui arrachait pourtant une information qu’il ne souhaitait pas donner. Et comme pour appuyer cette pensée, le silence qui les unissait devint soudainement assez long. Pourtant elle ne voyait pas ce que son travail et ses recherches pouvaient comporter de mal : même si cela concernait des armes, et des secrets léthaux qu’il lui appartenaient, il n’avait pas à pâlir face à cette nature guerrière. Après tout, même si le monde était teintée de paix, il restait sillonné par des affrontements éparses, des volontés de changer le monde qui passait rarement par le pacifisme et la discussion. Même si elle appréciait de croire qu’un jour les âmes trouveront dans le dialogue toutes les solutions, ce n’était pas encore le cas. Et chaque fois où elle déposait quelques gouttes noires dans un verre, elle sentait ce poids ronger son cœur.

Pourtant il finit par répondre, confirmant plus par ce qu’il ne disait pas ses pensées que par ce qu’il avait bien voulu lui livrer. Elle ne s’attarda pas trop sur cela, espérant pouvoir en apprendre vite un peu plus sur cette curieuse activité sans pour autant l’amener vers des retranchements qu’il redoutait peut-être.

Et après son tour de force, elle brûlait encore plus de savoir comment cette fascinante magie pouvait être à son usage dans le cadre de ses pratiques. Cependant il ne tenait pas à révéler si facilement ses secrets, et la sirène, derrière son masque de givre, dû admettre subir une aigre déception. Il était dans son droit de se refuser à répondre, et après tout elle devait le comprendre : c’était à la fois un sujet intime et délicat que l’on pouvait tout à fait jalouser secrètement. Elle-même gardait pour elle ses illusions furieuses qui vibraient derrière chacune de ses rétines. Mais pourtant il y avait dans le regard face à elle une braise pétillante qui lui laissait présager qu’il n’allait pas en rester là, poussant la jeune femme à rester alerte, suspendue à ses paroles comme un désert attendant une pluie fraîche.

Et quand il voulu finalement bien lui expliquer, elle le trouva bien humble face à cette merveilleuse magie. Elle devinait bien pourquoi il avait décidé de ce lancer dans cet étonnant commerce, habilement aidé par une caverne aux trésors perpétuellement caché dans son ombre. C’était à la fois une fascinante capacité, à la fois un avantage non négligeable. Elle s’imaginait déjà pouvoir ranger instantanément une plante ou une algue récoltée dans les profondeurs dans son antre magique pour pouvoir l’utiliser bien plus tard dans un onguent ou une potion. C’était une magie hors du commun, mais elle apprécia néanmoins l’humilité du mystérieux voyageur. Il désirait certainement garder pour lui d’autres secrets, et elle n’écartait pas qu’il ne disait peut-être pas tout. Mais sa sincérité était cependant un cadeau de poids, plus beau que les quelques merveilles qui étaient passées sous ses yeux.

Dévisageant ensuite le vagabond bleu des ses yeux d’ébène, elle attendit sagement sa réponse définitive. En lui proposant ce marché, elle avait réfléchi à toute éventualité, et sûrement à celle qu’il décide lui-même que ce n’était pas équitable. Après tout, connaissance pour connaissance, elle était bien placée pour comprendre qu’elles ne se valaient pas toutes. Certaines étaient plus croustillantes que d’autres, et d’autres encore avaient un prix. Ici, pour ce qu’elle concevait comme un échange de bon procédé, elle était soudain prise de doute. Roulant de sa tête pâle vers la table où gisait encore l’ombre des présents, elle attrapa une mèche sélénite pour l’entremêler discrètement entre ses doigts, sans voir que l’individu face à elle avait l’air pantois, et restait silencieux : elle n’aurait su dire si c’était de surprise ou de déception.

Et pourtant, sons sans étonnement, il voulu bien de son marché. Il accepta élégamment, et elle s’estima chanceuse d’accueillir un nouveau professeur. En retour, elle ferait de son mieux pour lui apprendre au mieux les secrets de sa maîtrise. L’azuré laissa vagabonder son regard, aussi procéda-t-elle de la même façon, redécouvrant une nouvelle fois son humble boutique comme si elle la voyait pour la première fois. Il lui posa une question limpide de logique et de subtilité, qu’il ne lui était pourtant pas venu à l’esprit. En un battement de cil, elle regarda à l’extérieur, constatant que les nuages épais ne répandaient plus la neige, signifiant au passage que les températures étaient devenues si froides que les flocons avaient gelés. La nuit était proche, et sauf si il insistait pour profiter encore un peu de la chaleur du logis, elle jugea plus judicieux de profiter du petit matin plutôt que de la nuit.


« Les nuits cimmériennes sont souvent synonymes de froid ou d’ivresse. Je pense que nous serons dans un meilleur esprit au matin pour que nous profitions de la journée. Je pourrais ainsi vous présenter l’essentiel des plantes que j’utilise, et si un client se présente, vous pourrez profiter de l’examen pour vous instruire. Qu’en dites-vous ? »

Elle attendait bien entendu son avale pour s’assurer qu’ils tombaient sur une entente. La naïade n’était en rien imposante, et elle ne cherchait pas à l’obliger par sa proposition. Après tout, pour quelques raisons que ce soit, il pouvait très bien choisir une autre solution. Dans tous les cas, elle voulait faire au mieux. Un ronflement sonore de Drasha la rappela à son bon plaisir, et elle laissa échapper un sourire amusé.


« Mon familier n’a pas attendu la nuit pour s’endormir. » Expliqua-t-elle à son visiteur, pour répondre à toutes les interrogations qu’il pouvait avoir. Toujours dans l’indécision, elle attendit son retour, espérant connaître le fond de sa pensée, si il avait lui-même un autre désire à lui soumettre derrière ses yeux mordorés.
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Ven 7 Déc - 19:53

« Les nuits cimmériennes sont souvent synonymes de froid ou d’ivresse. Je pense que nous serons dans un meilleur esprit au matin pour que nous profitions de la journée. Je pourrais ainsi vous présenter l’essentiel des plantes que j’utilise, et si un client se présente, vous pourrez profiter de l’examen pour vous instruire. Qu’en dites-vous ? »

Ishdir réfléchit à cette proposition qui semblait tout à fait correcte. Cela dit, il venait d’arriver à Cimmeria et avait encore des affaires en cours. Et puis le partage de connaissance était un processus long qui allait peut être s’étendre sur plusieurs semaines. Il lui fallait trouver un logement plus abordable qu’une auberge de passage. Après un rapide inventaire de ses fournitures d’alchimie, il se rendit également compte qu’il allait devoir se fournir en différents éléments pour procéder à ses cours. Ingrédients, ustensiles et documentation, il lui manquait un peu de tout. Il voyageait avec le strict minimum, son pouvoir restait limité en place. Un ronflement sonore vint le sortir de ses songes, il avait l’habitude de totalement s’isoler du monde lorsqu’il cogitait.

« Mon familier n’a pas attendu la nuit pour s’endormir. »

Le sindarin jeta un œil curieux à la bête qui produisait ces sons, il aperçut le dit animal sans vraiment pouvoir le distinguer à cause de la pénombre ambiante. Il put tout de même découvrir qu’il était assez imposant et muni d’une fourrure aussi scintillante que la pureté de l’hiver. Voilà une nouvelle curiosité qu’il avait hâte de découvrir, décidément, cette femme était pleine de surprise. Mais à l'évocation du sommeil, il se rendit compte que l’heure était bien tardive et qu’il importunait sans doute sa charmante hôte.

« Oh ! Mille excuses, je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps. Vous avez sans doute à faire et un repas à préparer...» fit il tout en se levant. « Pour notre petit accord, je reviendrais dans trois jours afin de commencer nos formations respectives. Je bouillonne d’envie d’apprendre vos petits secrets, mais j’ai d’abord certaines affaires à régler, malheureusement. D’ailleurs, si le matin ou la journée est destiné à l’apprentissage des plantes, peut être que la soirée peut être appliquée aux usages des fioles ? Ou si vous préférez on peut tout aussi bien alterner les journées ? Je vous laisse y réfléchir. On pourra en reparler lors de notre prochaine rencontre.»

Le sage azuré récupéra son manteau auprès de la dame d’argent  et s’emmitoufla à l’intérieur. En voyant le paysage à travers la fenêtre, il lâcha un léger soupir. Il n’avait nul envie de retourner dans le froid mordant qui n’avait fait que s’intensifier pendant leur discussion. La magie des herbes l’avait réchauffé jusqu’aux os, mais il ne pouvait qu’avoir une vague d’appréhension face à ce désert de glace. Nul doute que même les talents de sa nouvelle associée ne pouvait totalement le protéger des intempéries cimmériennes. Mais il ne serait pas contre de s’armer de ces fameuses herbes contre le froid des prochains jours.

« Avant de partir, serait ce possible de me vendre une poignée de vos herbes miraculeuses contre les maux de l’hiver ? J’avoue que cela me serait fort utile ...»

La transaction effectuée, ou non d’ailleurs, il ne voulait pas s’imposer plus longtemps. Il se dirigea vers la porte et se retourna pour saluer Othello.

« Très chère, ce fut un réel plaisir de vous rencontrer. Je vous revois donc dans trois jours, aux premières lueurs de l’aube.» Il fit une élégante révérence avant de s’aventurer dans le froid.

[...]

Il passa donc ces deux jours à vendre les marchandises qu’il avait à vendre. Il trouva un logement pour un mois, avec assez de place pour y installer un laboratoire au besoin. Il trouva un artisan du verre pour lui acheter ou commander des ustensiles particuliers. Il visita l’académie de Néria pour y acheter des ouvrages d’alchimie basique. Et enfin il alla acheter certains ingrédients pour des exercices simples et abordables. Durant ces deux jours de trêve, il ne put s'empêcher de penser à la dame aux cheveux d’ange. Elle avait tous les charmes nécessaires pour enchanter un homme. Et l’attente ne faisait qu’exacerber le désir du sindarin. Belle, mystérieuse, à la personnalité atypique, Ishdir aurait bien pu tomber amoureux, si seulement il savait ce que c’était. Il avait conscience qu’une fois sa curiosité assouvie, il s’en désintéresserait. Et pourtant … À ce moment précis il la désirait ardemment. Le sage n’était cela dit pas un homme qui succombait à ses désirs. Il resterait courtois mais guetterait toutes les opportunités afin de conquérir la dame.

A l’aube du troisième jour, Ishdir était en retard. Il avait le réveil difficile et déambulait dans les rues beaucoup trop froides. Il n’avait pas eu le temps de prendre une collation, il s'arrêta donc dans une boulangerie afin d’acheter une savoureuse spécialité cimmérienne. Après réflexion il en prit deux, cela sera son cadeau d’excuse pour être un peu en retard. Il les rangea dans son antre et se mit en route, d’un pas encore mal réveillé. Il arriva rapidement à l’herboristerie, il avait choisi son logement proche de son nouveau lieu de travail. Comme il est d’usage, il toqua avant de pénétrer dans les lieux. Une fois sur le pas de la porte, il n’oublia pas de saluer la maîtresse des lieux.

« Bien le bonjour, Mademoiselle Lehoia. Je suis ravie de vous revoir. Je m'excuse mille fois de mon léger retard, j’espère que ce petit encas vous fera oublier mon impolitesse.»






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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Sam 8 Déc - 21:30

Une bourrasque violente balaya la rue derrière la rassurante fenêtre fumée, emportant sur son chemin un souffle de flocons. L’ombre d’un instant, elle eut quelques scrupules à l’expédier dehors par les lumières descendances, consciente que les températures devaient approcher un indécent négatif. Elle hésita à lui demander où il logeait, et si son animal pouvait résister au froid. Mais la pudeur et la décence la retint, et elle resta bien silencieuse devant les caprices du vent. La poudre de Cedras avait eut l’air de faire son effet, et le protégerait sûrement des aléas de la météo pendant encore une bonne heure, sûrement plus qu’il n’en faudrait pour qu’il puisse rejoindre un abri. Et pourtant elle ne pouvait s’empêcher de déjà regretter de le voir s’en retourner à la neige.
Néanmoins, un coup d’œil vers l’allure robuste de son visiteur eut rapidement fait de faire taire, en partie, ses scrupules. Il n’avait pas l’air d’être le type d’homme à être emporté par une crise de toux.

C’est sans aucun doute un peu mitigé qu’elle patienta, le dévisageant de son coin de la table alors qu’il prenait un air particulièrement intense, certainement en train d’arpenter un labyrinthe de pensée qui n’appartenait qu’à lui. Brusquement, il sembla sortir de sa torpeur, et joint le geste à sa parole en se levant précipitamment, annonçant poliment son départ tout en donnant son accord à sa proposition. Othello acquiesça, trouvant sage que le mystérieux vagabond prenne les devants et propose lui-même la suite des hostilités. Pour ne pas brusquer son invité, elle se leva à sa suite et s’aperçu brusquement qu’elle semblait bien petite face à ce colosse bleu. S’en sortant tout de même tant bien que mal, elle ondula à travers l’air pour récupérer ses possessions, les lui apportant du bout des bras, écoutant attentivement cet étrange personnage qui semblait déjà déborder d’idées et d’envie.

« Je ne peux vous garantir tous mes secrets, mais je ferai de mon mieux que vous soyez formé au mieux. » Dit-elle avec un sourire poli et sage. « J’espère qu’en retour je pourrais profiter des vôtres. D’ici là, je vais y réfléchir, et tâcherai de réfléchir à une façon qui vous permettes d’apprendre au plus vite, sans pour autant vous assommer de connaissance. »

En lui rendant ses effets, elle attrapa au passage le récipient vide, lui laissant le temps de s’enfermer de nouveau dans sa prison d’étoffes et de fourrure. Il doublait presque de volume avec toutes ses protections, mais elle se doutait qu’il fallut bien cela pour lutter contre le froid. Pourtant elle priait pour que les effets de la racine soit assez efficace pour prospérer le temps qu’il trouve un foyer.


« Je vous attendrai dans trois jours, avec un programme à la hauteur de votre curiosité, c’est promis. D’ici là… » Elle disparut, revenant avec trois petits flacons remplis de la poudre ocre. Avec ce froid et leur conversation, elle s'imaginait mal lui demander un quelconque paiement pour ce qui n'était finalement pas grand chose. « Diluez cela dés que le froid revient, toujours pas petite note. Ce fut un plaisir partagé, Monsieur Pal. Faites attention à vous. »

Elle ouvrit la porte, et le sage de lapis disparu dans le myste de la rue après une élégante révérence, et non sans la même fantasmagorie qui l’avait vu apparaître. La sirène semblait nager en plein rêve : elle peinait à réaliser que tout ceci était bien réel, et le grincement de la porte la ramena avec un brusque claquement dans un semblant de vérité. Comme si elle était en mer, elle se sentait flotter sur un nuage étrange, mais ne luttait pas contre le courant qui la portait au fil de la conversation, de surprise en surprise. Qui plus est, elle s’étonnait elle-même d’avoir accepté si facilement. Elle était habituellement bien méfiante, et n’acceptait que rarement une nouvelle présence autour d’elle, de près ou de loin. Etrangement apte à rendre les armes, Othello resta un moment immobile, la poigne figée dans sa main pâle, les lueurs de la bougies dansant sur son front de neige. Peut-être était-ce l’idée de découvrir plus le monde, de loin ou de près ? Peut-être était-ce cette sensation si vibrante d’avancer dans un songe ? Ou alors, peut-être était-ce l’éloquence, le charisme bleu de ce vagabond venu de loin ?

Une tête ronde et velue la heurta alors et la tira un peu plus a accepté cette nouvelle péripétie du quotidien, en lui imposant qu’il était temps pour elle de revenir à lui. L’imposant Drasha avait raison : l’heure n’était plus à la surprise, et elle alla terminer rapidement sa préparation. L’avenir lui dirait si il reviendrait bien, ou si tout ceci n’était effectivement pas le fruit de son imagination.


***

Pendant les deux jours qui la séparer de leur retrouvaille, elle eut cette même impression que le quotidien avait une nouvelle saveur. Peut-être était-ce l’expectative teintée d’appréhension ? Une chose était sûre, elle flottait toujours sur ses gestes familiers et les têtes connues comme sur un flot constant, tout ayant une nouvelle couleur ou une nouvelle lumière. Alors qu’elle s’attendait à un courant d’air, les jours eurent la sale tendance de s’étendre et de s’allonger comme une bulle dont elle ne voyait jamais l’autre côté. Le soir était synonyme de sommeil sans rêve, alors qu’elle trouvait péniblement le sommeil.
Pourtant elle n’était pas restée sans rien faire : si mener ses offices et ses activités de prêtresse restait une priorité pour la petite dévote, elle s’était retrouvée investie d’une nouvelle verve. C’est avec une certaine passion qu’elle avait fait le tour de sa boutique, et qu’elle avait accueilli ses quelques clients. Cette rencontre inopinée avait eut la vertu de raviver en elle la passion de son métier, et elle appréciait sincèrement de pouvoir la partager avec quelqu’un d’aussi curieux qu’elle. Certains remarquaient que la yorka était particulièrement zélée dans ses compositions et ses prières, sans pour autant oser la troubler, habituellement si impassible.

Le matin convenu, Othello s’était levée, comme à son habitude, avec les premiers rayons du soleil. Elle avait la chance d’habiter au premier étage de sa petite échoppe, l’humble demeure, bien que vétuste, offrant tout de même une habitation complète. Après avoir nourris le fauve et s’être préparée, elle avait entamé de ranger une dernière fois son échoppe, espérant optimiser au mieux son petit espace pour qu’ils puissent apprendre au mieux sans être embarrasser par la petitesse des lieux. Les premiers rayons des soleils traversèrent les fenêtres, illuminant la demoiselle qui s’activait dans un pieux silence. Soucieuse d’être le plus habile possible, elle avait réuni sa crinière en une épaisse natte qui tombait lourdement dans son dos, uni par un lien de tissu au niveau de ses genoux. Dans le même souci du pratique, elle avait passée une robe de coton et de soi pâle, les longues manches couvrant jusqu’au haut de ses mains mais lui laissant tout de même assez de liberté de mouvement pour ne pas être entravée, ni par elles, ni par la longue jupe qui couvrait ses pieds. Son visage ne semblait pas abîmé par la fatigue : candide, simple, dans l’attente de ce que lui réserverait cette étonnante aventure.

Et finalement, avec les premières lueurs du jour, la sirène commençait à se demander s’il finirait par venir. Les secondes passaient, et aucune âme ne se présentait à sa porte. Peut-être était-ce finalement un rêve… Bien qu’elle se montrât froide et impassible, elle du admettre que la déception commençait à ternir le goût sur sa langue. Elle commençait à perdre espoir quand on vint tambouriner à la fenêtre, et dans une inspiration froide qui fit entrer au passage quelques flocons gelés, le grand azuré entra dans l’herboristerie, en s’excusant au passage pour le léger retard. Soulagée, la sirène se ravisa bien vite, arborant néanmoins une forme de quiétude en guise de chaleur sur son visage de porcelaine.


« Ne vous en faites pas, il n’y a pas de mal. Je suis heureuse que vous ayez pu venir sans rencontrer de problème. » Dit-elle, un sourire poli accroché à ses lèvres, lui proposant une nouvelle fois de le débarrasser.

Il pu découvrir les lieux rangés, et bien plus de pots et de plantes offerts aux regards que lors de son passage deux jours plus tôt. Elle avait également sorti quelques fioles, et quelques potions, se doutant bien qu’il leur serait impossible de tout voir en une journée, mais préférant anticiper au cas où. Elle l’invita à s’assoir, déposant son lourd manteau sur un portant à disposition. Une délicieuse odeur de pâtisserie envahit toute la pièce, et elle huma discrètement l’odeur de miel et de sucre. Occupée et ascète, elle n’avait que rarement l’occasion de profiter d’un de ces petits plaisirs, ne pensant jamais à s’en acheter pour elle-même. Voyant en cela l’occasion de profiter d’un petit déjeuner serein avant de démarrer les hostilités, elle se saisit humblement de l’occasion pour en savoir toujours plus sur Ishdir.


« Merci beaucoup pour ces douceurs, Monsieur Pal. J’espère que vous avez passé de bonnes journées : avez-vous pu mener vos affaires comme vous le vouliez ? » Demanda-t-elle, n’osant encore s’asseoir au cas où elle devait aller chercher des boissons chaudes. Sa natte était tombée sur son épaule, et couvrait son torse comme un châle bouclé et blanc. « Je commençais à me demander si vous n’alliez finalement pas venir. Désirez-vous un thé chaud avant de commencer ? »
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Dim 9 Déc - 19:59

Le froid hivernal était conquérant, il succomba très vite à l’appel d’un nouveau territoire lorsque le sindarin avait ouvert la porte. Ishdir s’empressa de redresser les défenses derrière lui, afin de lui couper la route et garder la tiède chaleur de la pièce. La maitresse des lieux l'accueillit toujours avec autant de douceur et d’attention. Si elle avait pris ombrage face au retard du feignant, elle n’en montra aucun signe et arborait au contraire un sourire poli. La lumière du jour, bien qu’encore jeune, offrit au retardataire une meilleure appréhension des lieux et de celle qui allait jouer le rôle de professeur pour la journée. Sa vision ne l’avait pas trompé le premier soir, elle était comme il s’en souvenait. Elle avait une blancheur incroyable, presque fantomatique, ce qui créait un tableau unique d’une grande beauté. Pourtant, il ne savait encore pourquoi, il avait une étrange sensation en la regardant, comme si il manquait un détail ou qu’au contraire tout était trop parfait.

La douce créature, toujours soucieuse de s’occuper avec le plus grand soin de son visiteur, le débarrassa de son épais manteau. Ishdir avait toujours une appréhension en se dénudant ainsi, la température était encore bien trop basse pour satisfaire les critères de l’éclari. Il continua à suivre son hôte et rejoignit la table. Au vu de son invitation, l’ange de glace semblait apprécier l’idée d’un encas avant les labeurs de la journée.

« Merci beaucoup pour ces douceurs, Monsieur Pal. J’espère que vous avez passé de bonnes journées : avez-vous pu mener vos affaires comme vous le vouliez ? »


« C’est bien normal, je vous en prie. Après tout, ne m’avez vous pas offert ces quelques herbes l’autre jour ? Et je dois dire qu’elles m’ont servi à passer de bien meilleures journées, je l’avoue. Mes affaires m'exposant bien souvent au caprice du climat, elles m’ont changé la vie, littéralement. Mais la plupart de mes transactions sont maintenant finies, je vais pouvoir profiter de la chaleur d’un logis dorénavant.»

Ne la voyant pas le rejoindre autour de la table, le sage bleu douta si elle était réellement encline à prendre une collation finalement. Cela n’avait peut être été qu’un simple geste de politesse qui cachait un discret agacement. Après tout, elle s’était possiblement déjà sustenté et aurait préféré commencer le plus rapidement possible. Mais avant que son esprit ne le pousse à l’action, elle rassura le sindarin névrosé.

« Je commençais à me demander si vous n’alliez finalement pas venir. Désirez-vous un thé chaud avant de commencer ? »

« Ca aurait été bien indélicat de ma part de manquer à mes obligations, surtout que je suis celui qui est venu vous importunez en premier. Et si c’est proposé avec tant de douceur, comment refuser une offre si alléchante. Mais j’accepte seulement si vous comptez m’accompagner, je ne voudrais pas trop m’imposer. »

A n’en pas douter, la gentillesse de la dame l’aurait poussé à lui offrir ce thé de toute façon. Ishdir disposa les deux parts de ses délices sucrées et commença à attaquer la sienne, sa curiosité l'empêchait d’attendre le retour d’Othello. Il n’était pas très difficile en nourriture mais adorait découvrir des spécialités locales. Malgré ses nombreux voyages à Hellas, il y avait encore bien des mets qu’il n’avait goûtés. Il prit donc le temps de savourer cette première bouchée. Son palet délicat lui permit même de cerner l’ensemble des saveurs présentes, résolvant ainsi un mystère de plus. Au retour de la créature angélique qui lui ramenait le saint Graal, il se permit de la questionner à son tour, curieux de la prospérité du lieu.

« Et vous, Mademoiselle ? Comment c’est passé ces quelques journées ? Les affaires vont elles bon train pour votre échoppe ?»

Le sindarin bleu n’allait pas se faire prier et allait apprécier le thé dès que les herbes auraient fini d’infuser. Il avait encore les membres frigorifiés et une boisson chaude allait le revitaliser.






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Othello Lehoia
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Jeu 13 Déc - 12:33

« Ces herbes ne sont pas grands choses, vous savez. Mais je suis heureuse qu’elle ait pu vous rendre la tâche plus douce. Vous apprendrez ce qu’elles sont, donc libre à vous de les utiliser après notre apprentissage. » Murmura-t-elle, debout à côté du mur où elle venait de déposer son manteau. « Et dois-je comprendre que vous avez trouvé un logis ? »

Se loger à Hellas pourrait paraître une tâche difficile, et pourtant la capitale cimmerienne n’était pas la capitale la plus courue du continent. Les maisons les plus chaudes et les plus isolées étaient très désirées, et pour beaucoup les habitants qui y logeaient depuis des années avaient déjà eut le temps de modifier, améliorer, agrandir leur maison au-delà du raisonnable. Mais pour les autres, les maisons des quelques-uns qui avaient préféré troquer leur habitation pour des climats plus cléments, il ne restait que des maisons creuses, seules et vides… Et idéalement facile à louer pour quelque jour, ou même à racheter pour les plus offrants. Ce n’était pas surprenant qu’il ait pu trouver une habitation, néanmoins, que ce soit aussi vite et aussi simplement, elle en était heureuse.

Après qu’il eut accepté sa proposition, la sirène disparue de la petite boutique pour s’en aller vers son arrière-boutique, qui lui servait à bien plus que d’entreposer des plantes. Laboratoire, cuisine, et rangement, tant d’univers s’entremêlaient pour lui offrir toujours plus de sens pratique. Elle attrapa un réchaud, y plaça de l’eau claire et eut vite fait de faire bouillir l’eau. Elle y versa généreusement un mélange de feuille de thé, de bâtons de cannelle, de pomme et de poivre, qu’elle regarda un instant tournoyer en rythme avec les bulles rondes qui remontaient inlassablement à la surface. L’eau devint bien vite un bouillon sombre et rouge, et toute la palette d’odeur de la pièce prit une nouvelle couleur. Avec une grande patience et de quoi ne pas se brûler, elle finit par attraper le récipient pour en verser le contenu dans une grosse théière de porcelaine usée par des années de labeur, dont le dessus était surmonté d’un petit passoir en émail.
En revenant en compagnie du voyageur, la bouche pleine et dispersant autour de lui le bruit intense et croustillant d’une mastication saine, Othello emporta avec elle l’odeur d’infusion qui eut vite fait de changer la pièce. En disposant face à elle deux tasses qu’elle remplit une fois le liquide suffisamment infusé, elle finit par s’assoir face à lui, tirant à elle une des petites douceurs.

Cela faisait quelques mois, peut-être mêmes quelques années qu’elle n’avait pas prit le temps de profiter d’un petit déjeuner en compagnie de quelqu’un. Ses pensées gambadèrent dans ses souvenirs comme une biche à travers des bois épais, et il lui fallut quelques secondes de réflexions pour retrouver ce moment, en face d’Anou, alors qu’elle venait d’acquérir son herboristerie. La masure manquait de s’écrouler sur elle-même, et il lui avait fallu une grande patience pour la remettre sur pied. Pas encore dans les ordres, la belle brune venait la visiter tout les jours pour la convaincre de la rejoindre chez les sœurs, et Othello ne se montrait pas un poisson aussi facile à ferrer. C’était autour d’une même pâtisserie qu’elle avait finit par abdiquer après des mois de débat. Et finalement, elle avait trouvé dans l’ordre une nouvelle raison de vivre.

En sortant de son songe, elle regarda un instant le jeune homme – ou l’était-il ? Elle n’aurait pu lui donner un âge : sa peau bleue comme un crépuscule ne semblait pas sillonnée des signes de l’âge, et pourtant son visage renvoyait une maturité certaine. A deviner, elle lui donner une trentaine d’années, le poids de son intellect étant presque palpable sous cet Amat de cheveux sombres, clairsemés de mèches blanches comme des éclairs. Et pourtant il avait dans le regard une lueur crépitante et amusée, une flamme vive et pétillante de la découverte, alors qu’il mâchait délicieusement la pâtisserie, sa mâchoire vivant au rythme de sa dégustation. Un curieux personnage tout droit sorti d’un conte, comme le livre épais qu’il avait sorti de son chapeau il y a deux jours de cela. La sirène hésita, ne sachant même de quel peuple il pouvait bien venir. Tout ce qu’elle savait était qu’il ne pouvait être ni terran, ni yorka : elle l’aurait tout de suite senti. Ce qu’il lui laissait tant de possibilités…

Sa voix rompant le silence fut comme le tonnerre qui la tira de sa rêverie. Othello redressa son regard, et sembla hésiter un instant, bien qu’il n’était pas difficile de répondre à cette question. Souffla une seconde sur le dessus de sa tasse comme pour chasser la vapeur qui s’en dégageait, elle joint ses mains autour du récipient chaud et s’attaqua à répondre à sa curiosité :


« J’imagine que je ne peux répondre ni bien ni mal. Mais entre les offices au temple, et mes quelques clients, je n’ai pas eu à me plaindre et suis restée bien occupée. » Elle réfléchit un instant à comment étoffer ces quelques mots, somme toute assez simples. Enlaçant son menton de deux doigts, elle leva quelques secondes les yeux au plafond, décrivant un arc de cercle en pleine réflexion avec ses deux sphères d’ébène. « Mes principales activités en tant qu’herboriste tournent principalement autour des nombreux rhumes et des brûlures dû au froid, donc rien qui ne soit trop dure à soigner. Mais je ne cracherai pas sur un ou deux défis plus compliqués de temps en temps. » Elle laissa échapper un sourire volatile qui s’envola avec les vapeurs chaudes.

C’est ce moment que choisi le tigre pour sortir de sa cachette et de sa bien méritée sieste qui l’avait occupée toute la nuit. Annoncé par un grognement sonore et grognon, il arriva dans la pièce par le passage de l’arrière-boutique, sûrement tiré de sa torpeur par les odeurs gourmandes. L’animal, qui ne perdait pourtant pas sa superbe, n’avait pas l’air très réveillé, et semblait à moitié assoupi, baillant de toute sa mâchoire au moment de passer la porte. Pourtant, dés qu’il aperçu l’invité, il se figea, et son expression changea du tout au tout. Ses grands yeux bleues parurent de glace, et il se cambra légèrement pour sa donner de la stature, déjà colossale à côté de la petite sirène et de sa menue boutique.


« Rash’Nayek, Drasha. » Siffla la jeune femme dans le langage de l’animal, appris par une consœur. « Ceci est mon familier, Drasha. Il ne vous fera aucun mal, mais il doit s’habituer à votre présence. » Non sans râler, le fier animal resta en place, droit et srcutant, l’œil impassible et immobile posé sur le voyageur. Othello, soucieuse de ne pas faire planer de tempête par la venue de l’animal dont le sale caractère pouvait être impressionnant, poursuivi à la hâte, ne prenant pas la peine de sélectionner sa prochaine question parmi toutes ses possibilités et en disant la première interrogation qui lui traversait l’esprit : « L’autre soir, vous étiez vous-même en compagnie d’un bien noble animal. Qui était-ce ? »
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Ven 14 Déc - 20:07

« Et dois-je comprendre que vous avez trouvé un logis ? »

« C’est exact. Bien que je déplore son isolation très sommaire, je vais devoir faire avec. Mes contacts dans la cité m’ont affirmé que je trouverais pas mieux dans de tels délais, de toute façon.»

Alors que l’ange blanc s’éloignait vers la cuisine pour leur porter du thé, Ishdir rumina un instant en repensant à cette demeure. L’isolation était de piètre qualité, et il en savait quelque chose, il avait lui même bâti des demeures cimmériennes. Avec son maitre, il avait sans doute participé à la création d’habitations faisant parties des plus pointus et confortables de la région. Quel comble de devoir être logé dans une pareille bâtisse. Il avait toutes les connaissances nécessaires pour améliorer son logis, mais n’avait ni le temps ni les moyens de le faire. En y repensant, il se disait que c’était peut être une bonne idée de s’acheter une demeure dans ses lieux de passage récurrents, quitte à les construire lui même. Cela rendrait ses escales bien plus appréciables. Ca pouvait lui prendre des années, mais cette idée commença à prendre forme dans son esprit. Il mit cette réflexion de côté pour se reporter sur sa charmante hôtesse qui rapportait avec elle une odeur délicate.

« Merci.» fit simplement le sindarin en acceptant la tasse qu’on lui servait. Son nez s’émerveilla face à la douceur parfumée qui emplissait ses narines. Il plaça son museau au dessus du mélange pour en discerner chaque secret. Il se délecta de l’odeur sucrée et empreinte d’une épice qu’il affectionnait particulièrement, la cannelle. Il usait régulièrement ce genre d’épices pour ses encens, à tel point que ses vêtements et lui même pouvaient en dégager la fragrance.

« Mon nez m’indique que vos talents ne s'arrêtent pas à la préparation de remède … Je ne l’ai pas encore gouté que je le savoure déjà ...»

A peine eu il finit sa phrase qu’il y plongea ses lèvres pour en déguster une gorgée. Le thé était encore trop chaud, mais ça ne dérangeait pas l’azuré, au contraire.

« ...Superbe. Ce thé est délicieux. » Conclut il.

Il apprécia le moment présent, une douceur déjà bien entamée d’un côté, un thé d’une grande qualité de l’autre et surtout une radieuse compagnie à observer. Tout en savourant son petit déjeuner avec l’élégance qui était la sienne, il en profita pour questionner la dame. Sa réponse ne se fit pas attendre :

« J’imagine que je ne peux répondre ni bien ni mal. Mais entre les offices au temple, et mes quelques clients, je n’ai pas eu à me plaindre et suis restée bien occupée. Mes principales activités en tant qu’herboriste tournent principalement autour des nombreux rhumes et des brûlures dû au froid, donc rien qui ne soit trop dure à soigner. Mais je ne cracherai pas sur un ou deux défis plus compliqués de temps en temps. »


Elle ne croulait donc pas sous la fortune. Pour le sage bleuté, c’était peut être là une opportunité. Il voulait s’attirer les faveurs de la dame et sans doute que rendre son activité plus prospère était un moyen d’y parvenir. Mais il se demanda ce qu’étaient ces offices au temple. Il avait visité le temple de kesha qui se trouvait dans la cité, était ce de celui là dont elle parlait. Il connaissait l’ordre des prêtresses de Cimméria, mais ne pouvait en conclure qu’elle en faisait partie. Il stocka cette information pour plus tard. Découvrir les facettes et le passé des gens est souvent un jeu de piste. Il ne ratait donc aucun détail qui pouvait lui en apprendre plus sur l’objet de sa curiosité. La dernière remarque sur un challenge plus corsé lui faisait réellement penser à un éclari.

Ishdir se redressa soudainement sur son siège à la découverte de la bête qui entra dans son champ de vision.

« Rash’Nayek, Drasha. Ceci est mon familier, Drasha. Il ne vous fera aucun mal, mais il doit s’habituer à votre présence. »

Le sindarin ne compris pas ses premiers mots. C’était là un langage qu’il n’avait jamais entendu, bien qu’il ait beaucoup voyagé. Il se posa pour la première fois la question des origines de jeune femme. Il la prenait pour une terrane jusqu’à preuve du contraire, et c’était peut être là un élément de réponse. Il remit cette réflexion pour plus tard car toute son attention était portée sur l’animal. Ceci n’était pas un familier ordinaire, les tigres et autres prédateurs supportent généralement très mal la servitude et préfèrent l’indépendance. Et pourtant il était là, au sein d’une maison au milieu de la capitale Cimérienne. Et aux vues de la frêle apparence de son hôtesse, nul doute que ce n’était pas par la force qu’elle l’avait apprivoisée.

« L’autre soir, vous étiez vous-même en compagnie d’un bien noble animal. Qui était-ce ? »

Ishdir avait entendu la question, et pourtant il restait fixé sur le fauve, autant fasciné que alarmé par sa présence. Le temps s’allongea. Il ne répondit pas tout de suite, toujours plongé dans son observation minutieuse et l’estimation du danger que le tigre représentait. Au bout d’un certain il finit par daigner se réintéresser à la dame de l’hiver.

« Hmm ?! Oh … Euh … Je pense que vous parlez du rhinocéros blanc qui m’accompagne dans mes voyages, non ? Je ne lui ai pas réellement donné de nom, je l’appelle simplement la mule. Une bien belle bête mais moins dangereuse que votre animal … Comment diable vous êtes vous liée à lui ? »






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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Lun 7 Jan - 11:52

A force de vivre avec l’animal, Othello oubliait souvent l’effet que sa présence pouvait avoir sur le reste du monde. Et quand elle vit les yeux de foudre s’écarquiller face au félin et son air devenir brusquement alerte, elle comprit qu’il n’y avait plus qu’elle pour être habituée à la carrure dominante et musclée de Drasha. Le tigre avait maintenant six ans, et n’était qu’au début de sa vie. Mais sa taille et son allure sombre le rendait aussi impressionnant qu’un ancien. En soit, rien de bien rassurant, sauf pour elle qui avait l’impression de voir en lui un frère plus qu’un animal. Sa tentative pour balayer le sujet s’avéra un échec, qui lui permit de bien saisir la tension palpable qui montait dans la pièce.
Le tigre s’était installé face à eux, allongé nerveusement sur son ventre, les pattes à moitié contractées. Sa queue fouettait l’air à un rythme très régulier, ondulant comme une couleuvre sur le plancher sombre. La sirène aurait été certainement plus inquiétée par le spectacle si elle ne savait pas qu’il offrait cette même comédie à chaque nouvel invité, cette force démonstration de force pour s’imposer comme mâle alpha. Il avait comme défait d’être trop fier, mais pas celui d’être agressif.

Ishdir finit par lui répondre, mais elle comprit vite au son de sa voix et à son empressement qu’il n’avait rien de serein. Pourtant il parvint à lui expliquer qu’il s’agissait là d’un rhinocéros blanc, une créature qu’il ne lui semblait exister que dans les rêves. Mais alors qu’il balbutiait des questions, elle se posait en même temps exactement les mêmes. Comment avait-il pu se lier à telle monture ? Ce monstre de cuir et de cornes n’était-il pas trop sauvage pour être monté ? C’était là un mystère à résoudre, mais chaque chose en son temps, et elle sentit que si elle ne se jetait pas à l’eau, il finirait par défaillir. En théorie, cette histoire restait sienne, et il n’y avait que peu d’oreilles pour l’avoir recueilli. Mais elle n’hésita pas longtemps, la banalité de celle-ci pouvant peut-être détendre l’atmosphère.


« J’ai sauvé Drasha des braconniers alors qu’il n’était qu’un petit. C’était il y a quelques années et il a bien grandi, mais nous ne nous sommes pas séparés depuis. » Et nous ne nous quitterons plus, eut-elle envie d’ajouter, mais elle garda pour elle ces derniers mots. « Il ne vous fera rien, il souffre simplement d’un excès d’égo de d’une tendance à vouloir trop s’imposer, surtout sur les nouveaux venus. Mais je le nourris assez pour qu’il n’ait pas à dévorer mes clients et connaissances. Cependant je suis assez curieuse de savoir comment vous avez pu vous lier avec votre mule, qui me paraît outrageusement plus dangereuse que mon félin. » Elle lui adressa un sourire, espérant briser la tension.

Assez naturellement, elle attrapa sa pâtisserie pour en croquer un morceau, attirant immédiatement l’attention du tigre dont les yeux se chargèrent d’envie. Il rampa vers elle, lui permettant de glisser ses doigts sur sa tête ronde et velue. Ses yeux clairs brillaient de désir pour la petite douceur que la yorka savourait, retrouvant avec plaisir le goût du miel et du beurre, et le croustillant de la pâte rehaussée par un peu de cannelle. Elle ne pu s’empêcher de réprimer un sourire et un
« c’est délicieux, merci beaucoup », reposant devant elle le présent sucré. Elle en glissa subtilement une miette entre les dents du tigre qui, satisfait, s’allongea à côté d’eux sans plus se préoccuper de leur attention.

Alors que le débat glissait et qu’elle écoutait l’histoire de la mule, elle songea au travail qui les attendait. Le tout était de savoir par où commencer. Le voyageur ne semblait pas encore connaître la flore locale – et elle ne saurait dire jusqu’où allait son savoir sur la botanique tout court. Aussi, il était sûrement mal venu de se lancer dans la manipulation directe au risque de l’embrouiller plus qu’autre chose. Pour débuter en douceur sans le brusquer, un tour d’horizon de la flore cimmérienne était peut-être la meilleure option. Continuant sa dégustation et avalant par la suite deux gorgées de thé. Elle proposa au nomade le résultat de sa réflexion.


« Si vous le désirez, la matinée peut être consacrée à l’apprentissage de la flore – bien que cela risque de grandement déborder. Mais cela permettra de voir au moins les principales, celles que j’utilise en majorité dans mon travail. »

De plus, elle ne comptait pas fermer boutique, persuadée que le contacte avec les clients ne pourrait être que bénéfique au commerçant du sud. Et puis, il se pourrait que la présence de cet homme soit positive pour son commerce, qui sait ? Mais l’heure n’était plus à cela, et elle finit d’une traite son breuvage. « Qu’en pensez-vous, monsieur Pal ? ». Son ton n’était absolument pas directif, et elle se voyait mal imposer quoi que ce soit à celui qui était venu quérir son aide. Quoiqu’il décide, elle pourrait faire en fonction de son invité. Après tout, ils avaient tous les deux du pain sur la planche.
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Mar 8 Jan - 19:19

Ishdir continuait de fixer le tigre blanc qui s'exerçait à une posture d’intimidation. Le sage n’était pas vraiment un homme d’action, et avoir une bête capable de le dépecer dans la pièce, le rendait quelque peu nerveux. La peur était pourtant mêlée à une grande admiration pour l’animal et une certaine fascination. Il n’avait que détourné brièvement le regard afin de répondre à son hôte. Il écouta l’histoire de ce compagnon atypique tout en ne le lâchant pas du regard.

« J’ai sauvé Drasha des braconniers alors qu’il n’était qu’un petit. C’était il y a quelques années et il a bien grandi, mais nous ne nous sommes pas séparés depuis. Il ne vous fera rien, il souffre simplement d’un excès d’égo de d’une tendance à vouloir trop s’imposer, surtout sur les nouveaux venus. Mais je le nourris assez pour qu’il n’ait pas à dévorer mes clients et connaissances. »«Très bonne initiative.» Ne put s'empêcher de glisser le sage.«. Cependant je suis assez curieuse de savoir comment vous avez pu vous lier avec votre mule, qui me paraît outrageusement plus dangereuse que mon félin. »


Malgré l’assurance de l’herboriste sur la sécurité de la situation, l’azuré ne pouvait s'empêcher d’avoir un doute. Il avait du mal avec les animaux car ils pouvaient se montrer imprévisibles. Il avait vu, à de nombreuses reprises, des maîtres essayant en vain de contrôler leurs animaux de compagnie. Mais celui-ci serait bien plus dangereux s’il devenait agressif. Toutefois sa raison reprit le dessus, et nul doute que si il était si dangereux, sa maîtresse aurait eu bien des problèmes par le passé. Et puis il semble qu’ils se côtoient depuis de nombreuses années, Ishdir réussit à se détendre un peu tout en gardant le félin au coin de l’oeil. Mais l’animal sembla se désintéresser du nouveau venu pour se concentrer sur la nourriture que sa maîtresse consommait élégamment. Il se rassura en constatant que, félin ou rhinocéros, le nerf de la guerre c’était la nourriture.

« J’imagine que l’on craint ce que l’on ne connaît pas. La mule qui me sert de monture est bien trop feignante pour être agressive. Elle ne me défendrait même pas si un malheur apparaissait. Contrairement à vous, je ne suis pas particulièrement proche de mon compagnon. Je l’ai acquis à un seigneur marchand, il y a quelques années maintenant. Disons que tant que je la nourris convenablement, elle accepte de me porter sur son dos, tout simplement.»

La tension de la scène maintenant désamorcée, ils purent finir leur petit encas matinal dans la sérénité.

« Si vous le désirez, la matinée peut être consacrée à l’apprentissage de la flore – bien que cela risque de grandement déborder. Mais cela permettra de voir au moins les principales, celles que j’utilise en majorité dans mon travail. Qu’en pensez-vous, monsieur Pal ? »

« Vous pouvez m’appeler simplement Ishdir. Et ça sera avec plaisir. Je vous fais confiance pour mon apprentissage. D’ailleurs j’ai une question, récoltez vous vous même vos fournitures ? La saison ne semble pas très propice à la cueillette mais je pense que ça me serait instructif d’y participer. »






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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Jeu 10 Jan - 19:15

« Vous avez toute votre vie pour apprendre à vous lier à elle. Un si noble animal mérite un bien noble lien, non ? Mais si vous le respectez, il le sentira et deviendra une monture plus noble encore. »

C’est avec sérénité qu’elle accueillit de nouveau le calme et le silence, et le coton duveteux de l’apaisement qui se tissait dans la pièce. Et avec un profond sentiment de responsabilité qu’elle accueillit également la réponse d’Ishdir, ressentant un frisson invisible dans son dos. Si elle avait été amenée à aider de jeunes sœurs dans les prières, elle n’avait jamais été douée pour les relations humaines, et appréciait le plus ces instants dés qu’ils se terminaient. Et la voilà à créer toute une leçon pour un parfait étranger. Et pourtant, pour une raison que la dépassait, elle n’était rebutée par la tâche. Bien au contraire, elle semblait apprécier cette compagnie, et de pouvoir partager sa passion avec quelqu’un qui estimait autant la connaissance qu’elle. C’était déjà un plaisir de pouvoir être assise à échanger, et elle appréhender seulement ses prochaines leçons. Elle avait d’ailleurs de sérieux doutes sur ses talents de pédagogues. Mais mieux valait échouer que de rester témoin, aussi préféra-t-elle ne pas trop y penser.

Elle récupéra sa tasse quand sa dernière question l’arrêta un instant. Elle n’eut pas besoin d’y réfléchir longtemps puisque le problème lui apparaissait comme flagrant.

« Il y a bien quelques racines que nous pourrons aller cueillir au pied des monts. C’est un peu tôt, mais j’imagine que les effets seront plus forts si la pousse est jeune. » Othello poussa un léger soupir gêné avant de poursuivre, ne sachant trop comment formuler les choses. « Pour le reste des récoltes, je vais y réfléchir. »

La boutique de la prêtresse trouvait sa félicité dans ses recettes de potions, et dans l’utilisation qu’elle faisait, presque exclusive, de plantes marines. Son travail concernait principalement les algues, coraux, coquillages et petits poissons des récifs gelés. Et de toute la région, il n’y avait bien qu’elle pour proposer cela. Et pour se faire, sa nature yorka était particulièrement utile. Une fois par semaine, elle se rendait sur les côtes et passait une dizaine d’heures immergées, récupérant ce dont elle avait besoin tout en s’accordant un moment de liberté dans les bras de l’océan. Les vagues froides et la glace devenaient alors un bouclier, un vitrail translucide qui l’abritait et la protégeait, lui permettant d’être l’animal qu’elle était.
Cette forme, elle la gardait jalousement et solidement du reste du monde, et elle n’avait été ainsi vu que par une poignée de personne. Et bien qu’elle appréciait le nomade, elle s’imaginait mal se montrer en hybride et soumettant à son regard ce corps décousu et aqueux, aux membranes aquatiques et aux longues pointes menaçantes. Donc pour l’un et l’autre, l’opération demandait réflexion, assez pour que la sirène puisse se soumettre à ce besoin d’apprentissage et de confiance.

D’une main habituée, elle récupéra les tasses quand tout fut finit, et débarrassa la table. Suivie de près par Drasha qui agissait comme un mâle possessif, elle s’en alla assez longtemps pour ranger et nourrir le félin, laissant un instant le nomade vagabondait dans la boutique. Quand elle revint, c’était les bras chargés de bocaux, eux-mêmes remplis à rebord d’herbes, de feuilles, de longues algues brunes, et autres étrangetés. Avec simplicité, elle les déposa tout autour d’eux, un peu partout, sans grandes hiérarchies. Elle ne se sentait pas très douée pour gérer une master classe, aussi qu’ils ne soient que deux était assez appréciable, et moins impressionnant. Quand elle eut tout disposé, elle se retourna vers lui.


« Alors, prêt à entamer le travail ? » Demanda-t-elle, un sourire complice au lèvre. « Avant toute chose, j’aimerai que vous me disiez ce que vous savez, largement, de l’herboristerie. » Ce serait une bonne façon de savoir où ils pouvaient commencer, et ce qu’elle avait concrètement à lui apprendre. « Ici, je travail principalement les plantes marines, les algues, et la petite faune de la région. Il y a-t-il des choses ici que vous connaissez déjà ? » Là encore, elle essayait d’encercler les attentes de son invité au mieux. Cherchant ses yeux dorés, elle regardait ses réactions, essayant de savoir à quel degrés il était à l’aise, espérant d’avance ne pas le décevoir.
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Ven 11 Jan - 23:40

« Il y a bien quelques racines que nous pourrons aller cueillir au pied des monts. C’est un peu tôt, mais j’imagine que les effets seront plus forts si la pousse est jeune. Pour le reste des récoltes, je vais y réfléchir. »


« J’avoue ne pas être très enjoué face à l’idée d’arpenter ces terres enneigées, mais je suis prêt à braver le froid, pour la science. On dit que connaître l’habitat naturel des plantes aide à comprendre comment les utiliser en alchimie. Et puis cela me sera utile si un jour je dois cueillir mes ingrédients moi même.»

Cette réflexion avait été apporté par Melchior, son maître en alchimie durant ses jeunes années. Il lui avait dit que les ingrédients alchimiques étaient comme des personnes, avec un corps et une personnalité. Pour savoir comment les utiliser correctement et comment bien les marier ensemble, il fallait les comprendre. Et pour cela, les voir dans leur environnement pouvait aider à les cerner. Pour Ishdir c’était encore un peu flou. Malgré ses compétences, il n’était pas un maître en alchimie. Il passait le plus clair de son temps à élaborer des plans de construction plutôt qu’à travailler ses compositions.

Leur collation finie, la dame à la forme angélique débarrassa la table d’une main gracieuse. Le sage put contempler une nouvelle fois les mouvements somptueux de la belle jeune femme. Même dans les tâches anodines, une certaine aura rayonnait autour d’elle, la rendant captivante. Son admiration se heurta au prédateur zébré qui lui lança un regard de défi. Un léger frisson parcourut l’échine du Don Juan. L’avertissement de la part de la peluche de guerre était claire. La dame ne serait pas aisée à approcher avec un animal aussi protecteur. Ishdir se promit d’acheter de belles pièces de viande afin d’amadouer la grosse bestiole. L’entreprise était sans doute futile, mais le jeu en valait la chandelle.

Le temps continuait à s’écouler dans cette pièce vide. Le sage se redressa et déambula dans le magasin. Il ne toucha qu’avec ses yeux, ne voulant pas paraître impoli envers son hôte. Ses perles d’or naviguèrent de curiosité en curiosité, jusqu’à ce qu’ils puissent enfin se poser de nouveau sur la peau délicate d’Othello. Armée de nombreux bocaux qu’elle disposa sur son comptoir, celle ci semblait prête à attaquer la journée de travail.

« Alors, prêt à entamer le travail ? » « Plus que jamais.» « Avant toute chose, j’aimerai que vous me disiez ce que vous savez, largement, de l’herboristerie. Ici, je travail principalement les plantes marines, les algues, et la petite faune de la région. Il y a-t-il des choses ici que vous connaissez déjà ? »

Tout en répondant à l'interrogation de la dame, l’azuré observait les pots, attrapant ceux qu’il voulait admirer de plus près et humant leur parfum pour tenter de les reconnaître.

« J’ai une connaissance basique. J’ai été apprenti pour un herboriste pendant mes jeunes années. Mais j’avoue que le souvenir est lointain, et puis c’était la flore d’un autre lieu bien différent des terres cimmériennes. J’imagine qu’on peut dire que je connais les processus de préparation, cependant je n’ai aucune connaissance des plantes de la région. Mais peut être que j’ai déjà pu mettre la main sur certains de ces ingrédients durant mes voyages ...»

L’érudit naviguait de bocaux en bocaux, mais ne pouvait pas vraiment les reconnaître. Il perçut que la plupart avaient une odeur forte et sentaient l’iode. Cela faisait sens d’après les dires de son professeur, c’était principalement des plantes marines.

« J’avoue que je voyage principalement au sein des terres d’Istheria, je ne connais que très peu les territoires côtiers. Je ne reconnais aucun ingrédient ici, à part cette pousse. Si mon nez ne me trompe pas, c’est l’ingrédient que vous m’avez gracieusement offert contre le froid. Les plantes maritimes sont pour moi un mystère.»

Après un moment de réflexion, le sindarin se demanda comment ces ingrédients maritimes pouvaient être récoltés. Se servait il de filet ? Est ce que les ingrédients étaient refoulés par la mer à certaines périodes ? Étaient ils cueillis aux abords de falaises ? Beaucoup de questions qu’y resteront muettes. Au lieu d'interrompre la leçon, il préféra la laisser guider leur barque dans ce voyage au pays des algues.






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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Mar 15 Jan - 11:43

En regardant le nomade, la sirène se promit d’organiser, tôt ou tard, une séance de marche dans les montagnes. Hellas jouïssait déjà d’une situation idéale pour la cueillette sauvage : placée entre plusieurs montages et déjà en altitude, on retrouvait un florilège de fleur et de plante grasse particulièrement robustes à la longévité impressionnante. C’était un lieu de choix pour récupérer des spécimens rares, à conditions de ne pas avoir la main trop lourde. La plupart des arbustes ne seraient pas encore en floraison, mais il y avait bien la ragorra qui était disponible à profusion. Les premiers plans étaient à deux heures de marche, ce qui était relativement court pour le pays gelé, et si ils se retrouvaient sous un temps clément, ils pourraient probablement en récupérer ensembles. Et comme le soulignait lui-même l’homme bleu, ce serait un bon exercice.

Avant cela, il leur faudrait tout de même passer par les bases. Et pour l’instant, elles étaient dispersées tout autour d’eux, dans une douzaine de larges bocaux de verre. Mais c’était rassurant de voir que son nouvel élève se montrait déjà curieux : il attrapait les pots avec une innocence presque candide, et une avidité surprenante. Comme si il brûlait d’une soif intarissable de connaissance, d’une flamme toujours plus vive qui le poussait à tout apprendre, à tout comprendre de ce qui l’entourait. Ces maigres récipients n’étaient qu’un petit aperçu de cela, et pourtant il ne se réfrénait pas pour tout découvrir, pour sentir, toucher, changeant d’expression à chaque nouvelle fragrance. Un appétit féroce, et un grand raffinement dans ses différentes mimiques, qui laissa la sirène silencieuse et admirative.

En même temps, il expliqua qu’il n’avait finalement pas le niveau escompté, et réhaussa au passage les attentes de la jeune femme. Il avait donc servi un herboriste… C’était une excellente nouvelle. Dans ce métier, les gestes, les parfums, les mouvements : rien ne restait effacé à jamais. Comme marcher ou parler une autre langue, il suffisait bien souvent de gratter la surface et de souffler un peu sur la poussière accumulée pour relancer la machine. En quelques heures peut-être, ses souvenirs seraient ravivés et il pourrait peut-être se redécouvrir des mouvements et des formules sans même s’en apercevoir. Et le fait qu’il ne le dénie pas était en soit une très bonne chose. Il ne restait donc peut-être que quelques manipulations et préparations, ainsi que la flore à apprendre, ce qui réduisait intensément le travail.


« - C’est déjà une très bonne chose, lui répondit-elle. Il suffit de peu pour se souvenir, je suis certaine que les gestes vous reviendront bien vite. Ces plantes là sont comme toutes les autres, et les mouvements sont les mêmes d’un pays à l’autre. Vous ne vous sentirez pas étrangers à ces pratiques très longtemps. » En réalité, elle n’était pas tout à fait dans le vrai, et elle se corrigea vite. « Quoique ces plantes là demande tout de même une certaine expertise. »

Mais cela, il n’eut pas de mal pour le deviner par la suite, et son humilité était tout à son honneur. Elle apprécia qu’il n’essaye pas de rouler des mécaniques en prétendant connaître des choses qu’il ignorait face à ces plantes mystérieuses. Et de plus, il avait vu parfaitement juste : le pot qu’il tenait contenait bien les racines brutes de la poudre qu’elle confectionnait pour réchauffer les corps et les esprits. Les longues tiges épaisses avaient la particularité d’avoir une forme de spirale. C’était ainsi que l’arbre dont elles étaient issues pouvait percer les roches épaisses des montages et s’agripper aux parois rocheuses : en Enkilil, il se paraît de fleur rouge sang. Un spécimen impressionnant.

« - Vous avez entièrement raison. La racine du Dellana sont nombreuses, un arbre me donne plusieurs années de produit. Il faut les assécher longuement, les réduire ensuite en poudre avec un petit peu de versaline… » Elle indiqua du doigt un bocal non loin rempli de petites fleurs bleu nuit. « … qui servent à contenir sa toxicité. Il n’y a plus qu’à le mélanger dans beaucoup d’eau. »

C’était une des recettes les plus simples, et pourtant les plus efficaces. Récupérant le bocal en tendant ses mains, elle huma à son tour le parfum comme pour le redécouvrir. Corsé, un peu brûlé, avec un côté de café. Une odeur très agréable. Simplement, le nez dans le bocal, elle releva vers lui ses yeux sombres jusqu’à trouver ses prunelles d’or. Son élève était prometteur, et quelque chose lui disait qu’il n’aurait aucun problème à apprendre toutes ses connaissances et dans le meilleur des laps de temps.
Se posant à côté de lui, elle se prépara alors, et pointa du doigt le premier pot.


« Ici, c’est la belgora. » Elle attrapa le bocal et l’ouvrit d’une main, la refaisant sentir au nomade en même temps qu’elle expliquait ses propriétés. « Elle pousse dans les profondeurs sous la calotte de glace. A l’approche des prédateurs et des créatures, le bout de ses feuilles s’illumine en bleu. Cette bio-luminescence reste encore actif aujourd’hui. » Joignant le geste à la parole, elle passa ses doigts près des petites feuilles séchées qui luirent d’un bleu clair. Passant à un autre pot, elle poursuivi. « L’ostreya est un lichen qui pousse sur les pieds des falaises, sur la côte. Ses effets sont très intéressants pour soigner les problèmes d’articulations et les os brisés. »

Ainsi, à un à, elle explora et raconta les douze différents pots remplis plus ou moins largement : l’erffhet, le sarolin, l’alvine, la karaffa… Toutes ces plantes et ces petits poissons séchés, ces algues dont elle se servait presque tous les jours dans son travail. Elle acheva par un bocal presque vide où l’on distinguait de larges cosses séchées rempli de grain.
« Il ne m’en reste plus beaucoup… La fallabelle pousse le long des plages, à même la neige. Ces cosses sphériques sont remplies de graines, qui produise une douce musique quand le vent les agite. Concassées, elles servent à la plupart des antidotes contre les poisons. C’est une anti-toxine très puissante, bien que la plante ne soit pas très connue. » Elle ajouta, en note pour elle-même. « Il va falloir en récupérer… » Fermant le bocal, elle le reposa devant eux, fières de ces douze explications. « Voilà les principaux ingrédients de mes potions. Ils représentent soixante-dix pourcents de mes compositions, le reste se compose d’ingrédient bien plus rare. Des questions ? » Demanda-t-elle, soucieuse d’être une bonne professeure.  
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Mer 16 Jan - 19:25


« - C’est déjà une très bonne chose, lui répondit-elle. Il suffit de peu pour se souvenir, je suis certaine que les gestes vous reviendront bien vite. Ces plantes là sont comme toutes les autres, et les mouvements sont les mêmes d’un pays à l’autre. Vous ne vous sentirez pas étrangers à ces pratiques très longtemps. Quoique ces plantes là demande tout de même une certaine expertise. »

Le sage avait un doute sur le fait que ses souvenirs puissent refaire surface. Il avait, surtout dans sa jeunesse, accumulé tellement de connaissances que son esprit avait dues en évacué à foison. Après tout il avait été forgeron, maçon, herboristes, tanneur, sculpteur, marchand, bijoutier, ébéniste, et bien d’autres. Et ces expériences remontaient à plus de cent ans. Non, pour lui ce qui avait été oublié, été oublié. Mais avec une vie d’apprentissage constant et une faim aussi insatiable de nouvelle connaissance, on développe forcément une facilité à apprendre. Ishdir assimilait rapidement les enseignements et pouvait reproduire avec facilité ce qu’on lui montrait.

Et d’ailleurs la leçon commença sans attendre. La jeune femme distribuait déjà des informations sur la racine miracle et continuait sur sa lancée avec une passion évidente. Le sage azuré, comme tout bon élève qui se respecte, sorti un lot de feuilles vierges, une plume et un encrier de son chapeau magique. Il s’installa prestement sur un coin de l’établi et nota avec aisance toutes les données qu’Othello lui fournissait. Tout pouvait lui être utile, et comme sa mémoire n’était pas infaillible, il documentait obsessionnellement. Ses nombreuses années assit sur les bancs de Luminéa lui avaient inculqué une aisance dans la prise de notes. Il arrivait tant bien que mal à suivre le rythme soutenu que sa maîtresse imposait.

Une fois l’exposé principal terminé, elle se permit une pause et se proposa à répondre à toutes les questions de son élève studieux. Celui ci avait déjà une multitude de question qui se bousculait dans son esprit volatil. Mais pour l’heure, il avait d’abord un travail préliminaire à effectuer.

« J’ai en effet quelques questions, mais pour commencer, puis-je vous demander un instant afin de noter mes observations ?»


L’érudit ne laissait rien au hasard et il était très méticuleux dans son travail. Chaque feuille décrivait une plante différente et en plus des détails que l’herboriste lui avait enseignés, il s’attaqua à une description plus élémentaire. Il prit les plantes une à une et entama une description visuelle détaillée. Il ponctua ses observations par des questions simples comme « Peut il y avoir des plantes plus grosses ? Ce spécimen est il plus gros ou plus petit que la moyenne ? Connaissez vous les animaux qui s’en nourrissent ? » Il aurait également ajouté un croquis, mais il ne voulait pas trop faire attendre sa professeure. Il continua son observation en humant de nouveau les fragrances des ingrédients. Cette fois il se concentra sur ses sens développés pour y capter chaque parcelle et ainsi pouvoir décrire cette senteur avec des mots et des adjectifs précis. Il voulait également goûter le contenu de ces bocaux.

« Certains de ces ingrédients sont il fortement toxiques ? J’aimerais pouvoir explorer leur goût, mais je ne veux pas risquer de me faire empoisonner ... »

Seul un infime morceau lui suffisait pour accumuler les informations qui lui était nécessaire. Il le plaçait sur sa langue et rédigeait les résultats de son investigation, tout en continuant de le malaxer dans sa bouche, afin d’en extraire toutes les saveurs qu’il pouvait contenir. Certains étaient fades, certains agréables, mais la plupart étaient exécrables et faisaient grimacer le sindarin. Lui qui voulait faire bonne figure face à la femme angélique, il se montrait sous un jour plus … déformé. Une fois le morceau pleinement cerné, il prenait une gorgée d’eau qu’il recrachait dans un bol finement décoré. Il ne voulait pas ingérer cette substance et il fallait purger sa bouche du goût précédent afin que son test soit le plus précis possible.

L’ensemble des ingrédients maintenant pleinement détaillés et documentés, il pouvait se reconcentrer sur la suite de la leçon et des divers questions qui le taraudaient. Pourtant il ne se permit qu’une seule question avant de laisser sa professeure reprendre la main.

« Vous parlez de plusieurs plantes et animaux marins, mais comment réussissez vous à les récupérer ? Je ne suis pas sûre que je puisse plonger dans des eaux aussi glacées sans trépasser. Et encore faut il réussir à percer l’armure de glace qui doit recouvrir une partie des lacs et mer environnantes non ? »







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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Mar 29 Jan - 19:37

Avec son bocal fermement encré sur la poitrine, elle observait d’un coin de l’œil son élève qui se montrait particulièrement méticuleux. Si quelque part, elle ne s’attendait pas à moins d’attention, il n’en restait pas surprenant de voir un jeune homme aussi investi par l’étude et le savoir. Lui laissant le temps nécessaire pour terminer ses notes qu’il reprenait fiévreusement, elle osa jeter un discret coup d’œil à ce qu’il inscrivait, soit l’exact entièreté de ses paroles qu’il avait scrupuleusement reprises. Quelque chose lui disait qu’il devait être rompu à l’exercice, tant ses inscriptions étaient claires et limpides, sans qu’elle n’eût besoin de répéter quoique ce soit.

Plus elle le voyait faire, sa mine chafouine soudain grave et concentrée, plus elle se demandait qui pouvait bien être ainsi assis sur son établi, et d’où pouvait bien venir ce nomade bleu. Il ne lui laissa pas s’interroger plus longtemps, et l’interrogea d’une façon plus poussée sur les plantes qu’elle venait de détailler. Comme pour un jeu de cartes, la sirène reprit la main sans hésiter, ne cherchant ni ses mots ni son sérieux, comprenant à demi-mots la méthode stricte et scrupuleuse du savant à chaque fois qu’il attrapait un nouveau bocal.
Sa familiarité n’était bientôt plus à débattre tant il manier les spécimens avec aisance. Il semblait avoir déjà mémorisé chacune d’entre elle, en voulant pousser leur étude à leur égard. Othello répondait par vagues, posément, balayant d’écumes chaque nouvelle question qui lui était jeté.

Et son approche de la question était pour le moins… Sensitive. Alors qu’elle en eut toujours une connaissance charnelle de par son travail et ses heures passées à les travailler, lui semblait vouloir tout en connaître : l’odeur, le toucher… Elle anticipa bien vite la suite.


« A part l’erffhet et le karaffa, vous ne risquez rien… Le premier risque de provoquer des raideurs musculaires, quand au second, son venin est mortel s’il n’est pas bouilli. » Dit-elle pensivement, se demandant si il comptait réellement goûter toutes les plantes à sa disposition…

Il su, à sa grande surprise, repérer immédiatement quelles étaient les deux plantes à ne pas essayer. Ce qui ne l’empêcha pas de goûter tout le reste, la surprenant encore plus. Mais d’où venait-il ? Ces savoirs n’étaient pourtant pas nécessaire… Il semblait se donner tant de mal à écumer ce savoir, à connaître par cœur les plantes qu’elle en était presque désarmée – et quelque part un peu jalouse de n’avoir jamais eu cette fièvre. Son visage sérieux passait par toute la palette d’expression, ses yeux dorés arborant une lueur passionné, et quand il mit sa main dans le bocal d’alvine, elle s’empressa de le prévenir du mieux qu’elle le pu :


« Attendez, l’alvine est terriblement… » Mais le mal fut fait, et le mage bleu sembla d’un coup bien blanc, et déformé par une grimace lugubre. « … Amer… » Souffla-t-elle, un peu trop tard pour Ishdir.

Cela ne l’empêcha pas de poursuivre, reprenant son étrange ballet de goûter et d’absorption, puis de purification pour recommencer de plus belle avec un autre spécimen. La sirène l’observait en silence, et presque en admiration, ne voulant en aucun cas le déranger dans ses réflexions. C’était étonnant, et à la fois un très beau spectacle. Cela lui rappelait quelques parts ses premières années, et la fit remonter plus loin à ses premiers contacts avec les algues. Blessée, elle s’en servait pour se remettre dans les profondeurs des eaux cimmériennes. Alors qu’il arrivait à sa dernière expérience, elle s’apprêtait à reprendre quand il lui posa une question qu’elle redoutait, autant qu’elle attendait. Cela la plongea dans l’introspection, et elle s’interrogea de plus belle sur la réponse qu’elle pourrait bien lui apporter.

Si à première vue, sa nature marine ne devait pas poser de questions, tant pas ses oreilles composées de piques et de membranes semblables à des nageoires, tant pas les vestiges d’écailles visibles à travers la peau de sa nuque, il lui était difficile d’admettre qu’elle n’était plus pleinement yorka. Ni même pleinement humaine non plus. Comme un monstre hybride et décousu, elle n’était qu’un spectre douloureux qui cachait son apparence aux yeux de tous. Cette forme d’elle-même n’avait rien de naturel, et bien qu’elle la bénisse d’une infinie liberté, elle n’en demeurait pas moins monstrueuse… Mais à quoi bon le cacher, après tout ? Ishdir n’aurait plus de questions à se poser, et sa méthode, bien que mystérieuse, n’en était pas moins naturelle et légitime.


« Je vais les pêcher moi-même. » Dit-elle simplement en reposant le bocal qu’elle tenait dans ses mains. Et comme pour joindre le geste à la parole, elle releva sa crinière d’une main pour révéler l’irisation de quelques écailles argentées. Elle souffla ensuite ses prochains mots, essayant de faire au mieux de rester élusive, mais ne pouvant réprimer sa pudeur. « C’est une… Habileté de ma transformation qui me permet de garder en partie ma forme terrane. Quant à la glace, et bien cela fait également partie des magies que je maîtrise. » La calotte glacière ne résistait pas longtemps à ses capacités, aussi n’avait-elle aucun mal à franchir la banquise pour plonger en dessous. Quant au froid… La encore, sa magie lui était encore d’une grande aide. Quoique le territoire cimmerien forge une résistance de fer… Du moins, appréciait-elle se le répéter.
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Ven 1 Fév - 19:56

« Je vais les pêcher moi-même. »

Le sage ne s’attendait pas à une telle réponse, mais il fut encore plus surpris par l’explication complète.

« C’est une… Habileté de ma transformation qui me permet de garder en partie ma forme terrane. Quant à la glace, et bien cela fait également partie des magies que je maîtrise. »

Tout en disant cela, la dame angélique avait découvert sa nuque pour y révéler une singularité. Des écailles scintillantes s’étaient formées là et dénotaient de sa nature particulière. Il avait devant lui une yorka aquatique. Une possibilité que le sindarin n’avait même pas envisagée. D’ailleurs il finit par remarquer les oreilles particulières qui lui avaient échappé jusqu'alors. Elles étaient plus proches d’être des nageoires que des oreilles en réalité.

« Fascinant ...» Ne put s'empêcher de souffler l’érudit en découvrant ces merveilles.

Pour certaine personne, les étrangetés ou les différences étaient des tares ou des monstruosités. Alors que pour Ishdir c’était là des trésors et des merveilles. Au contraire, être différent et étrange faisait d’eux des personnes plus intéressantes aux yeux du nomade bleu. Lui qui est en perpétuel recherche de nouveauté et de mystères, cet aspect marin ne faisait que renforcer l’admiration qu’il portait à la reine des glaces. Ainsi qu’insuffler une nouvelle vie à sa curiosité malsaine. Surtout quand on parle des femmes, il a ce désir de découvrir toutes les saveurs et les sensations que peut procurer une dame. Étant très porté sur les sens, il ne peut s'empêcher de vouloir découvrir la texture de leurs peaux, le parfum qu’elles dégagent et autres met sensitif. Évidemment avoir des nageoires et des écailles ne peut que rendre ce désir encore plus ardent.

« Une transformation donc. C’est fou à quel point je n’y avais même pas pensé. Cela doit être mon côté scientifique qui me fait oublier la magie dans mes équations. En tout cas voilà qui répond à mes questions. J’avoue être très curieux de voir à quoi ressemble cette métamorphose. J’espère pouvoir un jour l’admirer. »

N’étant pas un très grand connaisseur des yorkas et de leurs transformations, il n'avait même pas noté l’étrangeté de cette hybridité. Pour lui c’était juste une capacité que certain yorka devait avoir naturellement.

La porte de l'établissement laissa, pour la première fois de la journée, entrer un client. Un homme à la carrure imposante et encapuchonnée pénétra la boutique et se dirigea d’un pas assuré vers l’établi. Malgré sa capuche on pouvait discerner de grands yeux bleus très clair ainsi que quelques mèches blondes. C’était peut être là l’occasion pour le sage azuré d’admirer l’herboriste à l’œuvre.






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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Lun 4 Fév - 10:54

La réaction du nomade n’était pas du tout celle auquel elle aurait pu s’attendre, et elle se retourna vers lui sans prendre le temps de reposer ses cheveux, qui tombèrent dés qu’elle relâcha son emprise sur eux en de grosses vagues blanches et opalines. La fascination ? Ses oreilles glissèrent le long de sa tête comme ceux d’un chien abattu, en signe d’une incompréhension lisible sur son visage de poupée. Habituellement, caché son origine était synonyme de félicité. Il était encore des lieux et des coutumes qui situaient sa race comme inférieure, et à Hellas, comme un ilot coupé du monde, la loi du silence était souvent la plus propice pour taire ses origines. Bien que les yorkas ne soient pas discriminés, ils n’en étaient pas moins discrets, et Othello ne se voulait pas une exception. En regardant les yeux d’or brillant et curieux, elle su quoi pensé, inhabituée et surprise.

En l’écoutant, elle avala discrètement un peu de salive, mise devant un fait qu’elle voulait habituellement garder secret. Sa transformation n’avait rien de naturelle, et faisait d’elle une exception dans le monde des hybrides. Si ses pairs s’étaient vus dotés d’une transformation parfaite, la volonté d’un autre savant, quelques années plus tôt, l’avait corrompu, et l’avait réduit à n’être plus que la moitié de ce qu’elle devrait être. La moitié de cette créature qui lui était lié. Cette forme parfaite et sous-marine s’était à jamais dérobé à ses yeux, lui retirant tout espoir de pouvoir un jour redevenir le poisson qu’elle affectionnait tant étant enfant. Il n’y avait plus que cette longue chasseresse sous-marine, moitié femme, moitié animale.
Et si l’opération ne prenait qu’une paire de secondes, elle la rendant aussi vulnérable que nue, et se découvrir ainsi devant quelqu’un n’avait encore jamais été envisagé. Se retournant pour abriter ses joues s’empourprant de rose, elle attrapa pensivement un bocal pour feindre de le ranger. Pour l’instant, elle ignorait encore si elle ne pourrait jamais se montrer ainsi à quelqu’un, si cette forme étrange pourrait vu de quelqu’un d’autres que des yeux de la mer.


« Je ne peux vous le garantir, mais je vais y réfléchir. » Répondit-elle simplement, ne voulant opposer de refus mais sans pour autant donner son accord, encore pensive et douteuse, cachée sous sa crinière comme sous un nuage épais. « Nous devrions continuer. Le temps court et… »

La porte s’ouvrit brusquement sur un visage encapuchonné qui ne lui était pas inconnu. Se retournant vivement, elle découvrir un de ses clients familiers, le frère d’un marin qui parcourait le monde et qui ne manquait pas d’attraper le mal dés qu’il mouillait au port de Gaeaf. C’était amusant de le voir obstinément venir chercher ses remèdes chez elle, bien qu’il puisse profiter de ses voyages pour lui en réclamer de tout le globe. Le terran d’une trentaine d’année eut rapidement baissé son couvre-chef, révélant une trogne amicale et ronde, un de ces visages bonhommes qui met tout de suite à l’aise et qui poussent à la conversation. Il fut néanmoins surpris de trouver l’établi en grand désordre et un inconnu assis devant la seule table de l’enseigne. Il le toisa quelques secondes, habitude toute nordique, avant de se retourner vers la yorkas sans plus de cérémonie.


« Monsieur… Bonjour Dame Lehoia. » Dit-il simplement en récupérant une bourse à sa ceinture. « Je viens de nouveau pour Finnick. Il s’est encore attrapé la mort en allant trempé à Mavro Limani. La même chose que d’habitude : il a mal dans les os, et la fièvre veut pas tomber. »

Sans réfléchir plus, Othello acquiesça doucement, et regarda Ishdir pour lui faire signe de la suivre. Elle lui indiqua le passage au fond de la boutique, qui menait vers une petite salle dérobée où s’alignait des rangées entières de fioles et de bouteilles de potions. Elle en attrapa une et la présenta au nomade, en lui expliquant précisément sa composition.


« C’est un elixir d’aloine, un cresson marin qui pousse sur les roches côtières, à quelques centimètres sous la surface de l’eau. C’est un puissant analgésique, qui lutte également contre la plupart des maladies bénignes. Mais pure, c’est également un grave poison. Ici je l’ai détendue à l’eau et j’y ai ajouté de la belgora pour bloquer ses toxines. Ce remède traite la plupart des rhumes, et des maladies quotidiennes. » Certains noms devraient sonner familiers, mais elle ne s’attarda pas trop pour ne pas faire attendre son client trop longtemps.

En arrivant de nouveau face au grand homme, elle lui tendit la fiole qu’elle plaça d’abord dans un petit sachet en toile.
« Comme d’habitude, qu’il boive l’intégralité de la fiole à raison de trois culières par jour. »

L’homme lui sourit, et lui remit discrètement une petite bourse dans le creux de la main, lui demandant préalablement si le tarif n’avait pas changé. Après quoi il repartit discrètement, de la même façon qu’il était arrivé. Après avoir placé la bourse dans un petit coffre, elle retourna vers Ishdir, soucieuse de l’avoir interrompu dans son cours, mais espérant tout de même qu’il ait pu retenir quelque chose de cet impromptu rencontre.


« Pardon pour ce dérangement, j’espère ne pas vous avoir trop importuné. » Lui dit-elle doucement. « Si vous avez des questions, n’hésitez pas. Comme c’était notre dernière potion de ce type, que dites vous d’en préparer de nouvelles ? Ce serait un parfait exercice. »
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Lun 4 Fév - 20:30

Bien que ses gestes aient montré une once de pudeur lorsque l’ange marin avait dévoilé son armure d’écaille, Ishdir n’arrivait pas vraiment à lire le visage de cette dernière. Si celle ci avait eu une quelconque réaction face à ses dires, le sindarin azuré n’avait rien remarqué.

« Je ne peux vous le garantir, mais je vais y réfléchir. »

C’est cette phrase qui le troubla un peu. Sa volonté de voir cette forme était une expression spontanée de sa curiosité, mais aucunement une demande formelle. Pourtant, pour la jeune femme, cela semblait être une décision à mûrement réfléchir. Il y avait donc des raisons, que l’érudit, ignorait qui pouvait la freiner. En y réfléchissant un peu plus longuement, et en se basant sur la réaction de la dame lorsqu'elle avait dévoilé sa nuque, il en avait déduit que c’était par principe de pudeur qu’elle pouvait être récalcitrante à se montrer sous cette autre forme. Son autre visage faisait peut être partie de son intimité qu’elle ne révélait qu’à des personnes très proches, voir des amants. Sous cet angle, cela ne faisait qu’attiser encore plus la curiosité du jeune sindarin, mais il comprenait que les chances d’un tel événement seraient très minces. Et cette chance dépendrait beaucoup de si ses avances seraient acceptées.

L’homme qui perturba les réflexions déplacées du sage, sembla un habitué de la maison. Ishdir suivit les instructions de son professeur, et l'accompagna en espérant pouvoir l’aider. Mais au lieu de lui demander de faire certaines tâches, elle profita de cette occasion pour reprendre le cours là où ils l’avaient laissé. Il nota dans sa tête les éléments importants qu’il devra reporter dans son carnet et resta à l’écoute. Toutefois la mention du mot poison lui donna quelques idées pour ses oeuvres de mort. Ces substances mortelles sont difficilement utilisables en combat direct, mais cela vaut la peine de s’y pencher, pensait il.


« Pardon pour ce dérangement, j’espère ne pas vous avoir trop importuné.»

Le nomade du désert ne put s'empêcher un petit sourire.

« C'est un comble ! Je vous en prie, ne vous excusez pas alors que je suis la personne qui vous importune. Pensez à moi comme un enfant à qui vous donnez des tâches et que vous formez. Vous êtes le maître en ces lieux, et moi l’élève. Je me plie à votre volonté. »


« Si vous avez des questions, n’hésitez pas. Comme c’était notre dernière potion de ce type, que dites vous d’en préparer de nouvelles ? Ce serait un parfait exercice. »

« Avec plaisir. Dite moi tout, par quoi commençons nous ? »






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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Mar 5 Fév - 14:40

Le sage sembla accueillir avec bienveillance sa proposition, et Othello lui sourit en retour. Ce serait probablement le meilleur exercice que de passer à la pratique, aussi commença-t-elle par le début des opérations. « Pour commencer, et bien… Il va falloir ranger. » Récupérant les bocaux dans ses mains, elle commença à les replacer dans ses étagères, laissant à l’homme le bleu le choix de l’aider ou non. Mais elle ne pu s’empêcher, ce faisant, se s’interroger un peu plus sur les pratiques du jeune homme, n’ayant réellement pu en discuter et voulant profiter de ces quelques minutes de répit pour pouvoir parler tranquillement.

« Je n’ai pu encore vous le demander : comment se passe votre commerce ? Avez-vous une boutique ? » Elle n’en savait pas beaucoup sur son invité, et espérait pouvoir en apprendre un peu plus.

Les bras chargés de bocaux, et après plusieurs aller-retours, elle avait débarrassé l’établi pour se laisser assez d’espace pour travail. Elle n’en savait pas beaucoup sur Ishdir et sur l’étendue de ses connaissances, bien qu’elle ne doute plus qu’elle soit infinie. Il semblait entouré d’un voile de mystère épais, et cela ne faisait qu’attiser l’image irréelle, presque l’illusion qu’il semblait être. Comme un mirage au milieu d’un désert, il était l’incarnation de ces contes pour enfant qui parle de désert, de merveilles et de magie sans pour autant entièrement se révéler. Othello n’osait pas encore tout savoir, et y allait encore par petits pas timides. Mais elle espérait en apprendre plus sur lui dans le silence bienveillant de la petite échoppe.

Le moment de se remettre au travail arriva bien vite, et elle voulu mettre son élève à l’épreuve. La potion qu’ils allaient préparer ensembles était l’une des plus simples à exécuter, et pourtant elle demandait un certain temps. Si il avait effectivement travaillé aux côtés d’un herboriste, et peut-être tout simplement en tant qu’alchimiste, les manipulations étaient monnaie courante.  Bien qu’elle se doute bien que le matériel nécessaire était loin d’être le même, elle se demandait jusqu’où il connaissait les objets.
« Êtes-vous familiers avec le nécessaire de préparation ? » Demanda-t-elle, les mains à plats sur l’établi. « Si oui, nous aurons besoin de quoi faire infuser l’aloine dans un grand volume d’eau salée, puis nous ferons décanter ce liquide pour obtenir son absolu. C’est celui là qu’il faudra assouplir à l’eau pure, et mélanger à la Belgora. »

Cela nécessitait déjà un chaudron, une ampoule à décanter ainsi qu’un feu. De plus, la belgora ressemblait à de petites billes, et devraient donc passer par le mortier et pilon pour être réduite en feuilles grossières, puis en sable très fin. Elle se demandait si Ishdir allait suivre ce cheminement de pensées simplement, et si il parviendrait à trouver de lui-même tous les appareils nécessaires. Quoiqu’il en dise, elle serait là pour l’aider et lui montrer ensuite où elle rangeait tout son matériel.
Travailler aux côtés de quelqu’un avait du bon, et lui permettait de redonner un certain sens à tous ces gestes qu’elle faisait au quotidien sans vraiment y penser. L’alchimiste était de surcroit un invité exemplaire : attentif, souriant, elle commençait à se détendre et à apprécier doucement sa présence dans son humble royaume de plante et d’algue.

Ceci dit, cela entraîna une nouvelle question de sa part, curieuse d’en savoir plus sur ses habitudes en tant que scientifique.
« Je me demande quelles manipulations vous avez l’habitude de pratiquer en tant qu’alchimiste. J’imagine que ça n’a rien à voir avec la création de potions. Est-ce seulement similaire ? »

En disant cela, elle récupéra d’une main le pot d’aloine dans sa réserve, la promiscuité des lieux lui permettant de discuter tout en se déplaçant dans les lieux. Si les souvenirs d’Ishdir restaient alertes, elle lui laissait le loisir de récupérer la Belgora, n’ayant pas de doute sur son attention pendant son petit cours.
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Dim 10 Fév - 17:06

« Pour commencer, et bien… Il va falloir ranger. »

L’ordre était donné et il mima la douce fleur hivernale qui s’attelait à récupérer les bocaux pour les ranger dans la pièce voisine. Il prit avec précaution l’ensemble des bocaux restant grâce à sa magie et les transmis un à un. Le sage azuré était diligent et voulait bien faire, il ferait tout pour se montrer utile.


« Je n’ai pu encore vous le demander : comment se passe votre commerce ? Avez-vous une boutique ? »

Ishdir accueillit cette amorce de discussion avec grand plaisir. Il souhaitait en apprendre plus sur cette ange marine mystérieuse. Et il savait que se dévoiler soi même aidait souvent à dénuder une personne de tous ses secrets. Il réfléchit deux secondes à la question car il la trouvait ambiguë sur un point. “Comment se passe votre commerce” pouvait signifier deux choses, soit comment fonctionne le commerce ou bien comment vont les affaires. L'érudit interpréta la seconde question comme une précision de la première, il partit donc plutôt sur cette idée là.

« Je n’ai pas de boutique à proprement parler, non. L’idée de rester à un seul endroit continuellement m’ennuie profondément. J’aime me penser plus comme un explorateur. J’aime les nouvelles rencontres et la découverte de trésor inédit. Se dire que tous les jours vous n'aurez pas le même paysage sous vos yeux, n’est ce pas … excitant ? C’est pourquoi je suis un marchand itinérant, je me balade au gré de mes envies et de mes opportunités. Sur ma route, des offres se présentent et je me contente de les saisir, voilà tout. Ce sont principalement des spécialités locales que j’exporte à des endroits où je peut générer du profit. Mais mes activités sont assez diverses, je vous l’ai dit j’aime le changement et je ne n’ai pas peur de me renouveler. »

L’homme à la couleur céleste ne s’attarda pas sur son activité de fabricant d’armes. Il l’avait déjà rapidement évoqué lors de leur première rencontre, mais c’était tout autre d’avouer que c’était une grosse partie de son fonds de commerce. Nul doute qu’il dévoilera ce secret le temps voulu, mais il préférait attendre qu’ils deviennent plus proches.

Une fois l’espace de préparation rangé, il était temps pour le maître et son élève de passer aux travaux pratiques.

« Êtes-vous familiers avec le nécessaire de préparation ? Si oui, nous aurons besoin de quoi faire infuser l’aloine dans un grand volume d’eau salée, puis nous ferons décanter ce liquide pour obtenir son absolu. C’est celui là qu’il faudra assouplir à l’eau pure, et mélanger à la Belgora. »

« J’ai quelques notions. » Dit il, sans prendre trop de risque.

Le sage azuré s’attendait à ce que celle ci lui donne des instructions précises sur les fournitures à récupérer. La réalité fut tout autre, car Othello le fixait silencieusement. L’élève comprit que c’était un test, et qu’elle espérait une certaine initiative de sa part.

« De ce que je comprends de la préparation, nous aurons besoin d’un grand récipient pouvant être chauffé, de l’eau salée, de l’aloïne, un récipient à décantation, plusieurs récipients pour récupérer et mélanger les liquides, de l’eau pure, ou de l’eau impure et un matériel de distillation et enfin de la Belgora ... Alors ? Cette réponse est elle proche de la vérité ? »

L’alchimiste avait appliqué sa logique au processus de création. Méthodique et appliqué, il n’avait normalement pas oublié d’élément mais pouvait s’être trompé sur des spécificités particulières. Une fois la correction fournie par le professeur, ils se mirent en quête de chaque élément. L’étranger demandait systématiquement la localisation des fournitures, ne sachant guère où ils pouvaient avoir été stocké.

Une valse avait donc débuté, dans cet espace limité les deux herboristes tournoyaient dans la salle afin de quérir le nécessaire. La distance les séparants ne cessait de fluctuer, proche puis éloigné, intime puis étranger. Le jeune sindarin aurait pu se délecter de cette promiscuité, éveillant ses sens à son obsession charnelle. Pourtant malgré le désir toujours si ardent, son esprit savait se libérer des émotions superflues pour se concentrer sur sa tâche. Une fois au travail, il pouvait complètement oublier le monde qui l’entourait.

Alors que la raison de son obsession récupérait le dernier ingrédient, celle-ci se permit une nouvelle question.

« Je me demande quelles manipulations vous avez l’habitude de pratiquer en tant qu’alchimiste. J’imagine que ça n’a rien à voir avec la création de potions. Est-ce seulement similaire ? »


« De ce que j’en connais, les deux pratiques restent très similaires. C’est surtout leurs applications qui divergent. Les deux principes fondateurs de l’alchimie sont le mélange et la séparation. Il y a divers procédés pour mélanger deux personnalités entre elles, ils ont souvent besoin d’une aide extérieure comme de la chaleur ou d’un autre ingrédient. Pour la séparation je pratique essentiellement la distillation, la cristallisation et la séparation par force circulaire. C’est plus rapide que la décantation, mais basé sur le même principe. Vous voyez, rien de bien sorcier. Mais énormément d’expérimentation.»






Sa parole est d'or ( #ada03b )
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MessageSujet: Re: Les venimeuses rencontres   Mar 19 Mar - 12:38

Tout en rangeant avec ses doigts experts et mille fois usés à l’exercice pas si fatiguant que cela, elle l’écouta attentivement parler de son fond de commerce, lui tendant une oreille attentive et marine pour tout saisir de ses mots. Ses mots raisonnaient en elle et lui faisaient penser familièrement à leur rencontre quelques jours plus tôt, à cette figure bleuté et sombre qui s’échappait de la neige. Il avait effectivement plus l’air d’un explorateur et d’un personnage de contes exotiques et mystérieux, plus que comme un commerçant de passage. Elle se demandait même comment il avait pu ne pas céder à cette envie de liberté, parfois enivrante. Une envie qu’elle connût bien, et qui irait bien mieux à ce crâne bleu et sombre. Mais elle ne se permit pas de le lui souffler, car après tout et malgré son commerce, il semblait animé par cette passion incroyable, et sa vie n’était pas loin de celle d’un aventurier, d’un passionné et d’un curieux.

Une fois l’établi prêt à accueillir le travail, et qu’elle le fixa de ses yeux sombres et ondins, il fut à la hauteur de ses attentes. Sa logique implacable étala méthodiquement chaque ustensile dont ils avaient besoin, et il eut la vivacité de comprendre rapidement le processus de décantation. Un sourire satisfait illumina sa bouche fine, laissant ses yeux plissés et heureux. Il y avait dans ce front azuré une profonde intelligence, et elle était heureuse de pouvoir rencontrer quelqu’un de vif et adroit.


« - Vous avez vu juste, c’est tout à fait cela. La seule chose est qu’avant tout cela, nous devons moudre la belgora : ces cosses épaisses font parties de la recette, mais pas en l’état. » Lui dit-elle avec un ton amusé, sa voix calme et aquatique brisant le silence de temps en temps cassé par les cris du vent. « Et pour vous répondre, nous aurons besoin d’eau pure, l’eau impure est déjà chargée de souillure qui risque de ternir la potion finale ».

Se montrant toujours plus attentif, et avec le plus de dédication, il cherchait avec elle les différents ustensiles, et suivait attentivement ses directives pour qu’ils trouvent tout cela en un rien de temps. Un ballet étrange et mécanique s’était mis en place. Othello avait toujours travaillé seule, et vivait seule, sauf pour le temps qu’elle passait au temple avec ses sœurs. La religieuse était une solitaire, et jusqu’ici, elle pensait qu’il lui serait impossible de partager un temps avec quelqu’un d’autre sans baisser la garde. Et pourtant, dans cette étrange organisation, cette danse élégante et spontanée, elle trouvait une forme d’harmonie. C’était à la fois un jeu, un devoir et une valse, toujours millimétré, et dicté par la voix de la prêtresse qui indiquait ça et là où trouver un bol, où trouver tel récipient, et elle se retrouvait à nager parfois dans le sillon du sage, parfois loin de ses rivages, parfois plus proche de lui, plus proche de cet homme que de tous ceux qu’elle avait connu jusqu’ici pour disparaître aussitôt.

Bientôt tout était prêt pour accueillir le travail, et elle récupéra les plantes de sa main habituée. Ishdir vint s’installer à côté d’elle, et elle plaça son plan de travail sans trop réfléchir mais de façon à être le plus efficace possible. Ils avaient chacun un mortier et un pilon, mais à bien regarder le sage bleuté haut de bien plus d’une tête qu’elle, elle sentait que ces bras plus forts que les siens pourraient rapidement lui être des plus utiles. Poussant vers lui les billes qu’elle déposa dans son mortier, puis en déposant quelques-unes dans le sien, elle commença machinalement à les écraser, libérant au passage une odeur caractéristique qui ressemblait à du poivre.
A l’écouter parler de l’alchimie, elle pouvait sentir son expérience irradier par vague de sa personne, sentant sur lui le poids d’années d’essaies et de tentative, de manipulations, de découvertes. Un poids qui la dépassait grandement, et qui lui fit sentir la finesse de sa propre expérience par rapport à la sienne. Mais elle ne perdait pas la face pour autant : bien qu’humble, elle se savait solidement connaisseuse de son domaine qui échappait grandement à la plupart du monde.


«- A vous entendre, j’ai l’impression que vous avez cent ans… Vous devez avoir déjà connu et découvert beaucoup. » Elle sentait les crains éclater sous la pression du marteau rond, craquelant et croustillant comme des coquilles de noix. « Mais cela a l’air effectivement bien similaire, quoique plus technique et plus dangereux aussi. » Elle imaginait facilement qu’il n’ait pas affaire tant que cela à des algues, mais bien plus à des métaux et des produits plus dangereux que la Belgora. C’était étonnant mais… « Cela me donne envie de commencer mes cours rapidement. »

La sirène tenta un sourire timide en relevant vers lui ses yeux sombres. Mais son attitude professionnelle n’était jamais très loin, et après quelques secondes elle regarda le travail de son élève. Il réussissait bien, et son mouvement de poigner était excellent, loin de celui d’un amateur. Sa force semblait effectivement bien supérieur à la sienne, et elle reconnut sans grande peine qu’il aurait finit avant même qu’elle n’ait pu obtenir la première partie de sa poudre, avant son sable.


« - Poursuivez encore un peu, et une fois que la Belgora ressemble à un sable fin, vous pouvez arrêter. Je dois saluer la qualité de votre travail, cependant, il est exemplaire. » Elle persévérait à rattraper son retard, et appuya un peu plus fort sur le marteau rond. Il fallait qu’elle termine rapidement mais il lui restait un peu de scrupule. « Peut-être pourriez-vous mettre le matériel en place pour la distillation, le temps que je termine ? » C’était encore une fois un petit teste, mais elle ne doutait pas qu’il parviendrait à résoudre ce puzzle sans soucis.
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