Les larmes et les cris du ciel

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• Nérozias: 3
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• Ascans: 2
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• Civils: 13

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An 1305 de l'ère obscure

Saison:Riguear Mois:Gexon
[Novembre/Décembre en temps réel]

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Code par MV/Shoki - Never Utopia



 
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 Les larmes et les cris du ciel

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Othello Lehoia
MessageSujet: Les larmes et les cris du ciel   Ven 30 Nov - 13:00

La pulpe de ses doigts caressa doucement le carreau glacé, ressentant à chaque instant les impacts des gouttes de pluie qui venaient martelés le verre fumé. Il n’y avait plus aucun moyen pour savoir depuis quand durait l’averse, ni même si elle allait cesser un jour. Seul le bruit rassurant et las offrait un soupçon de réconfort quand il n’était pas interrompu par le tonnerre.
Alors que la maison ancienne et usée dans laquelle ils logeaient menaçait de s’effondrer comme un château de carte à la moindre rafale de vent, elle offrait néanmoins assez de sécurité et de réconfort pour passer le temps, en plus d’offrir un beau point de vue sur l’état chaotique de la rue sous eux. Les rues pavées étaient balayés par le vent, et l’on voyait distinctement les vagues de pluie couler dessiner sur le sol dans grande arabesque. Alors que les roches brillaient doucement, humides et luisantes, les rares âmes qui s’aventuraient dehors ne manquaient pas d’y glisser.

Du dernier étage, les fenêtres renvoyaient l’image immuable d’une mer démontée, aux vagues agitées comme des mâchoires ouvertes désespérément pour avaler les côtés et les bateaux qui luttaient comme des bouchons de lièges contre les remous. Ils étaient alignée, couverts et voiles baissées, le long du port. De loin, ils ressemblaient à des coquilles de noix, ballotés par l’eau sans réel espoir de victoire, aussi fragile que des brindilles face à une marée déchaînée. Plus aucun navire ne pouvait prendre la mer depuis le début de l’évènement quelques jours plus tôt. D’abord surpris par la pluie, la ville de Mavro, à cent à l’heure, avait dû ralentir brusquement, comme si elle avait heurté un mur dans sa course folle et cela laissa à tous l’impression d’un arrêt trop violent. Après cette première claque, chacun espérait encore que ça ne soit qu’un étrange caprice de la météo.

Pendant des heures, chacun avait scruté le ciel, les marins d’abord, et les commerçants ensuite s’inquiétant pour leurs commerces, espérant voir les nuages se dégager et pourtant il n’en fut rien. De plus en plus sombres, la pellicule de nuages qui recouvrait la voute devint de plus en plus épaisse jusqu’à devenir d’un noir opaque, et si cotonneux que les bâtiments les plus élevés sur les falaises attenantes furent avaler sous le duvet anthracite. Les premiers éclairs vinrent à l’heure du coucher, quand le ciel se tinta de pourpre sombre, et que les rues furent illuminées comme jamais par des éclairs si bas que l’on pouvait sentir l’électricité traverser son corps.
Cela durait depuis presque trois jours. Rapidement les navigateurs avaient abandonné tout espoir de pouvoir retrouvé la mer, et les marchés et commerces avaient spécialement fermé pour l’occasion. Alors que certains criaient au complot, l’option magique avait rapidement été abandonnée, trop coûteuse en essence divine pour quiconque avait une magie capable d’influencer sur la météo. Dans un même temps, certains commençaient à y voir un signe avant-coureur de colère divine, et pour une des plus ferventes croyantes parmi eux, l’option n’était pas à écarter…

Debout devant la fenêtre à regarder la pluie tomber, parfois illuminée par un éclair, Othello était songeuse et cillait à chaque interjection de lumière. Son esprit était semblable à la mer, déchaîné et chaotique, traversé de tant de pensées à la fois logique et disperses. Ces évènements ne semblaient pas naturels, et pourtant rien n’indiquait que quelque chose n’allait pas. Mais un orage ne pouvait pas durer ainsi, plusieurs heures, voir plusieurs jours… L’air devenait si humide et frais : la poussière semblait collée sur toutes les surfaces, alors que dans ses poumons, il lui semblait percevoir le tortillement électrique des éclairs du dehors.

Une punition divine… Las, la sirène déconfite partie s’assoir sur le lit derrière elle dont elle refit les draps du bout des doigts. Ces histoires de convergence prenaient tout le monde de cours, et semblait travailler un peu trop les esprits inquiets. Et pourtant il était dur de croire que ce n’était qu’une coïncidence. De son humble mémoire, elle n’avait aucun souvenirs qu’une telle occurrence se soit déjà produite, bien que cela ne touche que la météo. Coincés à terre depuis le début de l’orage, Fenris et elle avait dû se remettre à l’évidence : ils devaient mettre leur voyage de côté, et se décider à attendre. Elle avait eut l’occasion de découvrir le visage de la ville, son compagnon la lui faisant découvrir avec la passion des souvenirs de jeunesse. Et pourtant Mavro Limani avait aujourd’hui le visage d’un capitaine sous la pluie, souffrant lui aussi des conditions pour couver sous les éclairs tous ses enfants restés au port.

La porte du logis s’ouvrit soudain dans un grand fracas, laissant au passage entrer quelques gouttes de pluie. Baissant ses oreilles drues, Othello se leva brusquement, soulagée que Fenris soit rentré de sa prospection. Ou était-ce bien lui… Non sans un certain scrupule, propre à son instinct et ses anciennes manières qu’elle faisait de son mieux pour contrôler, elle entama de descendre l’escalier branlant à sa rencontre, encore songeuse de tout ce remue-ménage.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les larmes et les cris du ciel   Sam 1 Déc - 15:51

Chapitre 14: Les larmes et les cris du ciel

Act I: Downpour


Les cieux eux-mêmes semblaient se déchirer par les zébrures brillantes qui vrillaient entre les nuages, déversant leur ire sur les quelques courageux passants qui osaient braver les éléments. Épiant les rares soupçons de bleu entre les filons cotonneux et gris par dessous le bord de son chapeau, Fenris rentra un peu plus la tête dans les épaules et respira l'air matinal. Mavro Limani était une éponge désormais saturée d'humidité, des quelques pavés ruisselants de vapeur jusqu'aux gouttières inondées de plus de pluie qu'elles ne pouvaient évacuer. Dans les ruelles escarpées et glissantes coulaient des dizaines de ruisseaux menant à une mer déchaînée, une immensité chaotique éveillée par les caprices du temps ou bien par le ressentiment de Soulen, il ne saurait le dire.

Vissant son couvre-chef un peu plus bas sur sa tête, le marin esquiva un couple courant se mettre à l'abri et serra son cabas en toile contre sa poitrine. Heureusement il avait pu éviter le choc de plein fouet et préserver les courses, de sorte que les vivres ne finiraient pas leurs jours dans l'immondice d'un caniveau. Néanmoins il sympathisait avec l'empressement de ceux qui étaient contraints de sortir, et plus le temps passait plus il partageait leur besoin de faire de même. Pressant donc le pas en ignorant le désagréable sentiment de l'eau qui s'infiltrait dans chaque interstice de ses bottes, il marmonna un juron.

Mavro était connue pour son climat clément voire chaud toute l'année, alors pourquoi fallait-il que le froid le poursuive où qu'il aille ? Était-il donc maudit, comme il l'avait toujours pensé ? D'un soupir il regarda à nouveau le ciel dans un mélange de contrariété et de scepticisme, qui grandissaient exponentiellement à chaque nouvelle journée passée à quai. Tout comme lui, la ville entière retenait son souffle, espérant que passe enfin cette étrange infortune dont l'inexplicable longueur commençait à faire courir de folles rumeurs. Entre les théories d'une colère divine, un présage occulte visant à ne pas commercer avec Thémisto et une ribambelle d'autres encore plus farfelues, il y avait de quoi satisfaire toutes les fantaisies.

Néanmoins au-delà des hyperboles crédules, il fallait bien avouer qu'il devenait de plus en plus difficile de non seulement ignorer le déluge et la tempête, mais aussi expliquer le phénomène de manière rationnelle. Réprimant la pulsion d'allumer une cigarette qui finirait de toute façon éteinte en quelques secondes, Fenris remonta le col de son manteau. De son vivant il en avait vues et traversées des intempéries, que ce soit sur terre ou sur mer. Pourtant la violence des éléments lui faisait presque oublier que cela ne faisait que quelques jours que cela durait. Il y avait quelque chose dans l'air chargé de sel, dans l'écume touillée et recrachée sur les quais déserts, imprégnée dans les vêtements et sur les visages inconnus... Une gravité incertaine et une défaite passivement admise.

C'est avec un immense soulagement que Fenris s'arracha enfin au poids de la pluie et ses effets en poussant la porte d'entrée, non sans auparavant avoir un peu peiné à faire fonctionner sa vieille clé rouillée. Cependant un trop plein de force pour apprivoiser la serrure alors qu'il avait les mains pleines fit claquer la porte un peu plus fort que nécessaire, attirant irrémédiablement l'attention sur sa maladresse. Dans la foulée il manqua de glisser et tomber dans le petit hall, mais au moins les vivres étaient saufs. Dans la vie tout n'était peut-être pas qu'injustice, après tout.


« Pourquoi faut-il toujours que... Rah ! » Râla-t-il en roulant des épaules pour refermer la porte, doucement cette fois. « Oh, pardon de vous avoir effrayée. Ce n'est que moi. »

Glissant une excuse à la charmante tête opaline qui surgit depuis l'étage, Fenris déposa ses achats sur la table et entreprit de se découvrir de ses vêtements trempés. Son chapeau de cuir tomba le premier pour découvrir ses cheveux pâles coiffés en une queue de cheval basse, puis vint son manteau gorgé d'eau, devenu infiniment plus lourd depuis sa sortie. Les déposant sur un étendoir en métal qu'il avait bricolé la veille pour qu'ils puissent sécher le linge à l'intérieur, il expira ses frustrations.

« Quel temps de chien... Ça ne s'arrête pas et je ne sais pas quoi en penser, je n'ai jamais vu une chose pareille. »

Il s'équilibra sur le mur le plus proche de sorte à retirer ses bottes, mais manqua de tomber quand même. Dans une plainte causée par l'effort vint néanmoins la libération, et ses orteils gelés remuèrent comme pour manifester un dernier signe de vie. Renversant ses bottes à l'extérieur du portique il les vida de leur contenu avant de finalement les déposer pour les laisser sécher, là où elle ne gêneraient pas le passage ou inonderaient la pièce à vivre. Pensif il continua d'exprimer ses pensées tout haut, comme il avait parfois l'habitude de le faire en présence d'Othello.

« Les orages ne sont pas si rares dans la région, mais ils sont causés par un trop plein de chaleur et ne durent jamais bien longtemps. Quelques heures dans la plupart des cas, une paire de jours dans la pire des éventualités. Mais ça... ça ce n'est pas normal. »

Dodelinant de la tête il sourit tout de même en apercevant le visage familier de la prêtresse, penaud de l'ennuyer par ses digressions incessantes ou un séjour prolongé dans une ville qui  n'était pas vraiment agréable. Haussant les épaules en grimaçant à la sensation de sa chemise par endroits collée contre sa peau, il finit par saisir une chaise et s'asseoir à revers, les bras posés sur le dossier, comme il avait si souvent l'habitude de le faire.

« Les habitants sont superstitieux et s'en remettent souvent aux dieux quand il s'agit de faire bon voyage ou prospérer dans leurs affaires, aussi on commence à entendre toutes sortes de rumeurs dans le quartier. Comme toujours il y a des choses insensées, mais au milieu de tout ça je me demande... Serait-ce lié aux Colosses, encore une fois ? D'après mes recherches c'est peu probable, néanmoins je ne me risquerais pas à complètement l'écarter. »




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Dernière édition par Fenris Skirnir le Sam 8 Déc - 18:18, édité 1 fois
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Le Messager
MessageSujet: Re: Les larmes et les cris du ciel   Mar 4 Déc - 20:56

Voilà plus de trois jours que la pluie ne cesse de frapper le continent sombre. Une véritable averse incessante qui bloque littéralement l'économie du pays. Il est impossible pour le moindre navire de prendre la mer sous peine d'être emmené dans les ténèbres abyssales par Soulen lui-même. L'océan semble hurler sa rage et sa colère, et les température baisse lourdement.

Il y a quelques fous qui s'aventurent dehors, mais à quel prix ? Ils sont malmenés, secoués, et donnent l'illusion qu'ils pourraient s'envoler à tout moment. Certains tentent de s'aider de la magie pour lutter contre les éléments, mais rien de semble calmer la tempête. Aucun soldat, aucun pirate.

L'orage gronde de plus en plus violemment alors que vous vous abritez dans votre petite maisonnée. Des éclairs terrifiants zèbrent le ciel avec rage. Un grand bruit raisonne. Un éclair ? On dirait qu'il s'est abattu sur le mât d'un navire. Ce dernier prend même feu malgré les larmes du ciel... une vision chaotique... jusqu'à ce qu'à nouveau des tambourinements se fassent entendre. Puis un autre, puis un autre.

Si vous regardez par la fenêtre, vous n'en croirez pas vos yeux : de la grêle. Cela s'abat avec autant de violence que le tonnerre assourdit vos oreilles. Est-ce la colère des dieux ? Une vengeance ? Une malédiction ? C'est à ne plus rien comprendre, mais vous n'avez jamais été aussi seuls et abandonnés que dans cette sinistre petite maison qui menacerait presque de céder.

Que vous le vouliez ou non, vous êtes maintenu prisonnier à Mavro Limani. Et rien ne vous dit que cela s'arrêtera. Le phénomène ne semble pas naturel. Mais voilà qu'un pauvre malheureux se fait surprendre et frappe à votre porte. Prendrez-vous le risque de laisser entrer cet inconnu et l'aider ? Où le laisserez-vous faire face aux éléments déchaînés de la nature ?



★★★★★

LES REGLES :

  • Vous avez une semaine pour poster votre réponse au messager.
  • Vous devez poster votre message à la suite de celui-ci.
  • A la suite de votre message, le messager vous contactera pour vous donner la marche à suivre.
  • Bon jeu !






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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Les larmes et les cris du ciel   Jeu 6 Déc - 12:57

Avec un angle surprenant, elle tordit son dos et sa nuque pour pouvoir apercevoir la porte du coin de l’œil sur le palier de l’escalier, dont les marches grinçantes annonçaient bien malgré elle son arrivée prochaine comme son ombre projeté sur le sol depuis les fenêtres. Quoiqu’elle se rende bien vite compte que dans cette maison branlante, il était difficile de rester bien discret, elle accusait quand même le coup à chaque élan de scrupules qui pouvait encore la tarauder. C’est cependant avec soulagement qu’elle découvrit la longue silhouette surmontée de mèches blondes et trempées dans l’encadrure de la porte, en lieu et place d’un malheureux sans zèle qui cherche à s’abriter dans la première demeure qui soit. Retrouvant vite de son aise, la sirène laisse s’envoler un sourire soulagé avant de descendre le rejoindre, bercée par les hurlements venteux qui échangeaient gaiement jusque dans les combles.

Machinalement, elle descendit, récupérant le sac que rapportait le marin pour en ranger le contenu. Après quelques jours à quai, elle commençait à bien connaître le logis, assez pour savoir où déposait cette épaisse baguette de pain, et où ranger ce pot de sel. Un peu coupable d’avoir laissé le lurghoyf s’aventurer seul dans la tempête, elle s’appliqua encore plus à faire le reste du travail vite et bien. Machinalement, et dans un balai méticuleusement étudié, elle attrapa au passage une étole et une robe sèches sur l’étendoir, permettant au géant de sable d’y placer ses affaires, le tout dans une valse étonnement flexible. Bizarrement, elle appréciait ne pas avoir les yeux rivés sur la fenêtre, et c’est avec les bras chargé de linge qu’elle finit par s’installer contre une commode, pour finalement répondre aux remarques peut-être intimes du marin qui manquait de s’étaler par terre à la moindre pièce de vêtement arrachée
:

« - J’avoue partager votre opinion… » Elle passa une main songeuse sur le cuir mouillé qui répandait dans toute l’habitation une odeur humide et charnelle. « Même en plein cœur de Béamas, je n’ai jamais rien vu de tel. Quoique mon expérience ne soit en rien égale à la vôtre… » Bien qu’aillant une maigre connaissance de la météo, elle n’ignorait jamais que Fenris avait quelques centaines d’années d’avance sur toutes ses expériences.

Alors qu’il poursuivait sa réflexion à voix haute, elle regarda machinalement par les premières fenêtres possibles et se perdit dans les lueurs des chandelles voisines, et la sombre voûte du ciel. Les rafales de pluie et de vent ne daignaient pas se calmer, et les gouttes fouettaient maintenant avec une violence inouïe les carreaux de verre, couvrant leur conversation d’un bruit de martèlement perpétuel. Ses paroles ne pouvaient que tourner en boucle dans son esprit déjà noyé par les questions, et elles lui faisaient l’effet d’une cuillère qui tournait machinalement dans une tasse remplie d’un liquide moucheté d’encre. Il le savait mieux qu’elle et avait la sagesse de l’âge : qu’il vienne lui confirmer que cela n’était pas normal était comme un doux euphémisme. Amer et sucré, comme une liqueur trop vieille, la vérité pure lui provoqua un long frisson qui coula dans son dos.

Néanmoins le sourire du marin vint déposer un voile sur ses interrogations intérieurs, et l’aida à remonter à la surface. Cela lui arracha l’ébauche d’un sourire qui devait plus ressembler à une grimace préoccupée qu’à une expression joyeuse. En même temps qu’elle barbottait doucement à la surface de son esprit dans un mutisme consciencieux, Fenris vint quant à lui récupérer une chaise pour s’assoir à califourchon, menton contre dossier. La sirène ondula assez naturellement jusqu’à lui, restant à ses côtés en posant une main douce sur son épaule humide, maudissant une nouvelle fois la météo, et le remerciant intérieurement d’avoir bien voulu braver la tempête pour le bien de leurs estomacs.
Une nouvelle fois il vint soupoudrer son esprit de sel, ce qui la poussa à laisser, elle aussi, librement court à ses réflexions sans plus garder pour elle le résultat de ses fulgurances.


« - Je n’en ai pas la moindre idée… » Souffla-t-elle, revoyant devant ses yeux le corps titanesque de la créature couvertes d’épines, les deux jambes solidement enfoncées dans la mer de glace, à côté de Gaeaf, plongée dans la panique. Elle s’aperçu par ces paroles qu’ils étaient encore écorchés vifs, traumatisés par des attaques à répétition qui ne dépendait pas d’eux. Des blessures profondes et intimes qui les avait tous les deux marqués, certainement de différentes façons, et sans qu’ils ne puissent jamais pleinement s’en remettre. Entendre parler des créatures éveilla en elle une crainte fulgurante, mais elle parvint tout de même à la maintenir à distance. Une telle occurrence serait si rare, et pourtant plausible… « La dernière fois, nous étions tous pris au piège par notre nature profonde. Il ne serait pas impossible que l’un d’entre eux soit capable de contrôler la météo… » Après tout, elle se souvenait douloureusement d’avoir été à la merci de sa queue de poisson dans un des moments les plus critiques, condamnée à l’inutilité alors que les rues étaient plongées dans le chaos.

En soupirant pour verser de la glace sur ses pensées pour taire le feu qui s’y allumait secrètement, elle ne pu s’empêcher de retenir ses doigts de se crisper sur l’épaule masculine. La situation n’avait rien de rassurant, et elle appréciait sincèrement de voir le marin garder son habituel flegme. Avec une secousse intestine, elle retrouva tant bien que mal son sang froid et parvint à pauser sereinement l’entièreté de ses réflexions, a moitié couvertes par le son de la pluie.


« Deux bateaux se sont percutés tout à l’heure, à cause de la marée. J’ai l’impression que le niveau de la mer à enflée plus qu’à l’habitude, comme si quelque chose causait un mouvement des eux inhabituel. Les eclaris ont certainement mis le doigt sur quelque chose avec cette histoire d’astre. Et pourtant je ne peux m’empêcher de croire que les Dieux ont en effet une dent contre nous tous. » Elle referma sa main sur la marque de Kron, sentant presque le poids de sa faute pousser ses doigts vers sa paume. « De même, je commence à me demander si ce ne serait pas l’œuvre d’une magie puissante… Même si personne ne pourrait maintenir son pouvoir assez longtemps, un groupe assez fort pourrait le faire perdurer ainsi. » Elle se ravisa de poursuivre, sentant que l’inquiétude commençait à lui faire admettre tout et rien, et même la plus farfelue des possibilités.

Pourtant le ciel s’amusa lui-même à l’empêcher de poursuivre car un bruit sourd éclata contre le carreau. Othello bénit immédiatement la solidité du verre en découvrant avec une surprise palpable les épais éclats de grêles qui tombaient du ciel, les larmes d’une déesse qui pleurait ses peines. Lâchant prise, elle s’approcha de la fenêtre avec stupeur, découvrant la ville dans le plus grand des chaos, essuyant les morceaux gelés gros comme des poings qui eurent vite fait de nettoyer la rue de toute âme vivante. Heureusement qu’ils étaient à l’abri, et elle remercia déjà le temps qui permis au marin de finir sa course juste avant l’averse.


« Espérons que les navires ne subissent pas trop de dégâts… » Murmura-t-elle avant de se retourner, incrédule, vers le lurghoyf. « Que se passe-t-il ? » Il ne devait pas plus détenir de réponses qu’elle, mais elle priait pour que sa voix traverse les voiles pour rejoindre des oreilles divines.

Alors que l’averse s’aggravait, on tambourina brusquement à la porte avec une violence inouïe, et elle comprit alors qu’une âme malheureuse cherchait un refuge en leur petite maisonnée de fortune, dont tous les planchés menaçaient déjà de s’effondrer à chaque bourrasque. Echangeant rapidement un regard avec l’œil d’améthyste face à elle, elle n’hésita pas beaucoup avant d’aller attraper la poignée, peu craintive de la nature du dérangement. Par un temps pareil, tout le monde méritait une place au sec, et elle se voyait mal refuser de l’aide à quelqu’un dans le besoin. Et dans le cas où il serait mal intentionné, il y avait assez de glace autour d’elle pour qu’il finisse malheureusement accroché à un pic…

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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Les larmes et les cris du ciel   Sam 8 Déc - 18:18

Chapitre 14: Les larmes et les cris du ciel

Act II: Stranger eyes


Sous son front mouillé se bousculaient des noms et des silhouettes inhumaines, le résultat de longues recherches dans les bibliothèques, où les livres et les illustrations s'imprimaient derrière sa rétine. Amon, Belor, Cicien, Dorien, Eloan, Fongor, Helion. Tant de noms autrefois humains désormais perdus dans les méandres du temps, traces rémanentes d'une ère révolue que la corruption avait emportées. Ce phénomène climatique, quel qu'il puisse bien être, pouvait aisément s'inscrire dans la même lignée mystique et destructrice crée par les Colosses, et pourtant au fond de ses tripes Fenris pensait qu'il n'en était rien. C'était à la fois similaire et différent d'une façon qu'il ne saurait expliquer. De plus si le mystère de leurs origines était majoritairement percé par son enquête, il en restait visiblement beaucoup d'autres encore. Moins tragiques que les Déchus, il fallait l'espérer.

« J'ai... trouvé quelques informations à leur sujet. » Fen hésita avant de poursuivre, peu sûr d'être en droit d'exposer les choses comme si elles étaient une évidence. Néanmoins il avait toutes les raisons de croire que c'était la vérité, celle que peu de gens seraient disposés à entendre et accepter. C'était la raison pour laquelle il avait choisi de ne rien dire, ne désirant surtout pas attirer l'attention des masses.

« Tous ne sont pas agressifs, bien qu'ils soient liés par leur dégénérescence... et leur sang. Anciennement des êtres de chair, sept frères convoitant la même couronne. Nous avons vu certains d'entre eux de nos yeux : Eloan dans les mers de Gaeaf. Fongor et ses spores dans la ville de Thémisto. Helion dans les cieux d'Hespéria. Et puis ceux qui semblent fuir ou sommeiller loin de la civilisation. Dorian, la créature que l'on a nommée El Bahari. Et Cicien, le volcan qui borde Lokram et le temple de Kron. Il en reste seulement deux -Amon et Belor- et ils se sont déjà manifestés aux cités perdues de Taulmaril et Elgondor. »

Sa conclusion fut interrompue par le bruit de la grêle qui mitraillait les rues et les habitations, tant et si bien qu'il dut hausser un peu la voix pour se faire entendre. Mais au moins la distraction le tira de sa torpeur pensive, et lorsqu'il leva l’œil vers le plafond en espérant de tout son cœur que cette vieille bâtisse tienne le coup, il avait repris pied. Couvrant la main de la sirène de la sienne, il la nourrit de sa chaleur avant de la libérer à nouveau. L'observant nager d'un coin à l'autre telle une fée affairée, Fenris était amusé par ces allées et venues qui auraient jadis été un signe de nervosité... Mais plus maintenant.

Se levant pour refermer les volets et préserver les carreaux, il rendit grâce à la tradition locale de bénéficier de ce système visant principalement à se protéger des cambrioleurs. Néanmoins pour cela il dut ouvrir la fenêtre quelques secondes, et finit de tremper sa chemise déjà malmenée par la sortie. Le tireur lâcha un soupir blasé et la retira d'un roulement d'épaules, basculant ses bretelles qui retombèrent mollement autour de sa taille. Posant son habit sur l'étendoir, il prenait en compte les commentaires de la sirène, et les spéculations qui s'ajoutaient à la longue liste de théories.


« On peut considérer plein de causes potentielles, mais j'ai du mal à concevoir comment les astres pourraient influencer le climat. Les soleils semblent normaux, du peu qu'on peut en voir... » À nouveau assis, il était trop absorbé pour être gêné par le froid ou sa semi nudité. De toute façon à Mavro c'était monnaie courante, alors on peut dire qu'il reprenait les vieilles habitudes, au moins par réflexe si ce n'est par étourderie. D'autant que l'énigme de cette tempête l'aspirait comme un typhon tirerait un navire vers les profondeurs.

« Au moins sommes-nous assez loin des docks pour ne pas être mis en danger par la marée, même à crue. Et les bâtiments alentour devraient nous protéger du v... »

La porte fut secouée par des coups de plus en plus rapides, comme si la personne qui guettait de l'autre côté avait la mort aux trousses. Ses sourcils se froncèrent en une ligne broussailleuse tandis qu'il suivit les pas de la prêtresse jusqu'à l'entrée, soucieux des intentions étrangères. Guettant les environs il déplora son arbalète hors de portée et de toute façon trop encombrante pour un espace confiné. Laissant Othello ouvrir la porte il se présenta en premier, accueillant prudemment leur visiteur.rice de toute sa stature et un sourire crispé.




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