Petit à petit, l'Oiseau fait son nid

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_ Il parait que des personnes hauts-placées seraient gravement malades.
_ Il parait que ça se bécotte "au bal de la Rose".
_ Il parait que des créanciers en sont après un des conseillers de Ridolbar.

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 Petit à petit, l'Oiseau fait son nid

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MessageSujet: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeVen 4 Déc - 16:05

Chapitre 1er : La compagnie des Gantelets Rouges
14 Tiria 1306 - Ridolbar

Le conseiller Conrad Ravensberg avançait dans les rues arborant un visage froid. Quatre gardes du corps l’escortaient alors qu'il progressait dans les rues de la Cité Corrompue. Sa tenue sombre faisait ressortir son visage pâle et glabre. Il portait simplement un plastron par-dessus une tenue élégante et sans ostentation. La dernière chose qu'il souhaitait était de se faire remarquer. Quant au plastron d'armure, c'était une assurance tout à fait normale pour un personnage ayant un peu d'importance à Ridolbar. Les rivalités se réglaient souvent par des assassinats.
Non pas que Conrad ne se trouvent impliqués dans ce genre de rivalité. Pour le moment, il avait réussi à se faire passer pour quelqu'un d'assez inoffensif. Cependant, ses projets risquaient de faire bouger les lignes et de le faire apparaitre au grand jour face à ses opposants politiques.

Le bâtiment vers lequel il se dirigeait se trouvait non loin de la Porte Nord de la ville. Il suffisait de quitter l'avenue noire pour l'ouest de la ville. Ensuite, après plusieurs minutes de marche, on arrivait sur place. Un genre de taverne, mais en plus grand. Repère des spadassins et autres porte-glaives en tout genre qui pullulait dans la ville. De nombreux hommes d'armes, marchands d'armes et autres corporations intéressés par le commerce impliquant les armes fréquentaient l'établissement.
Il n'avait rien d'exceptionnel dans ce qu'il proposait à ses clients. Juste un lieu de rassemblement plus ou moins sécurisé.

La foule et le brouhaha généré par les conversations de ces braves citoyens armés jusqu'aux dents permirent à Conrad de pénétrer dans l'établissement discrètement. Non pas qu'il s'attendait à être reconnu, de toute manière. Mais cela lui était arrivé de temps à autre dans d'autres tavernes.
Il se présenta au patron derrière le comptoir selon une phrase définit à l'avance. Ce dernier lui indiqua d'un signe de tête une loge privée à l'étage, sur la mezzanine. Les gardes du corps du conseiller le suivirent. Deux s'installèrent l'air de rien en bas de l'escalier et les deux autres se postèrent aux abords de la loge, ostensiblement pour décourager les opportuns.
L'ambiance enfiévrée de la taverne se faisait bien plus feutrée une fois à l'étage. Réservé à une clientèle plus calme et un poil plus sophistiquée, les tables étaient de meilleures factures. Les loges consistaient en des espaces mi-clos arrondis. La table ronde emplissait la majeure partie de l'espace et se trouvait entourés de banquettes rembourrés récupérés et rafistolés autant que faire se peut. Du grand luxe pour cet établissement et son genre de clientèle.
Un rideau épais servait à se couper du regard des curieux si l'on désirait de la discrétion ou de l'intimité.

Conrad longea plusieurs de ces loges avant de parvenir à celle que lui avait désignée le patron. Toutes étaient occupées et les conversations allaient bon train, mais il ne s'y intéressa pas. Aucun des visages qu'il vit du coin de l’œil ne lui rappela une quelconque personne d'importance.
Bien sûr, il n'était pas dupe. Cet établissement était sans doute un nid d'espion et d'informateurs. Toutefois, pour ce qu'il avait faire, il ne pourrait pas espérer une discrétion absolue et cela ne saurait être à son désavantage. Et puis, le patron lui avait assuré que l'identité de la personne qu'il s'apprêtait à rencontrer sera dissimulée. Étant donné les services et faveurs qu'il devait à Conrad, il était confiant dans l'accomplissement de cette discrétion.

**

Assis en silence autour de la table, le conseiller n’eut pas à patienter longtemps. Son rendez-vous se présenta rapidement à lui. L’homme était d’une large stature et portait une tenue de guerrier. Il n’avait pas d’épée à sa ceinture, cependant, et après un examen plus attentif, il devint vite évident que l’homme était décontracté. Sa capuche dissimulait son visage, mais quand il la rabattit, Conrad reconnut la description qu’on lui avait faite de l’homme.
Ce dernier s’assit en face sans dire un mot, se contentant d’un hochement de tête. Il déposa devant lui une grande choppe emplit de bière. Sur son plastron, il était possible de voir, quand la lumière le permettait, un écusson représentant un poing gantelée écarlate.

- Ainsi, voilà donc le fameux conseiller intéressé par les compétences de mes gens, fit le guerrier.
- C’est bien moi, répondit succinctement Conrad.
- Et que me voulez-vous donc, Excellence ?
- Je voudrais en savoir plus sur votre compagnie… De combien d’hommes vous disposez. Où campe le gros de vos hommes. Vos tarifs. Ce genre de chose.

Le capitaine changea de position pour s’installer plus à son aise. Il passa ses doigts dans sa barbe tressée blonde. Son visage buriné possédait les marques d’un homme ayant passé sa vie à l’extérieur et à se battre. Un nez cassé, une cicatrice sur la joue gauche et surtout un regard rusé et prudent. Néanmoins, derrière la méfiance du mercenaire, Conrad décelait ce qui caractérisait tous les mercenaires de son genre : l’appât du gain. Exactement ce qu’on lui avait raconté de la part du Capitaine Cosca.
Après qu’il eut réfléchit pendant une longue minute, il but quelques gorgées de sa bière puis reposa bruyamment sa choppe en s’essuyant la bouche et la barbe.

- Ma compagnie est forte de 2057 hommes. 457 arbalétriers et 1500 fantassins environs et une centaine de cavaliers, pour la plupart légers. Je ne suis en ville qu’avec une poignée des miens, ma compagnie n’a pas le droit de pénétrer dans l’enceinte de la ville, vous le savez bien. Nous campons à trois heures de la ville, dans une petite vallée.

Marquant une pause, il se resservit de son alcool. Conrad savait pertinemment qu’aucune force de cette nature et aussi imposante ne saurait être acceptée sans autorisation particulière dans Ridolbar.

- Pour ce qui est de la paie… On est libres en ce moment, faut dire que l’absence de conflit important a mis beaucoup de compagnie de mercenaire sur la paille… On attend toujours que ça pète depuis que Démégor est retourné à la boue. Ne me faites pas croire que vous ignorez ce que coûte nos services sur une longue durée...

C’était une somme importante, Conrad le savait déjà, il en avait les moyens avec ses rentrées d'argent récentes, il lui faudrait rembourser une large partie de ces fonds, mais ça ne serait pas un soucis. Il avait contracté plusieurs prêts en négociant ardemment les intérêts. Une fois au pouvoir, il avait bien calculé pour être sûr de pouvoir rentrer dans ses frais. Toutefois, il avait besoin d’une force armée à ses seuls ordres pour lancer son offensive politique de prise de contrôle de la ville.

- On va pas tergiverser tout la nuitée, Excellence, reprit le mercenaire. Vous avez clairement l’intention de nous faire une offre de contrat, alors lâcher le morceau ou payez moi à boire !

Conrad s’avança sur la table et posa ses deux coudes dessus, prit un air tout à fait sérieux et assuré et fixa le capitaine mercenaire dans les yeux.

- Je voudrais vous mettre à mon service, sous contrat pour une durée de deux ans. Je connais effectivement vos tarifs et je les accepte. De plus, vous aurez l'occasion de profiter de tous les à-côtés que les missions que je vous assignerez vous permettront d’obtenir. Si vous êtes en capacité de recruter un millier d’homme et de les prendre à votre charge pour les entrainer, je puis rallonger l’offre.

Le capitaine de la compagnie des Gantelets Rouges resta muet un court instant. Certes, il n'avait pas prévu de signer un contrat à faible rémunération, mais une offre sur deux ans à son tarif habituel était du genre à faire réfléchir en silence. Il pourrait considérablement s’enrichir et enrichir ses hommes si cela s’avérait un contrat juteux. Le regard du mercenaire étincela d’une lueur avide en pensant aux dias qui pourraient lui appartenir et aux opportunités qu'une telle position pourrait lui offrir. Mais la méfiance revint au galop. Il avait entendu parler du conseiller Ravensberg. Les gens le surnommaient « l’Oiseau de Mauvais Augure ». Aussi, avait-il fait la promesse intérieure de se montrer sur ses gardes face à ce volatile.

- Et à quoi nos épées vous serviraient-elles donc ?
- A seconder la milice de la ville pour maintenir l’ordre dans la ville.
- On n’est pas des gardes-chiourmes, Excellence, si c’est pour faire le planton sur les murs, ça va pas tenir deux ans ton affaire.
- La milice se charge des murs. J’aurais besoin de vous pour combattre des opposants et affirmer l’autorité du Conseil.
- Ouais, éliminer la concurrence, faire place nette…. Avez-vous vraiment besoin d’autant d’hommes ?
- La ville est grande et il se pourrait que vous deviez affronter des forces biens plus organisées en fonction de comment tourneront les événements futurs.

La conversation avait été rapide, sans trop d’hésitation. Conrad savait bien que ces hommes devraient s’aventurer dans les quartiers contrôler par les pègres. Que les relations avec la milice officielle seraient tendues, au minimum. Et que la garnison de Cavalier verrait ça d’un mauvais œil. Toutefois, il craignait bien plus les oppositions de ses collègues conseillers. Pour ce faire, il avait prévu d’engager une partie de marionnettiste…

La milice était désormais plein d’amis, de gens redevables, avec qui il dialoguait régulièrement. Sans doute accepteraient-ils plus aisément une compagnie mercenaire agissant en parallèle d’eux.
Quant au Capitaine-Général des Gantelets rouges Aldo Cosca, il devait bien se douter des risques en cas d’accélération des tensions avec les Cavaliers ou les Ladrinis. Toutefois, il voyait plus grand. Ridolbar était un gâteau gigantesque. Et s’il pouvait se trouver du côté de celui qui s’emparerait du contrôle total de la ville, il s’adjugerait un part importante du butin. De nombreuses possibilités se dessinaient dans sa tête…
Des possibilités que Conrad avait déjà envisagé et qu’il savait qu’elles traversaient la tête du mercenaire.

- Topez-là, j’vais convoquer mon trésorier et on va préparer le contrat. Quant au recrutement, j’vais m’occuper de ça avec mes sergents. Doit y avoir de la racaille prête à recevoir un salaire et une épée dans la région.
- Parfait, fit Conrad en serrant la main du capitaine.
- Mais on est toujours interdit de séjour à l’intérieur…
- Je m’en occupe, répondit froidement le conseiller. Commencez à recruter. Je vous verserais la somme convenue quand vous pourrez prendre vos quartiers en ville.
- Je préférerais un paiement plus tôt, grommela le mercenaire. Vous allez me la jouer à l’envers.
- L’histoire a tendance à nous enseigner que ce sont souvent les compagnies mercenaires qui ont ce genre de comportement, rétorqua Conrad. Paiement à la prise de quartier en ville, pas avant !
- Bon. Mais pas d’entourloupe, que j’aille pas recruter des gars pour rien…

Le capitaine finit sa bière et en commanda une autre. Conrad lui indiqua où le retrouver pour signer le contrat, puis prit congé.
Il regagna les rues de la Cité corrompue, et ensuite son appartement au plus vite. Il avait beaucoup de chose à mettre en branle, désormais. Quand la rumeur se répandrait que le Corbeau avait engagé la Compagnie des Gantelets Rouges à son profit, il était inévitable que des remous ne viennent le tracasser. Pour cela, il avait besoin de s’assurer de l’appui du Conseil et de ses collègues.


Dernière édition par Conrad Ravensberg le Ven 11 Déc - 21:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeJeu 10 Déc - 18:36

Chapitre 2nd : Le chant du Corbeau
1er Toula 1306 - Ridolbar

Presque un mois et demi depuis son accord avec les mercenaires et il n'avait toujours pas réussi à les faire entrer dans la ville. Le Capitaine-Général s'impatientait et menaçait de quitter la région pour aller trouver un contrat où la paie serait plus certaine. Conrad était mécontent, mais les dieux s'inquiète rarement des plans fomentés par les mortels et les balayent d'un revers de la main sans même y penser. C'est ainsi que le conseiller de Ridolbar voyait l'apparition de cette terrible épidémie. Les rapports indiquaient que tout Phelgra était désormais touché. La fièvre avait mit plus longtemps à s'installer dans le continent sombre, des histoires inquiétantes leur était parvenues par les marchands venant d'Eridania. Mais personne n'avait pris la mesure de la menace.
La Cité Corrompue connaissait une situation aussi préoccupante que partout ailleurs. Aussi le seigneur Ravensberg avait-il conseillé à la compagnie de mercenaire de stationner en dehors de la ville, proche de son propre domaine, afin d'éviter de rajouter du chaos à l'anarchie qui risquait de s'installer... Et puis, il craignait secrètement de contaminer la Compagnie des Gantelets Rouges. Les lettres qu'ils recevaient du Capitaine-Général Cosca indiquaient qu'ils n'avaient pas eu de cas. Du moins au début de leur présence. Mais désormais, ils étaient touchés, quoique beaucoup moins largement que la moyenne...

Des pogroms avaient eu lieu la nuit dernière. Beaucoup de malades avaient été purement massacrés et des hospices avaient finis incendier, de même que plusieurs habitations. Cela avait eu lieu dans les quartiers les plus pauvres, dans la partie l'ouest de la ville. La voie salée était encore bordée de petits buchers et les cendres s'étaient répandue sur toute la voie, du fait des vents et déplacements des agresseurs.
La milice avait été débordée et le conseiller Delosa avait refusé de risquer d'engager un combat contre la population, effrayé à l'idée de provoquer un soulèvement généralisé.

Conrad arrivait au Palais du Gouverneur. Après avoir remonté les marches, il pénétra dans l'enceinte par une porte discrète, servant habituellement aux serviteurs. Le Palais, habituellement en partie ouvert pour les séances du Conseil et pour les échanges entre corps d'administration, était fermé.
Le siège du gouvernement de la Cité était grand et voyait généralement ses parties dédiés à l'administration purement bureaucratique fourmiller de monde. Aujourd'hui, personne ne parcourait les couloirs frénétiquement. Aucune réunion secrète, aucun regroupement d'intérêt pour discuter de telle ou telle mesure.
Deux gardes personnels de Conrad le suivait. Ces derniers appartenait à sa maisonnée, pas des mercenaires, ni des miliciens. Leurs pas résonnaient dans les entrailles du Palais. Le petit groupe gravit un escalier circulaire et remonta un couloir jusqu'à l'aile ouest du palais. C'est ici que le conseiller Delosa avait son bureau et un appartement de fonction.

***

- Mon cher camarade conseiller, seigneur Ravensberg ! salua Virton Delosa d'une voix chevrotante puant l'hypocrisie.

Néanmoins, Conrad sentit une pointe d'inquiétude derrière la façade amicale. Il répondit par un sourire tout à fait convaincant d'honnêteté et de franchise.

- Conseiller Delosa, j'espère que votre matinée vous a apporté des solutions à la malheureuse situation sur la voie salée de cette nuit...
- Sale affaire... Cette fièvre rend tout le monde fou, il faut croire ! Non pas que les taudis des quartiers ouest mériteraient qu'on pleure pour eux... Mais le petit massacre de la nuit a mis la ville en ébullition !
- D'après ce que j'ai pu entendre lors de ma tournée des portes et des relais, plusieurs chefs ladrinis se prépareraient à s'unir dans une coterie afin de rétablir l'ordre par eux-mêmes. Bien sûr, ça serait leur ordre et non celui de la ville...

La déclaration de Conrad provoqua un silence terrible dans le bureau. Elles étaient exagérées mais Conrad avait une légitimité établie sur les informations en provenance des milieux moins officiels. Les autres conseillers ne recevaient que des instructions de leurs financeurs. Ils étaient bien placés pour craindre pour leur poste au moindre déplaisir de ces soutiens capricieux.
Les deux conseillers s'observaient dans le blanc des yeux. Un éclair de panique avait déchiré le masque de sérieux du conseiller Delosa. Ce dernier tapota sur le chêne de son bureau pour se donner contenance.

- C'est préoccupant... Peut-être faudrait-il réunir le Conseil en urgence pour décider de la marche à suivre.
- J'y suis favorable, nous nous devons de réagir de manière unitaire à cette menace. Toutefois... toute proposition que vous feriez à une réunion que vous auriez convoquée rencontrerait une forte opposition de la part de notre collègue Hartor Van Grard. Vous n'êtes pas sans savoir qu'il s'oppose systématiquement à vos politiques, même contre les intérêts de la ville.

Le regard du conseiller Delosa dévisagea Conrad. Ce dernier afficha une expression gênée et concernée par le problème. Selon les apparences, il déplorait le blocage avec un vrai soucis de l'intérêt général.

- Dans ce cas-là, la Milice pourrait...
- La milice a été totalement décrédibilisée cette nuit. Sa lenteur à vous prévenir de la situation vous a empêché de prendre les mesures nécessaires !
- Que proposez vous donc, conseiller ?

Conrad Ravensberg s'avança vers son collègue, comme pour lui faire une confidence. Il exprimait une confiance envers Virton Delosa qui convainquit se dernier.

- Convoquez la réunion, mais sur ma demande et laissez moi faire une proposition. Vous avez mon soutien, vous le savez fort bien. Je prendrais sur moi d'apporter de quoi ramener l'ordre. Je pourrais engager mes fonds personnels pour solder des mercenaires le temps de la crise. Cela évitera de trouer encore plus les comptes de la ville et je serais seul à prendre un risque. Une fois dans la ville, nous pourrions reprendre le contrôle de la situation personnellement.

L'ambiance dans le bureau était assez sombre malgré les grandes fenêtres. Dehors, des nuages noirs s'étaient amassés au-dessus de la ville. Tout cela présageait d'une tempête à venir. L'air était lourd et la chaleur de la saison avait tenu la ville en haleine ces derniers jours.
C'est dans cette ambiance, que Conrad quitta le bureau de Virton Delosa. Ce dernier avait longtemps pesé le pour et le contre de la proposition du seigneur Ravensberg. Il n'était pas totalement aveugle, mais à force de persuasion et de promesse de loyauté et de soutien, Conrad avait fini par le convaincre qu'il n'avait rien à craindre de lui.

***

- Conseiller Van Grard, le conseiller Delosa a totalement perdu le contrôle de la situation cette nuit. Sa décision de laisser la Milice regarder le massacre au lieu de le prévenir. Désormais, l'anarchie et le soulèvement guette toute la ville.

Ces déclarations catastrophistes ne firent pas ciller le solide Hartor Van Grard. Ce dernier était plus grand et beaucoup plus massif que son rival Delosa. Son immense bedaine était surplombé d'un double-menton soulignant un visage arrogant et rusé.

- Comme vous y allez, conseiller Ravensberg... La milice et le contingent de Cavalier préviendra à tout soulèvement !
- Hier, Delosa a ordonné à la Milice de laissez faire le massacre et la Milice a obéie. Aucun Cavalier n'a levé le petit doigt pour intervenir.

Le regard du conseiller Van Grard se fit quelque peu plus concerné. Sa détestation de Delosa était frontale. Il n'hésitait pas à dire ce qu'il pensait de son concurrent politique. Le bureau de Van Grard était l'opposé de son rival. Ici, la lumière était omniprésente de part les nombreuses torches et cheminées qui s'y trouvait. Un luxe plus apparent ressortissait de la décoration également.

- Quand bien même, la situation n'est pas aussi alarmante que vous le prétendez... Delosa est un incapable, c'est connu, mais je ne le crains pas.
- Il va chercher à vous évincer par la force, vous verrez... Il doit sans doute préparer à convoquer une réunion du Conseil pour tourner la situation à son avantage... J'ai entendu des rapports sur des mercenaires recrutant en ville...
- C'est... un scandale ! explosa le conseiller. UN SCANDALE ! S'il croit pouvoir recruter des mercenaires à sa solde pour s'emparer du pouvoir...
- Nous pourrions lui damer le pion, avança Conrad. Il n'acceptera pas que vous engagiez ces hommes à sa place, mais si vous agissiez à travers moi, il ne verra pas de quoi contester. Je suis votre dévoué soutien. Je considère que vous êtes plus apte à diriger la ville. Cet incapable ruinerait la ville et la livrerait aux flammes pour se protéger.

La colère du conseiller alimenta son enthousiasme pour agir contre son rival comme des flammes. Il abonda la proposition de son jeune collègue et décida de lui même de convoquer une réunion du Conseil sur la demande de Conrad. Mais alors qu'il préparait son message pour avertir les conseillers, un page vint leur porter le propre message du conseiller Virton Delosa, appelant à réunir le Conseil en urgence.

- Vous aviez raison, Ravensberg, ce rat putride cherche le coup de force ! Je vous donnerais les moyens d'intervenir au Conseil pour votre projet ! Je lui montrerais de quel bois je me chauffe !

Il lança la lettre aux flammes d'une torche tout en ricanant méchamment. Derrière lui, Conrad laissa échapper un léger sourire de contentement et se contenta d'une flatterie assez creuse. Il prit congé sous prétexte de se préparer à la réunion et d'entrer d'ores et déjà en contact avec les mercenaires.

Il ressortait du Palais du Gouverneur. Le tonnerre grondait au loin, prélude à un orage imminent. Les rues étaient loin d'être bondées. Vers l'ouest, l'on pouvait encore voir des lueurs de feux. Les violences s'étaient largement calmés et la Milice avait fini par reprendre les patrouilles. Le calme qui reprenait ses droits était trompeur et Conrad le voyait bien.
Concerné par la fièvre, le seigneur Ravensberg n'en faisait pas vraiment une priorité. Il voyait ce malheureux coup du sort comme une opportunité.
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeJeu 28 Jan - 20:30

Chapitre 3 : Au Service de Ridolbar...
13 Toula 1306 - Ridolbar

La nuit était déjà installée quand la compagnie mercenaire entra dans la ville. La porte nord leur ouvrit le passage sur ordre du Conseil de Ridolbar. Ils entrèrent dans la Cité Corrompue comme à la parade, en bon ordre, étendards bien haut, armures lustrés et pas cadencés. Le Capitaine-Général Cosca fut accueilli par un officier de la milice et un envoyé du Conseil. Il reçut officiellement son autorisation de pénétrer dans la ville et des miliciens ouvrirent le passage afin de les guider et de dégager l'espace nécessaire sur l'avenue noire.
Conrad Ravensberg s'était débrouillé pour leur offrir ce petit moment de gloire, qui flatterait facilement l'ego de ces mercenaires. Ils pourraient se pavaner jusqu'à la Grande Place, devant le Palais du Gouverneur et le Palais de Justice.
Le bruit des bottes avançant en cadence imprimait un rythme martial à la petite musique nocturne de la ville. Des torches éclairaient en abondance l'avenue. Et dans de nombreux quartiers, des buchers s'occupaient de bruler les cadavres de ceux qui n'avaient pas survécu à la fièvre. La situation ne s'améliorait guère mais les rumeurs de progrès médical en provenance de différents centre de connaissance ne poussaient pas les dirigeants à l'urgence. Ridolbar avait la chance d'avoir la majorité de ses malades parmi les indigents, les pauvres et les marginaux. Peu de gens en vue avaient été frappés.

Aldo Cosca, Capitaine-Générale de la Compagnie des Gantelets Rouges bombait fièrement le torse et savourait ce moment. Cette entrée triomphale dans une telle Cité n'était pas pour lui déplaire. il était confiant quant à la tâche qu'on allait lui demander d'accomplir. Mater des raclures de bidets se prenant pour des grands seigneurs de la rue ne l'effrayait pas. Et même si la situation avait un potentiel explosif, il avait confiance dans les promesses de Ravensberg. Il avait lui-même enquêté et avait pu constater à quel point il n'y avait que peu d'opposition. Et si cela tournait au vinaigre... Et bien, il serait toujours temps de s'arranger avec la situation...

Le Conseiller Conrad Ravensberg était assis à son bureau, relisant des rapports, en tapotant sur le bois de son bureau machinalement. Ce tic n'était pas habituel chez lui, signe que le moment était important. La pièce qu'il utilisait comme bureau était spacieuse, comme il se devait pour un conseiller de Ridolbar, mais très peu ornementée. L'éclairage était plus que suffisant pour travailler la nuit et en journée, la fenêtre laissait entrer une lumière parfaite pour lui. Le bureau ne comportait que des étagères et bibliothèques, remplis de livre de compte, de rapport, d'état des lieux et autres documents administratifs. En dehors de son fauteuil, il n'y avait que deux chaises, assez spartiate mais de bonne facture. En vérité, rien ne donnait envie de rester plus que nécessaire dans cette pièce et c'était précisément ce que Conrad recherchait.
Sa table de bureau comportait des tiroirs où il rangeait une partie de sa correspondance, sous clé et avec un faux-fond.
Mais les documents et lettres importants n'étaient pas entreposés ici. Il les rangeait dans ses appartements en dehors du Palais. Pour l'heure, le contrat signé avec les mercenaires sur son nom se trouvait devant lui, en bonnes et dues formes.
Il le roula précautionneusement, ainsi que le deuxième exemplaire qu'il possédait. Aldo Cosca en avait une copie, ainsi que le comptable de la compagnie. Les deux contrats allèrent chacun dans un petit étui, pour être bien protégé. Il en rangea un dans le faux-fond de son tiroir et referma le tout proprement avec sa clé. L'autre, il le plaça dans une poche intérieur, à l'abri des regards, pour aller le déposer dans ses appartements hors du Palais.

Des lumières plus intenses éclairèrent son bureau à travers sa fenêtre. Le petit spectacle nocturne arrivait sur la grande place. Le conseiller Ravensberg sortit de son austère bureau et se dirigea vers un endroit d'où il pourrait mieux voir l'arrivée des mercenaires. Deux hommes à lui le suivirent en silence.
Dans la longue galerie qui donnait sur la grande place, au second étage, il aperçut un large groupe admirant déjà la parade des mercenaires. Parmi eux, plusieurs conseillers, dont les deux marionnettes qu'il avait mis en action pour arriver à ses fins.
A tour de rôle, quand l'autre ne regardait pas, ils lui firent un signe de connivence, très satisfait d'eux mêmes. Il ne leur répondit que sobrement, d'un infime hochement de tête.

Restant en bordure de la galerie, ne se mêlant pas aux autres, Conrad observa l'arrivée des mercenaires, à la lumière des torches. Les officiers de la Compagnie saluèrent les officiers de la Milice qui les accueillirent. Aucun gros problème ne devrait avoir lieu si les arrangements qu'il avait fait avec les officiers de la Milice fonctionnaient. Cependant, il anticipait fatalement des tensions entre les deux corps armés, de la même manière qu'il pouvait en avoir avec les représentants des Cavaliers de Sharna.

L'infanterie et la cavalerie défilèrent, avec le train d'intendance à l'arrière. Les Gantelets Rouges furent guidés dans le bâtiment que Conrad avait libéré pour eux. Assez central, mais pas trop pour qu'il rappelle constamment leurs présences aux conseillers. Ils seraient un peu à l'étroit, mais il y avait de quoi faire des aménagements et le conseiller Ravensberg avait prévu de les tenir occupé un moment.

- A quoi peut-donc servir une épée, si ce n'est à frapper son ennemi ? demanda une voix claire d'un ton sarcastique et provocateur. Ainsi, les moutons croient-donc que les loups sont là pour les protéger ?

La femme s'approcha pour se mettre à côté de lui. Elle était tournée vers lui et le regardait lui et non pas le petit défilé d'opérette qui se déroulait sur la Grande Place. Ses yeux clairs et intenses le dardaient. Il affectait de les ignorer mais il ne pouvait pas balayer du revers de la main la présence de Viktoria Dragusin à côté de lui. Elle portait une robe magnifique, la mettant parfaitement en valeur. Et la pose qu'elle prenait à côté de lui, mettait tout à fait en avant ses attributs les plus séducteurs. Conrad était habitué à ce petit jeu, elle n'était pas très subtile ce soir, mais sans doute était-elle intéressé par autre chose, cette fois-ci. L'intelligence brillait également dans ce regard et son sourire était le signe qu'elle avait compris quelque chose, ou le début de quelque chose.

- Pourquoi voir là des loups ? répondit sobrement Conrad. Et quand bien même, est-ce réellement des moutons qu'ils vont traquer ?
- M'est avis que oui, seigneur conseiller, fit Viktoria du tac au tac. Selon mon petit intellect féminin, je sens qu'un changement politique est sur le point d'arriver, dit-elle, toujours sarcastique.
- Ah oui ? Lequel ? feignit Conrad.
- Le nombre de conseiller pourrait venir à se réduire prochainement, il est évident que le statu quo ne peut plus durer.

Toujours regardant les mercenaires s'en aller de la grande place, le conseiller Ravensberg réfléchit un instant. Au loin, la lueur des buchers funéraires éclairait l'horizon et donnait l'impression qu'un incendie énorme embrasait la cité.
Il se tourna et jeta un œil à son interlocutrice. A nouveau, et sans qu'il ne comprenne pourquoi, il fut déstabilisé. Elle était belle, mais il avait déjà vu et croisé nombre de jolies femmes et aucune ne le perturbait ainsi. Etait-ce son air d'autorité ? Sa froideur dissimulé sous une couche de sophistication ? Simplement sa beauté ? Son intelligence ?
Il se reprit, conscient que Viktoria avait conscience de l'effet qu'elle produisait sur le conseiller Ravensberg. Elle en sourit.

- Le changement est nécessaire, déclara Conrad. Et si, pour advenir, il faut écraser les réticents, alors que Sharna ait pitié de ces misérables. Le conseil a pris la bonne décision.

Il avait parlé d'un ton égal, sans émotion. Mais les implications de ses paroles déclamées avec une telle froideur surprirent l'héritière de la famille Dragusin. Un peu déstabilisé, elle finit par arborer un sourire satisfait et intéressé.

- Tu pourrais avoir besoin du soutien de ma famille pour cela...
- Si c'est le cas, je sais où te trouver.

Il amorça un mouvement pour s'éloigner et aller saluer ses collègues conseillers. Le jeu politique nécessitait qu'il fasse acte de présence et dissimule encore ses vrais objectifs.
Mais la main de Viktoria le retint en le saisissant par le bras.

- Je suis prête à discuter d'un accord entre nous dès ce soir... lui souffla-t-elle. Ma famille a prospéré en restant du côté des vainqueurs. Je pense te connaitre assez pour comprendre ce qu'il se passe.

Ils se regardèrent droits dans les yeux. Elle espérait attirer Conrad à elle en jouant sur son ambition politique. C'était un angle d'attaque qu'elle n'avait jamais essayer. Cependant, malgré son étrange attirance pour elle, il ne s'était jamais laisser tenté. Il était évident que cela ne faisait que renforcer l'intérêt de Viktoria Dragusin pour lui. Mais alors que les événements allaient s'accélérer et devenir plus risqués, cette proposition était redoutable.
Conrad ne connaissait absolument pas les intentions de cette femme et se méfiait d'elle. Mais se pouvait-il qu'elle soit sincère dans la proposition d'alliance ?

- Nous en reparlerons une autre fois.

Il s'éloigna d'elle. Elle le regarda s'approcher des conseillers et autres flagorneurs qui orbitaient autour de ce petit monde hypocrite. Elle souriait. Elle l'avait eu, cette fois-ci. Il ne pourrait résister à l'envie de s'accaparer les ressources des Dragusin à son propre compte.

- Aah... Conseiller Ravensberg ! Voyez ces nouvelles forces qui nous arrivent ! Tout cela au service de Ridolbar... s'exclama un des conseillers.
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeDim 21 Mar - 17:34

Un jour de plus se couche sur les balafres de Ridolbar. Les feux ardents et leurs fumées suffocantes ont laissé la cité noircie et calcinée. Les fosses creusées dans la hâte, et les cadavres qui les remplissent plus vite qu’elles ne peuvent les engloutir, ressemblent à de profondes entailles dont coulerait un liquide visqueux et putride. Pourtant, un remède semble aider à refermer ces vilaines plaies. Depuis quelques jours maintenant, on dirait que le Conseil a retrouvé la force qui lui manquait tant. Plus un cri ne reste sans réponse, plus une rixe sans réprimande ; les mercenaires engagés par les pouvoirs de la ville sont implacables et font régner, aussi bien par la terreur que l’efficacité, une stabilité nouvelle.

Les Conseillers de Ridolbar ne tarissent pas d’éloges à propos des Gantelets Rouges, du moins, la majorité d’entre eux est-elle d’un grand enthousiasme. Conrad Ravensberg, vous recevez bien quelques fleurs pour votre initiative, mais la tendance est à l’omission ; si les mercenaires sont bel et bien une trouvaille exquise, elle n’est pas spécifiquement la vôtre et il s’agirait de ne pas vous approprier les mérites de l’assemblée toute entière…

Ce n’est un secret pour personne ; chaque Conseiller profite de ce renfort pour se concentrer sur la fomentation de son putsch. Il y a bien quelques alliances qui se tissent dans les recoins, mais aucune promesse ne sera tenue. Il faut agir vite et bien, et se souvenir que le premier à s’asseoir sur le trône du gouverneur n’y restera pas bien longtemps s’il n’assure pas ses arrières. Ainsi, si l’atmosphère a l’air d’être au beau fixe pour les autorités de Ridolbar, elle n’a en réalité pas été aussi tendue depuis plusieurs années. Le soleil disparait à l’horizon, et les ombres qui courent à sa suite sont plus menaçantes que jamais.

Seigneur Ravensberg, vous apprenez qu’un conflit terrible a éclaté il y a environ une demi-heure dans le quartier dit « des Amphores » – c’est là que se concentrent la plupart des brasseries bas de gamme et des vendeurs de substances délétères – et que les dégâts laissent supposer un soulèvement destructeur. On parle d’explosions et d’assassinats en pleine rue, de bandits armés semant le chaos… Sans exposer de motif. Il est urgent de dépêcher un grand nombre de vos mercenaires sur les lieux du drame afin de mettre fin au massacre. La fumée qui s’élève déjà au-dessus des toits laisse entendre que vous n’avez pas le temps de chercher à comprendre ; si vous ne voulez pas que votre cité entière soit mise à feu et à sang, il va falloir que les Gantelets Rouges fassent vite.



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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeDim 18 Avr - 0:23

- La situation est chaotique, les cadavres commencent à s'entasser dans certains caniveaux et plusieurs établissements ont été incendiés. L'émeute risque de continuer et un nouveau pogrom d'arriver.

Le rapport de Torka était froid et sans commentaire, ce qui tranchait avec les habitudes du nain. Bien que déjà mort, il semblait que ses traits s'étaient encore un peu creusés sous l'effet de la fatigue. C'était impossible évidemment, mais un jeu de lumière et d'ombres accentuait son visage à l'aspect cadavérique.
De l'autre côté du bureau, Conrad aussi n'avait pas l'allure d'un homme en parfaite santé. Pâle comme un linge propre et avec le visage glabre, le même jeu d'ombres et de lumière lui donnait une allure encore plus inquiétante que son agent de confiance. Tout aussi froid mais plus calculateur, aucune émotion ne semblait passer sur ce visage aristocratique. Ses mains était assemblées devant lui, posées sur son bureau tandis qu'il écoutait le récit de son homme de main.

La situation aurait dû lui être bien plus confortable et agréable. Toutefois, depuis la mise en action de la Compagnie des Gantelets Rouges, tous dans le Palais du Gouverneur entendait les couteaux qui s'aiguisaient. La tension était permanente et les attaques plus insidieuses que jamais... Pourtant Conrad Ravensberg craignait une menace qu'il ne semblait pas distinguer. Sans doute le côté paranoïaque de tous les comploteurs qui ressortait en cette période décisive. Le Conseil avait réagi comme il l'avait espéré en minimisant la contribution de son benjamin dans l’enrôlement de la compagnie de mercenaire. Aucun de ses collègues n'avait semblé soupçonner quoi que ce soit concernant les véritables clauses du contrat liant la Compagnie avec Conrad.
Si cela s'était su, nul doute qu'il y aurait eu un peu plus que les paroles méprisantes et paternalistes qu'il avait reçu lors des dernières sessions du Conseil.

- Pour conclure, y'a un gros problème qui risque d'embraser la moitié de la ville si on ne l'étouffe pas tout de suite. Je propose de frapper fort.

Conrad fixa son regard dans celui de Torka sans rien dire. Tout un tas de considérations traversait son esprit. Des questions cruciales s'invitaient dans l'analyse de la situation et sur la solution à apporter.
Le conseiller craignait un piège d'un adversaire politique, ou pire d'un ennemi de la Cité. Une provocation pour pousser le Conseil ou l'un de ses membres à la faute.

- Tu va porter un message au Capitaine-Général, fit-il d'une voix posée. En plus du message écrit tu lui transmettras un message oral.

Conrad saisi une feuille de papier, son encrier et une plume tout juste affûtée. Il réfléchissait encore à ce qu'il allait écrire à son associé chargé de ces besognes dans les rues de la ville.
Après avoir trempé la plume dans l'encre, il se mit à écrire d'un main ferme et appliquée, comme à son habitude :

« A l'attention du Capitaine-Général Cosca,
Sur ordre du Conseil de Ridolbar,


Vous avez ordre de rétablir l'ordre dans les rues du Quartiers des Amphores. Stoppez les fauteurs de troubles par n'importe quel moyen et faites cessez l'émeute.
Possibilité de résistance importante du fait de nombre des fauteurs de troubles. En ce as, pas de quartier.
S'ils se rendent, désarmez-les, éliminez les meneurs et menez le reste au Palais de Justice.

Si la possibilité vous en est offerte, capturez certains fauteurs de troubles à des fins d'interrogatoires.


                                                                                 

   C.R »


Il versa le sable nécessaire pour faire sécher l'encre, puis roula la lettre avant de verser de la cire rouge et d'appliquer le sceau du Conseil.
Une fois cela fait, il tendit la lettre à Torka. Ce dernier s'en saisit avec promptitude avant de la dissimuler dans un pli de ses vêtements, un petit sourire torve sur les lèvres.
Le seigneur Ravensberg jeta un regard par la fenêtre de son bureau, donnant sur la ville. Un nuage de fumée noire émanait au loin. Sans doute le fameux Quartiers des Amphores, en proie à la violence et aux flammes.

Revenant d'un coup à son homme de main, il le regarda à nouveau avec intensité.

- Tu diras à Cosca de se méfier et de ne rien laisser au hasard... Comme d'habitude, il pourra se servir sur le butin récolté. Il devrait comprendre.

Le gorgoroth de petite taille quitta le bureau, porteur des ordres. Sans attendre, il dévala l'escalier de service mal éclairé puis remonta les couloirs qu'ils commençaient à connaitre par cœur. Le Corbeau l'envoyait souvent faire l'intermédiaire ce qui l'amenait à parcourir le Palais du Gouverneur de long en large, ainsi que la Cité.
Le Capitaine-Général Cosca aimait à se montrer au Palais quand ses devoirs ne l'appelaient pas sur le terrain. Cela dit, il gênait l'élite ridolbarienne plus qu'il ne la fascinait avec ses manières brusques et son parler digne d'un soldat vétéran ayant vu son comptant de champ de bataille.
Torka retrouva donc vite le commandant des Gantelets Rouges et lui remit les ordres. Ce dernier les lu avec promptitude en fronçant les sourcils et en soupirant. Après un instant de réflexion, un léger sourire s'afficha sur ses traits. C'est à ce moment que le message oral lui fut délivrer, ce qui lui fit hausser les sourcils. Toutefois, il s'en alla exécuter les ordres et mettre ses soldats à l’œuvre. C'était la première fois que Ravensberg prenait la peine de le mettre en garde. Le jeune seigneur devenait-il nerveux ?
Toutefois, Aldo Cosca en avait vu plus d'une et décida de faire deux fois plus attention alors qu'il massacrerait ces imbéciles...

***

La journée touchait à sa fin tandis que Conrad patientait dans son bureau. Il n'avait guère bouger aujourd'hui. Son temps avait été accaparé par son esprit qui lui demandait de chercher le petit détail qui pourrait lui faire obstacle. Au final, il avait fini par tout reprendre rationnellement et n'avait rien trouvé de fâcheux. Il ne restait plus qu'à attendre le rapport des Gantelets Rouges.
Depuis leurs prises de fonction, les mercenaires avaient adoptés une stratégie simple et efficace : une répression violente et sanglante par encerclement des zones troublées et assauts massifs par des soldats expérimentés et bien protégés. Certes, il y avait eu certains groupes pour résister mieux que prévu mais les mercenaires étaient équipés pour une vraie guerre et leurs instincts meurtriers étaient aiguisés à l'extrême.

Le soleil se couchait sur Ridolbar et à nouveau le sang avait coulé. Le temps était venu de lancer l'offensive. La véritable offensive, contre ses véritables adversaires. Ses mercenaires avaient pris leurs marques comme il l'avait escompté, ses soutiens l'avaient renouvelés dans leurs confiances et le Conseil de Ridolbar n'avait pas entrepris de manœuvres mettant péril ses propres plans.

Les prochaines sessions du Conseil devraient apporter leurs lots d'événements importants. Conrad s'autorisa un léger sourire. La fébrilité ne régnait pas simplement sur la petite Cour entourant le Conseil. Toutes l'aristocratie et les milieux importants de Ridolbar sentait le vent se lever. Néanmoins, impossible de prédire dans quelle direction il soufflerait...


Dernière édition par Conrad Ravensberg le Dim 18 Avr - 0:26, édité 2 fois (Raison : couleur parole)
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeJeu 17 Juin - 19:37

Elle s’était installée confortablement dans l’angle matelassé qui faisait face à l’ouverture du boudoir. Une bougie était posée sur la table ronde et des taches de sang clairsemaient le velours vert de la banquette. Ses yeux pâles n’avaient rien d’autre à admirer. Impatiente, elle se mit à tapoter des doigts sur la table. Seigneur vi’Serth se faisait toujours attendre mais elle avait ses limites.

Il finit par se présenter tout de noir vêtu, et sembla échanger plusieurs longs mots avec un accompagnateur avant de pénétrer l’alcôve. Elle claqua de la langue alors qu’il demeurait dans l’embrasure de la porte, le visage tourné vers l’extérieur, ses murmures comme mourants sur ses lèvres. Il l’ignora. Une minute passa avant qu’il ne daigne lui adresser un regard.

« – Dis-moi tout. Il s’assit, les mains croisées à la manière d’un pénitent. Ses traits étaient plongés dans l’obscurité d’un capuchon, ce qui n’empêcha pas l’espionne de les scruter avec vigilance.

– Tu risques d’être déçu. Il n’y a pas grand-chose de nouveau. Ils obéissent toujours aux ordres du Conseil. Rien de plus. Elle haussa les épaules. Cela était plutôt une mauvaise nouvelle pour Caryoras, et elle semblait prendre un malin plaisir à le lui annoncer avec détachement.

– Tu en es certaine ? Aucun comportement suspect ? Aucune dérive, rien du tout ? Je te paye vraiment trop cher… Elle réfléchit avant de faire une grimace dubitative.

– Je sais pas, vous les laissez vraiment taper autant dans le butin ? Parce que moi je trouve qu’ils ont la main lourde mais j’ai cru comprendre que tout était sous contrôle.

Le marchand leva le menton. Ses iris cendrés sortirent un instant de la pénombre, animés par une lueur intriguée. Il ne tentait même pas de dissimuler sa surprise.

– Lourde comment ? Poussière leva les paumes vers le plafond, insolente. Donne-moi une proportion, quelque chose. La Ladrini éclata de rire.

– Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Ils prennent quasiment tout, comme des mercenaires quoi. T’as jamais engagé des mercenaires ? Son effronterie ne parut en rien ébranler Caryoras. Il pencha plutôt la tête sur le côté avant de délier ses doigts. Le Conseil avait été clair là-dessus, ils avaient statué sur un pourcentage.

– Et qu’est-ce qui te fait dire que « tout est sous contrôle » ?

– Je les ai entendus parler d’un nouvel arrangement, déclara-t-elle d’un air badin en lorgnant la sortie pour feindre l’ennui.

Le conseiller perdit patience. Il se pencha vers son espionne, plongea des yeux menaçants jusqu’aux tréfonds de son âme, et avança une main crispée sur la table. Puis, comme une vipère le ferait, il siffla le véritable prénom de l’impudente, lui arrachant un frisson de terreur. Poussière haussa les narines en se recroquevillant, ne trouvant pas la force de rétorquer.

– Des détails, je te prie.

– Quand ils rassemblaient leur butin après avoir calmé le jeu dans une rue des Amphores, un type s’est adressé au capitaine en désignant des biens un peu plus cossus que le reste. Je me suis approchée, j’ai entendu le capitaine dire qu’ils pouvaient se servir. L’autre a redemandé, rapport au contrat avec le Conseil, et Cosca l’a rembarré avec un « nouvel arrangement ».

– Rembarré ?

– Bah ouais, je sais pas, il a eu l’air de râler un peu quoi. Comme d’habitude.

– Comme d’habitude ou comme s’il n’avait pas envie de s’épancher sur la question au cas où il y aurait eu des oreilles baladeuses dans les parages ? Poussière se renfrogna davantage. Son regard s’enfuit vers le sol, puis courut sur les murs et les teintures pour échapper à celui de son employeur. Un long silence s’imposa avant que Caryoras ne réajuste sa position sur la banquette. Ne te repose pas sur tes lauriers. Ton pouvoir te facilite peut-être grandement le travail mais ce n’est pas une raison pour ménager ta cervelle. Son ton se fit paternaliste, adouci mais méprisant. La jeune fille souffla bruyamment par le nez. J’aimerais que tu examines les comptes des Gantelets Rouges. En détails. Tu vois qui est leur trésorier, je suppose ? Elle acquiesça à contre-cœur. Ne le lâche pas avant d’avoir trouvé quelque chose d’intéressant. C’est compris ? »

Poussière resta muette et immobile mais le marchand sut qu’elle ferait son travail. Il la quitta sans la saluer, la laissant seule dans son boudoir, avec sa bougie et ses taches de sang.

Ils se revirent cinq jours plus tard.

*
*              *


Conrad Ravensberg, vous voici à la sortie d’une réunion du Conseil, une semaine après les évènements qui ont scarifié le quartier des Amphores. La tension n’a pas cessé de monter, pourtant personne ne semble encore vous soupçonner de quoi que ce soit. Des alliances se tissent plus ou moins discrètement, des accusations sont lancées de-ci de-là, mais vous faites partie de ceux que vos confrères voient d’un bon œil. Jusqu’à maintenant.

L’assemblée s’est séparée, il ne reste plus que vous et le conseiller Caryoras vi’Serth. Il est manifeste qu’il cherche à vous parler en privé, ce qui n’est – comme vous le savez – pas un bon présage. Vous seriez fou de ne pas vous méfier de lui.

« – Seigneur Ravensberg. Vous m’accorderiez bien un petit instant ? J’ai quelques préoccupations concernant ces braves Gantelets Rouges et je crois que seul un esprit comme le vôtre saurait me rassurer. Vous le savez irascible et belliqueux, alors ses politesses ne peuvent qu’être signe de tempête à venir. »


◈ PNJ ◈



NOM : vi’Serth
PRÉNOM : Caryoras

FONCTION : vendeur d’esclaves, conseiller de Ridolbar
PRIX : il meurt d’argent et n’aura pas besoin du vôtre
RESIDENCE : Ridolbar, quartier résidentiel

POUVOIRS :
¤ Marchand de sable – il lui suffira de claquer des doigts pour qu'une dizaine de personnes sur lesquelles il a un visuel tombent dans les pommes.
¤ Bâillon – Caryoras peut faire taire jusqu’à trois personnes à la fois et ce pendant une vingtaine de minutes.
¤ Convocation – il s’agit là d’un pouvoir de téléportation, non pas de lui-même mais d’une tierce partie. Si sa peau rentre en contact avec un objet qu’une autre personne a touché jusqu’à cinq heures auparavant, Caryoras peut faire apparaître ladite personne. Il utilise beaucoup ce pouvoir sur son garde du corps favori ; Amork, un large Lhurgoyf à qui il ordonne régulièrement de toucher sa chevalière vi’Serth.

HISTOIRE :
Caryoras n’est pas un ridolbarien pure souche, mais il est impliqué dans la vie politique de la ville corrompue depuis plus de 15 ans. Il a bâti sa fortune sur le commerce d’esclaves, autour duquel il a construit un empire. Il est d’ailleurs étroitement lié aux Souffle-Sang, une guilde de mercenaires qui assure souvent sa sécurité. Ses pratiques ont fait de nombreux morts et ont déchiré tant de familles que même sur le territoire phelgran – où la majorité de ses activités est légale – il est régulièrement la cible d’attentats. Il est pourtant un pilier crucial à l’économie de Ridolbar, ce qui lui a permis de se hisser au rang de conseiller. C’est un homme ambitieux et influent. Beaucoup savent que s’il devenait gouverneur, il deviendrait un véritable dictateur, mais hélas, il a assez de ressources pour se soudoyer un chemin jusqu’au trône.



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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeDim 11 Juil - 19:35

Conrad Ravensberg resta assis un peu plus longtemps que les autres. Tout roide sur son siège du conseil, il prit son temps pour ranger méticuleusement les divers documents qu'il avait devant lui. Prétexte pour pouvoir observer les autres conseillers sortant de la salle. Leurs postures, leurs gestuelle, les mouvements vers untel ou un autre. Tout cela offrait énormément d'informations à qui savait les interpréter et les remettre dans le contexte adéquat.

Les discussions du Conseil étaient toujours aussi tendu. Certains conseillers élevaient la voix face aux actions de la compagnie de mercenaires et les réformes de la Garde pour la rendre plus efficace. De nombreuses factions ladrini étaient mises en difficultés par cette nouvelle offensive et sans doute rejetaient la faute sur ceux à qui elles offraient tant de pot-de-vin pour les tenir à l'abri de ce genre de mésaventures.

Conrad ne montrait aucune satisfaction à l'état actuel des choses. Les émeutes et pogrom ayant eu lieu à la faveur de l'épidémie de la Fièvre avait offert un prétexte tout à fait opportun pour justifier le renforcement des forces aux ordres du Conseil de Ridolbar, mais les tensions dans la ville étaient toujours aussi élevés. Depuis la dernière intervention dans le quartier des Amphores, aucune autre émeute n'avait éclaté, mais la lourdeur de l'ambiance urbaine pesait de plus en plus sur tout le monde.
Il était conscient que l'accord avec les Gantelets Rouges connaissait quelques petits accrocs, mais cela était prévisible avec des mercenaires victorieux.

Pour le moment tout se déroulait selon ses prévisions. Il bénéficiait encore d'une indifférence globale de la part de ses confrères. Rien ne venait troubler sa préoccupation, si ce n'est les demandes de plus en plus pressantes de Viktoria Dragusin... Depuis l'entrée de la compagnie mercenaire dans la ville, cette dernière semblait avoir décidé de s'associer à lui d'une manière ou d'une autre, comme si elle avait flairé une affaire juteuse à laquelle elle voudrait croquer. En un sens, elle n'avait pas totalement tort.
Toutefois, le seigneur Ravensberg connaissait fort bien la situation de dame Dragusin. Quelques semaines plus tôt, la garde personnelle du domaine de sa famille avait eut maille à partir avec un groupe d'hommes d'armes dont le commanditaire n'avait pas été identifié et qui avait pénétré pour tenter de s'emparer d'une de leur propriété...
Une telle situation devait également peser lourd sur les épaules et pousser à vouloir trouver une protection immédiate.

Ruminant ces pensées qu'il n'arrivait guère à ordonner comme il l'aurait voulu au sujet de Viktoria, il fut interpellé par l'un de ses collègues. Le Conseiller Caryoras vi’Serth. Il se stoppa net et le regarda droit dans les yeux tandis que le marchand d'esclave lui demandait quelques instant pour s'entretenir avec lui.
Dans l'esprit de Conrad, une méfiance immédiate naquit. Ce conseiller-là ne lui semblait pas aussi naïf que les autres et disposait surtout de ressources propres conséquentes.

- Mais bien évidemment, Conseiller vi'Serth, répliqua Conrad de son ton neutre ne montrant aucune surprise.

Il s'avança d'un pas vers son homologue tout en soutenant son regard. Aucune émotion ne parcourait son propre visage et il affecta un rien de perplexité en haussant légèrement un sourcil.
La mémoire revint à Conrad. Caryoras vi'Serth était également très lié avec une guilde de mercenaires très redoutés pour leur efficacité et leur violence. Sans doute n'était-il pas le plus enthousiaste à voir une compagnie mercenaire extérieure à la ville opérer dans ladite cité.

- Dites moi donc ce qui perturbe votre esprit au sujet de la compagnie, messire. Ils me semblent qu'ils remplissent admirablement le rôle pour lesquels le conseil les a engagés.

Il s'en tint à cela pour ne pas trop ouvrir son flanc à une quelconque critique assassine. Du coin de l'oeil, il aperçut du côté de la porte de la Salle du Conseil une petite silhouette familière. Le nain Torka se tenait dans l'encadrement. Sans doute avait-il voulu voir ce qui retenait son maitre. Le visage inquiétant de l'homme de main des Ravensberg jetait un regard mauvais souligné par un rictus dérangeant. Il s'avança dans la salle du conseil, derrière les piliers. Place habituel des hommes à la solde des Conseillers de la ville, qui assistaient aux réunions du conseil. Conrad et Caryoras se tenait proche du centre de la salle, à côté de la table sur laquelle le Conseil de Ridolbar tenait ses réunions. Au fond, après une volée de marche, se tenait le siège vide et inoccupé du Gouverneur.

Subtilement, Conrad accentua l'intensité de son regard, indiquant qu'il ne souhaitait guère s'attarder ici et qu'il attendait de son collègue qu'il soit bref.
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeJeu 19 Aoû - 19:51

CaryorasEn posant une main étonnamment délicate sur votre coude et en se penchant vers vous, Caryoras vous entraîne un peu à l’écart, loin des oreilles trainantes qui ne font que mine de disparaître derrière les murs. Il affiche une expression que vous ne lui connaissez pas, grave et non pas dédaigneuse, mais son regard n’est pas moins froid qu’à l’accoutumée. Il est manifeste qu’il vous scrute et accordera une grande importance à chacun de vos gestes.

« – Eh bien… J’ai mes réticences. Pour avoir constaté les dégâts dans le quartier des Amphores, hier, je ne me dirais pas satisfait de la façon dont ils ont réglé les choses… Régler est d’ailleurs un bien grand mot dans la mesure où les vols n’ont pas cessé… Je ne sais pas si vous étiez au courant. Son regard se fait lourd de soupçons. J’ai parlé à des témoins qui disent avoir eu du mal à déterminer qui des fauteurs de trouble et des Gantelets Rouges semaient le plus le chaos, pour reprendre leurs mots. Et je ne pense pas que ce soit là « le rôle pour lequel le Conseil les a engagés ». Son ton est encore posé tandis que sa rhétorique devient acerbe. Rien d’inhabituel, vous notez, mais une ombre menaçante passe sur ses traits. Je n’en parle encore qu’à vous car je sais nos collègues influençables et prompts à prendre des décisions hâtives, mais mes contacts ont eu peu de mal à identifier les coupables. Il s’agirait d’une jeune guilde dépendante des bandits des montagnes et de la frontière – il prononce ces mots sans retenir sa morgue – dont les membres seraient reconnaissables aux symboles qu’ils arborent et au dialecte qu’ils pratiquent… Des indices que les Gantelets Rouges auraient dû remarquer, en somme. Il marque une pause, les yeux baissés par la contrariété. Bref. Ma part du financement est généreuse, et je doute désormais qu’elle soit bien placée. Mes alliés, quant à eux, seront capables de retrouver les criminels, et je me devrai de récompenser leurs services en conséquence. Vous comprenez bien sûr où il veut en venir. Je tenais à vous faire part de mes inquiétudes parce que je vous crois capable de les prendre au sérieux, et vous pouvez toujours tenter de m’en dissuader mais… Je pense annoncer lors du prochain Conseil que mes fonds ne participeront plus au maintien des Gantelets Rouges. Je préfère nettement placer ma confiance ailleurs. »

Le piège est évident, mais difficilement contournable. Communiquerez-vous aux Gantelets Rouges les informations que Caryoras vous a subtilement livrées pour qu’ils arrêtent les responsables des émeutes ? Ne fourniriez-vous pas ainsi la preuve que les miliciens sont à votre service et non pas à celui du Conseil ? Votre cœur balance. Cosca et ses hommes accepteraient-ils de voir leur salaire dégringoler ? Votre confrère vous fixe mais vous le savez ; votre réponse ne l’intéresse pas. Ce sont vos actions et leurs conséquences dans les jours qui viennent, qui lui importent.



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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeSam 21 Aoû - 23:07

La main du conseiller sur son avant-bras déplut fortement à Conrad. Il détestait une telle familiarité avec lui, même dans des conversations informelles entre conseillers. Il n'en montra rien, bien évidemment, mais son esprit s'affuta instantanément et la méfiance s'éveilla. Caryoras vi'Serth n'était pas de ce genre de personne à entretenir de la familiarité avec le dernier des Ravensberg et il était notoire dans les hautes sphères qu'il était dangereux de laisser une telle familiarité s'installer.

Vi'Serth était sans doute le moins manipulable et le plus dangereux des autres conseillers. Pas au premier plan mais avec assez de relais pour s'assurer d'une influence notable et lui permettant d'agir dans l'ombre. Il était surtout impitoyable. Jusqu'à présent, depuis le début de son mandat au Conseil de Ridolbar, Conrad avait éviter d'être en contact plus que nécessaire avec lui.
Mais il avait cet instinct qui le poussait à la prudence et créait en lui une pulsion meurtrière. Un instinct animal, presque primitif, qu'il n'avait que rarement l'occasion de ressentir. Il le cachait derrière son sourire poli et son regard concerné, comme celui d'un conseiller sérieux et un brin naïf. Après une longue réflexion sur son ressenti vis-à-vis de ce collégue, il en était venu à la conclusion qu'il s'agissait juste d'un réflexe de survie. Vi'Serth était de la même étoffe que Conrad par bien des aspects. Différents sur nombres de points, mais similaires sur l'ambition et les moyens pour parvenir à ses objectifs, sur la ruse et tout ce que le chemin vers le pouvoir impliquait.
Les semblables se reconnaissaient instinctivement et ils étaient d'une espèce qui ne tolèrent que peu les rivaux pour un même siège...

Une pensée s'infiltra en lui, bientôt il faudrait que les corbeaux se repaissent du corps de cet esclavagiste arriviste et trop dangereux pour le garder dans son dos.

Il se laissa diriger à l'écart du centre de la table du conseil pour discuter. Cette tentative pour créer une intimité discrète et éloignée des oreilles des espions des factions rivales était grossière mais pas forcément inutile quand on voulait garder un minimum de secret sur les propos tenus. Depuis la vacance du poste de Gouverneur, le Palais du Gouverneur était un nid d'espions et d'indics en tout genre. Un bruissement silencieux et permanent émanait des couloirs du Palais, rumeurs, on-dits, informations à la véracité douteuse... Tout cela entrait et sortait des bouches et oreilles des gens du Palais, hauts et petits, en permanence. Embêtant et gênant, certes, mais plein d'utilité quand on savait dompter ce flots imprévisible...

Conrad détesta immédiatement la façon dont son homologue avait de le scruter, de l'analyser. Il ne se privait pas de le faire sans se cacher. Quand lui-même était aux affuts des réactions et attitudes des autres, il le faisait avec une subtilité plus élaborée.

Quand Caryoras développa ses réticences à propos de la compagnie mercenaire qui officiait au sein de la Cité, de nombreuses alarmes retentirent dans l'esprit de Conrad. Il fronça légèrement les sourcils pour paraitre intéressé et concerné par les propos. Il maitrisait cette fausseté avec expertise désormais, la sincérité de ses traits étaient plus vraie que nature.
Les regards appuyés lancé vers le conseiller Ravensberg soulignaient les sous-entendus lourds de sens que Caryoras vi'Serth lançaient. Toutefois, Conrad se garda bien d'émettre aucune réaction avant que son homologue n'ait terminé. L'hypocrisie des paroles de Caryoras étaient tout à fait prévisible et même, diraient certains, attendue. Cependant, ce dernier était proche de trouver une faille dans le plan élaboré par Conrad et risquait de tout stopper brutalement.

Le ton acerbe et menaçant ne toucha pas du tout Conrad, mais il mima légèrement une expression inquiète, comme celle d'une personne surprise par tant d'agressivité.
Vi'Serth termina par son envie de retirer sa participation financière au paiement de la compagnie des Gantelets Rouges, jugeant leur résultats peu convaincants et préférant d'autres investissements. Ses informations sur une guilde de bandit dépendant de groupe criminels installés dans les montagnes étaient, au mieux, peu fiable mais suffisamment fort dans sa bouche pour jeter le trouble.

Conrad laissa planer un léger silence avant de répondre. Il fixait d'un regard concerné et un rien naïf son homologue. Jetant hâtivement un regard alentour pour vérifier qu'ils ne pouvaient être écouté ou entendu, il repéra bien vite Torka qui s'était glissé dans les ombres en attendant son maitre.

- Conseiller vi'Serth, sachez que je suis tout à fait concerné par vos remarques concernant l'efficacité des Gantelets Rouges, commença Ravensberg. Même si je crois formellement que de telles récriminations auraient dû être porter à la connaissance du Conseil réuni lors de notre réunion qui vient de se terminer.

Faisant mine de réfléchir, comme s'il était embêté par le manque de formalisme de son collègue, il se passa les doigts sur le menton puis les retira et repris.

- D'après mes informations, la situation dans les quartiers après l'intervention des Gantelets Rouges n'est en rien différente de la situation avant l'explosion de l'épidémie de fièvre... Le déploiement de ces forces auxiliaires à la Milice de la Cité sert avant tout à rétablir l'ordre, ce me semble... Or, l'ordre a été rétabli par ces Gantelets Rouges après le déclenchement d'émeutes dans ces quartiers. En cela, ils font admirablement bien la mission pour laquelle le Conseil les a engagés. Quant aux vols, si malheureux soient-ils, il sera difficile de le prouver formellement, et difficile de la faire la différence entre untel groupe de ladrini ou untel groupe de bandit des montagnes. Certes, vos informations sont précieuses, cependant...

Nouvelle pause pensive, le temps de laisser planer ses propos.

- Encore une fois, vous auriez dû porter ce sujet devant tous les conseillers réunis. Toutefois, j'ose espérer que vous avez porté ces informations aux chefs de la Milice qui, dois-je vous le rappeler ?, officie toujours dans notre Cité avec pour tâche d'enquêter sur ces groupes et de maintenir l'ordre... De telles informations leurs sont destinés en priorité. Leurs forces sont plus efficacement distribués depuis que les Gantelets Rouges les appuis sur le maintien de l'ordre face aux explosions de violence... Quant à une guilde lié à des bandits dans les montagnes, cela pourrait intéressé nos suzerains, les Cavaliers de Sharna...

Il appuya fortement sur sa dernière phrase qu'il ne conclut pas. Son regard avait pris une légère teinte de menace froide. Cette lueur disparut rapidement, néanmoins.
Faisant mine de s'éloigner, pour signifier la fin de cette conversation, Conrad s'arrêta et rajouta d'un ton plus dur, comme il était attendu de sa part suite à la menace d'une fin de participation financière à un projet qu'il avait porté personnellement devant le Conseil.

- Au fait, Conseiller vi'Serth, sachez que je n'ai porté ce projet devant le Conseil que sur l'insistance des Conseillers Delosa et Van Grard, et qu'ils en semblent largement satisfaits. J'ose croire qu'ils prendraient mal, l'un et l'autre, votre retrait de cette politique. J'ose également croire que vos réticences seront levées prochainement.

Se retournant et s'éloignant de plusieurs pas, Conrad se stoppa et se retourna à nouveau pour lancer à vi'Serth :

- Au fait, cher confrère, j'espère vous voir présent à la grande cérémonie en l'honneur de Sharna. N'oubliez pas qu'elle est organisée sur l'insistance de son Haut-Prêtre en personne. Toute la ville sera concernée et comme nous sommes ses dirigeants, notre présence est requise au Temple de Sharna. Ces temps de trouble nécessite que nous apparaissions unie pour rassurer le peuple.

Cette cérémonie était maintenant prévue depuis un moment, depuis l'arrivée d'Alton Zolond à Ridolbar quelques mois auparavant. Les entrevues qu'ils avaient eu tous les deux, maitre et élève, mentor et apprenti, prêtre et politicien, avaient mené à l'organisation de cet évènement. Cela tombait à point nommé, la fièvre avait jeté le trouble spirituel dans une large partie de la population et une célébration de la divinité majeure de Phelgra mobilisait déjà les foules.

***

- Comment on réagit alors, Corbeau ?

La voix éraillé de Torka brisa le silence du bureau du conseiller Ravensberg. Pas même le véritable corbeau qui suivait Conrad ne croassait. Le regard froid et dur du conseiller se fixa sur son âme damnée. Torka, le serviteur éternel des Ravensberg... Un terran atteint de nanisme qui avait connu une mort violente au cours des derniers événements tragiques de la décrépitude de la maison Ravensberg. Sa renaissance d'entre les morts avaient quelque peu surpris les fossoyeurs qui cherchaient déjà à se débarrasser du corps malformé de ce serviteur fourbe mais dévoué. Depuis le retour de Conrad, il était devenu son homme de main, son bras droit et son homme de confiance.

- vi'Serth est pas un petit poisson... C'est un dangereux... du genre sanguin...

Conrad croisa ses mains devant son visages, en pleine réflexion.

- Le plan reste le même, déclara Conrad. Tu feras passer les informations qu'il m'a données à la Milice et à la garnison des Cavaliers. Je t'écrirais un message à leur remettre. J'y préciserai l'origine de ces renseignements et qu'il faut agir au nom du Conseil et sans précipitation. Tu remettras une autre lettre à Cosca pour lui dire de continuer et de maintenir le cap mais de baisser la voilure sur les à-côtés...

Se levant lentement, Conrad alla se planter devant la fenêtre de son bureau. Depuis ce perchoir, il pouvait voir une des cours intérieurs du palais. Vide et terne. Plus loin, il avait une vue étroite sur le centre de la Cité.

- Ensuite, je veux que tu surveilles vi'Serth. Invisible et indécollable. Si tu lui trouves un point faible, des collaborateurs, des espions ou quoi que ce soit... Neutralises les, si possible, sinon note bien leurs identités et apparence que l'on sache de qui se méfier...

Conrad se rassit à son bureau et écrivit les lettres pour les remettre à Torka. Ce dernier partit avec détermination les remettre.
Le piège était grossier mais terriblement efficace. Caryoras vi'Serth était le seul conseiller à flairer dans la bonne direction. Toutefois, il n'avait pas encore trouvé...
Dans tous les cas, Conrad devait éviter d'impliquer Cosca et ses Gantelets Rouges. Il lui avait précisé dans sa lettre que la retenue était nécessaire pour les prochaines journées à venir. Le risque de la perte de financement était certes regrettables, mais les mercenaires trouvaient toujours les moyens de s'en sortir par d'autres chemins. Et puis, cette menace n'était pas celle qui inquiétait le conseiller Ravensberg pour le moment.
Les choses allaient entrer dans leur phase finale, les événements allaient se précipiter. La date est convenue depuis plusieurs mois. Conrad était décidé à agir...
Mais aux moments décisifs, il lui faudrait être sûr d'avoir le plus de soutien possible.

Il sortit un autre parchemin et se mit à écrire.

"A Dame Viktoria Dragusin,
Héritière des Dragusin,

J'espère que ce courrier vous trouve dans la meilleure santé possible, votre père et vous. Je sais combien les tracas de l'âge le tourmentent et comment sa santé fragile rend ses partenaires fébriles.

Notre dernière conversation ne s'est pas terminé comme vous l'auriez espéré, comme à de nombreuses reprises, et pour une fois je voudrais réparer cela.

Je vous invite à participer à la Célébration de Sharna à venir à mes côtés. Nous pourrions y trouver l'occasion de discuter à nouveau. Et cette fois, je l'espère, de trouver une conclusion plus satisfaisante pour vous à cet échange.

Sachez que le nom et la fortune de votre famille m'inspire le plus grand respect et une sincère admiration. Sachez également que votre personne est pour moi un intérêt certain dans le futur de cette Cité.

En espérant recevoir une réponse favorable à cette invitation,

Conrad Ravensberg,
Seigneur de Ravensberg,
Conseiller de Ridolbar."
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeDim 7 Nov - 13:59

Le début des festivités se faisait sans cérémonie, sans appel de cor, sans aucun crieur public même.
Il s'agissait juste de laisser se répandre l'effervescence quotidienne des établissements mais hors des bâtiments cette fois, sans limite ni répression aucune.

Dans cette ville, depuis des années déjà, le clergé de Sharna était en infériorité notable par rapport aux représentants de Greis, plus encore cette saison pendant laquelle Alton les avaient canalisés sur le relais marchand et l'académie psychique, c'est définitivement aux prêtres du dieu enfant qu'était revenue l'entière organisation du Banquet des éclats.

C'était historiquement une fête jumelée entre Greis et Sharna, ainsi même si elle revenait traditionnellement à Greis, le second était régulièrement invité à la rejoindre. D'aucun disait par pitié, d'autres encore mettaient cela sur le compte de l'humilité de Greis, qui préférait partager sa joie, que siéger orgueilleusement sur le moindre trône.

C'était une fête à la gloire de Ridolbar.
En des temps immémoriaux elle avait été condamnée par les dieux pour son manque de gloire et beauté :  pour son manque de respect les dieux avaient décidé de simplement la radier du monde, pour se concentrer sur les cités émergentes plus prometteuses, plus élégantes.

Certains dieux s'amusaient du divertissement offert par des citoyens nettement moins coincés que les occupants de Canopée et les être fragiles de Cimmerium, mais leurs contestations furent rejetées par l'assemblée.

La décision fût de faire disparaître la ville sous les affres d'une catastrophe naturelle d'envergure. Pour se faire pardonner d'avoir retardé les délibérations avec ses propres réserves, Sharna se proposa d'éveiller un volcan au sein de la montagne voisine, couler les habitants sous les flammes purificatrices et ensevelir les ruines sous un épais magma solidifié. On chargea Kron de surveiller la procédure en personne afin d'accompagner ce grand nombre d'âmes dans l'autre monde.

Le volcan s'éveilla, se remplissant longuement mais puissamment. Sentant les tremblements et voyant les épaisses fumées s'élever, les citoyens de Ridolbar devinèrent l'issue de cette journée. Certains tentèrent de fuir en descendant en direction de la vallée, avec leur bétail et leurs bagages. Mais la grande majorité d'entre eux décida juste de préparer une fête. Leur dernier repas, la fête de l'apocalypse. Et si cela devait être leur fin, elle serait grandiose, à la lumière des flammes qui les tueraient.

Admiratifs devant leur détermination, Sharna et Greis mirent leur plan en action à l'insu de leurs frères et collègues. Le volcan explosa comme prévu et déversa son fleuve vengeur sur le centre ville de Ridolbar, mais au moment où il approcha la grande place, un immense monolithe sortit du sol, en déviant le flux en deux parties qui contournèrent le gros de la cité.

La lave se contenta de faire fondre les indécis calfeutrés dans les maisons périphériques, et continua sa course sur les lâches qui tentaient de rejoindre la vallée en contrebas, épargnant le gros des citoyens qui restaient amassés au centre de ce cercle aussi brûlant que hurlant.

On tenta bien de confronter les deux tricheurs, mais les accusations restaient vides tant ils niaient, mettant l'apparition de ce menhir salvateur sur le compte des tremblements de terre.

Sharna s'excusa de n'avoir pas assez bien dosé sa force en secouant la terre.
Greis jurait que puisque le Hasard avait tranché contre un verdict divin, il n'oserait pas s'y opposer.
Et le débat fut définitivement interrompu lorsque Kron, témoin attentif de toute la scène, décréta n'avoir constaté aucune malfaçon.

"La plupart des êtres ont été léchés par la mort incandescente. Quant aux survivants, ils sont malades, dépouillés de leurs richesses. Ils sont à l'aube de s'entredéchirer par cupidité. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il rejoigne mon royaume.
Je reviendrai les achever sitôt que leur querelles seront terminées."

Le peuple de Ridolbar continua de boire et de se bagarrer jusqu'à ce que Kron se lasse d'eux et les oublie. La roche finit par s'éteindre et l'obsidienne laissée là deviendra plus tard la fondation des fortifications.
Éclats de rires ou éclats de larmes, les condamnés tonitruants de Ridolbar joueraient, se chamailleraient, juste encore un peu, dans l'attente du couperet des dieux, de l'étreinte de Kron, les deux dernières minutes avant leur crépuscule, le dernier banquet, à jamais.



Cette année fut donc copieusement chargée de jeux, plus que de cérémonies. Au lieu de renvoyer les clients hors des établissement bondés, on les aida à s'installer dans la rue sur des planches devenues tables de fortunes. On démonta même quelques maisons vétustes pour cela. Jeux de dé ou d'adresse, ils étaient accompagnés par les croupiers et juges bénévoles de l'ordre Gélovigiens qui -de manière aléatoire- attribuaient des premiers prix dix fois supérieurs aux sommes engagées par les joueurs attablés, de façon à renouveler la férocité et l'esprit de compétition des plus pauvres.

Sous leur coupe, les festivités perdaient toute association politique et.. parfois même religieuse. Mais puisqu'il était de toute façon présent en ville, Alton fût invité à siéger au bord d'une estrade aux côtés des organisateurs, le tout dos aux escaliers d'une chapelle de Greis, située dans les bas-fonds... mais aux côté de l'un des établissements de jeu les plus protégés de la pègre.

Même s' il n'avait pas été consulté pour préparer le planning ou les activités, sa présence n'était pas boudée et on lui avait permis d'assurer sa sécurité avec ses propres hommes. N’ayant pas à coordonner de prêtres, ou à lancer de discours notables, il était resté enclavé avec prudence contre le bâtiments de ses frères religieux, prêt à s'y réfugier quand la furie du peuple entrerait en ébullition.

Les magistrats de la ville se tenaient eux plus loin encore. Puisqu'aucune place d'honneur n'avait été préparée, ils s'étaient eux même placés au sommet d'une tour de garde, en surplomb des parades et des jeux , bien en vue.. et en sécurité de la population. Les rares escaliers qui montaient jusqu'à la terrasse mondaine étaient lourdement gardés... tout était à portée de voix, parfois de vue, mais pas des tessons de bouteille.


La fête démarrait et les jeux les plus attendus et les plus récompensés commencaient.

Le fil rouge était une activité ludique et physique visant à singer les évènements qu'ils étaient censés fêter ce soir :
Dans la rue la plus basse, au fond du quartier, les candidats se livraient à des concours de boisson et d'engloutissement de saucisses, pendant que les prêtres vidaient des jarres d'huile au sol. Au bout d'une dizaine de minute, ils embrasent le liquide, et tous les candidats devaient se réfugier en hauteur, hors de portée des flammes. Un ou deux menhirs de pierre noir avaient été érigés symboliquement, mais polis et glissants ils n'étaient pas suffisants pour accueillir tous les participants avinés. Ils devaient donc jouer d'ingéniosité pour empiler du mobilier, ou profiter de l'architecture urbaine, et tenir suffisamment longtemps pour que les flammes se tarissent sans venir ronger leur tunique imbibée.


De tous les survivants, ceux qui avaient le plus mangé.. sans s'alourdir, sans trop baigner ni de gras ni de spiritueux... parmi ceux-là siégeait le gagnant.

C'était un jeu où il fallait être assez agile pour escalader, mais assez ventripotent pour ingurgiter plus que le voisin.

Les brûlures étaient courantes. Plus ou moins graves...

Même si la fête était un peu trop vide de symboles à son goût Alton se régalait, se divertissait. Ses voisins de table avaient toujours refusé de se souder réellement à son réseau d'espions, et ils ne lui faisaient jamais parvenir d'informations jusqu’à Themisto. Mais à chaque fois qu'il acceptait de simplement s'asseoir à côté d'eux, comme aujourd'hui, ses frères de Greis vomissaient les informations les plus perverses comme si ce n'était rien, juste un souffle, ils dévoilent tout leur savoir avec décontraction, comme ils s'amusaient de n'importe quel autre jeu.
Alton souriait sincèrement devant cette nonchalance, rattrapant doucement un retard de plus de sept ans sur les activités les plus pernicieuses de la cité. Cela lui rappelait quelque peu les magouilles de fausse sincérité jouées par le Gherig de sa propre organisation. Il y avait une assez grande rivalité entre les églises, mais Greis avait déjà plus ou moins gagné la partie ici bas, ils n’avaient pas grand chose à perdre à écouler un peu de leurs soucis dans la poche du voisin, comme on défausse des cartes au joueur le moins fortuné pour en faire à nouveau un opposant digne d’intérêt.

Il était trop loin pour distinguer clairement la table du conseil de Ridolbar, qu'on devinait à peine au sommet d'un rempart, ainsi il était déroutant d'en apprendre autant sur les conseillers et leurs projets passés en se tenant pourtant si loin d'eux.


Il espérait qu'ils s'amusaient. Pourquoi pas? après tout leur spectacle à eux aussi allait commencer.
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeSam 20 Nov - 1:12

La demeure des Dragusin à Ridolbar était autrement plus prestigieuse et impressionnante que les maigres appartements que le dernier des Ravensberg possédait. Sans avoir honte de la demeure qu'il occupait, Conrad savait pertinemment que ce n'était pas à la hauteur de l'ancienneté et de la noblesse de son nom.
Non pas que cela le gêne outre mesure en temps normal. Toutefois, aujourd'hui était un jour différent. Peut-être le jour où la fortune des Ravensberg allait enfin tourner.

Le seigneur de Ravensberg se tenait dans le hall d'entrée, face à une fenêtre donnant sur des jardins, modeste mais d'une qualité rare dans l'enceinte des murs de la Cité Corrompue. Les Dragusin avaient préférés un bâtiment imposant à de grands espaces de verdure sur leur propriété citadine.
Sa seule présence ici était une lourde concession à son hôte. Néanmoins la situation l'exigeait. Il était maintenant l'heure de jouer toutes ses cartes sur la table. L'heure de prendre des risques.

Conrad était vêtu élégamment avec les plus beaux tissus et des coupes discrètes. Une cape rouge bordeaux accentuait son allure noble et autoritaire. Le reste de ses atours se composaient de teintes sombres et rouges sombre. Des couleurs traditionnelles pour un Ravensberg. Ce n'était guère habituel pour lui de mettre en avant son nom et les symboles dynastiques, aussi cela lui faisait comme l'impression de se mettre inutilement en avant. Sans était-ce une déformation de son habitude à agir discrètement et dans l'ombre.

Le Banquet des Éclats était le genre d'événement incontournable à Ridolbar. Grand ou petit, faible ou puissant, tout le monde aurait droit à une part de festivités. Les prêtres s'en donnaient à cœur joie lors de ces célébrations religieuses. L'ébullition populaire était assez impressionnante à observer. Comme si la ville relâchait une pression trop longtemps contenue. Le peuple de Ridolbar était assailli de malheurs ces derniers temps. L'oppression des clans ladrinis, la violence du régime des Cavaliers, la politique changeante et sanglante du Conseil avec comme bras armés la Milice et les mercenaires et cette terrible Fièvre qui avait embrasé tout le continent isthérien.
Pour beaucoup, c'était un chaos provoqué par Sharna en personne afin d'éprouver la foi des fidèles et leurs forces.

- Mon seigneur Ravensberg, toussota un valet blanchi sous le harnais, Dame Viktoria va vous recevoir, veuillez me suivre.

Conrad s'arracha à ses pensées et à l'observation morne des jardins pour prendre la suite du serviteur. Il fut guidé par l'escalier principal fait en marbre et recouvert d'un tapis couleur émeraude. Au second étage de la demeure, le valet le mena à travers un couloir large et dont les tapisseries et autres tableaux relataient la richesse et l'historique de la maison Dragusin. Bien évidemment, le symbole héraldique ancestral de cette famille rivale séculaire des Ravensberg se trouvait partout. La Salamandre Ecarlate crachant du feu sur champ d'émeraude.

Depuis la fondation de Ridolbar, depuis la construction de Phelgra comme entité cohérente et unifiée, les familles nobles avaient toujours entretenu des rivalités et des conflits réguliers. Mais la rivalité entre la Salamandre et le Corbeau avait persisté et avait connu régulièrement des rebondissements et des embrasements. Cela était d'autant plus étonnant que leurs domaines ancestraux étaient relativement proche. Assez pour que l'on puisse parler de voisin.
Au final, les Ravensberg avaient fini par péricliter peu à peu par manque de vision à long terme et un manque de chance et d'habileté politique alors que les Dragusin s'étaient maintenus et renforcés.

Sans se l'avouer, Conrad prenait plaisir à la possibilité de renverser cette situation. Depuis son retour à Ridolbar, après qu'il eut quitté l'Eglise de Sharna et le service du Haut-Prêtre Alton, la rivalité s'était ravivée. Comme si elle avait toujours été là dans sa conscience, tel un réflexe musculaire. Notamment avec l'héritière.
Pour être honnête, c'est à Viktoria que le renouveau des hostilités devait être attribué. Pour être encore plus honnête, il était trompeur d'évoquer des hostilités. La rivalité entre Viktoria Dragusin et Conrad Ravensberg tenait plus de disputes infantiles que de menaces mortelles. L'attitude de la riche héritière de la Salamandre évoquait plus l'intérêt amusée que l'on peut avoir envers un chien errant quémandant de quoi se remplir la panse.

Les choses bougeaient désormais. Le temps avait montré à Conrad que chacun était en position de quémander mais aucun n'osait le faire. Cette fois-ci, il avait déjà ravalé sa fierté et proposé un rapprochement, à mots couverts.

- Madame, le sieur de Ravensberg, annonça le valet en l'introduisant dans une pièce à vivre de large proportions.

Viktoria Dragusin était assise sur un fauteuil donnant sur un balcon. La pièce était richement meublée et des tableaux de chasse ornaient les murs. L'ambiance de la pièce était étrangement lumineuse à cette heure. Pourtant, il régnait une atmosphère de tanière de prédateur ici.
Prudemment, Conrad s'avança à quelques pas de son hôte. Cette dernière se leva de son fauteuil et se retourna pour le saluer.

Un sourire triomphant soulignait son regard acéré. De toute évidence, elle exultait. Leur rivalité s'était construite de manière étrange autour de provocations, de tentations séductrices et de piques cruelles. Les messages d'ouverture et la venue de Conrad prenait l'allure d'une victoire de Viktoria.
Mais Conrad connaissait la situation des Dragusin, bien plus précaire que ce que les apparences laissaient paraitre. Derrière cette exultation apparente, il y avait sans doute un soulagement également.

- Mon cher Conrad ! s'exclama Viktoria. Je suis si heureuse de votre invitation à vous accompagner pour le Banquet des Éclats. Comme vous le voyez, j'ai fait tout ce qui est possible pour paraitre la plus éclatante possible !

Son ton enjoué avait l'air sincère, et les sous-entendus explicites n'étaient pas difficiles à décoder. Quand à son éclat personnel... Il était notoire que la fille du seigneur Dragusin était une vraie beauté. Aussi sa tenue soulignant parfaitement ses atouts physiques ne faisait que sublimer cet état de fait.
Il y avait peu de personne qui arrivait à déstabiliser Conrad par leur simple présence et Viktoria Dragusin était de ce nombre. Ses ressentis à son égard le perturbait au plus haut points. Il s'agissait pour lui d'émotions qu'il n'avait pas l'habitude de gérer et de contrôler.  Elle dut remarquer son trouble, car son sourire s'accentua, appréciant la réaction qu'elle venait de susciter.

- Dame Viktoria, je vous remercie de me faire l'honneur de m'accompagner à cette célébration de Sharna et de Gréis. Il est important que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer l'unité de la Cité et quel meilleur symbole pour nos élites que nos deux familles marchant de concert, main dans la main, en cette période troublée ?
- Je ne doute pas que vous ayez besoin de ma main, Conrad, dit-elle avec ton sarcastique.
- A ce sujet, répondit Conrad d'un ton un peu plus mordant, j'ai cru comprendre que de nombreux prétendants se faisait jour à votre propos.

Le sourire de la dame Dragusin vacilla à l'évocation des rumeurs et tentatives d'enlèvement sur sa personne. Rien de bien grave pour le moment, les gardes de la maison Dragusin avait largement arrêté ces attaques. Mais étant la seule héritière d'une riche et prestigieuse lignée, cela attisait les convoitises et aiguisait les appétits. Le vieux seigneur Dragusin était vieux et malade. Il n'était pas rare en Phelgra de prendre ce que l'on convoitait par la force, quitte à se tracer un chemin sanglant vers la richesse et le pouvoir.

Les deux nobles continuèrent les mondanités creuses et parfois avec des sous-entendus et puis ils partirent vers le Palais du Gouverneur où auraient lieu des festivités réservés à l'attention des conseillers et de leurs invités. Une grande partie de l'aristocratie et de la bourgeoisie ridolbarienne serait présente à un moment ou un autre là-bas.

***

Lors du trajet en calèche, Conrad fit l'effort d'entretenir la conversation et de paraitre enjoué à la simple idée de cette fête religieuse. Pour quiconque pourrait l'observer, il aurait l'air naïvement dévot et loin d'être sur ses gardes ou agité. Après tout, quoi de plus normal pour un ancien disciple du Haut-Prêtre de Sharna en personne, surtout quand ce dernier se trouvait en ville et avait repris contact avec son pupille.

Pourtant, un coin de son esprit comptait les heures et vérifiait quand cela était possible que chaque pièce se déplaçait selon ce qui avait été planifié...

La ville était déjà bien empêtré dans les célébrations et les animations populaires en tout genre. Les festivités battaient leur plein et tout semblait se déroulé dans l'ambiance la plus traditionnelle du Banquet des Eclats.
Au loin, ils virent l'estrade des organisateurs de la célébration. Les prêtres de Gréis, principalement, mais également des prêtres de Sharna. Et surtout, le plus illustre de ces derniers. Alton Zolond, le Haut Prêtre de Sharna en personne.

La Salamandre et le Corbeau rejoignirent les festivités aux abords du Palais du Gouverneur. Un riche banquet avait été prévu ainsi que de nombreuses animations à base de troubadours, de scénettes théâtrales comiques, de jeux d'argent et de pari. Il régnait dans la tour de garde réservé à cette élite de la ville une ambiance bien plus feutrée que dans les rues et sur la place principale de la ville où les festivités principales se déroulaient. L'élite de la ville ne resterait pas toute la journée ici, elle irait se mêler à masse grouillante et enivrée de Ridolbar une fois les mondanités terminées. C'était là l'un des rares moments où les arrogantes classes supérieures de la Cité Corrompue se mêlait véritablement avec le reste de la population.

La terrasse de cette tour qui avait été préparée pour le Banquet des Éclats était assez large pour faire venir un nombre d'invités importants mais en un nombre suffisamment limitée pour cela reste un événement sélectif où l'on se battait pour y être.
Bien sûr, il y avait d'autres lieux prestigieux dans la cité pour les célébrités, notamment organisée par des élites plus souterraines et dont le pouvoir ne s'exhibait pas avec autant de flagrance que celui des autorités politiques.

L'arrivée du modeste conseiller Ravensberg au bras de la riche héritière des Dragusin fit son petit effet sans trop faire de vague. La vision que cela offrait aux invités était celle d'une riche héritière exhibant son dernier trophée et Conrad ne fit rien pour changer cette dynamique qui, il l'espérait, avait l'air réaliste.
Le temps avançait et alors que la fête se déroulait tout autour de lui, Conrad remarqua un corbeau tournoyant dans le ciel... S'agissait-il d'un présage ou d'un message divin ? Favorable ou défavorable ? Le temps le dirait et il le dirait rapidement.
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeDim 21 Nov - 0:31

La foule poussa un rugissement sourd suivit d'applaudissements et de cris accompagnés de bruits en tout genre. Sans doute un des jeux organisés pour le Banquet des Eclats venait-il de trouver un gagnant ou de voir un quelconque geste d'importance notable.
Le regard froid de Conrad couvait la plèbe assemblée pour cette fête religieuse. Une populace qui laissait libre cours à toutes ses émotions à cette occasion. C'était comme si Ridolbar toute entière était prise de frénésie et qu'une vie propre lui était apparu avec pour cœur cette foule vibrante et battante.

La terrasse où il se trouvait était le théâtre des mondanités les plus ennuyantes qu'il fut possible d'imaginer. Il y prenait part tout à fait convenablement car cela avait son utilité, surtout à un moment aussi critique, mais il était pressé d'en avoir fini avec une telle corvée. Il aurait sans doute préféré une cérémonie où il aurait tenu un rôle plus officiel, plus institutionnel. Ici, les conseillers et nobles n'étaient que des spectateurs et des invités, avec plus de confort que les autres.

Il sentit une présence dans son dos et il n'eut pas à se retourner pour savoir de qui il s'agissait. La présence de cet individu lui avait toujours provoqué un sentiment d'inconfort et de malaise. Comme s'il sentait instinctivement la menace qui émanait de cette personne.

- Conseiller vi'Serth, salua Conrad. J'espère que vous appréciez la joie et la ferveur de notre cité à l'occasion de cette célébration de Sharna et de Gréis.

Caryoras vi'Serth vint se placer aux côtés de son homologue Ravensberg et jeta son regard sur la foule lui aussi, il avait un léger rictus aux lèvres.

- C'est incroyable, dit-il, qu'alors que cette Fièvre n'est pas encore totalement abattue, nous puissions montrer notre soif de vivre comme cela.

La situation de la Fièvre dans tout Phelgra était encore préoccupante et Conrad ne répondit rien à la remarque. Il laissa passer un long moment de silence avant de légèrement tourner le regard vers son collègue du Conseil.

- Sharna et Gréis bénissent cette célébration. Le Banquet aux Eclats ne peut que nous placer sous un jour favorable vis-à-vis des dieux. Et cela ne peut que nous avantager à affronter les épreuves de ce monde terrestre.

C'était le genre de réponse classique qu'un initié de la prêtrise pouvait ressortir en pareil conversation. Lorsqu'il disait de telles affirmations, Conrad s'interrogeait au fond de lui-même. Y croyait-il vraiment ? Y avait-il jamais cru ? Et si oui, était-ce encore le cas ?
De nombreux réflexes subsistait chez lui en matière religieuse. L'éducation de l'Eglise de Sharna était du genre à inculquer profondément les comportements et croyances qu'elle jugeait correctes. Et avoir comme mentor et tuteur le Haut-Prêtre en personne influençait forcément énormément les jeunes esprits sur l'enracinement de la Foi en eux.
Au loin, de l'autre côté de la foule, l'estrade où se tenait les prêtres des deux Dieux honorés aujourd'hui était bien visible. Trop petit pour être reconnu parfaitement et pour distinguer les traits des différents visages. Il n'était pourtant pas difficile de devenir Alton Zolond.
Quel était donc ce sentiment infantile qui cherchait le regard de son ancien tuteur avant le moment décisif de sa vie qui s'apprêtait à avoir lieu ?
Il chassa cette question de son esprit avant d'échanger quelques autres paroles creuses avec celui qu'il avait identifié comme son seul rival dangereux au Conseil. Dés qu'il put s'échapper de cette présence désagréable pour lui sans paraitre insultant, il le fit. Il rejoignit Viktoria Dragusin.

En habituée de ces occasions et surtout en habituée à être le centre de l'attention de ces événements, elle rayonnait et naviguait d'une conversation à l'autre très aisément. Elle tournait chaque remarque et chaque présentation à son avantage, soit en flattant, soit en rabaissant subtilement. Pendant un instant, le seigneur de Ravensberg se laissa aller à de l'admiration. Toutefois, il se ressaisit vite en se remémorant le caractère impitoyable de cette femme. Si elle n'avait jamais vraiment chercher un combat mortel avec lui, Conrad savait par des rapports et des échos de tous les côtés qu'elle savait se montrer redoutable.

En le voyant approcher, elle s'extirpa avec habileté d'une conversation pour le rejoindre. Elle souriait comme une mante religieuse sûre de sa réussite prochaine. A cet instant, Viktoria Dragusin était au sommet. Au milieu de l'aristocratie et au centre de l'attention de cette même aristocratie, en pleine cérémonie de première importance pour la Cité. Elle exhibait une apparence de richesse, de puissance et de controle.
Seuls les plus informés et les plus attentifs, autrement dit les vrais puissants de Ridolbar, savaient que tout cela reposait sur des fondations vacillantes. Le destin des Dragusin était incertain à l'heure actuelle et il pourrait basculer dans l'obscurité ou rester dans la lumière au moindre événement.

- Revoilà donc l'Oiseau de mauvais augure, lui lança-t-elle en guise de petite pique. C'est vraiment un surnom bien trouvé, il vous va à ravir. N'a-t-on pas idée de choisir un tel emblème.
- Comme toujours, j'apprécie votre bienveillance, lui répondit-il.
- Ne soyez pas rabat-joie, Conrad... La vie est belle aujourd'hui ! Du moins, elle l'est pour moi. Ne prenez pas l'avenir que vous m'avez proposé à mots couverts comme une torture ou une défaite... Voyez le comme une nouvelle étape nécessaire à votre survie.

Conrad fit un mouvement de tête en fronçant légèrement les sourcils à l'écoute de ces paroles. Il savait pertinemment de quoi elle parlait mais il était un rien surpris d'un tel triomphalisme de la part de Viktoria. Devait-elle donc être si désespérée pour laisser ressortir autant sa joie à ce brusque changement venant de Conrad ?

- Vous avez raison, reprit le Corbeau avec un grand sourire bienveillant. La vie est belle, tout comme cette fête à la gloire de Sharna. Je suis persuadé que cela ne peut annoncer que du positif pour le futur de Ridolbar !

Il s'était exclamé en prononçant sa dernière phrase. Certaines têtes se tournèrent vers lui un instant en l'entendant. Des hochements appréciateurs, des sourire narquois ou même des rires moqueurs répondirent à cet éclat de voix plein de naïveté.

- Je vous vois rarement aussi enjoué, fit Viktoria déroutée par la réaction du conseiller. Venez ! je voudrais vous faire goûter un plat particulièrement bon à la table là-bas.

Elle s'était ressaisit rapidement et avait changé de sujet pour reprendre la main. Guidant Conrad par le bras, elle leur fit traversé l'assemblée jusqu'à une table où l'on pouvait se servir des mets préparés à l'attention de cette riche assemblée. Il goûta distraitement un genre de gâteau originaire d'Argyrei. Sans le trouver exceptionnellement bon, il était vrai qu'il ne manquait pas de goût. Très épicé comme énormément de plat en provenance du sud.
Son regard s'attarda sur le soleil dans le ciel. Il était bientôt l'heure.

En y regardant attentivement, il était possible de remarquer certains mouvements inhabituels. Des serviteurs un peu nerveux, des gardes pas aussi disciplinés qu'à l'accoutumée et des positions prises étrange en une telle situation. Mais la ferveur, la fièvre des festivités et l'alcool se répandant peu à peu chez chacun des gens présents sur cette terrasse n'offraient guère la possibilité de vraiment remarquer tout cela.
Croisant le regard d'un des serviteurs en marge de la terrasse, Conrad comprit que cela était proche.

- Venez, Viktoria, dit-il d'un ton qui n'offrait pas de refus, allons voir les festivités. Un jeu particulièrement intéressant est sur le point de débuter.

Encore une fois, elle fut surprise par le changement de ton dans la voix de celui qu'elle estimait comme étant désormais sous son pouvoir d'une manière ou d'une autre.
Quittant la tableau des mets avec l'héritière des Dragusin au bras, il salua chacun de ses homologues du Conseil d'un hochement de tête respectueux et couplé avec un sourire de connivence. Ils lui répondirent par des regards appréciateurs, approuvant sa cavalière, ou par des oeillades méprisantes envers un jeune noble cherchant juste un bon parti pour se sauver des dettes et de la pauvreté. Ses derniers accomplissements politique au sein de la Cité semblait être mis sous le tapis et presque oublié. Seul Caryoras vi'Serth avait un regard un rien interrogateur. Comme s'il voyait quelque chose d'étrange mais ne parvenait pas à l'identifier.

Arrivant sur le rebord, Conrad et Viktoria ne virent pas le début d'un jeu populaire, mais plutôt la fin d'une partie d'un jeu qu'il ne distinguait pas vraiment. La moue déçue et contrariée de Viktoria cherchait à s'imposer au regard du Corbeau, mais ce dernier ne s'en formalisa pas et lui indiqua d'un mouvement de tête de garder son attention sur la place.

Après quelques instants, les prêtres se levèrent sur l'estrade. Conrad imagina le léger sourire de son ancien maitre, son regard cherchant à capter les moindre événements de ce moment, qu'ils concernent des anonymes dans la foule ou les puissants installés en hauteur sur une tour de garde.
De là où ces puissants se trouvaient, il ne pouvait guère comprendre distinctement les mots prononcés par les prêtres des deux Dieux honorés par le Banquet des Eclats. Toutefois, chacun savait que c'était là l'un des rares moment solennels au long de cette fête autrement assez libre dans sa réalisation.
Des bénédictions et quelques phrases rituelles étaient prononcés. Des usages courants pour chaque culte organisé.

Pour l'occasion, les conseillers s’avancèrent tous proche de la balustrade afin d'être visible, plutôt que pour assister à la cérémonie. La politique était en grande partie une affaire d'apparence lorsqu'il s'agissait de ses rapports avec le peuple.

- Il n'y a pas si longtemps, j'aurais été sur l'estrade avec les prêtres, dit-il à l'attention de Viktoria.
- Vous auriez été un mauvais prêtre, affirma-t-elle.

Conrad ne releva pas, tant la tension grimpait en lui. Il était affairé à se concentré pour garder son naturel habituel.

Au moment où l'un des prêtres leva haut les bras et que la foule s'écria plein d'exclamation joyeuses empreintes de ferveur religieuse, d'autres cris retentirent. Ils venaient de cette fameuse terrasse réservée aux puissants, à l'élite de la Cité Corrompue.
Les lames s'abattaient et tranchaient... Le sang coula.
(suite dans un troisième post)
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeDim 21 Nov - 12:41

L'acier rencontra la chair et provoqua la panique. Tout alla très vite. Le premier à tomber fut Virton Delosa. Le hoquet de surprise qui émana de lui quand la lame perfora son corps pris tout le monde court. Son regard exprimait une incompréhension et une peur instinctive.
Un second coup s'enfonça dans son dos et cette fois la peur et la panique se répandit comme une trainée de poudre dans l'assemblée. Seulement de courtes secondes s'étaient écoulées. Et d'autres lames s’avancèrent vers les conseillers.
Tournant la tête et s'avança d'un pas sur sa gauche, Conrad fut le deuxième à être agressé. L'assassin, habillé en serviteur, put poser sa lame sur le côté droit du coup du conseiller Ravensberg. Le tranchant de l'arme entailla la peau et effleura sa jugulaire. Mais au dernier moment Conrad avait sentit le souffle de son agresseur approché et positionné sa main pour stopper le coup mortel.
Viktoria cria de surprise et tomba alors qu'elle s'écartait des deux hommes. Son choc était très visible et toute la joie triomphante exprimée plus tôt dans la journée avait désormais disparu. Seule la peur subsistait.

Conrad poussa en arrière en appuyant ses pieds sur le muret de la terrasse. Son assassin bascula au sol et le choc lui fit lâcher prise. Son poignard roula au sol en direction de Viktoria Dragusin qui s'était recroquevillé dans un coin de la terrasse de la tour de garde et qui observait le massacre.
Il y avait au moins une dizaine d'assassins en train de faire leur oeuvre. Des invités non membres du Conseil avait été pris dans l'attaque et gisaient déjà au sol, sanguinolents, mort ou se vidant de leur sang. Parmi eux se trouvaient des connaissances de longue date pour l'héritière des Dragusin. Toutefois, les assassins visaient clairement les représentants du Conseil et éléments importants du pouvoir politique de Ridolbar.
Elle vit que Conrad s'était défait de son agresseur et s'évertuait à abattre ses poings sur le visage de ce dernier. Une froideur terrible émanait de lui. Plus que ce qu'elle était désormais habituée à constater chez lui depuis qu'elle l'avait rencontrée.

Les cris et les appels à l'aide retentissaient désormais clairement. La confusion et la panique se répandit en dehors de l'assemblée d'aristocrates ridolbariens. Un mouvement de foule sur la place interrompit violemment les festivités. D'autant qu'un détachement de la Milice essayait de se frayer un chemin jusqu'à la tour de garde à travers la foule. Les soldats réguliers ne firent pas dans la subtilité pour dégager ceux qui se mettaient sur leur passage. Le sang coula parmi le petit peuple. Et le chaos s'installa sur la place.
Observant depuis les marges de la place toute cette agitation, un jeune homme portant des gantelets rouges. Il s'engagea dans une ruelle à toute allure, comme s'il avait Kron aux trousses.

Sur l'estrade les prêtres était coi. Leurs beaux effets de manches, bien rodés se trouvé totalement pris par surprise. De manière générale, il était difficile de comprendre ce qu'il se passait et les raisons du mouvement de foule pour eux. Les prêtres de Gréis et de Sharna furent totalement épargnés par la violence et purent restés aux premières loges pour assister au chaos. Parmi la foule, ils purent distingués ce qui ressemblait à des hommes et des femmes des clans Ladrinis de la ville qui frappaient au hasard pour rajouter à l'anarchie.

Le sang coulait sur le côté droit de Conrad. La plaie faite par la lame de l'assassin n'avait pas touché ce qu'elle aurait dû, mais elle lui avait laissé une belle entaille. Le conseiller se jeta sur la lame au sol et se retourna immédiatement après l'avoir saisi, surprenant alors son agresseur qui s'était redressé pour en finir avec lui. L'acier pénétra la poitrine et vint transpercer le cœur de l'assassin. Il fronça les sourcils avant de mourir, comme s'il ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait. Avait-il jamais envisagé la possibilité et les conséquences d'un échec de sa part ? Sans doute pas. Il voulut prononcer des mots avant de trépasser, mais Conrad enfonça plus profondément l'arme et il n'y eut que du sang pour sortir de sa bouche.

Le corps mourant de l'assassin tomba au sol. Conrad put alors se concentrer sur le carnage qui avait eut lieu pendant son bref affrontement avec l'assassin.
Le conseiller Delosa gisait, mort, poignardé à plusieurs reprises dans le dos. Plus aucun souffle, ni aucune vie ne l'animait. A ses côtés, plusieurs fonctionnaires ou nobliaux avaient été pris dans l'attaque et gémissaient de douleur en se vidant de leur sang. Certains avaient déjà trépassés.

Il voulut faire un pas en avant, mais la tête lui tournait et il failli trébucher, mais il se reprit avec l'aide opportune de Viktoria. Elle le tirait en arrière pour qu'il la suive, mais il se dégagea de son emprise sans considération. Devant ses yeux, en plein milieu de la terrasse, il repéra Hartor Van Grard, un autre conseiller de premier plan. Delosa et lui étaient les deux les plus en vus de la politique ridolbarienne. Il avait vraisemblablement réussi à échapper aux premiers coups de couteau mais avait été rattrapé alors qu'il tentait de fuir. L'égorgement qu'il avait subi n'avait pas été propre. Au moins, il n'y avait aucun doute sur son état.

Parmi la dizaine d'assassins, une bonne moitié était tombé dans la panique et avait tué comme celui qui s'en était pris à Conrad. Il en restait donc cinq à neutraliser.  
La plupart des invités au banquet s'étaient engagés dans les escaliers pour fuir le massacre. Leurs cris et les bruits de leurs chutes dans la panique étaient encore présents dans les oreilles des imprudents qui n'avaient pas fui. Le bruit de foule en bas était désormais un fond sonore. Panique, peur, colère, douleur, joie malsaine. Tout cela atteignait Conrad, mais il ne s'en préoccupait pas. Il cherchait, il cherchait...
Il trouva.

Caryoras vi'Serth vivait toujours. Aux prises avec trois assassins, il les tenait en respect avec une lame pointé devant lui. Un garde loyal se tenait à ses côtés. Les trois agresseurs tentèrent une attaque coordonnée mais les deux défenseurs étaient repliés dans un coin et purent repousser l'assaut en blessant mortellement l'un des assassins.
Deux contre deux. Toutefois, Caryoras saignait. L'attaque initiale ne l'avait pas laissé intact.
Conrad s'avança vers eux pour se porter à leur aide, mais une jeune femme s'effondra devant lui, le forçant à s'arrêter. Elle se releva en panique et courut jusqu'aux escaliers, tandis que l'un des assassins se jeta sur Conrad. Il fit un pas de côté et entailla le flanc de son agresseur dans le même mouvement. Le cri poussé par l'assassin ne laissa aucun doute sur ses chances de survie. Ce dernier voulut fuir l'Oiseau de Mauvais Augure et ce dernier le laissa faire.
Du coin de l'oeil, il vit le cinquième assassin restant rejoindre les deux restants qui assaillaient vi'Serth.

Avançant encore, cette fois Conrad trébucha suite à un étourdissement. Il perdait du sang et cela l'affaiblissait. Pourtant, il savait que sa blessure n'était pas mortelle.
Le garde tenta une percer pour évacuer le conseiller vi'Serth du piège mortel qui se refermait. D'un coup violent, il écarta une épée et s'avança d'un coup pour frapper de son épaule l'autre assassin tout en tirant le conseiller avec lui dans la brèche. Mais le troisième assassin referma l'ouverture à ce moment. L'épée courte trancha la gorge du garde qui s'effondra dans un sol déjà sanguinolent. Caryoras s'empêtra dans le corps du garde qui essayait de lui sauver la vie. En tombant, il vit Conrad essayait de se relever. Leurs regards se croisèrent. Les yeux du rival du Corbeau lançait des accusations muettes. Plus aucun sourire ne soulignait son visage. Que croyait-il ?
D'un coup, la douleur déforma le visage de Caryoras vi'Serth. Les lames des assassins venaient de le transpercer de toute part. Ces derniers s'acharnèrent quelque peu, comme pour s'assurer que leur victime ne survivrait pas. Après plusieurs coups, le corps du conseiller n'était plus qu'un sac de viande qui subissait les assauts de fous furieux enragés.

Conrad se releva en cherchant à s'éloigner du carnage. La terrasse de la tour était presque vide désormais. Ne restait plus que les assassins, le conseiller Ravensberg et Viktoria qui semblait paralysé par le choc. Alors que les tueurs se tournèrent vers le dernier conseiller présent, le détachement de la milice qui s'était frayé un chemin sanglant dans la foule atteignit enfin les lieux. Ils évaluèrent simplement la situation. Un conseiller, blessé, faisait face à des assassins qui se tenaient autour du corps d'un autre conseiller. Les soldats vinrent s'interposer entre Conrad et les tueurs, puis ils engagèrent le combat. Les assassins tentèrent de fuir, mais ils semblaient pris de court par cette arrivée. N'avaient-ils pas prévus un plan pour s'échapper ?

- CONRAD ! IL FAUT PARTIR !

Le cri venait de Viktoria. Elle semblait avoir retrouvé un peu de ses esprits. Debout, elle se tenait devant les escaliers et l'appelait. Conrad se tourna et avança. Sa blessure le gênait et l'un des gardes de la Milice prit sur lui de l'aider pour ne pas qu'il ne s'effondre. Viktoria les précéda sur les marches et ils entreprirent la descente.
L'escalier extérieure offrait une belle vue sur la place, désormais vidée des festivaliers. Des cadavres épars gisaient ça et là. L'estrade des prêtres étaient entourés de gardes ou de croyants qui protégeaient la personne des prêtres de Sharna et de Gréis.
Alton était-il toujours présent ? Conrad pensait qu'il n'aurait voulu manquer ce spectacle inattendu pour rien au monde...

Des croassements de corbeaux et des volatiles noirs s'abattaient déjà sur les restes des malheureux pris dans le mouvement de foule, la traversée violente de la Milice et les provocations des agents ladrinis.
Le souffle du soldat à ses côtés était lourd. Devant lui, l'héritière des Dragusin se dépêchait de quitter cet enfer. Une fois descendus, ils furent guidés vers le Palais du Gouverneur.
Le soldat de la milice resta sur la place, tandis qu'ils traversaient les portes du palais. Les hommes qui refermèrent les battants derrière eux et qui sécurisait le centre politique de la Cité ne portaient pas les uniformes de la milice et avaient tous des gantelets rouges aux mains...

Cosca s'avança en voyant arriver l'Oiseau de Mauvais Augure. Il avait un sourire mauvais aux lèvres et semblaient parfaitement à l'aise dans le chaos qui avait éclatés.
Au loin, assis sur des bancs et pris en charge par des guérisseurs, les trois autres conseillers survivants pansaient leurs plaies, choqués et dans l'incompréhension. D'autres nobliaux, bourgeois et administrateurs étaient blessés et ... ils se contentaient d'attendre.
Si c'était là tous les survivants du banquet des éclats de l'aristocratie sur cette maudite terrasse, c'était là un bien triste résultat. Presque la moitié des invités avaient péris. Et presque la moitié des conseillers de Ridolbar également.

- Seigneur Ravensberg, déclara Cosca en s'approchant de lui. Le Palais et ses abords sont sécurisés.

Conrad le regarda dans les yeux et hocha la tête en remerciement. A leurs côtés, Viktoria Dragusin fixait Conrad Ravensberg du regard. Ses yeux ne clignaient plus et sa bouche entrouverte ne savaient que dire. Puis, elle se reprit et recomposa une composition de visage acceptable en pareille circonstances. Toutefois, le regard qu'elle jetait à Conrad était empreint... de peur ?
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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeDim 12 Déc - 17:00

Le Banquet des Éclats avait toujours laissé quelques morts derrière lui, mais en 1306, il fut le théâtre d’un massacre dont Ridolbar se souviendrait au moins encore quelques années. Combien de temps suffirait à enfouir ce triste jour dans les mémoires déjà bien sombres de la cité ? C’est peut-être de la longévité du prochain gouverneur que cela dépendra.

Les Gantelets Rouges auront largement mérité leur salaire : malgré la férocité de l’embuscade, vous êtes quatre à avoir survécu aux assassins qui ont pris d’assaut les membres du Conseil. Selon le capitaine, vous êtes même désormais à l’abri des attentats, vous et tous ceux qui auront eu la chance d’atteindre le palais à temps. Il serait de bon ton de remercier Sharna.

Dès votre arrivée, vos confrères vous questionnent. Qu’avez-vous vu ? Que savez-vous ? Qui d’autre a péri sous les lames des brigands ? La tension ne redescend pas.

Les temps s’écoule au ralenti dans le triste cocon que l’on a tissé pour vous, et aux heures les plus sombres, cette tour d’ivoire commence immuablement à prendre des allures de prison. La nuit est tombée au dehors, vous le savez car par-dessus les épaules des soldats qui les gardent, vous pouvez apercevoir les carreaux des fenêtres et ainsi l’ancre qui s’est déversée sur le ciel. La lune est haute quand le capitaine vient enfin vous annoncer une bonne nouvelle.

Vous allez pouvoir sortir de votre terrier – si vous le désirez, du moins. Accompagnés par un régiment de Gantelets Rouges, les serviteurs de deux de vos collègues vont pouvoir former des escortes adéquates et conduire les survivants de l’attaque jusque chez eux dans des voitures à la fois discrètes et renforcées magiquement. La fin de ce cauchemar semble se dessiner. Avez-vous profité de ces heures d’attente pour vous entretenir avec vos confrères des actions à entreprendre ? Tenterez-vous plutôt de les questionner pendant le voyage, ou le lendemain, une fois que les esprits se seront faits à l’idée d’un basculement politique de grande ampleur ?

Quel que soit le moment que vous choisirez, vous devrez vous confronter vos trois homologues, car le Conseil de Ridolbar ne peut rester ainsi amputé de la moitié de ses membres… Et il est grand temps qu’un gouverneur reprenne les rênes de cette cité avant qu’elle ne sombre définitivement dans le chaos le plus total.



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MessageSujet: Re: Petit à petit, l'Oiseau fait son nid   Petit à petit, l'Oiseau fait son nid Icon_minitimeMer 9 Fév - 0:37

Ridolbar n'avait pas connu pareil tension depuis très longtemps. Le calme était redescendu sur les rues. Le massacre sanglant avait laissé tout le monde comme choqué. Les quatre conseillers survivants étaient retranchés dans le Palais du Gouverneur. La milice et les mercenaires des Gantelets Rouges assuraient la sécurité et le contrôlé des points stratégiques de la ville.
Certains rapports mentionnaient des échanges de coups et des escarmouches dans les recoins les plus obscurs des quartiers de la ville basse. Les différents groupes de ladrinis avaient également choisis de se retrancher dans leurs repaires. De fait, les territoires qu'ils contrôlaient officieusement avaient désormais l'allure de véritable forteresse. La milice devait pourtant effectuer les patrouilles. Les rumeurs faisaient mention d'une implication criminelle remontant aux ladrinis concernant le chaos mortel qui avait eu lieu dans la journée. Nombreux étaient les gardes qui avaient perdus un collègue lors de l'attaque. Les officiers et les ordres émanant du palais du Gouverneur attisait cette colère en désignant nommément les ladrinis et tous les criminels impunis de la Cité comme des ennemis mortels et responsables des derniers malheurs de la ville.

Conrad se trouvait dans son bureau. Le modeste bureau du conseiller donnait sur la place. Face à la fenêtre, le regard de l'Oiseau de Mauvais Augure regardait la Cité Corrompue. Des patrouilles miliciennes traversaient la place pour s'enfoncer dans les rues et remonter les grandes avenues. Tout autour du Palais de Justice, qui faisait face au Palais du Gouverneur, des allées et venues incessantes s'opérait. Des messagers en grand nombre traversaient la place pour maintenir un lien entre les autorités politique du Conseil et les responsables de la Milice et de l'application de la Loi.
Les abords immédiats du Palais du Gouverneur, ainsi que ses murs et ses entrées, étaient largement tenus par les Gantelets Rouges. Ces derniers étaient intraitables et ne relâchaient pas leur emprise. Leur commandant, le Capitaine Cosca, paradait fièrement dans sa cuirasse, vérifiant la bonne tenue de ses hommes, inspectant le dispositif de sécurité. Régulièrement, il venait faire son rapport au conseiller Ravensberg. En particulier, il lui rapportait les faits et gestes des trois autres conseillers.
Ces derniers étaient retranchés dans le Palais et ne quittaient guère leurs bureaux. Pour le moment, il restait une ambiance de méfiance sourde entre chacun des survivants du Conseil. Ainsi, les communications entre eux étaient réduites au strict minimum.

Conrad Ravensberg attendait. Le nouveau moment qui s'ouvrait devrait être géré soit avec une force implacable, soit avec une délicate subtilité. Les trois autres conseillers étaient virtuellement en son pouvoir et à sa merci. Mais il n'avait pas pris autant de précaution pour passer pour un sanguinaire maintenant...
Quant à Viktoria Dragusin, elle avait finalement décidé de s'installer dans des appartements quelconque du Palais du Gouverneur. De nombreuses salles restaient inoccupés malgré la bureaucratie importante qui faisait vivre le centre politique de Ridolbar. Elle avait voulu entamer une conversation sur ce qu'il s'était passé mais Conrad y avait coupé court en lui affirmant qu'ils auraient tout le temps de revenir sur les événements tragiques du Banquet des Eclats plus tard. En quittant le bureau du Corbeau, elle avait annoncé qu'elle ferait parvenir un message à son père. Comme si cela pouvait changer quelque chose en l'état actuel des choses...
Toutefois, Darmenak Dragusin n'était pas à prendre trop à la légère malgré son grand âge et sa fatigue notoire. Il disposait encore d'une large fortune et d'un réseau d'allié étendu, malgré les fragilités qui ne manquaient pas d'apparaitre lors d'une fin de règne.

Conrad se décida. Il fit envoyer un message à chacun des trois autres conseillers pour qu'ils le rejoignent dans la salle du Conseil. Il les y attendrait.

La grand salle était sombre et des serviteurs avaient dû rallumés des torches en hâte pour éclairer les lieux. Le siège, sur l'estrade surélevé, dans lequel un gouverneur s'assiérait sous peu semblait les toiser avec morgue. La table et les places des conseillers faisaient bien pâle figure dans cette atmosphère nocturne. L'absence de près de la moitié du Conseil, pour les raisons que l'on savait, renforçait cette impression. L'ego et l'estime que les conseillers avaient pour leurs fonctions venaient d'en prendre un sacré coup.
Parmi les quatre conseillers, un seul semblait avoir encore son sang froid habituel et une confiance absolue en ses capacités. Il s'agissait de celui qui avait accueilli chacun des trois conseillers dans la Salle du Conseil. Un bandage couvrait la blessure qu'il avait reçu lors de l'attentat sur les conseillers.

Il occupait une position centrale autour de la table, ce qui était une nouveauté. Auparavant, il avait toujours été sur un côté, loin du centre. La répartition s'était faite naturellement. Il avait accueilli ses collèges en silence avec de simples hochements de tête pour les saluer. Ces derniers s'étaient mis au diapason.
Alors qu'ils s'asseyaient tous les quatre, des serviteurs étaient venus retirer les sièges destinés à leurs malheureux camarades.

Conrad dévisagea chacun de ses homologues. Trois conseillers qui n'avaient pas été les têtes de files de ce Conseil, ou du moins qui n'en n'avait jamais eu l'occasion. Tous possédait de l'ambition à revendre mais leurs personnalités et leurs moyens n'étaient pas aussi dangereux que Van Grard, Desola ou Vi'Serth.
A gauche du conseiller Ravensberg était assis le conseiller Tuménias Vénélod. Il avait l'air confus et tremblant. Entre deux âges, son physique était banal, si ce n'est les riches vêtements dont il s'affublait habituellement. En temps normal, il s'occupait principalement des affaires ayant traits aux relations avec les faubourgs et l'arrière-pays de Ridolbar. Il avait été en lien avec Conrad lors de décisions ayant dû être prises concernant l'établissement des nouveaux relais. Assez naïf dans l'affaire, Conrad ne le sous-estimait pas pour autant car il avait décelé chez ce personnage une intelligence malveillante et opportuniste.
Premier assis à sa droite, le conseiller Turdish Masalar était un sindarin au teint pâle et à la chevelure teinte en bleu nuit. Un homme d'affaires ayant tissé des réseaux de contacts commerciaux dans tout Phelgra pour faire sa fortune. Pas un marchand à proprement parler, mais plutôt un financier, du genre à faire jouer des jeux d'écritures comptables à son avantage. Très au fait des poids et mesures de monnaie, il s'occupait la plupart du temps de ses affaires et semblait tout à fait satisfait de sa position actuelle. Il est vrai que le sindarin avait dû batailler fortement pour obtenir cette place qui lui assurait la sécurité de ses entreprises, en tout cas jusqu'à aujourd'hui.
Enfin, assis le plus à droite de la table, siégeait le conseiller Galo'Or von Merk, un homme qui avait fait toute sa carrière dans l'administration de la Cité. Un vieux roublard qui avait vu passer plusieurs gouverneurs et qui, à force de jeux d'influence, s'était vu positionner dans le Conseil de la Cité.

- Mes chers confrères, entama Conrad. La situation est de nouveau sous contrôle. Malheureusement, nous devons déplorer la perte de trois de nos camarades conseillers. Hartor Van Grard, Virton Delosa et Caryoras vi'Serth sont tombés sous les coups d'infâmes assassins au service des ennemis de cette Cité. Les premiers rapports semblent indiquer que des ladrinis auraient pris part à l'organisation de ce complot. Leurs raisons semblent clairs à mes yeux. C'est une tentative de coup d'Etat pour renverser le pouvoir. La finalité était d'effacer le Conseil de la carte politique de Ridolbar.

Cette affirmation ne coûtait rien et était difficilement contestable. Néanmoins, Tuménias Vénélod semblait gêner de devoir acquiescer à ces accusations directes et frontales envers la myriades de clans ladrinis qui se partageaient le marché noir et les activités illégales de Ridolbar. Cela confirmait les informations qui indiquaient que Vénélod était largement sous emprise de ses bienfaiteurs anonymes. Les deux autres, tout aussi impliqués dans diverses affaires plutôt floues, gardèrent une contenance, préférant s'inscrire dans une attitude corporative face à un danger mortel.

- C'est grâce au soutien sans faille de la Compagnie des Gantelets Rouges que la Milice a pu réagir avec force et rapidité pour reprendre le contrôle de la situation et faire cesser les attaques.

Les trois conseillers acquiescèrent en se jetant des regards aux uns et aux autres.

- J'ai personnellement veillé au recrutement de cette compagnie de mercenaires qui a plus que fait ses preuves ces derniers temps. Je m'en félicite donc mais je souligne la clairvoyance de ce conseil a su prendre la décision d'aller dans ce sens.

D'un sourire, Conrad invita ses confrères à se détendre et à se congratuler un peu. L'atmosphère se détendit légèrement.

- Cependant, reprit Ravensberg, il est clair que l'autorité du Conseil de Ridolbar a été bafoué et salie dans son honneur. En plus de cela, il a été humilié pour ne pas avoir su empêcher et arrêter les pouvoirs comploteurs qui nous ont attaqués. Il apparait clairement que de nombreuses autorités, légitimes ou illégitimes, contestent notre existence.

La tension remonta soudainement et, bien qu'ils aient été sur leurs gardes, les conseillers furent quelque peu surpris. Ils se redressèrent instinctivement, les sourcils froncés sur la défensive.

- C'est pourquoi, dès ce soir, je vous annonce qu'une décision importante sera prise. Il est temps de redonner à Ridolbar une autorité centrale respectée et crainte de ses ennemis.

Tous levèrent instinctivement un court regard vers le trône du Gouverneur qui surplombait leur réunion. Il ne faisait que peu de doute à tous sur la personne envisagée par Ravensberg pour s'asseoir sur ce siège et occupé cette fonction laissée vacante depuis plusieurs années.

- Les nouvelles autorités des Cavaliers de Sharna nous somment d'élever un nouveau Gouverneur. Ce Conseil n'a été maintenu en place que pour le statu quo confortable et stable qu'il nous apportait. Or, vous avez tous vu, et moi je l'ai subis dans ma chair, que ce statu quo vient d'éclater avec pertes et fracas.

Turdish Masalar s'avança sur son siège et se racla la gorge pour signifier qu'il allait prendre la parole.

-Mes chers confrères, commença-t-il en cherchant ses mots. Le conseiller Ravensberg nous propose un changement drastique. Ce changement n'ira pas sans... désagrément avec une certaine frange de notre... société. Néanmoins... Il m'apparait que la seule solution est de soutenir sa motion. Nous avons l'initiative et nous pourrions en tirer énormément de profit.
- Je ne sais pas, enchaina Galo'Or von Merk, je trouve que le conseiller Ravensberg a des connexions trop fortes avec le culte de Sharna...
- Cela vous gêne-t-il, conseiller von Merk ? Sharna troublerait-il votre conscience ? Ou bien est-ce que vos propres approches envers le clergé ne se sont soldés que pas des refus fermes. Qu'il soit bien clair que mes relations avec l’Église de Sharna ne sont en rien des relations qui m'inféode à leurs désidérata. Ils sont des alliés objectifs qui soutiendront notre cause.

Un silence pesant tomba sur la salle du Conseil à la suite de cette déclaration. L'autorité dont avait fait preuve le jeune conseiller dans sa réponse les avait pris de court. Jamais il n'avait rabattu le caquet qu'aucun conseiller de cette manière auparavant.

- Si jamais... Si jamais nous allions dans votre sens, mon seigneur Ravensberg, bêla le tremblant Tuménias Vénélod, il faudrait que vous agissiez... avec une fermeté implacable envers certaines familles ladrinis. Celles là même qui ont complotés contre nous...

Les trois autres fixèrent leur homologue le plus liés à la pègre. Le rat cherchait à quitter le navire. Von Merk souriait de manière cynique, Masalar haussait les sourcils comme s'il n'en revenait pas et Ravensberg le fixait froidement dans les yeux.
Ce fut le Corbeau qui reprit l'initiative.

- Est-ce à dire que vous trahiriez vos soutiens ? demanda-t-il sans ambages. Est-ce à dire que vous auriez des informations sur ces comploteurs qui nous ont attaqué ce jour ? asséna-t-il pour enfoncer le clou.

Tuménias Vénélod, tout grelottant d'appréhension baissa le regard pendant de longues secondes avant d'oser affronter le regard de ses homologues. A ce moment-là, il craignait particulièrement le regard froid de celui qu'il n'avait pris que comme un simple aristocrate sans pouvoir jusque là.

- O-Oui, lâcha-t-il dans un murmure pathétique.
- Oui quoi ? Soit un homme Vénélod et trahi donc comme un homme ! s'écria le conseiller von Merk.
- J-je... puis vous donner des noms et des adresses, des affaires servant de couvertures à de puissants ladrinis... Je ne puis plus soutenir de tels citoyens après les actions ignobles d'aujourd'hui ! Ils doivent être écrasés et finir à l'échafaud, tous autant qu'ils sont. Ahem...

Il avait gagné en confiance à mesure qu'il libérait ses paroles. Sa faiblesse était désormais exposé au vu des autres conseillers. Pour Conrad, c'était une victoire. Il n'aurait pas d'autres protecteurs que lui face à la colère des ladrinis qui seraient prompt à comprendre la situation. Il était temps d'emporter l'adhésion des deux autres.

- Mes seigneurs, reprit Conrad. Je sais que la nomination d'un nouveau Gouverneur est toujours source d'incertitude pour un certain nombre de citoyens. Mais soyez assurés qu'il n'en sera rien pour vous. J'ai bien l'intention de garder auprès de moi des hommes aussi compétents et loyaux que vous. Pour vous convaincre des avantages de ce changement, je vous propose d'adopter une motion concernant la rétribution des affaires financières et commerciales de nos défunts confrères. Ils possédaient tous d'importants commerces qui faisait la fortune et la force de l'économie de notre Cité. Une telle motion aurait force de Loi et leurs héritiers éventuels ne pourraient guère s'y opposer. Toutefois, nous n'oublions pas les familles de défunts et les propriétés n'ayant aucun lien avec les activités commerciales et financières leurs seront transmises. Concernant les fortunes qu'ils possédaient, il est juste qu'en récupérant une part de leurs affaires, vous récupériez des fonds pour assurer la transition.

Conrad sortit de son porte document posés sur la table une parchemin d'excellente qualité sur lequel était déjà rédigé l'édit réglant la succession Delosa, van Grard et Vi'Serth. Les dispositions étaient simples, claires et répartissaient les différentes affaires de manière à ce que les trois conseillers n'aient pas d'alliances naturelles entre eux. C'était malgré, cette disposition des choses, un présent d'une très grande valeur. Sans doute le pot-de-vin le plus cher payé à Ridolbar depuis bien longtemps.

Sans hésiter, Tuménias Vénélod signa l'édit à peine avait-il finit de le lire et offrit un des plus grands sourire de lèche-botte à Conrad Ravensberg.Turdish Masalar prit le temps de bien lire chaque disposition et calcula mentalement toutes sortes de coût et de bénéfices, il fit la moue sur certaines répartition, mais après une réflexion intense et un long regard accordé à l'Oiseau de Mauvais Augure, il signa.
Galo'Or von Merk regarda avec mépris ses collègues accepter cette grossière corruption. Grossière, certes, mais généreuse. Il relut pour la forme le décret et signa.

Alors que le parchemin signé, qui soldat l'accaparement des biens et de l'héritage de ceux qu'ils avaient salués et pris dans leurs bras avec amitiés il n'y avait même pas une journée, revint à Conrad qui le signa à son tour et y apposa son sceau, ils se demandèrent s'ils ne venaient pas de signer un pacte avec un démon.
Mais Conrad présenta un nouveau document qui ne leur laissa pas le luxe de se poser la question. Ce nouvel édit proclamait le seigneur Conrad Ravensberg comme Gouverneur de Ridolbar avec tous les titres, prérogatives, honneurs et privilèges afférents à la fonction. Le document rappelait les traditions liées à la fonction de Gouverneur et sa fidélité à l'Ordre des Cavaliers de Sharna dirigeant Phelgra.

- Voilà qui reste plutôt vague concernant l'étendue de vos pouvoirs, mon seigneur, remarqua Turdish Masalar.
- Les Gouverneurs n'ont jamais eu de limite légales à leur pouvoir, Masalar, répondit Tuménia Vénélod à la place de celui qu'il considérait comme son nouveau protecteur.
- Certes, buvons la coupe jusqu'à la lie et prions Sharna... conclut von Merk.

Ils signèrent tous, apposèrent le sceau puis tendirent le document au nouveau Gouverneur de la Cité Corrompue. Ce dernier se leva et les regarda dans les yeux, un par un. Puis, sans un mot, il signa et apposa son sceau à son tour.
Les documents furent rangés avec précaution. Un scribe qui attendait dans les ombres de la salle du Conseil surgit alors et s'installa à la vue de tous pour faire des copies des documents qu'ils signèrent tous à nouveau. Son travail terminé, le scribe disparut dans les ombres. Puis un gorgoroth difforme et nain s'avança avec un sourire moqueur aux lèvres. Il s'empara des copies et alla les distribuer à qui de droit pour faire connaitre les nouvelles dispositions. Les conseillers et le nouveau Gouverneur n'avait pas échangé un mot pendant ce processus. Le silence nocturne n'était que perturbé par le crépitement des torches.

- Vous pouvez disposer, conseillers, déclara le seigneur Ravensberg, Gouverneur de Ridolbar. Dès que la sécurité sera totalement assurée, vous pourrez rejoindre vos demeures, sous escorte cela va de soi. Il est important que vous restiez sous bonne garde pour éviter que nos ennemis ne tentent de finir le travail.

Il y eut un instant de flottement parmi les trois conseillers. Ils ne se consultèrent pas du regard mais finirent pas se lever et par quitter la salle du Conseil, non sans s'incliner devant le nouveau Gouverneur qu'il venait d'élever à sa charge.
Le matin ne tarderait pas. Les rayons rouges orangées du soleil frapperaient à nouveau la Cité Corrompue de leurs éclats tranchants. Seul dans les ombres de la salle du Conseil, Conrad Ravensberg ne se préoccupait pourtant pas de l'heure si tardive qu'elle en était matinale. Il gravit avec gravité les marches menant au siège du Gouverneur. Effleurant le trône, il ne put s'empêcher de penser à tout le travail qui l'attendait. Il décida que se reposer un instant ne lui ferait pas de mal. Aussi, s'assit-il sur le trône du Gouverneur de Ridolbar et ferma les yeux un instant. Pourtant toujours conscient, il ne réagit pas quand un corneille noire, immense croassa dans la salle et vint se poser sur le faite du trône.
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