Rêves d'exotisme - [PV Gareth]



 
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 Rêves d'exotisme - [PV Gareth]

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Léogan Jézékaël

MessageSujet: Rêves d'exotisme - [PV Gareth]   Lun 22 Juin - 2:14



La nuit tombait sur Hellas. D'un pas vif, un homme passait des quartiers bourgeois de la capitale, qui glissaient peu à peu dans le froid sommeil des gens tranquilles, aux rues moites de la ville basse qui, elles, s'éveillaient en faisant furtivement courir un ou deux flambeaux dans l'obscurité, d'un sifflement strident ou d'un cri, comme une cavalcade de rats qui filent en glapissant brièvement dans les égouts. Dévalant une volée de marches sales dissimulées dans l'ombre des demeures blanches aux façades sculptées, il se faufilait sans bruit dans cet entre-deux si familier qu'on retrouve partout et qui était devenu chez lui, un minuscule univers fait de tavernes, de bazars et de bordels où chaque soir on fêtait quelque chose jusqu'à l'épuisement, un monde de chuchotements, de marchés conclus sans promesse, et d'aventures qu'on culbutait sans comprendre au coin de la rue. Comme son voyage des quartiers qui dorment aux quartiers qui s'éveillent dans la nuit, sa réputation silencieuse était passée en quelques mois au scandale permanent. Alors plus que jamais il prenait soin d'avancer en rasant les murs, enveloppé dans un caftan noir, un vieux feutre sur la tête et une simple écharpe d'un rouge délavé relâchée autour du cou, sans parler à personne, et très peu enclin à répondre aux rares saluts qu'on adressait à un passant qui disparaissait.
Certains jours, les sourires crispés des officiers et des hauts-dignitaires qui étaient forcés de l'écouter jusqu'au bout, de l'appeler « mon général » et de se plier à ses exigences le faisaient bien rire, rire de satisfaction, de victoire, de défi, et de cruauté aussi. Il était comme un gosse turbulent qui avait réussi à avoir le dernier mot après sa bêtise la plus infâme. Plus qu'insultant, ce devait être dérangeant, pour ces gens-là, de le regarder lui et d'être forcé de penser qu'ils ne valaient pas mieux. Là où Léogan avait marché à visage découvert, ils avaient simplement avancé masqués. C'était la fin de l'hypocrisie universelle de la politique. Les bandits de grand chemin commandaient aux armées avec la même légitimité qu'un Maire ou des prêtresses à l'habit immaculé, dont on ne découvrait la corruption qu'en soulevant leur chapeau ou leur jupon. Léogan n'avait rien à cacher quant à lui. Ceux qui le haïssaient, en fin de compte, haïssaient la politique dans son ensemble, qui était faite à son image – ou bien ils n'avaient pas vu l'envers du décor, ou encore ils n'avaient pas accepté de le voir. Dans ces sourires crispés, c'était le combat entre l'hypocrisie et la vérité nue au grand jour auquel il assistait. Et c'était un spectacle très réjouissant.

Mais ce soir-là, les sourires crispés des gens d'Hellas, le cynisme que lui inspirait sa nouvelle position dans l'armée et ses récents exploits, toute l'acidité qui enrobait le protocole qu'on s'efforçait vaille que vaille d'appliquer avec lui, hé bien, ça le fatiguait odieusement. Ça avait juste un goût insipide. Un goût de ressentiment, de désirs refoulés, de plaisirs mesquins qu'on lui avait cédés de bonne grâce. La vérité, c'était qu'il ne voulait rien avoir à faire avec la société.
Il rêvait d'horizons plus vastes. Il rêvait d'ailleurs, il rêvait d'exotisme, et il froissait une lettre exotique dans son poing. Disons plutôt le triste avis de décès de l'exotisme, dont la disparition l'affectait comme la mort d'un parent proche.

Léogan était rentré de Gaeaf depuis quelques jours à peine, exténué et très perturbé par la bataille navale qui avait opposé son armada au troisième colosse dont il croisait la route. Ses vêtements sentaient encore l'iode et le varech, il était encore contusionné de partout et ses bottes avaient à peine eu le temps de sécher qu'il avait reçu une missive écrite à la hâte par Fenris. Son frère lui demandait de ses nouvelles avec inquiétude et lui annonçait la fin d'El Bahari, qui s'était changée en colosse ou quelque comme ça, il n'en savait trop rien – ça proliférait plus vite que la vermine, ces horreurs-là – ainsi que de leur ancienne tribu, qui avait pour l'essentiel coulé comme une pierre au fond de l'océan. Au début, ces lignes lui avaient paru d'une absurdité incomparable. Et puis il les avait lues, et relues, et il avait fini par se convaincre que ce n'était pas une plaisanterie au goût très douteux. Alors ça lui avait fait un coup. Il s'était assis à son bureau, sonné, la tête entre les mains, et il lui avait fallu de longues minutes – et un ballon de cognac – pour commencer à digérer la nouvelle.
La suite de la lettre l'informait qu'Isaril, notamment, avait survécu à la catastrophe après de longs jours de dérive. Léogan avait des liens trop anciens avec l'île, qui remontaient d'un demi-siècle à une grosse centaine d'années, pour avoir fréquenté au point d'appeler « ami » le chef des Ascans, un Sylphide plutôt jeunot, mais l'idée qu'une de ses rares connaissances qui avaient subsisté jusqu'ici ait survécu le soulagea l'espace d'un instant. Un petit instant.

El Bahari avait disparu. Le monde s'était rétréci, tout à coup. Il avait eu un foyer, dans sa vie, un seul, et il avait disparu. Il se rappelait la profusion verdoyante des tropiques, les albizias en arbustes et leurs étonnantes fleurs rouges, les palmiers aux feuilles sombres, les badianiers et leur odeur d'anis, les passiflores gigantesques, bleues, mauves, blanches, le soleil moite et brûlant, les forêts de bambou et de dypsis, les cascades retentissantes et la mer turquoise qui un jour frôlait les lumières du ciel à l'horizon, et un autre se déchaînait dans une odeur d'iode et d'orage. Tous ses souvenirs brûlants étaient devenus froids comme des cadavres. Il ne retournerait plus jamais à El Bahari.
C'était aussi une énième porte de son avenir qui se fermait sur son nez.

Il était encore coincé à Cimméria, dans ce pays de merde où on s'enrhumait même à la belle saison à force de patauger dans l'eau glaciale – il éternua brutalement – sans espoir de s'en sortir à court ou à moyen terme, et si ce n'était à Argyrei, il n'avait nulle part où il rêvait encore d'aller.
Depuis quelques temps, Irina l'avait persuadé de trouver le chemin d'une vie plus décente, et s'il avait repris un peu de couleurs et de poids en freinant sur le tabac et l'alcool, et en se soumettant à des soins médicaux assez stricts, sa prêtresse n'avait pas encore trouvé moyen de le faire manger et dormir à heures fixes, ni de barrer la route à tous les rhumes, fluxions de poitrine et autres coups de froid de tout poil auxquels il cédait si fréquemment.

Ce fut donc en éternuant une fois encore qu'il repéra au coin de son chemin de traverse qui menait à des auberges de moindre coût la silhouette familière et élancée de ce Sindarin blond qui lui avait été d'un si grand secours à Gaeaf. Il arriva à sa hauteur pour le croiser et leurs regards se rencontrèrent. Il toucha le bord de son chapeau pour le saluer.

« Monsieur Ezéchiel. » dit-il, sévèrement, presque surpris lui-même, néanmoins, de sociabiliser ce soir avec toutes les mauvaises nouvelles qui se bousculaient à son portillon. Il papillonna des cils puis haussa les épaules. Gareth lui avait fait bonne impression, il ne servait à rien de le nier.  Rien d'étonnant à sentir le besoin de causer à un esprit plus vif que tous les lourdauds qu'il se traînait à la chaîne en une journée de travail. Le regard doré du Sindarin, rutilant d'une lumière perspicace et joueuse, réveilla d'ailleurs sa propre intelligence de la torpeur sans espièglerie dans laquelle la monotonie, les obligations et la tristesse l'avaient plongée. « Je ne devrais pas être étonné que les léviathans et le colosse ne vous aient pas fait fuir le pays, puisque la guerre ne vous a pas découragé de passer nos frontières. Mais tout de même, vous ne seriez pas un brin masochiste, par hasard ? » Un bref sourire passa sur le visage du militaire et il enterra dans ses poches ses deux mains, avec son avis de décès, d'un air goguenard. C'était peut-être une drôle de façon de souhaiter le bonsoir à quelqu'un, mais que voulez-vous, Léo n'en connaissait pas d'autres.


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MessageSujet: Re: Rêves d'exotisme - [PV Gareth]   Lun 6 Juil - 1:39



Dernière édition par Gareth Ezéchiel le Dim 12 Juil - 17:04, édité 1 fois
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Léogan Jézékaël

MessageSujet: Re: Rêves d'exotisme - [PV Gareth]   Lun 6 Juil - 23:48

« Plaisir partagé. » répondit-il avec un sourire discret.

Sociabilisation en progrès, nota-t-il, dans un coin de son esprit. Il n'avait pas vraiment coutume d'échanger des banalités avec les gens, surtout sur le chemin de retour de la caserne, la tête encore pleine des occupations de la journée, des soucis qui lui tombaient dessus et des extras officieux qu'il prévoyait pour sa soirée dans les bas-quartiers.

« Oui disons, qu'en comparaison... » Il fut interrompu par un coup de marteau plus virulent que les autres. Son regard flotta un instant sur les alentours feutrés, à peine bruyants, de son chemin de traverse. « En comparaison, Hellas a presque l'air d'une capitale sans histoire, marmonna-t-il. Mais les dieux savent combien tout ça n'est qu'une jolie symphonie de pipeaux... en faux-semblant majeur. » reprit-il en se tournant de nouveau vers le Sindarin aux cheveux dorés, emmitouflé jusqu'au cou dans une grande cape. « Faites attention où vous mettez les pieds la nuit, les rues n'ont jamais été vraiment sûres dans la basse ville. Enfin je ne sais pas où vous comptez aller à cette heure, mais si c'est par là, dit-il, avec un vague geste vers la rue qui descendait, il vaut mieux que vous soyez accompagné. »

C'était d'ailleurs la direction qu'il emprunterait lui-même dans les moments qui viendraient, aussi son chevalier servant était-il déjà tout trouvé. Quoi qu'il en soit, il fit un signe de tête à Gareth pour l'inviter à se mettre en route et commença à avancer d'un pas rapide sur les pavés humides et sonores de la chaussée. Il jetait quelques regards en biais à son camarade embarqué à la dernière minute, la tête un peu basse pour échapper aux courants d'air qui les surprenaient de temps en temps en se jetant à leurs visages au détour d'une ruelle.

« C'est dommage que vous partiez, au fond, poursuivit Léogan, j'avais eu dans l'idée de vous faire plancher sur quelques problèmes d'architecture militaire. On est en train de consolider nos forteresses, voyez, et l'avis d'un Eclari n'est jamais de trop quand on veut bien faire. Et entre nous, je dois bien faire, sinon... Hahem. Disons que ce ne serait pas très bon pour ma santé. » Il esquissa un maigre sourire en pensant à ce que Bellicio lui avait promis s'il ne remplissait pas son office ou s'il avait l'idée de passer une nouvelle fois à l'ennemi. Étrangement, les politiciens avaient plus de difficultés que les bandits et les contrebandiers à assumer leur propension commune à retourner leur veste quand le vent tourne. En tout cas, la moindre erreur tactique de Léogan pourrait être interprétée de bien des manières par l'opinion et le conduire droit à Zaléra, comme tant d'autres qu'Elerinna avait condamnés jusqu'à mettre fin à ces pratiques. La condamnation à mort à la cimmérienne était aujourd'hui pourtant de retour dans les mœurs, évidemment au moment où Léo marchait plus que jamais sur le fil du rasoir. Mais c'était des talents de Gareth dont il était question pour l'heure. « Alors si vous avez un peu de temps... Et que vous n'êtes pas contre vous mouiller politiquement, hé bien, je serais ravi de pouvoir faire affaire avec vous. »

Il inclina la tête respectueusement devant l'Eclari, en repensant au travail qu'il avait abattu à Gaeaf, et aux nouvelles digues qu'il avait offertes au village. S'il pouvait continuer à en tirer parti, moyennant rétribution, il y aurait moyen de se constituer un avantage de choix pour la guerre.

« Ceci dit, vous avez raison, prenez le large dès que vous aurez vos réponses. » Il leva la tête vers le ciel obscurci, où la lumière de la lune perçait à peine, et son nez se fronça de dépit. « Y a rien d'plus déprimant au monde que ce climat. Vous prenez la route du sud, alors ? Argyrei ? » s'enquit-il, le regard brillant d'un feu secret dans l'ombre de son chapeau. La déduction était plutôt évidente. Après tout ce chambardement, les Eclaris se réuniraient certainement à la Masure d'Amaryl pour faire le tour des derniers événements, et s'ils pouvaient entendre le rapport d'un de leurs chercheurs qui s'était trouvé sur place, ils n'y manqueraient pas.

Mais le sourire tranquille et fin de Gareth et sa façon de dire qu'il n'y avait qu'une missive et quelques réparations pour retenir son départ – pas pressé, du reste – remplissaient Léogan d'une convoitise dévorante, mêlée d'une admiration silencieuse. Cet homme était libre. Il partirait quand l'envie le prendrait. Il descendrait loin au sud sur les pistes du désert, retrouver cette espèce de foyer fait de livres, de plumes et de parchemins, et qui était le sien, il s'y enterrait un moment selon ce qui lui conviendrait, et puis il repartirait peut-être ailleurs, là où son désir de recherche le porterait. C'était simple, limpide, lumineux même. Il n'y avait rien, sauf l'imprévu peut-être, cet éternel compagnon de tous les voyages, rien pour l'entraver et le retenir sur place. Ni la guerre, ni la politique, ni la menace de la justice, ni choix malencontreux... Pour le moment, en tout cas. Léo fourra ses mains dans ses poches, un peu rembruni et les yeux songeurs. Il froissa davantage la lettre de Fenris dans sa main et releva finalement la tête vers le voyageur.

« D'après ce qu'on m'en a dit, les gens là-bas ont aussi eu leur part de catastrophes naturelles. Une île toute entière qui fout l'camp, non mais, vous y croyez, à ça ? »

Et dire qu'il était coincé ici pendant qu'El Bahari flottait hasardeusement au milieu de l'océan... Et pour combien de temps encore ?


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MessageSujet: Re: Rêves d'exotisme - [PV Gareth]   Lun 13 Juil - 1:27

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MessageSujet: Re: Rêves d'exotisme - [PV Gareth]   Dim 16 Aoû - 3:48

Gareth Ezéchiel n'avait pas l'air d'un habitué des bas-fonds – ou peut-être l'était-il juste assez pour réaliser qu'il était en train d'y mettre les pieds et que ça ne l'inspirait pas le moins du monde. Léo sourit furtivement dans sa mauvaise humeur, devant son congénère qui tour à tour éternuait et chuchotait comme si un mouchard le suivait toute ouïe dans son ombre. Les riverains, la figure enfouie dans des passe-montagnes, trottaient autour d'eux, de plus en plus rare avec la nuit qui avançait. Quelques chandelles s'agitaient fébrilement dans les dédales, comme des feux follets qui s'enfuient, et plutôt que de prêter attention aux regards de tout acabit qu'on lui jetait par dessous, Léogan en observait la danse étrange, serrant un peu plus son écharpe rouge autour de son cou.

« Surtout les Ascans. » acquiesça-t-il, tandis qu'il triturait le bord de son chapeau avec souci. Il était trop terre-à-terre pour être superstitieux, mais parfois le hasard se donnait un air trop systématique pour qu'il continue d'ignorer la voix de Fenris, au fond de lui, qui soufflait dans des inflexions sombres et énigmatiques 'C'est une malédiction, mon frère'. Il avait pour habitude de rabrouer cet attachement stupide à la fortune et au destin, que Fen partageait avec les marins et les conteurs d'histoire, mais les mystères qui entouraient toujours les disparitions de la tribu ascane le laissaient très perplexe. Il n'avait pas l'esprit bien scientifique, mais autrefois, il s'était penché sur la question avec le sérieux et la méthode d'un chercheur agacé des conclusions tirées par l'ignorance de ses contemporains. Tout ce qu'il avait ramené de l'île avait été entassé chaotiquement dans les quartiers secrets qu'il avait chez les Va'arda, depuis que l'armée avait eu l'idée de fourrer son nez un peu trop loin dans ses affaires personnelles. Les perquisitions répétées de son logement par Bellicio avaient fini par le convaincre de trouver un pied-à-terre plus sécurisé pour ses effets personnels et ses liens avec la pègre du temple, reine des trous à rats de la capitale, lui avaient alloué un havre où les sbires de la mairie ne venaient plus l'incommoder. Cependant il poursuivait, ses yeux noirs perdus entre la rêverie et l'affût, l'esprit amer : « Avec Argyrei, El Bahari était sans doute la dernière terre d'Isthéria où on ne s'abusait pas quand on parlait de vivre libre. Le monde rétrécit. Si je n'étais pas... attaché ici comme un chien derrière la clôture de son jardin, je vous jure que je prendrais un voilier et que j'irais repousser plus loin les frontières du monde connu. Enfin... » Il s'interrompit pensivement un petit instant, avant d'adresser un regard amusé à Gareth. « Peut-être pas celles du monde connu... »

Il ignorait la déontologie de l'Eclari à ce propos, mais Léo restait convaincu que certaines choses gagnaient à rester inconnues de la civilisation, en particulier celles où il était personnellement impliqué.
Quand Gareth prononça de nouveau sa réserve troublée à l'égard des figures hâves qui se retournaient à leur passage ou se défilaient lâchement dans l'ombre de la rue, Léogan émit un rire très indiscret.

« Pff, peu importe, pour ce que j'en ai à foutre. » Un rictus lui froissa les lèvres. Une femme lui adressa un regard courroucé sous sa capuche et il le lui rendit mauvaisement. « Si vous saviez combien d'émeutes j'ai étouffées ici, l'année dernière, ajouta-t-il, froidement. Ils ont eu leur dose. Et moi aussi. On est tous fatigués, dans ce foutu pays, mais les catastrophes se fichent pas mal de nous demander notre avis lorsqu'elles nous tombent dessus. »

Il haussa des épaules et enterra ses mains plus profondément dans ses poches. Il réfléchit quelques instants, sans un mot, aux dernières nouvelles rapportées par son nouveau compagnon de route, et grimaça à l'idée que la tribu aujourd'hui dépossédée de son chez elle ne se disperse dans la nature et ne disparaisse pour de bon. Sans El Bahari, les Ascans n'avaient plus lieu d'être. Dans la survie, sans horizon ni foyer, c'était bien entendu chacun pour soi.
Léo tira Gareth par l'épaule, pour s'engager dans une ruelle très étroite, où les maisons se soutenaient les unes les autres par des arches suspendues au-dessus de leurs têtes. Une eau croupie prenait très tranquillement la direction des égouts dans des creusets où il tentait de ne pas marcher. Le silence était presque trop pesant. Il s'expliqua, chuchotant à son tour instinctivement :

« Je suis pas vraiment de Cimméria, pour vous dire tout à fait la vérité... Dans le temps j'étais nomade à Argyrei et puis... Bah disons que quand j'ai décidé d'étendre mon empire commercial de pacotille au large, l'empire en question a pris l'eau plutôt salement et tout ça a sombré par le fond. Par chance, j'étais pas loin d'El Bahari. Techniquement... aujourd'hui je suis encore Ascan. » Sa botte rencontra par hasard un caillou, reste effrité des pavés déchaussés, qui ne survécut pas à la rencontre et rebondit sur un mur en se brisant en deux. « Bref du coup j'ai pas mal d'informateurs dans le sud, et... voilà, grogna Léogan, le visage enfoncé dans son écharpe et les yeux obstinément rivés sur le sol. Mais je n'suis plus qu'un spectateur passif de ce qui s'y passe. On n'peut pas jouer les héros aux quatre coins d'la terre apparemment. Même si, quitte à rejoindre la grande secte des sauveurs de l'humanité, à choisir j'aurais préféré pouvoir sauver les Ascans que les Cimmériens, mais ça, le répétez pas trop fort dans le coin. » murmura-t-il, levant finalement la tête vers Gareth, un sourire espiègle aux lèvres.

Finalement, ils s'étaient relativement éloignés du désordre crépusculaire qui régnait dans les bas-quartiers et s'étaient retrouvés tout à coup dans une autre ruelle insignifiante et grise, dont les maisons semblaient toutes avoir condamnés leurs volets. Les pas de Léogan, sans doute d'abord très mystérieux du point de vue de ce pauvre Eclari qu'il avait embarqué avec lui presque sans lui demander son avis, mais leur direction s'éclaircit bientôt, quand le Sindarin aux cheveux noirs s'appuya sur la margelle d'un puits de misérable apparence, pour en inspecter le trou. Puis il se retourna vers son invité et lui fit signe de s'approcher.

« Allez, glissa-t-il. Suivez-moi par là, le touriste, ça vaut l'détour. »

A ces mots, Léogan passa une jambe par-dessus le muret et disparut dans les profondeurs du puits.
Descendant quelques barreaux de ferraille qui jalonnaient la pierre, il alluma entre ses doigts une lumière bourdonnante d'électricité qui éclaira faiblement son chemin. Suivi par Gareth, il entama une descente dangereuse, à l'aveugle, sur cette fausse échelle camouflée, avant de sauter finalement à pieds joints dans l'eau qui n'était pas profonde et ne le submergeait qu'à mi-botte. Simplement, le fond du puits était plus large qu'il n'y paraissait, lorsqu'on y jetait un œil depuis la rue – ici, il formait une grotte spacieuse qui se séparait en deux couloirs, l'un naturel, tout fait de glace comme toutes les galeries qui sillonnaient le ventre de Cimméria, l'autre aménagé par une main humaine, où Léogan s'engagea aussitôt.
Progressant longuement dans le corridor sombre, où luisait seulement une lumière rougeoyante, quelque part au bout, il parlait désormais d'une voix plus claire, pas très embarrassé de la situation apparemment :

« Au fait, si un topo de toute cette bouffonnerie politique vous tente, vous êtes probablement tombé sur la personne la plus concernée d'Hellas, alors c'est l'moment ou jamais, profitez-en. Qu'est-ce qui vous échappe ? Si ça se trouve demain, vous aurez les pieds en plein d'dans – je sais pas, un raid subit sur Hellas, quelque chose... Il est pas prouvé qu'être au courant de la composition de la merde dans laquelle on fourre sa chausse permet de mieux s'en porter, mais sait-on jamais. »


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MessageSujet: Re: Rêves d'exotisme - [PV Gareth]   Dim 13 Sep - 5:14

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