Un encombrant visiteur? [PV Esha]

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An 1305 de l'ère obscure

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Thimothée
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Code par MV/Shoki - Never Utopia



 
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 Un encombrant visiteur? [PV Esha]

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Serënn
MessageSujet: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Ven 16 Nov - 10:41

La nuit était tombée depuis plusieurs heures sur la grande cité d'Hesperia. Une nuit sombre, sans lune car un épais dais de nuages aussi noirs que du charbon occultait les cieux. Ce n'était pas encore l'aube, mais elle approchait à grands pas et déjà les plus matinaux émergeaient de leur sommeil tandis que les derniers noctambules se faisaient de moins en moins nombreux dans les rues.

Je me demandai, quant à moi, si je la verrai jamais, cette nouvelle aube. La mission que j'avais été chargé d'accomplir par ma Reine m'avait entraîné dans l'un des quartiers les plus mal famés de la ville et j'étais tombé dans un traquenard qui me laissait une méchante impression. En apparence cela n'était qu'un hasard, j'étais tombé sur une bande de malandrins en mal d'un mauvais coup et désireux de s'emparer de ma bourse, la première chose qu'ils m'avaient demandé de leur remettre. Mais je n'étais pas né de la dernière pluie et j'avais pris soin de laisser mes affaires et ma monture en sûreté avant de me rendre dans ce maudit quartier, ne conservant sur moi que mon couteau de chasse. J'avais pris la précaution de me vêtir pauvrement d'habits élimés de simple toile grise et de dissimuler la blondeur trop remarquable de ma chevelure sous une capuche. Rien ne me distinguait des nombreux pauvres hères qui, telles des âmes en peine, arpentaient nuit et jour les rues d'Hesperia. Et pourtant la bande m'était tombée dessus avec autant d'ardeur que si j'avais été un riche commerçant s'étant imprudemment égaré, seul, sur leur territoire.

Rien d'étonnant à ce que, après que je leur aie affirmé ne rien posséder d'autre que les vêtements que j'avais sur le dos, ils aient décidé de s'assurer que je disais vrai. La lutte avait été brève et inégale, les marauds étaient une demi-douzaine, munis de longues et solides matraques alors que j'étais seul et muni en tout et pour tout d'un poignard. Je m'étais néanmoins défendu avec vigueur et en avais blessé au moins trois avant de succomber sous le nombre puis de me faire si violemment rouer de coups que seul un colossal effort de volonté m'avait permis de rester vaguement conscient. Et c'était à partir de cet instant que quelque chose clochait: ils ne m'avaient pas fouillé. L'un d'eux s'était contenté de me planter mon propre poignard dans le ventre, un coup que j'étais heureusement parvenu à dévier un peu d'un soubresaut désespéré, puis ils étaient partis. Sans même récupérer mon arme qui, pourtant, était d'assez belle facture pour qu'un tire-laine puisse espérer en tirer un bon prix. Il était évident que le butin n'était pas l'objectif de mes agresseurs, mais une question se posait: avais-je été trahi ou étais-je bêtement tombé dans un piège qui ne m'était pas destiné?

Je remis cette question à plus tard, mon esprit rendu confus par la douleur ne me permettant pas de réfléchir correctement, et tentai de me relever péniblement. Je réalisai vite que je n'irai pas bien loin, je perdais trop de sang et mes jambes ne me soutiendraient pas longtemps, mais il me fallait de toute urgence trouver quelqu'un capable d'endiguer l'hémorragie. Faute de mieux, je déchirai un pan de ma camisole et le pressai contre ma blessure puis, la mort dans l'âme, je me mis en route d'un pas vacillant, sans trop bien savoir où j'allais en réalité. Je ne connaissais pas assez bien la ville pour m'y diriger aisément alors qu'il faisait nuit et j'avais plus de chances d'errer en vain jusqu'à ce que je sois trop affaibli pour continuer que de trouver un quelconque guérisseur, mais attendre sur place des secours qui ne viendraient jamais n'était pas une option.

Je perdis rapidement toute notion du temps et tout sens de l'orientation, n'avançant qu'à force de volonté, de plus en plus lentement à mesure que ma vie s'écoulait de ma plaie. Ma vue devint inexorablement trouble et, bientôt, c'est à peine si je distinguai les formes des bâtiments que je longeai, mais je ne renonçai pas. La Reine m'avait confié une mission, peu importe ce qu'il m'en coûterait mais je devais vivre pour l'accomplir. Malgré cette inébranlable résolution, le moment ne tarda pas à arriver où je fus incapable de faire un pas de plus. Je ne savais pas où je me trouvais, le décor autour de moi n'était plus qu'un amas d'ombres informes, mais quelle importance? C'était la fin de ma route, je le sentais aux tréfonds de moi, et j'avais échoué. Quelques larmes de frustration ruisselèrent sur mes joues alors que je m'effondrai lourdement sur ce qui devait être, je le devinai confusément, un petit escalier en bois. Il me sembla vaguement distinguer une roue et l'idée saugrenue que je me trouvais au pied d'une roulotte me traversa l'esprit, mais qu'aurait bien pu faire une roulotte en pleine ville? Cela n'avait aucun sens, mais plus rien n'en avait et je me laissai enfin glisser dans une bienfaisante inconscience. J'avais échoué, mais au moins ne sentais-je plus la douleur.
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Ven 16 Nov - 13:19

 C’est en petits groupes que la troupe Valencia quitta la grande place d’Hespéria pour regagner le campement. La nuit avait été longue, mais couronnée de succès. La représentation avait une fois encore attirée un grand nombre de badauds et s’était déroulée sans le moindre accroc. Tous étaient maintenant désireux de rejoindre leurs couchages et glaner quelques heures de repos. C’est sous bonne escorte qu’Esha et les autres danseuses furent reconduites chez elle, leurs habits de lumière troqués pour une tenue plus lambda et couverte. Sans surprise, leurs conversations tournèrent autour du spectacle, de la performance de chacun, ainsi que des possibles ajustements à apporter. Bien emmitouflée dans sa cape, Esha eut du mal à prendre part au débat, bien qu’elle offrit des sourires entendus à ses partenaires. Elles auront tout le temps de faire le point demain. Ou devrais-je dire plus tard, vu l’heure …

Finalement, après quelques minutes de marche, la nomade aperçue les lueurs des lanternes accrochées aux caravanes. Chacune possédait une couleur différente grâce à la teinte du verre, permettant à la fois de se repérer et de les différencier les unes des autres. Esha soupira, bien contente d’être enfin arrivée. À l’instar des autres Valenciens qui prirent la direction de leurs roulottes respectives.

«  Bonne nuit tout le monde. » Leur souhaita la jeune femme, ponctuant ses paroles d’un geste timide de la main et d’un sourire aimable, avant de faire de même.

Sa maison était quasiment en bout de cortège. En s’y rapprochant, elle crut clairement entendre les jappements de Geeti. Ainsi que ses petites griffes racler au sol et contre la porte. Sa maitresse fronça le nez et lui intima dans sa langue natale d’arrêter, mitigée par son comportement, tandis qu’elle contournait sa roulotte pour atteindre l’entrée. Son animal ne s’était jamais montré aussi nerveux. Mais elle comprit rapidement pourquoi … lorsqu’elle découvrit ce corps, effondré sur ses escaliers.

Ses yeux s’écarquillèrent en voyant le sang rependu sur les marches, avant de se précipiter vers le malheureux. C’est avec la plus grande crainte qu’Esha tenta de retourner l’individu, appréhendant sa découverte. Il lui fut quasi-impossible de discerner correctement le visage de ce qu’elle supposait toutefois être un homme. Elle pesta, d’une voix assurément tremblante, avant d’avoir pour reflexe d’invoquer ses lucioles, rehaussant enfin la luminosité. Là se dessina enfin un visage, tatoué, au teint supposé rendu blafard. Puis elle découvrit avec effroi l’origine de tout ce sang. Elle se figea une-demi seconde, avant de retirer sa cape et de s’en servir pour à son tour comprimer la plaie. Appuyant un maximum, espérant empêcher la perte du peu de sang qu’il semblait encore lui rester. Était-il seulement en vie ? Cette hypothèse frappa la Terran de plein fouet.

«  Vous m’entendez ?! Réveillez-vous s'il vous plaît ! » Supplia-t-elle, des larmes de panique lui montant aux yeux, avant de jeter un regard alentours.

«  S'il vous plaît, quelqu’un ! » Hurla Esha à s’en casser la voix. Assez rapidement, son voisinage fut alerté. La première personne à la rejoindre fut Samuel, l’un des artificiers – et dernière victime des jumeaux, pour qui s’en souvient. À peine l’homme voulut savoir ce qui était arrivé qu’Esha lui ordonna d’aller chercher Kress, leur médecin, sur un ton étonnement dur. Méconnaissable. Puis ce fut au tour d’une des danseuses de la retrouver, tout aussi choquée par la scène.

« Lhyra. Aide-moi à l’emmener à l’intérieur. » Lui demanda la nomade, se sachant bien trop frêle pour le faire toute seule, mais ne pouvant le laisser là, à-même le sol.

« … » Pas de réponse, semble-t-il impressionnée.

« Lhyra ! » Héla Esha devant son inertie, presque sévère. Une vraie lionne, cette petite. Sa comparse sursauta avant de se décider à l’aider. Non sans peine elles réussirent à hisser le blesser en se tenant de part et d’autre, la nomade comprimant la plaie de sa main libre, pour le porter jusqu’à l’intérieur. La Terran ouvrit la porte sans aucune délicatesse, obligeant Geeti à se réfugier sous le lit.

« Doucement.. » Dit-elle à sa comparse tout en allongeant l’inconnu, en douceur. Esha lui demanda ensuite de préparer ce qui lui semblait nécessaire, tandis qu’elle se tenait à ses côtés. Soit des linges propres en quantité et de l’eau chaude. Le reste serait apporté par Kress, en toute logique. Il fallait aussi s’occuper des lumières, ses lucioles ayant tout de même leurs limites. La prénommée Lhyra obéit de A jusqu’à Z. Le médecin arriva dans les minutes qui suivirent, faisant sortir tous ceux qui lui étaient inutiles. Il ne garda qu’Esha pour l’assister.


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Ven 16 Nov - 14:52

J'entendis, aussi assourdis que s'ils provenaient de l'autre côté d'un mur épais, des cris. Je perçus tout aussi indistinctement que je n'étais plus seul et sentis très vaguement que quelqu'un essayait de me déplacer, mais je n'avais plus la force d'ouvrir les yeux et sombrai une fois de plus dans un abyme sans fond.

Une éternité plus tard, du moins me le semblait-il, une vive douleur au ventre me ramena à moi et, d'un violent effort de volonté, j'entrouvris les yeux sur un décor totalement incongru de bois et de tissus colorés. Il y avait une lumière, issue de je ne savais où, qui donnait à la scène un aspect étrangement chaleureux. Était-ce là qu'on arrivait après la mort? Je l'avais imaginée de bien des manières, mais jamais...ainsi. J'avais toujours supposé que ce serait froid et noir, hostile, même si bien des prêtres prétendaient l'inverse.

Il me fallut quelques secondes pour réaliser que j'étais allongé sur le dos et quelques autres encore pour trouver la force de tourner un peu la tête. Ce n'est qu'alors que je réalisai que je n'étais pas seul: deux personnes étaient là, proches à me toucher pour une raison m'échappant totalement. Je ne parvins pas à distinguer leurs visages, ma vue était encore trop brouillée pour cela, mais il me sembla tout de même qu'il y avait un homme et une femme. Une nouvelle pique de souffrance me tarauda à cet instant, me faisant grogner légèrement entre mes dents serrées. Par Delil, fallait-il que même morts nous continuions de ressentir la douleur?! J'aurai deux mots à dire à mon créateur une fois que j'aurai retrouvé l'usage de la parole...

"Passe-moi l'aiguille et le fil", entendis-je à ce moment. Une phrase si totalement décalée avec mes réflexions embrouillées que je me demandai soudain si j'étais véritablement mort ou si, au contraire, quelqu'un ne tentait pas de me ramener parmi les vivants. Mais qui se serait soucié de remettre sur pied un Sindarin aux allures de mendiant dans cette ville de... dans quelle ville étais-je déjà? J'eus beau essayer de m'en souvenir, je ne me rappelais pas des derniers événements mais un nom, ou plutôt deux, s'imposèrent à mon esprit: Canopée, Viwien. Soudain fébrile, je plissai les yeux pour mieux voir la femme qui se tenait près de moi, ce ne pouvait être que ma Reine, assurément. Puisant dans mes ressources les plus enfouies, je trouvai le moyen de m'emparer de l'une de ses mains et la pressai sans force en murmurant d'un ton empli de honte:

"Pardon....pardonnez-moi... je...j'ai... échoué...ma Reine...laissez...moi...partir..."


Je ne méritai pas de vivre après avoir ainsi trahi sa confiance, elle devait me laisser m'en aller... Mais avant, je voulais voir son visage une dernière fois, le graver dans ma mémoire à jamais, aussi forçai-je mes prunelles d'un sombre vert pailleté d'or à se focaliser sur ses traits.

(Dieux qu'elle est belle) songeai-je en la contemplant pour la dernière fois. Puis, je réalisai brutalement que la jeune femme que j'observai avait les cheveux d'un noir de jais et que ses yeux étaient semblables à des émeraudes au travers desquelles on aurait regardé le soleil, comme illuminées de l'intérieur. Or Viwien...Viwien était rousse et avait des yeux d'un vert très clair tirant sur le doré. Perplexe, n'y comprenant plus rien, je fronçai les sourcils et demandai d'une voix faible:

"Tu...qui es-tu...?"

Une nouvelle vague de souffrance manqua me submerger et un bref coup d'oeil m'en apprit la cause: l'homme était en train de me planter une aiguille dans la chair. Je l'aurais sans doute frappé avec rudesse si je n'avais été aussi faible, mais mon incapacité à le faire me permis de réaliser qu'il était sans doute en train d'essayer de recoudre ma plaie et je me détendis un peu avant de reposer mon attention sur la femme et de répéter:

"Qui...es-tu?"
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Ven 16 Nov - 16:29

À peine Kress avait mis les gêneurs dehors qu’il se mit au travail. Avec l’aide d’Esha, ils retirèrent une partie des vêtements de l’homme, ne lui laissant que son bas. Le duo s’aperçut rapidement que leur inconnu, qui plus est Sidarin, n’avait de mendiant que ses guenilles. Ressemblant en réalité à un solide gaillard et possible combattant. Autre détail. Le tatouage qu’Esha avait sommairement vu sur le visage de l’homme semblait se prolonger jusqu’à son épaule droite. Mais là n’était pas le plus important. La nomade fut affligée de constater qu’en plus de cette blessure au ventre, il avait été roué de coups. Ça paraissait peine croyable qu’il soit encore en vie après tout ça. Ni même qu’il ait réussi à se trainer jusqu’ici.

Sous les indications de Kress et après s’être stérilisé les mains, la nomade s’occupa de nettoyer le Sindarin. Que la plaie soit propre et qu’ils s’assurent de ne pas découvrir d’autres blessures. Le quadragénaire l’examina ensuite attentivement, avant de sortir de son barda tout ce qui lui semblait nécessaire. Comme du fil et une aguille, ainsi qu’un baume pour désensibiliser un maximum la zone et un autre pour prévenir des infections. Il devait faire vite et profiter que le malheureux soit encore inconscient. Kress appliqua le premier produit, chargé d’une forte odeur de plantes, autours de la plaie. Une sensation désagréable de froid s’en ressentait normalement. Dans ce laps de temps Esha s’occupa de glisser le fil dans l’aguille, après l’avoir passé dans la flamme, les yeux du vieil homme n’étant plus ce qu’ils étaient. À son ordre, elle lui tendit ensuite.

« Est-ce qu’il va s’en sortir ? » Se risqua à lui demander la nomade.

« On va tout faire pour en tous les cas. Mais ce malheureux a passé un sale quart d’heure, ça ne m’étonnerait pas qu’ils s’y soient mis à plusieurs. La bonne nouvelle, c’est qu’il est bien plus robuste que le serait. un vagabond. » Tout en récupérant l’aiguille.

Soudain Esha sentit le Sindarin s’agiter. Elle redirigea aussitôt son regard émeraude sur lui, notant qu’il luttait pour reprendre connaissance. Elle glissa une main sur le front de l’homme, dans une caresse tendre et rassurante, du moins elle l’espérait. Le blessé ouvrit péniblement les yeux, la fixant à son tour. Esha sursauta au contact de sa main autours de la sienne, prise de cours par son geste .. autant que par ses mots. Sa reine ? Elle questionna Kress du regard. Inquiète. Ce dernier haussa les épaules. Ca pouvait être dû au choc. Ou à un plus sérieux coup sur la tête. La nomade soupira, quelque peu frustrée de se tenir ainsi. Impuissante. Elle revint au Sindarin.

« Je ne suis pas votre reine, messire. Et il est hors de question de vous abandonner ainsi. » Répondit-elle d’une voix encore fébrile d’émotion, mais toujours emplit de chaleur. Et peu à peu … pour le plus grand soulagement d’Esha, l’inconnu sembla retrouver la raison. Et la vue. Se rendant définitivement compte qu’il ne s’agissait pas de sa reine. Mais de notre petite danseuse. Qui d’ailleurs tenta de faire tenir le Sindarin en place, en dérivant sa main libre jusqu’à son épaule et l’incitant à rester en place, lorsque Kress commença à le recoudre.

« Je suis désolée… Nous n’avons malheureusement pas grand-chose pour traiter la douleur. Essayez tout de même de rester tranquille. » Expliqua calmement Esha, avant que l’homme la questionne sur son identité.

« Je m’appelle Esha. Et l’homme en train de vous recoudre, c’est Kress. Il est médecin. Vous êtes à Hespéria. On vous a retrouvés sur les marches d’une de nos roulottes, blessé et inconscient. » Sans préciser que ladite roulotte était la sienne, estimant que ce détail n’était pas important. Elle marqua un temps, selon elle de rigueur pour que l’inconnu assimile toutes ces informations. Puis reprit tout aussi calmement. Peut-être dans le but de le détourner de sa douleur.

« Quel est votre nom ? Vous vous rappelez de ce qui vous est arrivé ? » Sa main n’avait pas quittée la sienne. Elle supposait que le Sindarin s’en détacherait de lui-même. Dans le cas contraire et si ça lui apportait un quelconque réconfort, Esha resterait tel quel. Malgré ses propres craintes et réticences, elle préférait naturellement privilégier le confort du malheureux au sien.

Notons aussi qu’une frimousse de fennec crut bon de sortir de sous le lit, pour observer et renifler ce curieux invité. Uniquement à hauteur du visage et du cou.

« Oh. Elle, c’est Geeti. Elle ne vous fera rien. »  Si tant est qu’un animal de cette taille puisse réellement représenter une menace pour le Sindarin.
 


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Ven 16 Nov - 17:55

La jeune femme me répliqua, d'un ton fébrile quoique aussi chaleureux que l'atmosphère du lieu, qu'elle n'était pas ma reine et qu'il était hors de question de m'abandonner dans cet état. J'allais insister, mais les mots se coincèrent dans ma gorge lorsque je me rendis compte qu'elle n'était effectivement pas Viwien. Je me demandai alors fugacement pourquoi elle s'occupait de moi mais, retrouvant peu à peu ma lucidité, je réalisai soudain qu'elle avait posé une main tendre sur mon front; main qu'elle déplaça à cet instant vers mon épaule en déclarant qu'elle était désolée qu'ils n'aient pas grand chose pour endormir la douleur puis en m'enjoignant d'essayer de rester tranquille malgré tout. Troublé par ce geste autant que par mes blessures, après tout la jeune femme était une totale inconnue et n'avait aucune raison de se montrer tendre avec moi, je lui demandai enfin qui elle était et écoutai sa réponse avec autant d'attention que possible:

"Je m’appelle Esha. Et l’homme en train de vous recoudre, c’est Kress. Il est médecin. Vous êtes à Hesperia. On vous a retrouvé sur les marches d’une de nos roulottes, blessé et inconscient."

Elle me laissa le temps d'assimiler ses mots puis, sans lâcher ma main, reprit avec calme en me demandant mon nom et si je me souvenais de ce qui s'était passé. En d'autres circonstances j'aurais très probablement esquivé le contact de ses mains, peu habitué à laisser qui que ce soit me toucher ainsi, mais dans le cas présent c'était étrangement apaisant, aussi décidai-je de n'en rien faire. Plus encore, chose qui ne me ressemblait pas, je pressai un peu plus fort sa main menue glissée dans la mienne et lui répondis en Sindarin:

"Sayalë ith'ëlya nim'theryl astä danar'yliys, Esha..."

Je sursautai légèrement en découvrant soudain une petite créature poilue en train de me renifler le visage et interrompis de justesse mon geste de la chasser vivement en entendant la jeune femme me préciser:

"Oh. Elle, c’est Geeti. Elle ne vous fera rien."

Je hochai légèrement la tête et forçai un pâle sourire à relever mes lèvres tandis que je grattouillai brièvement la petite bestiole, un renard du désert à ce qu'il me semblait, entre les deux oreilles en murmurant:

"Salut Geeti..."

Je retournai ensuite mon attention sur la jeune femme et la dévisageai un instant en silence, le temps d'essayer de me remémorer les derniers événements, avant de lui répondre d'une ton hésitant:

"Serënn...je m'appelle Serënn. Je... je me souviens qu'une bande de malfrats m'est tombée dessus, mais après...c'est flou...je crois que je me suis traîné un moment dans les rues... je cherchais un guérisseur il me semble mais... je me suis perdu et... j'ai fini par m'écrouler...sur les marches de votre roulotte apparemment."


Sans la quitter des yeux, je portai lentement sa main à mes lèvres et y déposai un fugace baiser avant d'ajouter:

"Je serai mort à l'heure qu'il est, sans vous. Merci, Esha, à vous et à...Kress?"


Après un nouvel instant de silence, consacré celui-ci à dompter la douleur issue de l'aiguille perçant ma chair à intervalles réguliers afin de me tenir immobile, je lui demandai d'un ton empli d'incompréhension:

"Pourquoi...pourquoi vous occupez-vous de moi, au juste, Esha? Vous auriez pu... me laisser..."


Chose que la plupart des gens aurait fait sans sourciller afin d'éviter tracas et possibles ennuis, je ne le savais que trop bien. Pourtant elle en avait décidé autrement et j'étais très curieux de savoir pourquoi.
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Ven 16 Nov - 19:39

Les premières paroles du Sidarin furent complètement incompréhensibles pour notre nomade, qui lui adressa un regard à la fois surpris et interloqué, sentant sa main se resserrer autours de la sienne. Sans force. Geeti fit son apparition, prenant l’homme au dépourvu et manquant de se faire chasser. Puis, rassuré, il se permit une caresse. L’animal ne broncha pas une seconde. Un fait étonnant, car ne supportant habituellement que le contact de sa maîtresse et ne faisant confiance qu’à cette dernière. D’un petit signe de tête Esha ordonna à Geeti de regagner son panier. Qu’elle n’importune plus son invité. La jeune femme revint ensuite au Sindarin, qui reprit dans une langue commune cette fois.

Il lui donna son nom, Serënn, avant de donner sa version des faits. Du moins tout ce dont il se rappelait. Comme l’avait supposé Kress, c’est tout un groupe de marauds qui s’était attaqué à lui. Pour on ne sait quels raisons d’ailleurs. Habillé comme il l’était, sans signe apparent de richesse, la thèse du vol paraissait vraiment improbable. Un tel lynchage n’aurait pas non plus été nécessaire. Mais Esha ne comptait pas le harceler de questions, d’autant que les souvenirs de Serënn semblaient encore confus. Pour l’heure, il se devait de récupérer.

D’ailleurs il remercia le duo pour leur aide, bien conscient qu’il leur devait la vie. À ça la nomade offrit un sourire égal. Tandis que Kress se contenta d’un simple « de rien », concentré dans sa tâche. Il n’avait pas à les remercier pour ça, à leur sens. Mais apparemment cette marque d’altruisme avait choqué le Sindarin, qui brisa le silence. Pourquoi l’aider ? Esha ne put s’empêcher d’émettre un rire nerveux, mais dénué de toute moquerie. Inconscient. Imaginez donc la gêne occasionnée autours de la nomade et le regard pour le coup perpexle de Kress. Esha plaqua sa main libre contre ses lèvres, stoppant net tout rire. Avant de reprendre dans un murmure.

«  Pardon … Je ... N’y voyez aucune insulte. Votre question m’a juste … surprise. » Elle se donna une seconde de plus pour reprendre contenance, le rouge aux joues. Elle prit une inspiration, puis répondit franchement. Sérieusement. Quoi que.

« Par vous laisser, vous voulez dire enjamber votre corps et regagner ma roulotte comme si de rien était ? » Haussant un sourcil, s’essayant à un peu de dérision. Toujours pour détourner l’attention.

« Quel genre de personne aurais-je été en vous abandonnant à votre sort, Sir Serënn ? J’ai agis comme tout être censé devrait normalement le faire, en mon âme et conscience. Et si ç’avait été au détour d’une ruelle, je ne me serai pas non plus gêné pour vous tirer jusqu’ici. Croyez-le. » Cette fois avec un aplomb et calme étonnant. C’est plutôt un acte opposé au sien qui lui semblait effarant et déplorable. Quoi que devenu commun, malheureusement, par peur des représailles.

«  J’ai terminé. Pour vos hématomes, on peut se permettre d’attendre un peu. » Conclut Kress en coupant le fil. Il inspecta son travail puis, satisfait se redressa dans une complainte digne d’un vieillard, son dos meurtri après être resté dans une même position trop longtemps. Il alla ensuite nettoyer ses mains et son matériel. Laissant Erënn aux bons soins de la nomade.

Cette dernière récupéra un autre linge propre, qu’elle humidifia avec le restant d’eau chaude pour le passer autours de la plaie, retirant ainsi les dernières traces de sang. Elle récupéra ensuite le pot contenant le second baume.

« Ça limitera les risques d’infection.» Crut bon d’expliquer Esha, récupérant un peu de cette pommade sur ses doigts, avant de l’appliquer. Essayant d’être la plus délicate possible et faisant attention aux sutures.

«  Je ne saurai trop vous recommander de rester ici et de vous reposer. Rassurez-vous votre présence ne dérangera personne ici. Je vous prêterai aussi d’autres vêtements. » Il y avait bien assez d’hommes dans cette compagnie pour trouver quelqu’un de son gabarit, et donc une tenue à sa taille. Elle marqua un temps, histoire que le Sindarin assimile et accepte la nouvelle. Puis, après avoir échangé un regard entendu en direction de Kress.

« Il vous faudra manger quelque chose aussi, quand vous vous en sentirez la force. Vous avez perdu beaucoup de sang dans cette escarmouche. » Alors qu’elle finit d’appliquer le baume, laissant la plaie respirer pour cette nuit. En parlant de sang, il s’agirait peut-être de nettoyer tout ce bazar avant d’attirer tous les rats de la ville … Prudemment, elle se détacha d’Serënn.
 


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Ven 16 Nov - 22:00

La jeune femme me jeta un regard interloqué lorsque je lui parlais en Alfari, ce qui m'apprit qu'elle ne parlait pas cette langue. J'en fus soulagé, d'une certaine manière, si j'avais déliré avant de revenir à moi c'était très certainement dans mon langage et elle n'avait sans doute pas compris mes paroles qui auraient pu lui révéler des choses que je me devais de garder secrètes. Quoi qu'il en soit, elle ordonna sans un mot à son petit compagnon de regagner son panier tandis que je lui faisais part de ce dont je me souvenais. Lorsque je lui demandai pourquoi elle avait pris soin de moi, j'eus la surprise de la voir éclater d'un rire nerveux, qu'elle estompa aussitôt en portant une main à sa bouche avant de murmurer, le rouge aux joues:

"Pardon … Je ... N’y voyez aucune insulte. Votre question m’a juste … surprise."

Je plissai légèrement les yeux d'incompréhension, ma question était-elle à ce point saugrenue? Les Sindarins se préoccupaient de leurs semblables, certes, mais elle n'appartenait pas à mon peuple et c'était une exception dans ce monde pour ce que j'en savais. Après une ample inspiration elle ajouta d'une manière qui me laissa un peu perplexe, incapable de dire si elle était sérieuse ou si elle plaisantait:

"Par vous laisser, vous voulez dire enjamber votre corps et regagner ma roulotte comme si de rien était ?"

Je supposai à son sourcil levé que c'était une boutade, d'autant plus qu'elle ajouta ensuite avec aplomb:

"Quel genre de personne aurais-je été en vous abandonnant à votre sort, Sir Serënn ? J’ai agi comme tout être sensé devrait normalement le faire, en mon âme et conscience. Et si ç’avait été au détour d’une ruelle, je ne me serais pas non plus gênée pour vous tirer jusqu’ici. Croyez-le."

Après l'avoir dévisagée un instant en silence, doutant malgré son air indubitablement franc qu'elle ait agi par pure bonté d'âme, je décidai d'esquiver le sujet pour l'instant et me bornai à lui répondre:

"Je ne suis pas un "Sir", Esha. Juste...un vagabond errant de par le monde..."

Ce n'était pas l'exacte vérité bien sûr, mais la notion de secret était bien trop enracinée en moi pour que je lui dévoile quoi que ce soit de plus à mon propos, même affaibli et l'esprit troublé comme c'était le cas présentement. Le médecin déclara à cet instant avoir terminé et ajouta que mes hématomes pouvaient attendre, ce que j'approuvai d'un pâle sourire:

"Le reste n'a aucune importance, j'ai connu bien pire. Merci vieil homme, je n'oublierai pas ce que je vous dois."

J'avais connu pire, oui, mais pas souvent. Il me faudrait sans doute des jours avant de pouvoir marcher sans boiter et être à nouveau capable de tendre un arc, mais cela n'avait pas d'importance: je vivrai pour achever ma mission. Après que Kress se soit éloigné pour laver ses mains et ses outils, Esha acheva de nettoyer les contours de ma plaie avant d'y appliquer avec délicatesse un baume dont elle m'expliqua qu'il limiterait les risques d'infection. Je l'observai sans ostentation durant ce temps, en proie à d'étranges émotions. Jamais personne ne s'était occupé de moi ainsi, pas depuis que j'avais quitté la maison familiale du moins, et je ne pouvais m'empêcher d'avoir un peu honte qu'elle me voie dans un tel état de faiblesse.

"Je ne saurai trop vous recommander de rester ici et de vous reposer. Rassurez-vous votre présence ne dérangera personne ici. Je vous prêterai aussi d’autres vêtements."

Après un regard au médecin, elle ajouta qu'il me faudrait aussi manger dès que j'en serai capable, arguant que j'avais perdu beaucoup de sang, mots qui me firent grimacer et lui répondre d'un ton gêné:

"Je ne crois pas que je pourrais me lever même si je le voulais... mais je vous importunerai le moins longtemps possible et je vous dédommagerai pour... tout ceci."

Je désignai d'une main un peu tremblante le chaos et le sang répandus dans la roulotte par ma faute, les draps, voire le matelas sur lequel je reposai, seraient bons à jeter. Lorsqu'elle fit mine de s'écarter de moi, je retins brièvement sa main dans la mienne, juste le temps d'ajouter:

"Ne parlez à personne de ma présence ici, Esha, cela pourrait vous mettre en danger..."


Je ne pouvais lui en dire plus et n'en aurais de toute manière pas eu la force tant j'étais épuisé. Je n'étais à vrai dire pas certain que le traquenard dans lequel j'étais tombé m'était destiné, mais si c'était le cas, je n'avais pas la moindre envie que ceux qui venaient de me sauver la vie en pâtissent.
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Sam 17 Nov - 0:06

Allez savoir pourquoi, mais la réponse d’Esha ne sembla pas convaincre le Serënn. Il est vrai que les Terran n’avaient pas tous cette notion de communauté, ou du moins pas aussi exacerbée que celle des Sindarin. Mais à ce point. Face à ce regard empli de doute la nomade inclina légèrement la tête sur le côté, toute aussi curieuse finalement. Toutefois Esha ne fit aucun commentaire à ce propos. Ni au fait que Serënn n’avait rien d’un Sir selon lui, mais d’un simple vagabond. De ça, elle était loin d’en être certaine. Aussi débrouillarde pouvait se montrer une pauvre hère … Esha doutait que l’on puisse être aussi bien portant. Mais là encore la jeune femme préféra se taire. Ils ne se connaissaient pas. Et en un sens, elle serait bien mal placée de blâmer Serënn pour ses secrets. N’en avait-il pas été de même pour elle à une époque ? N’était-ce pas toujours le cas d’ailleurs ? Passons, donc.

« Juste Serënn alors. » Lui céda la jeune femme, avant que le Sindarin reporte son attention sur Kress et le remercie de son aide, affirmant également que les hématomes étaient bien le cadet de ses soucis après tout ça. Et qu’il avait connu pire.

Esha arqua un sourcil. L’homme avait une vie des plus mouvementées. Visiblement. Mais ce n’est pas comme si la nomade avait manquée de se faire écharper il y a plusieurs jours de cela … Toujours est-il qu’à ses remerciements et d’une soi-disant dette, Kress esquissa un geste de la main. Ponctué d’un

«   Ne te prends pas la tête pour ça gamin. Te savoir en bonne forme me suffira amplement. » Sur un ton lasse. Et oui, il venait à l’instant de traiter Serënn de gamin. Alors qu’il devait être à tous les coups bien plus vieux que lui. Esha pouffa, reconnaissant bien là le médecin. Elle le remercia à son tour d’être intervenu aussi rapidement et lui souhaita une bonne nuit. Kress sourit à notre danseuse et quitta la roulotte une fois assuré qu’elle saurait se débrouiller pour le reste.

Après quoi Esha eut confirmation de la part du blessé qu’il serait bien incapable de se déplacer dans son état, mais promis de ne pas abuser de cette hospitalité qu’elle lui offrait. Et de l’en remercier également. La nomade esquissa un sourire rassurant et fit gentiment reposer la main du Sindarin sur le lit.

« Ne vous en faites pas pour ces broutilles. » C’étaient certes beaucoup de sang et de désordre, mais rien de bien grave. Un sol, ça se lavait. Et des draps et un matelas, ça se changeait. Mais force est d’admettre qu’elle devait s’y atteler. Malgré l’heure ‘’tardive’’ et la fatigue. Au moins pour tout ce qui n’incluait pas de déplacer le blessé. Mais lorsqu’elle tenta de se lever, Serënn la retenu quelques secondes. À nouveau son regard émeraude plongea dans celui de l’homme. Ce dernier fit par de son besoin d’anonymat, pour sa sécurité comme celle de la compagnie. Elle réfléchit un instant et opina du chef, bien consciente du danger qui pouvait encore rôder autours de l’homme.

« Je comprend. » Avant d’être libérée par le Sindarin.

« Essayez de dormir. Vous en avez besoin. » Lui rappela gentiment Esha. Ponctuant ses mots en faisant disparaître les quelques lucioles qu’elle avait invoquée, laissant la lampe de chevet pour seule source de lumière. Puis, le plus discrètement et silencieusement possible, elle s’occupa du rangement. Elle rassembla les tissus ensanglantés pour les faire brûler, ainsi que les vêtements de Serënn et sa propre cape, irrécupérables en l’état. Sachant qu’il ne lui en tiendrait pas rigueur pour ça. Après quoi Esha s’attaqua au plus gros morceau, les marches et le sol. Elle récupéra une bassine d’eau chaude et de quoi frotter, avant de faire montre d’un peu d’huile de coude.

Cela prit un temps impossible à déterminer, tant les gestes devinrent mécaniques et l’esprit porté ailleurs. Mais ce fut fait, le bois retrouvant son aspect d’origine. Peut-être que Serënn avait finalement réussit à s’endormir. Alors c’est d’un pas feutré que la nomade rentra. Elle s’aperçu alors que Geeti avait abandonnée son panier pour rejoindre le Sindarin, semble-t-il plus au chaud. Esha soupira lourdement, mais ne tenta rien qui puisse déranger ou réveiller le second occupant. Elle alla prendre place sur la banquette, récupérant au passage une étole qu’elle enroula autours de ses épaules. Elle pourrait ainsi prendre un peu de repos tout en gardant Serënn sous surveillance.

Du moins dans la théorie. Car en pratique la fatigue et retombée d’adrénaline commencèrent à se faire ressentir. Cette expérience l’ayant bien plus affectée qu’il n’y paraissait. Comme souvent avec Esha, même si elle s’armait de courage à chaque fois qu’une tel situation se présentait. D’ailleurs, elle devra en toucher deux mots au directeur de la troupe. Si Kress ou un autre ne s’en était pas encore chargé. Mais pour l’heure, après un énième bâillement, la nomade sombra à son tour. Au final, seule Geeti semblait encore capable d’assumer la surveillance.


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Dim 18 Nov - 12:08

La jeune femme ne me sembla pas totalement convaincue lorsque je lui affirmai n'être qu'un vagabond errant de par le monde, mais elle consentit néanmoins à ma demande implicite en répondant avec simplicité:

"Juste Serënn alors."

"Juste Serënn", acquiesçai-je avec un petit sourire de gratitude avant de remercier le médecin pour son travail en affirmant que je n'oublierai pas ce que je lui devais. Sa réponse me tira un sourire plus large, indiciblement amusé:

"Ne te prends pas la tête pour ça gamin. Te savoir en bonne forme me suffira amplement."

Les Terrans... dès que leurs cheveux se mettaient à grisonner ils se persuadaient d'avoir eu une longue vie et, fréquemment, qualifiaient tout être ayant une apparence plus jeune de "gamins", quand bien même la "gamin" en question avait plusieurs fois son âge. A mes yeux cela avait quelque chose de cocasse, mais je me gardai bien de relever cette incongruité et hochai simplement la tête pour le remercier une nouvelle fois. La jeune humaine le remercia également d'être intervenu si rapidement, puis Kress se retira après s'être assuré qu'elle serait capable de se débrouiller toute seule.

Je lui fis part ensuite de ma gêne d'avoir souillé sa roulotte de mon sang et l'assurai que je la dédommagerai pour les dégâts causés et l'encombrerai le moins longtemps possible, mais Esha esquissa un sourire rassurant en reposant doucement ma main sur le matelas et en m'invitant à ne pas me soucier de ces "broutilles". J'avais appris, au cours des ans, que bien des gens disaient une chose et pensaient exactement le contraire, mais une fois encore je ne décelai rien de cela ni dans son ton ni dans son regard d'émeraude: elle pensait vraiment ce qu'elle disait et je doutai fort qu'elle ne se rende pas compte des efforts qu'elle devrait déployer pour remettre bon ordre dans la roulotte. Étonnante jeune femme, vraiment...

Je la retins néanmoins brièvement lorsqu'elle fit mine de se mettre à l'ouvrage et lui recommandai de ne pas évoquer ma présence ici pour sa sécurité, ce à quoi elle me répondit après un instant de réflexion qu'elle comprenait avant de me rappeler gentiment qu'il me fallait me reposer. J'acquiesçai d'un léger soupir, non sans la scruter un instant de plus d'un regard perçant. Je voyais bien à ses traits légèrement tirés qu'elle-même était épuisée mais là encore je m'abstins de commenter, sachant pertinemment que nettoyer au plus vite était une nécessité. J'enrageai intérieurement de ne pouvoir l'aider, ne serait-ce qu'un peu, mais à tenter de me lever maintenant je savais fort bien que je ne ferais que lui causer de nouveaux problèmes en rouvrant ma plaie et sans doute en m'effondrant avant d'avoir fait deux pas. Rendant les armes, je me laissai donc emporter par le sommeil tout en me promettant bien de trouver une façon de la remercier de sa bonté des plus inhabituelles.

Lorsque je me réveillai, un temps indéfini plus tard, ce fut pour découvrir la petite renarde lovée contre moi et la jeune femme allongée sur une inconfortable banquette, sommairement couverte d'une étole malgré la fraîcheur de l'automne. La présence à mes côtés de son animal familier ne m'étonnait pas vraiment, j'aimais les animaux et ils me le rendaient bien, sachant d'instinct que je ne leur ferai aucun mal. Il m'arrivait de chasser pour me nourrir, certes, mais je ne prélevai jamais dans la nature que ce dont j'avais vraiment besoin et encore m'efforçai-je de le faire proprement et avec respect. Même affamé il ne me serait pas venu à l'idée de tuer un cerf, dont je n'utiliserais jamais qu'une infime partie, alors qu'un lapin suffisait. Je caressai affectueusement la petite créature pendant quelques instants tout en observant pensivement la jeune femme dans son sommeil et en me remémorant les événements qui s'étaient déroulés depuis qu'elle m'avait recueilli.

Sa petite taille et sa finesse lui donnaient l'apparence d'une adolescente, elle dégageait une impression d'innocence et, d'un certain côté, d'une forme de naïveté un peu rêveuse qui renforçaient ce sentiment qu'elle était très jeune, mais j'étais convaincu qu'en faire une certitude aurait été une erreur. Non seulement elle avait réagi avec un calme et une assurance remarquable après m'avoir découvert à moitié mort sur le seuil de sa porte, mais il y avait aussi quelque chose dans son regard, une sorte de force, de profondeur, indiquant qu'elle avait déjà eu son lot d'épreuves. Femme et enfant à la fois, songeai-je, un bien étrange mélange qui m'intriguait plus qu'il n'aurait dû. Je ne pouvais nier non plus qu'il se dégageait d'elle un charme peu commun, chacun de ses gestes était empli de grâce et d'assurance, ce qui était paradoxal avec la timidité dont elle avait fait preuve à plusieurs reprises. J'avais appris à cerner rapidement les êtres durant ma formation, mais pourtant je ne parvenais pas vraiment à cerner cette jeune femme et cela avait quelque chose de...déstabilisant.

Mon regard se porta alors sur l'intérieur de la roulotte, sa demeure sans aucun doute puisqu'elle était restée pour y dormir malgré ma présence. Par ailleurs l'aménagement était indubitablement féminin, mais ce qui me surprit fut de découvrir de nombreux livres et parchemins, indiquant sans détour une curiosité intellectuelle peu fréquente chez les gens du spectacle. Car c'est ce qu'elle était, j'en étais persuadé, elle n'avait rien d'une marchande et je ne voyais pas qui d'autre aurait habité une roulotte, surtout décorée de manière aussi...colorée. Alors que je reposai mon regard sur la jeune femme, je vis la chair de poule qui couvrait l'un de ses avant-bras et sentis une bouffée de honte m'envahir. Avec tout un luxe de précautions afin de ne pas rouvrir ma plaie, je me redressai lentement et parvins à m'asseoir sur le rebord du lit sous le regard réprobateur de la petite Geeti, frustrée sans doute de la chaleur que je lui apportai. Amusé, je lui désignai sa maîtresse et lui murmurai dans ma langue:

"Va lui tenir chaud, allez!"

Elle ne comprenait pas mes mots, bien évidemment, mais c'était le ton qui importait et l'intelligente petite renarde comprit sans mal ce que j'attendais d'elle. Je me levai prudemment tandis qu'elle allait se lover contre la jeune femme puis, après les quelques secondes qui me furent nécessaires pour stabiliser mon équilibre précaire, je pris la couverture qui m'avait préservé du froid jusque là et en couvris délicatement Esha et sa petite compagne. Cela fait, il aurait été sage que je retourne m'allonger, le simple fait de me tenir debout me donnait un peu le vertige, mais je ne pus m'empêcher de contempler la scène quelques instants de plus, un sourire aussi pensif qu'attendri aux lèvres. Je ne me souvenais pas de la dernière fois que j'avais contemplé une image aussi...paisible, mais peut-être était-ce simplement que d'habitude je n'y prêtai guère attention?
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Dim 18 Nov - 15:05

Le murmure de Serënn fut quasi-inaudible pour Esha, prise sous une chape de fatigue. En revanche, elle entendit plus distinctement le bois craquer - probablement sous le poids de Serënn, suivit du petit trottinement de Geeti ; partit rejoindre sa maitresse. C’est sans trop de ménagement que l’animale bondit sur Esha et se chercha une nouvelle place. Cette dernière poussa une complainte à l’attention de sa renarde, qui chercha à se caler au creux se son épaule, avant d’en apprécier le pelage. Puis l’arrivée d’une couverture. De manière totalement inconsciente, Esha s’emmitoufla dedans. Dormir sur cette banquette ne semblait pas la gêner outre mesure finalement, s’adaptant tout simplement.

Cela étant et dans son subconscient, elle sembla progressivement réaliser une chose. Cette couverture – enfin, elle supposait que c’est de ça dont il s’agissait – n’était pas arrivée toute seule. Hors la seule personne présente dans la roulotte était Serënn, celui qu’elle se devait normalement de veiller. Et non l’inverse. Esha entrouvrit les yeux, non sans peine. Son regard émeraude, complètement dans le vague, parut une seconde ternis par son amorphisme. Puis elle émergea petit à petit. D’instinct la nomade voulut se redresser, le faisant avec lenteur et laissant l’épaisse couverture retomber sur ses hanches. Geeti grogna, de nouveau mécontente. Là, Esha ressentit clairement la douleur qu’occasionna cette sieste improvisée. Puis son regard se porta sur la silhouette qui se tenait devant elle, partant de pieds en cap.

« Serënn ... » Soupira la Terran. Avant de réaliser une fois encore. « Serënn ?! » Cette fois dans souffle paniqué, se redressant pratiquement d’un bond. Aussitôt elle voulut se renseigner sur l’état de sa blessure et nota qu’aucun des points n’avait lâché. Elle s’inquiéta alors que le problème soit ailleurs. De la fièvre ? Elle glissa vivement une main sur le front de Sindarin. Mais rien … Tout allait bien. Si ce n’est que l’homme se tenait ici plutôt dans son lit.

Elle le sermonna d’une voix trahissant clairement son inquiétude et une certaine forme de culpabilité. En un sens, Serënn n’aurait pas échappé à sa surveillance si elle ne s’était pas endormie. D’ailleurs, quel heure était-il ? « N’est-ce pas vous qui me disiez que vous seriez incapable de vous lever ?... Vous devriez être au lit, plutôt que de m’apporter une couverture. » Et ce même si ca partait évidement d’un bon sentiment.

« Asseyez-vous et couvrez-vous. Maintenant que vous êtes là,  je vais en profiter pour nous débarasser de ces draps. » Lui demanda plus timidement Esha, sa main ayant quittée son front pour se glisser sur son bras droit, l’incitant à prendre place sur la banquette, prête à l’aider malgré l’écart flagrant de gabarit. Ceci fait, elle se détacha du blessé.

« Je n’ai aucune idée de l’heure… » Pour elle-même. Avant de rebondir sur autre chose.

« Vous avez faim ? » Alors qu’elle ouvrait les volets et entrebâillait les fenêtres, que Serënn profite d’un peu de lumière et que la pièce s’aère. L’odeur de sang paraissait encore trop présente au goût de la jeune femme.

Vu de l’extérieur la matinée semblait déjà bien entamée, mais la majorité de la troupe était encore dans les bras de Morphée. Lorsqu’elle était en tournée, Valencia prenait un rythme de vie plutôt nocturne. Elle alla ensuite débarasser le lit de ses draps sales. Et bonne nouvelle, le sang n’avait touché que le sur-matelas, sans le traverser. De quoi peut-être faire un peu déculpabilisé Serënn. Esha fit donc une boule de linges et récupéra l’ensemble.

« Je reviens. Et cette fois interdiction formelle de bouger jusqu’à ce que je sois de retour. Sinon j’ordonne à Geeti de vous mordre les pieds et croyez bien que vous allez souffrir si elle s’y met. »

Une réelle demande, même si elle avait joué la carte de l’humour. La jeune femme était sincèrement soucieuse de sa santé. Surtout en sachant qu’il y a de ça quelque heures à peine, le malheureux était apparu plus mort que vivant. Esha voulait donc qu’il mette sa fierté de réserve et se préserve un maximum, dans son propre intérêt. Même si elle pouvait comprendre que cet état de vulnérabilité pouvait être frustrant pour lui, voir honteux. Beaucoup d’hommes réagissaient de la sorte. Surtout en présence du sexe opposé. Comme si c’était quelque chose de tabou pour eux d’exposer leurs faiblesses ou que cela portait atteinte à leur virilité. Ce qui est stupide. Mais que pouvait-elle y faire ? C’est ainsi que certaines éducations étaient faites …


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Dim 18 Nov - 18:47

La jeune femme parut sur le point de s'éveiller lorsque sa renarde sauta sans aucune précaution sur elle avant de trouver à se caler au creux de son épaule, mais lorsque je la couvris en douceur avec la couverture elle s'emmitoufla dedans et sembla se rendormir, à mon plus grand soulagement car je ne souhaitai nullement la réveiller. Soulagement qui ne dura pas car, à peine quelque secondes plus tard, elle ouvrit les yeux. Son beau regard d'émeraude était encore encore embué de sommeil et je lui murmurai de se reposer encore un peu, mais elle ne sembla pas m'entendre et se redressa avec lenteur tandis que ses prunelles retrouvaient peu à peu leur éclat. La petite renarde grogna d'être ainsi dérangée une fois encore, mais la jeune femme ne lui prêta pas la moindre attention et posa le regard sur moi en soupirant mon nom. Une seconde plus tard, elle le répéta dans un souffle paniqué et se leva d'un bond, une réaction qui me fit me traiter de sombre abruti et reculer d'un pas: je l'avais effrayée à rester ainsi debout près d'elle!

Mais je compris un instant plus tard, lorsque sa main vint se poser sur mon front, que sa panique n'avait rien à voir avec la présence près d'elle d'un total inconnu ou presque: c'était ma santé qui l'inquiétait. Elle me sermonna d'ailleurs aussitôt d'un ton inquiet et teinté d'un soupçon de culpabilité:

"N’est-ce pas vous qui me disiez que vous seriez incapable de vous lever ?... Vous devriez être au lit, plutôt que de m’apporter une couverture."

Je lui adressai mon plus désarmant sourire et haussai légèrement les épaules pour lui répondre avec simplicité:

"Vous aviez froid."

Sans me laisser le temps d'en dire davantage, elle ôta sa main de mon front pour la poser sur mon bras droit et, tout en m'incitant d'une pression à m'asseoir sur la banquette, me demanda avec cette étrange timidité que j'avais déjà décelé chez elle:

"Asseyez-vous et couvrez-vous. Maintenant que vous êtes là,  je vais en profiter pour nous débarrasser de ces draps."

Je levai la main gauche et la posai avec légèreté sur la sienne, un sourire doux et légèrement amusé aux lèvres, la regardant droit dans les yeux:

"Merci, Esha, pour tout. Vous êtes une jeune femme...surprenante, mais je pense que vous avez autant besoin de repos que moi. Et vous couvrir aussi un peu ne serait pas un luxe..."

Abandonnant sa main toujours posée sur mon bras, je réajustai son étole sur ses épaules avant de m'asseoir enfin comme elle le désirait, non sans soulagement d'ailleurs car mes jambes me semblaient à peu près aussi solides que celles d'une poupée de chiffon. S'écartant de moi, la jeune Terran murmura alors qu'elle n'avait pas la moindre idée de l'heure, une question à laquelle j'aurais été bien en peine de répondre si elle me l'avait posée. Puis, sautant du coq à l'âne, elle me demanda subitement si j'avais faim tout en ouvrant volets et fenêtres afin d'aérer un peu. En vérité j'aurais pu avaler un couple de boeufs et leur attelage, mais Esha en avait déjà trop fait pour moi et je savais pertinemment que les forains peinaient souvent à joindre les deux bouts. Lui imposer une bouche supplémentaire à nourrir n'entrait pas dans mes intentions, mais je savais aussi que lui opposer un refus risquait de l'offenser, et cela il n'en était pas question. J'inspirai donc avec délice l'air frais avant de lui répondre d'un ton un peu gêné en choisissant soigneusement mes mots:

"Ma foi... un peu, oui, mais cela peut attendre."

J'aurais bien ajouté qu'avec un peu d'aide je pourrais aller chercher mon équipement et aller manger plus tard dans une auberge, mais déjà la jeune femme s'activait à retirer draps et sur-matelas souillés de sang comme si sa question n'avait été que pure rhétorique. Par chance le matelas lui-même semblait avoir échappé au pire, mais tout de même, je lui avais causé bien assez de tracas comme ça. Indifférente à mes états d'âme, du moins en apparence, elle roula le tout en boule et déclara avec une touche d'humour n'ôtant rien au sérieux de ses paroles:

"Je reviens. Et cette fois interdiction formelle de bouger jusqu’à ce que je sois de retour. Sinon j’ordonne à Geeti de vous mordre les pieds et croyez bien que vous allez souffrir si elle s’y met."

Un léger rire s'échappa de mes lèvres à ces mots et, après un bref coup d'oeil à Geeti qui me regardait d'un air tout sauf agressif, je lui répondis avec malice:

"Devant telle menace je ne puis que me rendre sans la moindre résistance, mon général."

Rien dans ma vie ne m'avait prédisposé à me laisser "materner" comme la jeune femme semblait avoir décidé de le faire; le simple fait de la regarder oeuvrer sans pouvoir lui donner un coup de main me mettait un peu mal à l'aise, mais dans le même temps... j'aurais menti en prétendant que les attentions qu'elle me témoignait ne me touchaient pas. Je me sentais rarement à ma place ailleurs que seul dans la nature sauvage et pourtant, étrangeté que je ne m'expliquai pas vraiment, la jeune femme agissait d'une manière faisant que je ne me sentais pas vraiment inopportun dans son logis pourtant de taille plus que restreinte. Quoi qu'il en soit, faisant preuve d'une obéissance inhabituelle, je me tins sagement tranquille jusqu'à son retour, plongé dans mes pensées et flattant affectueusement la petite renarde qui semblait m'avoir adopté.


Dernière édition par Serënn le Dim 18 Nov - 23:33, édité 1 fois
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Dim 18 Nov - 23:03

 Lorsque le Sindarin fit mine d’approcher sa main, Esha eut comme un léger mouvement de recul. Un reflexe que la nomade regretta sincèrement d’avoir esquissée à l’encontre de Serënn. Mais heureusement, il n’en tenu aucune rigueur. Et tout en conservant un sourire envers Esha, il put finalement poser sa main par-dessus la sienne. Elle accepta alors ce contact et laissa ses méandres se perdre quelques secondes dans celles du Sindarin.

À nouveau, l’homme la remercia pour tout ce qu’elle faisait pour lui. Amusant. Car il n’y a pas si longtemps de ça, c’est elle qui s’était retrouvée tributaire de quelqu’un. Cette pensée la fit sourire à son tour, avant que la dernière remarque de Serënn la fasse soudainement virer au rouge. Elle détourna légèrement la tête après avoir opiné, subitement gênée. Une fois le blessé installé, Esha partit aussitôt s’affairer. À la question du repas, le Sindarin parut hésitant.

«   Un peu seulement ? » Le taquina la Terran. Il paraissait clair qu’il minimisait sa faim. Après la nuit qu’il avait passée, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que son corps réclame. Mais Esha mit cette réticence sur le coup de la gêne.

Dans tous les cas, il n’était pas question pour lui de bouger. À sa menace, Serënn rit de bon cœur, comprenant bien que Geeti ne ferait rien de tel – surtout qu’elle semblait apprécier l’elfe. La nomade sourit. Finalement, cet homme était moins austère et dur que son allure et son tatouage laissaient paraître. Et il n’avait pas ce côté hautain qu’arbore la plupart des Sindarins. Peut-être tout simplement parce qu’il n’était pas en position de le faire. Mais de ça, Esha y croyait moins.

Sur ce et sachant Serënn sous bonne garde, elle alla se débarasser de tout son barda. Puis récupérer de quoi manger. Au centre du campement de Valencia se trouvait un feu central, près duquel étaient installées quelques tables ainsi que deux roulottes servant de cuisines ambulantes. Elle croisa quelques membres de la compagnie dont Kress, que l’on connait déjà, et Onero, le chef de la troupe. Sans surprises quelques explications durent être données.

Esha exposa alors sa version de l’histoire, qui fut évidement la même que celle de notre quadra. Tous semblaient d’accord sur le fait que Serënn n’était probablement pas ce qu’il prétendait être et que l’affaire était peut-être bien plus complexe qu’il n’y parait. Cependant et puisque ne représentant visiblement aucune menace directe, ils s’accordèrent aussi sur le fait qu’ils ne pouvaient abandonner le Sindarin, et ce tant que ce dernier ne serait pas complètement remis de sa mésaventure. D’ici là. Ils devaient garder cette histoire pour eux.

Esha remercia Onero d’accueillir Serënn et promit de le tenir aux nouvelles. Puis elle alla chercher deux repas avant de retourner à sa roulotte. Elle retrouva Serënn là où elle l’avait laissé. Elle esquissa un sourire à la fois amusé et satisfait. Elle posa l’une des assiette, probablement la sienne puisque contenant une quantité moindre, sur la petite table qui se trouvait face à la banquette et tendit l’autre à Serënn. En plus des couverts.

«  Je vois que mes menaces ont été convaincantes. Tenez.» L’assiette – légèrement creusée - contenait un bouillon, majoritairement des légumes et quelques morceaux de viandes. Le plat sentait divers épices, apportant un plus à ce repas normalement somme toute basique. Après que l’homme se soit emparé de son assiette, elle s’occupa de remplir deux gobelets d’eau et d’apporter un peu de pain ; rangés dans un placard.

«  J’ai croisé Kress. Il se peut qu’il vienne examiner vos sutures et voit pour vos hématomes. Il a aussi des vêtements de rechange pour vous. J’ai également parlé au chef de notre troupe et il m’a fait part de son accord pour vous garder ici le temps nécessaire à votre guérison. En toute discrétion. » Soulignant bien ce dernier point, sachant que le Sindarin y tenait. Elle posa les gobelets et le restant de pain sur la table avant de s’installer en tailleur sur l’un des coussins, posé à-même le tapis. Esha souhaita naturellement un bon appétit à Serënn avant d’attaquer son déjeuner. La première partie du repas - du moins du coté de la nomade - se fit dans le silence. Jetant juste de temps en temps quelques regards à l’homme, intriguée par le personnage et cette aura qu’il dégage.

«  Vous me semblez avoir déjà meilleure mine. » S’en rassura Esha.


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Lun 19 Nov - 18:30

Je remarquai avec surprise le geste de recul de la jeune femme lorsque je fis mine de simplement poser une main sur la sienne. Je m'immobilisai un bref instant, lui laissant tout loisir d'éviter le contact si elle le désirait, mais comme elle parut plus désolée de ce réflexe qu'autre chose, je poursuivis mon geste comme si de rien n'était. C'était intriguant, elle ne semblait pourtant pas fuir spécifiquement tout contact puisqu'elle n'hésitait pas à poser la main sur moi, alors pourquoi cette réaction? C'était comme si elle craignait instinctivement que je lui fasse mal, avait-elle été battue jadis? Je ne pouvais cependant lui poser une question aussi personnelle alors que nous nous connaissions depuis quelques heures à peine, mais je me promis de faire plus attention à l'avenir.

Tout aussi étonnante fut sa réaction lorsque je déclarais qu'elle ferait bien de se couvrir: elle s'empourpra soudainement comme si je venais de proférer une énormité. Je songeai à retardement qu'elle avait peut-être pensé que je la trouvais trop dévêtue, alors que je n'avais dit cela que par rapport à la fraîcheur du fond de l'air. Elle ne pouvait le savoir sans doute, mais les Sindarines de Canopée se faisaient un devoir de dévoiler leurs atouts féminins, sans jamais pour autant sombrer dans la vulgarité, et il aurait fallu que la jeune femme soit autrement peu habillée pour que cela me perturbe d'une quelconque manière. Mais là encore je préférai ne pas m'enfoncer davantage en le lui précisant, me doutant que cela ne ferait que la gêner plus encore.

Quelques instants plus tard elle me demanda si j'avais faim, mais ma réponse qui se voulait polie ne la dupa pas un instant, à en juger par son air taquin et la question qui suivit. Ce fut à mon tour de rosir un peu, mais je chassai ma gêne d'un léger rire et lui avouai d'un air un peu penaud que j'avais une faim de loup. Elle s'éclipsa alors et revint un moment plus tard avec deux assiettes inégalement remplies d'un bouillon contenant des légumes et un peu de viande. Je la remerciai d'un sourire lorsqu'elle me tendit l'assiette la plus remplie en plaisantant sur l'effet que ses menaces avaient eu sur moi pour que je me tienne tranquille et lui rétorquai en riant légèrement:

"Courageux mais pas téméraire, pourrait-on dire."

Elle m'offrit ensuite un morceau de pain et un verre d'eau que j'acceptai avec gratitude, puis elle reprit:

"J’ai croisé Kress. Il se peut qu’il vienne examiner vos sutures et voit pour vos hématomes. Il a aussi des vêtements de rechange pour vous. J’ai également parlé au chef de notre troupe et il m’a fait part de son accord pour vous garder ici le temps nécessaire à votre guérison. En toute discrétion."

Sans aucune trace d'amusement cette fois, je portai une main à mon coeur et inclinai gravement le visage:

"Je vous en suis très reconnaissant, Esha, à vous et à votre troupe."

Abandonnant presque aussitôt ce sérieux que je n'avais guère envie de maintenir dans les circonstances présentes, j'ajoutai avec une petite moue discrètement malicieuse:

"J'espère qu'il aura une chemise à ma taille, j'imagine que vous serez déjà bien soulagée de ne plus avoir un Elfe à moitié nu dans votre maison."


Je l'observai ensuite discrètement s'asseoir en tailleur sur un coussin, ne pouvant m'empêcher d'être une fois de plus surpris de la grâce de ses gestes. Après nous être souhaité bon appétit, nous commençâmes le repas en silence, ce qui m'allait fort bien car je n'étais guère habitué aux incessants bavardages. J'en profitai pour savourer le plat, simple mais harmonieusement épicé et roboratif, et apprécier l'énergie qu'il me redonnait. Sentant régulièrement le regard de la jeune femme se poser sur moi, je relevai de temps à autre les yeux pour le croiser, mais je m'abstins de reprendre la parole jusqu'à ce qu'elle remarque que j'avais meilleure mine. Je hochai légèrement la tête et lui répondis avec un chaleureux sourire:

"Grâce à vous, Kress et votre excellent cuisinier. Dans fort peu de jours je serai comme neuf."


Je marquai une brève pause avant de reprendre d'un ton quelque peu incertain:

"Cela étant, je pourrais sans mal dormir dehors, une couverture et un petit feu suffiraient à mon bonheur et vous seriez à nouveau... chez vous, si je peux m'exprimer ainsi. Cela m'ennuierait beaucoup que ma présence vous pèse."

Je laissai filer un nouveau silence, aussi bref que le précédent, avant d'ajouter avec une discrète timidité:

"Rien à voir, mais... je me demandais quel genre de spectacles fait votre troupe? Vous-même êtes danseuse, n'est-ce pas? Désolé de me montrer si curieux, mais... vous m'intriguez et... je vois bien que vous retenez vous-même quelques questions, alors... que diriez-vous de faire un peu connaissance?"
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Lun 19 Nov - 21:56

La mine sérieuse – quoi que passagère - que prit soudain le Sindarin surpris Esha, adoptant une attitude humble et sincèrement reconnaissante. La nomade esquissa un sourire des plus chaleureux et tendre, presque animée par la nostalgie. Valencia avait été un refuge pour beaucoup d’entre eux. Un endroit permettant de tirer un trait sur son passé et de repartir de zéro. Et c’est tout naturellement aujourd’hui que ces mêmes personnes s’évertuaient à entretenir cet esprit … purement Valencien. Comme un simple mais juste retour des choses. Même si au regard des autres ils passaient pour une vulgaire communauté de saltimbanques et de marginaux. Qu’importe. Esha ne troquerait cette vie pour rien au monde. Accroc à cette liberté durement acquise.

À la remarque de Serënn quant à cette histoire de vêtement, la nomade ne put s’empêcher de rire. À la fois gênée et amusée. Il est vrai que, techniquement, il y avait un homme à-moitié nu chez elle. Mais ~

« Pour ma défense et aussi la votre, nous dirons plutôt que vous êtes à moitié habillé. Ça évitera d’éveiller quelques soupçons ou formes de jalousie. D’ailleurs, je m’étonne que vous n’ayez pas plus froid que ça. » Dit-elle d’une voix encore rieuse, presque chantante. Avant de reprendre plus calmement.

« En tout cas, ne vous en faites pas à propos de la taille. Je suis sûre qu’il aura ce qu’il faut pour vous. » Après quoi, la jeune femme avait pris place et attaqué son repas. Au début en silence, échangeant juste deux ou trois regards avant de faire part de son soulagement quant à la guérison, semble-t-il rapide, de Serënn. À quoi ce dernier rétorqua que grâce à son intervention, les soins de Kress et ces copieux repas, il serait vite d’aplomb. Et c’était ~

« Tant mieux. Je comprend bien que cette situation n’a rien d’agréable pour un homme comme vous. » Ou un homme tout court. Le Sindarin avait eu l’air particulièrement gêné, voir honteux de se présenter ainsi à eux. D’ailleurs, il crut bon aussi d’expliquer qu’il pouvait maintenant tout aussi bien être installé dehors, à proximité d’un des feux de camps, pour ne pas s’imposer d’avantage chez Esha. La Terran esquissa un froncement de nez, pas du tout d’accord avec ça. D’ailleurs, elle ne se gêna pas pour le dire.

« Hors de question que vous dormiez dehors, Serënn. Il en va de votre santé. Cela étant… je reconnais que nous risquons d’être à l’étroit icï. Alors j’irai sûrement dormir chez mon amie. Ça lui fera plaisir et comme ça, vous aurez votre intimité et moi la mienne. » Proposa Esha, ne décrochant pas son regard du Sindarin. Après tout, qu’elle soit dans sa roulotte ou celle d’une autre n’avait que peu d’importances. Surtout pour le peu de temps qu’elle y passerait pour dormir.

Tous deux gardèrent ensuite le silence, peut-être nécessaire pour que Serënn accepte le deal. Avant que celui-ci ne passe à toute autre chose. La Terran cligna des paupières, visiblement surprise que l’homme ait déduis aussi facilement qu’elle était danseuse. Rien dans son apparence ou sa tenue ne semblaient pourtant l’indiquer. Si ? Inclinant légèrement la tête sur le côté, impressionnée, elle sourit avec une pointe de fierté. Et aussi quelque peu attendrie par cette timidité dont le Sindarin faisait preuve.

« Ne vous excusez pas, voyons ! Ce n’est pas comme si votre question était déplacée. Et c’est exact, je suis danseuse. D’ailleurs, j’ignore comment vous l’avez deviné. Nos spectacles sont plutôt variés. Valencia regroupe tellement d’artistes maintenant, entre les musiciens, les jongleurs, les acrobates. Nous avons même des pyrotechniciens. Encore que là … le pauvre a vu une partie de son travail partir en fumée. Mais je vous rassure, aucune ville n’a finit brûlée. » Plaisantant évidement que ce dernier point, émettant un rire timide. Même si au moment des fait, ç’avait été tout sauf amusant. Passons. Avec plus de retenue et de sérieux, quoi que toujours dans la douceur, Esha reprit.

« Vous avez raison. J’aurais bien des questions … mais la plupart impliqueraient sûrement des choses plus graves. Hors je ne veux pas vous accabler avec tout ce que vous avez déjà enduré. » Avoua la nomade. Avant de poursuivre.

« Hm. Dites-moi plutôt d’où vous venez comme ça et ce qui vous a amené jusqu’ici … à pied ? Oh. Et je serai aussi curieuse de savoir ce que vous m’avez dit hier. En Alfari. » Esha avait toujours trouvé cette langue agréable à l’oreille et élégante dans son écriture. Elle aurait aimé en apprendre quelques notions, mais n’avait jamais trouvé le temps pour ça. Comme pour beaucoup de choses, malheureusement. Cette pensée lui tira une moue. Bien qu’adorant danser, Esha avait tout de même hâte que cette tournée se termine. Qu’elle puisse mettre tous ses entrainements de côté et se consacre à ses autres passions, comme la lecture et l’équitation.


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Mar 20 Nov - 14:48

Le sourire empli de chaleur et de tendresse que la jeune femme m'adressa lorsque je manifestai ma reconnaissance me fit l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Je n'en montrai rien cependant, ayant appris à dissimuler mes pensées et mes émotions, mais cette réaction fit naître en moi une sourde inquiétude que je tentai aussitôt de chasser en plaisantant sur ma semi-nudité. Esha, bien que semblant imperceptiblement gênée, ne put s'empêcher de rire et me rétorqua d'une voix chantante:

"Pour ma défense et aussi la votre, nous dirons plutôt que vous êtes à moitié habillé. Ça évitera d’éveiller quelques soupçons ou formes de jalousie. D’ailleurs, je m’étonne que vous n’ayez pas plus froid que ça."

Je pouffai légèrement à ces mots et, oubliant quelque peu ma réserve habituelle, lui rétorquai sur le ton de la plaisanterie:

"Oui, disons plutôt cela. Quant au froid, sans doute est-ce la chaleur humaine qui m'empêche de grelotter?"


Toute taquinerie que soit ma répartie, j'étais habitué à vivre dehors et mon corps s'était accoutumé aux rigueurs du climat, elle n'en possédait pas moins un fond de vérité, celui-là même qui avait manqué de peu me déstabiliser un instant plus tôt. J'étais devenu un solitaire par la force des choses, un errant qui prenait garde de ne jamais s'attacher à qui que ce soit. Cela n'avait pas été un choix conscient, mais une manière de me protéger: à peine arrivé je repartais et, dans ce contexte, tisser des liens n'apportait que difficultés, tristesse et souffrance. En y songeant, la dernière personne à m'avoir regardé comme venait de le faire la jeune femme, avec tendresse, était ma mère. Et cela remontait à bien plus d'un siècle. Une soudaine bouffée de panique m'envahit: je ne pouvais pas rester, prolonger davantage mon séjour ici n'apporterait que des ennuis et je risquais de blesser aussi bien la jeune femme que moi-même.

C'est à peine si je l'entendis affirmer que Kress aurait des vêtements à ma taille, mais je hochai instinctivement la tête pour toute réponse et tentai de me concentrer sur mon repas afin de penser à autre chose. Sans grand succès d'ailleurs car je ne pus m'empêcher de sourire chaleureusement à la jeune femme lorsqu'elle remarqua que j'avais l'air plus en forme que la veille. Je lui affirmai que je serai remis en peu de jours, à quoi elle répondit que c'était tant mieux, comprenant ce que la situation pouvait avoir de désagréable pour un homme comme moi. Je haussai un sourcil intrigué à ces mots: un homme comme moi? Je me demandai bien à quel genre d'homme elle faisait allusion, vu le peu qu'elle savait de moi. Mais le naturel que je m'efforçai presque en tout temps de chasser revint au galop et c'est avec une petite moue faussement ennuyée, démentie par l'éclat amusé de mon regard, que je lui répondis:

"De fait, se faire choyer par une charmante jeune femme dans une confortable roulotte est une expérience des plus désagréables, vivement que je puisse retourner dormir sous les ponts aux côtés d'ivrognes et de mendiants crasseux."

Je lui proposai néanmoins ensuite d'aller dormir dehors, arguant avec sérieux qu'une couverture et un feu sauraient faire mon bonheur, mais l'idée fut fort loin d'enchanter la jeune femme car, sans détacher une seconde son regard du mien, elle me rétorqua avec l'un de ses froncements de nez caractéristiques:

"Hors de question que vous dormiez dehors, Serënn. Il en va de votre santé. Cela étant… je reconnais que nous risquons d’être à l’étroit ici. Alors j’irai sûrement dormir chez mon amie. Ça lui fera plaisir et comme ça, vous aurez votre intimité et moi la mienne."

Je gardai le silence, luttant pour ne pas me noyer dans ce regard d'émeraude, puis, au prix d'un effort de volonté changeai de sujet et lui posai timidement diverses questions sur sa troupe et elle-même. La jeune femme cligna des paupières d'un air surpris lorsque je lui demandai si elle était danseuse, avant d'incliner légèrement la tête sur le côté avec un soupçon de fierté et, me sembla-t-il, de cette tendresse qui éclairait parfois de si troublante manière son regard:

"Ne vous excusez pas, voyons ! Ce n’est pas comme si votre question était déplacée. Et c’est exact, je suis danseuse. D’ailleurs, j’ignore comment vous l’avez deviné. Nos spectacles sont plutôt variés. Valencia regroupe tellement d’artistes maintenant, entre les musiciens, les jongleurs, les acrobates. Nous avons même des pyrotechniciens. Encore que là … le pauvre a vu une partie de son travail partir en fumée. Mais je vous rassure, aucune ville n’a fini brûlée."

Un rire timide ponctua ses derniers mots, soulignant la plaisanterie, puis elle reprit avec plus de sérieux bien qu'avec une égale douceur:

"Vous avez raison. J’aurais bien des questions … mais la plupart impliqueraient sûrement des choses plus graves. Hors je ne veux pas vous accabler avec tout ce que vous avez déjà enduré."

Elle marqua une courte pause avant de poursuivre:

"Hm. Dites-moi plutôt d’où vous venez comme ça et ce qui vous a amené jusqu’ici … à pied ? Oh. Et je serai aussi curieuse de savoir ce que vous m’avez dit hier. En Alfari."

Si j'écoutai avec attention et intérêt ce qu'elle m'expliqua sur sa troupe, je haussai légèrement les épaules à sa réticence à m'accabler de questions et m'empourprai joliment lorsqu'elle fit part de son désir de savoir ce que je lui avais dit dans ma langue la veille. Quel idiot, pourquoi n'avais-je pas tenu ma langue?! Extrêmement mal à l'aise, je ne détachai pourtant pas mon regard du sien, me demandant si je ne ferais pas mieux de prétendre que je ne m'en souvenais pas, ou que cela n'avait été qu'une phrase sans importance due à la fièvre. Mais je finis par soupirer doucement, reconnaissant en moi-même que je n'avais pas la moindre envie de lui mentir, et me résolus à répondre à sa question d'un ton gêné:

"Eh bien je...cela pourrait se traduire ainsi: "Si vous n'êtes pas ma reine, alors vous ne pouvez être qu'une princesse tout droit sortie d'une légende, Esha."


Rougissant de plus belle, je baissai les yeux sur mon assiette et fis mine de m'intéresser à un morceau de carotte avant de reprendre à mi-voix:

"Quant à deviner que vous étiez danseuse...pour un Sindarin les Terrans semblent...patauds, un peu lourdauds en quelque sorte. Mais pas vous... vous ne marchez pas, vous dansez. Chacun de vos gestes semble faire partie d'une chorégraphie, ils sont emplis de grâce, fluides, alors... voilà, je ne voyais que cette explication."


Je relevai timidement les yeux et ajoutai:

"Vous avez dû travailler très dur pour arriver à ce résultat. J'admire et respecte les artistes comme vous, vous rendez ce monde plus beau. Je... j'aimerais beaucoup vous voir danser... et voir un spectacle de votre troupe bien sûr. Quant à vos questions..."

Je m'efforçai de reprendre contenance en buvant une gorgée d'eau, puis je repris:

"Posez-les, même si elles abordent des sujets "graves", vous avez le droit de savoir, même si je ne puis vous promettre de répondre à toutes."


Je laissai filer un bref silence avant d'apporter des réponses à celles qu'elle venait de me poser:

"Je suis arrivé de Canopée il y a quelques jours, à cheval. J'espérais retrouver ici une vieille connaissance, mais maintenant... il est fort possible qu'elle ait déjà quitté la ville. Enfin, c'est sans importance, je le retrouverai bien un jour ou l'autre."

Il me faudrait m'en assurer, mais si les marauds qui m'étaient tombés dessus étaient bien liés à ce personnage que je recherchai, alors il avait dû décamper dans l'heure suivante. Quoi qu'il en soit je n'étais pas en état de reprendre la poursuite dans l'immédiat, cela devrait attendre que je sois entièrement remis. Et à ce propos, il me fallait revenir sur un point qui me chiffonnai. Rivant à nouveau mon regard dans celui d'Esha, je désignai l'ensemble de la roulotte d'un geste de la main:

"Pour en revenir à cette cohabitation que je vous impose...c'est chez vous, ici, Esha. Toute votre vie est là, vos livres, vos vêtements, votre lit... il est exclu que vous soyez contrainte d'aller dormir chez une amie par ma faute. J'ai passé plus de nuits à la belle étoile que sous un toit et je suis plus résistant que les apparences ne pourraient le laisser penser."

Je lui souris ensuite avec une douceur teintée d'amusement et poursuivis:

"Mais comme je sais très bien que je n'aurais pas le dernier mot, je vous propose autre chose: je dormirai sur la banquette pendant que vous serez occupée et, quand ce ne sera pas le cas, je tâcherai de me rendre utile à votre troupe, dehors. J'ai besoin de bouger et, même si je ne suis pas en état de ferrer des chevaux ou de porter des madriers, je tiens tout de même à faire ma part."


Mon sourire et mon regard se firent plus malicieux tandis que j'ajoutai:

"Comme ça vous pourrez m'inviter à boire le thé de temps à autre afin de faire plus ample connaissance sans risquer de faire naître trop de soupçons ou de jalousie. Enfin, pour autant que Kress me trouve une chemise, s'entend."
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Mar 20 Nov - 18:20

Pendant un instant, Serënn lui parut tendu et nerveux, répondant distraitement et d’un simple hochement de tête à Esha. La nomade s’en inquiéta bien sûr, mais le souligner n’aurait fait que le rendre plus mal à l’aise, voir même le braquer totalement. C’est tout moins ce qu’elle avait supposé. Et finalement, le Sindarin se reprit de lui-même. Elle nota le sourcil légèrement arqué de son vis à vis lorsqu’Esha crut comprendre que sa situation n’était pas des plus enviables pour quelqu’un comme lui. Elle craignit alors un malentendu ou de l’avoir tout simplement froissé. Mais au lieu de ça, Serënn fit à son tour d’un repartie et d’un humour aussi désarmant que son sourire. Et c’est rieuse qu’Esha crut bon d’apporter quelques précisions à ses dires, tout restant sur le ton de l’ironie. Bien qu’elle ait hérité de quelques rougeurs.

« Disons que les hommes aiment rarement rester alités … même dorlotés par de charmante danseuses. Et puis, je ne voudrais que les ivrognes et les mendiants souffrent trop longtemps de votre absence. Ce serait me montrer particulièrement égoïste. »  Dit-elle d’un air franchement amusée et effrontée. Esha adorait jouer avec les mots et la rhétorique. Et Serënn semblait être plutôt réceptif, ajoutant une note de légèreté et rendant l’échange plus agréable encore.

Quand il tenta de convaincre la Terran de le laisser camper dehors plutôt que d’occuper sa caravane, avouant être – en toute logique - habitué à dormir à la belle étoile. Cette dernière refusa obstinément en expliquant qu’elle s’arrangerait avec son amie. Sur le moment, le Sindarin ne fit pas mine d’insister et rebondit sur autre chose. Esha s’empourpra d’avantages quand l’homme traduisit cette phrase dictée la veille en Alfari. Et ce malgré sa propre gêne.

« Oh … C’était donc ça. » Fut la réponse de la Terran devenue pivoine, complètement prise par surprise et ne sachant vraisemblablement plus où se mettre. Elle n’avait jamais su  prendre les compliments comme ils venaient. Hors Serënn ne semblait pas à cours … énumérant ensuite chaque éléments et petits détails qui lui avaient indiqués son statu de danseuse, apparemment bien plus gracieuse aux yeux du Sindarin que le serait un humain lambda.

À nouveau le regard d’Esha croisa le sien. Incapable de lui répondre, mais ne voulant pas apparaître fermée ou mal à l’aise. Même l’entendre parler de son désir de la voir en représentation, un soir, sembla presque surréaliste pour la nomade. Alors que techniquement, plus d’un homme la regardaient danser. Et malgré sa pudeur, elle avait depuis longtemps appris à oblitérer tout ça pour ne se concentrer que sur son art. Dans un souffle timide, elle trouva enfin le courage de lui répondre. Au final profondément touchée.

« Merci pour toutes ces flatteries Serënn. Et vous avez raison, ça implique un entrainement quotidien et quelques concessions, mais j’aime ce que je fais. Et puis.. j’ai l’impression d’être un temps soit peu utile. » Elle offrit ensuite un sourire complice au Sindarin.

« Bien sûr que vous pourrez assister à l’un de nos spectacles, mais ce serait peut-être imprudent de vous faire circuler à Hespéria après ce qu’il vous est arrivé… » Fit remarquer Esha avec une pointe d’inquiétude, craignant que les agresseurs de Serënn trainent au-delà de leur secteur de prédilection et tentent quelque chose. D’autant plus que le Sindarin était facilement reconnaissable avec son tatouage. À moins qu’il sache pertinemment que ces malfrats étaient déjà loin. Qu’importe la raison. D’ailleurs, la nomade se demanda d’où notre vagabond venait avant cette mauvaise rencontre. Elle tiqua alors sur un, voir deux détails.

« Oh, vous avez donc une monture. Peut-être seriez vous rassuré qu’on vous la ramène à Valencia, si vous nous indiquez où elle se trouve ? Pour votre ‘’connaissance’’ aussi d’ailleurs. S’il est encore en ville, vous voudriez peut-être qu’il soit prévenu.» Proposa naturellement Esha, comme à son habitude. Et tiens, puisqu’on parle de services et bons-procédés, c’est tout aussi spontanément que Serënn proposa quelque chose à la jeune femme ; concernant une possible cohabitation. Joignant ses propos en désignant l’ensemble de sa maisonnée.

« ‘Voyez qu’il n’y a pas que des avantages à se faire choyer par une danseuse. Nous sommes du genre têtues. Surtout moi en vérité » Esquissant un sourire mi-figue, mi-raisin avant de le laisser exposer son idée.

« Hmm.. C’est une possibilité aussi. Et je pense qu’Onero et les autres ne seront pas contre une paire de bras supplémentaire, pour diverses tâches. À condition que vous fassiez attention à vous bien sûr. Mais de ça, vous allez l'air d’en avoir parfaitement conscience. » Esha pouffa à la remarque du Sindarin.

« Vous croyez ? On voit que vous n’êtes pas habitué à vivre parmi les saltimbanques et les danseuses. Les rumeurs vont toujours bon train ici. Quoi qu’on fasse. Et sitôt que vous aurez mis le nez dehors, vous ferez sûrement vite des émules. » Et donc des jalouses OU jaloux. Elle rit encore de bon cœur rien qu’en s’imaginant la scène, puis revint à Serënn. Prudemment, sans le toucher, elle souligna l’une des lignes tatoué sur son visage.

« C’est un vrai n’est-ce pas ? Votre tatouage. » Esha n’avait que des tatouages au henné, qui disparaissaient au bout de trois ou quatre jours. Hors celui du Sindarin était complètement différent, de par l’aspect et la couleur de l’encre.

Soudain, on frappa à la porte. Ce devait à coup sûr être Kress qui apportait des vêtements et venait ausculter Serënn, comme il l’avait expliqué à la nomade ce matin. D’ailleurs, cette dernière avisa de l’heure. Elle et les filles n’allaient pas tarder à devoir se réunir pour l’entrainement. Esha laissa échapper un soupir, elle aurait bien aimer profiter plus longtemps de la présence de l’elfe, et se décrasser un peu avant de réattaquer. Mais ç’avait l’air compromis pour l’un et l’autre. Elle se redressa alors et alla ouvrir au quadragénaire.
   


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Mer 21 Nov - 12:01

Bien que rosissante, Esha me rétorqua en riant qu'elle serait bien égoïste de priver ivrognes et mendiants de ma présence, un rire communicatif auquel je me joignis de bon coeur, amusé aussi bien par sa répartie que par le petit air effronté qui se dessina sur son visage à ces mots. Je fus heureux de constater qu'elle se détendait peu à peu en ma compagnie, timide toujours mais s'ouvrant néanmoins peu à peu à la manière d'une fleur sous les premiers rayons d'un soleil printanier. Sa légère rougeur fit place à une jolie couleur pivoine lorsque je lui révélai avec beaucoup de gêne le sens de mes paroles en Alfari de la veille, un aveu qui sembla si bien la prendre par surprise qu'elle ne parvint qu'à dire:

"Oh … C’était donc ça."

A cet instant précis j'aurais aimé pouvoir disparaître sous terre, mais au point où j'en étais...j'enchaînai en lui faisant part de ce qui m'avait amené à supposer qu'elle était danseuse. La jeune femme, plus rougissante que jamais, sembla soudain atteinte de mutisme, me faisant craindre d'avoir été trop loin en révélant aussi ouvertement ma pensée. Mais lorsque nos regards se croisèrent à nouveau elle ne se déroba pas et, émouvante de timidité, finit par lâcher dans un souffle:

"Merci pour toutes ces flatteries Serënn. Et vous avez raison, ça implique un entraînement quotidien et quelques concessions, mais j’aime ce que je fais. Et puis.. j’ai l’impression d’être un tant soit peu utile."

Elle souligna ses derniers mots d'un sourire complice auquel je répondis spontanément, comprenant fort bien l'importance d'avoir l'impression de servir à quelque chose, puis elle ajouta avec un zeste d'inquiétude:

"Bien sûr que vous pourrez assister à l’un de nos spectacles, mais ce serait peut-être imprudent de vous faire circuler à Hespéria après ce qu’il vous est arrivé…"

Toujours souriant, je haussai légèrement les épaules et lui rétorquai doucement:

"Je n'ai pas pour habitude de me terrer au moindre péril, Esha. Mais sans doute serait-il tout de même préférable d'attendre quelques jours, le temps que je me remette un peu."

Je ne pensais pas vraiment que mes agresseurs tenteraient de s'en reprendre à moi en réalité. S'ils étaient bien ceux que je pensais et qu'ils savaient qui j'étais, le fait de me découvrir en vie leur donnerait des sueurs froides et ils n'auraient rien de plus pressé que de décamper. Non par crainte de ma petite personne, je n'étais que l'éclaireur, mais un éclaireur n'est jamais seul, il ne fait que précéder l'armée. Ils supposeraient que j'avais eu le temps de transmettre ce que je savais à qui de droit et cette seule idée suffirait à leur donner une furieuse envie d'aller se réfugier à l'autre bout du monde. Et si au contraire ce n'étaient que des malandrins s'étant trompés de cible en me tombant dessus, alors je doutais fort qu'ils se préoccupent encore de moi, d'autant plus que je n'avais guère eu l'occasion de voir leurs visages dans les ténèbres compactes de la ruelle dans laquelle ils m'avaient assailli. Mais je ne pouvais évidemment pas expliquer cela à la jeune femme, étant tenu au secret, et c'est donc avec un certain soulagement que j'accueillis ses questions suivantes. Après que je lui aie répondu, elle me proposa avec sa générosité habituelle:

"Oh, vous avez donc une monture. Peut-être seriez vous rassuré qu’on vous la ramène à Valencia, si vous nous indiquez où elle se trouve ? Pour votre ‘’connaissance’’ aussi d’ailleurs. S’il est encore en ville, vous voudriez peut-être qu’il soit prévenu."

Je ris avec légèreté à son étonnement, légitime, que je possède un cheval et lui rétorquai avec un petit clin d'oeil:

"Vagabond ne veut pas dire mendiant dénué de toutes ressources. Je récupérerais en effet avec plaisir mes quelques affaires, mais ne vous en inquiétez pas, vous avez sans doute à faire et je demanderai à l'un ou l'autre garnement de votre troupe de me rendre ce service en échange de quelques sous. Quant à ma "connaissance", ce n'est pas précisément un ami et je ne tiens pas spécialement à lui envoyer une invitation, mais merci quand même de votre proposition."

Je revins ensuite sur le sujet de la cohabitation en plaisantant sur le fait que je savais que je n'aurais pas le dernier mot, à quoi la jeune danseuse me répondit avec un sourire mi-figue mi-raisin:

"Voyez qu’il n’y a pas que des avantages à se faire choyer par une danseuse. Nous sommes du genre têtues. Surtout moi en vérité."

Amusé, je lui rétorquai du tac au tac:

"Disons plutôt "déterminée", je préfère. Et cela n'a rien pour me déplaire, bien au contraire."

Ma proposition quant à la façon de gérer la situation fut accueillie favorablement par Esha qui admit qu'Onero, le chef de la troupe supposai-je, et les autres ne seraient sans doute pas contre une paire de bras supplémentaire. Elle y mit toutefois la condition que je fasse attention à moi, puis pouffa à ma boutade en me répliquant que je ne devais pas avoir l'habitude des saltimbanques et que rumeurs il y aurait quoi que l'on fasse. Elle ajouta en riant que sitôt sorti j'aurais sans doute des émules, ce qui me fit légèrement grimacer et répondre impulsivement avec malice:

"Ma foi, je dois vous avouer que l'idée de faire quelques jaloux ne serait pas pour me déplaire, mais je préférerai avoir retrouvé la forme avant de devoir affronter en duel les nombreux soupirants que vous ne pouvez manquer d'avoir."

Une légère rougeur envahit mes joues lorsque je réalisai ce que je venais de dire. Par tous les dieux, où étaient passées mes résolutions dans tout ça? Pourquoi ne parvenais-je pas à me taire bon sang? La voix de la raison me hurlait que c'était insensé, que je devais à tout prix maintenir une infranchissable barrière et éviter de m'attacher à cette jeune humaine. Mais apparemment le coeur avait ses raisons que la raison ignorait, j'avais beau me sermonner rien n'y faisait; je n'avais tout simplement aucune envie de conserver mes distances avec elle, bien que je sois incapable d'en expliquer rationnellement le pourquoi. Mon trouble déjà conséquent ne fit que s'accentuer lorsque, soudain, Esha leva une main prudente pour souligner, sans pour autant oser les toucher, les tatouages ornant mon visage en me demandant si c'étaient des vrais.

Les yeux dans les yeux, je sentis avec effarement ma propre main se lever lentement et, d'une caresse légère, inciter celle de la jeune femme à se poser sur les lignes pâles qu'elle suivait. Dans un souffle à peine audible, je laissai échapper un "Oui..." puis, sans détacher mes prunelles des siennes, je tournai légèrement le visage de façon à pouvoir embrasser aussi timidement que légèrement le creux de sa paume. Chance ou malchance, j'aurais été bien incapable de le déterminer, ce fut cet instant que choisit quelqu'un pour frapper à la porte de la roulotte. Après un léger sursaut, je m'empourprai de belle manière et murmurai d'un ton terriblement gêné:

"Pardonnez-moi, je... je n'aurais pas dû..."

Le soupir que laissa alors échapper la jeune Terran me noua la gorge, quel sombre crétin je faisais! N'avais-je donc rien appris en deux siècles d'existence? Elle m'accueillait chez elle par pure bonté et tout ce que je trouvais à faire c'était de la placer dans une situation atrocement gênante parce que j'étais incapable de résister au charme qui émanait d'elle? Je devais me reprendre, et vite! D'un colossal effort de volonté je me composai un visage neutre alors qu'elle se levait pour aller ouvrir la porte et me forçai à sourire ensuite aimablement au visiteur, Kress en l'occurrence. Je me levai alors prudemment et me dirigeai vers lui, puisant dans les entraînements "diplomatiques" que j'avais subis la force de prononcer quelques mots à l'attention du médecin:

"Bonjour Kress. Peut-être pourrions-nous aller ailleurs, afin qu'Esha ait un moment pour elle?"

Je me tournai alors vers cette dernière et, avec un timide sourire d'excuse, ajoutai:

"J'apprécie beaucoup votre compagnie, Esha. A très vite, j'espère..."

Une manière de lui dire que j'espérais qu'elle ne me tiendrait pas rigueur de l'incompréhensible audace dont je venais de faire preuve et que j'aurais été bien triste que cet égarement passager plombe notre relation naissante. Mais cela, elle seule pouvait en décider, je ne pouvais remonter le temps pour que cela n'ait pas eu lieu et même si je l'avais pu... je n'étais pas certain de le vouloir.

Les heures qui suivirent furent bien remplies. Après que Kress m'ait examiné et se soit déclaré satisfait de l'état de ma plaie, je trouvai un jeune garçon provisoirement désoeuvré auquel je demandai d'aller chercher mon cheval et mes affaires en échange de quelques dias. En attendant qu'il revienne, j'allais proposer mes services à qui en avait besoin et passai quelques heures à éplucher et couper des légumes, faire la vaisselle et autres tâches du même acabit. Lorsque le garçon revint, accompagné de ma monture, je lui donnai les quelques pièces promises et lui confiai une nouvelle tâche, un peu plus délicate celle-ci. Je pris le temps de m'occuper de ma monture, puis je me lavai soigneusement et me changeai, retrouvant avec plaisir mes vêtements Sindarins: pantalon souple en daim, chemise vert feuille largement échancrée, ceinture de cuir brun foncé et hautes bottes de marche. Rien de bien fastueux, mais au moins n'avais-je plus l'air d'un mendiant crasseux. Peu soucieux d'encombrer la roulotte de mon hôte avec mes armes et mon armure, je m'arrangeai ensuite avec l'un des saltimbanques pour entreposer provisoirement mon équipement dans un chariot dédié au transport de matériel.

Ceci fait, je retournai du côté de la cuisine et, voyant le cuistot peiner à couper un quartier de viande, lui proposai d'affûter son tranchoir, ce qu'il accueillit d'un air rien moins que dubitatif. Sans un mot, je lui tendis mon couteau de chasse, manche en avant, afin qu'il puisse en examiner le tranchant. L'homme me regarda tout différemment une fois qu'il se fut très légèrement entaillé le pouce en éprouvant le fil de mon poignard et c'est avec un grand sourire qu'il me confia toute sa panoplie en avouant qu'un bon rémouleur manquait fort à leur troupe. C'était étrange, mais je me sentais bien parmi ces gens, ils étaient intrigués bien sûr, mais ils m'acceptaient avec une simplicité déconcertante que je trouvais des plus agréables.

Plus tard, une fois que le garçon fut revenu avec ce que je lui avais demandé d'acheter, je profitai qu'Esha ne soit pas là pour accomplir mon forfait: lorsqu'elle reviendrait, elle trouverait son lit muni d'un nouveau et moelleux sur-matelas et de fins draps de soie d'une couleur choisie pour s'harmoniser parfaitement avec la décoration de sa roulotte. Sur la petite table, elle trouverait également une rare plante originaire de mon pays, semblable à une orchidée avec ses nombreuses fleurs d'un blanc immaculé dégageant un délicat parfum qui chasserait définitivement les dernières fragrances de sang de sa demeure. J'espérai qu'elle ne m'en voudrait pas d'avoir pris ces initiatives et que cela lui ferait plaisir, mais ça je n'allais sans doute pas tarder à le savoir. En attendant, j'allais m'asseoir près de l'un des feux, un peu à l'écart, et sortis ma flûte d'argent pour en tirer quelques notes cristallines au gré de mélodies de ma terre natale, tour à tour empreintes de mélancolie ou au contraire joyeuses et enlevées.
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Mer 21 Nov - 16:32

Face à ses inquiétudes, le Sindarin avoua qu’il ferait effectivement mieux d’attendre quelques jours avant de circuler de nouveau librement, même si la peur n’évitait pas le danger et qu’il n’avait pas pour habitude se terrer. Esha lui sourit doucement, sincèrement reconnaissante que Serënn accepte de faire preuve de prudence. Nul doute qu’il voulait leur éviter des ennuis en agissant ainsi. Ce qui était tout à son honneur. L’homme était assurément quelqu’un de bien et tourné vers les autres, comme il était de coutume chez eux. Ce dernier expliqua également à Esha qu’il possédait effectivement une monture, plaisantant d’ailleurs sur le fait que vagabond ne voulait pas dire mendiant. Notre danseuse  baissa le visage, désolée et honteuse de ce malentendu.

« Pardonnez-moi. Je ne voulais pas être insultante, mais à vos vêtements je pensais que ne pouviez vous offrir le luxe d’une monture. » Crut-elle toutefois bon d’expliquer. Mais Serënn ne prit aucunement ombrage. Quant à sa proposition, il proposa d’envoyer un des enfants de la troupe, moyennant finance. Esha n’y vit aucun inconvénient, mais crut bon de le mettre en garde contre certains petits roublards.

« Méfiez-vous des jumeaux alors. Ils sont très gentils, mais ils se conduisent déjà comme de vrais renards. » Dit-elle dans un petit rire, quelque peu attendrie par ce duo, et ce même s’il faisait tourner pas mal de Valenciens en bourrique. Elle y comprit. Toutefois, notre danseuse doutait que le Sindarin soit né de la dernière pluie. Il y avait même de grandes chances qu’il compte déjà quelques siècles à son actif, comme l’avait laissé supposé sa réaction devant Kress, mais il serait incongru de lui poser la question. Même pour un homme. Finalement, ils conclurent aussi cette histoire de cohabitation. Le caractère ‘’déterminée’’ d’Esha semblant plutôt amuser et plaire à Serënn, soutirant encore des rougeurs à cette dernière. Plus encore à la mention de soi-disant prétendants conte lesquels il devrait lutter.

La nomade inclina légèrement la tête sur le côté, très loin d’être convaincue à ce propos. Certes, Esha était une personne douce, agréable envers tout le monde, charmante et tout ce que vous voulez. Mais paradoxalement elle restait plutôt secrète et distante, surtout avec la gente masculine. Comme si la nomade se donnait le droit de s’attacher aux autres, mais pas l’inverse. N’entretenant donc aucune relation intime. Alors en fin de compte, ce serait surtout Esha qui aurait du souci à se faire. Quand bien même ç’eut été son intention de tourner autours de l’elfe. Certaines Valenciennes pourraient se montrer bien aventureuses et culotées à la vue d’un homme comme Serënn. Qui d’ailleurs parut soudain extrêmement gêné, semblant enfin prendre conscience de ses propos.

La nomade ne put s’empêcher de rire, à la fois amusée et compatissante. Elle voulut l’aider à sa manière en changeant alors de sujet, soulignant son fameux tatouage, curieuse de savoir s’il s’agissait d’un vrai. Mais tandis qu’elle avait pris soin de ne pas le toucher, le Sindarin chercha de lui-même un contact. Elle cligna des paupières avant de se figer net à son geste, frappée par un flot d’émotions indescriptibles. Puis d’une soudaine forme de peur. Un coup donné à la porte interrompu rapidement l’échange. Esha écarta sa main sans brusquerie et se redressa.

« Ce .. ce n’est rien … » Mentit la nomade d’une voix timide, avant d’aller ouvrir à Kress. La Terran tenta alors de faire bonne figure devant le médecin, visiblement imité par Serënn, qui afficha un air beaucoup plus neutre. Heureusement pour eux, le quadragénaire ne s’aperçu de rien. Le blessé, après s’être prudemment relevé, proposa ensuite à Kress de l’ausculter ailleurs. Pour ainsi libérer la roulotte d’Esha. Le médecin lui céda sans aucun problème. Si Serënn se sentait en état de se déplacer, c’était tant mieux. La nomade leva les yeux vers le Sindarin. Et face à ce qui ressemblait à des excuses, elle opina timidement.

«  Faites attention à vous… » Crut bon de lui rappeler Esha, un sourire aimable étirant ses lèvres. Même si elle ne savait plus trop comment se placer à la suite de ces évènements. Lorsque le duo quitta la maisonnée, elle referma doucement la porte et s’y adossa de longues minutes, pensive. Jusqu’à ce que Geeti donne signe de vie en fait, rappelant à sa maîtresse qu’elle avait faim elle aussi. Elle inspira lourdement, chassa toutes ces idées de sa tête et s’occupa plutôt de la petite bête. Une fois ceci fait ainsi que le rangement, elle s’accorda enfin un peu de temps pour elle.

En l’absence de Serënn, Esha en profita pour se décrasser et reposer. Elle fut toutefois incapable de trouver le sommeil et fut presque soulagée que Lhyra vienne la chercher pour l’entrainement. Quittant la roulotte accompagnée de Geeti. Elle et les autres danseuses se rassemblèrent à leur coin habituel. Soit une petite scène installée au centre des caravanes. Sans surprise, la présence du nouvel arrivant suscita l’intérêt de ces dames, posant des questions à Esha. À ce jour la plus proche de lui. La nomade resta plutôt évasive au sujet du Sindarin, ajoutant que si elles tenaient tant à en apprendre sur lui ... Elles étaient bien assez grandes pour aller lui parler. Rouge de gêne encore. Heureusement, la cheffe de tout ce petit monde mit un terme à cet interrogatoire et rappela aux demoiselles qu’elles avaient un spectacle ce soir. Comme tous les autres soirs d’ailleurs. C’est donc avec plus d’application et de sérieux que la session reprit. Les débuts furent difficiles pour Esha, mais elle se reprit vite.

Ce n’est que des heures plus tard que la nomade réapparut près de sa roulotte. Elle croisa au passage Kress et demanda alors des nouvelles de Serënn. Ce dernier l’informa qu’il était en pleine forme, avait déjà pris quelques marques et fut réquisitionné par d’autres Valenciens. La Terran parut franchement amusée, mais surtout rassurée. Puis le quadragénaire ajouta qu’il était passé chez elle … visiblement chargé. Esha arqua un sourcil, perplexe. Qu’est-ce qu’il avait bien pu fabriquer ? Curieuse, la Terran se décida à aller voir. Et qu’elle ne fut pas sa surprise en arrivant.

À peine elle ouvrit la porte qu’elle fut accueillit par une note fleurie, découvrant son origine en voyant la plante sur la table basse. Esha referma la porte derrière elle et s’en approcha. Elle retira un de ses gants en cuir et effleura du bout des doigts l’un de ses pétales, complètement fascinée par l’orchidée et son toucher soyeux. Mais Serënn ne s’était pas arrêté là. En plus cette plante – qu’elle suppose rare, le Sindarin avait également offert une nouvelle parure de lit, ainsi qu’un nouveau sur-matelas. Elle lui avait pourtant dit de ne pas s’occuper de ces broutilles. La danseuse fut à la fois extrêmement gênée et perdue, une part d’elle ne pouvant s’empêcher de faire le lien avec l’incident de toute à l’heure. Elle soupira et décida de retrouver Serënn, une fois son brin de toilette fait et changée.

Grâce aux indications des autres Valenciens, l’aide de Geeti et un son de flûte étrangé, la nomade retrouva finalement le Sindarin. Elle l’observa un instant, presque hésitante. Sa compagne en revanche ne fit preuve d’aucune discrétion et déboula aux pieds de l’homme pour quémander son attention. Elle soupira, dépitée par cet animal. Puis elle s’approcha à son tour.

« Vous vous êtes donné beaucoup de mal. » Avoua Esha une fois que Serënn eut terminé son morceau, tous deux sachant pertinemment de quoi elle parlait. La jeune femme s’était vêtue d’un haut de tunique blanc à manches longues, d’un pantalon de tissu brun et de botte en cuir usée. Une large étole bleu nuit couvrait ses épaules. On était loin des tenues échancrées et affriolantes. Pour ça il faudra attendre cette nuit, au spectacle.

« Il paraît que vous avez fait un heureux aujourd’hui et impressionné d’autres. » Faisant mention du cuistot et de ses couteaux maintenant parfaitement aiguisés. Un long silence s’en suivit ensuite, Esha ne sachant trop comment engager cette conversation.

«Serënn. Je ... Je voudrais être sûre que mon comportement envers vous n’a pas été déplacé … ou sujet à trop d’interprétations. » D’une voix basse, affreusement timide et n’osant à cet instant regarder le Sindarin dans les yeux.


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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Mer 21 Nov - 18:49

Alors que je jouais une lente mélopée évoquant le bruit du vent dans les arbres, je sentis soudain une présence, quelqu'un qui m'observait. Inexplicablement, je sus aussitôt que c'était elle, avant même que la petite Geeti ne déboule à mes pieds pour quémander mon attention. Je n'osai relever tout de suite les yeux après ce qui s'était passé, aussi finissais-je mon air avant de caresser affectueusement la petite renarde, bien moins timide que sa maîtresse à ce qu'il semblait. Mon coeur s'emballa dans ma poitrine alors que cette dernière approchait, mais je me levai néanmoins aussi vite que je le pouvais et la regardai enfin à l'instant où elle déclara que je m'étais donné beaucoup de mal. Elle était vêtue simplement, en vraie petite nomade, mais aurait-elle été parée de la plus somptueuse des robes que cela n'aurait rien changé. Elle n'avait nul besoin d'artifices pour être belle et m'émouvoir, mais je m'étais bien assez couvert de honte comme ça et je pris sur moi pour ne rien laisser paraître de ma gêne et lui sourire avec simplicité en lui répondant avec sincérité:

"C'était la moindre des choses, vraiment."

Elle ajouta ensuite que j'avais fait un heureux et impressionné quelques autres, aujourd'hui, parlant des affûtages que j'avais réalisé, supposai-je. Ne sachant sur quel pied danser, je lui rétorquai que j'étais heureux d'avoir pu me rendre utile à ceux qui m'accueillaient avec tant de générosité; puis, ni l'un ni l'autre ne sachant visiblement comment entamer la conversation, nous laissâmes filer un long silence avant qu'Esha ne reprenne à voix basse, d'un ton terriblement gêné et n'osant me regarder:

"Serënn. Je ... Je voudrais être sûre que mon comportement envers vous n’a pas été déplacé … ou sujet à trop d’interprétations."

Je m'empourprai intensément et écarquillai des yeux comme des soucoupes à ces mots, totalement sidéré de cette interrogation. Il me fallut quelques secondes avant de retrouver ma langue pour bafouiller d'un ton incrédule:

"Que... vous... déplacé? Non voyons! Bien sûr que non! C'est moi, je..."

Je quoi? Je me suis comporté comme le dernier des cuistres en osant embrasser la paume de votre main et j'en suis vraiment désolé? Je n'aurais jamais dû agir ainsi, je ne sais ce qui m'a pris et je vous présente toutes mes excuses? Tout ça sonnait faux, creux, et ça me restait en travers de la gorge. Pourtant il fallait crever l'abcès d'une manière ou d'une autre, et de préférence sans s'emmêler dans des explications vaseuses ou, pire, mensongères. J'avais toujours assumé mes paroles et mes actes, cela n'allait pas changer aujourd'hui, même si j'étais en proie à un trouble plus profond qu'aucun de ceux que j'avais ressentis jusqu'à ce jour. Prenant mon courage à deux mains, je rivai mon regard au sien et désignai le tronc sur lequel je m'étais assis pour jouer, bien assez grand pour que quatre personnes y tiennent à l'aise:

"Je crois que nous devons parler un peu, alors asseyons-nous un instant, voulez-vous?"

J'attendis qu'elle ait pris place avant de m'installer, prenant bien soin de laisser un espace respectable entre nous, puis j'accrochai à nouveau son regard d'émeraude et repris timidement, le rouge aux joues:

"Vous n'avez rien à vous reprocher, Esha, absolument rien du tout, vraiment. C'est la première fois de ma vie que...que je rencontre quelqu'un comme vous et...je ne sais pas comment l'expliquer..."

Je pris une ample inspiration et, plus gêné que jamais, poursuivis:

"Cela fait presque un siècle et demi que j'évite soigneusement de m'attacher à qui que ce soit, je garde toujours mes distances sans problème. Mais avec vous c'est comme si... ça n'avait pas de sens. Je... j'ai senti que vous aviez...peur... chaque fois que j'ai fait mine de vous frôler vous avez...eu un geste de recul comme si vous craigniez que je vous frappe..."

Je ne cherchai nullement à lui cacher que j'étais désemparé, perdu, mais je m'étais jeté à l'eau et il n'était plus temps de reculer:

"Je serais incapable de vous faire le moindre mal, Esha, littéralement incapable, et je suis sûr qu'au fond de vous vous le savez. Ceci étant, moi aussi j'ai peur, atrocement peur. Peur de de vous offenser par un geste, un mot, inconsidéré. Peur de... ce que je ressens pour vous... je...je n'ai jamais rien vécu de tel, toutes mes résolutions, les protections que je me suis forgées...plus rien n'a de sens, comprenez-vous?"

Je laissai filer un silence et tournai les yeux vers le feu que je tisonnai songeusement, puis je relevai le regard pour le plonger dans celui de la jeune femme et achever avec fermeté:

"Mais si vous souhaitez que je garde mes distances, Esha, il vous suffit d'un mot. Je comprendrai et j'enchaînerai mes sentiments si serrés que même un devin ne pourrait les déceler. Quoi qu'il arrive vous aurez en moi un ami inébranlable, ça je vous en fais le serment."
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Esha Raj
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Jeu 22 Nov - 11:22

Esha avait gardé les yeux rivés au sol, ou plutôt vers l’ombres de Serënn, incapable de le regarder. Pourtant ils devaient se parler et s’expliquer sur ce que s’était passé, avant que tout ceci ne les dépasse complètement. À moins que ce ne soit déjà le cas. À ses excuses le Sindarin voulu aussitôt la prendre défense d’Esha, rétorquant qu’elle n’était aucunement responsable, assurément troublé. Au point qu’il ne put aboutir à sa phrase. De nouveau, un long et pesant silence les frappa. Esha hésitant à prendre la poudre d’escampette plutôt que de contribuer d’avantage à leur malaise. Elle descella ensuite un très léger mouvement de la part de Serënn. Elle leva les yeux et vit l’homme désigner le tronc sur lequel il était installé. D’une voix plus posée et calme, il lui proposa de prendre place à ses côtés.

La nomade esquissa un timide hochement de tête et vint le rejoindre. Une fois installée, Serënn se rassit. Tous deux semblaient prendre de soin de conserver une distance respectable, sans être toutefois totalement à l’opposé l’un de l’autre. Ç’aurait été tout bonnement idiot... et impossible. Comprenant que le Sindarin cherchait à capter son regard, Esha releva le visage et plongea ses prunelles dans les siennes. Notant au passage ses pommettes rougies. Il était déroutant de voir à quel point Serënn pouvait être contrasté par ses propres émotions. Tantôt assuré, calme et en apparence stoïque. Tantôt maladroit et … presque submergé par ses sentiments. Peut-être faute de les avoir enfoui au plus profond de lui-même. Pour se préserver. Ou autre. Ce qu’Esha allait découvrir bien assez tôt.

C’est au prix d’un énorme effort – du moins le supposait-elle – que le Sindarin reprit la parole. Il présenta de nouveau ses excuses et révéla n’avoir jamais rencontré une personne comme Esha auparavant. Ce qui lui parût surprenant, se considérant plutôt quelconque. Elle s’abstenu toutefois d’un tel commentaire, refusant d’interrompre Serënn alors que ce dernier avait déjà toutes les peines du Monde à décrire ce qu’il ressentait. Tout aussi perdu. D’ailleurs il lui fallut une grande bouffée d’air avant de reprendre. Esha continua de lui prêter une oreille attentive. Mais plus le Sindarin avançait dans ses propos et plus elle paraissait déstabilisée. Son cœur se refusant d’ailleurs de suivre un rythme normal depuis qu’elle était là. Lorsque son vagabond fit mention de ses sursauts de peur et mouvements de recul, une ombre de culpabilité et de tristesse marquèrent son regard. Elle détourna ses prunelles de Serënn, soudain ternies. Oui. Elle savait pertinemment que cet homme ne lui ferait aucun mal. Il n’était pas ‘’lui’’. En tout point. Mais il faut croire que même après toutes ces années passées loin de son tortionnaire, il restait encore des traces de ces sévices. Une marque indélébile. Ajouter à cela une capacité dont elle n’avait aucun contrôle et qui n’avait de cesse de croitre. Esha soupira.

« Je comprends Serënn. Vous n’avez rien d’une brute. Je l’ai compris dés la seconde où vous avez reprit connaissance et tenu votre main autours de la mienne. Et je m’en veux atrocement d’avoir eu de tels réactions avec vous. En sachant que vous me vouez .. de tels sentiments. » Aussi surprenant et soudain cela puisse paraître. Esquissant un sourire qu’elle savait malheureusement sans joie. Tandis qu’elle triturait le cuir de ses gants, malmenant les coutures grossières. Elle reprit calmement, du moins l’espérait-elle. Mais elle n’avait que peu de contrôle sur sa voix à cet instant. Perdue et anxieuse.

« Mais je ne me sens pas la force, ni le courage de vous parler de tout ça. » Elle redressa son dos, essayant d’en chasser la raideur et toutes ces soudaines tensions. «  Je suis désolée. Je dois vous paraître cruellement égoïste en agissant ainsi. » Avoua Esha tout en redirigeant son regard vers Serënn.

« Sachez simplement qu’à tout ça … s’ajoute également une capacité plutôt contraignante qui m’a déjà valu une amère expérience. Depuis j’ai toujours la crainte que cela se reproduise. » Elle savait que ce simple élément de réponse serait insuffisant pour le Sindarin, qui n’était pas dupe et s’était sûrement fait sa propre hypothèse. Quant à tout le reste. Que dire ? Que faire ? L’homme promit qu’un seul mot d’Esha et il ferait taire tous ces sentiments à son égard. Mais ne dit-on pas : offrir l’amitié à un quelqu’un qui vous aime, c’est donner du pain à quelqu’un qui a soif. Et quand bien même ... est-ce qu’elle le souhaitait elle-même ?

« Je n’en sais rien Serënn. Sincèrement. Tout ça est si … soudain pour moi. » Souffla la nomade, complètement désœuvrée. Après tout, elle non plus n’avait jamais connu ça. L’amour d’un homme. Le vrai.

« Mais je pense que nous avons avant tout des choses à apprendre l’un de l’autre. Et que nous devrions nous consacrer plus de temps. Il me semble que les Sindarin en ont quelque peu en réserve, comparé à nous autres Terran. » Se risquant à un léger trait d’humour dans cette dernière phrase, pour se donner contenance, et parce qu’elle ne supportait plus ce climat oppressant autours d’eux.

Soudain, une voix héla le prénom d’Esha. La nomade aperçue Lhyra plus loin. Il était déjà l’heure de rejoindre le lieu du spectacle Elle se redressa alors lentement, tout en répondant qu’elle arrivait. Elle jeta un dernier regard à Serënn, inquiète de l’avoir blessé. Cette simple idée la rendit même affreusement mal.
 




Dernière édition par Esha Raj le Jeu 22 Nov - 13:43, édité 1 fois
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Serënn
MessageSujet: Re: Un encombrant visiteur? [PV Esha]   Jeu 22 Nov - 13:21

La jeune femme écouta attentivement mes propos après avoir accepté de s'asseoir. Bien que plongé au fond de moi-même pour tenter de mettre des mots sur ce que je ressentais, la sensibilité propre à mon peuple fit que je perçus tout de même ses réactions. Je sentis à quel point mes paroles la déstabilisaient et vis ses beaux yeux se ternir lorsque j'évoquai cette crainte qu'elle manifestait chaque fois que je me risquai à un contact physique, si chaste et anodin soit-il. Incapable de soutenir mon regard, elle soupira avant de répondre d'un ton qui me fendit le coeur tant il était empli de culpabilité:

"Je comprends Serënn. Vous n’avez rien d’une brute. Je l’ai compris dès la seconde où vous avez repris connaissance et tenu votre main autour de la mienne. Et je m’en veux atrocement d’avoir eu de telles réactions avec vous. En sachant que vous me vouez .. de tels sentiments."

Elle esquissa un sourire sans joie et se redressa, triturant nerveusement les coutures de ses gants, puis déclara qu'elle ne se sentait pas la force d'évoquer le pourquoi de cette crainte. Désolée, elle supposa ensuite que je devais la trouver atrocement égoïste et ajouta:

"Sachez simplement qu’à tout ça … s’ajoute également une capacité plutôt contraignante qui m’a déjà valu une amère expérience. Depuis j’ai toujours la crainte que cela se reproduise."

Comme son regard était revenu se river au mien, je secouai négativement la tête et lui répondis d'une voix douce:

"Vous avez été blessée, profondément à ce que je comprends. Un jour viendra, je l'espère, où vous aurez envie de me parler de tout ceci, mais je ne vous questionnerai pas à ce propos. Ce qui me peine, Esha, c'est l'idée que quelqu'un ait pu vous faire du mal, pas vos réactions ni le fait qu'il soit difficile pour vous d'en parler au quasi inconnu que je suis. Cela je le comprends sans peine et je sais bien que ce n'est pas dirigé contre moi, alors comment pourrais-je vous en vouloir ou me sentir blessé?"

Je lui affirmai ensuite qu'il suffisait d'un mot d'elle pour que j'enchaîne mes émotions si elle souhaitait que je conserve mes distances, j'en étais parfaitement capable même si ce n'était évidemment de loin pas ce que je désirais. Totalement désemparée, si émouvante que je dus me faire violence pour ne pas la prendre dans mes bras afin de la réconforter, elle me répondit dans un souffle qu'elle n'en savait rien. Tout ceci était bien trop soudain pour qu'elle ait seulement eu le temps d'y réfléchir, mais elle ajouta presque aussitôt avec un brin d'humour:

"Mais je pense que nous avons avant tout des choses à apprendre l’un de l’autre. Et que nous devrions nous consacrer plus de temps. Il me semble que les Sindarins en ont quelque peu en réserve, comparés à nous autres Terrans."

Quelqu'un appela à cet instant la jeune femme qui se redressa alors et répondit qu'elle arrivait en me jetant un regard quelque peu inquiet. Je me levai à mon tour, lui souris avec une profonde tendresse puis, d'un geste assez lent pour qu'elle ait tout le temps de s'y préparer, je tendis le bras pour prendre délicatement l'une de ses mains et la presser doucement:

"Je serai infiniment heureux de passer du temps avec vous, que nous apprenions à mieux nous connaître. Nous deviendrons amis, ou plus que cela peut-être, l'avenir le dira. Mais dans tous les cas souvenez-vous toujours de ceci: peu importe quelle place vous déciderez de m'accorder dans votre vie, l'amour vrai ne tolère pas de conditions, jamais, sinon il n'est plus véritable. Je veux vous entendre rire et vous voir aborder la vie sans plus de crainte, avec confiance, les yeux étincelants de joie. Je veux que vous soyez heureuse, simplement. Allez maintenant, le devoir vous appelle et nous avons toute la vie devant nous."


Je pressai une dernière fois légèrement sa main puis la relâchai doucement, comme à regret, avant de l'observer pensivement s'en aller. Je me demandai ce qu'elle avait vécu, si jeune, qui ait pu la marquer à ce point. Mais échafauder des hypothèses était une perte de temps, elle m'en parlerait à son heure, ou pas, là encore l'avenir le dirait. Épuisé par cette journée malgré le peu d'efforts fourni, après tout c'était la veille que je m'étais fait malmener, j'allai récupérer une couverture dans mes affaires et m'allongeai près du feu afin de me reposer. Je savais qu'Esha râlerait si jamais elle me trouvait là, mais pour l'instant je préférai éviter de lui imposer ma présence dans sa roulotte, convaincu qu'elle avait besoin de temps et d'intimité pour assimiler ce qui venait de se passer entre nous.
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Un encombrant visiteur? [PV Esha]
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