Carpe Noctem

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Sur Istheria, RPG heroic-fantasy issus d'un univers original où de multiples aventures vous attendent.

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• Civils: 10

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 Carpe Noctem

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Othello Lehoia
MessageSujet: Carpe Noctem   Mar 19 Juin - 21:24

Comme une poupée ou une enfant perdue, Othello se laissa guidée à travers les corps en suspens, les pantins désarticulés dans des danses teintées d’ivresse, les dédales de pierres de la vieille arène, sans trop s’interroger sur leurs ultimes destinations. Le marin semblait savoir où il les menait – ou du moins, il savait parfaitement le prétendre. Et après une soirée aussi remuée, elle ne voulait plus se poser trop de questions, préférant se laisser faire plutôt que d’opposer la moindre résistance ou la moindre contrainte. Sur le chemin ils croisèrent plusieurs marchands, aux cernes creuses et à l’air hagards, certainement épuisés après une rude journée, qui leur proposèrent tout de même quelque rafraîchissement d’usage, ou quelques amuses-bouches aux saveurs étranges et exotiques.

C’est finalement au terme de quelques minutes qu’ils trouvèrent leur place sur un balcon, en hauteur de l’arène, caché des regards mais avec une belle vue sur la danse encore en cours et les toits de la cité. Le clair obscure argenté et froid de la nuit fut incroyablement reposant pour ses yeux fatigués, et permis de faire taire à moitié les émotions trop fortes qui l’habitaient à cet instant. Une chape de lumière et de nuit vint arrondir ses prunelles, à peine distinguables du reste de ses yeux, et elle se mit à couver d’une façon maternelle les formes dentelés et rupestre à l’horizon, les rideaux lointains dansant au rythme du vent comme les fenêtres scintillantes, quelques aveux de vie malgré l’heure tardive. Suivant le geste du marin qui s’était empressé de se libérer du masque en bois, elle lui emboita le pas et retira à son tour l’imposant ouvrage, sentant aussitôt un sentiment de liberté et de légèreté lui rendre son crâne.

Pouvoir voir le monde sans ces grossières œillères trouées fut d’abord un exercice, puis une vraie libération, mélangée avec la sensation peut-être un peu pompeuse de retrouver son identité. Othello posa ses ailes sur le rebord devant elle, et dévisagea un temps les deux trous vides et noirs, les yeux d’une autre qu’elle n’était pas : elle lui laissait volontiers ses souvenirs et sa prestance. Après tout, elle sentait bien que ce monde de paillettes et de luxures était loin d’être pour elle, et elle lui préférait la simplicité de ses robes usées et de ses algues séchées. Elle imagina que cette sensation paisible fut la même pour le marin, et son premier réflexe fut celui de lever les yeux pour retrouver son visage. C’était étrangement rassurant que de retrouver ce faciès familier dont elle connaissait à présent tous les contours, toutes les lignes et tous les reliefs avec affection.

« Le destin s’amuse à nous ramener sur des balcons... » Murmura-t-elle avec amusement en repensant à l’egyde du Lion. L’attaque ne remontait qu’à une poignée de mois, et pourtant elle avait la vive sensation que tout s’était passé il y avait une éternité. Le vent vint balayer sa crinière, emportant avec lui le tintement distinct et paisible des perles qui les nouaient.

Sous leurs regards, la fête battait toujours un certain plein. Les couples, bien que moins nombreux, continuaient de tournoyer, et à présent des bruits de verres s’entrechoquant s’ajoutaient à cette joyeuse cacophonie. Elle avait l’étrange sensation d’être le témoin silencieux d’un spectacle ébouriffant, avec des formes enrubannées et soyeuses qui se mouvaient au son de la musique lointaine. A présent il n’y avait que les éclats de voix qui remontaient jusqu’à leurs oreilles, doucement tamisés par les brises eridaniennes qui venaient balayer les hauteurs de l’arène. Le grain de la pierre rugueuse et granuleuse sous ses doigts l’invita à une certaine méditation, savourant la sensation minérale et naturelle qui lui changeait des paumes, et elle huma l’odeur fraîche et sobre des hauteurs comme une liqueur délicate, appréciant de ne pas respirer des odeurs de sueurs, de musk et de vapeurs éthyliques.
Alors qu’elle était doucement absorbée par cette peinture, elle en oubliait presque les derniers évènements, la journée dense et leurs mutuelles péripéties. Ramenée sur le rivage par le souffle profond du marin, la naïade le regardant un temps, essayant de scruter au mieux dans son regard améthyste pour y déceler une onde, une étincelle, un éclat qu’elle pourrait comprendre. Son manque d’empathie devenait cruellement coupable dans ces moments, et elle s’en voulait de ne pouvoir faire plus pour dévoiler le tissu de non-dit et de secrets, ces choses cachées qu’il semblait encore avoir sur le bout de la langue, tout comme elle d’ailleurs.
 

« Je vous ai vu tout à l’heure, avec la connaissance dont vous me parliez... Je suppose. » Souffla-t-elle finalement, pour rompre le silence et faire un pas timide. « Mais je n’ai pas osé vous déranger. »  Son ton était gracile et calme, comme la brise qui s’évertuait à souffler sur eux son souffle tiède, leur apportant un semblant de fraîcheur après le bouillon étouffant du ventre de l’arène. « Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous le dire mais je suis heureuse que vous m’ayez trouvé. »

Loin d’être suffisant pour déposer les armes, elle espérait au moins pouvoir entamer la conversation sur des bases stables et détendues, consciente de marcher sur un chemin d’orties et de chardons.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Carpe Noctem   Dim 1 Juil - 9:03

Chapitre XI: Carpe Noctem

Acte I: Masks down


La barrière du masque tomba enfin pour révéler ses traits tirés, quoique soulagés par l'air frais qui lui battait finalement le visage. Retirer ces malaisantes œillères faisant pression sur sa vision déjà réduite fut incroyablement libérateur, comme si on venait de libérer un animal d'une cage oppressante. Il lui fallut ensuite une bonne paire de minutes pour retrouver ses repères et chasser le sentiment rampant de sa peau, une presque claustrophobie qui n'arrangeait en rien ses sentiments déjà confus.
Après s'être drapé dans le réconfort du silence, ses larges épaules d'homme de main semblaient moins affaissées sous le poids invisible, ainsi richement parées d'un costume trop coûteux pour son train de vie. Il força un sourire en exhalant l'air frais de la nuit. Néanmoins son regard pensif trahissait encore les fantômes de nombreux mânes, figé sur les toits des riches habitations de Tyrhnénium. L'ancre visuelle d'un navire encore un peu à la dérive.


« Les balcons, où le calme après la tempête. »
dit-il posément, avec une pointe d'ironie.

Ses souvenirs s'envolèrent vers les différentes occasions où ils s'étaient croisés avec la précision d'un astrolabe lui indiquant toujours le chemin, précis comme on n'en faisait plus. Cela dit malgré l'amertume de la situation il ne parvenait toujours pas à repenser à tout cela sans détachement. Ces moments bons ou mauvais, sanglants ou passionnés, publics ou intimes, lui étaient tous précieux chacun à sa façon. Les mains posées à plat sur la rambarde de marbre blanc, Fen inspira l'air de la nuit pour chasser le désagréable cocktail de lourds parfums qui lui offusquait le nez. Les vapeurs musquées des grandes dames, l'eau de cologne de leurs chevaleresques dandies, les volutes de fumée de cigare, le chaos de corps chaudement pressés ensemble.
Un sourire sarcastique lui monta aux lèvres alors que son palpitant se mit à battre à tout rompre sans raison apparente. Ses mains se tortillèrent sur la pierre froide tandis qu'il rêva d'allumer une cigarette pour s'occuper l'esprit. Regrettant instantanément de ne pas avoir pris le petit boîtier magique, il risqua enfin une œillade discrète vers la sirène, physiquement si proche et pourtant si lointaine.

« Vous auriez dû. J'aurais largement préféré discuter en votre compagnie que perdre mon temps à courir après un souvenir qui n'existe plus. » Il hésita avant de donner plus de détails, mais finit par lui glisser à voix basse. « J'ai cru que c'était Isaril, leader de la tribu Ascane qui m'a accueilli après mon naufrage. C'est... C'était un vieil ami. Les autres survivants pensent qu'il est mort lorsque le Colosse les a éjectés à la mer. »

Courir après ce qui était perdu, n'était-ce pas ce qu'il passait son temps à faire, justement ? Il dodelina tristement de la tête, exaspéré envers lui-même et sa propension à revenir vers la communauté Ascane qu'il avait pourtant quittée de son propre chef, dans la honte et le crime. Bien entendu un demi-siècle s'était écoulé depuis son départ définitif, seulement le temps avait un drôle de cours pour les non-Terran ayant une longue espérance de vie. La rédemption n'était qu'un mirage. Son sourire s'étendit en une fente chargée d'amertume.

« Je suis toujours content de vous retrouver, même quand j'ai le sentiment que je ne devrais pas. »

Il se retourna vers la jeune femme et la regarda bien en face, luttant contre la pulsion brutale de cracher ce qui lui bouillonnait dans la poitrine. Planté devant la prêtresse il s'appuya contre la rambarde d'un air faussement nonchalant. Son visage criait pourtant à quel point il était sérieux, ses sourcils froncés d'appréhension.

« Vous êtes une ivresse foudroyante qui me monte vite à la tête, Othello. Or je suis un homme faible et avide, j'ai toujours eu du mal à savoir quand m'imposer des limites, à savoir quand m'arrêter. »

Son œil dévisageait les traits de porcelaine de la yorka. C'était une mauvaise idée il le savait, et pourtant il ne pouvait s'empêcher de la piquer au vif, de l'attaquer de vérité et d'émotions dans l'espoir d'en arracher un peu de sincérité, une réaction quelconque. Même la colère ou le mépris lui iraient, si au moins il pouvait briser cet insupportable mur de retrait et de non dits.

« Si vous ne m'arrêtez pas, je... » Sa dextre se resserra autour de la pierre, si fort que les nœuds de ses doigts en blanchirent. Il tourna la tête vers la ligne d'horizon sans finir sa phrase, qui retentissait bruyamment dans sa tête. Au lieu de cela il reprit d'une voix rauque d'une rage contenue envers sa propre stupidité. Une jalousie brûlante. « Cet homme vous a fait du mal, je le sens clairement, même si je ne m'explique pas comment ou pourquoi. Je n'étais pas là et n'ai aucun droit de vous interroger. Mais j'aimerais savoir. »



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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Carpe Noctem   Ven 6 Juil - 21:42


Les rouleaux intenses des vagues n’ont de cesse de venir s’écraser contre les abruptes pans de falaise : loin dans ses souvenirs, Othello se rappelait exactement de la sensation brusque et assommante de se retrouver piégée dans les grandes prisons d’eau, de prendre le mur en pleine figure pour se retrouver coincée, plaquée contre la pierre rugueuse et couverte de coquillages. Et que ce fut les ondes tumultueuses et puissantes ou les vapeurs ambrées qui remontaient de l’arène, elle avait cette même sensation tétanisante qui pesait sur ses épaules comme le poids de l’océan tout entier.
Elle n’avait pas besoin d’être empathe pour percevoir avec une netteté profonde le désarroi qui lui faisait face, la nervosité palpable qu’il trahissait par des gestes impulsifs, des rictus au bout de ses doigts grattant la pierre.

Quand Fenris finit par briser le silence, un nouveau rouleau vint la repousser vers les rivages rocheux. Coupable, Othello encaissa sans rien dire, s’en prenant mentalement à sa timidité, à son manque de confiance, peut-être. Encore aujourd’hui il lui était difficile de s’imposer, et elle se retrouver souvent victime de situation difficile car elle ne s’était pas imposée. Si elle avait osé, la soirée se serait déroulée autrement, et les choses auraient probablement été plus faciles pour tout le monde. Une erreur de parcours, quelques pas en moins, un sourire en plus...
Le marin sembla alors se retenir, comme si un poids maintenait ses lèvres fermées. Néanmoins il poursuivit, ouvrant un peu plus une cicatrice qu’il aurait probablement voulu fermer en parlant de la tragédie ascane. En temps normal, la sirène aurait déposé sur son bras une main réconfortante, mais elle se retint à contrecœur de cette familiarité, de peur que cette proximité ne vienne raviver un feu déjà bien brûlant.


« Je suis navrée, j’aurai aimé entendre qu’il s’agissait de lui plutôt que d’un fantôme. » Elle se tu un instant, mais poursuivit tout de même. « J’espère que cette rencontre ne vous a pas fait trop de peine. »

Comme un chien blessé, Fenris semblait avoir tout le mal du monde à contenir un bouillonnement intense que la prêtresse percevait par vague, et dont elle tirait une vibrante douleur qu’elle ne pouvait s’expliquer. Elle n’avait jamais eu l’occasion de le voir dans cet état. Même dans les rues de la cité souveraine, sous sa forme de bête, ce grand loup sanguinaire, il n’avait pas renvoyé tant d’émotions complexes, tant de regards graves et de mains tremblantes. Et à le voir ainsi, elle ne pouvait s’empêcher de serrer ses mains en retour.

Othello cilla, réalisant bien amèrement ce qu’elle n’avait pas réussi à s’avouer. A partager cent moments, l’homme à ses côtés n’avait jamais failli, et à force de s’imposer, de converser tendrement, elle avait fini par l’emmêler dans des filets de verre et d’argent dans lequel il se débattait péniblement. La nature de leur relation lui posait toujours beaucoup de questions, et elle persistait à se mentir et à s’oublier pour ne pas avoir à s’interroger d’avantage, ne voulant creuser plus des sables mouvants dont elle ne comprenait rien.
En apnée sous une mer indomptable, les vagues déchaînées s’enchaînaient, une à une, et balayaient son visage sans qu’elle ne puisse faire quoique ce soit à part contempler l’onde brisée. Avec la force d’une tempête, le marin lui faisait face, le visage douloureusement grave, les traits tirés, l’aveuglant d’une vérité qu’elle s’acharnait à maintenir dans un coffre doré. Son œil unique palpitait comme une torchère, un cœur saignant qui crie à l’aide, ou qui appelle à la colère. Encaissant les coups, au dépourvu, Othello levait vers lui des yeux grands comme des soucoupes, larges et défaits, écrasée un peu plus par chaque mot qui se répétait plusieurs fois dans son esprit.

Quand brusquement il s’arrêta, la paume crispée et nerveuse, les mots raisonnèrent plus bruyamment que jamais dans ses oreilles de poissons, et alors qu’il tournait la tête, elle maintint la sienne. Son souffle se mêlait à un vent docile et rafraîchissant, mais la naïade restait sourde à ces mots qui ne venaient jamais, mais dont elle entendait pourtant le son distinctement avec le même rythme que son cœur vacillant, se débattant lourdement dans sa poitrine. Elle s’était douté que le sujet ne soit un jour soulevé, seulement elle ne s’attendait pas à l’intensité de la tempête. Ses lèvres se crispèrent, tremblantes. Puis ses mains tombèrent défaites le long de ses hanches. Elle avait toujours rêvé, idiotement, pouvoir faire face à la mer comme les falaises qui restaient droites face aux attaques. Il faut croire qu’elle n’était pas de la même pierre après tout...

Depuis leur rencontre, dans chaque sourire complice et dans chaque contact, fut-il doux, suave, prémédité ou non, dans cette danse incertaine de liens, de rapprochement plus ou moins maladroit, elle avait toujours su : ce que ce cœur llughoyf cachait, ce qu’elle avait enfoui au fond du sien. Et à présent, une main coupable s’enroulait autour de sa gorge, lui faisant regretter de ne pas l’avoir compris tout de suite... Il avait fallu d’un balcon.


A de multiple reprise, elle se tut, retint son souffle, ne sachant par où commencer. Mais elle devait le lui rendre : il méritait la vérité, aussi crue soit-elle.

« Duscisio est un vieil ami. » Commença-t-elle, essayant de trouver le chemin le plus simple pour une épopée compliquée. Sa voix se brisa en cours de route, et elle se tu pour la cacher. « Il était là quand j’ai conclus le pacte, et s’est toujours montré présent et bienveillant, bien que rongé par ses propres démons. » Elle savait que Fenris avait eu vent des sentiments que ressentait l’herboriste à son égard, aussi elle se demanda s’il était sage de poursuivre ou non dans cette direction. Un secret de polichinelle qui ne devait échapper à personne, aussi se contenta-t-elle de laisser planer ce spectre dans le silence épais. « Je... Je savais qu’il éprouvait pour moi un amour que je n’étais pas capable d’éprouver, pas de la même façon. Néanmoins nous restâmes amis... » Comme pour plonger sous l’eau, elle retint son souffle, ferma les yeux, et revit les évènements défiler sous ses paupières closes. Tout cela n'avait d'importance pour personne. Pour personne sauf pour lui. « Avant que vous n’arriviez, il venait de m’embrasser. Je n’ai rien vu venir, je... Je n’ai rien pu faire

La sirène déglutit douloureusement, trouvant sa gorge étrangement sèche et brûlante, avant de regarder la pierre rugueuse en quête de salue. Les derniers mots étaient tombés de sa langue comme des pierres lourdes et pointues, et elle anticipait déjà le mal qu’ils pouvaient semer. Comme lui, quelques secondes plus tôt, elle crispa ses petits poings dans le vain espoir de se contenir, de garder sous maîtrise le maelström d’émotions qui tourbillonnait, incontrôlable, dans son esprit chahuté. Dans la foulée, elle souffla, la voix brisée et tremblante, espérant de nouveau jeter un souffle d’eau claire sur les braises enhardies, tout en présentant priant pour ne pas voir le marin s’enfuir à jamais.

« ... Pardon de vous faire souffrir, Fenris... C'est la dernière chose que je souhaite. »
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Carpe Noctem   Sam 7 Juil - 14:46

Chapitre XI: Carpe Noctem

Acte II: Words and beacons


La vérité fut un épais nuage de poussière qui mit un certain temps à retomber, brouillant les choses plus qu'elle ne les éclaircit dans un premier temps. Quelque part Fenris sentit que sa question était mal formulée, si tant est que l'on considère ses quelques vagues phrases comme une vraie interrogation. En réalité il serait plus juste de dire qu'il avait maladroitement amené un sujet épineux, dans l'espoir insensé que tirer un bout de ce fil tendu défasse le plus gros des nœuds restants. Cette attitude trop franche et simpliste aggraverait peut-être certains problèmes moins évidents il le savait, seulement c'était tout ce dont il se sentait capable.
Néanmoins le discours calme et presque décousu de la prêtresse ne semblait pas apaiser son trouble, dont elle avait apparemment mépris la source. La laissant continuer jusqu'au bout, le lhurgoyf dodelina pensivement de la tête, sa révolte changeant doucement de cible. Oui il savait déjà que l'herboriste nourrissait vers elle des intentions sans équivoque, il n'y avait qu'à se tenir à sa proximité pour flairer la dévotion et l'admiration qui suintait par tous ses pores. Il avait aussi rapidement appris qui était cet homme au physique atypique, et il n'avait même pas dû creuser pour trouver son nom. Les travers d'être un héros aux yeux des Hespériens, sans doute. Mais qu'importe tout cela, finalement. Il pouvait bien être le dernier des clampins mendiant sur les quais de Mavro Limani, ça lui serait bien égal.

Non, ce qui le gênait profondément, en plus de la jalousie déraisonnable qui le dévorait de l'intérieur, c'était le fait qu'Othello se dresse comme coupable de ce qui s'était passé, alors qu'elle n'avait pas eu son mot à dire. Et il la croyait sans mal en ce domaine, même s'il n'avait pu prendre en compte la honte et la confusion qu'il avait ressenties quand il l'avait enfin trouvée. Il se pinça l'arrête du nez, cherchant la meilleure façon de s'exprimer sans créer d'autres malentendus. Se tournant vers la sirène, il expira.


« Ce n'est pas de moi dont devriez vous soucier, Othello. D'une façon ou d'une autre je retombe toujours sur mes pattes. » Ses mains caleuses ne bougeaient plus sur la pierre, de fait elles gisaient immobiles, tendues à plat. « Par contre un homme, aussi amical soit-il, vous force à quelque chose dont vous ne voulez pas, et vous trouvez encore à vous blâmer pour son manque d'égards ? Pourquoi ? Pourquoi lui trouver des excuses ? C'est lui qui a fauté, pas vous. »

Fenris ne comprenait pas, mais était hélas peu surpris. Cela faisait maintenant des mois qu'il côtoyait la jeune femme, suffisamment longtemps pour cerner ses réactions. Si pour tout un tas de raisons il n'aurait jamais osé lui forcer la main en quoi que ce soit, il restait toujours là cette source de doute, ce scepticisme face à ce que la jeune femme voulait vraiment. Sa gentillesse le faisait sans cesse douter de la raison de leur proximité et confondre les signes parfois contradictoires qu'elle pouvait envoyer. Il aimerait tant croire que ce qu'ils partageaient était davantage que le fruit de sa sympathie ou la peur de le blesser par un rejet. Rien ne pourrait être plus humiliant, et pourtant, la question demeurait...

« Si je m'écoutais, je lui... Je regrette ne pas avoir été là plus tôt. » Il prit une grande inspiration pour calmer les impulsions belliqueuses qui germaient dans sa poitrine, bien qu'une rage sourde y monte silencieusement.

Ce n'était clairement pas ce que voudrait Othello, peu importe le comportement de Duscisio... et ce bien qu'un pain ou deux eussent tôt fait de lui apprendre le sens du mon 'consentement'. Mais là encore, c'était difficile de savoir où commençait son envie légitime de la protéger et le ressentiment irrationnel dû à la possessivité. Valait-il seulement mieux que celui qu'il accusait si prestement ? Rien ne le dégoûterait davantage que de s'abaisser au même niveau.
Il posa une main sur celle de la sirène, à défaut de trouver les mots.


« Vous êtes différente de toutes les personnes que j'ai pu rencontrer. Je ne supporte pas de vous voir peinée, souffrant de l'erreur d'un autre. »

Fen effleura la main sous la sienne du pouce, se mordillant la lèvre en regardant le lointain. Il n'avait pas le courage de la regarder en face.

« Dans ma jalousie je n'ai pas imaginé qu'il ait fait une telle chose sans votre accord. Je vous demande pardon. » Le silence se fit avant qu'il ne poursuive, à la recherche de ses repères.

« J'aurais voulu dire que je serais intervenu si j'avais su, mais j'ignore si c'est ce que vous attendez de moi. Quoi qu'il en soit j'aimerais vraiment que vous me fassiez une promesse. J'aimerais que vous me promettiez qu'avec lui ou un autre, ou même moi, si je dépasse les bornes... Ne laissez pas place au doute, dites non. Haut et fort. Ponctuez d'une gifle s'il le faut. » Son œil lui fit à nouveau face, une inquiétude nerveuse ayant maintenant remplacé la colère.



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Dernière édition par Fenris Skirnir le Mer 11 Juil - 0:21, édité 3 fois
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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Carpe Noctem   Mar 10 Juil - 23:56

Du bout de ses prunelles sombres, sans quitter la pierre, la sirène espérait capter un geste rédempteur. Sans grande surprise, elle le vit se crisper, serrer son nez de sa main ouverte, et dans sa grande ignorance, elle ne comprit pas tout de suite ce que cela voulait dire. Elle percevait toujours distinctement la gêne et la colère, quoique cette fois-ci le prisme d’autres émotions ne viennent les distiller. Elle espérait pouvoir trouver dans la brise et dans l’air frais une fraîcheur salvatrice, qui pourrait emmener la frustration comme une traînée d’eau claire. A l’inverse, chaque brise avait l’effet d’une étincelle sur une paille sèche, et les secondes de silence qui s’égrainaient comme la poudre d’un sablier plongeait un peu plus la sirène dans un bain sombre et étouffant.

Finalement, le loup entrouvrit ses lèvres, et Othello reçu sa réponse comme une nouvelle vague – plus intense, néanmoins, que toutes les précédentes. Bien simplement, elle osa ouvrir la bouche en guise de réponse mais s’aperçu qu’elle n’avait ni les mots, ni les excuses pour contrattaquer, ni même les arguments en sa faveur pour faire valoir son attitude. De plus, la rhétorique de Fenris mettait en lumière tout ce qu’elle n’osait pas affronter : son attitude, ses envies, ses choix... Elle. Forcée d’entendre le sermon et d’en accepter les conséquences, elle ne put que se taire docilement et apprendre, certaine bien malgré elle qu’il avait entièrement raison.
Il venait de mettre le doigt sur un point sensible, une corde faible et rêche, pour beaucoup usée, dont le crin abîmé n’était plus guère tendu. Il était vrai que son estime n’était ni reluisante, ni un bijou qu’elle portait avec beaucoup de fierté. Au contraire, bien qu’on l’ait poussé sur le devant d’une scène trop grande, elle préférait se cacher dans l’ombre, secrète et oubliée, et dans les actes d’autrui pour ne pas avoir à en essuyer les choix. Ce manque de confiance trouvait sa source dans trop de raisons qu’elle avait cessé de les compter, et Othello se délassait plus aisément à passer entre les mailles des filets qu’à apprendre à s’écouter.

Acquiesçant sans rien dire, elle baissa un peu plus les yeux, trouvant en ses mains aplaties un curieux repère. La rage contenue du marin semblait prendre un nouveau tournant, et se muait en une frustration dont elle ne discernait pas encore les contours. Mais cela eut la vertu de verser un peu d’eau sur les flammes de son cœur, et la sirène, faute de peur et de colère, ne se retrouvait plus qu’avec un esprit douloureux et embrumé, une gueule de bois sans l’ivresse. Elle devinait sans peine la colère qu’il avait face à l’herboriste, et c’était toujours imaginé une telle issue s’ils avaient dû se confronter. Elle retint un soupir soulagé, heureuse que les évènements ne se fut pas enchaîné ainsi.
Imaginant cette possibilité, elle accueillit la main du marin avec rassurance, comme si elle amenait avec elle un peu de pardon. Son discours était toujours distillé par des minutes de silence, entrecoupé de souffle profond et d’éclats de rire venus de l’arène. Une bouffée d’air frais pendant lesquels ils pouvaient tous les deux remonter à la surface et reprendre leurs souffles. Pensive, elle laissa filer quelques secondes pendant lesquelles elle se calma, mais n’hésita pas longtemps avant de répondre. Si elle devait faire ce geste pour lui montrer sa bonne volonté, elle le ferait volontiers.


« Je vous le promets. » Lui souffla-t-elle en esquissant un sourire apaisé. Il lui fallut puiser de sa force pour empêcher une nouvelle poignée d’excuses de franchir ses lèvres, mais elle jugea que ça ne ferait que relancer la flamme, et elle n’en avait aucunement l’intention. « Et vous n’avez pas à vous excuser, il n’y a pas de fautes commises. »

Insouciante, la sirène se surprit presque à donner autant d’importance à cette promesse, consciente que cela lui imposait plus que de simples pas en avant. Mais il avait raison : que ce soit pour lui, ou pour elle-même, c’était important qu’elle laisse monter sa voix au milieu de la foule au lieu de se laisser guider par les choix alentours, aussi confortable c’était
.

« Merci pour votre patience, j’ai peur de l’user jour après jour. » Sans même s’en rendre compte, elle vint enlacer ses doigts avec les siens, retrouvant alors une sensation bien familière. « Ménagez-vous tout de même, sinon vous n’en n’aurez plus pour les mois à venir. »

Elle releva vers lui ses grands yeux noirs, où se reflétaient les lointaines torches encore brûlantes, les pas de danse et l’ivresse. Encore une fois, les battements de son cœur repartirent dans une nouvelle sarabande. Alors que ses pensées s’éclaircissaient et reprenaient des formes plus familières, elle percevait au loin un démon qu’elle avait peur d’affronter, une conversation qu’elle redoutait d’avoir depuis ses retrouvailles avec le marin, autant qu’elle redoutait d’affronter ses propres désirs. Au bout d’un océan translucide, il avait à la fois la forme d’un ange, à la fois la redoutable apparence d’un refus ou d’un départ.


« Tout ceci m’est inconnu, j’ai parfois l’impression d’avancer sur un chemin d’épines. » Murmura-t-elle bien perdue, contemplant le lointain avec un calme de façade, masquant bien maladroitement le brouillard trop épais que couvait son esprit. Tout paraissait parfois si simple dans le givre des profondeurs. Mais il y avait une évidence qu’il lui sautait aux yeux. « Sauf avec vous. »

L’entité se faisait plus net et plus précise, à la fois source de promesses et d’inconnu, à la fois splendide et terrifiant. Noyée, Othello se sentait déjà entraînée dans une mer de doutes épaisse comme une mélasse. Jamais autant que sur ce balcon elle ne s’était approchée des sentiments intenses et intimes que Fenris lui inspirait, et, à défaut de savoir les dompter, elle espérait au moins pouvoir les comprendre. Cette flamme incontrôlée et magnifique, à la fois sauvage et docile, dont elle ne percevait pas les limites ni la raison, mais qui se cachait dans ses veines comme dans les yeux intenses et vibrants qu’elle renvoyait vers lui. Brusquement, elle baissa le regard, comme apeurée de son audace, apeurée des conséquences que ses questions pourraient avoir sur eux. Encore une fois, elle n’osait pas se lancer, briser la chrysalide de pudeur et de secrets qu’ils avaient tissés, emprisonnant le papillon qui y avait élu domicile. Les secondes tombaient à présent, très lentement, si lentement qu’elle les entendait presque comme le battement d’une aiguille. Elle serra doucement la main qui recouvrait la sienne : elle voulait s’évader de ces doutes, mais ne pourrait y arriver seule.


« Qu’il y a-t-il entre nous, Fenris ? » demanda-t-elle, osant finalement briser le silence, sa voix comme de l’eau clair, un navire perdu à la recherche d’un phare, d’une main tendue... A la recherche d’une clef pour pouvoir se comprendre et enfin ouvrir les yeux.
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Fenris Skirnir
MessageSujet: Re: Carpe Noctem   Jeu 12 Juil - 18:50

Chapitre XI: Carpe Noctem

Acte III: Beacons and Compromises


La promesse lui fit l'effet d'un onguent sur une blessure particulièrement douloureuse. Ce ne serait certainement pas assez pour la faire disparaître, seulement maintenant les choses lui paraissaient un peu plus endurables. Néanmoins cette hargne animale restait sur son visage, comme s'il était prêt à grogner à la moindre menace planant sur la prêtresse, et de fait ce n'était pas si loin de la réalité. S'il se porterait volontaire pour la défendre sans hésitations ou scrupules, il serait cependant encore plus satisfait si la jeune femme apprenait à canaliser sa volonté de se préserver. Elle avait la force et les armes... il fallait juste qu'elle se donne le courage de s'en servir.
Fenris n'aimait pas du tout prendre le rôle de donneur de sermons, mais d'un autre côté ce monde était bien trop dangereux pour qu'il la regarde s'écraser devant ceux qui lui faisaient du mal, se jaugeant fautive de leurs actes. L'image d'Othello qui se ratatine suite aux accusations publiques des terroristes, sous l'auspice de la statue de la divine Kesha, lui retournait encore les tripes ; et l'épisode de ce soir ne faisait que lui confirmer ce qu'il savait déjà. Les remords et la culpabilité muselaient son instinct de survie de peur de blesser autrui, quitte à la faire souffrir la première.


« Ma patience n'est pas un problème, trois cents automnes et autant d'échecs ça vous forge un caractère. »

Ses épaules roulèrent avec légèreté, la nonchalance du Fenris habituel prenant momentanément le dessus, comme s'il n'était jamais parti. Son regard plongea vers leurs mains unies, cette trêve tacite vers laquelle ils revenaient invariablement, à travers vents et marées, confessions sanglantes et pulsions meurtrières. Une bataille de tous les instants contre ce qui les entourait, mais avant tout contre eux-mêmes.

« Je suis heureux de pouvoir vous amener un peu de réconfort. »


Il sourit aux mots de la prêtresse, comprenant très bien ce qu'elle voulait dire bien qu'il n'ait pas franchement la foi de l'articuler tout haut. Othello était à la fois le répit après la tempête... et la tempête elle-même. Le temps passé en sa compagnie était merveilleux, autant qu'une ébauche d'aventure, une constante exploration d'eaux inconnues. Chaque jour il découvrait des choses nouvelles et fantastiques, bien que sous lui les profondeurs marines soient incertaines et parfois menaçantes. Il ne savait jamais exactement où il mettait les pieds, quand il irait trop loin et ce qui l'attendait en-dessous. Peur, anticipation, peur, espoir, peur, affection. Une spirale sans fin.

Fermant les yeux un instant, il se plongea dans ses pensées suite à cette question qu'il avait toujours été persuadé d'être le premier à poser. Surpris, il sourit avec une pointe d'auto-dérision, réfléchissant à la formulation plus qu'à la réponse proprement dite. Retenant son souffle un instant, il se sentit soudainement basculer par-dessus bord dans l'eau froide, sans terre en vue. Entraîné par le courant à une vitesse folle, il avait du mal à s'entendre penser.


« Ce que vous voulez qu'il y ait, Othello. » Dit-il en un murmure tranquille, conscient que sa réponse ne serait probablement pas comprise aussi aisément. C'était transparent et pourtant il brûlait de l'impulsion de mentir pour se protéger. Les vagues de doute continuaient de lui éclater à la figure, de le ballotter comme un pantin désarticulé buvant la tasse. Et puis tout à coup il s'abandonna aux flots et cessa de se débattre.

« Je ne saurais affirmer ce que c'est sans connaître d'abord vos sentiments. » L'immensité l'absorba comme une partie de son tout, Fenris rouvrit son œil, fixa silencieusement cet océan fait femme, et se laissa tomber. « Je sais juste que je veux plus que votre amitié, comme je n'ai jamais pris la peine de le cacher. »



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Othello Lehoia
MessageSujet: Re: Carpe Noctem   Mar 17 Juil - 10:23

Beaucoup de pensées s’entrechoquaient dans son esprit, un vacarme d’entités qui se chevauchent et se cognent dans un furieux bourdon, alors que l’air se faisait plus frais et la musique plus douce. Elle hésita longtemps à ravaler ses paroles, à faire machine arrière en marmonnant quelques excuses, et en proposant un sujet vague et distant pour leur permettre à tous les deux de reprendre pieds. Mais si elle priait pour sortir enfin la tête de l’eau, une autre part d’elle-même voulait mettre un terme à l’ambiguïté qui les unissait, et mettre un mot, une bonne fois pour toute, sur ce qu’elle ressentait pour lui. Pendant un bref instinct, elle se pencha un peu, regarda droit devant le sol en contrebas, distinguant dans la clarté d’une torche le sol poussiéreux et piétiné où gisait le cadavre d’une pivoine. La fleur, éclatée, était entourée de ses plus fidèles pétales, et avait sûrement était oubliée par une belle qui s’était laissée séduite. A trop regarder la plante, elle fut secouée par un brusque tournis qui la contraint de reculer sans pour autant retirer sa main.

L’air froid s’insinua alors dans ses poumons plus brusquement que jamais : la sirène s’aperçut qu’elle était en haleine, bloquée dans une forme d’apnée comme une enfant crédule et naïve. Brusquée par la pensée, Othello voulu enfouir un peu plus sa tête contre sa poitrine, et se retrouva bien silencieuse alors que le marin à ses côtés cherchaient les mots : elle distinguait du coin du regard l’ébauche d’un sourire mais n’en était pas sûre.
Si elle n’avait jeté qu’une question à la mer pour écoper un peu le surplus qui pesait sur son esprit, beaucoup d’autres s’étaient soulevées en même temps, et elle avait l’aigre sensation d’assister à une vraie mutinerie. A chaque seconde passant, elle voyait se consumer le navire qu’elle avait construit sous l’incendie qu’elle avait contribué à allumer.

A chaque instant, elle avait la sensation que le sol pouvait se dérober sous ses pieds, et qu’elle pouvait perdre l’équilibre sur ses chevilles fragiles. Qu’attendait-elle ? Il y avait tellement de questions qui s’entrechoquaient au bout de ses pensées, et dont elle ne percevait qu’à peine les enjeux. C’est alors qu’elle se rendit compte avoir donné un coup de pied à une fourmilière et qu’elle ne devinait sa taille que grâce aux insectes qui s’en échappaient, toujours plus nombreux. N’allait-elle pas le faire fuir ? Qu’en était-il de ses fonctions, de son travail ? De leurs races respectives ?... De son humble place, elle ne percevait de l’avenir que les mois qui suivaient, et cela la rassura un peu de ne pas se projeter : au moins elle n’avait pas les yeux jusqu’à l’horizon, mais bien face à elle, sur des mains liées.

Une crainte résonnée s’empara discrètement d’elle et commença à se mélanger à son sang comme un poison insidieux. Dans son esprit, les vagues devenaient une houle déchaînée, et elle attendait maintenant que le marin ne mette fin à cette patience, soit en la tirant de la tempête, soit en la brisant sous les rouleaux. L’entité se tenait toujours devant elle : si belle, si terrifiante. Et là...
Avec un soupire mystérieux, Othello ne pu s’empêcher de libérer un soupir de soulagement quand Fenris lui remit sa parole. Elle s’était laissée avoir par ses émotions fugueuses sans s’en remettre à la tranquillité paisible du marin, dont les mots mystérieux ne pouvait que la mettre face à ses propres convictions. Elle n’aurait pu s’attendre à meilleure réponse, et pourtant c’était si prévisible venant du marin qui semblait s’évertuer avec une infinie prévenance à la mettre avec douceur devant ses vérités.

Le reste de sa réponse lui hotta définitivement un poids du cœur, mais restait entouré d’un doux mystère : le voile finissait peu à peu par tomber, mais il lui appartenait de tirer une fois pour toute dessus. Balançant son visage sur le côté, elle laissa sa crinière basculé devant elle, et le frottement des perles sonna comme un doux caducée. L’œil unique du marin la fixa de sa lueur ardente, et elle ne pu s’empêcher de renvoyer son regard avec la même profondeur, un abîme profond et intense. Sans s’en rendre compte, un feu secret naquit dans ses joues, et Othello, touchée par cet aveu, chercha à son tour les bons mots.
Plongeant à son tour la tête la première dans sa mer de doute, la sirène contempla un instant les abysses, s’attendant à des flots déchaînés par la passion sourde, la tendresse déchirante. Mais elle ne trouva rien de cela : la houle dévastatrice s’était mue en une onde paisible et claire, et elle l’accueillit de ses bras étendues, pleins de poissons argentés et vibrants. Elle avait redouté que sa question et son audace ne soulève trop de problème, qu’à vouloir chercher le soleil, elle avait déchaîné les tempêtes. Mais elle avait oublié qu’à la place d’un dragon une fleur courageuse et belle poussait là, bercée par les mailles d’un filet et les vapeurs d’un thé chaud.


« Vous avez d’ors et déjà plus que mon amitié... » Souffla-t-elle dans un murmure tendre. « ... Bien qu’il m’ait fallu du temps pour le reconnaître. »

Au lieu d’être étouffée par la force d’un aveu, elle sentit un poids lourd se dégager de sa poitrine, et sa respiration s’ouvrir de nouveau. Secrète, la naïade avait du mal à croire que les mots avaient franchis ses lèvres. Il lui faudrait probablement une bonne nuit de sommeil pour bien mesurer l’ampleur de ses paroles, mais elle se contentait déjà de la légèreté de son cœur et du sentiment de plénitude qui l’accompagnait. Le reste viendrait en temps et en heure : relevant les yeux vers le marin, et lui sourit avec tendresse, un peu perdue mais libérée.

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