[TERMINER] Sous les branches d'un acacia



 
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 [TERMINER] Sous les branches d'un acacia

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::  Haute-Prêtresse de Kesha ::

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Othello Lehoia

MessageSujet: [TERMINER] Sous les branches d'un acacia    Mar 8 Nov - 14:24

Quand elle ouvrit la porte dans un geste engagé, elle fut surprise par une pluie battante qui ravageait la ville depuis quelques jours. Les embruns frais eurent vite fait de passer le seuil et elle referma rapidement derrière son passage. Un coup d’œil vers ses doigts rougis lui fit comprendre qu’elle avait oublié de se nettoyer les mains en sortant de la clinique, et elle les tendit vers le ciel afin qu’elles soient lavées par les gouttes rédemptrices. Fraîches, presque glacées, elles ruisselèrent sur ses avant-bras avant de tomber lourdement sur les pierres sombres qui décoraient le sol, en y déposant les résidus grenat.
Çà et là, des passants perdus s’abritaient comme ils pouvaient, longeant habilement les façades des maisons et des boutiques, espérant rentrer sous les bonnes grâces des toits et des glissières pour les protéger de l’eau et d’un rhume certain. Mais sans prendre plus de précaution, Othello dénoua ses cheveux, et marcha jusqu’au milieu de la rue où elle prit un rythme soutenu. La pluie ne l’avait jamais réellement dérangé, et depuis son enfance, elle avait nourrit pour elle une attirance grandissante, qui la poussait à apprécier ses mélodies moites, et ses jeux de chutes. Quand, par endroit, un rayon épars libéré des nuages venait à se perdre entre les gouttes, la sirène appréciait encore plus le spectacle de la lumière dorée brisée par l’eau.

Au bout d’un temps, son pas se fit un peu plus hésitant. La sirène qui ondulait dans la pluie et la marée humaine ralentit petit à petit, arrivant aux frontières de ses connaissances sur la ville d’Hespéria. Encore une fois, elle se répéta l’adresse apprise par cœur, pour s’assurer qu’entre deux pensées, elle n’avait pas changée. Il ne lui restait plus qu’à s’y rendre... Les explications données par Fenris étaient claires, aussi partait elle confiante dans l’inconnu de la ville. On avait bien tenté de l’accompagner à la clinique, encore plus au cloître, mais elle s’était débarrassée des moines comme des médecins qui, sur le coup de la compassion et de la bienveillance, se retrouvait trop pressants... Elle savait que la situation de Fenris n’était pas encore sous les meilleures des augures, et lui imposer des gardes du corps – dont elle n’avait certainement pas besoin – aurait été plus que mal venu. Et sur un second plan, elle s’acharnait à refuser toute aide, ne serait-ce que par opposition à l’étiquette de sa nouvelle caste : être entourée en permanence de fidèles et de gardes, sous prétexte qu’elle était une femme, était ridicule. Et puis, elle était bien assez d’elle-même pour affronter une simple averse.

L’adresse était éloignée du centre de la cité, mais par un hasard de la carte, permettait de s’y rendre facilement et rapidement. Il lui sembla bientôt être sur la bonne voie quand elle tomba sur une petite place simple et peu peuplée, au centre de laquelle une fontaine mangée par les lierres trônait fièrement. Enveloppée par la cape chaude de Bor qui lui collait à la peau, Othello ne s’attarda pas plus, bien qu’elle fut charmée par ce décore simple et humble, plus ou moins oublié du faste de la vie de la cité. Elle savait qu’elle n’était plus très loin : plus d’une rue à passer, et elle retrouverait le grand blond. S’engouffrant dans un petit passage abrité par une rangée d’acacias battus par la pluie, elle déboucha sur une artère peu fréquentée, mais qu’elle devinait active et virulente les jours de beaux temps. Marchant un peu avec hésitation, et après un demi-tour quand elle s’aperçut qu’elle n’allait pas dans le bon sens, la naïade arriva devant une ruelle ombragée où elle distingua au loin la silhouette familière. Il se tenait devant une demeure simple mais bucolique, sous un porche simple, de tuiles luisantes d’un bleu sombre. Une glycine avait poussée allègrement, recouvrant une partie de la façade et du petit abri qui gardait l’entrée.
Elle s’avança dans la pluie, sans prendre réellement conscience de son étrange apparence : enveloppée dans une cape trempée et dans ses mèches longues, plaquées autour de son visage candide, dessinant habilement le contour de ses épaules et de son corps gracile. Ses cils blancs étaient parsemés de gouttelettes, et ses joues étaient humides, mais elle n’en avait cure. Sur son passage, elle diffusait une profonde odeur de sel et de plantes. Heureuse de pouvoir revoir le loup du sud, elle arborait un sourire content, et le salua simplement, mais avec une sincérité désarmante.


« Bonjour Fenris, merci de m’avoir attendue. » L’averse redoubla de violence, et elle se réfugia avec le marin à l’abri sous les tuiles. Le bruit de la pluie sonnait comme un tambour, mais elle apprécia l’intimité procurée et le son martelant le toit. « J’espère que vous avez pu vous protéger du mauvais temps. » Elle se souvint de la première fois qu’ils s’étaient croisés, de son nez rouge et de ses yeux vitreux. Bien que le froid soit moins féroce qu’en Cimméria, elle priait pour qu’il ait été épargné par les maladies cette fois-ci. Après les récents évènements, mieux valait se refaire une santé sans qu’un rhume ne vienne gâcher ce processus.

Ce ne fut qu’alors qu’elle remarqua le poids dans son ventre, comme l’absence du troisième compère, qui avait permis à Fenris de lui faire découvrir le lieu. Mettant cela sur le coup de la grisaille, elle en profita pour examiner l’endroit d’un peu plus près. Après quelques pas en arrière, elle put observer la maison de plus près, bien que de nouveau sous les larmes du ciel sélénite. Une forte odeur d’acacia, de tilleul et d’herbes mouillées imprégnait la rue, bien qu’elle ne puisse voir d’où cela venait. La maison était vaste, haute, et l’on pouvait voir entre les colombages de larges fenêtres aux volets anciens à la peinture écaillée. Au centre, des fenêtres en encorbellement, en bois sombre richement sculpté révélaient l’âge de la demeure, tout en lui donnant un cachet ancien. Le toit qu’elle distinguait était recouvert des mêmes tuiles que le porche, allant bien avec l’ocre de la façade. Malgré la pluie, elle paraissait charmante, ancienne, mais trahissait des années d’abandon. Comparée à ce qu’elle avait déjà vu, cette maison lui provoqua un pincement au cœur. Quand elle eut finit, elle retourna rapidement s’abriter avec le loup de mer, qu’elle regarda avec complicité.


« - Cette maison est très belle. L’avez-vous déjà visi... » Une silhouette s’engouffra à son tour dans la rue, et elle se tut immédiatement, rabattant ses oreille trempées contre sa tête. Ce devait être l’ami de Fenris, et elle se fit silence pour les laisser se retrouver. A son tour, elle le salua poliment, écoutant ce qu’il disait sur l’histoire de la demeure, patientant jusqu’à qu’il ouvre finalement la lourde porte.

Ils entrèrent dans un vaste vestibule, hanté par la poussière et quelques feuilles mortes, d’où de larges fenêtres à meneaux diffusaient la lumière grise et froide du dehors. Le sol était recouvert d’un carrelage noir et blanc simple, et elle vit, dans le fond de l’espace, un escalier à colimaçon du même bois sombre que le dehors, qui menait à une mezzanine ouverte, menant aux ailes droites et gauches. La maison était plus vaste qu’il n’y semblait sur le dehors : une large cuisine et une pièce à manger, un bureau, trois chambres, une salle de bain et un  vaste cellier. Othello écouta attentivement, cherchant l’œil conseillé du grand loup sans pour autant parler. L’espace n’était pas réellement son fort, mais ce n’était pas non plus pour lui déplaire, pour se dégourdir les jambes, travailler et errer dans le calme. Qui plus est, ses deux félins seraient ravis de pouvoir courir. Et pour la première fois, elle s’imagina même recevoir. Gardant tout cela pour elle, ils commencèrent à parcourir le lieu. La sirène restait plongée dans une fascination muette, examinant chaque recoin d’un regard attentif, ouvrant de grands yeux à chaque nouvelle pièce, bercée par le mélange de pluie et de poussière mêlée. De temps à autre, elle retrouvait Fenris, restant dans  son ombre, soucieuse de lire ses impressions sur son visage, d’écouter ses remarques.

La salle à manger était longue, et spacieuse, lumineuse, donnant sur la ruelle. Les hautes fenêtres remplissaient la pièce généreusement, et l’on imaginait parfaitement une table immense venir garnir le mobilier. Au fond de la pièce, une porte ancienne donnait sur une cuisine plus sombre, spacieuse, froide, mais idéale pour cuisiner un grand repas pour tous les convives. Les murs y étaient froids. Mais cela lui rappela étrangement sa petite boutique d’Hellas.
«  Est-ce une ancienne maison de maître ? » demanda-t-elle discrètement. Quand elle eut sa réponse, ils poursuivirent vers une somptueuse bibliothèque, où des rangées d’étagères, s’étendant sur deux niveaux en mezzanines, à l’aide d’un escalier en fer forgé donnant sur un palier de bois brut. Othello en resta bouche bée, spectre pâle, figée devant la pièce. On visualisait sans problème les meubles de bois, un vaste bureau qui trônait au milieu de nombreux livres, les répliques de bateaux ornant une commode ou un secrétaire, alors que sa plume du grand corbeau remplirait l’air de ses mouvements subtils en écrivant de longues poésies enflammées... Enthousiaste, elle se tourna vers le marin, avant de regarder vers les fenêtres. Elles avaient était fumées.

Il y avait beaucoup de travail pour tout nettoyer, et restaurer la maison. Mais elle savait qu’elle le ferait avec toute sa volonté. Car plus ils avançaient, plus elle était emplie d’un sentiment tendre : une bienveillance presque maternelle pour les murs usés par le temps, le bois poussiéreux, le parquet craquant. La salle d’eau était vétuste mais fonctionnelle, et les deux premières chambres grandes et chaleureuses, malgré l’âge et le froid. Quand ils eurent vu la dernière chambre, ils redescendirent au rez-de-chaussée, vers une porte dérobée, cachée derrière une lourde sculpture de bois qui ornait l’escalier. On distinguait à peine son contour, et la poignée était camouflée par la patte d’un renard sur la scène forestière. La porte s’ouvrit, et soudain, une bouffée de pluie, d’odeur de bois, de mousse, d’acacia et de fleure se jeta à leur visage, à leur nez. Devant ses yeux, un grand jardin, limité par les murs opaques des maisons voisines, s’étendait largement. Il était à l’abandon, et la nature s’y était développée allègrement et sans contraintes. Les buissons en bataille se battaient avec des acacias et des tilleuls luxuriants, un saul pleureur se berçait tristement avec la pluie. A ce moment-là, la sirène comprit. Elle regarda le sol, s’imagina y construire un étang où elle cultiverait ses algues, un potager, où elle mettrait ses plantes.

Ils retournèrent sur le seuil, la jeune femme muté dans un silence soucieux. Alors que leur guide s’en allait vers la porte, Othello attrapa soudain le poigner du marin entre ses doigts pâles, de ses deux mains. Le regardant fixement, elle l’attira à l'abri des grandes fenêtres poussiéreuses qui donnaient sur le jardin. D’abord, elle ne dit rien, restant curieusement immobile à le dévisager, sentant dans sous ses phalanges la naissance de sa main, ses muscles. Finalement, sa langue se délia, et elle lui murmura :

« Alors, qu’en pensez-vous ? » C’était minimaliste, mais ses yeux trahissaient sa pensée. Sous l’ébène de ses pupilles, elle brûlait d’une fièvre enthousiaste, d’espoir et d’envie, et comme les vagues balayent le sable, elle recherchait l’eau froide pour calmer le feu... Ou l’étincelle qui l’embraserait, et la conforterait dans sa décision : acheter cette maison.


Dernière édition par Othello Lehoia le Mar 31 Jan - 16:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINER] Sous les branches d'un acacia    Ven 13 Jan - 1:48

Chapitre VII bis: Sous les branches d'un acacia
Rebirth

C'était une journée morne et fraîche comme tant d'autres, de celles qui poussent à rester chez soi au chaud d'un feu de cheminée pour ne sortir qu'en cas ultime recours. Les rues d'Hespéria étaient presque désertes, ses habitants ne sortant que lorsqu'il était strictement nécessaire. À défaut de lui plaire le temps arrangeait les affaires de Fenris, qui continuait de méthodiquement éviter les lieux publics et autres concentrations populaires. Cela faisait quelques temps qu'il avait été amnistié par Thimothée, mais il gardait l'anonymat sur la gravité réelle de ses actes. Son avenir professionnel en dépendait, alors si se présenter quotidiennement aux autorités était le prix à payer, il le ferait avec joie.

Aujourd'hui il était libre pour l'après-midi, ayant obtenu une permission spéciale pendant ses 'travaux d'intérêt général'. Il n’était pas fatigué, étrangement. Une demi-journée de travail physique ce n'était rien en comparaison de la vie en mer, quoiqu'il se garde bien de le répéter à son nouvel employeur. C'était suffisamment éreintant de devoir supporter la chaleur de la forge où il travaillait, sans parler de le caractère difficile de Snorri qui lui beuglait des ordres à longueur de journée. Enfin au moins tout n'était pas malheur, il touchait à un métier un peu différent, ce qui lui donnait bon espoir de perfectionner lui-même quelques composants de Bianca, avec le temps et des conseils. C'est que le dernier entretien complet commençait à dater, et trouver les outils pour travailler des pièces aussi petites ce n'était pas si simple.

La pluie battante ruisselait sur le chapeau de cuir vissé sur sa tête, coulant le long du bord en un flux constant. Le borgne soupira en arrivant sur le point de rendez-vous, un sourire suspendu au bord des lèvres. Faisant le tour dans l'allée d'entrée il s'arrêta pour observer la bâtisse qu'il devait visiter avec Othello. C'était une maison charmante, dans une lignée classique et presque agreste qui avait presque été effacée au profit des extravagantes modernités de la capitale. Ce style un peu ancien ou désuet pour certains lui avait immédiatement plu. C'était spacieux sans être flamboyant, un peu en retrait des grandes rues et de leur bruit, sans pour autant être complètement excentré des petits commerces.
Les murs ocre parcourus de nombreuses fenêtres offriraient pas mal de lumière et de chaleur moyennant quelques rénovations, et l'ensemble ne semblait pas trop mal conservé. Un peu distrait, Fen posa une main sur les murs rugueux où la pluie glissait silencieusement. Des ersatz d'émotions passées lui parvinrent, courant sur sa peau moite comme une armée de fourmis. Ce n'était pas désagréable, juste curieux. Cette maison lui faisait l'impression d'un géant assoupi dans l'herbe, tête nue et paupières closes, gardien de nombreux secrets retenus sous ses volets fermés. Pour l'instant.


« Tiens tiens, déjà là toi ? C'est inhabituel de te voir arriver en avance. »

Un terran entre deux âges referma son parapluie et le regarda de derrière les mèches brunes qui lui retombaient sur les yeux. L'intéressé lui tendit la main pour la serrer avec enthousiasme avant de lui donner une accolade amicale. Ses yeux marron étudièrent le borgne avec amusement et une joie sincère de le revoir. Pendant une paire de minutes ils discutèrent de banalités et de vieux souvenirs, jusqu'à ce que finalement la vue de la frêle silhouette d'Othello les amène au silence.
Les deux hommes échangèrent néanmoins un regard de complicité et le brun glisse un regard admiratif vers la Yorka. Fen avait volontairement tu l'identité de la personne qui devait les rencontrer... ce qui n'avait pas manqué d'intriguer son ami. Mais maintenant il comprenait mieux la raison de ces petits secrets. Ce dernier sourit avec un brin de gouaillerie et murmura de façon à n'être entendu que du Lhurgoyf.


« Tout bien réfléchi, je retire ce que j'ai dit. Ton inhabituel excès de zèle prend soudain tout son sens. »
« Je vois pas de quoi tu parles, Elias. »

Fen grogna entre dents avec agacement, avant de saluer la prêtresse d'un geste du chapeau, comme si rien ne s'était passé.
Naturellement il ouvrit un pan de son manteau, le tenant avec le coude de façon à couvrir la tête de la naïade, qu'il escorta jusqu'au perron.
En dépit de ses moqueries -de bonne guerre- Elias salua Othello avec beaucoup de respect et ne tarda pas à ouvrir les portes de la maison pour les laisser visiter à leur guise. Restant en retrait quoiqu'à disposition pour répondre à leurs questions, il eut le bon goût de ne pas interférer plus que nécessaire et Fen lui en était reconnaissant. D'autres remarques l'auraient sûrement mis très mal à l'aise.

Docile, le loup laissa Othello prendre les devants et la suivit uniquement après qu'elle en manifeste l'envie. L'œil critique, il avait attentivement observé les pièces parcourues, guettant de potentielles mauvaises surprises ou des inconvénients imprévus. Il savait qu'Elias ne les aurait pas emmenés sans être certain de la qualité du logis, seulement on n'était jamais assez prudent. Parfois Fen ponctuait la visite de quelques commentaires ou suggestions se voulant pertinents, sans pour autant imposer son avis. Après tout ce n'était pas à lui que devait plaire la maison... De bonne humeur il se réjouissait néanmoins d'avoir été invité à participer à un achat aussi important, quoi qu'il surestime sans doute la signification de sa présence.

Quoi qu'il en soit l'impression générale confirma le pressentiment positif qu'il avait eu avant de franchir le pas de la porte. La résidence était encore plus conviviale et prometteuse à l'intérieur et il y voyait aisément la jeune femme déambuler dans le bureau dès les aurores, des livres à la main. Ses longs cheveux brilleraient tel un rideau d'argent liquide sous les rayons qui perceraient à travers les longues fenêtres, tandis qu'elle préparerait les fioles à ramener le jour-même dans sa boutique. Elle aurait l'espace pour travailler, le confort d'un nid douillet et calme, ainsi que l'intimité non négligeable que lui proportionnait l'éloignement des grands artères citadins. Entrer là c'était un peu comme aller à sa maison de campagne...

Fenris sourit sans s'en rendre compte. C'était facile d'imaginer la prêtresse mener sa petite vie entre ces murs une fois qu'ils seraient restaurés. En réalité c'était comme si l'endroit avait été fait à son image, quoiqu'il se trouve bien incapable de décrire cette ressemblance par des mots. Quelque chose dans la force tranquille, une élégance discrète partagée. Et puis ce jardin... il lui avait suffi d'une paire de secondes pour voir la mine rêveuse de la demoiselle. Elle n'aurait probablement pas pu être plus satisfaite, à moins peut être d'avoir un accès direct vers l'océan depuis l'arrière cour. Il rit doucement.
Quand elle l'approcha de ses grands yeux pleins d'étoiles et posa ses mains sur son poignet, Fen eut un léger moment d'absence. Aspiré dans l'excitation palpable et heureuse du regard marin, il posa sa main libre sur la sienne sans se soucier de ses chaînes. Il ne savait pas trop quoi dire et au fond l'idée d'influencer la décision finale était un peu intimidante, mais... N'avait-elle pas déjà fait son choix ? Il écarta une mèche de son front et sourit avec tendresse.


« J'en pense que cette maison a l'air faite pour vous et elle a l'air de vous plaire, ce qui est le principal. Hum je savais qu'Elias avait un don pour ce métier, mais j'avoue avoir pensé qu'il se la racontait beaucoup. Faut croire que je me suis trompé. » Ses mots étaient là, son attention était ailleurs. Fenris vit son reflet dans les prunelles sombres et se rendit tout à coup compte à quel point qu'ils étaient proches physiquement. Il ne bougea pas un muscle.
« Votre visage en dit long sur vos envies, Othello. » Son expression se fit mystérieuse et intense quoi que sa bonne humeur soit apparente. Il avait du mal à ne pas la toucher, surtout quand elle était aussi près. Il posa une main sur sa joue qu'il effleura du bout des doigts, avant de lentement la laisser tomber le long de son corps.

« C'est pourquoi je crois qu'il ne me reste plus qu'à vous proposer de l'aide pour débroussailler le jardin sur mon temps libre. Si tant est bien sûr que vous vouliez déjà adopter un animal de compagnie... » Plutôt sûr de lui il se baissa pour déposer un baiser sur sa tempe, prêt à accueillir sa décision, quelle qu'elle soit.




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MessageSujet: Re: [TERMINER] Sous les branches d'un acacia    Mar 31 Jan - 16:46

Quand la voix chaleureuse et grave s’éleva dans le recoin exigu, les lèvres orangées de la naïade s’étirèrent doucement avec l’étrange intention que Fenris avait su lire dans ses pensées. Il avait l’œil brillant d’une pétillante étincelle, une lueur douce et bienveillante qu’elle observa profondément, sans faillir. Elle avait cru à tort qu’une réponse positive l’embraserait comme une torchère, mais les mots du Loup avaient plutôt eut l’effet d’une douce brise. Loin d’être surexcitée, la sirène se retrouvait apaisée, calme. Un sentiment profond de soulagement souleva sa poitrine dans un soupir tendre, et elle huma la poussière chaleureuse en retour avec une nouvelle saveur. Ses doigts se resserrèrent un peu plus autour de leur prise, et le sourire sur ses lèvres s’étira encore un peu.
Elias avait vu juste, et avait su mettre la main sur un bien atypique, et la sirène ne pouvait que s’incliner devant le fait accompli. Et même si Fenris semblait nourrir une amicale désinvolture pour le terran, son aveu à demi-mot avait de quoi amuser la demoiselle. Ils semblaient avoir une belle relation, et cela éveilla involontairement sa curiosité sur son histoire après El Bahari. Aussi garda-t-elle pour elle ses drôles de questionnements,  les jugeant bien déplacés.


«  Merci beaucoup. » Dit-elle doucement, se perdant un peu dans la pupille violine qui la surplombait. « C’est vrai qu’il a vu juste. » Le loup resta curieusement immobile pendant quelque secondes, et Othello, bercée, le dévisagea un peu plus. Il était perdu dans les jeux de lumières et d’ombre, projetés par les danses frénétiques des branchages dans la pluie. Cela révélait par moment les reliefs de son visage, et soulignait habilement le contour de ses cheveux sous son chapeau de cuir.

Pendant un instant, elle se demanda si son pouvoir empathique était à l’œuvre. Que pouvait-il bien y lire, dans toutes ces fumées vagues d’émotions, ces courants d’air éthérés de ressentis ? Cela l’avait-elle trahi ? C’était peut-être le cas. La sirène devait supputer d’un enthousiasme qu’elle avait du mal à contenir, et elle n’ignorait pas que la sensibilité du marin avait rapidement dû trouver la faille dans son attitude réservée et discrète. Ou alors en révélait-elle plus qu’elle ne voulait bien laisser paraître. Fenris était sûrement le seul à pouvoir lire à travers elle aussi bien, et c’était sûrement pour cela qu’elle lui faisait pleinement confiance,  comme pour être de bon conseil – ou plutôt, de conseil honnête. Si elle avait du mal à se comprendre, parfois... Elle savait que Fenris le faisait beaucoup mieux qu’elle. Son seul regret étant de n’être d’un piètre secours dans le sens inverse.
Les mots vibrèrent un temps dans leur cocon distant, gardé par des drapés de poussières vagabondes qui voletaient à leur guise. Si l’idée germait à peine, elle était déjà forte, et serait la base d’un arbre puissant. Cela ne faisait plus de doute... Mais l’entendre d’une autre voix était réconfortant, et la confortait, telle une main chaude et invisible, dans son choix. Doucement, elle accueillit la grande main sur sa joue froide, appréciant une nouvelle fois le contact apaisant, chaleureux, la sensation de la peau, usée mais forte, avant qu’il ne s’envole avec la même délicatesse. Le vent agita une nouvelle fois le feuillage extérieur, et ramena dans l’entrée une bouffée odorante, aux fragrances arborées si fortes qu’elles hantèrent toute la pièce.

Sûre de sa décision, Othello sourit de plus belle, appréciant grandement l’attention, tout en se trouvant étrangement gâtée. Ses yeux se fermèrent quand ses lèvres touchèrent son front, y déposant une empreinte invisible, dont les sillons émirent une sensation rémanente, pérenne de longues secondes durant, jusqu’à ce qu’elle déploie de nouveau son regard d’ébène sur le Lupin.

« Si votre maître-forgeron vous libère, bien sûr. » Elle osa un sourire espiègle, sachant la position dans laquelle il se trouvait. Même si sa punition était peu enviable, c’était quand même heureux que l’histoire se finisse ainsi, surtout en considérant le début du conte. « ... Et puis, si vous êtes trop fatigué, du thé et une bonne conversation feront l’affaire aussi. » A ses mots, elle se fit un peu plus songeuse, ses traits disparaissant derrière une moue rêveuse, alors que ses yeux obscurs ondulaient vers les fenêtres. Cette maison avait besoin d’un bon nettoyage... Et d’une bonne remise en forme, même si, pour l’instant, c’était le cadet de ses soucis. Elle ne réalisait encore qu’à moitié toutes les implications, restant sur son nuage entre ciel et terre sans oser en redescendre.

« ... Jehyel et Drasha seront heureux ici. » Cette parenthèse sur ses deux félins ajouta une couche de baume à son cœur déjà enjoué, alors qu’elle s’imaginait les bêtes courir au milieu des broussailles. Quand elle réalisa que ses mots pouvaient prêter à confusion, elle se ravisa bien vite. « Les animaux qui m’accompagnent. » Dire qu’elle les possédait l’horripilait.  

Finalement, elle se résolu à lâcher la main captive pour la rendre à son propriétaire, bien patient de la lui avoir laisser tout ce temps. Il ne lui restait plus qu’à aller voir Elias pour s’enquérir du prix, et des formalités. Les questions administratives n’avait jamais été son fort, mais quelque chose lui disait qu’avec cet homme-là, tout irait pour le mieux... Et pour le plus rapidement. Ce n’était pas pour lui déplaire, d’ailleurs. Elle préférait les affaires vite conclues plutôt que les longs imbroglios tempétueux. Avant de s’avancer, cependant, elle se retourna vers le Loup.


« - Vous savez, si un jour vous vous retrouvez à Hesperia entre deux aventures... Vous serez toujours le bienvenu ici. » Après tout, il y avait bien trop de chambres pour sa propre personne, et elle serait heureuse de pouvoir aider le marin dans ses vagabondages.  

Son sourire se fit sincère et apaisé, et elle ondula finalement vers le terran qui devait s’impatienter vers le porte. A chaque pas, la poussière se mettait à danser dans une valse frénétique, agitant chaotiquement les rayons de lumières tamisés du dehors. Cet endroit serait merveilleux, une fois rénové. Othello s’en fit la promesse.
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